13e dimanche -Temps Ordinaire

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Première lecture (2 R 4, 8-11.14-16a)

Psaume (Ps 88 (89), 2-3, 16-17, 18-19)

Deuxième lecture (Rm 6, 3-4.8-11)

Évangile (Mt 10, 37-42)

Première lecture (2 R 4, 8-11.14-16a)

« Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu’il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu’il passait par là, il allait manger chez elle. Elle dit à son mari : ‘Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer’. Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Puis il dit à son serviteur : ‘Que peut-on faire pour cette femme ?’ Le serviteur répondit : ‘Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est âgé’. Élisée lui dit : ‘Appelle-la’. Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte. Élisée lui dit : ‘À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras’. – Parole du Seigneur. »

La femme de Sunam, la sunamite, ouvre sa maison au prophète et lui offre l’hospitalité avec simplicité et foi. Or Dieu n’oublie pas le bien que nous faisons et il le récompense, en cette vie ou dans l’autre. Élisée annonce qu’elle aura un fils, alors qu’elle n’espérait plus une telle joie. Le miracle souligne aussi que Dieu répond aux attentes profondes du cœur humain quand elles lui sont confiées.

Élisée, comme avant lui Élie, est un prophète d’Israël, dans le royaume du Nord, c’est-à-dire autour de Samarie. Il s’inscrit dans une longue histoire durant laquelle les Hébreux quittent peu à peu une attitude païenne. En effet, inspirés des rites babyloniens, il y avait en Israël des pieux sacrés ou des arbres sacrés, sous lesquels avaient lieu des rites magiques ou des prostitutions dites sacrées, ce sont les cultes aux Baals.

Les cultes de Baals sont des cultes de fertilité dans lesquels la frontière entre Dieu et l’homme est dissoute : dans une débauche sans pareille, le divin est tiré vers le bas et sa dignité est déformée. En ce sens, les cultes de Baal se révèlent être la véritable raison de la destruction morale des peuples, dont le pays doit être libéré. De plus, ils sont accompagnés de sacrifices humains, surtout d’enfants. Ces cultes s’adressent non pas au Créateur, mais à des anges déchus, des démons : « Car vous aviez irrité votre Créateur en sacrifiant à des démons et non à Dieu » (Ba 4, 7) !

Il n’y a plus depuis longtemps de temple dédiés aux Baals mais les cultes aux Baals sont encore pratiqués dans certains cercles ésotériques marginaux. Les sacrifices humains revêtent des formes sophistiquées qui n’ont pas toujours l’apparence d’un rituel. Actuellement, les pratiques occultes ou les croyances ésotériques traduisent souvent une quête de sécurité ou de contrôle face à l’incertitude de la vie, elles sont aussi liées à une recherche de pouvoir.

Au temps d’Élie, la reine Jézabel avait amené avec elle ses dieux, ses cultes aux Baals. On reproche aussi à Jézabel le cynisme avec lequel elle n’hésita pas à recourir à la diffamation comme moyen légal pour faire tuer Naboth, un israélite attaché à la vigne héritée de ses pères parce que sa foi y voyait le don de la terre que le Dieu d’Israël avait promise à son peuple. Élisée a fait oindre Jéhu comme roi d’Israël et ce dernier, après avoir fait périr la reine Jézabel, fit en sorte que « Baal disparut d’Israël » (2Rois 10, 28), du moins pour cette génération. L’histoire de Jézabel nous enseigne que la lutte contre Baal est aussi une lutte pour la justice. 

Parce qu’il est imprégné de Dieu, Élisée se mit à faire des miracles, comme, par exemple, une multiplication d’huile pour une veuve, ou, comme dans la lecture de ce dimanche, guérir la stérilité du couple qui lui donne l’hospitalité. Ensuite, l’enfant de ce couple mourut, mais Élisée opéra un second miracle en ressuscitant cet enfant (2R 4, 34-35). Le miracle n’est pas quelque chose de sensationnel, mais, par le miracle, la bonté de Dieu se rend visible d’une manière qui dépasse les capacités humaines. Il y eut des miracles de résurrection jusque sur le tombeau du prophète Élisée (2R 13, 20-21). Le Créateur veut être aimé et connu, tous ces miracles sont éloquents pour nous dire qu’il est un Dieu de Vie.

