2° dimanche - Temps ordinaire

Première lecture (Is 49, 3.5-6)

« Le Seigneur m’a dit : ‘Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur’. Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Et il dit : ‘C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre’. – Parole du Seigneur » (Is 49, 3.5-6)

Isaïe a accompagné les exilés. Pour avoir été exilés, les compatriotes qui sont restés au pays les considèrent facilement comme « punis par Dieu ». Mais les gens restés au pays en étaient encore à une monolâtrie plutôt qu’à un monothéisme véritable. On se gardait d’adorer les idoles ou d’invoquer les Baals des peuples avoisinants, mais on ne niait pas leur existence.

Les exilés ont au contraire fait un cheminement spirituel étonnant, profond, décisif. Confrontés au monothéisme philosophique de Cyrus, ils lui ont tenu tête, ils ont affirmé que l’unique dieu, créateur de l’univers, c’était le Dieu de l’Alliance, quant au reste, ce sont des idoles qui n’existent pas.

En outre, ils ont fait l’expérience de la présence de Dieu qui les accompagne. Ils ont fait l’expérience d’un au-delà du donnant-donnant : Dieu les a puni doublement et il les fait rentrer au pays en les comblant de joie sans calculer (voir aussi les révélations à Ézéchiel, Job etc.).

Ils ont surtout grandi dans la révélation que Dieu est amour, on ne l’enferme pas dans une logique de donnant-donnant. L’amour dépasse toutes les proportions et toutes les logiques.

De plus, pour Cyrus, Mazdâ (ou « Ahura Mazdâ ») est l’origine de tout, c’est aussi le plus petit dénominateur commun qui permet aux moralistes de s’entendre, aux scientifiques de s’harmoniser, etc... Son universalité est surtout de type philosophique. Aux yeux de Cyrus, tout le monde doit entrer dans cette religion universelle qui est la plus haute qui soit. Les autres sont des retardataires, une fois initiés, ils seront intégrés.

Or, les Juifs en exil à Babylone ne veulent pas se fondre dans le moule de la pensée dominante. Pas plus qu’ils n’ont adoré la lune ou le soleil, ils ne veulent pas s’assimiler à la religion de Cyrus, ils ne veulent pas que le Seigneur, Adonaï devient Mazdâ-Adonaï (Yahvé).

Ce n’est pas parce que les Juifs se penseraient plus forts et supérieurs qu’ils refusent de se fondre dans le système commun, mais c’est parce qu’Israël a vécu quelque chose d’unique, qui n’a rien de commun : un compagnonnage avec le Seigneur, une Alliance libératrice.

Isaïe comprend que ce ne sont pas les Juifs qui vont se rallier à Mazdâ, ce sont les païens qui vont s’ouvrir au Seigneur, parce que c’est le Dieu de l’alliance, maître de l’histoire, qui existe et non pas Mazdâ.

Les Juifs ne peuvent pas prétendre rassembler les politiques, les scientifiques, les artistes, les moralistes : leur pays est ruiné ! Et leurs théologiens ont pris des chemins différents ! Ils ont en quelque sorte une mémoire cassée (par l’apparent échec de l’exil), et pourtant, ils croient que Dieu est le souverain maître de l’histoire. Tout cela, les Juifs ne peuvent pas l’expliquer, ils peuvent seulement le raconter, le proclamer…

Le Seigneur est une Présence qui est comme un étendard exposé à la face des nations.

La blessure d’Israël exilé est, elle aussi, exposée à la face des nations, avec sa foi, avec son Amour.

Pour la religion biblique, l’univers a droit de réponse, il peut résister, le péché peut exister, le refus est digne de Dieu, Dieu n’est pas abstrait, et son Alliance n’en serait pas une s’il n’y avait pas place pour le refus : nous sommes des fils, libres.

Et l’amour transfigure [1]. L’amour donne à notre vie et à notre mission une ampleur qui nous échappe : « C’est trop peu que tu sois pour moi un serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les survivants d’Israël. Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre » (Is 49, 6).

Reprenons le passage complet dans nos bibles.

