4e dimanche Carême (B)

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Voici pour mémoriser le texte de l'évangile de ce jour en vue d'une récitation orale avec reprises de souffles.

Evangile Jn 3, 14-21Evangile Jn 3, 14-21 (80.24 Ko)

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Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30). 

Première lecture (2 Ch 36, 14-16.19-23)

Psaume (136 (137), 1-2, 3, 4-5, 6)

Deuxième lecture (Ep 2, 4-10)

Évangile (Jn 3, 14-21)

Première lecture (2 Ch 36, 14-16.19-23)

En ces jours-là, tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes, et ils profanaient la Maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem. Le Seigneur, le Dieu de leurs pères, sans attendre et sans se lasser, leur envoyait des messagers, car il avait pitié de son peuple et de sa Demeure. Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes ; finalement, il n’y eut plus de remède à la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple. […]

Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu, détruisirent le rempart de Jérusalem, incendièrent tous ses palais, et réduisirent à rien tous leurs objets précieux. Nabuchodonosor déporta à Babylone ceux qui avaient échappé au massacre ; ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils jusqu’au temps de la domination des Perses. Ainsi s’accomplit la parole du Seigneur proclamée par Jérémie : La terre sera dévastée et elle se reposera durant 70 ans, jusqu’à ce qu’elle ait compensé par ce repos tous les sabbats profanés. Or, la première année du règne de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole du Seigneur proclamée par Jérémie, le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse. Et celui-ci fit publier dans tout son royaume – et même consigner par écrit – : « Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem ! » – Parole du Seigneur.

Il s’agit du dernier chapitre du deuxième livre des chroniques, qui commente l’exil à Babylone comme un châtiment des fautes d’Israël, les fautes des prêtres et celles du peuple (2 Ch 36, 14-16). C’est une façon de lire l’histoire que l’on appelle deutéronomiste parce qu’elle repose sur la logique du Deutéronome chapitre 27-28, le péché amène son châtiment. La lecture deutéronomiste de l’histoire n’est pas la seule grille de lecture des événements du monde. Le malheur peut aussi être une épreuve qui fait du serviteur la lumière des nations, et sa souffrance peut être offerte comme sacrifice expiatoire (Is 42-53). Dans le cas présent, les prêtres et le peuple « tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes ».

Dieu se sert des Babyloniens pour châtier Israël, puis Cyrus pour mettre fin à ce châtiment par le retour au pays (2 Ch 36, 19-23). Pour comprendre que Dieu puisse ainsi utiliser les peuples pour faire progresser son dessein, il faut avoir pris conscience que Dieu est le roi de l’univers et qu’il est le souverain maître de l’histoire. Cette prise de conscience avait déjà été faite par Isaïe, le jour de sa vocation : « L'année de la mort du roi Ozias (740 avant J-C), je vis le Seigneur assis sur un trône grandiose et surélevé. Sa traîne emplissait le sanctuaire. 2 Des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. 3 Ils se criaient l'un à l'autre ces paroles : "Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaot, sa gloire emplit toute la terre." » (Is 6, 1-3) 

De même, l’auteur du 2e livre des Chroniques est capable de lire les événements en considérant que Dieu est le souverain maître de l’histoire. En conséquence, il ne faut pas suivre d’autres divinités telles que l’argent ou la renommée, il faut se donner à Dieu et lui être fidèle.

On entend le même message dans l'Apocalypse, dès l’ouverture : « Je suis l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, Il est, Il était et Il vient, le Maître-de-tout » (Ap 1,8), puis dans la grande vision de la liturgie céleste qui ouvre le collier des sept sceaux : « Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés d'yeux tout autour et en dedans. Ils ne cessent de répéter jour et nuit : Saint, Saint, Saint, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, Il était, Il est et Il vient. » (Ap 4,8)

De même, au ciel, 24 vieillards proclament : « Nous te rendons grâce, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, Il est et Il était, parce que tu as pris en main ton immense puissance pour établir ton règne » (Ap 11,17).