Nous pourrions comparer la foi en Dieu (YHWH) et le rejet de l’idolâtrie à un champ dans lequel on a semé du blé et que l’on vient désherber. Au lieu de capter le divin comme dans la civilisation sumérienne par de grandes tours appelées ziggurat (la tour de Babel), Abraham a reçu une promesse, gratuitement.

Au lieu de capter le divin par la divination et la magie, Moïse apprend au peuple à recevoir de Dieu au désert la manne et l’eau du rocher.

Cependant, la plupart des Hébreux ont mis des siècles à le voir et à l’intégrer dans leur comportement. Les cultes aux Baals étaient comme des mauvaises herbes qui auraient envahi le terrain ensemencé par l’Alliance avec Abraham, puis l’Alliance au Sinaï (Exode 19) ou à Sichem (Josué 24)… Et, comme on désherbe le blé, les prophètes tenteront d’arracher ce qui empêche la croissance de la nouvelle attitude religieuse. Ainsi, nous avons d’abord l’action des Juges (cf. Gédéon et Samuel), puis de prophète Élie et Élisée, et d’autres encore.

Les religions dites tribales, que l’on appelait autrefois simplement paganisme, connaissent des divinités ordonnées à chaque secteur de la vie. Elles ont un aspect positif qui est la représentation d’une vie acceptée comme venant de Dieu. Et les cultes de fertilité consistent à célébrer de manière joyeuse le mystère de la fécondité. Ce faisant, on en arrive néanmoins à un abus extatique, dans lequel les éléments divins et humains s’entremêlent et perdent alors leur dignité. Ainsi, ces cultes ont conduit des sociétés entières à la ruine en remettant en cause la nature même de la religion.

Dans le contexte des paganismes ambiants, les prophètes proclament haut et fort que le Dieu de Vie est le Dieu de l’Alliance et qu’il faut rechercher la vie auprès du Créateur dans une relation confiante et non pas auprès des Baals dans une relation occulte.

Dans la lecture que nous avons entendue, Dieu récompense le couple qui héberge son prophète. La récompense de ce couple est  la fécondité. Dieu est un Dieu de Vie. Le jeune Élisée répétait au prophète Élie : « Aussi vrai que le Seigneur est vivant et que tu vis toi-même » (2R 2, 3.4.6). Et ce Dieu de Vie guérit la stérilité.  

Le miracle que fit Élisée pour le couple qui lui offre l’hospitalité est un miracle éloquent (2 R 4, 8-11.14-16a). Il nous enseigne que la vie doit être demandée au Très Haut. Et le message vaut encore de nos jours : ne pas se disperser dans des voies incertaines, mais s’adresser directement à Dieu, source de la vie.

Le message biblique rappelle que la source de la vie et du bien véritable se trouve dans le Créateur, qui est un Père bienveillant qui sait récompenser nos actes bons. La prière et la confiance envers Dieu sont un chemin solide, lumineux et réellement vivifiant.

Psaume (Ps 88 (89), 2-3, 16-17, 18-19)

L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ;
ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.
Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ;
ta fidélité est plus stable que les cieux.

Heureux le peuple qui connaît l’ovation !
Seigneur, il marche à la lumière de ta face ;
tout le jour, à ton nom il danse de joie,
fier de ton juste pouvoir.

Tu es sa force éclatante ;
ta grâce accroît notre vigueur.
Oui, notre roi est au Seigneur ;
notre bouclier, au Dieu saint d’Israël.

Ce psaume a été choisi en réponse à la première lecture. Dans le récit d’Élisée, la fidélité de Dieu prend un visage très concret et personnel. La femme de Sunem accueille le prophète avec simplicité, sans rien demander. Or, accueillir le prophète, c’est en réalité accueillir Dieu lui-même agissant à travers lui. Et c’est là que la fidélité chantée dans le psaume devient visible : Dieu répond par un don inattendu, la vie, à travers la naissance annoncée. Il y a donc une correspondance profonde. Le psaume proclame que Dieu est une “force éclatante” pour son peuple ; le livre des Rois montre comment cette force se déploie dans une situation précise, en comblant une attente cachée.

