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11° dimanche - Temps Ordinaire

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30.
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Psaume (Ps 99 (100), 1-2, 3, 5)
1ère lecture (Ex 19, 2-6a)
« En ces jours-là, les fils d’Israël arrivèrent dans le désert du Sinaï, et ils y établirent leur camp juste en face de la montagne. Moïse monta vers Dieu. Le Seigneur l’appela du haut de la montagne : ‘Tu diras à la maison de Jacob, et tu annonceras aux fils d’Israël : Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi. Maintenant donc, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples, car toute la terre m’appartient ; mais vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte’. » – Parole du Seigneur.
Ce passage important de l’Écriture est lu, chez les Juifs, au commencement de chaque année nouvelle, lors de la fête de Rosh hashana, afin de se repositionner vis-à-vis du Créateur, dans l’Alliance.
Nous allons expliquer l’expression « un royaume de prêtres, une nation sainte ».
Dans l’Ancien Testament, Samuel a donné l’onction à Saül, puis à David. Au temps de l’exil, un oracle de Jérémie annonce la fin du règne de la dynastie de David après Jéchonias (Jr 22,30). Mais un autre oracle de Jérémie annonce : « jamais David ne manquera d’un descendant qui prenne place sur le trône de la maison d’Israël » (Jr 33,17). Cela semble contradictoire. Mais, de fait, Jésus, qui est fils de David, dit à Pilate : « Mon règne n’est pas de ce monde » (Jn 18,36) ; son règne ne vient pas de ce monde (des soldats) mais il est pour le monde et s’accomplira lorsqu’il reviendra dans la gloire. Et Jésus dit aussi à Pilate : « Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » (Jn 18,37).
L’expression de l’Ancien Testament : « royaume de prêtres – Royauté sacerdotale » (Ex 19,4) se retrouve dans l'Apocalypse : « il a fait de nous une Royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père » (Ap 1,6). L’Exode et l’Alliance établie près du Mont Sinaï n’étaient qu’une étape du dessein bienveillant du Père ; l’étape suivante est la constitution de l’Église.
Jésus appela Douze disciples qui devinrent ses apôtres. Par le chiffre douze, Jésus a voulu se référer aux tribus d’Israël, qui remontent aux douze fils de Jacob.
« En plaçant les Douze au centre de sa nouvelle communauté, dit Benoît XVI dans son homélie du 15 juin 2008, Jésus fait comprendre qu’il est venu mener à bien le dessein du Père céleste, même si ce n’est qu’à la Pentecôte qu’apparaîtra le nouveau visage de l’Église : lorsque les Douze "remplis d’Esprit Saint", proclameront l’Évangile en parlant toutes les langues (Ac 2, 3-4) […]
Le pacte du Sinaï est accompagné par des signes cosmiques qui abattent les Israélites ; les débuts de l’Église en Galilée sont privés de ces manifestations, ils reflètent la douceur et la compassion du cœur du Christ, mais annoncent une autre lutte, un autre bouleversement qui est celui suscité par les puissances du mal. Au Douze, il "donna le pouvoir d’expulser les esprits mauvais et de guérir toute maladie et toute infirmité" (Mt 10,1). Les Douze devront coopérer avec Jésus pour instaurer le Royaume de Dieu, c’est-à-dire sa seigneurie bénéfique, porteuse de vie, et de vie en abondance pour l’humanité tout entière. […] Tel est donc le dessein de Dieu : répandre sur l’humanité et sur l’univers tout entier son amour qui engendre la vie. Ce n’est pas un processus spectaculaire ; c’est un processus humble, qui porte cependant avec soi la vraie force de l’avenir et de l’histoire. C’est donc un projet que le Seigneur veut réaliser dans le respect de notre liberté, car l’amour ne peut pas être imposé. »
La lecture nous dit : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi. Maintenant donc, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples ». « La sainteté et le caractère missionnaire de l’Église constituent deux revers de la même médaille […]. Dieu l’a choisie et sanctifiée comme sa propriété. Notre premier devoir est donc, justement pour assainir ce monde, celui d’être saints, conformes à Dieu ; de cette manière une force sanctifiante et transformante vient de nous qui agit également sur les autres, sur l’histoire. » (Ibid).