« 1Iles, écoutez-moi, soyez attentifs, peuples lointains! Le Seigneur m'a appelé dès le sein maternel, dès les entrailles de ma mère il a prononcé mon nom. 2 Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m'a abrité à l'ombre de sa main; il a fait de moi une flèche acérée, il m'a caché dans son carquois. 3 Il m'a dit: "Tu es mon serviteur, Israël, toi en qui je me glorifierai." 4 Et moi, j'ai dit : "C'est en vain que j'ai peiné, pour rien, pour du vent j'ai usé mes forces." Et pourtant mon droit était avec le Seigneur et mon salaire avec mon Dieu. 5 Et maintenant le Seigneur a parlé, lui qui m'a modelé dès le sein de ma mère pour être son serviteur, pour ramener vers lui Jacob, et qu'Israël lui soit réuni ; -- je serai glorifié aux yeux du Seigneur, et mon Dieu a été ma force » (Isaïe (BJ) 49, 1-5)

 En Is 49,5, la vocation du serviteur est de ramener vers Dieu Jacob et qu’Israël lui soit réuni. ». Il faut donc voir dans l’expression « Tu es mon serviteur, Israël » du verset 3, non pas une allusion au peuple mais un titre éminent donné au chef chargé de la restauration de cette communauté qui incorpore en lui l’Israël idéal.

Continuons les versets 6 et 7 :

« 6 Il a dit : C'est trop peu que tu sois pour moi un serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les survivants d'Israël. Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre. 7 Ainsi parle le Seigneur, le rédempteur, le Saint d'Israël, à celui dont l'âme est méprisée, honnie de la nation, à l'esclave des tyrans:  des rois verront et se lèveront, des princes verront et se prosterneront, à cause de Yahvé qui est fidèle, du Saint d'Israël qui t'a élu » (Isaïe 49, 6-7)

Le Serviteur a pour mission de restaurer les tribus de Jacob et de ramener les préservés d’Israël. Et la réussite de cette double tâche va révéler la gloire de Dieu à toutes les nations.

Cette tâche est laborieuse, le serviteur a craint de s’être fatigué en vain, il a dû renouveler sa confiance en Dieu (49, 4), l’énoncé d’un nouvel oracle qui confirme et étend sa vocation (49, 5-6). Le petit oracle 49, 7 décrit l’épreuve du serviteur, « abominable à la nation, esclave des despotes » : on peut songer à la honte collective des exilés, on peut songer aussi à une épreuve personnelle du chef des rapatriés, quand des fonctionnaires officiels furent soudoyés pour faire échec aux projets de chefs juifs à l’instigation des despotes locaux (cf. Esd 4, 4-5) [2].

 

[1] Extrait de : BREYNAERT, Françoise, Parcours biblique, Le berceau de l’Incarnation, Parole et Silence, Paris 2016. Imprimatur.

[2] Pierre GRELOT, Les poèmes du serviteur, de la lecture critique à l’herméneutique,  Ed. du Cerf, 29 bd Latour-Maubourg, Paris, 1981., p. 44

Psaume Ps 39

« D’un grand espoir j’espérais le Seigneur : il s’est penché vers moi
Dans ma bouche il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : ‘Voici, je viens’.

Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles.

Vois, je ne retiens pas mes lèvres, Seigneur, tu le sais.
J’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée ». (Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd)

Chers auditeurs,  lorsque la Vierge prononça son « oui – Voici la servante du Seigneur » à l'annonce de l'Ange Gabriel, Jésus fut conçu et avec Lui commença la nouvelle ère de l'histoire, qui devait ensuite être scellée par la Pâque comme "Alliance nouvelle et éternelle". En réalité, le "oui" de Marie est le reflet parfait de celui du Christ lui-même lorsqu'il entra dans le monde, comme l’affirme la Lettre aux Hébreux en interprétant le Psaume 39 : "Alors j'ai dit : Voici, je viens, car c'est de moi qu'il est question dans le rouleau du livre, pour faire, Dieu, ta volonté" (He 10, 7). L'obéissance du fils se reflète dans l'obéissance de sa Mère et ainsi, grâce à la rencontre de ces deux "oui", Dieu a pu prendre un visage d'homme.

Saint Paul dans sa lettre aux Hébreux explique que ce psaume parle aussi du sacrifice du Christ :

« 8 Il commence par dire: Sacrifices, oblations, holocaustes, sacrifices pour les péchés, tu ne les as pas voulus ni agréés --  et cependant ils sont offerts d'après la Loi -- , 9 alors il déclare : Voici, je viens pour faire ta volonté. Il abroge le premier régime pour fonder le second. 10 Et c'est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus Christ, une fois pour toutes.