Dans l’ouverture du collier des 7 calices, ceux qui ont triomphé de la Bête « chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l'Agneau : "Grandes et merveilleuses sont tes oeuvres, Seigneur, Dieu Maître-de-tout ; justes et droites sont tes voies, ô Roi des nations » (Ap 15,3). Au moment du 3e calice, Jean entendit parler l’autel, où sont les reliques des martyrs : « Oui, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, tes châtiments sont vrais et justes » (Ap 16,7). Au moment du 6e calice, c’est la bataille de l’Armageddon, « et de fait, ce sont des esprits démoniaques, des faiseurs de prodiges, qui s'en vont rassembler les rois du monde entier pour la guerre, pour le grand Jour du Dieu Maître-de-tout. » (Ap 16,14)

Mais ensuite la venue glorieuse du Christ libère la terre de l’emprise du mal en opérant le jugement du faux prophète et de la bête : « Alors j'entendis comme le bruit d'une foule immense, comme le mugissement des grandes eaux, comme le grondement de violents tonnerres ; on clamait : "Alleluia ! Car il a pris possession de son règne, le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout » (Ap 19,6). « De sa bouche sort une épée acérée pour en frapper les païens ; c'est lui qui les mènera avec un sceptre de fer ; c'est lui qui foule dans la cuve le vin de l'ardente colère de Dieu, le Maître-de-tout » (Ap 19,15) – Ne tombons pas dans le piège des images, l’épée est dans sa bouche, c’est sa Parole. L’Apocalypse nous enseigne à ne pas prendre l’épée, « celui qui tue par l’épée, qu’il soit tué par l’épée ! » (Ap 13, 10 de l’araméen). Le seul et l’unique puisse juger le monde, c’est Jésus, l’Agneau innocent. Après le jugement, l’humanité réalisera sa vocation sur la terre, et Jean prend l’image d’une Jérusalem nouvelle, « De temple, je n'en vis point en elle ; c'est que le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout, est son temple, ainsi que l'Agneau » (Ap 21, 22). Nous n’avons donc pas à prendre parti dans des guerres eschatologiques autour de l’esplanade du temple à Jérusalem. Le Temple, c’est Dieu, et c’est Jésus, l’Agneau. En communion avec les saints du Ciel qui apparaitront avec le Christ, jusqu’à l’assomption finale (Ap 22).

Ce regard de foi nous donne de concentrer notre attention sur Jésus, de l’aimer, de lui faire confiance. Les évangiles nous montrent que Jésus est toujours compatissant envers ceux qui sont opprimés, envers les enfants, envers les justes qui ne peuvent plus avancer dans la vie. Cependant, nous ne sommes pas appelés à pleurer sur les informations quotidiennes, parce que nous devons être les témoins de Dieu qui considère les événements selon leur poids d’éternité.

Psaume (136 (137), 1-2, 3, 4-5, 6)

Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes. C’est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux, des airs joyeux : « Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. » Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie ! Je veux que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n’élève Jérusalem au sommet de ma joie.

Ce psaume répond à la première lecture qui parlait de l’exil des hébreux à Babylone jusqu’au jour où Cyrus permit leur retour à Jérusalem [Sion, c’est Jérusalem].

Pour saint Augustin, les « fleuves de Babylone » représentent tout ce que l'on aime ici-bas et qui est passager. » (Augustin, sur les Psaumes 137 n° 3). L’eau d’un fleuve coule, elle est passagère «  Donc les autres citoyens de la sainte Jérusalem, comprenant qu'ils sont en captivité, méditent sur les désirs humains, sur ces diverses passions qui entraînent avec violence, qui poussent et précipitent dans la mer ; voilà ce qu'ils voient, et au lieu de se jeter dans les fleuves de Babylone [c’est-à-dire les fleuves des passions humaines], ils se tiennent assis sur les fleuves de Babylone, pour pleurer, ou sur les mondains qu'entraînent ces fleuves, ou sur eux-mêmes qui ont mérité d'être à Babylone, bien qu'ils y soient assis, c'est-à-dire humiliés. Donc, «sur les fleuves de Babylone, nous avons pleuré au souvenir de Sion [Sion, c’est Jérusalem] ». O sainte Sion, où tout demeure et rien ne s'écoule ! qui nous a précipités dans ces flots rapides ? Pourquoi nous sommes-nous séparés de ton divin Architecte, et de ta société sainte ? Nous voici au milieu des flots qui nous poussent tumultueusement et qui nous entraînent ; c'est à peine si quelqu'un peut s'échapper en saisissant les saules du rivage. Dans notre captivité, asseyons-nous humblement sur les fleuves de Babylone sans être assez audacieux pour nous précipiter dans les flots, ni assez orgueilleux pour lever la tête, au milieu de nos amertumes et de nos malheurs ; mais asseyons-nous et pleurons » (Augustin, sur les Psaumes 137, n° 4)

 

Nous allons maintenant commenter ce même psaume avec sainte Thérèse de Lisieux.