L’expression « un royaume de prêtres, une nation sainte » nous invite aussi à réfléchir au rapport entre l’Église et la vie d’une nation. Plutôt qu’un discours abstrait, racontons quelques pages d’histoire.
Dans le christianisme, le premier sacre est celui de Pépin le bref, dans un rite emprunté à celui des rois de l’Ancien Testament. Le roi accède au domaine du sacré, ce qui se traduit parfois par son pouvoir thaumaturgique (guérisons) mais, inversement, l’onction subordonne le roi à l’Église qui a le pouvoir d’administrer l’onction. L’harmonie de la société naît donc de l’étroite solidarité entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, qui ne se confondent pas. Jésus enseigne : « Rendez donc à César, ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22,21), ce qui implique une légitime autonomie du temporel (ce qui est à César), mais aussi un culte public (César doit rendre à Dieu ce qui lui appartient). Il s’agit d’une ligne de crête…
Et l’histoire penche tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre… L’histoire penche dans un sens, quand Charlemagne voulait faire des papes les simples exécutants de ses volontés, elle penche dans l’autre sens, quand son fils, Louis le pieux, par un acte de 817, s’engage pour lui-même et ses successeurs à respecter et à faire respecter l’autorité pontificale. Le « saint Empire germanique » se voulait une entité supranationale à laquelle les souverains d’Europe devraient prêter allégeance, mais en France, Robert le pieux, fils d’Hugues Capet, y résiste.
Le christianisme ne peut pas se confondre avec une loi imposée par un pouvoir temporel, parce qu’il est aussi une lumière, une aide, une grâce, un viatique pour accomplir l’Exode vers la vie éternelle.
Pourtant, pour un chrétien, gouverner consiste à conduire un peuple vers sa fin, son but. Idéalement, le roi organise un pays dans la paix et l’unité, et il conduit un peuple à vivre selon la vertu, jusqu’à un certain point. En effet, dit saint Thomas d’Aquin, « puisque l’homme n’atteint pas sa fin, qui est la fruition de Dieu, non par une vertu humaine, mais par une vertu divine… conduire à cette fin n’appartiendra pas à un gouvernement humain, mais à un gouvernement divin », celui du Christ et celui du sacerdoce chrétien (De regno, Livre 1,7).
Il ne s’agit pas d’être nostalgique d’un passé rêvé. Tout ce qui a été vécu, aussi bien dans l’Ancien Testament que dans la chrétienté, n’est qu’une pâle préparation de ce qui nous attend au moment du retour du Christ dans la gloire, à travers le jugement eschatologique, celui de l’Antichrist ou de la bête. Ce jugement, sans lequel le règne de Dieu ne pourra s’accomplir sur la terre comme au ciel, n’appartient qu’au Christ.
Psaume (Ps 99 (100), 1-2, 3, 5)
Acclamez le Seigneur, terre entière, servez le Seigneur dans l’allégresse, venez à lui avec des chants de joie ! Reconnaissez que le Seigneur est Dieu : il nous a faits, et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau. Oui, le Seigneur est bon, éternel est son amour, sa fidélité demeure d’âge en âge.