11 Tandis que tout prêtre [Paul parle ici des prêtres du Temple de Jérusalem] se tient debout chaque jour, officiant et offrant maintes fois les mêmes sacrifices, qui sont absolument impuissants à enlever des péchés, 12 lui au contraire, ayant offert pour les péchés un unique sacrifice, il s'est assis pour toujours à la droite de Dieu, 13 attendant désormais que ses ennemis soient placés comme un escabeau sous ses pieds [1].14 Car par une oblation unique il a rendu parfaits pour toujours ceux qu'il sanctifie » (Hé 10, 8-14).

Un Père de l’Église, saint Augustin (vers l’an 400) dit, par exemple dans son sermon 282,  que le Christ prie « pour » nous comme grand prêtre, il prie « en » nous comme notre tête, et il prie « par » nous comme notre Dieu. Nous pouvons maintenant reprendre ce psaume en pensant que le Christ prie en nous. Nous nous mettons en sa présence, nous pensons par exemple à notre dernière communion eucharistique, et nous prions ce psaume.

« D’un grand espoir j’espérais le Seigneur : il s’est penché vers moi
Dans ma bouche il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : ‘Voici, je viens’.

Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles.

Vois, je ne retiens pas mes lèvres, Seigneur, tu le sais.
J’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée ». (Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd)

Après les Pères de l’Église, nous pouvons offrir de temps en temps un commentaire d’une mystique. Voici une lecture du Livre du ciel de Luisa Piccarreta, 26 septembre 1926 - La simple expression « Volonté de Dieu » contient un prodige universel. 

« Je me sentais tout immergée dans le Vouloir suprême et mon pauvre esprit pensait à tous les admirables effets qu’il produit. Et mon toujours aimable Jésus me dit : Ma fille, la simple expression « Volonté de Dieu » contient un éternel prodige que personne ne peut égaler. C’est un terme qui embrasse toute chose – le Ciel et la terre. Ce Fiat contient la fontaine créatrice, et il n’y a aucun bien qui ne sorte d’elle. Aussi, celle qui possède ma Volonté acquiert en vertu de ma Volonté et par droit tous les biens que ce Fiat possède. Par conséquent, elle a droit à la ressemblance avec son Créateur, elle acquiert le droit à la sainteté divine, à sa bonté, à son amour. De droit, le Ciel et la terre lui appartiennent, parce que tout est venu à l’existence depuis ce Fiat. Avec raison, ses droits s’étendent sur tout. Ainsi, le plus grand don, la plus grande grâce que je puisse faire à la créature est de lui donner ma Volonté, parce que tous les biens possibles et imaginables y sont attachés – et de droit, parce que tout lui appartient.

Après quoi mon doux Jésus se fit voir venant de mon intérieur et il me regardait ; mais il fixait ses regards sur moi comme s’il voulait se peindre et se graver lui-même dans ma pauvre âme. En voyant cela, je lui dis : « Mon amour, Jésus, aie pitié de moi ; ne vois-tu pas comme je suis laide ? Tes privations, ces derniers jours, m’ont rendue même encore plus laide. Je me sens comme une bonne à rien ; même les rondes dans ta Volonté, je les fais avec difficulté. Oh ! comme je me sens mal ! Ta privation est comme un feu qui me consume et qui, brûlant tout en moi, me prend même l’envie de faire le bien. Il me laisse seulement ton adorable Volonté qui, me liant tout entière à elle, ne me fait vouloir que ton Fiat, et ne voir et toucher que ta très sainte Volonté.

Et Jésus reprit : Ma fille, lorsque ma Volonté est présente, tout est sainteté, tout est amour, tout est prière. Ainsi, puisque sa source est en toi, tes pensées, tes regards, tes paroles, tes palpitations et tous tes mouvements – tout est amour et prière. Ce n’est pas la forme des paroles qui forme la prière – non ; c’est ma Volonté opérante qui, en dominant tout ton être, fait de tes pensées, paroles, regards, palpitations et mouvements autant de petites fontaines qui sortent de la suprême Volonté ; et en montant jusqu’au ciel, dans leur langage muet, certaines prient, d’autres aiment, adorent, bénissent. En somme, ma Volonté fait faire à l’âme ce qui est saint – ce qui appartient à l’Être divin. Par conséquent, l’âme qui possède la suprême Volonté comme vie est le véritable ciel qui, même s’il est muet, proclame la gloire de Dieu et s’annonce lui-même comme l’œuvre de ses mains créatrices. Comme il est beau de voir une âme en qui règne ma Divine Volonté ! Ses pensées, regards, paroles, respirations et mouvements forment les étoiles qui ornent le ciel, racontent la gloire de celui qui l’a créée. Ma Volonté embrasse tout comme en un seul souffle et ne laisse rien perdre à l’âme de ce qui est bon et saint ».

