1er Dimanche de l'Avent

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Première lecture (Is 2, 1-5)

Psaume Ps 121 (122)

Deuxième lecture (Rm 13, 11-14a)

Évangile (Mt 24, 37-44)

Première lecture (Is 2, 1-5)

« Parole d’Isaïe, – ce qu’il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem. Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. » Oui, la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du Seigneur. Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur. – Parole du Seigneur. » (Is 2, 1-5 AELF)

La première lecture de ce dimanche nous communique de l’espérance, elle nous montre quelle espérance le Seigneur veut voir en nos cœurs.

Cette lecture est-elle un rêve ? Isaïe repousse-t-il dans un avenir lointain ce qu’il était déçu de ne pas voir dans sa génération ? Non : il s’agit d’une Parole du Seigneur. D’une promesse du Seigneur. Isaïe a conscience de prophétiser et de dire quelque chose qui ne vient pas de sa psychologie, mais d’une source divine. Nous croyons que Dieu parle aux hommes. C’est aussi ce que rappelait la structure du Temple de Jérusalem, il y a les deux parvis extérieurs, il y a le sanctuaire, et à l’intérieur du sanctuaire, il y a le Debir, le saint des Saints, le lieu où Dieu parle (en hébreu, parler c’est « Davar » et cela donne le nom « Debir » - « b » et « v » se transmutent).

La prophétie d’Isaïe « Vers elle (Jérusalem) afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux » s’est partiellement réalisée au temps de l’Ancien Testament car Jérusalem et la sagesse du peuple juif ont éclairé en un sens toutes les nations. Le peuple hébreu tenait des routes commerciales vers l’ouest jusque Rome et l’Espagne, et vers l’Est jusque l’Inde et la Chine, et au nord, et au sud. Le long de toutes ces routes, leur sagesse se répandait, et les principaux commandements. Et de nombreux « craignants-Dieu » venaient aux grands pèlerinages pour écouter la sagesse d’Israël. Cependant, la prophétie « ils n’apprendront plus la guerre » ne s’était pas encore réalisée.

Jésus le Messie est né, il a été crucifié et il est ressuscité à Jérusalem, sur la montagne de la maison du Seigneur. Alors toutes les nations ont afflué vers la croix de Jésus pour en recevoir la lumière et le salut. Ce furent d’abord des conversions individuelles, puis des nations entières qui établirent un régime dit de « chrétienté ». « Marchons à la lumière du Seigneur ! » (Is 2, 5). Ces régimes de chrétienté n’étaient cependant qu’une ombre et une préfiguration de ce qui doit encore advenir. Et il y avait encore des guerres.

Si Jésus le Messie avait été accueilli dès sa première venue, la paix mondiale serait advenue sans délai. Mais Jésus n’a pas été accueilli, et il s’en est plaint amèrement en disant :

« ‘Jérusalem, / Jérusalem,
qui tue les prophètes / et qui lapide ceux qui sont députés vers elle,

que de fois ai-je voulu / rassembler tes enfants,

comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, / et vous n’avez pas voulu!

Voici : / votre maison vous sera laissée dévastée.

Je vous [le] dis, / en effet,
vous ne me verrez plus, / jusqu’à ce que vous disiez :

Béni soit celui qui vient / au Nom du Seigneur !’ » (Lc 13, 34-35, de l’araméen)

Ce qu’Isaïe a vu au sujet de « Jérusalem » se réalisera au temps que nous appelons la Parousie, c’est-à-dire la seconde venue de Jésus, une venue glorieuse, temps du Royaume à venir « où les justes s’accoutumeront à l’éternité » [1] selon la belle formule de saint Irénée récemment nommé docteur de l’Église. Et, il faut bien le reconnaître, le regard du prophète Isaïe ne distingue pas cette venue glorieuse de la première venue du Messie.

Nous lisons dans le livre de l’Apocalypse, que Jésus ressuscité annonce par exemple à l’Église de Philadelphie : « la Cité nouvelle, Jérusalem, celle qui descend de Mon Dieu » (Ap 3, 11-12), il s’agit des anges et des saints qui vont apparaître en même temps que la Venue glorieuse de Jésus (1Th 3, 13).