De nos jours, nous ressemblons parfois à un troupeau dispersé, mais le Seigneur est notre berger, il nous rassemblera, il fera la moisson (Ap 14, 15). Nous allons suivre ici Jean-Paul II, audience générale du mercredi 7 novembre 2001 :
« La tradition d'Israël a imposé à l'hymne de louange qui vient d'être proclamé le titre de "Psaume pour la todáh", c'est-à-dire pour l'action de grâce dans le chant liturgique, raison pour laquelle il est bien adapté pour être entonné lors des Laudes du matin. Dans les versets peu nombreux de cet hymne joyeux, on peut identifier trois éléments significatifs :
Il y a tout d'abord l'appel pressant à la prière, clairement décrite dans une dimension liturgique. Il suffit d'établir la liste des verbes à l'impératif « Acclamez le Seigneur, terre entière, servez le Seigneur dans l’allégresse, venez à lui avec des chants de joie ! Reconnaissez que le Seigneur est Dieu ». […] Il s'agit d'une série d'invitations, non seulement à pénétrer dans l'aire sacrée du temple à travers les portes et les cours (cf. Ps 14, 1; 23, 3.7-10), mais également à élever joyeusement un hymne à Dieu. C'est une sorte de fil constant de louange qui ne se rompt jamais, s'exprimant dans une profession de foi et d'amour permanente. Une louange qui s'élève de la terre vers Dieu, mais, qui dans le même temps, nourrit l'âme du croyant.
Je voudrais formuler une deuxième petite observation à propos du début même du chant, où le Psalmiste appelle toute la terre à acclamer le Seigneur (cf. v. 1). Certes, le Psalmiste tournera ensuite son attention vers le peuple de l'élection, mais l'horizon de la louange est universel, comme cela se produit souvent dans le Psautier, en particulier dans ce qu'on appelle les "hymnes au Seigneur Roi" (cf. Ps 95-98). Le monde et l'histoire ne sont pas entre les mains du destin, du chaos, d'une nécessité aveugle. Ils sont en revanche gouvernés par un Dieu qui est assurément mystérieux, mais qui désire dans le même temps que l'humanité vive de façon stable selon des relations justes et authentiques : " le Seigneur règne. Le monde est stable, point ne bronchera. Sur les peuples il prononce avec droiture [...] il jugera le monde en justice et les peuples en sa vérité" (Ps 95, 10.13).Nous nous trouvons donc tous entre les mains de Dieu, Seigneur et Roi, et nous le célébrons tous, certains qu'il ne nous laissera pas tomber de ses mains de Créateur et de Père.
Sous cette lumière, on peut davantage apprécier le troisième élément significatif du Psaume. Au centre de la louange que le Psalmiste place sur nos lèvres, se trouve en effet une sorte de profession de foi, exprimée à travers une série de qualificatifs qui définissent la réalité intime de Dieu. Ce credo essentiel contient les affirmations suivantes : le Seigneur est Dieu, le Seigneur est notre créateur, nous sommes son peuple, le Seigneur est bon, son amour est éternel, sa fidélité n'a pas de fin (cf. vv. 3-5).
Nous avons tout d'abord une confession de foi renouvelée dans l'unique Dieu, comme le demande le premier commandement du Décalogue : "Je suis le Seigneur, ton Dieu [...] Tu n'auras pas d'autres dieux devant moi" (Ex 20, 2.3). Et comme il est souvent répété dans la Bible : "Sache-le donc aujourd'hui et médite-le dans ton cœur : c'est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre, lui et nul autre" (Dt 4, 39). On proclame ensuite la foi dans le Dieu créateur, source de l'être et de la vie. Suit l'affirmation, exprimée à travers la "formule du pacte", de la certitude qu'Israël a de l'élection divine : "Nous sommes à lui, son peuple et le troupeau de son bercail" (v. 3). C'est une certitude que les fidèles du nouveau Peuple de Dieu font leur, en ayant conscience de constituer le troupeau que le Pasteur suprême des âmes conduit aux pâturages éternels du ciel (cf. 1 P 2, 25).
