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Les Rameaux

Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30.
https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/
Entrée messianique (Mt 21, 1-11) 1
Deuxième lecture (Ph 2, 6-11) 3
2e émission (un peu court 30s) et saut dans les versets. 4
Évangile de la Passion (Mt 26, 14-46) 4
3e émission – première lecture et évangile. 8
Première lecture (Is 50, 4-7) 8
4e émission – Psaume et fin évangile. 10
Psaume (Ps 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a) 18
1e émission
Entrée messianique (Mt 21, 1-11)
Traduction depuis la Pshitta, le texte liturgique des églises de langue araméenne, extrait de mon livre, Françoise Breynaert, « L’évangile selon saint Matthieu », Parole et Silence 2026.
« 1 Et, lorsqu’il s’approcha de Jérusalem et vint à Bethphagé, / sur le flanc du Mont des Oliviers,
Jésus envoya deux de ses disciples / 2 et leur dit :
‘Allez à ce village qui est devant vous / et aussitôt vous trouverez
une ânesse attachée et un ânon avec elle : / détachez-les et amenez-les-moi.
3 Et si quelqu’un vous dit quelque chose, / dites-lui :
il les faut pour notre Seigneur, / et il les renverra jusqu’ici aussitôt.
4 Or ceci, qui est arrivé, le fut pour que soit accomplie / une chose qui a été dite par le prophète qui a dit :
5 Dites à la fille de Sion : / Voici que ton roi vient à toi,
humble et monté sur un âne, / qui est un ânon, le petit d’une ânesse !’
6 Les disciples s’en allèrent / et firent comme Jésus le leur avait commandé.
7 Et ils amenèrent l’ânesse / et l’ânon ;
puis ils disposèrent sur l’ânon leurs habits, / et Jésus monta dessus.
8 La multitude des foules / étendait leurs vêtements sur la route ;
d’autres coupaient les branches des arbres / et les jetaient sur la route.
9 Or les foules qui allaient devant lui, / et celles qui venaient après lui,
criaient et disaient :
‘Hosanna au Fils de David ! / Il est béni celui qui vient au nom du SEIGNEUR !
Hosanna / dans les Hauteurs !’
10 Quand il entra dans Jérusalem, / toute la ville fut agitée.
Et ils disaient : / ‘Qui est-il celui-ci ?
11 Or les foules disaient :
‘Celui-ci est Jésus, / le prophète qui est de Nazareth en Galilée’. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Bien que séparée de Jérusalem par le Cédron, Bethphagé (Mt 21,1) faisait partie des faubourgs de la ville.
Jésus organise avec soin son entrée à Jérusalem : il veut entrer assis sur un ânon. Sa seigneurie se manifeste par l’obéissance immédiate des propriétaires de l’ânon.
Au Proche-Orient l’âne était une monture royale[1] ; Jésus ne cherche pas à s’afficher avec faste, mais à accomplir les prophéties aux yeux de la foule et aux yeux des autorités juives qui ne manqueront pas de remarquer son entrée. L’ânon est attaché comme dans l’oracle de Juda (Gn 49,11). L’ânon n’a jamais été monté, et la foule ne pouvait manquer de remarquer l’équipage de Jésus : en le saluant comme roi héritier de David, elle voit en lui le roi annoncé par Zacharie (Mt 21,5). L’ânon s’oppose au cheval de guerre, et c’est toute la prophétie qui vient à l’esprit : « Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. Il retranchera d’Ephraïm la charrerie et de Jérusalem les chevaux ; l’arc de guerre sera retranché. Il annoncera la paix aux nations. Son empire ira de la mer à la mer et du Fleuve aux extrémités de la terre » (Za 9,9-10).
Les disciples, sachant que Jésus est menacé de mort, n’ont pas envisagé de l’introniser comme roi. Et malgré l’enthousiasme du cortège, nous ne sommes pas dans la situation où un prétendant au trône rassemble autour de lui des foules pour l’investir de la royauté (1R 12,20), en effet, Jésus est déjà l’oint du Seigneur, comme il a été dit au moment de son baptême au Jourdain : « Et il vit l’Esprit de Dieu qui descendait comme une colombe et qui vint sur lui » (Mt 3,16). Jésus n’a besoin d’aucune autre onction que cette onction divine. Et c’est cette onction divine que la foule des disciples perçoit et acclame : « Hosanna dans les Hauteurs ! » (Mt 21,9).
« Hosanna ! » : de supplication en hébreu (« sauve-nous ! » Ps 118,25), hôšîʿâ-nnāʾ devient en araméen une acclamation de louange à cause de la délivrance (« Il sauve ! »). L’épisode n’est certes pas passé inaperçu à Jérusalem. L’atmosphère est joyeuse, c’est celle de ceux qui s’ouvrent à la présence mystérieuse qui les sauve.
Les foules se dédoublent entre ceux qui étendent leurs vêtements (donnant d’eux-mêmes) et ceux qui coupent des branches (v. 8).
Elles se dédoublent aussi entre - « les foules qui allaient devant lui », - et « celles qui venaient après lui » (v. 9), ce qui est l’attitude des disciples.