Certaines interprétations absurdes ont discrédité la réalité du Royaume à venir, surtout de la part de gréco-latins. Par exemple, saint JUSTIN (±102 - martyr vers 166 à Rome), probablement par souci de simplifier, plaçait la résurrection générale des corps lors de la Venue glorieuse du Christ déjà : « Nous savons qu’une résurrection de la chair arrivera pendant mille ans dans Jérusalem rebâtie, décorée et agrandie » [2]. Il faudra beaucoup l’agrandir…

Non, la première résurrection, celle des justes, signifie qu’ils vont apparaître avec le Christ lors de sa Venue glorieuse, à la manière des apparitions du Christ ressuscité et non pas comme une réincarnation sur la terre, ce qui serait une régression. 

Isaie a prophétisé « Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux » (Is 2, 4). L’heureux temps de la paix que nous appelons la Parousie adviendra à travers un jugement. Ceux qui ne veulent pas du règne de Dieu ne pourront plus subsister sur la terre.

Ce jugement est évoqué dans l’évangile de ce dimanche où Jésus dit à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. » (Mt 24, 37-42).

Proposition de lecture : Françoise Breynaert, La Venue glorieuse du Christ expliquée aux jeunes. Chants, théâtre, peinture, catéchèse. BoD (janvier 2022)

Psaume Ps 121 (122)

« Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un ! C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur. C’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.

C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David.

Appelez le bonheur sur Jérusalem : « Paix à ceux qui t’aiment ! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! » À cause de mes frères et de mes proches, je dirai : « Paix sur toi ! » À cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton bien »
(Ps 121 (122), 1-2, 3-4ab, 4cd-5, 6-7, 8-9 AELF)

Au temps où il a été composé, ce psaume évoquait une réalité très concrète, depuis la réforme du roi Josias, Jérusalem était l’unique lieu de culte (auparavant, on voit bien qu’il y avait d’autres sanctuaires, par exemple celui de Silo où était Samuel). On s’y rassemble trois fois par an pour les grandes fêtes de pèlerinage, et l’on chante volontiers « Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un ! ». Ce psaume est appelé un psaume des montées parce que Jérusalem est sur une montagne de Judée. Jérusalem contient le Temple « la maison du Seigneur » et le palais royal avec sa cour de justice, « le siège du droit, le siège de la maison de David».

Dans le christianisme, ce psaume convient très bien au dimanche matin, juste avant la sainte Messe qui rassemble le peuple chrétien dans la « la maison du Seigneur notre Dieu ». Jésus est le fils de David, et l’évangile a inspiré un « droit », une certaine législation, c’est pourquoi nous parlons d’un droit canonique et d’une doctrine sociale de l’Église.

Le psaume parle du bonheur. Dans le livre du Deutéronome, la loi du décalogue (Dt 5) est donnée dans la perspective du bonheur, « cet heureux pays » (Dt 1, 35 ; 4, 21 ; 4, 22) ou cette « heureuse montagne » (Dt 3, 25), « afin qu’ils soient heureux » (Dt 5, 29) ou parce que le Seigneur veut « te rendre heureux » (Dt 6, 3).

Dans l’évangile, les béatitudes résonnent comme des oracles de délivrance. Le bonheur n’est pas fondé sur la pauvreté, ni sur la faim, ni sur les pleurs, mais sur l’intervention de Dieu. Les pauvres sont bienheureux, car la venue du Seigneur renversera les situations.

Nous souhaitons la paix. Attention, en araméen, il y a deux mots pour exprimer la paix : la šaynā, la tranquillité qui permet de faire de bonnes récoltes, et qui peut s’accompagner de compromissions. Jésus ne donne pas la paix šaynā ; mais Jésus donne la paix šlamā, la plénitude, la paix reçue de Dieu et transmise, et il veut que ses disciples reçoivent cette paix de Dieu et la transmettent.

La génération de Noé était probablement compromise avec des pratiques d’accouplement avec des hominidés géants (afin de produire des hommes esclaves – Gn 6,4 voilé). Notre génération se compromet avec toutes sortes de manipulations qui heurtent le dessein du Créateur. Jésus ne nous donne pas une paix de compromission, une paix šaynā , mais une paix qui vient de Dieu, une paix šlamā. Dieu seul est la Paix. Dieu est la Paix même. Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus dit : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme » (Mt 24, 37-40).

Nous ne sommes pas appelés à une paix de compromission avec la perversité de notre temps. Nous sommes appelés à une paix de plénitude que Dieu seul peut donner.