Après la proclamation du Dieu unique, créateur et source de l'alliance, le portrait du Seigneur chanté par notre Psaume est poursuivi à travers la méditation des trois qualités divines souvent exaltées dans le Psautier : la bonté, l'amour miséricordieux (hésed), la fidélité. Ce sont les trois vertus qui caractérisent l'alliance de Dieu avec son peuple ; elles expriment un lien qui ne se rompra jamais, à travers le flux des générations et malgré le fleuve boueux des péchés, des rébellions et des infidélités humaines. Avec une confiance sereine dans l'amour divin qui ne fera jamais défaut, le Peuple de Dieu s'engage dans l'histoire avec ses tentations et ses faiblesses quotidiennes.
Cette confiance devient un chant, pour lequel les mots ne suffisent parfois plus, comme l'observe saint Augustin : "Plus la charité augmentera, plus tu te rendras compte que tu disais sans dire. En effet, avant de goûter certaines choses, tu croyais pouvoir utiliser des mots pour indiquer Dieu ; en revanche, quand tu as commencé à en sentir le goût, tu t'es aperçu que tu n'es pas en mesure d'expliquer de façon adaptée ce que tu éprouves. Devrais-tu pour autant te taire et ne pas élever de louanges ?... Absolument pas. Tu ne seras pas aussi ingrat. C'est à lui qu'est dû l'honneur, le respect, la louange la plus grande... Ecoute le Psaume: "Acclamez le Seigneur, toute la terre". Tu comprendras la joie de toute la terre, si toi-même tu te réjouis devant le Seigneur" (Discours sur les Psaumes III/1, Rome 1993, p. 459) ». (Jean-Paul II, audience générale du mercredi 7 novembre 2001)
« Frères, alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. À plus forte raison, maintenant que le sang du Christ nous a fait devenir des justes, serons-nous sauvés par lui de la colère de Dieu. En effet, si nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils alors que nous étions ses ennemis, à plus forte raison, maintenant que nous sommes réconciliés, serons-nous sauvés en ayant part à sa vie. Bien plus, nous mettons notre fierté en Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ, par qui, maintenant, nous avons reçu la réconciliation. – Parole du Seigneur ».
Celui qui « est passé en faisant le bien et en rendant la santé » (Ac 10,38), « en guérissant toute maladie et toute langueur » (Mt 9,35), a été arrêté, outragé, condamné, flagellé, couronné d'épines, cloué à la croix et a expiré dans d'atroces tourments (Mc 15,37 ; Jn 19,30). Même ceux qui lui sont les plus proches ne savent pas le protéger et l'arracher aux mains des oppresseurs. Mais, dans cette étape finale de la vie du Messie, s'accomplissent les paroles des prophètes, et surtout celles d'Isaïe, au sujet du serviteur du Seigneur : « Dans ses blessures, nous trouvons la guérison » (Is 53,5).
Jean-Paul II explique : « Dans la passion et la mort du Christ - dans le fait que le Père n'a pas épargné son Fils, mais "l'a fait péché pour nous" (2Co 5, 21) -, s'exprime la justice absolue, car le Christ subit la passion et la croix à cause des péchés de l'humanité. Il y a vraiment là une "surabondance" de justice, puisque les péchés de l'homme se trouvent "compensés" par le sacrifice de l'Homme-Dieu. Toutefois cette justice, qui est au sens propre justice "à la mesure" de Dieu, naît tout entière de l'amour, de l'amour du Père et du Fils, et elle s'épanouit tout entière dans l'amour. C'est précisément pour cela que la justice divine révélée dans la croix du Christ est "à la mesure" de Dieu, parce qu'elle naît de l'amour et s'accomplit dans l'amour, en portant des fruits de salut.
La dimension divine de la rédemption ne se réalise pas seulement dans le fait de faire justice du péché, mais dans celui de rendre à l'amour la force créatrice grâce à laquelle l'homme a de nouveau accès à la plénitude de vie et de sainteté qui vient de Dieu. De la sorte, la rédemption porte en soi la révélation de la miséricorde en sa plénitude.
