3° dimanche pascal (B)

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Voici pour mémoriser le texte de l'évangile de ce jour en vue d'une récitation orale avec reprises de souffles.

3e temps pascal b lc 24 35 483e dimanche du temps pascal (B) Evangile Lc 24, 35-48 (128.33 Ko)

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Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30). 

Première lecture (Ac 3, 13-15.17-19)

Psaume (4, 2, 4.7, 9)

Deuxième lecture (1 Jn 2, 1-5a)

Évangile (Lc 24, 35-48)

Première lecture (Ac 3, 13-15.17-19)

En ces jours-là, devant le peuple, Pierre prit la parole : « Hommes d’Israël, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, alors que vous, vous l’aviez livré, vous l’aviez renié en présence de Pilate qui était décidé à le relâcher. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier. Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins. D’ailleurs, frères, je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs. Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés. » – Parole du Seigneur.

La séparation des Juifs en deux groupes est contemporaine de Jésus : « les uns disaient : ‘C’est un homme de bien’ – ‘Non, disaient les autres, il séduit le peuple’ » (Jn 7, 11). Ceux qui n’acceptèrent pas le Christ se sont forgé une nouvelle identité ; ils étaient fidèles à « leur loi », non à la loi de Moïse, car, leur dit Jésus, « si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi » (Jn 5, 45).

Ils se croient sauvés parce qu’ils sont de la race d’Abraham, s’appuyant sur un critère biologique (Jn 8, 33) alors que Jésus parle spirituellement des enfants d’Abraham. Ils cherchent à le tuer parce qu’ils sentent que leurs prérogatives fondées sur la race sont mises en danger, et Jésus leur dit que leur père est le diable, qui est homicide depuis le commencement (Jn 8, 44), ce qui se confirme de manière dramatique devant Pilate, quand ils demandent la crucifixion de Jésus et la libération de Barabbas (Jn 18, 40), c’est-à-dire quand ils optent pour une posture insurrectionnelle, subversive, révolutionnaire.

C’est ce que Pierre dit aux Juifs : « Vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier », c’est-à-dire Barrabas.

Alors Pilate insista : « exposerai-je [zqp] votre roi ? » et c’est alors qu’advient de la part des chefs religieux une véritable apostasie : « Nous n’avons pas de roi, sinon César ! » (Jn 19, 15).

Cette parole sonne faux puisqu’ils viennent de demander la libération de Barabbas, lequel s’oppose à César puisque l’évangile de Marc (l’évangile de Pierre) nous dit qu’il « avait été emprisonné avec les acteurs du soulèvement » (Mc 15, 7).

Si les grands prêtres en arrivent là, il ne s’agit qu’en apparence d’un renoncement à l’espérance messianique d’Israël : ils ne veulent pas de ce roi-là. Ils refusent le salut offert en Jésus et ils font le choix du messianisme politique : ils se lancent eux-mêmes dans le rêve de la domination mondiale, au nom de Dieu, mais sans le Messie Jésus, ils garderont l’idée que le monde pourra être sauvé du mal, mais ils se poseront en sauveur de l’humanité, s’arrogeant le droit de légiférer ou de juger, et d’éliminer les ennemis de ce monde idéal dont ils rêvent, au nom de Dieu.

Mais la mort de Jésus, une mort d’amour, et sa résurrection, qui confirme la vérité de toute sa vie, offre une nouvelle possibilité de conversion. Et Pierre lance un dernier appel à ses frères juifs, malheureusement, la lecture de ce dimanche s’arrête juste avant le verset 20 qui donne « et qu'ainsi le Seigneur fasse venir le temps du répit. Il enverra alors le Christ qui vous a été destiné, Jésus » (Actes 3, 20) : aux fausses espérances du messianisme politique, répond la véritable espérance chrétienne du retour du Christ, lui seul pouvant juger les ennemis de Dieu, lui seul pouvant sauver et vivifier les justes.