En refusant le compromis avec le mal, nous allons perdre certaines choses agréables et gratifiantes, et des personnes qui autrefois se présentaient comme des amis vont nous éviter, ou nous critiquer et déformer nos propos. Mais le psaume dit : « Paix à ceux qui t’aiment ! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! »

Oui, il y a une paix très douce que seul connaît celui qui a refusé la paix de compromission, une paix šaynā ; il reçoit une paix qui vient de Dieu, une paix šlamā.

Oui, il y a un bonheur très profond que connaît celui qui est resté fidèle à la loi de Dieu, et qui en contemple la beauté. Même s’il connaît l’épreuve, il habite un palais royal.

Et ce n’est pas tout. Isaïe a prophétisé « Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux » (Is 2, 4). L’heureux temps de la paix parousiaque adviendra à travers un jugement. Ceux qui ne veulent pas du règne de Dieu ne pourront plus subsister sur la terre. Et ce jugement est évoqué dans l’évangile de ce dimanche où Jésus dit à ses disciples : « Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. » (Mt 24, 41-42).

Alors adviendra la réalisation de la prière du Notre Père : « que ta volonté soit faite, sur la terre, comme au ciel ». Et ce sera sur la terre la nouvelle Jérusalem, en présence des anges du ciel. Dans cette perspective, le psaume prend toute sa saveur :

« Quelle joie quand on m’a dit : Nous irons à la maison du Seigneur !

Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un ! C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur. C’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.

C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David.

Appelez le bonheur sur Jérusalem : Paix à ceux qui t’aiment ! […] (Ps 121)

Oui, si nous attendons que le jugement soit fait par le Chreist en sa venue glorieuse, nous sommes doux, patients, en paix.

Deuxième lecture (Rm 13, 11-14a)

« Frères, vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ. – Parole du Seigneur. » (Rm 13, 11-14a AELF)

Cette lecture nous invite à méditer sur le sens de l’histoire. L’histoire n’est pas un cycle répétitif. Elle a un début et elle a aura une fin. Le dessein du Créateur doit réussir, à sa plus grande gloire. Et, écrit saint Paul aux Romains, « le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants » (Rm 13, 11).

Expliquons d’abord le mot « salut ».

Dans les Évangiles, tous les passages où Jésus dit « ta foi t’a sauvé » sont en araméen « ta foi t’a vivifié ». Bien sûr que la Venue glorieuse du Christ inclut un jugement contre le mal, car rien d’impur n’entrera dans la Jérusalem nouvelle, ou au Paradis, mais la Venue glorieuse mais elle ne se limite pas au jugement, elle n’est même pas d’abord cela : elle est d’abord une vivification. C’est dans cette perspective que ce verset de la lettre aux Hébreux mérite d’avoir été écrit : « Ainsi le Christ, après s’être offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude, apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent » (He 9, 28). Certains traducteurs, qui travaillent sur l’araméen, traduisent la finale : « pour la vie de ceux qui l’attendent » (He 9, 28). La délivrance du péché originel, il est vrai, s’est réalisée « une seule fois ». Quand le Christ apparaitra une seconde fois, ce n’est « plus à cause du péché [de nos péchés, la Pshitta inclut ce pronom] » car sa première venue a suffi pour enlever les péchés, c’est pour la vivification ; et il y a une continuité entre le langage de la « vivification » et l’enseignement de Jésus sur la « régénération » (Mt 19, 28).

Revenons à la lettre de saint Paul aux Romains, « le salut [vivification] est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants » (Rm 13, 11). Pour ceux qui l’attendent, la Venue glorieuse du Christ sera une purification-vivification-jugement fait pour nous aider à nous comprendre et nous réconcilier entre nous, rejoignant notre désir profond de communion et de vie...

Le chrétien, nous dit saint Paul, porte « Les armes de la lumière ».

Il nous faut être conscient des fausses pensées eschatologiques, c’est-à-dire de fausses visions du processus de la fin des temps.