[…] La dimension divine du mystère pascal va toutefois encore plus loin. La croix plantée sur le calvaire, et sur laquelle le Christ tient son ultime dialogue avec le Père, émerge du centre même de l'amour dont l'homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, a été gratifié selon l'éternel dessein de Dieu. Dieu, tel que le Christ l'a révélé, n'est pas seulement en rapport étroit avec le monde en tant que Créateur et source ultime de l'existence. Il est aussi Père : il est uni à l'homme, qu'il a appelé à l'existence dans le monde visible, par un lien encore plus profond que celui de la création. C'est l'amour qui non seulement crée le bien, mais qui fait participer à la vie même de Dieu Père, Fils et Esprit Saint. En effet, celui qui aime désire se donner lui-même » (Encyclique Dives in Misericordia 7, année 1984).
De plus, « "Si, étant ennemis, nous fûmes réconciliés à Dieu par la mort de son Fils – écrit saint Paul aux Romains - , combien plus, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie, et pas seulement cela, mais nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ par qui dès à présent nous avons obtenu la réconciliation" (Rm 5,10-11 cf. Col 1,20-22). Puisque donc "Dieu ... nous a réconciliés avec Lui par le Christ", Paul se sent poussé à exhorter les chrétiens de Corinthe : "Laissez-vous réconcilier avec Dieu" (2Co 5,18 5,20). […]
Saint Paul encore nous permet d'élargir à des dimensions cosmiques notre vision de l'oeuvre du Christ lorsqu'il écrit qu'en lui le Père s'est réconcilié toutes les créatures, celles du ciel et celles de la terre (Col 1,20). On peut vraiment dire du Christ Rédempteur que, "au temps de la colère, il a été fait réconciliation" (Si 44,17) et que, s'il est "notre paix" (Ep 2,14), il est aussi notre réconciliation.
C'est à juste titre que sa passion et sa mort, sacramentellement renouvelées dans l'Eucharistie, sont appelées par la liturgie "sacrifice qui réconcilie" (Prière eucharistique III) : qui réconcilie avec Dieu et avec les frères, puisque Jésus lui-même enseigne que la réconciliation fraternelle doit s'effectuer avant le sacrifice (Mt 5,23-24) ». (Reconciliatio paenitentia 7)
Les douze apôtres n'étaient pas des hommes parfaits, choisis pour leur caractère moral et religieux irrépréhensible. Ils étaient croyants, oui, pleins d'enthousiasme et de zèle, mais marqués en même temps par leurs limites humaines, parfois même graves. Jésus ne les appela donc pas parce qu'ils étaient déjà saints, complets, parfaits, mais afin qu'ils le deviennent, afin qu'ils soient transformés pour transformer ainsi l'histoire aussi. Tout comme pour nous. Comme pour tous les chrétiens. Dans la deuxième lecture, nous avons entendu la synthèse de l'apôtre Paul : "Or la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs" (Rm 5, 8). L'Église est la communauté des pécheurs qui croient à l'amour de Dieu et se laissent transformer par Lui, et deviennent ainsi saints, et sanctifient le monde.
La traduction, faite, depuis l’araméen, pour la proclamation orale, et le commentaire sont extraits de mon livre Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Matthieu, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. Préface Mgr Mirkis (Irak) ; Mgr Dufour (France) et Mgr Kazadi (Congo RDC). Parole et Silence, 2026.
« 9,35 Jésus parcourait / toutes les villes et les villages,
il enseignait dans leurs synagogues, / et prêchait la Bonne nouvelle du royaume
et il guérissait toute maladie / et toute infirmité.
––
36 Or, lorsqu’il vit les foules, / il fut pris de pitié pour elles,
parce qu’elles étaient harassées et défaites, / comme des brebis qui n’ont pas de berger.
37 Et il dit à ses disciples :
‘La moisson est abondante, / et les ouvriers peu nombreux !
38 Priez par conséquent le maître de la moisson / de faire sortir des ouvriers pour sa moisson !’
––
10,1 Et il appela ses douze disciples,
il leur donna pouvoir sur les esprits impurs, / pour qu’il [les] fassent sortir,
et pour guérir toute maladie / et toute infirmité.
