3. Marie sœur d’Aaron, en quel sens ?

4. Maryam « sœur d’Aaron » : en quel sens ? (Sr Françoise parle aux musulmans)

4. Maryam « sœur d’Aaron » : en quel sens ?

Il y a une chose curieuse à éclaircir. Pourquoi l’histoire de Maryam nous est-elle racontée dans la sourate « La famille d’Imrân » (la troisième sourate) ? Imran, ou Amram, nous dit la Bible « épousa Yokébed, sa tante, qui lui donna Aaron et Moïse (Moussa) » (Exode 6, 20) : il vécut 1250 ans avant Maryam, mère de ‘Issa !

Pourquoi dans la sourate « Maryam », cette dernière est-elle dite « sœur d’Aaron » ? On lit en effet [à propos de Maryam qui est enceinte de ‘Issa (Jésus) :] « Ô sœur d’Aaron, ton père n’était pas un homme indigne, ni ta mère une prostituée » (s 19, 28). La Bible nous dit que Moïse (Moussa) et Aaron avaient effectivement une sœur appelée Myriam (Livre des Nombres 12). Et une tradition juive dit qu’à la prière de Myriam, sœur d’Aaron, le peuple hébreu, assoiffé au désert, fut accompagné miraculeusement d’un puits-source dans lequel l’eau monte et déborde.

Mais d’où vient que l’on ait rapproché cette Myriam d’il y a 1250 ans de Maryam la mère de ‘Issa (Jésus) ? Ce rapprochement est venu du parallélisme, évident pour les premiers chrétiens, entre l’eau qui sortit du rocher pour sauver le peuple au désert, la prière de Myriam et la nouvelle eau vive promise par Jésus (‘Issa) - « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive » (Jean 4, 10). On peut lire aussi Jean 7, 37. Pour saint Paul, et pour ceux à qui il écrit, le parallélisme est tellement évident qu’il ne demande pas d’explication : « ils [les Hébreux] buvaient en effet à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher, c'était le Christ » (1Co 10, 3-4).

A présent s’expliquent les nombreuses représentations d’un puits, dans l’iconographie traditionnelle de l’Annonciation. L’expression « Aaron, frère de Marie » se trouve même dans un récit apocryphe (décrit dans un ancien manuscrit géorgien daté du Xème siècle[1]), intitulé la Lecture de Jérémie, qui était lu pour le 15 août à la fête de la Dormition dans l’église du Kathisma près de Jérusalem[2].

Pour dire que « Maryam » soit la « sœur d’Aaron », il n’y a donc pas besoin de répéter avec les fondamentalistes qu’« Allah est tout puissant ». Il suffit de comprendre que l’islam est enraciné dans une tradition syro-araméenne pétrie de traditions bibliques et chrétiennes où la Mère de Jésus (‘Issa) est, mais en un sens symbolique et non pas historique, la sœur d’Aaron. C’est à sa prière que Al Massih est venu donner aux hommes l’eau vive spirituelle.

On peut trouver étrange que l’islam ait retenu un détail à laquelle la tradition chrétienne ne s’est pas attachée. La raison est qu’Aaron est la référence du sacerdoce du Temple de Jérusalem et que les origines de l’islam tournent autour du Temple de Jérusalem. Effectivement, pour éviter les massacres perpétrés en 614 l’évêque Sophrone négocie sa reddition en l’an 638, et quelques mois après, ‘Umar entre à Jérusalem et permet à des « juifs » (les textes islamiques ne précisent pas lesquels) de rebâtir un Temple en forme de cube (en bois). Ce que l’on appelle aujourd’hui la « mosquée d’Umar » et qui est octogonale et en dur, fut construite plus tard sur le même emplacement par ‘Abd El-Malik. Leur motivation est eschatologique. Ce Temple rebâti était censé être le prélude du retour matériel d’Al-Massih et de la domination d’Israël sur le monde. Déçus qu’Al-Massih ne descende pas à ce moment, ‘Umar et les siens sont ensuite partis à la Mecque. Mais ils gardèrent l’habitude d’appeler Maryam « sœur d’Aaron ».

 

[1] Le Codex A-144 de Tbilissi, décrit dans M. van ESBROECK, Les plus anciens homéliaires géorgiens : étude descriptive et historique, Louvain-la-Neuve, Université Catholique de Louvain, Institut Orientaliste, 1975, p. 37-49.

[2] M. van ESBROECK, « Nouveaux apocryphes de la Dormition conservés en géorgien », Analecta Bollandiana 90, 1972, p. 365

Annonciation evangeliaire de deir el zaafaran puits

Annonciation. Evangéliaire de Deir El-Zaafaran.


 

Date de dernière mise à jour : 18/05/2020