Ce psaume se situe vers la fin du Psautier, dans une section marquée par une réflexion sur l’histoire d’Israël et ses épreuves. Il a une structure en deux temps.

La première partie, dont fait partie l’extrait que nous avons entendu, est un chant de louange : il célèbre l’amour fidèle de Dieu (ce que la Bible appelle la “hesed”), sa solidité, et la joie du peuple qui vit sous sa lumière. Il exprime la conviction que Dieu est fidèle, que son alliance est solide, et que le roi (descendant de David) est sous sa protection. Historiquement, cela renvoie à la période monarchique, quand Israël se comprend comme un peuple guidé par Dieu à travers son roi.

Dans sa seconde partie, ce psaume devient une lamentation, probablement écrite à un moment de crise nationale, peut-être après la chute de la royauté davidique ou lors de l’Exil à Babylone. Le contraste est fort : on passe de la promesse d’un roi protégé par Dieu à l’impression que tout s’est effondré.

Ce qui est très riche, c’est que même lorsque l’histoire semble mal tourner (perte du roi, exil…), Israël continue de proclamer cet amour fidèle. C’est pour cela que ce psaume est encore parlant aujourd’hui : il apprend à tenir ensemble la louange et l’épreuve, la confiance en la fidélité de Dieu même quand les circonstances semblent dire le contraire.

De nos jours nous pouvons penser à tel ou tel chrétien persécuté, un chrétien du Nigéria a vu mourir son père et a refusé de renier Jésus, laissé lui-même pour mort, il a prié en reprenant les paroles de Jésus en croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 33). Par ses propres forces, l’homme ne peut pas proposer le pardon. Un seul a ouvert ce chemin, c’est Jésus. Parce que ce chemin implique Dieu. C’est le secret du pardon. Pardonner, c’est d’abord cela : confier à Dieu le mal subi et la cause à défendre, et ouvrir une porte pour un avenir où Il interviendra. C’est sortir de la spirale du Mal par un acte de foi. Dieu est tout-puissant, mais il attend que nous lui donnions les situations.

On peut, en toutes circonstances, reprendre ce psaume et proclamer : « L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ». Tout repose sur la fidélité de Dieu, solide “comme les cieux”. Le peuple se sait heureux parce qu’il marche “à la lumière de sa face”. Autrement dit, Dieu est au centre, source de vie, de joie et de force.

Dans l’Évangile, Jésus parle de s’attacher à lui de manière absolue. Lorsqu’il dit qu’il faut l’aimer plus que père, mère ou enfants, il reprend en quelque sorte l’exigence fondamentale de l’alliance : Dieu doit passer avant tout. Ce que le psaume chante comme une évidence heureuse, Jésus le formule comme un choix concret et parfois coûteux.

Dans le psaume, le peuple dit : « notre roi est au Seigneur ». Le roi est protégé par Dieu et signe de sa présence. Dans l’Évangile, cette figure s’accomplit en Jésus lui-même : suivre le Christ, c’est reconnaître en lui celui qui vient de Dieu et qui en porte l’autorité. Mais la puissance de ce roi-là passe par la croix qui est le lieu où il est victorieux de Satan. Et c’est parce qu’il a donné son sang sans tuer personne que Jésus pourra juger le monde et le purifier de l’emprise de Satan lors de son retour glorieux.

On peut souligner quatre signification au psaume, le sens historique, le sens moral, le sens chrétien, le sens eschatologique.

Sur le plan historique, ce psaume chante la fidélité de Dieu à l’alliance, en particulier à la dynastie royale issue de David. L’expression « notre roi est au Seigneur » montre que le roi n’est pas autonome : il est sous la protection de Dieu. Ce texte renvoie donc à la période monarchique, où Israël se comprend comme guidé par Dieu à travers son roi. Mais il est probablement relu dans un contexte de crise, peut-être après l’Exil à Babylone, ce qui donne encore plus de force à l’affirmation de la fidélité divine malgré les apparences.