Lettre 87, à Céline, le 4 avril 1889. Céline est la sœur de sainte Thérèse, et elle est à la maison pour veiller sur leur père qui perd la raison, ce qui est humiliant pour toute la famille et pour ce vieux papa qui dans ses éclairs de lucidité se rend compte de son état.

« Ta lettre a mis une grande tristesse dans mon âme !... Pauvre petit Père ! ... Non, les pensées de Jésus ne sont pas nos pensées Is 55,8 et ses voies ne sont pas nos voies... Mt 20,22-23 Il nous présente un calice aussi amer que notre faible nature peut le supporter !... ne retirons pas nos lèvres de ce calice préparé par la main de Jésus... Voyons la vie sous son jour véritable... C’est un instant entre deux éternités... […] Souffrons en paix... J'avoue que ce mot de paix me semblait un peu fort, l'autre jour en y réfléchissant, j'ai trouvé le secret de souffrir en paix... Qui dit paix ne dit pas joie, ou du moins joie sentie... Pour souffrir en paix, il suffit de bien vouloir tout ce que Jésus veut... Pour être l'épouse de Jésus, il faut ressembler à Jésus, Jésus est tout sanglant. [Ce jeudi 4 avril, on célébrait les premières Vêpres de la fête du Précieux-Sang de N.S.J.C., fixée alors au vendredi de la quatrième semaine de carême]. Il est couronné d'épines !... Mt 27,29 Mille ans sont à vos yeux, Seigneur, comme le jour d'hier qui est PASSÉ !... Ps 90,4 Etant sur les bords du fleuve de Babylone nous nous y sommes assis, et nous avons répandu des larmes en nous y souvenant de Sion... Nous avons suspendu nos harpes aux saules qui sont dans la campagne... Ceux qui nous ont emmenés captifs nous ont dit : "Chantez-nous un cantique agréable entre ceux de Sion"... Comment chanterions-nous les cantiques du Seigneur sur une terre étrangère ?... Non, ne chantons pas les cantiques du Ciel aux créatures... Mais comme Cécile, chantons dans notre coeur un cantique mélodieux à notre bien-aimé !... Ps 137,1-4 4 Le cantique de la souffrance unie à ses souffrances est ce qui ravit le plus son cœur !... Jésus brûle d'amour pour nous... Regarde sa Face adorable !... Regarde ces yeux éteints et baissés !... regarde ces plaies... Regarde Jésus dans sa Face...  Là tu verras comme il nous aime ». (Lettres 87)

Poésies 28

Ton épouse exilée, sur la rive étrangère             (Ps 137,4)
Peut chanter de l'Amour le cantique éternel
Puisque, mon Doux Jésus, tu daignes sur la terre
Du feu de ton Amour l'embraser comme au Ciel

Poésie 33

Je suis encor sur la rive étrangère,               (Ps 137,4)
Mais pressentant le bonheur éternel,
Oh! je voudrais déjà quitter la terre
Et contempler les merveilles du Ciel

Lorsque je rêve aux joies de l'autre vie
De mon exil je ne sens plus le poids
Puisque bientôt vers ma seule Patrie
Je volerai pour la première fois ! 

Reprenons le psaume :

Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes. C’est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux, des airs joyeux : « Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. » Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie ! Je veux que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n’élève Jérusalem au sommet de ma joie.

Alors chers auditeurs, désirons Jérusalem, non pas la Jérusalem terrestre et politique, mais cette Jérusalem céleste dont parle l’Apocalypse, c’est-à-dire la cité des saints au Ciel, ces saints qui viendront à notre rencontre au moment de la venue glorieuse du Christ, car le Christ apparaitra avec les saints (1Th 3, 13). Désirons la venue glorieuse du Christ, désirons le Ciel, désirons la sainteté.

Deuxième lecture (Ep 2, 4-10)

Frères, Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. – Parole du Seigneur.

Le vocabulaire araméen mérite attention : « Frères, Dieu est riche en miséricorde [raḥmā utérus, miséricorde, grâce] ; à cause du grand amour [ḥūbbā] dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ » (Eph 2, 4-5).

