33° dimanche - Temps Ordinaire

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Voici pour mémoriser le texte de l'évangile de ce jour en vue d'une récitation orale avec reprises de souffles.

33e dimanche to evangile mt 25 14 3133e dimanche- Mt 25, 14-31 (62.74 Ko)

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Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30). 

Première lecture (Pr 31, 10-13.19-20.30-31)

Psaume (Ps 127 (128), 1-2, 3, 4-5)

Deuxième lecture (1 Th 5, 1-6)

Évangile (Mt 25, 14-30)

Première lecture (Pr 31, 10-13.19-20.30-31)

Une femme parfaite, qui la trouvera ? Elle est précieuse plus que les perles ! Son mari peut lui faire confiance : il ne manquera pas de ressources. Elle fait son bonheur, et non pas sa ruine, tous les jours de sa vie. Elle sait choisir la laine et le lin, et ses mains travaillent volontiers. Elle tend la main vers la quenouille, ses doigts dirigent le fuseau. Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux. Le charme est trompeur et la beauté s’évanouit ; seule, la femme qui craint le Seigneur mérite la louange. Célébrez-la pour les fruits de son travail : et qu’aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange ! – Parole du Seigneur.

En conclusion du livre des Proverbes, est présenté le profil de la femme de valeur décrite dans son inlassable activité, faite de travaux manuels, d’audace dans les investissements, de bienveillance concrète envers les membres de sa famille et envers les pauvres.

Son mari la considère plus précieuse que les perles, il l’apprécie plus qu’un charme trompeur, il peut lui faire confiance. Ainsi, elle reçoit de l’amour de son mari, et elle donne à son tour de l’amour. On peut même dire que c’est un amour à trois parce qu’il est fondé sur la crainte du Seigneur, c’est-à-dire sur l’attention à sa présence et à sa volonté divine.

L’être humain ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. Cela concerne tout être humain, en tant que personne créée à l’image de Dieu, qu’il soit un homme ou une femme. La femme ne peut se trouver elle-même si ce n’est en donnant son amour aux autres. Jean-Paul II écrit :

« Dès le "commencement", la femme - comme l’homme - a été créée par Dieu et "placée" par lui précisément dans cet ordre de l’amour. Le péché des origines n’a pas détruit cet ordre, il ne l’a pas supprimé d’une manière irréversible. C’est le véritable ordre de l’amour qui définit la vocation de la femme elle-même. Il s’agit ici de la vocation dans son sens fondamental, on peut dire universel, qui se réalise et s’exprime par les "vocations" multiples de la femme dans l’Église et dans le monde.

 La force morale de la femme, sa force spirituelle, rejoint la conscience du fait que Dieu lui confie l’homme, l’être humain, d’une manière spécifique. Naturellement, Dieu confie tout homme à tous et à chacun. Toutefois cela concerne la femme d’une façon spécifique - précisément en raison de sa féminité - et cela détermine en particulier sa vocation.

 À partir de cette prise de conscience et de ce qui est confié, la force morale de la femme s’exprime à travers les très nombreuses figures féminines de l’Ancien Testament, du temps du Christ, des époques suivantes jusqu’à nos jours. La femme est forte par la conscience de ce qui lui est confié, forte du fait que Dieu "lui confie l’homme", toujours et de quelque manière que ce soit, même dans les conditions de discrimination sociale où elle peut se trouver. Cette conscience et cette vocation fondamentale disent à la femme la dignité qu’elle reçoit de Dieu lui-même, et cela la rend "forte" et affermit sa vocation. Ainsi la "femme vaillante" (Pr 31,10) devient un soutien irremplaçable et une source de force spirituelle pour les autres qui se rendent compte de l’énergie considérable de son esprit. À ces "femmes vaillantes" sont très redevables leurs familles et parfois des nations entières.

