23. Regard sur la Passion

Le Coran nie la Passion du Christ.

« Mais ils ne l’ont pas tué ; ils ne l’ont pas crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi… Ils ne l’ont certainement pas tué, mais Allah l’a élevé vers lui » (Coran 4, 157-158). Il reviendra à la fin des temps, mais la connaissance de l’Heure est une prérogative divine (Coran 7, 187).

Cependant, on peut s’interroger : que cache le vif intérêt manifesté dans les pays arabes par le film de Mel Gibson sur la Passion du Christ ? Le Président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, l’a qualifié d’« émouvant et historique »[1], et le conseiller d’Arafat en matière de médias, Nabil Abu Rudeina, qui a vu le film en même temps qu’Arafat, déclarait : « Les Palestiniens sont encore soumis au même genre de souffrance que celle que Jésus a subie lors de la crucifixion »[2]. Ahmad Ali, l’éditeur du quotidien qatariote, Al-Watan, loue la « politique d’ouverture » du prince qatariote, Cheikh Hamad Bin Khalifa, en ces termes: « La projection du film [de Mel Gibson] au Qatar est un pas en avant vers la politique d’ouverture culturelle et la tolérance religieuse dans notre pays. Toutefois, nous désirons entendre l’autre point de vue, celui du Ministère des Affaires Islamiques… parce que le silence de ce Ministère à propos de la diffusion du film au Qatar pourrait être interprété comme une acceptation de la version [chrétienne] erronée de la crucifixion de Jésus »[3].

L’intérêt des musulmans pour le film de Mel Gibson vient du fait que l’on voit Satan-Iblis, très personnifié dans le film, perdre son pouvoir à cause du sang versé de l’innocent total qui offre sa vie.

Or, le sang versé est celui du mouton lors de l’Aïd al-Kebir, qui représente le sacrifice du fils d’Abraham (peu importe quel fils), qui n’a pas eu lieu. C’est aussi celui des « insoumis » que les islamistes égorgent. C’est aussi celui du « martyr » (shayd) qui perd sa vie après avoir essayé de tuer le plus possible d’ennemis de Dieu. Jésus, lui, n’a tué personne.

Jean le Baptiste a désigné Jésus en disant : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui emporte le péché du monde » (Jn 1, 29). Ses auditeurs peuvent comprendre que Jésus est comme l’agneau immolé lors de la Pâque juive, ou comme, au rituel du Yom kippour, le bouc émissaire chargé des péchés et lâché dans le désert. Tout cela deviendra clair au moment de la Passion, quand Jésus, chargé des péchés du monde, sera chassé hors de la ville et crucifié à l’heure de l’immolation de l’agneau pascal.

Et c’est ainsi que Satan-Iblis a perdu son pouvoir.


 


[1] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 21 mars 2004

[2] Service d’Information Officiel de l’Autorité Nationale Palestinienne, 21 mars 2004

[3] Al-Watan (Qatar) 22 mars 2004


 

Date de dernière mise à jour : 20/08/2019