Le « Hosanna » se dédouble aussi. « Hosanna au Fils de David » (v. 9) se laisse facilement enfermer dans des conceptions préétablies. « Hosanna dans les Hauteurs ! » (v. 9) renvoie au lieu de l’indicible.
Ces dédoublements sont un signe qui présage des orientations diverses qui se manifesteront à l’heure de la condamnation et de la crucifixion de Jésus.
Quand Jésus entre à Jérusalem, toute la ville « fut agitée [verbe zāᶜ] » (Mt 21,10), ce verbe rappelle les grands moments de l’Exode. Notamment, après le passage de la mer, Moïse entonna un cantique et dit : « Les peuples ont entendu, ils frémissent [verbe zāᶜ], […] tant que passe ce peuple que tu t’es acheté » (Ex 15,14-15). Et le jour de la théophanie au Sinaï, « tout le peuple trembla [verbe zāᶜ], […] La montagne du Sinaï était toute fumante, parce que le SEIGNEUR y était descendu dans le feu […] et toute la montagne tremblait [verbe zāᶜ] violemment. » (Ex 19,16-18). Et, en effet, Jésus entre à Jérusalem comme Rédempteur (celui qui rachète), et meilleure que l’Alliance au Sinaï sera la nouvelle Alliance en son sang, bientôt versé pour la multitude.
L’acclamation « Hosanna ! » se retrouvera rapidement dans la liturgie eucharistique. Nous, nous sommes trop faibles pour élever notre cœur jusqu’à la hauteur de Dieu, et notre orgueil de vouloir le faire tout seul nous éloigne encore plus de Dieu. C’est pourquoi nous nous tournons vers Jésus pour recevoir son amour, nous confier en lui, et nous laisser conduire par lui – il nous donne la juste orientation et la force intérieure qui nous élève vers le haut.
Deuxième lecture (Ph 2, 6-11)
« Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers [le séjour des morts], et que toute langue proclame : ‘Jésus Christ est Seigneur’ à la gloire de Dieu le Père. » – Parole du Seigneur.
« Tout seuls, nous sommes trop faibles pour élever notre cœur jusqu’à la hauteur de Dieu. Nous n’en sommes pas capables. Justement l’orgueil de pouvoir le faire tout seuls nous tire vers le bas et nous éloigne de Dieu. Dieu lui-même doit nous tirer vers le haut, et c’est ce que le Christ a commencé sur la Croix. Il est descendu jusqu’à l’extrême bassesse de l’existence humaine, pour nous tirer en haut vers lui, vers le Dieu vivant. Il est devenu humble, nous dit la deuxième Lecture d’aujourd’hui. Ainsi seulement notre orgueil pouvait être surmonté : l’humilité de Dieu est la forme extrême de son amour, et cet amour humble attire vers le haut » (Benoît XVI, Homélie du dimanche des Rameaux, JMJ 2011).
2e émission Évangile de la Passion (Mt 26,14-46)
Traduction depuis la Pshitta, le texte liturgique des églises de langue araméenne, extrait de mon livre, Françoise Breynaert, « L’évangile selon saint Matthieu », Parole et Silence 2026.
Ouverture
« 14 Alors s’en alla l’un des Douze, qui était appelé Judas Iscariote[2], / chez les grands prêtres
15 et leur dit :
‘Que voulez-vous me donner, / et moi je vous le livre ?’
Ceux-ci, donc, lui fixèrent trente [pièces] d’argent. / 16 Dès lors, il se cherchait une occasion pour le livrer.
Perle 1 : Mt 26,17-46 Préparatifs, Eucharistie, Agonie
A – Préparatifs matériels par les disciples
17 Or, le premier jour des azymes[3], / les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent :
Où veux-tu que nous te préparions / pour que tu prennes le repas de la Pâque ?
18 Lui, donc, / leur dit :
Allez à la ville chez un tel / et dites-lui :
‘Notre Rabbi dit : / Mon temps est arrivé,
c’est chez toi que je ferai la Pâque, / avec mes disciples’.
19 Et ses disciples firent comme Jésus le leur avait commandé / et préparèrent la Pâque.
B - Mt 26,21-25 L’annonce de la trahison
20 Et quand ce fut le soir / il était attablé avec ses douze disciples.
21 Et tandis qu’ils prenaient le repas / il dit :
‘Amen, / je vous le dis :
l’un de vous / me livre.’
22 Et cela les attrista beaucoup, / et ils commencèrent à lui dire,
un par un : / ‘Serait-ce moi, Seigneur ?’
23 Or lui, il répondit / et dit :
‘Qui plonge sa main avec moi dans le plat, / c’est lui qui me livrera.
24 Et le Fils de l’homme s’en va / comme il est écrit de lui,
mais malheureux cet homme-là, / par qui le Fils de l’homme est livré,
il aurait mieux valu pour cet homme-là / qu’il ne soit pas né’.
25 Judas, le traître, répondit / et dit :
‘Serai-ce moi, / rabbi ?’
Jésus lui dit : / ‘C’est toi qui l’as dit’. »
Il ne suffit pas d’avoir eu un contact avec Jésus, en tant que l’un des Douze, pour être juste, il faut aussi le vouloir. De même, la Passion du Christ ne sauvera que les hommes qui veulent être sauvés.