La suite du récit des actes nous dit que Pierre et Jean furent arrêtés mais que « beaucoup de ceux qui avaient entendu la parole embrassèrent la foi, et le nombre des fidèles, en ne comptant que les hommes, fut d'environ 5.000 » (Actes 4,4)

Les autres continuèrent sur la même ligne insurrectionnelle que lorsqu’ils réclamèrent la grâce de Barabbas. Au moment de l’insurrection juive des années 66-70, le parti révolutionnaire prit le dessus, poussant d’autres Juifs à entrer dans leur jeu ou au contraire en les poussant hors de la communauté juive. Même après la catastrophe de l’année 70 (un million de morts et la destruction du Temple), les révolutionnaires juifs continuèrent d’entretenir leur fantasme d’omnipotence messianique.

« Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins » dit saint Pierre. Qui peut vivifier le monde, sinon son Créateur ? Qui peut prétendre être le Sauveur du monde, sinon Jésus le Messie, qui est la visite de Dieu en personne, Dieu fait homme ?

« D’ailleurs, frères, je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs » dit saint Pierre. Eux, ils savaient que Jésus était le fils de David et qu’il prêchait le règne de Dieu. Ils avaient entendu Jésus affirmer son union au Père, ils avaient entendu Jésus proclamer qu’il vient d’en-haut, qu’il est le Pain de vie descendu du ciel. Mais saint Pierre parle néanmoins d’une ignorance, car Satan les a séduits, en fin de compte, il s’agit de l’aveuglement natif dû au péché originel, ce voile de ténèbre que la Passion rédemptrice du Christ vient justement déchirer. Ce n’est qu’après la crucifixion de Jésus que l’on peut vraiment prendre conscience de la gravité de cet aveuglément, et de la nécessité d’être guéri d’une rupture aussi profonde que celle-là. La doctrine du péché originel, si bien exprimée dans la lettre aux Romains (Rm 5) n’a pu être formulée qu’après les événements pascals.

Saint Pierre continue : « Vous avez renié le Saint et le Juste […] Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait ».

Le prophète Daniel annonça en effet un Messie « Saint des Saints » (Dn 9, 24), un « Prince-Messie » (Dn 9, 25), et un « Messie massacré » (Dn 9, 26).

Certes, Dieu n’a pas programmé les hommes pour qu’ils tuent Jésus, mais il savait que la mort du Messie guérirait l’humanité de son aveuglement, de son péché depuis Adam. En rappelant les prophéties, Pierre exhorte ses frères juifs à regarder leur Messie sur le Calvaire, à renoncer à leurs rêveries subversives et à le suivre, lui, le seul Sauveur.

Chers auditeurs, il nous arrive aussi d’être, un peu comme Jésus, dans la situation des laissés-pour-compte, dans la situation de celui à qui on a préféré quelqu’un d’autre, quelqu’un qui nous semble moins méritant que nous, quelqu’un de mauvais. Unissons nous à Jésus le Sauveur, et avec lui, offrons au Père notre prière et notre réparation.

Il est facile, à distance, de se dire que nous n’aurions pas renié Jésus et que nous n’aurions pas demandé la grâce de Barabbas. Pourtant, en réalité, cela nous arrive très souvent, à notre petite échelle. Chaque fois que nous honorons quelqu’un qui trempe dans l’injustice parce que d’une certaine manière nous en profitons. Chaque fois que nous ne défendons pas l’innocent parce que nous craignons qu’il ne concurrence notre épanouissement.

Barabbas a été préféré, et Jésus a réparé devant le Père pour toutes les fois où nous faisons passer Dieu après de vils intérêts, -la vanité, -les plaisirs, -les attachements, -les honneurs mondains, -les ripailles.

Ah ! cherchons cet amour pur et fort qui fait passer tous et tout après Jésus, même notre vie. C’est avec un tel amour que les apôtres évangélisèrent le monde, et avec eux tous les hommes d’Israël qui acceptèrent de reconnaitre en Jésus le Messie.