Sur le plan moral, le psaume invite à une attitude intérieure. « Chanter l’amour du Seigneur » et « annoncer sa fidélité » ne sont pas seulement des paroles, mais une manière de vivre. Le croyant est appelé à marcher « à la lumière de sa face », c’est-à-dire à orienter toute sa vie vers Dieu, dans la confiance et la joie : reconnaître que la vraie force ne vient pas de soi, mais de la grâce reçue. Il y a là un appel à l’humilité, à la louange, et à la persévérance dans la foi.

Ce psaume trouve son accomplissement en Jésus-Christ. La fidélité de Dieu « plus stable que les cieux » se manifeste pleinement en lui. La promesse faite à David d’un roi éternel est relue à la lumière du Christ, roi non seulement d’Israël mais de tous. « Marcher à la lumière de ta face » devient alors suivre le Christ, lumière du monde. Et la joie du peuple prend un sens nouveau : ne manquons pas les rencontres avec le Christ ressuscité.

Enfin, sur le plan eschatologique, le psaume ouvre vers l’accomplissement final. La stabilité évoquée (« pour toujours », « plus stable que les cieux ») dépasse l’histoire immédiate. Elle annonce un règne définitif où Dieu sera pleinement reconnu comme roi, où la joie du peuple sera sans fin. Ce bonheur — « heureux le peuple » — devient une promesse pour la Parousie : une communion parfaite avec Dieu, dans sa lumière, où la fidélité divine sera pleinement manifestée et partagée.

Dieu est le Dieu de la paix et de la joie.

Deuxième lecture (Rm 6, 3-4.8-11)

« Frères, ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ. – Parole du Seigneur ».

Nous allons commenter cette lecture avec saint Louis Marie de Montfort. Il s’afflige de ce que le baptême et ses engagements sont oubliés (VD 127). Il fut l’un des premiers à donner au renouvellement des vœux du baptême une place essentielle au cœur des cérémonies de la mission[1]. Il part à Rome (à pied) pour rencontrer le pape Clément XI qui le destina aux missions intérieures (1706) afin de « faire renouveler partout l’esprit du christianisme par le renouvellement des vœux du baptême. » Son apostolat s’épanouit dans les diocèses de Nantes et la Rochelle, jusqu’à sa mort à Saint-Laurent-sur-Sèvre (1716).

Dans son « Contrat d’Alliance » (CA 1-3) il propose une procession générale qui matérialise le peuple de Dieu en chemin vers le Temple de Dieu. À la porte de l’église est présenté l’Évangile pour la profession de foi personnelle ("je crois fermement toutes les vérités de l’Évangile de Jésus Christ") et on se rend aux fonts baptismaux pour le renoncement au démon et le choix de Jésus Christ, en renouvelant les vœux du baptême ; c’est alors que près de l’autel de la Sainte Vierge, on explicite le rôle médiateur de Marie dans notre chemin vers Jésus ("je me donne tout entier à Jésus Christ par les mains de Marie, pour porter ma croix à sa suite, tous les jours de ma vie"). Suit la bénédiction avec le Saint-Sacrement, l’Eucharistie étant au centre de la vie de l’Église. On termine avec la bénédiction d’objets sacrés : crucifix, chapelets, images… pour les emporter à la maison.

Dans « L’amour de la Sagesse éternelle », Montfort fait le constat que Marie est l’aide opportune qui soutiendra notre fidélité, et il donne cette grande prière :

« 223. O Sagesse éternelle et incarnée ! ô très aimable et adorable Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Fils unique du Père éternel et de Marie toujours vierge !

  Je vous adore profondément dans le sein et les splendeurs de votre Père, pendant l’éternité, et dans le sein virginal de Marie, votre très digne Mère, dans le temps de votre incarnation.

  Je vous rend[s] grâce de ce que vous vous êtes anéanti vous-même, en prenant la forme d’un esclave, pour me tirer du cruel esclavage du démon. Je vous loue et glorifie de ce que vous avez bien voulu vous soumettre à Marie votre sainte Mère en toutes choses, afin de me rendre par elle votre fidèle esclave.