 A notre époque, les réussites de la science et de la technique permettent d’arriver à un bien-être matériel d’un degré inconnu jusqu’alors, et cela, tandis que certains en sont favorisés, en conduit d’autres à la marginalisation. Dans ces conditions, un tel progrès unilatéral peut entraîner aussi une disparition progressive de l’attention à l’homme, à ce qui est essentiellement humain. En ce sens, surtout de nos jours, on compte sur la manifestation du "génie" de la femme pour affermir l’attention à l’homme en toutes circonstances, du fait même qu’il est homme ! Car "la plus grande, c’est la charité" (1Co 13,13) » (Jean Paul II, Lettre apostolique sur la dignité de la femme § 30).

La lecture de ce dimanche se prête aussi à une lecture allégorique.

La femme forte et parfaite est une allégorie de la sagesse, c’est la femme-sagesse qui réjouit l’homme par toutes ses œuvres bonnes et belles. Elle sait choisir la laine, c’est-à-dire qu’elle sait discerner sur quelles bases faire de belles œuvres. Au deuxième chapitre de la Genèse, quand Dieu prit une côte d’Adam pour la montrer à l’homme émerveillé, c’est aussi une allégorie de cette femme sagesse qui est à l’intérieur de chacun et que chacun doit écouter. Mais il a fallu une intervention divine pour révéler cet intérieur profond que nous ne soupçonnons pas : « Alors le Seigneur Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme [l’être humain], qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, le Seigneur Dieu façonna une femme [la femme sagesse] et l’amena à l’homme » (Gn 2, 21-22).

La femme forte et parfaite est aussi, dit saint Augustin, une image de l’Église, et c’est le Christ qui l’admire, car elle est son épouse : l’Église craint Dieu et ne fait rien qui nuise au Seigneur, Jésus, et Jésus lui fait confiance. Saint Augustin : « ’Qui trouvera la femme forte?’ Elle est difficile à trouver, ou plutôt il est difficile de ne la trouver pas. N’est-elle point cette cité bâtie sur la montagne et que l’on ne peut cacher ? […] Maintenant donc, quand vous entendez : ‘Qui trouvera la femme forte ?’ ne vous imaginez point qu’il s’agisse de l’Église cachée ; il s’agit de l’Église qu’un seul a découverte pour ne la laisser plus cachée aux yeux de personne. Ainsi qu’on la décrive, qu’on la loue, qu’on l’exalte ; tous nous devons l’aimer comme notre mère, car elle est l’Épouse de son unique Époux. ‘Qui trouvera la femme forte ?’ Et qui ne voit cette femme si robuste ? Mais elle est découverte, elle est en un lieu élevé, elle est brillante, glorieuse, parée, rayonnante et, pour tout dire en un mot, elle est répandue sur toute la terre […]. Toujours elle fait le bien, jamais le mal ; ce n’est pas pour elle, c’est pour son Époux ; car elle veut vivre, non pour elle, mais pour Celui qui est mort pour tous et qui est ressuscité. C’est donc pour son Époux qu’elle fait le bien ; elle fait le bien devant Dieu; c’est lui qu’elle sert, à lui qu’elle se dévoue ; c’est lui qu’elle aime, à lui qu’elle s’attache à plaire » (Augustin, Sermons 37)

 

Psaume (Ps 127 (128), 1-2, 3, 4-5)

« Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ! Tu te nourriras du travail de tes mains : Heureux es-tu ! À toi, le bonheur ! Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils, autour de la table, comme des plants d’olivier. Voilà comment sera béni l’homme qui craint le Seigneur. De Sion, que le Seigneur te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie ».

Ce psaume peut être utilisé au cours de la cérémonie de bénédiction d’une maison.

