14e dimanche ordinaire (B)

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Voici pour mémoriser le texte de l'évangile de ce jour en vue d'une récitation orale avec reprises de souffles.

Evangile mc 6 1 6 14e dimanche ordinaire bEvangile Mc 6, 1-6 -- 14e dimanche ordinaire B (124.63 Ko)

Podcast sur  : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#

Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30). 

Première lecture (Ez 2, 2-5)

Psaume (Ps 122 (123), 1-2ab, 2cdef, 3-4)

Deuxième lecture (2 Co 12,7-10)

Évangile (Mc 6, 1-6)

Première lecture (Ez 2, 2-5)

En ces jours-là, l’esprit vint en moi et me fit tenir debout. J’écoutai Celui qui me parlait. Il me dit : « Fils d’homme, je t’envoie vers les fils d’Israël, vers une nation rebelle qui s’est révoltée contre moi. Jusqu’à ce jour, eux et leurs pères se sont soulevés contre moi. Les fils ont le visage dur, et le cœur obstiné ; c’est à eux que je t’envoie. Tu leur diras : ‘Ainsi parle le Seigneur Dieu...’ Alors, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas – c’est une engeance de rebelles ! – ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. » – Parole du Seigneur.

Nabuchodonosor déporte l’élite juive à Babylone. Ézéchiel se tait. Dieu le comble de visions, mais il se tait, il se prosterne (Ez 1, 28). Ézéchiel ne tient debout que parce que Dieu le veut bien : « l’esprit vint en moi et me fit tenir debout » (Ez 2, 2). Ézéchiel a le sentiment aigu de son propre néant devant Dieu.

Il ne s’agit pas de jouer au prophète, au nom de Dieu, avec des paroles qui contraignent les autres, les obligent, les troublent – « Dieu m’a dit »… Il ne s’agit pas de prendre la parole comme si Dieu ou Marie parlait à travers nous en disant : « Mes enfants… ». Les oracles bibliques ne sont pas un style pour contraindre les autres selon notre pensée personnelle. Ézéchiel n’a pas joué au prophète, sa parole ne venait pas de lui : par lui-même, il ne tenait pas debout, il était réduit à rien, prostré. Pire, la plupart des gens ne l’écoutaient pas… Il aurait pu douter, renoncer, mais le Seigneur le confirma dans sa vocation de prophète, « qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas – c’est une engeance de rebelles ! – ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. »

Être prophète consiste d’abord à s’opposer au mensonge et à l’injustice. Le prophète s’expose donc à l’adversité. Ainsi, Élie s’est opposé aux nombreux prophètes de Baal, il s’est opposé au roi et à la manière dont le roi a accaparé la vigne de Nabot, il s’est aussi opposé à la reine Jézabel et aux cultes des Baals. Il en a été persécuté.

Ézéchiel part en exil en -597, et reste hébété pendant 7 jours (Ez 3,15). Dieu enfin le met devant sa responsabilité « je t’établis guetteur » (Ez 3, 17), il se tait encore ! Dieu accepte le silence d’Ézéchiel, il fait de ce silence sa parole : « Tu seras muet, et tu ne seras plus pour eux celui qui réprimande, car c’est une engeance de rebelles » (Ez 3, 26). Mais plus tard, Ézéchiel parlera, « et lorsque je te parlerai, je t’ouvrirai la bouche » (Ez 3, 27). De façon très explicite ce n’est pas le prophète qui parle, mais c’est Dieu à travers lui, avec des oracles caractérisés. Par exemple, « J’amènerai l’épée contre vous, oracle du Seigneur YHWH » (Ez 11, 8). « Quant à ceux dont le coeur est attaché à leurs horreurs et à leurs abominations, je leur demanderai compte de leur conduite, oracle du Seigneur YHWH » (Ez 11, 21).

En même temps, Ézéchiel dénonce aussi les fausses visions : « Ils ont des visions vaines, un présage mensonger, ceux qui disent : "Oracle de YHWH" sans que YHWH les ait envoyés ; et ils attendent la confirmation de leur parole » (Ez 13, 6). Il vaut mieux être prophète par la droiture de nos vies, plutôt que de prétendre imprudemment donner des oracles et des paroles de connaissance, car Dieu en demandera compte. Être prophète ne consiste pas d’abord à annoncer l’avenir, mais à parler au nom de Dieu, ce qui implique d’être soi-même fidèle à Dieu en plaçant les commandements de Dieu au-dessus de nos intérêts personnels. Pour un chrétien, le signe que nous parlons au nom de Dieu, c’est le signe de la croix : il en coûte toujours de parler au nom de Dieu.

