- Accueil
- Pages
- Préparer Dimanche
- Année A
- Temps ordinaire (A)
- 24e dimanche du Temps Ordinaire (A)
24e dimanche du Temps Ordinaire (A)

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30.
https://player.radio-esperance.fr/?webradio=direct
Et Radio fidélité, et radio Ecclésia
Première lecture (Si 27, 30 – 28, 7)
Psaume (Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 9-10, 11-12)
Première lecture (Si 27, 30 – 28, 7)
Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître. Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas. – Parole du Seigneur.
« Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître » (Si 27, 30). La rancune consiste à ne pas laisser, ne pas omettre, ne pas oublier : et donc on reste accroché au mal et on ne peut plus avancer, on fixe l’existence dans un état défectueux. Jésus est un chemin, Le Chemin, il faut donc avancer. Certainement, quand quelque chose ne va pas, il faut en parler, en parler dans des circonstances adaptées, paisiblement, rationnellement, au minimum écarter les malentendus, et même s’il n’y a pas de solutions immédiates, au moins prier afin que le mal ne se reproduise pas. Mais sans rancune, c’est-à-dire en allant de l’avant, en laissant derrière soi le paysage, c’est-à-dire en partie oublier.
« Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés ». D’un point de vue social, les sociétés ont des instances pour rendre la justice de manière à ce que l’on ne se rende pas justice soi-même dans un cercle vicieux de vengeance. La vendetta a ruiné des régions entières, et continue de désorganiser certains quartiers de nos villes. D’un point de vue religieux, celui qui se venge prend la place de Dieu pour juger.
« Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis ». En araméen, le verbe que nous traduisons par « pardonner » est le verbe šbaq : laisser, supporter, faire remise de, chasser [la rancune], pardonner, omettre. Par exemple, saint Pierre a dû supporter Judas, or, dans l’évangile, Jésus appelle à pardonner « du fond de votre cœur, chacun à son frère, sa sottise [saḵlūṯēh] » (Mt 18, 22) : Jésus invite Pierre à considérer Judas comme un disciple mal formé,sot qui se trompe, et ne pas vite supposer de la malice, ne pas faire d’analyse et de considération sur ce qui pourrait être une grave perversion, que Pierre devait pressentir pourtant.
« Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? » La colère est la 11e des passions humaines, c’est une composante du désespoir et de la peur. Quelqu’un me fait peur et je ne vois aucune issue à une situation mauvaise, alors la colère me saisit. Mais nous devons maîtriser nos colères, calmer nos peurs, rechercher des solutions, même à long terme, être patient. Le Siracide ne nous dit pas de ne jamais ressentir de colère, mais de ne pas nourrir la colère contre un autre homme. Pour cela, il faut prier et avoir confiance en Dieu, en effet, la solution en Dieu, mais si nous n’avons pas confiance en Dieu, comment peut-on demander notre guérison ?
« Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? »
Comme on l’a dit : avec la rancune, on reste accroché au mal et on ne peut plus avancer, on fixe l’existence dans un état défectueux. C’est ainsi qu’à l’heure de la mort, on ne peut pas monter dans la gloire céleste et entrer au ciel, on aura besoin d’une purification que l’on appelle le purgatoire. Dans l’Ancien Testament, on connaissait déjà la prière « pour les morts afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés » (2 Mac 12, 45), ce qui ne s’explique que dans la perspective d’un « purgatoire » considéré comme un parvis de la résurrection bienheureuse.
« Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. » Parmi les commandements donnés au Sinaï, il y a « tu ne tueras pas ». Le Siracide va à la racine du meurtre dans le cœur de l’homme : « renonce à toute haine », il s’approche ainsi de Jésus et de son sermon sur la montagne.
« Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. » Le psaume répond à cette parole du Siracide par ces mots : « Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. »
« Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas ».
Ce verset est remarquable : la vie morale s’enracine dans la vie théologale, pour ne pas garder rancune contre le prochain, il faut élever notre regard et penser à notre participation à la vie divine, à l’Alliance du Très-Haut. Nous surmonterons les tensions humaines en prenant de la hauteur. Nous aimons notre prochain en nous souvenant des bienfaits de Dieu qui nous a sortis d’Égypte et de mille misères, et qui nous a choisis alors que nous étions petits et faibles. Nous surmontons nos passions mauvaises en pensant au Seigneur qui nous aime.
« Pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas ».
Ce verset nous prépare à l’Évangile où Jésus demande de pardonner « du fond de votre cœur, chacun à son frère, sa faute [saḵlūṯēh] » (Mt 18, 22), une faute commise par ignorance, et non pas par malice. Ainsi, puisqu’il s’agit d’ignorance, cela exige l’indulgence : « Pardonne-lui ! » (Mt 18, 35).
Psaume (Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 9-10, 11-12)
« Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. Il n’est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ; aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de nous nos péchés ».
Sainte Faustine (1905-1938) est une mystique catholique polonaise qui a transmis au monde un message important sur la miséricorde divine. Saint Jean-Paul II la présente ainsi dans une homélie du 13 mars 1994 : « Elle est une grande mystique, l’une des plus importantes dans l’Histoire de l’Église. Elle avait une belle proximité avec Jésus-Christ […] Venant de ce milieu [la Pologne], j’ai apporté ici une inspiration, presque un devoir : tu ne peux pas ne pas écrire sur la miséricorde. Ainsi est née la deuxième encyclique de mon pontificat : Dives in Misericordia [30 novembre 1980]. »
Voici quelques extraits du Journal de sainte Faustine.
« Conversation avec l’âme souffrante.
- Jésus : Je vois que tu n’as même pas la force de parler avec moi ; je vais donc moi seul te parler, ne perds pas ton calme ne t’abandonne pas au découragement, Dévoile-moi qui a eu l’audace de blesser ton cœur, je le guérirai, et ta souffrance deviendra la source de ta sanctification.
- J’ai tant de choses...
- Jésus : Parles-moi sans détour comme un ami. Allons, dis-moi, mon Enfant, ce qui te retient sur le chemin de la Sainteté.
- La maladie, l’incompréhension...
- Jésus : Qu’il te suffise que je te comprenne. Les hommes sont incapables de comprendre complètement l’âme. Tu dis que de grandes ténèbres obscurcissent ton esprit, pourquoi ne viens-tu pas dans ces moments-là vers moi qui suis toute lumière ? Ces ténèbres, je les ai traversées pour toi à Gethsémani « qu’il en soit non pas comme je veux, mais comme tu veux » : ces paroles transportent en un instant au sommet de la sainteté. […] C’est la communion fréquente qui te donnera la force de supporter la souffrance » (Sainte Faustine, Petit Journal, extraits du n° 1487).
Ailleurs, sainte Faustine prie sous la forme d’une litanie :
« Hostie sainte, en vous sont contenues la Vie éternelle et l’infinie miséricorde.
Hostie sainte, en vous sont contenues la miséricorde du Père, du Fils et du Saint Esprit
Hostie sainte, en vous sont contenus le prix infini de la Miséricorde…
Hostie sainte, en vous sont contenus la source de l’eau vive jaillissant de l’infinie miséricorde.
Hostie sainte, en vous sont contenus le feu du plus pur Amour qui flambe au sein du Père éternel, comme d’un volcan d’infinie miséricorde.
Hostie sainte, en vous sont contenus le remède à toutes nos faiblesses, découlant de l’infinie miséricorde comme d’une source.
Hostie sainte, en vous sont contenus tous les sentiments du très doux Cœur de Jésus.
Hostie sainte, notre unique espoir dans toutes les souffrances et contrariétés.
Hostie sainte, notre unique espoir au milieu des orages intérieurs et extérieurs.
Hostie sainte, notre unique espoir dans la vie et à l’heure de la mort.
Hostie sainte, notre unique espoir au milieu des insuccès et dans l’abîme des désespoirs.
Hostie sainte, notre unique espoir au milieu de la fausseté et des trahisons.
Hostie sainte, notre unique espoir au milieu des ténèbres et de l’impiété qui submerge la terre.
Hostie sainte, notre unique espoir au milieu de la nostalgie et de la douleur résultant de l’incompréhension de tous.
Hostie sainte, notre unique espoir au milieu du travail pénible et de la monotonie quotidienne.
Hostie sainte, notre unique espoir au milieu de la destruction de nos espoirs et de nos efforts.
Hostie sainte, notre unique espoir au milieu des ravages de l’ennemi et des efforts de l’enfer.
Hostie sainte, j’ai confiance en vous lorsque les fardeaux dépasseront mes forces et quand je verrai l’inutilité de mes efforts.
