15. Le palmier. Le massacre d’Hérode

L’évangile selon saint Matthieu dit : « Après leur départ [des mages], voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : "Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr". Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode...» (Mt 2,13-15)

Le récit apocryphe du pseudo-Mathieu, qui daterait de la fin du VI° siècle, ou du début du VII°, siècle raconte que le petit enfant Jésus obtint sur le chemin de la fuite en Egypte le miracle qu’un palmier s’incline et restaure de ses fruits la sainte famille. « Alors Jésus lui dit : Redresse-toi, palmier, fortifie-toi et sois le compagnon des arbres que je possède dans le paradis de mon père » et c’est alors que, des racines de ce même palmier, jaillirent des sources d’eau limpide et douce, « et ils burent avec leurs bêtes et leurs serviteurs en rendant grâces à Dieu » (Pseudo-Mathieu 20 : 1-2) [1].

On retrouve dans le Coran cette tradition du palmier, dans la sourate 19 où l’enfant Jésus dit à Marie : « 24. Ne t’attriste pas ! Ton Seigneur a mis à tes pieds un ruisseau. 25. Secoue vers toi le stipe du palmier : tu feras tomber sur toi des dattes fraîches et mûres. Mange et bois et que ton œil se sèche ! Dès que tu verras quelque mortel, dis : « Je voue au Seigneur un jeûne et ne parlerai aujourd’hui à aucun humain ! » (Coran 19, 24-25)

Le Coran reprend des traditions liturgiques et populaires associées à l’église du Kathisma qui se situait entre Jérusalem et Bethléem[2]. Les fouilles y ont trouvé trois niveaux, le plus ancien de la première moitié du Ve siècle, le deuxième du début du VIe siècle, et le troisième du début du VIII° siècle - il est donc postérieur aux conquêtes arabes. Ce dernier niveau comporte une niche circulaire, qu’il convient d’interpréter comme un mikrāb. L’église du Kathisma est donc (au moins en partie) transformée en mosquée. Dans l’une des pièces (au sud-est de l’octogone extérieur), la mosaïque représente un grand palmier, flanqué de deux palmiers plus petits – ce qui fait directement référence au récit chrétien apocryphe et au récit coranique60.

Mais l’histoire du palmier n’est qu’une anecdote qui fait oublier le message important de de la fuite en Egypte. Quand Hérode envoya mettre à mort, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans, « Alors s’accomplit l’oracle du prophète Jérémie: Une voix dans Rama s’est fait entendre, pleur et longue plainte: c’est Rachel pleurant ses enfants; et ne veut pas qu’on la console, car ils ne sont plus » (Mt 2, 16-18). Rachel « ne veut pas être consolée » par des compensations humaines. Dieu seul pourra la guérir. Le déferlement du mal attend une Rédemption sérieuse. Cette Rédemption, c’est la Passion du Christ, les plaies de Jésus-Christ et les larmes de sa Sainte Mère, ce qui va plus loin que quelques anecdotes.

 

 

[1] Traduction J. Gijsel, dans F. Bovon et P. Geoltrain (éds), Écrits apocryphes chrétiens (I), op. cit., p. 138.

[2] Pour reprendre la belle expression de M. Halbwachs, La topographie légendaire des évangiles en Terre sainte. Étude de mémoire collective, édition préparée sous la direction de M. Jaisson, Paris, PUF, 3e éd., 2008 (1941).

Date de dernière mise à jour : 15/07/2019