7° dimanche - Temps Ordinaire

Première lecture (Lv 19, 1-2.17-18)

« Le Seigneur parla à Moïse et dit : « Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël. Tu leur diras : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur. Mais tu devras réprimander ton compatriote, et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui. Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur. »

Commençons par situer ce passage dans l’histoire d’Israël.

Quand les tribus nomades des Hébreux se sont sédentarisées, elles ont fait un effort pour assimiler les techniques agricoles des Cananéens, avec leurs corollaires religieux. La fête des pains sans levain est empruntée à la fête cana­néenne de la récolte de l’orge, de même la fête des semaines (après la récolte du blé), et la fête des huttes est empruntée à la fête cananéenne de la vendange. Mais justement, si l’ont pouvait fêter moissons et vendanges pour remercier le Créateur et exprimer la conscience que toute nourriture est un don de Dieu, il n’était pas possible d’assimiler les attitudes magiques et les rites occultes cananéens avec leur corollaires de sacrifices d’enfants et de prostitutions dites sacrées. Il y a donc eu, avant l’avènement de la royauté d’Israël, un « credo » original et irréductible par rapport auquel on se sentait pécheur. Le péché se définit par rapport à l’Alliance. Les tribus se sont unies en un royaume parce qu’elles étaient d’abord unies autour d’un Credo. Chaque péché, chaque excès dans l’assimilation aux Cananéens, fut l’objet d’un avertissement divin, par exemple, une défaite militaire, la parole d’un charismatique qui prépare les gens à demander et à recevoir le pardon de Dieu pour une reprise d’Alliance, afin d’amener ensuite une meilleure compréhension de l’ordre divin. Et cela dura encore au temps de la royauté.

On voit par exemple le prophète Nathan corriger le roi David. « 1 Yahvé envoya le prophète Natân vers David. Il entra chez lui et lui dit: "Il y avait deux hommes dans la même ville, l'un riche et l'autre pauvre. 2 Le riche avait petit et gros bétail en très grande abondance. 3 Le pauvre n'avait rien du tout qu'une brebis, une seule petite qu'il avait achetée. Il la nourrissait et elle grandissait avec lui et avec ses enfants, mangeant son pain, buvant dans sa coupe, dormant dans son sein: c'était comme sa fille. 4 Un hôte se présenta chez l'homme riche qui épargna de prendre sur son petit ou gros bétail de quoi servir au voyageur arrivé chez lui. Il vola la brebis de l'homme pauvre et l'apprêta pour son visiteur." 5 David entra en grande colère contre cette homme et dit à Natân: "Aussi vrai que le Seigneur est vivant, l'homme qui a fait cela est passible de mort! 6 Il remboursera la brebis au quadruple, pour avoir commis cette action et n'avoir pas eu de pitié." 7 Natân dit alors à David: "Cet homme, c'est toi! Ainsi parle Yahvé, Dieu d'Israël: Je t'ai oint comme roi d'Israël, je t'ai sauvé de la main de Saül, 8 je t'ai livré la maison de ton maître, j'ai mis dans tes bras les femmes de ton maître, je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda et, si ce n'est pas assez, j'ajouterai pour toi n'importe quoi. 9 Pourquoi as-tu méprisé le Seigneur et fait ce qui lui déplaît? Tu as frappé par l'épée Urie le Hittite, sa femme tu l'as prise pour ta femme, lui tu l'as fait périr par l'épée des Ammonites ». (2Samuel 12, 1-9) qui illustre très bien la lecture de ce dimanche : « Mais tu devras réprimander ton compatriote, et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui ». Le prophète Nathan l’a fait sans colère, avec sagesse, d’une manière habile pour faire réfléchir David et l’amener à se repentir.

« Le Seigneur parla à Moïse et dit : « Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël. Tu leur diras : Soyez saints [qaddīšin], car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint [qaddīšā] » (Lv 19, 1-2.17-18)

Dieu est le pur, aucune tâche de mal n’est en lui ; Dieu est qaddīšā (Lv 19, 2), et dans le Notre Père, c’est cette racine que l’on retrouve dans « que ton nom sanctifié » (Lc 11, 2) ; Et Jésus est saint parce qu’il est conçu par l’action de « l’Esprit Saint rūḥā d-qūḏšā ».

Lors de l’Annonciation à Joseph, « l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : "Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint elle enfantera un fils, et elle l'appellera du nom de Jésus : car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés." » (Matthieu 1, 20-21)

Dans l’évangile de Luc, Jésus dit :

« 3b. Si ton frère pèche, / reprends-le ;
et, s’il se convertit, / p
ardonne-lui !