Psaume (4, 2, 4.7, 9)

Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! Toi qui me libères dans la détresse, pitié pour moi, écoute ma prière ! Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle, le Seigneur entend quand je crie vers lui. Beaucoup demandent : ‘Qui nous fera voir le bonheur ?’ Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage ! Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul, dans la confiance.

Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? » Où trouver le bonheur ? Et le psalmiste répond à la question par sa prière : « Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage ! » Par exemple, lorsque Joseph et Marie perdirent l’enfant Jésus au Temple, ils étaient angoissés, et désormais, sur leur vie quotidienne à Nazareth plane l’ombre de la possibilité d’une nouvelle épreuve de ce genre. Mais dans cette situation, le visage de Jésus brille… Jésus n’explique pas sa disparition au Temple, il ne donne pas d’explication à la douleur, mais son visage s’illumine sur Joseph et Marie…

De plus, durant le temps pascal, ce psaume prend une couleur particulière. Le verset « Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul, dans la confiance » évoque le vendredi saint où Jésus s’est couché dans la mort, seul, dans la confiance de la résurrection.

La mort en croix semble une malédiction, comme il est écrit : « Si un homme, coupable d’un crime capital, a été mis à mort et que tu l’aies pendu à un arbre, son cadavre ne pourra être laissé la nuit sur l’arbre ; tu l’enterreras le jour même, car un pendu est une malédiction de Dieu » (Dt 21, 22-23). Mais le procès était injuste et l’on peut mettre sur les lèvres de Jésus crucifié cette prière : « Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! » Et Dieu a répondu à Jésus. Sa mort n’est pas une malédiction, ni pour lui, ni pour les disciples qui l’ont suivi. La résurrection de Jésus lui donne raison et constitue au contraire un jugement de ceux qui l’ont condamné.

Cependant, de nos jours, beaucoup sont condamnés injustement, beaucoup sont persécutés et meurent, sans aucun secours, le ciel a semblé se taire. C’est ici qu’il faut entendre l’Apocalypse.

« Et lorsqu’Il ouvrit le cinquième sceau, / je vis, en dessous de l’Autel,

les âmes [de ceux] qui avaient été tués, / à cause de la Parole de Dieu,

et à cause du témoignage de Jésus, / celui qu’il y avait eu pour eux ;

et ils crièrent, à grande voix, / en disant :

"Jusques à quand, / Seigneur’ saint et véridique,

n’auras-Tu pas jugé / et n’auras-Tu pas réclamé notre sang aux habitants de la terre ?"

Et il fut donné, à chacun parmi eux, / une robe blanche,

et il leur fut dit de se reposer encore un moment, / un petit [peu de] temps,

jusqu’à ce que soient au complet / aussi leurs compagnons et leurs frères,

ceux qui allaient être tués, / aussi comme eux » (Ap 6, 9-11).

Les martyrs du Christ sont honorés par Dieu. Leurs âmes sont sous l’Autel du Temple céleste, et dont les reliques sont sur nos autels. Ils ont accompli « un sacrifice de louange en tout temps, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom » (He 13, 15). Leurs éventuelles faiblesses ont été lavées. Le mot araméen « esṭlā » (étole) désigne aussi la « robe » dont le Père riche en pardon revêt le fils prodigue (Lc 15, 22).

En même temps, leur martyre révèle l’existence d’un antichristianisme ; or le règne de Dieu ne peut pas s’accomplir sur la terre tant que cet antichristianisme est présent. Ceux qui ont refusé le salut dont ont témoigné les martyrs devront rendre compte. Les martyrs réclament le jugement eschatologique qui manifestera aux habitants de la terre la vérité de leur témoignage et, revers de la médaille, combien les habitants de la terre se sont conduits en ennemis du Créateur.

