Dater la naissance de Jésus

Jésus est né au temps de Quirinius

Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. » (Luc 2, 1-3)

 A partir de ces données, il est possible d'approcher la date de la naissance de Jésus.

  Flavius Josèphe et les recensements

Flavius Josèphe ne dit pas tout. Dans son livre « la Guerre des Juifs contre les Romains », il n'a pas non plus raconté le second recensement, 10 ans après la mort d'Hérode, et qui pourtant a provoqué une révolte notoire, préliminaire de la guerre dont il parle dans tout son livre. Dans « les Antiquités juives », Flavius Josèphe raconte la vie d'Hérode plus que l'histoire d'Israël[1]. Ceci dit, Flavius Josèphe écrit : « Pendant que tout le peuple s'engageait par serment à être fidèle à l'empereur et aux intérêts du roi, ces hommes [des pharisiens], au nombre de plus de six mille, ne voulurent pas jurer. Hérode les ayant condamné à une amende, la femme de Pheroras la paya pour eux. » (Antiquités Juives XVII, XI, 4). Cette mention du serment de fidélité à l'empereur est une évocation indirecte du premier recensement dans le territoire d'Hérode. La mention de la résistance pharisienne (les pharisiens voulaient préserver l'indépendance nationale et préféraient Hérode à Antipas) explique que ce premier recensement soit interrompu et retardé. Commencé en l'an 748 du calendrier romain, quand Saturninus était gouverneur de Syrie, il s'achèvera, nous dit saint Luc, quand Quirinius sera gouverneur.

Flavius Josèphe évoque nettement aussi le second recensement, celui dont parle Ac 5, 37. Mais cela ne concerne pas notre sujet.

 Quirinius

Quirinius a été deux fois gouverneur de Judée. Son second mandat est bien attesté et commence en l'an 759 du calendrier varronien. Son premier mandat est moins bien attesté et doit être daté de l'an 750 à l'an 753 du calendrier varronien, période pour laquelle aucun nom de gouverneur n'est connu, et à laquelle pourrait correspondre l'inscription de Tibur décrivant de toute évidence la vie de Quirinius. Quirinius aura été choisi pour achever en Judée le recensement des propriétés, (prélude à l'impôt et source de soulèvement populaire),  parce qu'il connaissait déjà la Judée, pour y avoir effectué un premier mandat et le premier recensement, celui des personnes[2].

Certains opposent à cela le fait que l'on trouve des monnaies ou médailles indiquant que Varus était encore gouverneur de Syrie en l'an 750. La chose s'explique simplement, le passage d'un gouverneur à l'autre était très lent : nommés en été, les gouverneurs prenaient théoriquement leur charge le 1° janvier, mais pour les provinces éloignées, les voyages en mer étant arrêtés pendant l'hiver, ils prenaient leur charge effectivement au printemps-été suivant.

 Luc a daté la naissance de Jésus avec précision

L'évangéliste saint Luc annonce (Lc 1, 1-4) sa volonté de dire les choses avec une exactitude particulière. Son évangile est aussi de l'histoire et de l'apologie. Il veut confirmer la croyance de « Théophile », le lecteur de la narration. Selon Flavius Josèphe, ce premier recensement a été retardé par une révolte des pharisiens.  Quirinius aura repris l'affaire en main. Saint Luc, ne s'intéresse pas à la date du début du recensement (748 du calendrier varronien), mais à la date où ce recensement a effectivement concerné Joseph, Marie et Jésus : quand Quirinius sera gouverneur (750). La naissance de Jésus se situe entre le début du proconsulat de Quirinius (janvier 750 du calendrier varronien), et avant la mort d'Hérode l'Ancien (que l'on peut situer en avril 750)[3].