2 Or, des douze apôtres, / leurs noms sont ceux-ci :
le premier d’entre eux, Simon qui est appelé Pierre, / et André, son frère ;
et Jacques, fils de Zébédée, / et Jean, son frère ;
3 et Philippe / et Barthélemy ;
et Thomas / et Matthieu, le collecteur d’impôts ;
et Jacques, fils d’Alphée, / et Labbi surnommé Thaddée ;
4 et Simon le Cananéen / et Judas Iscariote, celui qui le livra.
5 Ces douze, / Jésus les envoya,
et leur commanda / et dit :
‘Par le chemin des païens, / n’allez pas,
et dans une ville de Samaritains, / n’entrez pas ;
6 allez, plutôt, / vers les brebis qui se sont éloignées de la maison d’Israël.
7 Et, en allant, prêchez / et dites :
‘Il est tout proche / le royaume des Cieux !’
8 Guérissez / les malades,[2]
purifiez / les lépreux,
faites sortir / les démons’. » – Acclamons la Parole de Dieu.
Jésus a pitié des foules qui sont « comme des brebis qui n’ont pas de berger » (v. 36). Dans l’Ancien Testament, Moïse priait en demandant au Seigneur d’établir sur cette communauté « un homme qui sorte et rentre à leur tête, qui les fasse sortir et rentrer, pour que la communauté du SEIGNEUR ne soit pas comme un troupeau [ᶜānā] sans pasteur » (Nb 27,16-17). Alors Dieu lui dit de prendre Josué (Nb 27,21). Or, plus que Josué, Jésus est un pasteur pour la communauté du SEIGNEUR. Et l’on peut observer avec finesse que, dans la Pshitta, Jésus compare les foules à des brebis [ᶜerbe] et non pas à un troupeau [ᶜānā], cette nuance souligne le fait que Jésus est capable, dans une foule, de faire attention à chaque individu.
Jésus fait prier ses disciples pour que soient envoyés des « ouvriers pour sa moisson » (v. 38). Dans l’Ancien Testament, la moisson peut signifier une purification associée au rassemblement des justes, par exemple : « À toi aussi, Juda, est destinée une moisson, quand je rétablirai mon peuple » (Os 6,11). Et c’est le sens qu’il faut retenir ici. Les apôtres ont pour mission de rétablir le peuple dans sa santé physique et spirituelle en vue du règne de Dieu.
En voyant Jésus pardonner et guérir un paralytique, le9,8). Maintenant, Jésus appelle les douze et leur « donne pouvoir [šūlṭānā] » pour expulser les esprits impurs et opérer des guérisons (Mt 10,1). Il ne s’agit pas de succéder au Christ, il ne s’agit pas non plus d’un pouvoir de gouvernement comme celui de Josué, les douze n’ont pas encore à régir une communauté dont le règlement ne sera donné qu’en Mt 18. Pour le moment, il s’agit d’un pouvoir missionnaire, en vue des exorcismes et des guérisons.s foules « rendirent gloire à Dieu de ce qu’Il a donné un tel pouvoir [šūlṭānā] aux hommes ! » (Mt
Benoît XVI commente : « C’est avec ces débuts humbles que le Seigneur nous encourage afin que, même dans l’humilité de l’Église d’aujourd’hui, dans la pauvreté de notre vie chrétienne, nous puissions voir sa présence et avoir ainsi le courage d’aller à sa rencontre et de rendre présent sur cette terre son amour, cette force de paix et de vie véritable.
[…] À l’évêque et aux prêtres, je répète avec ferveur les paroles du Maître divin : "Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement" (Mt 10,8). Aujourd’hui encore, ce mandat s’adresse tout d’abord à vous. » (Benoît XVI, homélie du 15 juin 2008).
Et, comme pour Jésus, leur autorité se heurtera à l’indifférence ou au refus des hommes (aucun pouvoir absolu à la mode hellénistique).