L’Église tarde souvent à canoniser des personnes qui ont eu beaucoup de visions ou de prophéties, parce qu’un saint canonisé est un modèle pour les autres, et si on met trop en valeur des charismes exceptionnels, on risque une épidémie de faux visionnaires en suggérant que ces charismes constituent la vie normale du chrétien, alors qu’ils sont des dons particuliers pour le service de l’Église.

Nous sommes d’abord prophètes par notre vie tout entière, par nos gestes, nos attitudes quotidiennes, par notre justice, par nos œuvres et les paroles justes que nous prononçons dans les circonstances qui se présentent. Une personne qui vit dans l’Esprit Saint a tellement le bon mot au bon moment qu’on se demande si elle connaît le secret des personnes et des circonstances. En fait, elle ne les connaît pas, mais, sans en avoir l’air, elle est guidée par l’Esprit Saint.

La parole humaine est un don de Dieu, les animaux n’échangent que des affects et des informations, la parole humaine va bien au-delà. C’est pourquoi il est si important de respecter notre parole. D’avoir une parole limpide, intelligible, stable. On ne doit pas parler de manière ambigüe pour que l’autre puisse interpréter faussement ce que nous lui disons. Dieu a créé le monde par sa parole. Dieu a ensuite parlé aux hommes par les prophètes. Ézéchiel est un prophète.

     

« Une engeance de rebelles ».

La rébellion n’est pas l’indignation. On peut s’indigner devant des informations manifestement faussées ou devant une attitude injuste. Il faut résister au méchant, mais il ne faut pas résister à la grâce.

Nous avons un exemple de rébellion dans l’évangile, quand les gens de Nazareth, s’étonnent des miracles de Jésus sous prétexte qu’il est le charpentier. Ils se scandalisent parce que Jésus est le fils de Marie, sous-entendu Jésus qui est seulement le fils de Marie, ne devrait pas avoir une sagesse supérieure ni faire des actes de puissance. Cette rébellion constitue une résistance à la grâce, et à cause de cette rébellion, Jésus ne peut faire que peu de guérisons (Mc 6, 1-6). Jésus leur dit : « Il n’y a pas de prophète qui soit méprisé / sinon dans sa ville,

et parmi ses parents, / et dans sa maison. » (Mc 6, 4)

En araméen, le verbe ṣᶜr traduit ici par « mépriser » connote avec l’idée de honte, d’infamie et d’outrage. Mais Jésus est persévérant. Il va faire une tournée d’évangélisation. Il continue sa mission. D’ailleurs, sa parenté de Nazareth évoluera favorablement : Jacques, dit le mineur, est le premier « évêque » de Jérusalem et meurt martyr. Simon, écrit Hégesippe, lui succède « parce que c’était un second cousin du Seigneur » (Eusèbe, Histoire ecclésiastique III,11-12 et 19-20).

« Tu leur diras : ‘Ainsi parle le Seigneur Dieu...’ Alors, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas – c’est une engeance de rebelles ! – ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. » Ézéchiel est un exemple de persévérance. Il continue de parler alors même que les gens le méprisent et ne l’écoutent pas, du moins pour le moment. C’est un exemple pour nous. Nous devons apprendre à tenir ferme, à ne pas changer d’avis dès qu’il y a un peu d’opposition autour de nous. Nous devons savoir persévérer dans la vérité, « qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas ».

Puisse le Seigneur nous accorder la grâce de la persévérance finale, avec douceur et simplicité de cœur.

Psaume (Ps 122 (123), 1-2ab, 2cdef, 3-4)

Vers toi j’ai les yeux levés, vers toi qui es au ciel, comme les yeux de l’esclave vers la main de son maître. Comme les yeux de la servante vers la main de sa maîtresse, nos yeux, levés vers le Seigneur notre Dieu, attendent sa pitié. Pitié pour nous, Seigneur, pitié pour nous : notre âme est rassasiée de mépris. C’en est trop, nous sommes rassasiés du rire des satisfaits, du mépris des orgueilleux !

Le psaume 122 (123) date probablement du temps de Néhémie (445-423). Au retour d’exil, le Temple a été rebâti, mais le pays est encore en reconstruction et les gens se sentent humiliés d’être sous la domination de l’administration perse.