 

 [1] Cf. Françoise BREYNAERT, La Venue glorieuse du Christ, Le Jubilé, Paris 2016

Deuxième lecture 1 Co 1, 1-3

« Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, et Sosthène notre frère, à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre. À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ. – Parole du Seigneur. » (1 Co 1, 1-3)

Nous avons vu, dans la première lecture, une première ouverture à l’universel au temps d’Isaïe. « Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre » (Is 49, 6). Paul a été l’apôtre des nations, en commençant néanmoins l’évangélisation à partir des synagogues, c’est-à-dire à partir du socle culturel juif, hébréo-araméen.

Dans la lecture de ce jour, Paul parle des chrétiens comme étant « sanctifiés dans le Christ Jésus et appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, leur Seigneur et le nôtre », c’est une manière éloquente de définir la grâce du baptême qui nous sanctifie et nous fait membre de l’Église.

Catéchisme de l’Église catholique :

1262  Les différents effets du Baptême sont signifiés par les éléments sensibles du rite sacramentel. La plongée dans l'eau fait appel aux symbolismes de la mort et de la purification, mais aussi de la régénération et du renouvellement. Les deux effets principaux sont donc la purification des péchés et la nouvelle naissance dans l'Esprit Saint (cf. Ac 2,38 Jn 3,5).

1263  Par le Baptême, tous les péchés sont remis, le péché originel et tous les péchés personnels ainsi que toutes les peines du péché (cf. DS 1316). En effet, en ceux qui ont été régénérés il ne demeure rien qui les empêcherait d'entrer dans le Royaume de Dieu, ni le péché d'Adam, ni le péché personnel, ni les suites du péché, dont la plus grave est la séparation de Dieu.

  Dans le baptisé, certaines conséquences temporelles du péché demeurent cependant, tels les souffrances, la maladie, la mort, ou les fragilités inhérentes à la vie comme les faiblesses de caractère, etc., ainsi qu'une inclination au péché que la Tradition appelle la concupiscence, ou, métaphoriquement, "le foyer du péché" ("fomes peccati"): "Laissée pour nos combats, la concupiscence n'est pas capable de nuire à ceux qui, n'y consentant pas, résistent avec courage par la grâce du Christ. Bien plus, 'celui qui aura combattu selon les règles sera couronné' (2Tm 2, 5)" (Cc. Trente: DS 1515).

1265  Le Baptême ne purifie pas seulement de tous les péchés, il fait aussi du néophyte "une création nouvelle" (2Co 5,17), un fils adoptif de Dieu (cf. Ga 4,5-7) qui est devenu "participant de la nature divine" (2P 1,4), membre du Christ (cf. 1Co 6,15 12,27) et cohéritier avec Lui (Rm 8,17), temple de l'Esprit Saint (cf. 1Co 6,19).

  La Très Sainte Trinité donne au baptisé la grâce sanctifiante, la grâce de la justification qui:

- le rend capable de croire en Dieu, d'espérer en Lui et de L'aimer par les vertus théologales;

- lui donne de pouvoir vivre et agir sous la motion de l'Esprit Saint par les dons du Saint-Esprit;

- lui permet de croître dans le bien par les vertus morales.

  Ainsi, tout l'organisme de la vie surnaturelle du chrétien a sa racine dans le saint Baptême.

1267  Le Baptême fait de nous des membres du Corps du Christ. "Dès lors, ... ne sommes-nous pas membres les uns des autres?" (Ep 4,25). Le Baptême incorpore à l'Eglise. Des fonts baptismaux naît l'unique peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance qui dépasse toutes les limites naturelles ou humaines des nations, des cultures, des races et des sexes: "Aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés pour ne former qu'un seul corps" (1Co 12,13).