Dès le Moyen Age, la Kabbale juive pense que les Juifs peuvent hâter la venue du messie et que le peuple juif doit revenir en Terre sainte. Au XVI° siècle, Isaac Luria ajoute : les Juifs sont le principal moteur de l’histoire. Ce qui nous intéresse maintenant, c’est la figure de Jakob Frank, une figure qui influence beaucoup, quoiqu’ obscurément, notre temps. En l’an 1759, en Pologne, Jakob Frank se présenta comme la réincarnation de Sabataï Tsevi, un faux messie (1626-1676). Il vécut dans la clandestinité, la transgression de la Loi juive, le rejet du Talmud et de la Torah tout en restant fidèle, en secret, à la Kabbale et au Zohar. La même année, il se « convertit » au catholicisme et fut baptisé le 17 septembre 1759 à Lwów, et confirmé le 18 novembre à Varsovie, son parrain n’étant autre qu’Auguste III, le grand-père maternel de Louis XVI. Dix mille à vingt mille Juifs le suivirent. Ses successeurs connurent une ascension fulgurante, le mouvement se transforma en secte hérétique qui infiltra l’aristocratie européenne. Sa doctrine hérite d’un traité de la Kabbale qui, en l’an 1500 parlait déjà de la rédemption de Satan. En conséquence, le sublime dans le mal est, selon lui, la route du bien ; et la route de l’abîme est terrifiante et effrayante.   

Un certain nombre de pensées révolutionnaires (« l’ordre par le chaos »), pensées guerrières ou même génocidaires, maçonnique ou non, ont pu recevoir une impulsion du mouvement qu’il initia. L’idée d’un ordre par le chaos se répand de manière insidieuse dans divers milieux… Telle n’est bien sûr pas la pensée chrétienne. Et la lecture que ce dimanche nous donne est une réponse puissante à ce genre de doctrine :

« Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ. – Parole du Seigneur. » (Rm 13, 12b-14a)

On peut aussi réentendre en ce sens la première lecture : « « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers » (Is 2, 3).

La Venue de Jésus dans la gloire, qui sera l’objet de l’évangile, sera insupportable à ceux qui sont allés trop loin dans l’iniquité. Ils tomberont dans l’étang de feu comme le dit l’Apocalypse. « Tenez-vous donc prêts » (Mt 24, 44) nous dira l’évangile de ce dimanche.

La seconde lecture s’achève par ces paroles très douces : « revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ » (Rm 13, 14).

Par nous-mêmes, nous sommes si faibles, si pauvres, sans gloire, sans amour, mais voilà, il y a un cadeau, un cadeau merveilleux, Jésus nous est donné pour que nous nous en revêtions. Recevons ce cadeau de Notre-Dame, de la très sainte Vierge Marie. Elle veut nous revêtir du Christ comme dans l’Ancien Testament, Rébecca, l’épouse d’Isaac, a revêtu le fils cadet des vêtements du fils aîné afin qu’il soit béni de son père. Revêtons-nous du Christ, de ses vertus, de son amour, de sa capacité de pardonner, de sa capacité d’aimer le prochain, de sa capacité de louer Dieu.

« Revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ » (Rm 13, 14), et ainsi, le jour de sa Venue glorieuse sera pour vous le jour des noces.

Proposition de lecture : F. Breynaert, Trente-trois jours pour se consacrer à Jésus-Christ par Marie, EDB, Nouan le Fuzelier, 2012 (traduit en espagnol, Edibesa, Madrid 2013) (Nihil obstat).

 

Évangile (Mt 24, 37-44)

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » (Mt 24, 37-44 AELF)

Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. Littéralement « ils prenaient femmes et donnaient [leurs filles] aux maris », Jésus évoque les mariages de la génération jugée mauvaise et l’on peut penser qu’elle organisa des accouplements avec des hominidés pour avoir des esclaves plus grands appelés élogieusement les Nephilim (Gn 6, 4), mais ce sont les « mauvais desseins » à cause desquels Dieu « se repentit d'avoir fait l’homme sur la terre » (Gn 6, 5-6). Cependant l’existence de Noé, seul juste, fut préservée, et par la suite admirée et vénérée.

Jésus dit que certains seront pris : nous avons le verbe araméen « conduire [dbr] » signifie aussi emmener, et épouser, ils accompliront les noces de l’Alliance, ils seront conduits dans l’ultime Exode, comme le chante de Cantique de Moïse « Ta grâce a conduit ce peuple que tu as racheté, ta force l'a guidé vers ta sainte demeure » (Ex 15, 13), et ce n’est pour rien que l’Apocalypse dit que et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom […] chantent le Cantique de Moïse » (Ap 15, 2-3). C’est pour eux la « Parousie ».

Jésus dit que d’autres seront laissés, en araméen le verbe šḇq signifie aussi répudier, renvoyer, chasser, laisser tomber : ayant rejeté la volonté divine et son règne, ils n’auront plus le droit de vivre sur la terre, c’est pour eux le jugement, ils tomberont dans l’étang de feu.