Jésus assume ce psaume. Il l’a prié, lui aussi. Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus est méprisé dans sa ville, lui qui est à la fois le Fils et le Serviteur prophétisé par les chants d’Isaïe. Méprisé, il ne sera pas confondu, Dieu son Père le glorifiera.

Dans ce psaume, le serviteur et la servante sont posés en modèle. Servir le Seigneur, c’est recevoir de Dieu une fécondité merveilleuse, comme l’a dit Jésus : « Ceux-ci sont ma mère et mes frères : / ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la pratiquent ! » (Lc 8, 21). La servante du Seigneur, comme la Vierge Marie, devient la mère du Verbe, la mère du Fils de Dieu… Le serviteur du Seigneur est aimé de Dieu le Père… Nous pouvons faire de ce psaume une prière chrétienne, comme dans les oraisons du psautier : « Notre Père qui es au ciel, nos yeux se lèvent vers toi : nous attendons tout de ta main. Si nous sommes méprisés à cause du Christ, n’oublie pas que nous sommes tes serviteurs, et prends pitié de nous ».

Saint Paul a certainement prié ce psaume, lui qui est devenu le serviteur du Seigneur sur le chemin de Damas, alors que le Christ ressuscité lui est apparu en lui disant : « Mais relève-toi et tiens-toi debout. Car voici pourquoi je te suis apparu : pour t’établir serviteur et témoin de la vision dans laquelle tu viens de me voir et de celles où je me montrerai encore à toi » (Ac 26, 16). La seconde lecture nous dit que Paul a accepté « de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes ». Combien a-t-il pu prier ce psaume : « Vers toi j’ai les yeux levés, vers toi qui es au ciel », etc. Nous nous tournons vers Dieu parce que nous savons que lui le premier nous aime et veille sur nous. « Nos yeux, levés vers le Seigneur notre Dieu, attendent sa pitié. Pitié pour nous, Seigneur, pitié pour nous : notre âme est rassasiée de mépris… »

Voici un exemple vécu, récent, en Inde. Dans le village de Hari (pseudonyme), il n’y a de la place que pour la religion traditionnelle. Celui qui s’en éloigne est considéré comme un traître. C’est pourquoi la famille de Hari était furieuse quand il a décidé de suivre Jésus. Il se souvient : «Mes parents me détestaient. Mes frères et soeurs m’ont forcé à quitter la maison à cause de ma nouvelle foi.»

Bien que chassé par sa famille suite à sa conversion, Hari a décidé d’étudier la théologie. Et il est revenu dans son village, après être devenu pasteur.

Les extrémistes hindous ont alors commencé à chercher un moyen d’arrêter Hari et les autres chrétiens. Mais le Seigneur veillait sur lui : «Ils ont fait pression sur la police locale et m’ont fait arrêter à deux reprises sous de fausses accusations de conversion forcée. Mais ils n’ont pu trouver aucune preuve et ils ont dû à chaque fois me relâcher », précise-t-il.

Puis la persécution s’est intensifiée : « Des extrémistes religieux et des policiers ont fait irruption dans l’église », raconte Hari. Ils lui ont demandé : « Qui vous a donné le droit de faire cela ? » Il a répondu :

«La Constitution indienne, mais aussi la Bible et le Dieu que je vénère me donnent le droit de prêcher.» «Je ne force pas les gens : ils écoutent ma prédication et s’ils l’apprécient, ils se joignent à l’église ! ». Mais les policiers n’ont rien voulu entendre. Hari raconte : «Ils m’ont interdit d’organiser des services religieux et devant la police, les extrémistes ont menacé de me tuer.»

Puis ils ont fermé l’église et l’ont mise sous scellés... « Nous nous réunissons maintenant en secret, en petit nombre, dans des maisons, explique-t-il. Nous prenons des précautions, mais même s’ils doivent me tuer, je veux continuer à servir le Seigneur. Il m’a donné sa vie et pendant toutes ces années, il m’a protégé de ceux qui me menaçaient.»

