2. Marie sœur d’Aaron ?

Sr Françoise parle aux musulmans 2. La soeur d'Aaron, les deux Marie

Pourquoi Marie, dans le Coran 19:28, est-elle dite « sœur d’Aaron » ? On lit en effet [à propos de Marie qui est enceinte de Jésus :] « Ô sœur d’Aaron, ton père n’était pas un homme indigne, ni ta mère une prostituée ».

L’expression « Aaron, frère de Marie » se trouve dans un récit apocryphe de la Dormition, la Lecture de Jérémie, lu pour le 15 août (fête à l’église du Kathisma près de Jérusalem)[1], décrit dans un ancien manuscrit géorgien daté du Xème siècle, le codex A-144 de Tbilissi[2].

Moïse et Aaron avait effectivement une sœur appelée Myriam (Nb 12). Et une tradition juive dit qu’à la prière de Myriam, sœur d’Aaron, le peuple assoiffé reçut le don divin d’un puits-source dans lequel l’eau monte et déborde. Mais d’où vient que l’on ait rapproché cette Myriam d’il y a 1250 ans de Marie la mère de Jésus (‘Isa) ? Ce rapprochement est venu du fait que Jésus ait promis l’eau vive (Jn 4, 10 ou Jn 7, 37), et que saint Paul ait expliqué que le puits-source qui abreuvait les Hébreux au désert (1Co 10, 3-4), c’était le Christ.

De là vient le rapprochement entre Marie-sœur-de-Moïse et Marie-Mère-de-Jésus, un rapprochement qui explique les nombreuses représentations de Marie à l’Annonciation auprès d’un puits.

Comment cela est-il passé aux musulmans ?

Il est très probable que les premiers « musulmans » soient parfois venus prier dans des églises[3], et ils ont alors entendu cette expression. Cependant, l’écoute d’une homélie ne permet pas de comprendre la raison d’une expression. Et ils ont pu comprendre confondre la Mère de Jésus avec la sœur de Moïse et d’Aaron, et qu’elle ait vécu 1250 ans avant d’enfanter Jésus. Il n’y a pas besoin de répéter avec les fondamentaliste qu’« Allah est tout puissant ». L’explication est simple : l’islam est enraciné dans une tradition syro-araméenne pétrie de traditions bibliques et chrétiennes où la Mère de Jésus est, mais en un sens symbolique et non pas historique, la sœur d’Aaron.

On peut trouver étrange que l’islam ait retenu un détail à laquelle la tradition chrétienne ne s’est pas attachée. La raison est qu’Aaron est la référence du sacerdoce du Temple de Jérusalem et que les origines de l’islam tournent autour du Temple de Jérusalem. En l’an 638, l’évêque Sophrone négocie sa reddition pour éviter les massacres perpétrés en 614. Quelques mois après, ‘Umar y entre à Jérusalem et permet à des « juifs » (les textes islamiques ne précisent pas lesquels) de rebâtir un Temple en forme de cube (en bois). Ce que l’on appelle aujourd’hui la « mosquée d’Umar » et qui est octogonale et en dur, fut construite plus tard sur le même emplacement par ‘Abd El-Malik. Leur motivation est eschatologique. Ce Temple rebâti étant sensé être le prélude du retour matériel du Messie et de la domination d’Israël sur le monde. Déçus que le Messie ne descende pas à ce moment, ‘Umar et les siens sont ensuite partis à la Mecque.

Mais ils gardèrent l’habitude d’appeler Marie « sœur d’Aaron ».

 

[1] M. van ESBROECK, « Nouveaux apocryphes de la Dormition conservés en géorgien », Analecta Bollandiana 90, 1972, p. 365

[2] Description du manuscrit dans M. van ESBROECK, Les plus anciens homéliaires géorgiens : étude descriptive et historique, Louvain-la-Neuve, Université Catholique de Louvain, Institut Orientaliste, 1975, p. 37-49.

[3] A. Bashear, « Qibla Musharriqa and Early Muslim Prayers in Churches », The Muslim World 81, 1991, p. 267-282. R. Avner, « « The Kathisma: A Christian and Muslim Pilgrimage Site », ARAM 18-19, 2006-2007, p. 541-557., p. 546.

Date de dernière mise à jour : 10/06/2019