Ce jugement adviendra par la Venue glorieuse du Christ, qui sera comme une apparition du ressuscité que le monde entier verra. Sera alors inauguré le temps du millenium durant lequel Satan sera enchaîné (Ap 20, 1-3) et qui est aussi le temps durant lequel les saints du ciel règneront avec le Christ, notamment « les âmes qui furent décapitées à cause du témoignage de Jésus et à cause de la Parole de Dieu » (Ap 20, 4). Il s’agit des martyrs « [de ceux] qui avaient été tués, à cause de la Parole de Dieu » (Ap 6, 9), et qui étaient « sous l’Autel » et qui réclamaient justice.

« Et celui-ci est le premier Relèvement [qyāmtā] » (Ap 20, 5).

Pour le verset suivant, la London Bible Society utilise un manuscrit qui a le mot « mnātā : la part », d’où la traduction :

« Bienheureux et saint, / qui a part au premier Relèvement [qyāmtā] » (Ap 20, 6).

Mais, pour être plus précis, il est bon de revenir au manuscrit de Crawford qui a le mot « mītā : mort » : il s’agit bien dans ce premier Relèvement des apparitions des défunts saints :

« Bienheureux et saint, / le défunt au premier Relèvement » (Ap 20, 6).

La première résurrection est une manifestation des saints du Ciel pendant la durée du millenium. Vont-ils se réincarner sur la terre ? Ce serait une absurdité et une régression, puisqu’ils sont déjà dans la gloire du Ciel. Ils vont simplement apparaître avec le Christ dans la gloire. Vu du côté des saints qui apparaissent, elle ne se distingue pas d’une seconde résurrection, c’est déjà la vie éternelle. Mais vu du côté de l’histoire terrestre, c’est une première résurrection. Cette interprétation est cohérente avec saint Paul qui dit que les saints du ciel apparaitront avec le Christ dans la gloire (1Th 3, 13).

Nous pouvons alors prier ce psaume avec tous ceux qui n’ont pas fêté Pâques et qui ne voient pas d’issue humaine à leurs difficultés :

« Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! Toi qui me libères dans la détresse, pitié pour moi, écoute ma prière ! Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle, le Seigneur entend quand je crie vers lui. Beaucoup demandent : ‘Qui nous fera voir le bonheur ?’ Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage ! Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul, dans la confiance ».

Deuxième lecture (1 Jn 2, 1-5a)

Mes petits enfants, je vous écris cela pour que vous évitiez le péché. Mais si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus-Christ, le Juste. C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement des nôtres, mais encore de ceux du monde entier. Voici comment nous savons que nous le connaissons : si nous gardons ses commandements. Celui qui dit : ‘Je le connais’, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Mais en celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection. – Parole du Seigneur.

« Nous avons un défenseur devant le Père : Jésus-Christ, le Juste ».

« Un défenseur [paraqlīṭā] », c’est à la fois un mot grec et un mot araméen.

Selon l’étymologie grecque, le paraklètos est celui qui est appelé aux côtés, appelé à l’aide : un assistant ou un adjoint, un avocat, ou encore un intercesseur, un consolateur. Dans le monde grec, le paraclet est l’avocat qui prend la défense de son client, donc celui qui sauve d’une condamnation. D’où la traduction fréquente du mot par « avocat ».

D’après l’araméen, le mot paraqlitâ se comprend ainsi. Le verbe praq signifie : séparer, relâcher, racheter tandis que lawTthà signifie malédiction. Le Paraclet rachète de la malédiction. De plus, à la synagogue, le paraclet est le souffleur qui aide le récitateur des textes sacrés, et au tribunal, c’est le conseiller qui « souffle » au témoin sa déposition qu’il a préparé et apprise par cœur, sans toutefois parler à la place du témoin, qui doit y mettre du sien.