Malgré la fermeture de son église et les menaces constantes, Hari ne perd pas courage et continue de servir avec passion. Son histoire est celle de nombreux responsables d’église aujourd’hui en Inde, qui sont régulièrement arrêtés, menacés, voire attaqués.

https://www.portesouvertes.fr/edifier/filrouge/inde-meme-s-ils-doivent-me-tuer-je-veux-servir-le-seigneur/?source=INNL

Avant de conclure, observons que ce psaume fait partie d’une série de quinze psaumes – Psaume 120 (119) à 134 (133) – qui se suivent dans le psautier et qui portent cette indication « cantique des montées » comme titre. Certains de ces psaumes peuvent remonter au temps de Josias qui centralisa le culte à Jérusalem (en interdisant les sanctuaires locaux), d’autres sont plus tardifs.

Jérusalem est sur la hauteur. En conséquence, on monte à Jérusalem lors de l’Exode depuis l’Égypte ou lors du retour d’Exil depuis Babylone. On y monte lors de chaque pèlerinage, de sortent que ces psaumes accompagnent les pèlerinages de la fête des Tentes, de Pâque, et de Pentecôte, depuis le départ jusqu’au retour.

Ces psaumes sont assez courts.

Ils utilisent le mètre élégiaque, un stique long suivi d’un stique court, ce qui ne se voit pas toujours en français. Par exemple :

Pitié pour nous, Seigneur, / pitié pour nous.

Certains mots ou certaines expressions sont repris d’un verset à l’autre. Ici :

« Vers toi j’ai les yeux levés, / vers toi qui es au ciel,
comme les yeux de l’esclave / vers la main de son maître.

Comme les yeux de la servante / vers la main de sa maîtresse,

nos yeux, levés vers le Seigneur notre Dieu, / attendent sa pitié.

Pitié pour nous, Seigneur, / pitié pour nous.
Notre âme est rassasiée de mépris. /

C’en est trop, nous sommes rassasiés / du rire des satisfaits,

du mépris des orgueilleux ! [traduction de la BJ : le mépris aux orgueilleux !] »

On les appelle les psaumes « graduels » parce que le rythme des phrases ressemble à celui de la marche ; « gradus » en latin signifie le pas, la marche, le degré. On peut aussi penser que les lévites les chantaient sur les quinze marches qui séparaient le parvis des femmes et le parvis des hommes dans le Temple de Jérusalem.

Deuxième lecture (2 Co 12,7-10)

Frères, les révélations que j’ai reçues sont tellement extraordinaires que, pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : ‘Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse’. C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. – Parole du Seigneur.

Les révélations sont un don de Dieu. Dieu parle. Dieu choisit son instrument, mais les bénéficiaires de révélation ne sont pas ipso facto meilleurs ou plus saints que les autres. « Frères, les révélations que j’ai reçues sont tellement extraordinaires que, pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde… ».

Saint Paul ne méprise pas la chair. Dans les systèmes gnostiques, l’âme serait une parcelle divine et le corps serait la malheureuse prison de l’âme ; mais dans la pensée biblique, l’âme n’est pas une parcelle divine, elle est une capacité de participer au souffle divin. En araméen, l’âme, c’est la gorge ; l’Esprit, c’est le souffle. L’âme est le lieu de participation à l’Esprit Saint. Il n’y a pas besoin d’attendre saint Thomas d’Aquin et son idée d’entéléchie pour affirmer que l’âme humaine est équipée pour participer à la vie divine, le langage biblique l’exprime déjà à sa façon. Le fait est que l’équipement de l’âme est abîmé par le péché et qu’il doit être réparé. Le Nouveau Testament parle de cette restauration, ou salut. Mais cette restauration n’est pas celle de l’âme prise isolément, c’est la restauration de la nature humaine prise dans son ensemble. D’ailleurs, dans son Ascension, Jésus monte au ciel non seulement avec son âme, mais aussi avec son corps, et l’Apocalypse nous dit que cela provoque une révolte des anges (Ap 12, 7) ! Paul ne méprise pas la chair.

« Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi [« l’écharde dans ma chair»]. Mais il m’a déclaré : ‘Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse’. » Saint Jean Chrysostome, (mort en 407, il a été archevêque de Constantinople) commente : « Si tu me demandes pourquoi, dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, il y a tant de périls, tant d’afflictions, tant d’embûches, connais-en la cause. Cette cause, quelle est-elle ? C’est que cette vie est en quelque sorte un lieu d’exercice, un gymnase, un combat, une fournaise, un atelier pour la vertu. […] Les orfèvres jettent l’or clans la fournaise, et le soumettent à l’action du feu pour le rendre plus pur ; les maîtres de gymnastique exercent les athlètes par beaucoup de fatigues dans le lieu d’exercices, ils attaquent leurs élèves avec plus d’ardeur que des adversaires, afin qu’ayant acquis dans le gymnase toute la vigueur désirable ils brillent dans les luttes véritables, et sachent éviter de donner aucune prise à leurs ennemis : Dieu n’agit pas autrement sur nous dans cette vie lorsqu’il veut former l’âme à la vertu. Il la serre, il la fond, il la livre à l’épreuve du malheur, afin que les faibles et les lâches soient brisés dans cette étreinte, et que les hommes vertueux deviennent ainsi plus vertueux encore, ne se laissent pas prendre par les embûches du démon, par les filets de Satan, et soient tous dignes de recevoir les récompenses éternelles. […]

C’est pour cette raison qu’il a laissé Job souffrir tous ses maux, afin qu’il parût plus éclatant ; c’est pour cette raison qu’il a affligé les apôtres, afin qu’ils devinssent plus courageux et déployassent ainsi toutes leurs forces : assurément ce n’est point là une raison de peu de valeur. Aussi dit-il à Paul qui lui demandait de donner une fin, d’accorder une trêve à ses maux : ‘Ma grâce te suffit, car ma force s’accomplit dans la faiblesse’ ». (Chrysostome 2 Discours (t4) 121)

Que dirai je de l’épouse de Pharaon? N’a-t-elle pas accusé Joseph ? ne l’a-t-elle pas calomnié ? ne l’a-t-elle pas fait charger de chaînes et jeter en prison ? n’a-t-elle pas suspendu sur sa tête la menace des plus terribles dangers ? […] N’a-t-elle pas jeté sur lui l’opprobre et l’infamie ? mais en quoi lui a-t-elle nui soit alors, soit aujourd’hui ? De même que le feu d’un charbon caché sous la paille paraît d’abord couvert, mais tout à coup dévore ce qui le recouvre, et, alimenté par cette paille elle-même, jette une flamme très grande ainsi la vertu, qui a paru ternie par la calomnie, reçoit ensuite un plus grand éclat, grâce aux obstacles mêmes qu’elle a rencontrés, et s’élève jusqu’au ciel. En effet, peut-on avoir plus de bonheur que n’en a eu ce vertueux jeune homme pour avoir souffert la calomnie, et avoir été entouré d’embûches, pour cela, dis-je, et non pour avoir exercé en Égypte une autorité royale, pour s’y être assis sur le trône ? C’est que toujours les souffrances sont récompensées par la gloire, les éloges et les couronnes. Joseph n’est-il pas, en effet, exalté par toute la terre ? […]

Que la patience avec laquelle ces justes ont supporté les épreuves, vous enseigne la fermeté. Voyant que toute la vie d’hommes si courageux et si sublimes n’a été qu’un tissu de maux, ne vous laissez effrayer ou consterner ni par vos propres afflictions, ni par les calamités publiques. Car c’est par la souffrance que l’Église s’est tout d’abord montrée si grande et qu’elle s’est ensuite étendue si loin. Ne t’étonne donc pas, il n’y a rien que d’ordinaire dans ce qui nous arrive. De même que pour les choses de ce monde, ce n’est pas là où l’on trouve de la paille, du foin ou du sable, mais là où l’on trouve de l’or et des perles, que les pirates, les corsaires, les voleurs, les fouilleurs de sépulcres, exercent continuellement leurs violences et préparent leurs embûches : de même aussi, c’est là où le démon voit accumulées les richesses de l’âme, c’est là où il voit rassemblés des trésors de piété,, qu’il dresse et fait avancer ses machines de guerre. Que si ceux contre lesquels sont préparés les pièges, veillent avec attention, non seulement ils n’essuient aucune perte, mais même ils grossissent leur trésor de vertu, comme on le voit aujourd’hui encore » (Chrysostome 2 Discours (t4) 122)

La première lecture nous parle d’une engeance de rebelles, c’est-à-dire des gens qui n’écoutent pas. Le prophète doit alors patienter et persévérer. L’évangile nous montre des gens qui méprisent Jésus dans sa propre ville ; ils se privent de grandes grâces, car Jésus ne peut faire que peu de guérisons. Cette lecture de saint Paul nous montre la bonne attitude, celle de celui qui ne se rebelle pas, et qui reçoit de grandes grâces : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse »… « J’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. »

Évangile (Mc 6, 1-6)

«1 Et il sortit de là, / et il vint vers sa ville ;

et ils étaient attachés à lui, / ses disciples.