4. Et si, sept fois dans la journée, il t’offense / et sept fois dans la journée, il revient à toi,
et te dit : ‘Je me convertis !’ / Pardonne-lui ! » (Lc 17, 3-4).

Tout d’abord, Jésus le cas « Si ton frère pèche… » (Lc 17, 3), implicitement ce péché est défini contre « la Loi » et non pas comme une offense « contre toi », ce qui sera le cas au verset suivant. Et Jésus ordonne : « reprends-le ! » (Lc 17, 3), comme il est écrit : « Tu n’auras pas dans ton coeur de haine pour ton frère. Tu dois réprimander ton compatriote et ainsi tu n’auras pas la charge d’un péché. Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple » (Lv 19, 17-18).

Jésus dit ensuite : « Et si, sept fois dans la journée, il t’offense [racine skl] et sept fois dans la journée, il revient à toi, et te dit : ‘Je me convertis !’ Pardonne-lui ! » (Lc 17, 4). Dans la langue parlée, « quelle sakloutâ : quelle bêtise, quelle idiotie ! » Jésus évoque ici une faute commise par ignorance, et non pas par malice. Ainsi, puisqu’il s’agit d’ignorance, cela exige l’indulgence : « Pardonne-lui ! ».

« Tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple » (Lv 19, 18).

Psaume Ps 102 (103)

« Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être !

Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés ; comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint ! » (Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 8.10, 12-13)

Chers auditeurs, plus encore que d’air pur, nous avons besoin de beauté, de sainteté. À toujours écouter ou lire des histoires de corruption, vous allez vous rendre malade, vous intoxiquer, à moins que le don des larmes ne vous lave. Il vous faut louer le Seigneur. La liturgie est nécessaire. La liturgie est nécessaire à l’homme, pour sa vie intérieure, pour sa noblesse et sa respiration intérieure. Parce que nous sommes faits pour la beauté du Ciel, pour la gloire divine, pour la splendeur de la gloire de Dieu.

Le psaume dit : « n’oublie aucun de ses bienfaits ! » Si ta mémoire est remplie d’actions de grâces, il n’y a pas de place pour la rancune et la dépression. Il n’y a pas de place pour les esprits mauvais si la maison de ton cœur est remplie de la louange de Dieu.

Nous lisons dans « le livre du Ciel » de Luisa Piccarreta :

« Ma fille, si tu ne fais pas toute ta ronde dans nos œuvres et dans celles de la Reine du Ciel… Sais-tu ce que signifie parcourir la Création et tout ce qui nous appartient ? Cela veut dire aimer, apprécier et posséder nos œuvres, et je ne serais pas pleinement heureux si je voyais que la petite fille de ma Volonté ne possède pas ce que je possède, qu’elle n’a pas conscience et ne jouis pas de toutes mes richesses. Je trouverais bien des vides en toi, qui ne sont pas en moi – des vides d’amour total, des vides de lumières, des vides de pleine connaissance des œuvres de ton Créateur. Ton bonheur ne serait pas complet, et ne trouvant pas en toi la plénitude de toutes choses, je ressentirais tes vides et ton bonheur incomplet. De la même manière, si notre Maman Reine ne voyait pas que tu possèdes ses mers de grâces, elle sentirait que sa petite fille n’est pas totalement riche, ni heureuse. Ma fille, avoir comme vie une seule et unique Divine Volonté et ne pas posséder les mêmes choses, cela ne se peut. Où qu’elle règne, la Divine Volonté veut posséder tout ce qui lui appartient. Elle ne veut aucune disparité. Par conséquent, tu dois posséder en toi ce qu’elle possède en moi et dans la Vierge Reine, et ta ronde dans toutes ses œuvres sert de confirmation de son règne en toi. De plus, ne sais-tu pas toi-même combien de choses tu apprends en parcourant toutes les œuvres de mon Fiat suprême ? Tout ce qu’il te manifeste, il veut que tu le possèdes. Si celui qui vit dans notre Volonté ne possédait pas tous nos biens, il en serait comme d’un père qui est riche et heureux tandis que son fils ne profite pas de toutes ses richesses et n’est pas heureux comme lui. Ce père ne sentirait-il pas que la plénitude de son bonheur est brisée à cause de son fils ? Tel sera le fondement, la substance, la merveilleuse caractéristique du royaume de mon divin Fiat : une sera la Volonté, un l’amour, un le bonheur, une la gloire entre le Créateur et la créature”. (Tome 22, 17 août 1927).

