51. Le Mahdî : particularités soufies

L’historien musulman Ibn Khaldûn aborde au chapitre intitulé Le Fatimide de son livre Al-muqaddima, l’étude critique de la doctrine soufie. Il dit : « Quant aux premières générations de soufis, leurs adeptes ne se sont jamais impliqués dans ce type de recherches [sur le Mahdî]. Ils prônaient l’élévation spirituelle par les dévotions ainsi que les bienfaits des expériences et des états d’exaltation qui en résultent [...]. Quant aux ismaéliens, ils parlèrent de la divinisation de l’imâm (ulûhiyya) par l’incarnation divine (ḥulûl) ; certains autres, du retour des imâms décédés, par la transmigration d’âmes (tanâssukh) ; d’autres encore de la venue de ceux des leurs, que la mort avait séparés d’eux [...]. Puis les nouvelles générations de soufis (al-muta ‘akhirûn) parlèrent de dévoilement (kashaf) et de réalités suprasensibles ḥiss »[1].

Les soufis ont ainsi élaboré une doctrine paranormale autour du Mahdî et des « Abdâl », ces personnages qui l’entourent. « Puis les soufis parlèrent du Quṭb, c’est-à-dire l’élite suprême des initiés. Selon eux, il occupe, seul, le plus haut rang dans la hiérarchie des sciences ésotériques » [2].

Les soufis sont rejetés par les sunnites. L’une des raisons vient du fait que, dans son livre ‘Anqâ mughrib, Ibn ‘Arabi nomme le Mahdî « le sceau des saints ». Il dit: « Concernant les mérites [du Mahdî], les signes attestant de son rang et de ses prodiges: - Sache qu’Allâh a mentionné le Sceau honoré, l’imâm suivi et magnifié, porteur de l’étendard de la sainteté (wilâya) dont il est le Sceau, l’imâm de la masse des gens et son gouvernant. Allâh a annoncé sa venue dans de nombreux passages de Son Noble Livre à titre de prémonition et d’éloge afin de le distinguer, car l’imâm al Mahdî est apparenté aux Gens de la Maison du Prophète ». Pour lui, le Mahdî a quatre existences, il vit dans quatre mondes et se déclarera sous sa forme corporelle dans celui-ci[3].

Prétendre, comme le fait Ibn ‘Arabî, que quelqu’un d’autre que Muḥammad puisse être le Sceau des Saints, revient à dire que ce dernier serait supérieur en sainteté au Prophète de l’islâm : pour cette raison et pour d’autres encore, Ibn ‘Arabî est frappé d’anathème[4].

 

Les doctrines des ismaéliens parlent de la transmigration d’âmes ou de la venue de ceux des leurs, que la mort avait séparés d’eux. La Bible interdit la communication avec ces « esprits », manifestés par les « spectres » (Lévitique 20, 6).

Les soufis ont des techniques (par exemple des techniques respiratoires) sensées produire une élévation spirituelle et des états d’exaltation. Au Mont Carmel, devant tout le peuple, le Prophète Elie a montré l’inanité et l’impuissance des états d’exaltations (utilisés en vains par les prophètes de Baal), au contraire, la prière simple et confiante envers le Seigneur opère des miracles (1R 18, 20-39).

Les chrétiens sont enseignés sur le danger des réalités paranormales, suprasensibles et ésotériques parce qu’elles sont le terrain de l’action des anges déchus qui cherchent à entraîner les hommes dans leur révolte et à les conduire à la damnation éternelle.


[1] Mohamed BENCHILI, La venue du Mahdi selon la tradition musulmane, éditions Tawhid 2009, p. 117

[2] Mohamed BENCHILI, Ibid., p. 47

[3] Ibn Arabî, ‘Anqâ mughrib, p. 74

[4] Mohamed BENCHILI, Ibid., p. 124-125