2 Et, comme c’était le shabbat, / il commença à enseigner dans l’assemblée ;
et beaucoup, qui l’écoutèrent, / s’étonnèrent.

Et ils disaient :

‘D’où lui viennent ces choses-ci ?  / Quelle est la sagesse qui lui a été donnée ?

Pour que des actes de puissance comme ceux-ci / adviennent par ses mains ?

3
N’est-il pas, celui-ci, le charpentier ? / Le fils de Marie ?

Et le frère de Jacques, et de José, / et de Jude et de Simon [1] ?
Et ses sœurs ne sont-elles pas ici / auprès de nous ?

Et ils se scandalisaient de lui.

4 Et Jésus leur dit :
‘Il n’y a pas de prophète qui soit méprisé [2]
 / sinon dans sa ville,

et parmi ses parents, / et dans sa maison.’

5
Et il ne pouvait faire, là-bas, / pas même un seul acte de puissance ;

sinon sur quelques malades / il posa la main et guérit.

6
Et il s’étonna [3] / du défaut de leur foi.

Et il faisait la tournée des villages, / en enseignant.
»

Acclamons la Parole de Dieu.

En commentant la première et la seconde lecture, nous avons déjà évoqué le problème de la rébellion qui nous prive des grâces du Seigneur, comme ici les gens Nazareth, la ville de Jésus, se privent de ses miracles. Nous allons maintenant expliquer la mention des frères et sœurs de Jésus dans les évangiles.

Tout d’abord, Luc note que Marie met au monde son fils premier-né (Lc 2, 7). Cette indication prépare la présentation de Jésus au Temple, avec le sacrifice prescrit par Moïse pour le rachat des premiers-nés ou, plus précisément, de ceux qui ouvrent le sein, expression que Luc reprend (Lc 2, 23). On rachetait le premier-né dans le mois qui suivait sa naissance, c’est-à-dire sans qu’on sache s’il aurait ou non un cadet.

Ensuite, dans le Nouveau Testament, 7 citations évoquent des « frères et sœurs » de Jésus : En Mc 6,3 et Mt 13,55 : « Celui-ci n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? ». Ac 1,14 parle des « frères de Jésus ». Ga 1,19 parle de « Jacques, le frère du Seigneur ». Jude 1 parle de « Jude frère de Jacques » (qui peut être le frère du Seigneur). Jn 2,12 évoque : « sa mère, ses frères et ses disciples ». Et Mt 12,46 et ses parallèles parlent de « sa mère et ses frères ». Marie aurait-elle donc eu d’autres enfants ?

1. Jacques et Joset sont appelés « frères de Jésus » – Mc 6,3 et Mt 13,55– ils étaient très probablement les fils d’une Marie différente de la mère de Jésus. Marc dit en effet : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé » (Mc 15,40). Cette « Marie » est encore appelée plus loin « Marie, [mère] de Joset » (15,47), puis « Marie [mère] de Jacques » (16,1). Lc 24,10 aussi fait mention de « Marie, celle de Jacques ».

2. Simon était « le fils d’un oncle du Seigneur », « fils de Cléophas, frère de Saint Joseph », selon Hégesippe, originaire d’Orient, probablement de Syrie-Palestine, qui écrivit vers 150-200 des "mémoires" dont Eusèbe de Césarée rapporte plusieurs extraits (Eusèbe, Histoire ecclésiastique III,11-12 et 19-20). Marie (fille) de Cléophas devient Marie (l’épouse) d’Alphée, dont elle a quatre fils (Mc 6, 3). José (i.e. Joset, Joseph), l’aîné, après la mort du Christ, se retrouve héritier légitime du trône de David, mais il n’aura aucune revendication en ce sens, il gardera la maison de Nazareth. Jacques, dit le mineur, est le premier « évêque » de Jérusalem et meurt martyr. Simon, écrit Hégesippe, lui succède « parce que c’était un second cousin du Seigneur » : « second » est à comprendre en lien avec Jacques. Le dernier est Jude-Thaddée (surnom qui signifie le « chouchou »), il sera martyrisé à Babylone.