Les bienfaits de la création : avant de parler de ce qui va mal dans notre corps, remercier pour tout ce qui va bien, c’est merveilleux d’avoir ce corps, bénir Dieu pour ce que nous mangeons, mais aussi pour notre travail, pour nos outils de travail, bénir Dieu pour nos victoires, bénir Dieu pour les petits pas, bénir Dieu pour la beauté des étoiles, des primevères, des écureuils et des mésanges… Au nom de tous, Seigneur, je t’aime, je te bénis, je t’adore, je te remercie. Bénir Dieu pour tout ce que Jésus a fait, depuis la crèche aux villages de Galilée, sur la croix, et dans les apparitions du Ressuscité. Je t’aime Jésus, je te bénis, je t’adore, je te remercie. Et pour les sacrements, pour mon baptême, Je t’aime, je te bénis Trinité Sainte, je t’adore, je te remercie.

« Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits !

« Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie »

Ne plus parler du péché ne résout rien du tout. Dieu révèle l’emprise du mal sur le monde et sur chacun de nous, pour nous en guérir.

Le Seigneur « réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse ».

Nous sommes mortels, et quand un mauvais pronostic arrive, nous pouvons être tellement angoissés, tellement tristes de penser que nous n’avons pas pu faire ceci ou cela, terminer ceci ou cela, voir ceci ou cela. Mais la vie ne s’arrête pas !

Le Seigneur « réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse ».

« Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés ; comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint ! » (Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 8.10, 12-13)

C’est cela le pardon. C’est pourquoi le Seigneur peut nous dire ensuite :

« Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur. » (Lv 19, 17-18). Et « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19, 2).

Deuxième lecture 1 Co 3, 16-23

« Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, cet homme, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous. Que personne ne s’y trompe : si quelqu’un parmi vous pense être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Il est écrit en effet : C’est lui qui prend les sages au piège de leur propre habileté. Il est écrit encore : Le Seigneur le sait : les raisonnements des sages n’ont aucune valeur ! Ainsi, il ne faut pas mettre sa fierté en tel ou tel homme. Car tout vous appartient, que ce soit Paul, Apollos, Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu. – Parole du Seigneur ».

Benoît XVI constate dans le monde actuel, une « conscience désormais incapable de connaître l’humain » (Caritas in veritate, 75) et dit : « L’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain » (n. 78) ; « Sans Dieu, l’homme ne sait où aller et ne peut même pas comprendre qui il est » (Caritas in veritate,  n° 78).

« Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu ? » L’image est extraordinaire, mais elle doit être expliquée. Les auditeurs de saint Paul connaissaient le Temple de Jérusalem, le sanctuaire et son architecture hautement symbolique.

Le parvis des femmes communique par une porte avec le monde extérieur, plus exactement avec le parvis des Gentils destiné à ceux qui regardent et qui pensent entrer (pour les hommes, l’entrée est liée à la circoncision). Le temple est une Source de Vie, il est un lieu de Vie ; à l’image de la cellule vivante, tout lieu de vie nécessite une intériorité séparée de l’extériorité par une « membrane » permettant la vie. Le Temple est ainsi doté d’une « porte » permettant à ce qui doit entrer d’entrer et ce qui doit sortir de sortir. Ainsi, le parvis des femmes accueille-t-il tous ceux qui entrent dans l’Alliance avec le Créateur.

Ce parvis des femmes est le lieu propre des femmes hébraïques qui sont entrées dans cette dynamique de Vie ‒ par naissance ou éventuellement par mariage. En quoi est-ce leur lieu propre ? La féminité est centrée sur l’accueil de la vie donnée par Dieu, ce qui veut dire deux choses : d’une part ; la vie est faite pour être entourée et protégée, et d’autre part celle qui la porte a une connexion naturelle avec l’aspect « religieux » de la vie. Par leur simple présence, elles participent à l’ensemble du culte. Elles seront les éducatrices parce qu’elles portent le mystère.

Le parvis des hommes (circoncis, bien sûr) est réservé aux seuls hommes et conduit à l’autel du sacrifice. Il s’agit d’abord d’un sacrifice d’action de grâces et de communion, il peut aussi s’agir d’un sacrifice d’expiation pour le péché.

Bien évidemment, les femmes peuvent aussi offrir leurs prières et leurs sacrifices dans le parvis des femmes. Alors, pourquoi y a-t-il un parvis des hommes réservé aux seuls hommes ? Parce que la masculinité est centrée sur l’aménagement du monde, au service de la vie. Le travail masculin se vit en rapport à un certain ordre des choses à respecter et à promouvoir. Cet ordre suppose que l’être masculin se réfère à Dieu le Créateur. Il ne suffit pas de parler du Créateur dans une apologétique, il faut encore respecter ses lois.