Il répond au livre des proverbes (Pr 31) qui nous invitait symboliquement à écouter les conseils de la femme-sagesse pour être riche d’œuvres belles et bonnes. « Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ! Tu te nourriras du travail de tes mains : Heureux es-tu ! À toi, le bonheur ! »

Le psaume est aussi tout à fait concret : il nous montre la bénédiction associée à une vie avec le Seigneur. « Tu te nourriras du travail de tes mains : Heureux es-tu ! À toi, le bonheur ! Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils, autour de la table, comme des plants d’olivier. Voilà comment sera béni l’homme qui craint le Seigneur. »

« Dans l’Ancien Testament, on craint la stérilité comme une malédiction, tandis que l’on ressent comme une bénédiction le fait d’avoir beaucoup d’enfants : "Des fils, voilà ce que donne le Seigneur, des enfants, la récompense qu’il accorde" Ps 127,3. Dans cette conviction entre en jeu aussi la conscience qu’a Israël d’être le peuple de l’Alliance, appelé à se multiplier selon la promesse faite à Abraham : "Lève les yeux au ciel et dénombre les étoiles si tu peux les dénombrer. Telle sera ta postérité" Gn 15,5. Mais ce qui compte surtout, c’est la certitude que la vie transmise par les parents a son origine en Dieu, comme l’attestent les nombreuses pages bibliques qui parlent avec respect et amour de la conception, de la formation de la vie dans le sein maternel, de la naissance et du lien étroit qu’il y a entre le moment initial de l’existence et l’action de Dieu Créateur. "Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu ; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré" Jr 1,5 : l’existence de tout individu, dès son origine, est dans le plan de Dieu. » (Jean-Paul II, Evangelium Vitae 44).

Pour nous chrétiens, il en est de même. Le projet du Créateur doit réussir, et Jésus-Christ, quand il viendra dans la gloire, doit pouvoir trouver un peuple de vivants qui l’accueillent avec enthousiasme afin que le règne de Dieu se réalise sur la terre comme au ciel, puisque telle est la signification de cette demande du Notre Père, comme le dit le catéchisme de l’Église catholique § 2818 : « Dans la prière du Seigneur, [que ton règne vienne sur la terre comme au ciel] il s’agit principalement de la venue finale du Règne de Dieu par le retour du Christ (cf. Tt 2,13). Mais ce désir ne distrait pas l’Église de sa mission dans ce monde-ci, il l’y engage plutôt. Car depuis la Pentecôte, la venue du Règne est l’oeuvre de l’Esprit du Seigneur "qui poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification" » (CEC 2818).

Alors, même si les temps sont difficiles, gardons l’évangile de la vie, choisissons la vie !

Le psaume s’achève en disant : « De Sion, que le Seigneur te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie ». La bénédiction vient de Jérusalem, et pour le chrétien, il s’agit de la Jérusalem qui descend des Cieux : l’apparition des saints accompagnant la venue glorieuse du Christ. La bénédiction vient de cette vision de l’avenir qui nous donne de l’assurance. C’est comme si on montait sur une montagne pour voir l’horizon et avoir ensuite la force de traverser les chemins obscurs de la plaine.

Jean Paul II a écrit : « Les problèmes démographiques constituent aujourd’hui un aspect important de la politique pour la vie. Les pouvoirs publics ont certes la responsabilité de prendre des initiatives pour orienter la démographie de la population ; mais ces initiatives doivent toujours présupposer et respecter la responsabilité première et inaliénable des époux et des familles ; elles ne peuvent inclure le recours à des méthodes non respectueuses de la personne et de ses droits fondamentaux, à commencer par le droit à la vie de tout être humain innocent. Il est donc moralement inacceptable que, pour la régulation des naissances, on encourage ou on aille jusqu’à imposer l’usage de moyens comme la contraception, la stérilisation et l’avortement. Il y a bien d’autres façons de résoudre le problème démographique : les gouvernements et les diverses institutions internationales doivent tendre avant tout à la création de conditions économiques, sociales, médicales, sanitaires et culturelles qui permettent aux époux de faire leurs choix dans le domaine de la procréation en toute liberté et avec une vraie responsabilité ; ils doivent ensuite s’efforcer d’augmenter les moyens et de distribuer avec une plus grande justice la richesse pour que tous puissent participer équitablement aux biens de la création ». (Evangelium Vitae 91)