  Mais, hélas ! ingrat et infidèle que je suis, je ne vous ai pas gardé les vœux et les promesses que je vous ai si solennellement faits dans mon baptême : je n’ai point rempli mes obligations ; je ne mérite pas d’être appelé votre enfant ni votre esclave ; et, comme il n’y a rien en moi qui ne mérite vos rebuts et votre colère, je n’ose plus par moi-même approcher de votre sainte et auguste Majesté. C’est pourquoi j’ai recours à l’intercession et à la miséricorde de votre très sainte Mère, que vous m’avez donnée pour médiatrice auprès de vous ; et c’est par son moyen que j’espère obtenir de vous la contrition et le pardon de mes péchés, l’acquisition et la conservation de la Sagesse.

224. Je vous salue donc, ô Marie immaculée, tabernacle vivant de la Divinité, où la Sagesse éternelle cachée veut être adorée des anges et des hommes.

  Je vous salue, ô Reine du ciel et de la terre, à l’empire de qui tout est soumis, tout ce qui est au-dessous de Dieu.

  Je vous salue, ô Refuge assuré des pécheurs, dont la miséricorde n’a manqué à personne ; exaucez les désirs que j’ai de la divine Sagesse, et recevez pour cela les vœux et les offres que ma bassesse vous présente.

« 225. Moi, N..., pécheur infidèle, je renouvelle et ratifie aujourd’hui entre vos mains les vœux de mon baptême ; je renonce pour jamais à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je me donne tout entier à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, pour porter ma croix à sa suite tous les jours de ma vie, et afin que je lui sois plus fidèle que je n’ai été jusqu’ici.

  Je vous choisis aujourd’hui, en présence de toute la cour céleste, pour ma Mère et Maîtresse. Je vous livre et consacre, en qualité d’esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un entier et plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m’appartient, sans exception, selon votre bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l’éternité ».

Dans le « Traité de la vraie dévotion », fidèle au sens profond du baptême qui est aussi une décision contre Satan et le péché (VD 73), Montfort invite à se vider de « ce qu’il y a de mauvais en nous », parce que « ce mauvais fond » communique sa « mauvaise odeur » (VD 78) aux grâces divines et parce que notre Seigneur est infiniment pur et hait la moindre souillure. Il s’agit véritablement d’un passage par la mort, comme dans la seconde lecture de ce dimanche, c’est haïr son âme, perdre sa vie, afin de la trouver (Mt 16, 24 ; Lc 9, 23). Mourir à soi comme le grain tombé en terre (Jn 12, 24). « Nous n’aurons pas une étincelle du pur amour qui n’est communiquée qu’aux âmes mortes à elles-mêmes et dont la vie est cachée avec Jésus Christ en Dieu (Col 3,3). » (VD 81).

Dans le « Secret de Marie », Montfort témoigne : « Je l’ai [Marie] mille et mille fois prise pour tout mon bien avec saint Jean l’Évangéliste, au pied de la croix [Jn 19, 25-27] et je me suis autant de fois donné à elle […] et si vous [Jésus] voyez en mon âme et mon corps quelque chose qui n’appartienne pas à cette auguste Princesse, je vous prie de me l’arracher et de le jeter loin de moi, puisque, n’étant pas à Marie, il est indigne de vous» (SM 66). Et il invite : « Il faut que vous fassiez un sacrifice de vous-même entre les mains de Marie » (SM 70). Et ce sacrifice est une Pâque qui porte le « fruit de vie » et donne la béatitude « jusqu’à la mort et dans les siècles des siècles » (SM 78).

 

       Évangile (Mt 10, 37-42)

Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Matthieu, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. Préface Mgr Mirkis (Irak) ; Mgr Dufour (France) et Mgr Kazadi (Congo RDC). Parole et Silence, 2026.

La traduction a reçu l'imprimatur de la conférence des évêques de France. 

« 37 Qui aime son père ou sa mère plus que moi / n’est pas digne de moi !
qui aime son fils ou sa fille plus que moi / n’est pas digne de moi !