Hostie sainte, j’ai confiance en vous lorsque les orages secouent mon cœur et que mon esprit effrayé penche vers le doute.
Hostie sainte, j’ai confiance en vous lorsque mon cœur va frémir et que la sueur mortelle mouillera mon front.
Hostie sainte, j’ai confiance en vous lorsque tout sera conjuré contre moi et que le sombre désespoir envahira mon âme.
Hostie sainte, j’ai confiance en vous lorsque l’accomplissement des vertus me semblera difficile et que la nature se révoltera.
Hostie sainte, j’ai confiance en vous lorsque mes fatigues et mes efforts seront méconnus des hommes.
Hostie sainte, j’ai confiance en vous lorsque vos jugements retentiront sur moi, alors j’aurai confiance en votre Miséricorde sans limite » (Sainte Faustine, Petit Journal, extraits du n° 355).
Deuxième lecture (Rm 14, 7-9)
Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants. – Parole du Seigneur.
Chers auditeurs, voici ce qu’un Père de l’Église, saint Jean Chrysostome, enseignait :
« Nous avons un Seigneur qui veut notre vie, et non notre mort ; qui prend, à notre mort, à notre vie, plus d’intérêt que nous. Car il montre par là qu’il prend de nous plus de soin que nous n’en prenons nous-mêmes, qu’il regarde notre vie comme un trésor pour lui, et comme une perte notre mort. Car ce n’est pas seulement pour nous que nous mourons, mais aussi pour notre Maître, s’il nous arrive de mourir. La mort, ici, c’est la mort selon la foi. Il suffit, certes, pour prouver que Dieu s’inquiète de nous, de dire que c’est pour lui que nous vivons, que c’est pour lui que nous mourons. Toutefois, l’apôtre ne se contente pas de ces paroles ; il ajoute : « Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur » (Rm 14,8). Et, en passant de cette mort à la mort naturelle, afin de ne pas trop assombrir son discours, il donne une autre preuve, un signe éclatant de la providence de Dieu. Quel est ce signe ? « Car c’est pour cela même que Jésus-Christ est mort et qu’il est ressuscité, afin d’avoir un empire souverain sur les morts et sur les vivants (Rm 14,9) ». Soyez donc persuadés par là qu’il s’inquiète toujours de notre salut et de notre perfectionnement. Car si sa providence n’était pas à un si haut degré occupée de nous, quelle nécessité y avait-il pour lui à s’incarner parmi nous ? Eh quoi ! son zèle à faire de nous ses membres l’a porté jusqu’à prendre la forme d’un esclave, jusqu’à mourir, et, après de telles preuves, il nous mépriserait ! Non, non ; il ne voudrait pas perdre ce qui lui a coûté si cher. « Car, dit l’apôtre, c’est pour cela même qu’il est mort » : C’est comme si l’on disait : Tel homme ne peut pas ne pas s’inquiéter de son esclave, car il se soucie fort de sa bourse. Et encore ne tenons-nous pas à notre argent autant que son amour l’attache à notre salut. Ce n’est pas de l’argent, c’est son propre sang qu’il a versé pour nous, et il ne pourrait pas abandonner ceux pour qui il a payé un si grand prix. Voyez maintenant comme l’apôtre nous montre la puissance ineffable du Seigneur : « Car c’est pour cela même », dit-il, « que Jésus-Christ est mort, et qu’il est ressuscité, afin d’avoir un empire souverain sur les morts et sur les vivants » ; et plus haut : « Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur ». Voyez-vous l’étendue de la domination ? Voyez-vous la force invincible ? Voyez-vous la Providence à qui rien n’échappe ? Ne me parlez pas, dit-il, des vivants seuls, sa providence s’étend aussi aux morts. Mais si elle s’étend aux morts, il est bien évident qu’elle embrasse aussi les vivants ; car le Seigneur n’a rien négligé de ce qui relève de cette souveraineté, et il s’est attribué la plus grande part de juridiction sur les hommes, et plus que de tout le reste, sans rien excepter, c’est de nous qu’il prend soin » (Saint Jean Chrysostome, Homélie 25,3 sur la Lettre aux Romains).
Chers auditeurs, nous allons raconter deux histoires de chrétiens persécutés.