La Révélation aux Hébreux fait connaître le vrai Dieu créateur, qui ordonne un cadre moral de vie sociale et qui se fait adorer comme non représenté et impalpable, donc universel ‒ on va y venir. L’acte de culte par excellence, le sacrifice, est épuré de l’idolâtrie et de la magie, ce n’est pas un culte aux Baals cananéens, et par cet acte, les hommes entourant l’autel sont désormais mis en lien avec la vraie Source de Vie.

Pour que le sacrifice soit offert, il faut des officiants choisis et mis à part pour cela. Chez les Hébreux, c’est Dieu Lui-même qui a réglé la question en instaurant parmi les douze tribus d’Israël, la tribu de Lévi comme prêtres. Et au Temple, le lieu propre de ces prêtres est appelé le « Saint ». Ce lieu correspond à la dimension sacerdotale de la nature humaine : chaque être humain est en relation avec son Créateur, il est appelé à prier pour sa famille, sa tribu et sa nation. Toute cette prière est portée par les descendants de Lévi à l’autel, et lorsqu’ils franchissent la porte du Saint, à l’intérieur de celui-ci.

Il convient de remarquer que ces lévites n’agissent pas en tant que « masculins » : ils sont placés au-delà de l’aspect charnel. Ils se branchent sur une autre source de Vie que la procréation. C’est pourquoi ils devaient s’abstenir « de l’usage de la femme » la veille ou les jours précédant leur service dans le Saint. Et leur service n’était pas permanent, il se faisait en principe à tour de rôle.

Enfin, il y a un dernier lieu et une dernière porte : celle du « Saint des Saints », c’est le cœur du Temple, « l’intérieur de l’intérieur ». « C’est là que je te rencontrerai, explique Dieu à Moïse. C’est de sur le propitiatoire, d’entre les deux chérubins qui sont sur l’arche du Témoignage, que je te donnerai mes ordres pour les Israélites » (Ex 25, 22). L’unique Grand-Prêtre y pénètre ‒ et une seule fois par an ‒ pour être en contact avec Dieu et transmettre ensuite Sa bénédiction. Les Hébreux ont découvert peu à peu que le Seigneur n’était pas simplement leur Dieu ‒ un Dieu au-dessus d’autres dieux ‒ mais LE Dieu unique de toute la création, le Créateur. La prière à ce Dieu porte donc une dimension universelle, au-delà de toute nation ou langue. C’est le culte « grand-sacerdotal ». Anthropologiquement, le Saint des Saints représente la dimension grand-sacerdotale de la nature humaine, capable d’écouter Dieu et de lui adresser une prière universelle.

En résumé, le Temple en ses quatre parties est bien une image de la nature humaine, faite de féminité, de masculinité, de sacerdoce et même de grand-sacerdoce, selon un ordre et des spécificités propres à chacun. Le péché consiste précisément dans le désordre apporté par confusion, occultation ou perversion. 

N.B. Chez les orthodoxes, l'iconostase rappelle la distinction entre le sanctuaire et les parvis extérieurs ; chez les catholiques, on a : tabernacle (Saint des Saints, Jésus), choeur (Saint - réservé aux seuls prêtres), la nef (les laïcs). 

Dans la lecture de ce dimanche, saint Paul dit que « la sagesse de ce monde est folie devant Dieu », en effet, notamment dans le transhumanisme, elle ne sait que réduire l’homme à une machine, elle ne connaît pas la source vivifiante, le Saint des Saints. La vie et la pensée ont de la valeur quand nous sommes branchés sur la source divine, sur Dieu, par le Christ, lui qui est notre unique grand prêtre : « tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu ».

Cf. F. Breynaert, Jean, L’évangile en filet. L’oralité d’un texte à vivre. (Préface Mgr Mirkis – Irak) Éditions Parole et Silence. Paris, 8 décembre 2020.

Évangile Mt 5, 38-48

Nous lisons le début de l’évangile de ce dimanche dans la version liturgique « En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant »; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ! » (Mt 5, 38-42)

Aux versets 37 et 39, face à l’araméen bisha (que Mgr Alichoran traduit par le « Mauvais »), on trouve en grec, l’adjectif ponêros, aux deux versets.

« 38. Vous avez entendu qu’il a été dit :

oeil pour oeil et dent pour dent.

39. Mais moi je vous dis :

ne vous dressez pas en face du Mauvais

mais celui qui te frappe sur la joue droite, tourne lui l’autre aussi ».

