40. Suis-je aimé ?

40. Etre aimés (Soeur Françoise parle aux musulmans)

40. La grande question : suis-je aimé ?

Le Coran enseigne : « Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes » (3, 110). Ce verset touche le cœur humain : chacun de nous désire être estimé, aimé, choisi, préféré. Il s’agit d’une question vitale : suis-je aimé du Créateur ? C’est la grande question !

Saint Paul s’exclame : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-Aimé » (Lettre de saint Paul aux Ephésiens 1, 3-6).

L’amour est personnel, il va d’une personne à une autre personne, en ce sens, tout amour est un amour d’élection, un amour qui « préfère ». Comme une maman aime tous ses enfants et préfère chacun de ses enfants dans le sens où elle voit le caractère et la richesse de la personnalité de chacun. Combien plus l’amour divin est-il capable d’aimer réellement (un amour de choix, d’élection, un amour de « prédilection ») sans pour autant exclure : l’amour divin est incommensurable et chacun en est comblé.

Le cœur humain n’aspire pas seulement à un salut individuel, mais aussi à un salut communautaire, à une réalisation sociale, voire mondiale, que l’on peut désigner par l’expression « Règne de Dieu sur la terre ».

Cette question vitale peut cependant donner lieu à diverses dérives : le racisme (Dieu aime ma race plus que les autres), ou le suprématisme (Dieu aime ma communauté plus que les autres). Ces dérives sont source de violences, surtout quand elles sont alliées au messianisme politique, c’est-à-dire quand l’idée chrétienne que le monde puisse être sauvé du mal est transformée en l’idée que le monde peut être sauvé, mais sans Jésus-Christ, donc par moi et ma communauté (ou ma race).

Le Prophète (~) a dit : « La vérité ne cessera d’être l’apanage des gens du couchant (gharb), cela jusqu’à ce que l’Heure survienne » (Muslim). Pour les uns, « gharb » désigne la Grande Syrie (la région de Sham), et pour d’autre, le Maghreb ! [1]

L’islam comprend très bien que Dieu, Allah, soit roi et confère la royauté à qui il veut. L’idée de royauté doit toujours être précisée. Jésus n’est pas roi par les moyens de ce monde. Le Christ « n’est pas venu pour être servi mais pour servir » (Mt 20, 28). Saint Jean-Paul II enseigne : « Donc, si on ne peut vraiment "régner" qu’en "servant", comme le montre l’attitude du Christ, le "service" exige en même temps une maturité spirituelle telle qu’il faut le définir à juste titre comme une "royauté". Pour être capable de servir les autres dignement et efficacement, il faut savoir se dominer soi-même, il faut posséder les vertus qui rendent cette domination possible. Notre participation à la mission royale du Christ, et précisément à sa "fonction royale" (munus), est liée étroitement à toute la sphère de la morale, chrétienne et aussi humaine »[2].

 

[1] Mohamed BENCHILI, La venue du Mahdi selon la tradition musulmane, éditions Tawhid, 2009, p. 48

[2] Saint Jean-Paul II, Encyclique Redemptoris Hominis § 21

Date de dernière mise à jour : 06/11/2019