38 Et quiconque ne se charge pas de sa croix et ne me suit pas / n’est pas digne de moi !

39 Qui a trouvé sa vie / la perdra ;
qui perdra sa vie à cause de moi / la trouvera.

40 Qui vous accueille, / m’accueille ;
et qui m’accueille, / accueille Celui qui m’a envoyé.

41 Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète, / reçoit une récompense de prophète ;

qui accueille un homme juste en sa qualité de juste, / reçoit une récompense de juste.

42 Et quiconque donne à boire, / même un simple verre [d’eau] fraîche,
à l’un de ces petits, / en sa qualité de disciple,
amen, je vous le dis : / non, il ne perdra pas sa récompnse.

– Acclamons la Parole de Dieu.

Je vous encourage à mémoriser l’évangile, cette traduction qui respecte les reprises de souffle est faite pour cela.

L’évangile de Matthieu est un « collier d’oralité » et nous sommes ici dans un « fil d’oralité » dont la perle introductive dans le « collier compteur » nomme 9 fois Hérode, qui lança la persécution contre l’enfant Jésus (Mt 2,1.3.7.12.13.15.16.19.22). Ce « fil d’oralité » parle 9 fois d’accusations mortelles contre Jésus ou contre ses disciples ; contre Jésus d’abord : « des hommes, parmi les scribes, se dirent en eux-mêmes, ‘Celui-ci blasphème !’ » (Mt 9,3) ; « Les Pharisiens, toutefois, disaient : ‘C’est par le chef des démons qu’il fait sortir les démons !’ » (9,34) ; puis Jésus annonce aux disciples qu’ils seront confrontés à « des [hommes comme des] loups » (10,16), aux « [les] hommes » (10,17), « des tribunaux » (10,17), « des gouverneurs » (10,18) et « des rois » (10,18) ; « tout homme » (10,22) ; et, finalement, « les ennemis d’un homme seront les fils de sa maison » (10,36).

Et Jésus promet aux disciples fidèles qu’ils seront récompensés.

« 37 Qui aime son père ou sa mère plus que moi / n’est pas digne de moi !
qui aime son fils ou sa fille plus que moi / n’est pas digne de moi ! »

Le verbe « aimer » est ici le verbe « rḥem », qui reflète l’affection et la tendresse : les attachements naturels et familiaux ne doivent pas arrêter le disciple dans sa démarche de suivre Jésus. Le refrain « n’est pas digne de moi ! [en araméen lā šāwe lī ] » n’a rien à voir avec le fait d’entrer dans une famille de dignitaires de laquelle les gens ordinaires sont exclus. C’est une expression familière qui signifie : « ça ne me va pas » ou « ce n’est pas ce que je cherche » et Mgr Alichoran donne un exemple : si je vous demande un instrument pour arracher un clou, et que vous me tendez un marteau, je vous réponds : « lā šāwe lī » ; l’expression nous situe dans le concret de l’amitié ou du service derrière le Christ. Il s’agit de se constituer digne du Christ.

 « 38 Et quiconque ne se charge pas de sa croix et ne me suit pas / n’est pas digne de moi ! ». À une sœur de la charité découragée, mère Teresa demanda : faut-il suivre le Christ ou marcher devant ? La sœur répondit : le suivre. Et elle retrouva courage : le Christ porte la croix devant nous.

Dans notre contexte, l’expression « porter sa croix » signifie prévoir et accepter l’opposition violente à l’égard des disciples du Christ. Nous sommes habitués à parler de la croix, mais l’image est très forte et elle a dû choquer les auditeurs de Jésus. Après la mort d’Hérode le Grand, donc à l’époque de l’enfance du Christ, le légat Varus avait fait crucifier 2000 juifs…

Et Jésus promet la vie éternelle dans son royaume à celui qui restera fidèle jusqu’à la mort :

« 39 Qui a trouvé sa vie / la perdra ;
qui perdra sa vie à cause de moi / la trouvera ».

Ici, clairement, « perdre sa vie » (v. 39) signifie mourir de mort violente. Le vrai « martyr » est celui qui donne sa vie pour les autres et non pas celui qui perd sa vie après avoir essayé de tuer le plus possible d’ennemis de Dieu.