Dans la première lettre de Jean, Jésus est appelé paraclet, il nous rachète de la malédiction parce que durant sa douloureuse Passion, il a réparé pour tous nos péchés, et pour ceux du monde entier, comme le dit saint Jean : « C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement des nôtres, mais encore de ceux du monde entier » (1Jn 2,2). La Bible de Jérusalem dit « C'est lui qui est victime de propitiation pour nos péchés » (1Jn 2,2), l’image étant celle du propitiatoire, le couvercle de l’arche d’Alliance dans le Saint des Saints. Lorsque le grand prêtre l’aspergeait du sang du sacrifice, alors Dieu en quelque sorte touchait le sacrifice, la réconciliation était obtenue. Jésus est le grand prêtre définitif qui offre le sacrifice de son propre sang et qui obtient la réconciliation pour tous, à condition toutefois de l’accueillir comme notre Sauveur.

Prenons des exemples concrets.

Quand Jésus est giflé chez le grand prêtre Anne, il répare les timidités de ceux qui se découragent facilement, ou qui, ayant peur, ne disent pas la vérité.

Durant le procès chez Caïphe, le cœur de Jésus répare, dans le plus grand calme, les calomnies, les haines, les faux témoignages, le mal fait avec préméditation aux innocents...

Durant sa flagellation, Jésus répare les péchés contre la modestie et tous les péchés de la chair, et quand il est vêtu comme un fou, il répare la folie de tant de créatures quand elles tombent dans le péché !

Couronné d’épines, il répare nos péchés d’orgueil. Savons-nous attribuer à Dieu le bien que nous faisons ? Savons-nous nous estimer inférieurs aux autres ?

Puis les Juifs font reprendre à Jésus ses vêtements. Apparemment, l'action est bonne, mais, dans leur coeur, elle est mauvaise. Et le bien, quand il est mal fait, porte à la dureté. Juste après adviennent les cris : Crucifie-le ! Et Jésus, unissant sa volonté à celle du Père, gravit le chemin du calvaire.

Il est notre Paraclet, mais nous devons nous unir à lui pour recevoir de lui sa vie divine. Par conséquent, nous unir à son Humanité infiniment sainte. Unir nos pensées aux siennes, pour réparer mes pensées mauvaises et celles de tous, parce que dans l’union à la volonté divine, tout devient universel et éternel. Unir nos yeux à ceux de Jésus pour réparer les regards mauvais. Unir notre coeur au sien pour réparer les tendances, les affections et les désirs mauvais, et s’unir à son Amour infini et au bien immense que Jésus fait à tous.

Dieu est amour, Dieu est lumière. Pour connaître la lumière quand on est dans une maison, il faut que les vitres soient bien propres. Pour connaître Dieu, il faut que les fenêtres de l’âme, c’est-à-dire les cinq sens, soient purs. C’est pourquoi la connaissance de Dieu va de pair avec l’observance des commandements de Dieu.

Regardons d’abord les commandements envers Dieu.

Les pratiques occultes sont justement interdites parce que, comme leur nom l’indique, elles occultent la rencontre avec le Créateur. Les esprits, les anges déchus, ne sont pas Dieu le Créateur, et faire commerce avec eux obstrue la connaissance de Dieu.

Celui qui est enfermé dans un activisme sans respecter le repos hebdomadaire et les fêtes, celui-là ne peut pas connaître Dieu parce que l’horizon de la production enferme son regard, et Dieu est au-delà des choses à faire et des résultats à produire.

Regardons aussi les commandements envers le prochain.

Honorer ses propres parents conduit à remercier pour le don de la vie, qui, en dernier ressort, provient non seulement de nos parents, mais de Dieu le créateur lui-même. Si donc nous honorons nos parents, nous apprenons à connaître Dieu comme étant l’origine de notre existence, nous apprenons à connaître Dieu.

Respecter la vie, ne pas tuer, c’est aussi un commandement qui nous fait connaître que Dieu aime la vie, qu’il est patient, qu’il laisse aux gens le temps de se tourner vers lui.