En 2014, travaillant dans une fabrique de briques, un jeune couple de chrétiens pakistanais avait eu un différend avec leur employeur au sujet d’un emprunt (le peshgui) qui est une sorte de «paiement sincère» que les travailleurs paient pour obtenir un prêt, ce qui les tient souvent endettés envers leurs employeurs et entretient un système de travail forcé. Leur employeur a alors enfermé le couple avant de l’accuser de blasphème pour avoir brûlé des versets du Coran - en réalité des documents venant d’un parent décédé. En une demi-heure, une foule s’est mobilisée, a libéré les deux chrétiens pour les lyncher et les tirer vers le four. Ils ont été brûlés vifs. Leurs agresseurs ont été condamnés, mais que sont devenus leurs 3 enfants ? Quatre ans ½ plus tard, les 3 enfants, Suleman,10 ans, Sonia, 8 ans, et Poonam, 6 ans, sont élevés en ville par des membres de leur famille. Une organisation chrétienne les a soutenus psychologiquement et suit leur scolarité dans un établissement chrétien. Paradoxalement, la perte cruelle de leurs parents a permis aux 3 orphelins de briser les chaînes du travail imposé aux enfants des familles pauvres du Pakistan. Le garçon et ses sœurs obtiennent de bons résultats à l’école, ont perdu leur timidité et se montrent même taquins. Ils n’ont pourtant rien oublié de la tragédie[1].
Mgr Munzihirwa était l’archevêque du diocèse de Bukavu au Congo (ex Zaïre) en 1994. Dans la débâcle qui bouleversait toute la région des grands lacs, et lors de l’attaque de la ville de Bukavu et le début des massacres de réfugiés Hutu par l’armée de Paul Kagame (FPR), il restait la seule autorité à s’occuper du sort d’une population abandonnée à elle-même. Il visitait ces camps de réfugiés installés dans son diocèse en insistant courageusement sur la nécessité de trouver une solution juste au conflit. Les cadavres des Congolais et des réfugiés jonchaient toutes les rues, les tirs de mortier à partir de la frontière rwandaise se faisaient jusque dans la ville de Bukavu surtout à partir du 22 octobre 1996. Les messages écrits de l’archevêque montrent qu’il avait l’intention de solliciter pour la population congolaise et pour les réfugiés une intervention humanitaire urgente. La communauté internationale est restée sourde à ses appels de paix. Il dénonçait l’enrôlement forcé des jeunes par l’armée du FPR (Front patriotique rwandais) et « les attaques répétées du Rwanda contre l’est du Zaïre », lesquelles attaques avaient « déjà fait de nombreuses victimes civiles dans le Kivu ». Le mardi, 29 octobre 1996, Mgr Munzihirwa sort de la voiture et, croix en main, se dirige vers les militaires FPR. Il est arrêté, interrogé, torturé et exécuté. Le 28 mai 2016, la Congrégation pour les causes des saints autorise le diocèse de Bukavu d’ouvrir la cause en béatification du Serviteur de Dieu Christophe Munzihirwa [2].
« Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants. » (Rm 14, 7-9)
Rappelez-vous aussi dans l’Apocalypse, les martyrs attendent sous l’autel que Dieu leur rende justice, et le Christ, en sa venue glorieuse, est accompagné de cavales célestes revêtues de lin blanc, de byssus blanc et pur, ce sont les saints qui apparaissent avec lui, lors de sa venue glorieuse[3].
Évangile (Mt 18, 21-35)
Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Matthieu, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. Préface Mgr Mirkis (Irak) ; Mgr Dufour (France) et Mgr Kazadi (Congo RDC). Parole et Silence, juin 2026, 555 pages.
« 21 Alors Pierre s’approcha de Jésus / et lui dit :
‘Seigneur,
combien de fois, / si mon frère fautera [agira sottement] contre moi,
lui pardonnerai-je : / jusqu’à sept fois ?’
22 Jésus lui dit :
‘Je ne te dis pas : / jusqu’à sept fois,
mais jusqu’à 70 fois / sept à sept !’
Pour cette raison, / le royaume des Cieux a été fait semblable…
à un roi / qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
24 Il commençait à recevoir [les comptes],
on lui amena quelqu’un qui devait / dix mille talents !
25 Et, n’ayant pas de quoi rembourser, / son maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants,
et tout ce qu’il avait, / et qu’il rembourse !