3. Les « frères et sœurs » de Jésus ne sont jamais appelés « fils ou filles de Marie ». Seul Jésus est appelé « le » fils de Marie. Et, de la Vierge, on dit seulement qu’elle est « la mère de Jésus ».

4. Jésus n’aurait pas confié Marie au disciple au pied de la Croix (Jn 19, 26) s’il avait eu des frères de sang. Si Marie avait eu d’autres enfants, elle n’aurait pas pu quitter les siens pour aller chez ce disciple.

5. Dans le grec du Nouveau Testament, le mot « frère Adelphos  » a souvent une signification qui n’est pas biologique.

6. Avec Marie « toujours Vierge » s’accomplissent aussi certains beaux textes de l’Écriture, telles que la prophétie de la « porte close » (Ez 44, 1-2), les images du « jardin clos » et de la « fontaine scellée » dans le Cantique des cantiques.

7. Enfin, il y a un argument de bon sens qui rejoint le sens commun de la foi. Déjà Philon, juif, avait compris que Léa cessa d’enfanter (Gn 29,35) après avoir engendré son quatrième fils, Judas parce que son nom qui veut dire « louer Dieu », et signifie le sommet de la perfection (De Plantatione, 135). Combien plus Marie, après avoir engendré la plénitude de la perfection, cessa-t-elle d’enfanter !

Conclusion.

Dans la profession du pape Virgile en l’an 551, comme au second Concile de Constantinople en l’an 553, la formulation « Marie toujours vierge » apparaît comme une évidence admise de tous.

La Constitution dogmatique Lumen gentium du concile Vatican II affirme la virginité de Marie dans la conception de Jésus et pendant l’enfantement (LG 57). Cette virginité est « consacrée ». Il s’agit d’une virginité permanente parce que Marie s’est consacrée entièrement à l’œuvre de son Fils qui dure jusqu’au salut de tous les hommes (LG 56) de sorte que c’est avec le titre « La Vierge » qu’elle déploie sa maternité spirituelle à notre égard (LG 61).

Absolument remarquable est la longue allocution de Jean-Paul II à Capoue en 1992, concernant la virginité de Marie, le fait et sa signification. Il serait trop long de la lire ici.

Nous pouvons dire, en citant Jean-Claude Larchet, que la virginité de Marie nous invite à prendre quelques distances vis-à-vis du freudisme ambiant : « Pour Freud, l’activité religieuse ou spirituelle de l’homme, au même titre que l’activité artistique, correspond à une sublimation de l’énergie sexuelle. L’amour que l’homme éprouve pour ses parents, ses enfants, ses semblables et même l’amour pour Dieu relève de la libido et a donc une nature sexuelle, il est seulement "inhibé quant au but" [4]. La conception chrétienne est tout opposée : pour elle, l’énergie sexuelle correspond à un investissement dans la sexualité, consécutif au péché ancestral d’une énergie qui était originellement orientée vers Dieu. » [5]

La virginité de Marie nous invite à nous orienter résolution vers Dieu et vers la résurrection. « À la résurrection… on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme les anges dans les cieux. » (Mt 22, 30 ; cf. Mc 12, 25). A la résurrection, tout ce qui est personnel en l’homme sera parfaitement réalisé dans le primat de l’esprit. Une personne chaste le vit déjà maintenant. Comme dit saint Jean-Paul II : « La résurrection consistera dans la parfaite participation de tout ce qui est corporel en l’homme à ce qui est spirituel en lui. La résurrection consistera en même temps dans la parfaite réalisation de ce qui est personnel en l’homme » [6]. Ce qui est personnel en l’homme, c’est son visage. Ce qui est corporel participe de ce qui est spirituel, et non pas l’inverse.

Les trois étoiles traditionnelles sur les icônes de la Mère de Dieu évoquent la virginité de Marie, avant, pendant et après l’enfantement du Christ : qu’elles illuminent nos cœurs !

 

[1] L’ordre des noms est le même en grec et en latin, mais il est différent de Mt 13, 53.

[2] Le verbe ṣᶜr  traduit ici par « mépriser » connote avec l’idée de honte, d’infamie et d’outrage.

[4] Cf. S. FREUD, Le malaise dans la culture, Paris 1995, p. 45.

[5] Jean Claude LARCHET, L’inconscient spirituel, Cerf Paris 2005, p. 39

[6] Jean-Paul II, Audience générale du 9 décembre 1981

Date de dernière mise à jour : 29/05/2024