Si je me tiens devant quelqu’un qui est mauvais, si je me bats avec lui, je serai écrasé, humilié, insulté ; il ne faut pas que je fasse ce que lui-même demande, que je m’affronte à lui. Il veut absolument que je l’affronte, que je lutte avec lui, il ne faut pas lui tenir tête. Il s’agit de quelqu’un qui est possédé par l’esprit mauvais, il ne faut pas vous tenir sur le même terrain, laissez-le partir. N’allez pas vers le malin (les choses sataniques) pour le combattre : il ne faut pas prendre l’initiative pour l’attaquer.

Le verbe grec : antistynai exprime une attitude voisine, face à l’adversaire : éviter de se tenir (radical verbale : stenai) en attitude de vis-à-vis, de miroir (anti). Ne pas se tenir en face du mauvais en jouant le même jeu que lui. Il est fâcheux que dans de nombreuses traductions du grec, on trouve : « je vous dis de ne pas résister au méchant » (remplacé parfois par mauvais et une fois par : mal, ce qui donne un contresens catastrophique !). Le verbe grec conforté par l’araméen suggère face au mal ou au mauvais, une attitude habile, intelligente, en rapport avec la non-violence.

Attention, l’évangile parle d’une autre situation que la première lecture qui parlait du frère, qui fait des fautes mais qui est un frère et ne fait pas le jeu de Satan : « Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur. Mais tu devras réprimander ton compatriote, et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui. Tu ne te vengeras pas » (Lv 19, 17-18).

 

 « 40. Et celui qui veut te faire un procès pour enlever ta robe, (kotina) laisse-lui aussi ton manteau » Mgr Alichoran : kotina, c’est l’aube que l’on met à la messe, c’est une grande robe ! manteau, c’est : martouta, voyez l’image de la scène : celui qui veut prendre la robe qui est sous le manteau. Jésus ne dit pas : donne-lui aussi ton manteau, mais laisse-lui aussi ton manteau !

« 41. Celui qui te réquisitionne pour faire une borne, va avec lui en faire deux ».

Mgr Alichoran : On voit la tyrannie, j’ai vu cela chez nous, par exemple : la police vient un jour dire : demain, tous les pères de famille vont apporter du bois ; ou bien :

demain tout le monde va venir travailler pour construire la caserne.

« 42. Celui qui te demande, donne-lui et celui qui veut t’emprunter, ne l’en empêche pas ».

Mgr Alichoran : Toutes ces scènes, ce sont des explications du verset 39, « ne vous dressez pas en face du Mauvais ». C’est toujours : Ne faites pas front, laissez-le aller ! L’amour n’attaque pas le mal par le mal, l’amour n’utilise pas le même instrument : donc douceur ; c’est la réponse de la non-violence.

C’est donc tout à fait compatible avec la première lecture qui disait : « Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur. Mais tu devras réprimander ton compatriote, et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui [parce que c’est un frère ou un compatriote] » (Lv 19, 17-18). À vous de discerner si vous êtes face à une attaque démoniaque ou face à un frère qui peut vous écouter !

« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 43-44 version liturgique)

Pour ces deux versets, nous avons en grec le même verbe agapan toujours traduit par aimer ; en araméen, il y a deux verbes différents ; aime ton prochain (racine rHm), l’amour des entrailles, l’affection naturelle. Et le verbe Hab qui signifie brûler et aimer volontairement, l’amour de charité. « 43. Vous avez entendu qu’il a été dit : aime ton prochain et hais ton ennemi, mais moi je vous dis : brûlez d’amour pour vos ennemis ».

Pour le verset suivant, il y a énormément de variantes dans les manuscrits grecs, mais la variante de la Peshitta : ‘qui vous emmènent par force’ ne se retrouve nulle part. « Et bénissez celui qui vous maudit, et faites du bien à celui qui vous hait et priez pour ceux qui vous emmènent par force et vous persécutent. » (Mt 5, 44).

« En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? » (Mt 5, 45-47) D’après certains spécialistes des cultures orales, il arrive que les auteurs-compositeurs signalent discrètement leur présence dans l’avant-dernière phrase d’un ensemble ; ce pourrait bien être le cas ici puisque Matthieu était publicain : il nous saluerait ainsi avec humour et authenticité. « Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? »

« 48. Soyez donc vous parfaits, de la façon dont votre Père qui (est) dans les Cieux est parfait. » Ce mot est employé en Luc 1, 17 pour Elisabeth et Zacharie qui étaient irréprochables. Ou encore dans la Genèse : « Lorsqu'Abram eut atteint 99 ans, Yahvé lui apparut et lui dit:  « Je suis El Shaddaï, marche en ma présence et sois  parfait »  (Gn 17,1)

Cf. Mgr Francis ALICHORAN, L’évangile en araméen Mt 5–7, éditions Bellefontaine (spiritualité orientale n °80), 2002