La Pshitta parle des douze « apôtres [šlīḥe] » (Mt 10,2), un nom qui dérive du verbe « envoyer dire » : les apôtres sont des missionnaires représentant leur maître. Quelques observations sur les noms des apôtres.
Pierre est le premier.
Matthieu se nomme après Thomas et rappelle les circonstances de sa conversion « et Thomas et Matthieu, le collecteur d’impôts » (Mt 10,3) ; plus tard, Luc, voulant sans doute honorer le travail du premier évangéliste, inversera l’ordre : « et Matthieu, et Thomas » (Lc 6,15).
« Labbi Thaddée » (Mt 10,3) est un surnom affectueux pour désigner Jude (Ac 1,13 ; Mt 13,55), en effet, labbī dérive de « cœur » et taḏay dérive de « poitrine » : « mon cœur » (c’est le petit dernier de sa famille), l’usage d’un tel surnom (cela ne fait pas sérieux) souligne l’ancienneté de l’évangile de Matthieu.
Simon. L’évêque Ishōʿdad de Merv (IXe siècle) explique que Simon est appelé « Cananéen » (Mt 10,4) parce qu’il venait d’un village nommé Canania. Luc l’appelle « Simon le zélé » (Lc 6,15), ce que l’on traduit souvent par « zélote », mais on pouvait être zélé (2Mac 4,2 ; Ac 21,20 ; Ga 1,14) sans appartenir au parti des zélotes ni participer aux séditions soutenues par ce parti.
« Iscariote sḵaryūṭā (skr) » ne peut pas venir de syqrariws (sqr) qui dérive du latin sica : sicaire, donc zélote. Il faut plutôt comprendre, selon l’Hébreu : « l’homme (Ish) de Keryot », village au sud d’Hébron. Dans les milieux lettrés, on pouvait en effet donner un tel nom tiré de l’hébreu, et transcrit tel quel en araméen [3].
Jésus donne ensuite quelques commandements, à la manière d’un cahier des charges ou d’une feuille de route pour prêcher le « royaume [Règne] des cieux » (on dit « les Cieux » pour éviter de nommer Dieu). On sait que Dieu le Père doit régner comme au ciel sur la terre (Mt 6,10).
« Par le chemin des païens, n’allez pas » (v. 5). Le grec εθνων et le latin gentium pourraient suggérer que Jésus interdise d’aller dans les nations et les peuples païens, mais le mot araméen « ḥanpe » désigne des païens et non pas leurs pays : les apôtres pourront voyager à l’étranger.
Cependant, bien que les païens et les Samaritains manifestent une grande ouverture, les douze apôtres sont envoyés sur le terrain juif, celui qui s’est montré le plus ingrat : « Allez plutôt vers les brebis qui se sont éloignées de la maison d’Israël » (Mt 10,6). L’expression peut désigner les Juifs infidèles, mais il semble qu’il faille garder le sens matériel obvie : il s’agit des Juifs de la diaspora : ils serviront d’interprètes pour l’évangélisation de sorte que le socle hébréo-araméen et l’appui de l’Ancien Testament sont gardés. Les apôtres sont donc appelés à enseigner, prêcher et guérir à l’exemple du Christ « dans leurs synagogues » (Mt 9,35), et cette perle forme ainsi une petite inclusion. La répétition du mot « brebis » en Mt 9,36 et 10,6 souligne cette inclusion : les apôtres sont appelés à avoir pour les brebis la même sollicitude qu’a eu Jésus.
[1] Saint Thomas d’Aquin, De regno, Livre 1, 7.
[2] La Pshitta n’a pas « ressuscitez les morts » qui est dans le texte grec.
[3] M.-J. LAGRANGE, Évangile selon saint Matthieu, Paris, Gabalda, coll. « Études bibliques »,1923, ad Loc
Date de dernière mise à jour : 09/04/2026