La fête des azymes a lieu le lendemain de la Pâque, mais il fallait plusieurs jours pour purifier les maisons de tout levain, et l’on commençait donc à manger des azymes « le premier jour des azymes » (probablement le 10 Nisan). Il s’agit de préparer la Pâque, ce qui va advenir sera pour les uns, une défaite analogue à celle de pharaon, et pour les autres une libération analogue à celle d’Égypte.
Il est possible de faire le lien avec le récit des tentations de Jésus au désert où Jésus fut tenté par le diable. « Il jeûna durant 40 jours et 40 nuits, après quoi il eut faim. Et, s'approchant, le tentateur lui dit : "Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains." Mais il répondit : "Il est écrit : Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" » (Mt 4, 2-4). Or Judas a préféré l’argent (le pain) à Dieu. Judas sans doute aussi espère-t-il de Jésus une fuite juste à temps, ou un coup d’éclat, autrement dit : il tente Dieu, contrairement à Jésus qui sut répondre à Satan : « ‘Il est dit : Tu ne tenteras point le SEIGNEUR, ton Dieu’ » (Mt 4, 7).
C - Mt 26,26-29 Institution de l’Eucharistie
« 26 Tandis donc qu’ils prenaient le repas,
Jésus prit du pain / il bénit et rompit,
et le donna à ses disciples / et dit :
‘Prenez, mangez, / ceci est mon corps.’
27 Et il prit une coupe / et rendit grâces,
et leur donna / et dit :
‘Prenez, buvez-en, / vous tous,
28 ceci est mon sang, celui de la Nouvelle Alliance, / qui pour beaucoup est versé en rémission des péchés.
29 Or, je vous le dis :
Je ne boirai plus, désormais, / de ce rejeton de la vigne,
jusqu’au jour où je le boirai avec vous, nouveau, / dans le royaume de mon Père’. »
Le sang de l’Alliance se réfère à la première Alliance au Sinaï : « Moïse, ayant pris le sang, le répandit sur le peuple et dit : ‘Ceci est le sang de l'Alliance que le Seigneur a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses’ » (Ex 24, 8).
Le sang est versé pour « beaucoup » : l’araméen « saggīe » signifie « beaucoup » et non pas « tous » : tous peuvent recevoir le salut mais ce n’est pas automatique, aussi le sang sera-t-il « seulement » pour « beaucoup », pour « une multitude ».
Jésus sait qu’il va mourir (« je ne boirai plus »), mais il évoque aussi sa résurrection et son règne sur la terre lors de son retour glorieux comme le suggère la perspective du « royaume de mon Père ». Les Saints Mystères (l’Eucharistie) se célèbrent dans la bienheureuse espérance du second avènement du Seigneur Jésus. Vous savez, les musulmans ne croient pas que Jésus ait sauvé le monde, et ils s’abstiennent de vin. Mais les chrétiens boivent du vin parce qu’ils croient que Jésus est ressuscité, le vin eucharistique. En même temps qu’un récit de l’institution eucharistique, c’est le sens de la Passion qui est ici donné.
B’ Mt 26,30-35 Annonce de la dispersion et des reniements
« 30 Et ils rendirent gloire, / et sortirent pour le Mont des Oliviers.
31 Alors, / Jésus leur dit :
‘Vous tous, / vous vous scandaliserez à cause de moi, cette nuit même.
Il est écrit en effet :
‘Je frapperai le berger / et les brebis de son troupeau seront dispersées.’
32 Mais lorsque je serai relevé, / je vous précéderai en Galilée.’ »
Le matin de Pâques, quelques femmes retournent au sépulcre pour savoir si elles ont rêvé, ou pour confirmer leur témoignage. Jésus apparaît en venant à leur rencontre et il leur parle du rendez-vous en Galilée (Mt 28,6-10). Cette invitation en Galilée, les apôtres pouvaient la reconnaitre : Jésus l’avait annoncé dans l’intimité du dernier repas avec les Douze (Mt 26,32), ce que les femmes n’avaient pas entendu, et ne pouvaient inventer, les apôtres, eux, pouvaient y voir un signe convainquant.
« 33 Pierre répondit / et lui dit :
‘Même si tous / se scandalisent à cause de toi,
moi, jamais, / je ne me scandalise à cause de toi.
34 Jésus lui dit :
‘Amen, / je te le dis :
Cette nuit même, avant que ne chante le coq, / trois fois tu me renieras.’
35 Pierre lui dit :
‘Même s’il me faut mourir avec toi, / je ne te renie pas !’
Et tous les disciples dirent / aussi de même. »
A’ - Mt 26,36-46 L’agonie de Jésus au jardin
« 36 Alors Jésus vint avec eux à un endroit appelé Gethsémani, / et dit à ses disciples :
‘Asseyez-vous ici, / pendant que j’irai prier.’
Et il emmena Pierre / et les deux fils de Zébédée,
et il commença à devenir sombre / et à souffrir.
38 Et il leur dit :
‘Elle est triste, mon âme, / jusqu’à la mort.
Demeurez ici pour moi, / et veillez avec moi.’