Et Jésus s’associe à l’apôtre qu’il envoie. Accueillir un apôtre, c’est accueillir Jésus, et en Jésus, le Père lui-même.

« 40 Qui vous accueille, / m’accueille ;
et qui m’accueille, / accueille Celui qui m’a envoyé. »

« Et ainsi, celui qui reçoit les Apôtres, reçoit le Christ. Or, celui qui reçoit le Christ, reçoit Dieu son Père, car dans les Apôtres, il ne reçoit rien d’autre que ce qui est dans le Christ, et il n’y a rien d’autre dans le Christ que ce qui est en Dieu » dit saint Hilaire de Poitiers (Commentaire de saint Matthieu, ad loc.).

Des apôtres, Jésus passe aux prophètes : « 41 Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète, reçoit une récompense de prophète ».

Depuis le décret du 29 décembre 1966 de la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi, chacun peut publier les textes qui se réfèrent aux nouvelles révélations, apparitions, locutions, prophéties ou miracles, sans que cela engage la sainte Église catholique romaine. 

Le catéchisme catholique explique au numéro 67 au sujet des « révélations dites "privées" » : « Leur rôle n’est pas d’"améliorer" ou de "compléter" la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire. » (CEC 67)

Et le catéchisme ajoute : « La foi chrétienne ne peut pas accepter des "révélations" qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l’achèvement. C’est le cas de certaines Religions non-chrétiennes et aussi de certaines sectes récentes qui se fondent sur de telles "révélations". » (CEC 67)

Après les prophètes, Jésus élargit son propos à l’accueil des justes :

« 41 qui accueille un homme juste en sa qualité de juste, / reçoit une récompense de juste. ». Ces justes sont par exemple des lanceurs d’alertes, ou plus simplement des gens qui se maintiennent dans la droiture quand tout un groupe bascule dans la compromission. Il est d’autant plus difficile d’accueillir une personne juste que nous sommes dans une situation dominée par des personnes injustes, menteuses, cruelles et manipulatrices[2]. On rencontre des gens au statut social honorable, cultivées et en poste de responsabilité, mais qui se situent au-dessus des lois. Il y a quelque chose d’infantile : le respect des consignes et des lois s’acquiert dès la petite enfance... Pour ce genre de personnalités, l’homme juste est insupportable. Comme un petit enfant, ces personnes mentent et trompent leur entourage, ce qui épuise l’homme juste et l’isole. En position respectable, elles savent être charmantes et rassembler autour d’elle un groupe de fans. Malheur à l’homme juste, du jour au lendemain, il se trouve ostracisé, exclu, et tout le groupe est manipulé contre lui. On interdit d’aller parler au juste et d’accueillir sa pensée ! Et pourtant, secrètement, on admire la justice du juste… Qui fera le pas de l’accueillir ?

« Qui accueille un homme juste en sa qualité de juste, / reçoit une récompense de juste » (Mt 10,41). 

Jésus dit encore :

« 42 Et quiconque donne à boire, / même un simple verre [d’eau] fraîche,
à l’un de ces petits, / en sa qualité de disciple,
amen, je vous le dis : / non, il ne perdra pas sa récompense. »

En temps de persécution, donner un simple verre d’eau à un disciple du Christ peut être un acte héroïque. Le savent très bien ceux qui vivent dans les pays musulmans où ceux qui se convertissent au Christ sont généralement bannis. C’est une grande chose que d’être compté au nombre des martyrs du Seigneur, mais tous ne sont pas dans une telle situation. Par contre, nous sommes tous en situation de venir en aide aux chrétiens persécutés.

 

[1] Louis CHATELLIER, La religion des pauvres, Aubier, Paris 1993, p. 237
Aujourd’hui, les vœux du baptême que l’on a fait enfant par le parrain et la marraine sont renouvelés lors de la profession de foi et dans la liturgie de la nuit pascale.

[2] Cf. Christel Petitcollin, Échapper aux manipulateurs. Guy Trédaniel Éditeur, Paris 2008.

Date de dernière mise à jour : 18/04/2026