Expliquons aussi pourquoi l’évangile utilise l’expression « fils de l’homme » au lieu de dire simplement « moi, Jésus » (Mt 24, 37). L’explication est qu’ici, Jésus se réfère au prophète Daniel, plus précisément au chapitre 7 du livre de Daniel dont le début peut se résumer ainsi : « Le visionnaire voit la succession des grands empires du monde dans l’image de quatre bêtes énormes sortant de la mer, venues d’en bas, elles représentent un pouvoir reposant avant tout sur la violence, un pouvoir de nature bestiale. Daniel dresse donc un tableau sombre et extrêmement inquiétant de l’histoire du monde. Certes, la vision n’est pas seulement négative. La première bête est un lion avec des ailes d’aigle, à qui l’on arrache les ailes. Puis elle fut soulevée de terre et dressée sur ses pieds, comme un homme, et un cœur d’homme lui fut donné (Dn 7, 4). L’humanisation du pouvoir est donc possible, même en notre temps. Le pouvoir peut avoir un visage humain. Ce salut, pourtant, est relatif, l’histoire, pour le reste, continue et elle deviendra par la suite plus sombre encore » [3].

« La quatrième bête sera un quatrième royaume sur la terre, différent de tous les royaumes. Elle mangera toute la terre, la foulera aux pieds et l’écrasera. Et les dix cornes : de ce royaume, dix rois se lèveront et un autre se lèvera après eux ; il sera différent des premiers et abattra les trois rois ; il proférera des paroles contre le Très-Haut et mettra à l’épreuve les saints du Très-Haut. Il méditera de changer les temps et le droit, et les saints seront livrés entre ses mains pour un temps et des temps et un demi-temps. Mais le tribunal siégera et la domination lui sera ôtée, détruite et réduite à néant jusqu’à la fin. Et le royaume et l’empire et les grandeurs des royaumes sous tous les cieux seront donnés au peuple des saints du Très-Haut. Son Empire est un Empire éternel et tous les empires le serviront et lui obéiront » (Dn 7, 23-27).

Ce qui est intéressant à remarquer, c’est que pour le prophète Daniel, le jugement n’est pas synonyme de fin du monde, la fin des temps est un processus qui laisse place à un royaume des justes sur la terre, mais dans une transition vers l’éternité.

Lisons maintenant ces quelques lignes de Daniel que nous avons momentanément laissées de côté : « Et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au vieillard, et on le fit avancer vers lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite » (Dn 7, 13-14).

Isaïe a prophétisé « Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux » (Is 2, 4). L’heureux temps de la paix que nous appelons la Parousie adviendra à travers un jugement. Ceux qui ne veulent pas du règne de Dieu ne pourront plus subsister sur la terre.

Le psaume commence en ces termes « Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! Maintenant notre marche prend fin » L’histoire a un sens, elle a un but. Le psaume continue : « Appelez le bonheur sur Jérusalem : « Paix à ceux qui t’aiment ! » Nous ne sommes pas appelés à une paix de compromission avec la perversité de notre temps, sa corruption et l’hypnose des masses. Nous sommes appelés à une paix de plénitude que Dieu seul peut donner, une paix qui vient de Dieu, une paix šlamā.

La seconde lecture s’achève par ces paroles très douces : « revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ » (Rm 13, 14). C’est lui le Fils de l’homme qui reviendra sur les nuées du Ciel, glorieux, triomphant. Le reste s’effondrera, les autres tomberont à genoux devant lui. Alors revêtons-nous du Christ, de ses vertus, de son amour, de sa capacité de pardonner, de sa capacité d’aimer le prochain, de sa capacité de louer Dieu, alors sa venue glorieuse sera pour nous l’heureux temps des noces.

Proposition de lecture : 

BREYNAERT, Françoise, La Venue glorieuse du Christ. Véritable espérance pour le monde. Editions du Jubilé (octobre 2016). 

BREYNAERT, Françoise, Second Coming of Christ, The Ancient Doctrine and Present Times, St. Augustine’s Press, August 2022

 

[1] Saint Irénée, Contre les hérésies, V, 32, 1

[2] JUSTIN, Dialogue avec Tryphon, 80

[3] Extrait de J. Ratzinger - Benoît XVI, Jésus de Nazareth, I, Flammarion, Paris 2007, p.354-355.

Date de dernière mise à jour : 27/07/2023