Jean Paul II a aussi écrit : « À l’intérieur du peuple de la vie et pour la vie, la responsabilité de la famille est déterminante : c’est une responsabilité qui résulte de sa nature même - qui consiste à être une communauté de vie et d’amour, fondée sur le mariage - et de sa mission de garder, de révéler et de communiquer l’amour. Il s’agit précisément de l’amour même de Dieu, dont les parents sont faits les coopérateurs et comme les interprètes dans la transmission de la vie et dans l’éducation, suivant le projet du Père. C’est donc un amour qui se fait gratuité, accueil, don : dans la famille, chacun est reconnu, respecté et honoré parce qu’il est une personne, et, si quelqu’un a davantage de besoins, l’attention et les soins qui lui sont portés se font plus intenses. La famille a un rôle à jouer tout au long de l’existence de ses membres, de la naissance à la mort. Elle est véritablement le sanctuaire de la vie, le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant les exigences d’une croissance humaine authentique. Comme Église domestique, la famille a vocation d’annoncer, de célébrer et de servir l’Evangile de la vie. […] Dans la procréation d’une vie nouvelle, les parents se rendent compte que l’enfant, s’il est le fruit de leur don réciproque d’amour devient, à son tour, un don pour tous les deux : un don qui jaillit du don !». (Jean-Paul II, Evangelium Vitae 92)

 

Deuxième lecture (1 Th 5, 1-6)

Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin, frères, que je vous en parle dans ma lettre. Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. Quand les gens diront : ‘Quelle paix ! quelle tranquillité !’, c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte : ils ne pourront pas y échapper. Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres, ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur. En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ; nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres. Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres. – Parole du Seigneur.

Saint Paul a déjà abondamment parlé de la Venue glorieuse du Christ avant le passage que nous lisons ce dimanche.

Au chapitre 3, il écrit : « qu’il affermisse ainsi vos coeurs irréprochables en sainteté devant Dieu, notre Père, lors de l’Avènement de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints » (1Th 3, 13). Il y aura donc une apparition des saints accompagnant la venue en gloire de Jésus, ils apparaitront à la manière des apparitions du Christ ressuscité, pour aider ceux qui sont sur la terre, selon des affinités psychologiques, culturelles ou familiales. Par exemple, un saint qui a connu une grande conversion pourra aider un pécheur à avoir confiance en la miséricorde de Jésus. Ou bien un converti du paganisme pourra aider un païen à accepter Jésus. Mais aussi, tout le monde verra la gloire qui résulte des actions faites dans la volonté de Dieu, et ainsi les gens seront convaincus et désireront cette beauté et cette noblesse, cette gloire qu’ils voient chez les saints apparaissant avec Jésus.

Au chapitre 4, saint Paul écrit : « 15 Voici en effet ce que nous avons à vous dire, sur la parole du Seigneur. Nous, les vivants, nous qui serons encore là pour l’Avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui seront endormis. [C’est-à-dire ceux qui sont déjà morts]. 16 Car lui-même, le Seigneur, au signal donné par la voix de l’archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en premier lieu » [C’est ce que l’Apocalypse appelle la première résurrection (Ap 20, 4-5) et qui consiste en une apparition des saints accompagnant la venue en gloire de Jésus (cf. 1Th 3, 13). L’Apocalypse dit que cela va durer 1000 ans, ce qui est un temps symbolique mais une certaine durée : il faut en effet que l’humanité devienne stable dans le bien, avant de vivre son Assomption finale dans l’éternité] ; « 17 après quoi [notez bien le « après quoi » qui laisse une consistance au temps de la Parousie] nous, les vivants, nous qui serons encore là, nous serons réunis à eux et emportés sur des nuées pour rencontrer le Seigneur dans les airs. Ainsi nous serons avec le Seigneur toujours » (1Th 4, 17). La vie éternelle est décrite comme une vie avec le Seigneur, pour toujours. « 18 Réconfortez-vous donc les uns les autres de ces pensées » (1Th 4, 18). Saint Paul n’attend pas une destruction du monde, mais la Parousie, la venue glorieuse du Christ avec les saints pour préparer notre assomption finale dans la gloire, qui sera cette fois ce que l’on appelle la résurrection de la chair, et qui est beaucoup plus que les apparitions des saints. Parler du retour du Christ est donc un enseignement d’espérance et de réconfort, comme le comprennent très bien les chrétiens d’Orient, c’est une espérance pour le monde !