26 Il tomba alors [à ses pieds], ce serviteur-là, / se prosterna devant lui, et dit :
‘Maître, / sois patient envers moi[4],
et toutes choses / je te rembourserai.’
27 Et le maître de ce serviteur-là fut pris de compassion, / et il le délia [de ses obligations]
et sa dette / il la lui remit.
28 Or, ce serviteur-là étant sorti,
il trouva l’un de ses collègues[5] qui lui devait : / cent deniers.
Il se saisit de lui et l’étranglait, / et lui dit :
‘Donne-moi / ce que tu me dois !’
29 Son collègue tomba alors à ses pieds, / et il le supplia et lui dit :
‘Soit patient envers moi, / et je te rembourserai.’
30 Or, lui, / il ne voulut pas[6],
mais il s’en alla le faire jeter en prison, / jusqu’à ce qu’il eût donné ce qu’il devait.
31 Or, leurs collègues ayant vu ce qui était advenu, / furent très attristés,
et ils vinrent faire savoir à leur maître / tout ce qui s’était passé.
32 Alors son maître l’appela / et lui dit :
‘Serviteur mauvais !
toute cette dette, je te l’avais remise, / parce que tu m’en avais supplié.
33 Ne convenait-il pas pour toi aussi / d’exaucer ton collègue,
comme moi-même / je t’ai exaucé ?’
34 Et son maître se mit en colère et le livra aux bourreaux[7] / jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.
35 Ainsi fera envers vous mon Père qui est dans les Cieux, / si vous ne pardonnez pas du fond de votre cœur, chacun à son frère, sa sottise [son péché][8]. »
Acclamons la parole de Dieu.
« Combien de fois, si mon frère fautera contre moi… » (Mt 18,21). C’est le verbe « askel : se tromper, agir sottement, pécher ». Pierre évoque ici une faute commise par ignorance, et non pas par malice. En araméen, dans la langue parlée, on dit « quelle saḵlūṯā : quelle bêtise, quelle idiotie ! » Ainsi, puisqu’il s’agit d’ignorance, cela exige l’indulgence : « Pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas » (Si 28,7).
Jésus donne une parabole dont l’histoire entière se situe à l’intérieur du groupe des serviteurs d’un roi. Cette parabole se donne donc pour but d’éclairer le comportement des disciples les uns envers les autres.
En résumé, voici un serviteur qui, tel un grand commis, doit au roi une somme énorme, « dix mille talents » représentent plusieurs centaines de tonnes d’argent, correspondant plutôt à l’impôt d’une région[9]. Il demande un délai… Surprise ! Le roi « ému de compassion eṯraḥḥam] » (Mt 18,27), le délie de ses obligations et lui remet sa dette. Mais ce serviteur semble oublier instantanément ce qui vient de lui arriver : il étranglait (v. 28) son collègue qui lui devait une somme dérisoire et ne lui a demandé qu’un délai ! La condamnation du roi est formulée ainsi : « Ne convenait-il pas pour toi aussi d’exaucer [ḥān] ton collègue, comme moi-même je t’ai exaucé [ḥān] ? » (v. 33) – ce verbe ḥān est riche de nuances : être miséricordieux, clément ; avoir pitié ; donner, exaucer ; pardonner ; épargner.
« Et son maître se mit en colère et le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait » (v. 34). Sur la terre, il n’est pas possible de rembourser une telle somme en étant en prison, mais si cette somme représente le travail missionnaire, alors ce verset pourrait suggérer le purgatoire qui n’est pas un lieu d’inactivité, mais de prière intense ; en effet, l’Ancien Testament connaissait déjà la prière « pour les morts afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés » (2 Mac 12,45), ce qui ne s’explique que dans la perspective d’un « purgatoire ».
« Ainsi fera envers vous mon Père qui est dans les Cieux, si vous ne pardonnez [šḇaq] pas du fond de votre cœur, chacun à son frère, sa sottise. » (Mt 18,35).
Le verbe šḇaq a de nombreuses nuances qui sont une richesse pour comprendre les ramifications du pardon : laisser, supporter, faire remise de, chasser [la rancune], pardonner, omettre.
C’est d’abord le maître, image du Père du ciel, qui fait remise. La parabole est bien construite : on ne peut pas pardonner à partir de nous-mêmes, mais à partir du maître, qui, lui le premier, fait une remise.
