24. Le vin et les réalités ultimes

26. Le vin et les réalités ultimes (Sr Françoise parle aux musulmans)

La Sunna rapporte que Muḥammad (~) interdit toute boisson alcoolisée ; de son côté, le texte coranique ne parle que du produit de la vigne : « Ils t’interrogent sur le vin et le maysir. Dis : Dans les deux il y a un grand péché et quelques avantages pour les gens ; mais dans les deux, le péché est plus grand que l’utilité » (sourate « La vache Al-baqarah » 2, 219). Ainsi que cela est bien connu et démontré aujourd’hui, le maysir est un mot biblique[1] qui désigne les produits du raisin autres que le vin (– et non pas un jeu de hasard) : tout ce qui est raisin est haram selon le Coran car ce serait moins utile que nuisible. Notons qu’il n’y est pas question du whisky ou de la bière ; beaucoup interprètent cette absence de précision comme une licence : il serait interdit de boire en public, mais pas chez soi. Pourquoi le vin serait-il nuisible ? Il faut lire aussi le verset qui déclare que le vin coulera à flots au Ciel (sourate « Muḥammad » 47, 15) ‒ et là non plus, il n’est pas question d’autres boissons alcoolisées. Seul le vin serait-il mauvais sur la terre et bon au Ciel ?

Dans la Bible, le vin et le maysir sont interdits à ceux qui se vouent à Dieu, les nazirs, (Nombres 6,1-3). La sourate « La vache » s’adresse justement à de tels « voués à Dieu » (« ceux qui ont émigré » – s.2,218) en leur faisant s’abstenir du vin et du maysir, mais en vue de quoi ? Dans la Bible, la surabondance du vin évoque les derniers temps (Amos 9, 13-14 ; Joël 4, 18 ; Isaïe 25, 6). Or Jésus dit lors de son dernier repas : « Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le Royaume de mon Père » (Matthieu 26, 29). Quel Royaume ?

On sait que des groupes d’ex-judéo-chrétiens interdirent le vin à cause de ces paroles de Jésus ‒ donc bien avant l’islam[2]. La grande objection contre le salut par Jésus, c’est que le Mal est toujours là, il n’a pas disparu de la terre. Alors, pour quand est le Royaume de Dieu ? Ces groupes d’ex-judéo-chrétiens n’avaient pas compris que l’emprise de Satan (Shaytan) sur ce monde est d’abord spirituelle ; on ne lutte pas contre un ange déchu avec des armes et des soldats, mais avec la justice et le sacrifice. Quand Jésus a dit qu’il ne boirait plus de vin, ce n’était pas pour l’interdire mais pour indiquer qu’il allait passer par la mort, afin « d’anéantir celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable [Iblis], et délivrer tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient retenus, leur vie durant, dans la servitude » (He 2, 14-15). Si l’on n’est pas branché sur Jésus (comme les rameaux sur la vigne), comment peut-on échapper au pouvoir de celui qui sème la mort, même si l’on croit lutter contre lui ? D’ailleurs, sert-on Dieu en haïssant l’autre et en semant la mort (sourate « La table servie » 5, 33) ?

La Bonne nouvelle, c’est que le vin « eucharistique » (les Saints Mystères, en araméen « Rencontre-Qourbana ») fait participer à la victoire sur Shaytan et apporte dès maintenant à chaque croyant « la vie dans votre personne » (Jean 6, 53 FG) ; mais pour le découvrir, il faut d’abord être passé par la purification qu’apporte l’eau du baptême. C’est beaucoup plus que de lire un livre saint, c’est une union de cœur à cœur, une vie commune avec le Verbe de Dieu. Mais chacun aspire aussi à ce que la Vie ne soit pas seulement dans sa petite personne mais donnée au monde entier : pour quand est le Royaume de Dieu ? Al Massih apportera cette vie à une échelle mondiale lors de sa Venue glorieuse.

 

[1] « Parle aux fils d’Israël et dis-leur : Lorsqu’un homme ou une femme s’engage par vœu de naziréat à se consacrer à YHWH, ce nazir s’abstiendra de vin (yayin) et de boissons alcoolisées (shékâr) : …; il ne boira aucun jus (mišerâh – racine MSR prononcée Maysir) du raisin et ne mangera ni raisins frais ni raisins secs » (Livre des Nombres 6,1-3).

[2] Ils célébraient avec de l’eau à la place du vin ‒ cf. IRENEE, Contre les hérésies V, 1, 3, trad. A. Rousseau, SC 153, p.25-27 ; EPIPHANE, Panarion 30, 16 – PG 41, 432.


 

Date de dernière mise à jour : 18/05/2020