Il n'y a pas de traditions certaines concernant le jour de la naissance de Jésus, mais on peut considérer la tradition orientale et la date traditionnelle de la première célébration de la naissance de Jésus, célébrée en Orient comme « Epiphanie », le 6 janvier, bien avant d'être célébrée à Rome le 25 décembre. De la sorte, après la naissance de Jésus, Hérode a encore le temps d'opérer le massacre des enfants de Bethléem, comme l'évangile de Matthieu le raconte[4].

 Jésus est né avant la mort d'Hérode[5]

Flavius Josèphe

Aussi bien dans son histoire de la Guerre de Juifs contre les Romains que dans les Antiquité juive, Flavius Josèphe dit qu'Hérode mourut après avoir régné 34 ans depuis la mort d'Antigone et 37 ans après avoir été roi par les Romains. Il y eut en effet un décalage entre la nomination d'Hérode, en l'an 714 du calendrier varronien, et sa prise de pouvoir effective avec la mise à mort d'Antigone à Jérusalem, en l'an 717 du calendrier varronien. Ce texte de Flavius Josèphe a conduit une foule d'écrivain à penser qu'Hérode en l'an 751. Mais c'est une erreur qui oublie que Flavius Josèphe est un juif qui prend en compte son calendrier religieux dont les années commencent au mois de Nisan (mars-avril) et qui introduit ainsi une année supplémentaire à partir de l'année commencée entre janvier et ce mois de Nisan. En tenant compte de cela, il faut donc conclure qu'Hérode est mort en l'an 750 du calendrier varronien.

Double circonstance astronomique et liturgique

Dans le récit détaillé des derniers temps de la mort d'Hérode, Flavius Josèphe[6] parle d'une éclipse de lune, la nuit qui suivit l'exécution des fauteurs d'une sédition, soulevée pendant la dernière année de la maladie de ce prince, et que, cette maladie s'étant aggravée de jour en jour, le vieux roi mourut une semaine environ avant la fête de la Pâque de cette année. Kepler a fait remarquer que, dans la période dont nous parlons, l'an varronien 750 est le seul à où la condition d'une éclipse de lune, avant la Pâque juive, se trouve réalisée.

 L'erreur de 4 ans sur le calcul de notre ère[7]

Pendant des siècles, il y avait dans l'église de nombreux calendriers différents, de sorte que la fête de Pâques n'était pas célébrée en même temps. Denys le Petit a voulu remplacer le calendrier calculé sur Dioclétien par un calendrier universel calculé sur Jésus-Christ. Il fit cela en l'an 527 de l'ère usitée depuis lui, c'est-à-dire notre ère. Mais pendant les 5 siècles qui le séparait des origines, les calendriers associaient des systèmes lunaires et solaires avec des années compensatoires interposées au bout d'un cycle plus ou moins long, et ils commençaient à des moments différents, en se référant à de grands hommes. Ces complications ont rendu le travail de Denys le Petit très difficile. Et ce dernier n'a pas su trouver avec netteté l'époque de la naissance de Jésus-Christ. 

Il s'en est suivi un décalage d'au moins 4 années. Autrement dit, notre ère a voulu être fondée sur la naissance de Jésus-Christ, mais Jésus-Christ est né en l'an - 4 ou -5 de notre ère.

© Françoise Breynaert

 

[1] Arthur LOTH, Jésus-Christ dans l'histoire, éditions François Xavier de Guibert, Paris 2003, p. 169-170

[2] Ibid., p. 197-237

[3] Ibid. p 53-87

[4] Ibid., p. 311-335

[5] Cf. Arthur LOTH, Jésus-Christ dans l'histoire, éditions François Xavier de Guibert, Paris 2003, p.58-91.

[6] Flavius Josèphe, Antiquité juives XVII, VI, 2-4 et Guerre des Juifs I, XXXIII, 2-4

[7] Cf. Arthur LOTH, Jésus-Christ dans l'histoire, éditions François Xavier de Guibert, Paris 2003, p. 28-29

Date de dernière mise à jour : 02/12/2020