L’être humain est un être de parole, créé par une parole divine, créé pour répondre à une parole divine. Ne pas commettre d’adultère, c’est aussi s’engager à procréer dans le cadre d’une union scellée par une parole réciproque, devant témoins, et devant Dieu. À l’inverse, commettre l’adultère est le signe que l’on ne connaît ni Dieu, ni la nature humaine, créé par une parole divine, créé pour répondre à une parole divine…

L’homme est créé libre, et la propriété est l’espace où il peut exercer cette liberté. Celui qui respecte la propriété du prochain montre qu’il connaît Dieu. Mais celui qui vole ne se comporte pas comme un fils de Dieu.

Il en est de même pour celui qui ment ou pour celui qui convoite.

La connaissance de Dieu est la connaissance d’une personne et de ses us et coutumes, c’est la connaissance du Créateur et du sens de la création. C’est pourquoi saint Jean écrit : « Mes petits enfants, je vous écris cela pour que vous évitiez le péché ». Car avec le péché, personne ne peut percevoir Dieu qui n’est qu’amour, vie et paix. Et il n’y a pas à discuter pour savoir si les commandements de Dieu sont actuels ou pas, car Dieu, qui est éternel, est aussi le souverain maître de l’histoire. « Celui qui dit : ‘Je le connais’, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Mais en celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection. » (1Jn 2, 4-5).

 

Évangile (Lc 24, 35-48)

Dans une traduction depuis l’araméen pour la proclamation orale, avec une reprise de souffle, un balancement et quelques gestes sobres.

« 35 Et, eux aussi,
ils racontèrent ce qui s’était passé en chemin, / et comment il s’était fait reconnaître à eux tandis qu’il rompit le pain.

36       Et, tandis qu’ils parlaient de ces choses,
Jésus se tint debout parmi eux, / et leur dit :
‘La paix [soit] avec vous ! / C’est moi, ne craignez pas !’

37 Et, eux, ils furent effrayés, / et ils étaient dans la crainte !
Ils s’imaginaient, en effet, / qu’ils voyaient un esprit [1] !

38                 Jésus leur dit :
Pourquoi êtes-vous agités ? / Et pourquoi des pensées montent-elles en vos cœurs ?
39 Voyez mes mains / et mes pieds !
C’est bien moi !
Touchez-moi / et reconnaissez [-moi] !
Car un esprit / n’a pas de la chair et d’os,
comme vous voyez / que j’ai !

40 Et, ayant dit ces choses-là,
il leur montra ses mains / et ses pieds.

Et comme jusqu’ici ils étaient incrédules du fait de leur joie, / et qu’ils étaient stupéfaits,
41       il leur dit :
‘Avez-vous ici / quelque chose à manger ?’

42 Or, eux, / ils lui donnèrent une portion
de poisson grillé / et de rayon de miel.

43 Et il [la] prit / [et] mangea devant leurs yeux.

44                 Et il leur dit :
‘Ce sont ces paroles dont j’ai parlé avec vous, / tandis que j’étais auprès de vous :
qu’il convenait que s’accomplit / tout ce qui est écrit
dans la Loi de Moïse, / et dans les prophètes / et dans les psaumes, – à mon sujet’.

45 Alors, / il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.

46 Et il leur dit :
‘Ainsi est-il écrit / qu’ainsi il était juste
ue le Messie souffrît, / et qu’il se relevât, depuis le séjour des morts, le troisième jour ;
47 et que fût prêchée, en son Nom, / la conversion pour la remise des péchés dans toutes les nations,
et que le prologue adviendra / à partir de Jérusalem !

48 Et c’est vous qui êtes / mes témoins de ces choses ! »

Le verset 35 est la finale de l’évangile des pèlerins d’Emmaüs.

  • Lc 24, 36-43

Au verset 36 « la paix soit avec vous », se récite comme avec le geste du prêtre à la messe.

Or les disciples restent effrayés parce qu’ils pensent voir la manifestation d’un « esprit », il faut comprendre ici un défunt, un spectre ou fantôme (Lc 24, 37). La manifestation des spectres peut être dangereuse et la Loi interdit d’invoquer les morts : « Celui qui s’adressera aux spectres […], je me tournerai contre cet homme-là et je le retrancherai du milieu de son peuple » (Lv 20, 6).

