14. La naissance de Jésus ('Issa)

14. La naissance de Jésus/'Issa

 

Dans le Coran, la sourate de Marie, la sourate 19 dit au verset 22 :

« Elle devint enceinte de l’enfant et se retira avec lui dans un lieu éloigné ».

Cette mention d’un lieu éloigné n’est pas très précise. Elle se comprend mieux quand on suppose connu le récit de l’apocryphe chrétien de la naissance de Jésus dans un « lieu éloigné », c’est-à-dire distant de la route de Bethléem : « Marie dit : ‘Joseph, descends-moi de l’âne, car ce qui est en moi me presse pour sortir’. Et, lui, il la fit descendre et lui dit : ‘Où t’emmènerai-je et mettrai l’abri ta pudeur ? Car l’endroit est désert’. Et il trouva une grotte, et l’y introduisit… » (Protévangile de Jacques 17, 2-18)[1].

Dans le Coran, la sourate 19 dit au verset 23 : « Les douleurs la surprirent près du stipe du palmier ». La mention d’un « palmier », elle se trouve dans l’apocryphe du pseudo Mathieu, et se situe pendant la fuite en Egypte et non pas au moment de la naissance de Jésus (cf. ci-dessous).

On se rend bien compte que le Coran ne donne de la naissance de Jésus que des éléments à caractère anecdotique. L’Evangile a une toute autre ampleur : alors que César Auguste n’est qu’un homme et veut se faire adorer comme sauveur, Jésus est Sauveur parce qu’il est Dieu.

Le recensement de César Auguste occasionna le déplacement de la sainte famille et la naissance de Jésus à Bethléem. « Elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune ». (Lc 2, 7).

Dans le Coran, le verset 23 de la sourate 19 continue ainsi : « Plût au ciel », s’écria-t-elle, « que je fusse morte avant cet instant et que je fusse totalement oubliée ! »

Selon l’Evangile, loin de souhaiter cacher la naissance de Jésus, Marie accueille les bergers. Ceux-ci en effet, tandis qu’ils veillaient aux champs, furent enveloppés par une clarté céleste et un ange leur annonça « une grande joie, qui sera celle de tout le peuple: aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. Et ceci vous servira de signe: vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. Et soudain se joignit à l’ange une troupe nombreuse de l’armée céleste, qui louait Dieu, en disant : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance !" » (Luc 2, 10-14)

Les bergers vinrent « donc en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche. Ayant vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit de cet enfant ; et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers. Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2, 16-19). Et c’est parce que Marie conservait avec soin toutes ces choses que nous avons ce récit. On peut dire qu’elle est ainsi la « mère de mémoire ».

 

 

 

[1] Traduction A. Frey, dans F. Bovon et P. Geoltrain (éds), Écrits apocryphes chrétiens (I), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1997, p. 97-98.

Date de dernière mise à jour : 15/07/2019