Dans les versets que nous donne à lire la liturgie de ce dimanche, le ton semble d’abord menaçant : « Le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit » et l’on dit qu’une « catastrophe » s’abattra sur les hommes (1Th 5, 3). Seulement, il faut bien écouter cette lecture qui joue sur une opposition entre ceux qui sont dans la lumière et ceux qui sont les ténèbres, exactement comme l’Apocalypse oppose ceux qui sont marqués du sceau de l’Agneau et ceux qui ont la « marque de la bête ». Il ne s’agit pas pour autant, comme dans certains écrits de Qumrân, de se croire fils de la lumière pour s’arroger le droit de faire la guerre contre les autres, c’est tout l’inverse, puisque l’on attend la Venue glorieuse du Christ comme celle du Juge qui fera lui-même le tri. La catastrophe est uniquement pour ceux qui sont dans les ténèbres, la bête et le faux prophète. Les justes, s’ils meurent, ils apparaitront avec Jésus dans la gloire. Et s’ils sont encore vivants sur la terre au moment de la venue glorieuse du Christ, ils seront vivifiés, sauvés, et guéris, afin d’accomplir le règne de Dieu sur la terre comme au ciel !

Dans la première lettre aux Thessaloniciens, saint Paul parle simplement des hommes qui seront dans les ténèbres, mais dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens, il précise la venue de l’Antichrist, l’homme Impie, qui sera anéanti par le souffle de la venue de Jésus (2Th 2, 1-8). Il ne faut donc pas avoir peur de la venue glorieuse de Jésus, il faut seulement avoir peur de se laisser corrompre ! En rapprochant les différents passages, on peut mieux deviner les choses, alors que la bête de l’Apocalypse est décrite par sa puissance militaire, la lecture de ce dimanche suggère que l’Antichrist apportera, après le temps de la guerre, une fausse paix : « Quand les gens diront : ‘Quelle paix ! quelle tranquillité !’ » (1Th 5, 3)… « Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres, ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur. En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ; nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres. Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres. » (1Th 5, 4-6)

La suite de la lettre de saint Paul exhorte : « priez sans cesse » (1Th 5, 17). C’est vrai individuellement, et ce sera encore vrai collectivement au temps de la Parousie : il faut en effet que l’humanité soit stable dans l’union à Dieu « priez sans cesse » pour pouvoir entrer communautairement dans la gloire céleste.

Le catéchisme de l’Église catholique dit : « 677. L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19,1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13,8) selon un progrès ascendant, [nous avons ici une dénonciation de l’erreur de Teillard de Chardin] mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20,7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap 21,2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement [ultime] dernier (cf. Ap 20,12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2P 3,12-13). » (CEC 677). Cela mériterait d’autres explications, et je recommande mon livre « La Venue glorieuse du Christ, véritable espérance pour le monde » aux éditions du Jubilé, c’est un commentaire de tout le Nouveau Testament.

 

Évangile (Mt 25, 14-30)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole :

 « 14 Comme un homme en effet / qui partit en voyage,
appela ses serviteurs / et leur confia ses biens.

15 À l’un, il donna / cinq talents,
à un autre : deux talents ; / et à un autre : un seul.

à chacun / selon sa force ;

et il partit / aussitôt.