D’autres traditions parlent du pardon mutuel, mais l’Évangile l’enracine dans un événement historique : la grâce divine donnée en Jésus, symbolisée dans la parabole par la remise accordée par le roi. Quand le serviteur que nous sommes pardonnera à son tour, ce pardon s’enracinera dans une action de grâces. L’action de grâces constitue la force de pardonner. Si je ne sais pas voir les cadeaux reçus, les grâces reçues, les secours de la providence et son pardon, alors mon cœur n’est pas préparé à pardonner à mon frère.
L’évangile de Matthieu est un lectionnaire liturgique et nous sommes ici en lien avec le livre de la Genèse lu à la synagogue. Nous avons le mot « saklūtā (faute, sottise) » (v. 35) et le verbe de même racine (v. 21). La première occurrence biblique du mot « saklūtā » se trouve dans la Genèse : c’est la faute de Caïn ayant tué Abel (Gn 4,13).
Le livre de la Genèse explique les chiffres 7 et 70 (Mt 18,22). En effet, Caïn se plaignit de son châtiment en disant : « Je serai un errant parcourant la terre : mais, le premier venu me tuera ! » Et Dieu lui répondit : « Aussi bien, si quelqu’un tue Caïn, on le vengera 7 fois » (Gn 4,14-15). Or, l’un des descendants de Caïn, Lamek, fit croître la violence sur la terre, et dit : « Lamek dit à ses femmes : J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. C’est que Caïn est vengé sept fois, mais Lamek, 77 fois !" » (Gn 4,23-24). Pierre semble comprendre que l’enseignement de Jésus brise la chaîne de la vengeance qui existe depuis Caïn et il propose à Jésus de pardonner jusqu’à 7 fois, comme pour remonter au-delà du péché de Caïn. Or Jésus lui parle de « 70 fois, 7 à 7 » (Mt 18,22), ce qui se réfère à l’amplification du péché de Caïn par Lamek (Gn 4,14-24), avec une tournure qui vise le mouvement des cercles vicieux qu’il faut transformer en cercle vertueux.
Les fautes sont généralement de simples faiblesses humaines, mais l’obstination peut être très grave, comme dans l’exemple de Caïn tuant Abel, c’est pourquoi la correction fraternelle est importante. Le livre de la Genèse donne aussi l’exemple de la correction fraternelle pratiquée par le patriarche Joseph envers ses frères, qui, après avoir pensé à le tuer par jalousie, l’avaient vendu. Pour leur faire prendre conscience du mal qu’ils ont commis, il a mis en œuvre une longue mise en scène, il met quelque chose dans leurs sacs, les faits prendre pour des voleurs, de sorte qu’il fait mettre l’un des frères en prison et demande en plus qu’on lui amène Benjamin : les autres sont contraints de voir la peine de leur père Jacob… (Gn 42). Et après cette prise de conscience, il se fait reconnaître à ses frères et il leur pardonne (Gn 45).
[1] https://www.portesouvertes.fr/informer/actualite/couple-brule-au-pakistan-en-2014-les-trois-orphelins-se-reconstruisent
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Munzihirwa consulté le 28 juin 2023
[3] Cf. Françoise BREYNAERT, L’Apocalypse revisitée. Une composition orale en filet. Imprimatur. Parole et Silence, 2022.
[4] Littéralement : « prolonge sur moi ton souffle »
[6] Avec la racine ṣḇā, comme au verset 19, la Pshitta fait écho au collier compteur (Mt 3,17), mais SyrS et SyrC n’ont pas cet écho et donnent : « mais il n’accueillit pas sa demande » ; la structure d’oralité est probablement oubliée au temps de l’écriture des « vieilles syriaques ».
[7] Le mot peut aussi désigner les geôliers tortionnaires.
[8] Syrs et SyrC omettent « sa sottise [saḵlūṯēh] » : le rappel de Mt 18,15 et donc l’unité de la triple perle n’est plus mise en évidence.
[9] Un talent équivaut à un lingot de 29 kg d’argent ou d’or. Dix mille talents représentent 40.000 vies au salaire moyen de l’époque, il s’agit de la somme qu’un gestionnaire de province pourrait devoir à un roi.
Date de dernière mise à jour : 31/07/2026