13. Des signes entourant la naissance de ‘Issa (Jésus)

13. Des signes entourant la naissance de 'Issa Jésus

La conception de ‘Issa (Jésus) fut un miracle, et des signes miraculeux accompagnent aussi sa naissance. Quel sens ont-ils ?

 « Maryam devint enceinte de l’enfant et se retira avec lui dans un lieu éloigné. Puis les douleurs de l’enfantement l’amenèrent au tronc du palmier, et elle dit : “Malheur à moi, que je fusse morte avant cet instant ! Et que je fusse totalement oubliée !” Alors, il [le nouveau-né] l’appela d’au-dessous d’elle : “Ne t’afflige pas. Ton Seigneur a placé à tes pieds une source. Secoue vers toi le tronc du palmier : il fera tomber sur toi des dattes fraîches et mûres” » (sourate « Maryam » s. 19, 22-25).

Les signes sont donc : les dattes du palmier, la source, et surtout le fait que le bébé parle.

Le contexte de la sourate « Maryam » est polémique, il veut répondre aux calomnies juives traitant Maryam de prostituée, comme on le lit aux versets 27 et 28 qui suivent : « Ils [la famille] dirent : Ô Maryam, tu as fait une chose monstrueuse ; sœur d’Aaron, ton père n’était pas un homme de mal ni ta mère une prostituée » (s.19,27-28). La réponse est donnée précédemment : « Elle dit : Comment aurais-je un fils alors qu’aucun homme ne m’a touchée et que je ne suis pas une prostituée ? » (s.19,20).

On peut remarquer que, selon le Coran traditionnel turc, une seconde réponse est donnée, au verset 24. Au lieu de dire (comme dans le Coran standard de 1924) : « Ne t’attriste pas ; ton Seigneur a mis au-dessous de toi un ruisseau », le Coran turc dit : « Ne t’afflige pas du tout, ton Seigneur a rendu honnête ce qui se trouvait en toi » ‒ ce qui a beaucoup plus de sens : par une parole miraculeuse, le nouveau-né ‘Issa lave sa mère de toute calomnie.D’où vient la différence ? Elle tient à peu de choses, comme l’a montré le Professeur Luxenberg. Si l’on donne les pures consonnes du mot « ruisseau » (SRY de sariyan) à lire à un araméen ou à un syriaque, il lira spontanément l’adjectif šariyâ qui signifie légitime (ou honnête selon le turc). Quand les commentateurs iraniens du Xe siècle ont mis définitivement des points diacritiques et des voyelles au texte coranique, ils ont mal lu et imaginé un sariyan, un ruisseau ‒ et ce faisant, ils perdaient le sens du texte. Or il existait une raison à leur erreur. Le texte parle d’un palmier qui offre ses dattes à Maryam ; cette histoire est tirée de l’apocryphe du pseudo-Matthieu, un récit très populaire, dans lequel il est question, auprès de ce palmier, d’une source qui apparaît[1]!

 

Dans l’évangile, y a-t-il aussi des signes miraculeux accompagnant la naissance de Jésus (‘Issa) ? On note d’abord une grande rigueur historique : « Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier. Ce premier recensement eut lieu à l'époque où Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville » (Luc 2, 1-3). Quant aux signes, il s’agit d’abord d’un ange qui apparaît aux bergers, « la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière et ils furent saisis d'une grande crainte. L'ange leur dit : "Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David (Daoud), un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné: vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire." Tout à coup il y eut avec l'ange l'armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu et disait : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés". » (Luc 2, 9-14 TOB) 

 

[1] Traduction J. Gijsel, dans F. Bovon et P. Geoltrain (éds), Écrits apocryphes chrétiens (I),La Pléiades, Paris 1997, p. 138.


Françoise Breynaert


 

Date de dernière mise à jour : 26/07/2020