16 Alors s’en alla celui qui avait reçu / cinq talents
il fit commerce avec eux et en gagna / cinq autres !

17 De la même manière, / celui des deux [talents] :
il fit commerce : / deux autres !

18 Mais celui qui n’en avait reçu / qu’un seul
s’en alla creuser dans la terre / et y cacha l’argent de son maître.

19 Or, / longtemps après,
le maître de ces serviteurs revint, / et il reçut de leur part les comptes.

20 Et se présenta celui qui avait reçu / cinq talents
et il présenta / cinq autres talents.

Il dit : / ‘Maître, tu m’a donné cinq talents ;

voilà, / j’en ai acquis cinq autres en plus d’eux.’

21 Son maître / lui dit :
‘Bravo, serviteur bon / et fidèle,

en peu de choses tu as été fidèle, / sur beaucoup je t’établirai !

Entre / dans la joie de ton maître.’

22 Et se présenta / celui des deux talents.
Il dit : / ‘Maître, tu m’a donné deux talents ;

voilà, / j’en ai acquis deux autres en plus d’eux.’

23 Son maître / lui dit :
‘Bravo, serviteur bon / et fidèle,

en peu de choses tu as été fidèle, / sur beaucoup je t’établirai !

Entre / dans la joie de ton maître.’

24 Et se présenta alors aussi / celui qui n’avait reçu qu’un seul talent.
Il dit : / ‘Maître,

je savais que toi, / tu es un homme dur :

tu moissonnes / là où tu n’as pas semé,

tu ramasses / là où tu n’as pas répandu.  

25 J’ai eu peur, / et je suis allé cacher ton talent dans la terre.

Voici : tu as… / ce qui t’appartient !’

26 Son maître répondit / et lui dit :
‘Serviteur mauvais / et paresseux !

Tu savais que je moissonne / là où je n’ai pas semé,

que je ramasse / là où je ne l’ai pas répandu.

27
Il te fallait placer mon argent / à la banque ;

et, en revenant, j’aurais réclamé ce qui est mien, / avec son intérêt !

28 Prenez-lui donc / le talent
et donnez-le à celui qui a / dix talents !

29 Celui qui a / en effet,
il lui sera donné, / et il lui sera surajouté.

Celui en revanche / qui n’a pas,
même ce qu’il a / cela lui sera retiré.

31 Quant à ce serviteur inutile / faites-le sortir dans les ténèbres du dehors !
Là seront des pleurs / et le grincement des dents !’ »

– Acclamons la Parole de Dieu.

La parabole parle d’un homme « qui partit en voyage » (v 14), et qui revint « longtemps après » (v 19). Le départ est la mort de Jésus, et le retour n’est pas sa résurrection le troisième jour, mais son retour glorieux « longtemps après ».

L’entre-temps est donc le temps de l’Église. Et il y a quelque chose à faire fructifier, symbolisé par des talents, 5, 2 ou 1 « chacun selon sa force ». Ce quelque chose à faire fructifier représente l’évangélisation du monde, comme le dira aussi Jésus ressuscité à la fin de l’évangile de Matthieu : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). Ainsi, les apôtres évangéliseront, certains auront une vie courte, d’autres une vie longue, certains iront très loin, d’autres voyageront peu. L’important étant d’évangéliser, « chacun selon sa force ». À son retour, le maître félicite de la même manière celui qui est passé de 5 à 10 et celui qui est passé de 2 à 4. La parabole nous prémunit des jalousies et nous encourage : lors du jugement ultime, le Seigneur Jésus ne récompense pas le résultat (4 ou 10, mais l’effort, « selon la force de chacun ».