Jésus invite ses apôtres à le toucher, et en particulier, il leur montre ses mains et ses pieds. Ces gestes n’ont pas seulement l’effet de les rassurer, ils prémunissent les disciples d’une tentation subtile. En effet, les femmes qui montèrent au calvaire savaient que Jésus était mort martyrisé, mais les disciples qui ont fui n’ont pas la même expérience, et ils doivent être prémunis contre la tentation d’imaginer que Jésus ait miraculeusement réchappé au martyre et continue à vivre sans avoir vraiment connu la mort.

Et il ne s’agit pas d’une supposition gratuite, d’une hypothèse frivole. Beaucoup cèderont à cette tentation en proclamant qu’il est impensable que le Messie ait échoué dans le projet de domination mondiale que Dieu est présumé lui avoir confié, au point de mourir sur une croix ‒ ce qui est une malédiction au regard biblique (Dt 21, 23) ‒; quelqu’un d’autre lui aurait été substitué et il aurait été enlevé au Ciel, où il attendrait le moment de revenir sur terre, de reprendre le travail et de réussir la conquête du monde. Dans un passage du Testament de Lévi, écrit comme un reproche aux Juifs, il n’est pas précisé que Jésus soit mort [2]. Et le Coran dit que les Juifs n’ont pas vraiment tué Jésus, mais « quelque chose de ressemblant pour eux [à leurs yeux], … mais Dieu l’a élevé vers lui » (sourate 4, 157-158).

D’autres, pour une autre raison, prétendront que Jésus n’est pas mort et ne s’est donc pas non plus réellement relevé des morts, en lui faisant dire : « Je ne suis pas celui qui est attaché à la croix » [3]. On a appelé cela le « docétisme », mais il s’agit d’un élément propre à tous les systèmes spiritualistes ou gnostiques.

Or Jésus a insisté pour montrer ses mains et ses pieds, c’est-à-dire les marques de sa crucifixion, et il a demandé quelque chose à manger. Les disciples présentent du poisson grillé, sans doute parce que leur repas est un repas de deuil avec du poisson, et un rayon de miel [4]. Et Jésus les mange (il les consume d’une manière surnaturelle…).

  • Lc 24, 44-49

Ensuite, le Ressuscité se réfère aux Écritures. Le prophète Daniel avait annoncé un Messie massacré (Dn 9, 26), donc sa souffrance et son passage au séjour des morts. Le prophète Isaïe avait annoncé que la Parole viendrait de Jérusalem (Sion) pour toutes les nations (Is 2, 1-3), et que le serviteur souffrant serait « frappé pour le crime de son peuple » (Is 53, 8) et qu’il « justifiera les multitudes en s'accablant lui-même de leurs fautes » (Is 53, 11), donc on peut dire qu’Isaïe annonça une prédication ayant son prologue à Jérusalem, et « la conversion pour la remise des péchés dans toutes les nations » (Lc 24, 47).

Jésus a pris soin de mentionner aussi, parmi les Écritures, les psaumes, donc aussi le psaume 110 qui est ici très utile. En effet, dans l’Ancien Testament, seul le grand prêtre pouvait annoncer la remise des péchés, spécialement au Yom Kippour. Cette prérogative est maintenant donnée aux apôtres. On ne pouvait pas immédiatement les appeler « prêtres » ou « grands prêtres » sans créer une confusion avec le sacerdoce lévitique lié à la descendance d’Aaron : il faudra expliquer qu’ils sont, comme le psaume 110 l’annonçait du Messie, prêtres « selon l’ordre de Melchisédech » (cf. Gn 14, 18). L’appellation « grands prêtres » pour désigner les successeurs des apôtres adviendra cependant très vite [5].