39 Et il s’éloigna un peu / et il tomba sur sa face :
il priait / et disait :
‘Mon Père,
s’il est possible, / que passe loin de moi cette coupe !
Cependant non pas comme je veux, moi, / mais comme toi [tu veux] !’
40 Et il vint auprès de ses disciples, / et les trouva endormis,
et dit à Pierre :
‘Ainsi vous n’avez pas été capables, une seule heure, de veiller avec moi ?
41 Tenez-vous éveillés et priez, / afin que vous n’entriez pas dans l’épreuve-tentation. [Le geste, que l’on reprendra dans la proclamation orale, est celui de se tenir debout, les mains levées vers le ciel].
L’Esprit est bien disposé,[4] / mais le corps est faible !’ [Bien disposé, c’est un écho à la salle du cénacle qui était bien disposée. Il s’agit maintenant de préparatifs spirituels]
42 De nouveau, / il s’en alla,
pour la deuxième fois, il pria / et dit :
‘Mon Père,
s’il n’est pas possible que cette coupe passe sans que je la boive, / que ta volonté soit !’
43 Et il revint, / et les trouva endormis,
leurs yeux, en effet, / étaient lourds.
44 Il les laissa, / et s’en alla de nouveau,
et il pria pour la troisième fois, / et dit la parole.
45 Alors il vint vers les disciples / et leur dit :
‘Dormez donc, / et reposez-vous !
Voici : / l’heure est arrivée !
Et le Fils de l’homme / est livré aux mains des pécheurs.
46 Levez-vous ! / Allons-nous-en !
Voici qu’est arrivé / celui qui me livre !’ »
3e émission – Première lecture et Évangile de la Passion.
Première lecture (Is 50, 4-7)
« Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. » – Parole du Seigneur.
Évangile (Mt 26, 47-75)
Traduction depuis la Pshitta, le texte liturgique des églises de langue araméenne, extrait de mon livre, Françoise Breynaert, « L’évangile selon saint Matthieu », Parole et Silence 2026.
Perle 2 L’arrestation
« 47 Tandis qu’il parlait,
voici que Judas le traître, l’un des douze, / arriva,
et, avec lui, / une foule nombreuse,
avec des sabres / et des bâtons,
de chez les grands prêtres / et les anciens du peuple.
48 Et il leur avait donné un signe, Judas le traître, / et dit :
‘Celui à qui je donnerai un baiser, / c’est lui, saisissez-le !’
‘Salut, rabbi !’ / et il lui donna un baiser.
50 Or, lui, Jésus, / il lui dit :
‘C’est pour cela que tu es venu, / mon compagnon ?’
Alors, / ils s’approchèrent,
ils jetèrent leurs mains sur Jésus, / et se saisirent de lui.
––––
51 Et voici, / un de ceux qui étaient avec Jésus,
étendit sa main / et tira un sabre,
frappa le serviteur du Grand Prêtre / et lui emporta l’oreille.
52 Alors, / Jésus lui dit :
‘Fais revenir le sabre / à sa place ;
car tous ceux qui prennent les glaives / mourront par les glaives.
53 Ou bien penses-tu / que je ne sois pas capable de demander à mon Père ?
Et il lèverait pour moi, maintenant, / plus de douze légions d’anges !
54 Comment donc les Écritures seraient accomplies / : il convient qu’il en soit ainsi ?
––––
55 En cette heure-là, / Jésus dit aux foules :
‘Comme pour un bandit, vous êtes sortis avec des sabres et des bâtons, / pour me saisir !
Chaque jour, auprès de vous dans le Temple, j’étais assis et j’enseignais, / et vous ne m’avez pas saisi !
56 Mais ce qui est arrivé, / c’est pour que soient accomplis les écrits des prophètes !’
Alors, tous les disciples le lâchèrent / et s’enfuirent. »
Dans sa majesté de Fils, Jésus domine constamment la situation. Il refuse le secours violent de ses disciples (v. 52) et même le secours de son Père (v. 53) parce qu’il a accepté de souffrir de la part des hommes et en faveur des hommes.
La troupe menée par Judas n’a pas besoin de se servir « des sabres et des bâtons » pour « saisir » Jésus, il a suffi de pervertir le langage « salut, rabbi ! » et les signes « il lui donna un baiser » : la communication, verbale et gestuée, est mise au service de la violence (v. 47-49). Jésus ramène aussitôt la parole à son juste niveau : « C’est pour cela que tu es venu, mon compagnon ? » (v. 50).
Perle 3 Chez Caïphe
A - Mt 26,57-58
« 57 Ceux qui s’étaient saisis de Jésus, / l’emmenèrent chez Caïphe le Grand Prêtre,
là où les scribes et les anciens / s’étaient réunis.
58 Or Simon Pierre allait à sa suite de loin, / jusqu’à la demeure du Grand Prêtre,
et il entra s’asseoir à l’intérieur avec les gardes, / pour voir la fin. »
B - Mt 26,59-61
« 59 Or les grands prêtres et les anciens, et l’assemblée entière, / cherchaient contre Jésus
des témoins pour le faire mourir ; / 60 et ils n’en trouvèrent pas.
Et ils en vinrent beaucoup / des témoins de mensonges !