Le verset : « en peu de choses tu as été fidèle, / sur beaucoup je t’établirai ! » dd suggère un aspect du temps de la Parousie et correspond dans les lettres aux sept églises du livre de l’Apocalypse, au fait que le vainqueur recevra « l’autorité sur les peuples » (Ap 2, 27), ce qui n’a de sens que sur la terre, pendant le temps de la Parousie. Rappelons que le temps de la Parousie est inauguré par la venue glorieuse du Christ et doit préparer collectivement les hommes à l’éternité. Elle est, comme le dit saint IRÉNÉE, – disciple de Polycarpe, lui-même disciple de saint Jean – « le prélude de l’incorruptibilité, royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu » [1].

Dans la parabole, le maître félicite ces serviteurs en les appelant « bons et fidèles » : ils ont la bonté de celui qui a en lui l’amour de Dieu, et ils ont la fidélité, la fermeté, la solidité typique de ceux qui s’appuient sur Dieu. La bonté de ces serviteurs les rend actifs, comme dans le livre des Proverbes la femme vaillante est active, elle a un esprit fort, elle enrichit son mari et son mari lui fait confiance (Pr 31).

Le mauvais serviteur ne s’appuie pas sur l’amour de Dieu, qu’il voit au contraire d’un très mauvais œil, il doute de son amour : « tu es un homme dur », on peut aussi traduire « difficile, violent » ; et il doute de sa justice « tu moissonnes là où tu n’as pas semé » (Mt 25, 24-25), ce qui est un grossier mensonge puisqu’en l’occurrence le maître lui a confié un talent, il l’a « semé ». Alors que la femme vaillante du livre des Proverbes (Pr 31) possède la crainte de Dieu, ce serviteur est un révolté, il n’a en lui que la peur de Dieu, une peur associée à un mépris blasphématoire puisqu’il dit que Dieu moissonne où il n’a pas semé, ce qui est faux. On peut dire que ce serviteur n’écoute pas la « femme-sagesse » qui est aussi l’intériorité profonde. Ce serviteur est mauvais, en araméen « bīšā », et c’est avec ce mot que nous prions le Père d’être délivré de l’emprise de Satan : « délivre-nous du Mauvais [bīšā] » (Mt 6, 13), (délivre-nous du Mal).

Et à son retour, le maître retire à ce serviteur paresseux le talent qui n’a pas fructifié pour le confier à celui qui a su faire fructifier les siens. Le maître de la parabole agit dans la logique d’un bon financier, mais c’est une parabole : Jésus ne fait pas l’éloge du capitalisme, il fait l’éloge des serviteurs « serviteur bon et fidèle » en opposition au « serviteur mauvais et paresseux » que l’on fait sortir « dans les ténèbres du dehors ». C’est la destinée du serviteur mauvais, d’ailleurs, dans le sermon sur la montagne, Jésus avait dit : « si ton oeil est mauvais [bīšā], tout ton corps sera ténèbres » (Mt 6, 23). « Là seront des pleurs et le grincements des dents » (Mt 25, 31), exprime l’amertume de ce que l’on appellera ensuite le « purgatoire », qu’il faut distinguer de l’enfer décrit par Jésus comme le « feu éternel » (Mt 18, 8 ; 24, 41).

Au retour du Christ (Mt 25,19), le monde sera délivré de l’emprise de Satan, le Mauvais [bīšā], ainsi que de ceux qui lui ressemblent, comme le serviteur mauvais [bīšā] de la parabole. Quant au serviteur juste, il règnera avec le Christ : « en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t’établirai ! » (v 21. 23).

Un dernier détail concernant le serviteur qui a dix talents : le Seigneur lui dit : « il lui sera donné, et il lui sera surajouté. » (v 29). Le verbe surajouter est le verbe « asef » dont dérive le nom de Joseph. Et l’on peut penser aussi bien à Joseph le patriarche qu’à saint Joseph à qui Dieu confia l’enfant Jésus, et à la sollicitude avec laquelle saint Joseph le fit grandir (Mt 1-2).

 

[1] Saint IRÉNÉE, Contre les hérésies, V, 32, 1

Date de dernière mise à jour : 27/10/2023