  Les baptisés sont devenus des "pierres vivantes" pour "l'édification d'un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint" (1P 2,5). Par le Baptême ils participent au sacerdoce du Christ, à sa mission prophétique et royale, ils sont "une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis pour annoncer les louanges de Celui qui (les) a appelés des ténèbres à son admirable lumière" (1P 2,9). Le Baptême donne part au sacerdoce commun des fidèles.

1269  Devenu membre de l'Eglise, le baptisé n'appartient plus à lui-même (1Co 6,19), mais à Celui qui est mort et ressuscité pour nous (cf. 2Co 5,15). Dès lors il est appelé à se soumettre aux autres (cf. Ep 5,21 1Co 16,15-16), à les servir (cf. Jn 13,12-15) dans la communion de l'Eglise, et à être "obéissant et docile" aux chefs de l'Eglise (He 13,17) et à les considérer avec respect et affection (cf. 1Th 5,12-13).

De même que le Baptême est la source de responsabilités et de devoirs, le baptisé jouit aussi de droits au sein de l'Eglise: à recevoir les sacrements, à être nourri avec la parole de Dieu et à être soutenu par les autres aides spirituelles de l'Eglise. (cf. LG 37).

1270  "Devenus fils de Dieu par la régénération (baptismale), (les baptisés) sont tenus de professer devant les hommes la foi que par l'Eglise ils ont reçue de Dieu" (LG 11) et de participer à l'activité apostolique et missionnaire du Peuple de Dieu (cf. LG 17).

Évangile Jn 1, 29-34

« En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : ‘Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël’. Alors Jean rendit ce témoignage : ‘J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu’. » (Jn 1, 29-34)

Dans une civilisation orale on récite, ou on proclame, avec un léger balancement du corps droite/gauche. La parole est rythmée avec des reprises de souffle formant des répliques, ou «petgames », ce qui explique parfois certaines répétitions, comme ici, « Et moi, je ne le connaissais pas » ; bien sûr que Jean connaissait Jésus qui est son cousin, mais il n’avait pas encore reconnu le mystère et le dessein de Dieu. En araméen, connaître et reconnaître sont les mêmes mots.

Revenons un peu en arrière, aux versets 19 et suivants. Les autorités juives se demandent si Jean-Baptiste est le Messie. Aussi Jean-Baptiste doit-il répondre à une délégation de prêtres et de lévites qu’il n’est pas le Messie mais la voix qui crie dans le désert, ce désert qui est, depuis l’alliance au Sinaï, le haut-lieu de la Parole (Jn 1, 19-23). Jean-Baptiste est un prophète.

Il y a aussi une délégation de pharisiens, c’est-à-dire de gens qui pratiquent des rites d’ablution, on comprend qu’ils l’interrogent sur le sens de son baptême. C’est alors que Jean-Baptiste annonce Jésus en ces termes : « Celui qui vient après moi ; et il était avant moi ! […] Celui dont, moi, je ne suis pas digne de délier les lacets de ses sandales » (Jn 1, 27-28). Quelle déférence !  La stupeur de Jean-Baptiste rappelle celle de sa mère, Elisabeth, en présence de la mère de Jésus. Elle fut remplie de l’Esprit Saint et Jean-Baptiste avait bondi dans son sein (Lc 1, 41). Elle s’écria d’une voix forte (liturgique) : « Comment m’est-il donné que vienne jusqu’à moi la Mère de mon Seigneur ! » (Lc 1, 43).

Le lendemain, et c’est la lecture d’aujourd’hui, Jean-Baptiste voit Jésus venir vers lui et le désigne par des mots très forts :

« Voici l’Agneau de Dieu, / celui qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29). Jean-Baptiste est de famille sacerdotale, les mots qu’il utilise évoquent les plus grands rites du Temple. L’Agneau évoque le bélier pourvu par Dieu à Abraham en substitution du sacrifice d’Isaac (Gn 22) et surtout l’Agneau de la Pâque, dont le sang épargne les Hébreux pendant le fléau qui frappe les premiers-nés d’Égypte (Ex 14). De plus, en « enlevant le péché du monde », Jésus accomplit le rôle du bouc émissaire en la fête du Yom Kippour (Lv 16, 1-28). Or, une fois que le péché est enlevé, la place est libre pour recevoir l’Esprit Saint.