Finalement deux s’approchèrent / 61 et disaient :
‘Celui-là / a dit :
Je suis capable de démolir le Temple de Dieu, / et en trois jours le rebâtirai.’
62 Le Grand Prêtre se leva / et lui dit :
‘Tu ne retournes aucune réponse ? / De quoi témoignent contre toi ceux-ci ?’
63 Jésus cependant, / était silencieux. »
La comparution de Jésus a commencé alors même qu’aucune accusation contre lui n’est encore définie, on en est seulement à chercher un motif d’accusation. Ce qui a l’allure d’un procès en bonne et due forme est donc vicié dès le départ. On cherche des témoins non pas pour entendre des paroles vraies, mais pour entendre des paroles utiles en vue d’un but préétabli.
La procédure semble correcte : on demande à Jésus de répondre aux témoignages portés contre lui (v. 62), mais il n’y a là que l’apparence d’une forme juridique. Qu’ils disent vrai ou qu’ils disent faux, il ne s’agit pas de témoignages dans lesquels un locuteur engage sa parole et des auditeurs engagent leur écoute (cf. v. 4). Jésus reste silencieux (v. 63) : ce faisant, il fait échouer cette étape du procès qui ne méritait pas le nom d’une procédure juridique.
C - Mt 26,62-66
« Le Grand Prêtre répondit / et lui dit :
‘Je t’adjure / par le Dieu vivant
de nous dire si c’est toi / le Messie, le Fils de Dieu !’
64 Jésus lui répondit : / ‘Toi, tu l’as dit !’
Mais je vous dis : / à partir de maintenant, vous verrez le Fils de l’homme
qui siège à la droite de la Puissance / et qui vient sur les nuées du ciel.
65 Alors le Grand Prêtre déchira ses vêtements / et dit :
‘Voici : il a blasphémé ! / Qu’avons-nous dès lors besoin de témoins ?
Voici : maintenant, / vous avez entendu son blasphème !
66 Donc, / que voulez-vous ?’
Ils répondirent en disant : / ‘Il doit mourir’. »
Au grand prêtre qui interroge Jésus au présent (« nous dire si c’est toi »), Jésus répond « vous verrez », au futur, ce qui appelle une écoute capable de croire celui qui parle. Et ce qui sera donné à voir, tout en étant dans l’ordre humain, « le Fils de l’homme », dépasse la simple perception des sens : « qui siège à la droite de la Puissance » (v. 64). Une telle parole doit d’autant plus être reçue dans la confiance. Vous verrez, mais vous devez vous fier à moi ! Et Jésus s’apprête à signer par son martyre la parole qu’il donne à croire.
Qui peut juger le monde sinon le seul qui soit innocent ? Jésus est le Fils de l’homme qui reviendra sur les nuées du ciel pour juger le monde et établir son règne, selon la prophétie de Daniel (Dn 7,13).
B’ - Mt 26,67-68
« 67 Alors ils lui crachèrent au visage, / et le giflaient,
d’autres enfin le frappaient / et disaient :
68 ‘Prophétise pour nous, Messie : / qui est-ce qui t’a frappé !’ »
A’ - Mt 26,69-75
« 69 Pierre, donc, / était assis dehors dans la cour.
Et s’approcha de lui une servante, / et elle lui disait :
‘Toi aussi, / tu étais avec Jésus, le Nazaréen !’
70 Mais, lui, il nia devant eux tous, / et dit :
‘Je ne sais pas… / ce que tu dis !’
71 Et, étant sorti vers le portail,
une autre le vit / et leur disait :
‘Il était là-bas, celui-ci aussi, / avec Jésus, le Nazaréen !’
72 De nouveau, / il nia avec serments :
‘Je ne connais pas l’homme !’
73 Or peu après,
s’approchèrent ceux qui se tenaient là, / et dirent à Pierre :
‘Vraiment, toi aussi, / tu es des leurs !
Même ta façon de parler, en effet, / te fait connaître.’
74 Alors il commença à jurer / et à prêter serment :
‘Je ne connais pas l’homme !’
Et, sur l’heure, / le coq chanta.
75 Et Pierre se souvint de la parole de Jésus, / qui lui dit :
‘Avant que le coq ne chante, / trois fois tu m’auras renié.’
Et il sortit au-dehors, / et il pleura amèrement. »
Encore sous le choc de l’arrestation de Jésus, placé dans une situation violente et injuste, et soumis au feu roulant de remarques déstabilisatrices, Pierre renie trois fois, tout en cherchant à s’éloigner et à sortir (v. 71 et v. 75) soit pour éviter les occasions de renier, soit pour éviter le risque d’être arrêté à son tour. Ses reniements vont en s’aggravant jusqu’au serment. Mais le chant du coq interrompt cette pente infernale. Grâce à ce chant du coq, il finit par se souvenir des paroles de Jésus, et il ne désespère pas.
4e émission – fin de l’Évangile (Mt 27,1-66) et Psaume
Traduction depuis la Pshitta, le texte liturgique des églises de langue araméenne, extrait de mon livre, Françoise Breynaert, « L’évangile selon saint Matthieu », Parole et Silence 2026.