De plus, du fait que Jésus ait prié un psaume durant sa Passion – « en tes mains je remets mon esprit » (Ps 31, 6), on peut penser que Jésus ouvre aux disciples une manière chrétienne de prier les psaumes. Saint Augustin dira (sermon 282), que le Christ prie les psaumes « pour » nous comme grand prêtre, il prie « en » nous comme notre tête, et il prie « par » nous comme notre Dieu.

« Ainsi est-il écrit […] que le prologue adviendra à partir de Jérusalem ! » (Lc 24, 46-47) 

Joliment, Luc désigne le commencement de la prédication apostolique par le mot « prologue šūrāyā ». La prédication partira de Jérusalem : en effet, ce sont les événements vécus à Jérusalem qui sont le fondement, théologique et spirituel, de la prédication « en son Nom ». La Passion (à Jérusalem) accomplit la victoire de Jésus sur Satan, celui qui provoqua le péché des origines. Jésus a opéré une réparation « en Adam », désormais les apôtres peuvent atteindre tous les hommes, tous les fils d’Adam dans toutes les nations, « en son Nom ».

«  Et c’est vous qui êtes / mes témoins de ces choses ! » (Lc 24, 48) La prédication des apôtres est un témoignage. Il ne s’agit pas d’enseigner une doctrine humaine à partir d’eux-mêmes, il s’agit de témoigner de Jésus (« Les Douze ont témoigné »).

« Et que fût prêchée, en son Nom, / la conversion pour la remise des péchés dans toutes les nations » (Lc 24, 47). Nous avons traduit « prêcher » la conversion : racine krz signifie prêcher plus que proclamer, il ne s’agit pas de déclamer un discours, il faut l’onction de l’Esprit Saint pour amener à la conversion et au pardon.

Le verset 49, qui n’est pas dans la lecture de ce dimanche, donne en effet :

« 49 Et, moi, j’enverrai sur vous / la promesse de mon Père !
Vous, donc, / demeurez à Jérusalem, la ville,
jusqu’à ce que vous revêtiez / la puissance d’En-Haut ! »

L’Esprit Saint est appelé « promesse de mon Père » (Jésus avait en effet dit : « car l’Esprit Saint vous enseignera en cette l'heure-là ce qu'il conviendra de dire » (Lc 12, 12), et il est utile de rappeler que la vision hégélienne d’un sens de l’histoire dans lequel le temps de « l’esprit » actuel (est-ce l’Esprit Saint ?) supplanterait le temps du Père, est contraire à cette parole de Jésus. L’Esprit Saint est envoyé par Jésus, il est promis par le Père, il est la puissance d’En-Haut, une puissance par laquelle les disciples participent à la victoire de Jésus sur Satan, le Tentateur depuis les origines.

Le don de l’Esprit Saint (Lc 24, 49) associé à la mission de remettre les péchés (Lc 24, 47) correspond au sacrement de l’ordre, et il a son parallèle dans l’évangile selon saint Jean (Jn 20, 22-23).

 

[1] Araméen : rūḥā, ou grec : πνευμα, désigne à cette occasion un fantôme.

[2] “L’homme qui aura renouvelé la Loi par la puissance du Très-Haut, vous le saluerez du titre d’imposteur, vous vous jetterez sur lui pour le tuer, sans savoir s’il se relèverait et faisant retomber dans votre malice le sang innocent sur votre tête. Mais je vous le dis, à cause de lui, votre sanctuaire sera dévasté jusqu’aux fondations” (16,3-4).

[3] Actes de Jean, n° 99 in JAMES M. R., The Apocryphal New Testament, Oxford, Clarendon Press, 1924 ‒ 2nd éd. 1953, p. 255.

[4] Le miel n’est pas présent dans tous les manuscrits grecs, ni dans le manuscrit syriaque du Sinaï.

[5] TRADITION APOSTOLIQUE § 34, Ed. B. Botte, Münster, 1963, p. 80-81

 

Françoise Breynaert

Date de dernière mise à jour : 29/02/2024