« J’ai vu l’Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui » (Jn 1, 32). La colombe est l’image du retour vers Dieu. La colombe part, mais elle revient. Elle représente le retour d’exil, ou le temps de la conversion. Les premiers disciples étaient disposés à se convertir.

« Celui-là baptise dans l’Esprit Saint » ou « Celui-là immerge dans l’Esprit de sainteté ! » (Jn 1, 33).

Jésus n’est pas seulement « oint » comme pouvaient l’être un roi, un prophète ou un prêtre : il « immerge dans l’Esprit de Sainteté », c’est-à-dire qu’il est capable de communiquer l’Esprit Saint. S’accomplit l’oracle du livre d’Ezéquiel : « Je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés, […] je mettrai en vous mon esprit » (Ez 36, 25.27).

Et l’immersion dans l’Esprit Saint ouvre un chemin de sainteté qui est l’affaire de toute une vie.

Si on lit l’épisode suivant, ou la perle suivante, attentifs au témoignage de Jean-Baptiste ─ « Voici l’agneau de Dieu » (Jn 1, 36) ─, deux disciples suivent Jésus. Ils n’ont encore vu aucun miracle ni entendu aucun enseignement, c’est dire combien Jésus était rayonnant. André est nommé. Qui est l’autre ? Probablement Jean, venu auprès de Jean-Baptiste avec son frère Jacques : il ne mentionne pas sa présence faute d’être majeur au moment des faits et de ne pas pouvoir donner un témoignage.

Dans mon livre « Jean, l’évangile en filet », Parole et Silence, Paris 2020, j’explique que Jean a composé son évangile comme un filet, c’est-à-dire avec des fils transversaux, verticaux, porteurs de signification.

C’est ainsi que le baptême de Jésus au Jourdain est enfilé avec d’autres perles telles que la Samaritaine qui reconnaît en Jésus le Messie (Jn 4, 25-29). Le mot Messie a pour racine MShH, signifie Oint de Dieu, et l’onction est celle de l’Esprit Saint.

Le baptême de Jésus au Jourdain est enfilé avec cette autre perle où Jésus qui refuse de recevoir des hommes l’onction royale (Jn 6, 15), sa royauté messianique lui vient d’une onction mystérieuse : divine.

Et encore, pendant la fête des Tentes, Jésus promit de donner l’eau vive. En lien avec le baptême de Jésus au Jourdain. L’évangéliste ajouta une glose : « Or, cela, il le dit au sujet de l’Esprit / qu’allaient recevoir ceux-là qui croiraient en lui. L’Esprit, en effet, n’avait pas encore été donné, / parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jn 7, 39). L’Esprit est lié à la glorification.

Chers auditeurs, ceux qui reçoivent le Baptême chrétien obtiennent le don d'un sceau spirituel indélébile, le «caractère» qui marque pour toujours leur appartenance au Seigneur. On dit aussi que le baptême est une « marque spirituelle indélébile » (CEC 1272), en effet, saint Paul dit, je donne une traduction de l’araméen : « Et il les a connus d'avance, et il les a gravés dans la forme de l'image de son Fils [waršam ᵓennon baḏmūṯā dəṣūrtā daḇrēh] afin que son Fils fût le premier-né de beaucoup de frères » (Rm 8, 29). Alors, les baptisés commencent un chemin de sainteté et de configuration à Jésus, un appel à suivre Jésus, comme les premiers disciples, par la réalisation de leur vocation personnelle selon ce dessein d'amour particulier que le Père a à l'esprit pour chacun d'eux ; le but de ce pèlerinage terrestre sera la pleine communion avec Lui dans le bonheur éternel.

C'est pourquoi, en comprenant la grandeur de ce don, que j’ai expliquée en commentaire de la deuxième lecture, dès les premiers siècles, on a pris soin de conférer le Baptême aux enfants à peine nés. Il y aura assurément ensuite besoin d'une adhésion libre et consciente à cette vie de foi et d'amour et c'est pour cela qu'il est nécessaire qu'après le Baptême les enfants soient éduqués dans la foi, instruits selon la sagesse de l’Écriture Sainte, et des enseignements de l'Église, de façon à ce que grandisse en eux le germe de la foi et qu’ils puissent prendre un chemin de sainteté et atteindre la pleine maturité chrétienne.

© F. Breynaert

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Date de dernière mise à jour : 20/08/2023