Perle 4, chez Pilate
1e) Mt 27,1-10 Jésus livré à Pilate ; mort de Judas.
« 27,1 Or, quand ce fut le matin, / ils tinrent conseil contre Jésus,
tous les grands prêtres et les anciens du peuple, / pour le faire mourir.
2 Puis ils l’enchaînèrent, / ils l’emmenèrent,
et le livrèrent à Pilate / le gouverneur.
–––
3 Alors Judas le traître, lorsqu’il vit que Jésus était condamné, / se repentit.
Il s’en alla rapporter ces trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens, / 4 et dit :
‘J’ai péché, / car j’ai livré un sang innocent [vainqueur]’.
Or eux, / ils lui dirent :
‘Que nous importe ! / Toi tu sais !’
[L’adjectif zakāyā signifie à la fois « innocent » et « vainqueur ». Judas a bien voulu rendre l’argent et tenter de revenir en arrière de la condamnation de Jésus, mais il ne s’est pas repenti de son idée d’un messianisme politique, dont la réussite aurait aussi été la sienne. Judas demande en effet son salut aux institutions juives et non pas à Jésus dont il ne croit pas la miséricorde créatrice].
5 Et il jeta l’argent dans le Temple, / et se retira.
Et il s’en alla / se pendre.
6 Les grands prêtres prirent donc l’argent / et dirent :
‘Il n’est pas autorisé de le verser dans le Trésor, / puisque c’est le prix du sang.’
7 Et ils tinrent conseil / et achetèrent avec cette somme
le terrain du potier / pour la sépulture des étrangers.
8 C’est pourquoi ce terrain est appelé / ‘champ du sang’, jusqu’à aujourd’hui.
9 Alors fut accomplie une chose qui avait été dite par le prophète, / qui dit :
J’ai pris les trente pièces d’argent, prix splendide, / que les fils d’Israël ont convenu
10 et je les ai données pour le terrain du potier / comme le SEIGNEUR me l’a ordonné. »
2) Mt 27,11-19 Pilate tente de libérer Jésus
« 11 Or lui, Jésus, / se tint debout devant le gouverneur.
Le gouverneur l’interrogea et lui dit : / ‘Est-ce toi le roi des Juifs ?’
Jésus lui dit : / ‘Toi, tu l’as dit’.
12 Mais tandis que les grands prêtres et les anciens / l’accusaient,
lui, / n’a retourné aucune réponse.
13 Alors, / Pilate lui dit :
‘N’entends-tu pas / comme ils témoignent contre toi ?’
14 Et il ne lui donna aucune réponse, / pas même un mot.
Et, de cela, / il fut très étonné.
15 Or, à chaque fête,
le gouverneur avait coutume de libérer pour le peuple un prisonnier / celui qu’eux voulaient.
16 Or, pour eux, était emprisonné un prisonnier célèbre / qui était appelé Bar-Abba.
17 Pendant qu’ils étaient rassemblés, / Pilate leur dit :
‘Qui voulez-vous / que je vous libère ?
Bar-Abba / ou bien Jésus qui est appelé Messie ?
18 Car Pilate savait que c’était par envie / qu’ils l’avaient livré.
19 Or, lorsque s’assit le gouverneur à son tribunal, / sa femme lui envoya dire :
‘Pas entre toi / et ce juste !
car j’ai beaucoup souffert / dans mon songe aujourd’hui à son sujet !’ »
3) Mt 27,20-31 Pilate se lave les mains ; outrages des soldats
« 20 Or les grands prêtres et les anciens / persuadèrent les foules
de demander Bar-Abba / mais de faire périr Jésus.
21 Le gouverneur répondit / et leur dit :
‘Lequel des deux voulez-vous / que je vous libère ?’
Or, eux, ils dirent : / ‘Bar-Abba !’
22 Pilate leur dit :
‘Et de Jésus qui est appelé Messie, / que ferai-je de lui ?’
Ils dirent tous : / ‘Qu’il soit crucifié[5] !’
23 Le gouverneur[6] leur dit :
‘Qu’a-t-il donc fait de mal ?’
Mais eux crièrent davantage / et dirent :
‘Qu’il soit crucifié !’
–––
24 Or Pilate, lorsqu’il vit qu’il n’y gagnait rien, / mais plutôt qu’il y avait davantage de tumulte,
prit de l’eau, se lava les mains aux yeux de la foule / et dit :
‘Je suis purifié du sang de ce juste, / vous le saurez !’
25 Tout le peuple répondit / et dit :
‘Son sang : sur nous / et sur nos enfants !’
26 Alors, / il leur libéra Bar-Abba.
Et il fit torturer Jésus / avec des fouets
et le livra / pour qu’il soit crucifié.
–––
27 Alors, les soldats du gouverneur / emmenèrent Jésus au prétoire,
et rassemblèrent autour de lui / toute la cohorte.
28 Ils le dévêtirent / et le vêtirent d’une chlamyde écarlate[7].
29 Ils tressèrent une couronne d’épines, / qu’ils posèrent sur sa tête ;
et un roseau dans sa main droite, / ils s’agenouillaient sur leurs genoux, devant lui.
Et ils se moquèrent de lui, / en disant :
‘Salut, / roi des Juifs !’
30 Ils lui crachèrent au visage, / et ils prirent le roseau et le frappaient sur sa tête.
31 Et lorsqu’ils se furent moqués de lui,
ils le dévêtirent de la chlamyde, / et le revêtirent de ses habits,
et l’emmenèrent / pour qu’il soit crucifié ».
Les grands prêtres et les anciens ont poussé les foules à demander la relâche de Barrabas, c’est-à-dire à opter pour une posture insurrectionnelle, subversive, révolutionnaire, qui continuera encore longtemps. Le nom Barrabas, Bar-Abba : « fils du père » suggère la contrefaçon du Christ.
Perle 5. Mt 27,32-66 Montée au calvaire, mort et ensevelissement
- Mt 27,32-38 L’arrivée au calvaire
« 32 Et, en sortant,
ils trouvèrent un homme cyrénéen, / de son nom Simon ;
ils forcèrent celui-ci / à porter sa croix.
33 Et ils arrivèrent au lieu qui est appelé : / Golgotha ;
ce qui s’interprète : / le Crâne.
34 Et ils lui donnèrent à boire du vinaigre, / mêlé de fiel.
Il goûta, / mais ne voulut pas boire.
[Le fiel est évoqué dans le psaume 68 (69),22. Si le fiel est simplement présent pour aider, par son amertume, à saliver, il peut au contraire irriter les lèvres blessées de Jésus.]
35 Et, lorsqu’ils l’eurent crucifié, / ils partagèrent ses habits au sort.
36 Et ils étaient assis, / et ils le gardaient là-bas.
37 Et ils posèrent, au-dessus de sa tête, / le motif de sa mort sur un écriteau :
Celui-ci est : / Jésus, le roi des Juifs.
38 Et furent crucifiés, avec lui, / deux bandits ;
l’un à sa droite, / l’autre à sa gauche. »
- Mt 27,39-45 Les tentations du Christ au calvaire
« 39 Or, ceux qui passaient, / blasphémaient à son encontre.
et ils hochaient la tête, / 40 en disant :
‘Le renverseur du Temple, / et son bâtisseur en trois jours,
délivre-toi, si tu es le Fils de Dieu, / et descend de la croix !’
41 De même aussi, les grands prêtres / se moquaient,
avec les scribes, les anciens et les Pharisiens, / en disant :
42 ‘Il en a vivifié d’autres, / il n’est pas capable de se vivifier !
S’il est le roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix / et nous croirons en lui !
43 Il s’est confié en Dieu, / que Dieu le délivre maintenant s’il se complaît en lui !
Il a dit en effet : / ‘Je suis Fils de Dieu !’
44 De même aussi / ces bandits qui avaient été crucifiés avec lui,
l’outrageaient.
45 À partir de la sixième heure, donc, / ce furent les ténèbres sur toute la terre, / jusqu’à la neuvième heure. »
Au désert, Satan l’Accusateur disait à Jésus : « Si tu es le Fils de Dieu… » (Mt 4, 3). Au calvaire, à travers les accusateurs de Jésus, Satan réitère ses trois tentations. Or seul un faux prophète se sert des signes dans son propre intérêt, et seuls les hypocrites sont tentés de réclamer un tel miracle, mais Jésus ne se sauve pas lui-même.
- Mt 27,46-50 La mort de Jésus
« 46 Et aux alentours de la neuvième heure…
Jésus cria d’une voix forte, / et dit :
‘Ēl, Ēl, / pourquoi m’as-tu laissé ?’
47 Certains cependant de ceux qui se tenaient là, / lorsqu’ils entendirent,
disaient : / ‘Celui-ci a appelé Élie !’
48 Et, sur l’heure, l’un d’eux courut, / prit une éponge et la remplit de vinaigre,
la fixa sur un roseau / et lui donna à boire.
49 Mais les autres disaient : / ‘Laissez !
Nous verrons / si Élie vient pour le sauver !’
50 Or, lui, Jésus,
de nouveau cria d’une voix forte / et laissa son esprit[8] ».
Le cri de Jésus « Ēl, Ēl, lmānā šḇaqtan ! » (v. 34) est une citation du psaume 22,1.
« Ēl, Ēl » : Jésus ne parle pas ici le syriaque ou l’araméen que nous connaissons, où « mon Dieu » se dirait « alāhy » et Elie se dirait « īlīā ». Nous avons « Ēl » (Dieu…) et Jésus a donc entonné le psaume 22 en hébreu qui commence « Eli, Eli… » (mon Dieu…), ce qui explique le malentendu avec le prophète Élie.
« lmānā šḇaqtan » est de l’araméen et signifie « pourquoi m’as-tu laissé » ou « jusqu’où me laisses-tu tomber », sous-entendu jusqu’au séjour des morts pour leur annoncer la bonne nouvelle, cf. Jn 5,25.
« Pourquoi m’as-tu laissé ? » La douleur de cette agonie spirituelle fait partie du prix de la rédemption. Tout être humain dans la détresse pourra utiliser la prière de Jésus, se l’approprier, et en être vivifié, c’est cela l’œuvre de la rédemption.
- Mt 27,51-53 Voile déchiré et rochers fendus
« 51 Et aussitôt le voile du Temple / fut déchiré en deux,
du haut / jusqu’en bas.
Et la terre fut ébranlée / les rochers se fendirent,
52 et les tombeaux / furent ouverts,
et beaucoup de corps de saints qui gisaient / ressuscitèrent 53 et sortirent,
et, après sa résurrection, / ils entrèrent dans la ville sainte, et se firent voir à beaucoup ».
Matthieu a placé cet événement au centre du septénaire. Le voile « fut déchiré » et la forme verbale au passif suggère que Dieu en est l’agent. La présence divine, qui jadis voulait être cachée derrière un voile, vient de déchirer ce voile. C’est donc que Dieu est désormais visible… Où ? Sur le calvaire, en son Fils qui vient de donner sa vie.
- Mt 27,54-56 Les témoins de la mort
« 54 Or le centurion et ceux qui avec lui gardaient Jésus, / lorsqu’ils virent le tremblement de terre et ce qui arriva,
furent saisis d’une grande crainte / et dirent :
‘Vraiment, / celui-ci était le Fils de Dieu !’
55 Or il y avait là aussi, de nombreuses femmes / qui regardaient à distance,
celles-là qui étaient venues à la suite de Jésus depuis la Galilée / et qui le servaient,
56 entre autres : Marie la Magdalène, / Marie la mère de Jacques et de José[9], / et la mère des fils de Zébédée. »
- Mt 27,57-61 L’ensevelissement
« 57 Or, quand ce fut le soir, / vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph,
qui, lui aussi, / était devenu disciple de Jésus
58 Celui-ci se présenta chez Pilate / et demanda le corps de Jésus,
et Pilate ordonna / que lui soit donné le corps.
59 Et Joseph prit le corps / l’enveloppa dans une pièce de lin pur,
60 et le déposa dans son tombeau neuf / qui était creusé dans le roc.
Puis on roula une grande pierre / et on la mit à la porte du tombeau,
et on s’en alla.
61 Or il y avait là / Marie la Magdalène et l’autre Marie,
qui étaient assises / en face du sépulcre ».
La mort de Jésus accomplit sa mission rédemptrice par la bonne nouvelle aux défunts, Jésus annonce la bonne nouvelle aux habitants du séjour des morts, à Adam, etc. Cf. Catéchisme de l’Église catholique § 634-635[10].
- Mt 27,62-66 Les vigiles
« 62 Or le lendemain du vendredi,
les grands prêtres et les Pharisiens se réunirent chez Pilate / 63 et lui disaient :
"Seigneur, / nous nous sommes souvenus
que cet imposteur avait dit de son vivant : ‘Après trois jours, je me relève’.
64 Ordonne, par conséquent, que soit surveillé le sépulcre, / jusqu’au troisième jour,
de peur que ne viennent les disciples / le volent la nuit,
et disent au peuple : / ‘Il s’est relevé d’entre les morts !’
Et la dernière tromperie / serait pire que la première."
65 Pilate leur dit : / ‘vous avez des vigiles
Allez ! / Assurez-vous selon ce que vous savez !’
66 Or, eux, ils s’en allèrent, / assurèrent le sépulcre,
et ils scellèrent cette pierre-là / par les vigiles ».
Psaume (Ps 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a)
« Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête :’ Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre ! Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami !’ Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure. Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os. Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide ! Tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le Seigneur ».
[1] La Bible d’Alexandrie, Cerf 2007, volume 23,10-11, p. 303
[2] sḵaryūṭā (skr) ne peut pas venir de syqrariws (sqr) qui dérive du latin sica : sicaire, donc zélote. Il faut plutôt comprendre « l’homme de Keryot », village au sud d’Hébron.
[3] qaḏmāyā d-paṭīre : « premier jour des azymes » (Pshitta et SyrS). (Pour dire « le jour précédant les azymes » on s’attendrait à : qaḏīmāyā men paṭīre).
[4] Même verbe en Mt 26,19. La perle forme ainsi une inclusion.
[5] Verbe « zqap » qui signifie d’abord suspendre, donc crucifier, avec une nuance d’élévation.
[6] La Pshitta de Mossoul a « Pilate » au lieu de « le gouverneur ».
[7] La chlamyde est un manteau militaire : un manteau court, fendu et agrafé sur l’épaule. Par exemple saint Martin en avait. L’écarlate est une couleur produite par un papillon vivant sur un chêne (kermes) : carmin, cramoisis, vermillon, écarlate. SyrS omet « dévêtirent » et remplace « chlamyde » par un « habit ».
[8] SyrS : « son esprit monta [sleqt rūhā] » (Mt 27,50), cf. commentaire.
[9] SyrS omet « entre autre » et donne « Marie fille de Jacques et mère de Joseph », Cf. le commentaire, qui suggère que SyrS s’éloigne d’une connaissance précise des liens familiaux.
[10] Cf. BREYNAERT, Françoise, La bonne nouvelle aux défunts, nouveau paradigme de la théologie des religions, Via romana, Versailles, 2014 (Préface Mgr Minnerath).
Date de dernière mise à jour : 22/01/2026