Une maman qui donne la vie conserve ensuite avec son enfant un lien unique et particulier et ce que fait son enfant résonne en elle en bien ou en mal. Combien plus Dieu notre Créateur, qui « est riche en miséricorde [raḥmā utérus, miséricorde, grâce] » : nous recevons la vie de son cœur et ce que nous faisons résonne dans son cœur. Dieu entend les mécontentements dues aux fautes, et il entend les sons festifs des œuvres bonnes. Chaque « réalisation d’œuvres bonnes » s’harmonise avec la vie de Dieu.

Saint Paul nous parle d’un influx de « la grâce ». C’est un point très important de la foi chrétienne. Dans le panthéisme et les gnoses, tout est dieu et moi aussi. Mais dans la foi chrétienne, Dieu est le Créateur, et nous sommes des créatures, créées pour vivre en communication avec lui. Ce que l’on appelle « la grâce » vient en réparation de la rupture due au péché d’Adam, le péché originel. Il n’y a pas de grâce dans l’islam, l’hindouisme ou le bouddhisme. La grâce nous vient par Jésus-Christ, le Messie. C’est pourquoi saint Paul dit que Dieu « nous a donné la vie avec le Christ » (Eph 2, 5), en ajoutant, « c’est bien par grâce que vous êtes sauvés [waḇṭaybūṯēh parqan] » (Eph 2, 5). La grâce est obtenue par le Christ.

« C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi » (Eph 2, 8).  Vivre dans la foi, c’est vivre en s’appuyant sur Dieu et c’est vivre pour Dieu. Mais on peut abandonner le Seigneur même dans des occupations faites en son nom.  La grâce est comme de l’eau. « Ils m'ont abandonné, moi la source d'eau vive, pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l'eau » (Jérémie 2, 13). Si nous agissons avec des motifs humains, nous devenons vides. Sans la foi qui nous rattache à la source vive, quand viennent les dangers ou les affronts, on se retrouve sans la grâce.

Répétons-nous souvent cette réalité : « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi » (Eph 2, 8). Il y a dans cette phrase quelque chose de radical qui ne laisse plus de place à l’estime de soi, il ne reste plus que l’estime pour le Seigneur, et ce qui regarde son honneur et sa gloire. « Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. » (Eph 2, 8-9). Il est nécessaire de se répéter cette vérité et de pulvériser cette estime de soi qui nous aveugle tant (cf. Jn 9 , 41). Alors, comme le rameau qui tire sa sève du cep, nous produirons des effets splendides et les bons fruits, toutes les « œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions » (Ep 2, 10). Mais s’il reste un peu d'estime de soi et de respect humain, alors nous ne produisons que des effets humains, sans les effets produits par l'Esprit de Jésus-Christ, qui est comparable à la sève du cep de vigne dont nous sommes les sarments

En parlant des « œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions [araméen nhalleḵ, latin ambulemus, grec περιπατήσωμεν] » (Ep 2, 10), l’image est celle d’une marche. Il s’agit donc de marcher un certain temps dans une bonne voie. Les apôtres ont marché avec Jésus. Ils ont tout quitté pour le suivre.  Les personnes qui manquent de constance ne sont bonnes à rien, elles ne permettent pas à la grâce de produire son fruit. Si quelqu’un est décidé et résolu, il surmonte les difficultés du chemin, et ses opposants n’ont plus le courage de s’opposer. Mais il y en a qui ne se mettent pas en route, ils sont attachés à quelque chose qui les empêche de se mettre en route, ce peut être l’attachement à leurs biens matériels, ou à leur famille. Les apôtres ont tout quitté, de même les bons prêtres sont détachés de tout pour servir uniquement le Christ.

Quelqu’un qui voudrait servir le Christ mais qui s’occupe par exemple d’enrichir ses neveux est comme un os déplacé qui fait souffrir tout le corps de la communauté ecclésiale, et qui ne reçoit pas la grâce.

Pour « marcher » dans la voie des « œuvres bonnes » (Eph 2, 10), il faut se détacher de tout, sinon on ne pas se mettre en route, il faut se détacher même de nous-mêmes et de nos propres sentiments. Plus nous sommes détachés et plus Dieu peut nous faire marcher et augmenter ses grâces et ses charismes. Jésus regarde si nous nous faisons propriétaires, même d’un seul souffle, ou si nous vivons conscients d’avoir été créés et conscients d’œuvrer par la grâce du Christ.

Il nous reste à commenter les versets 6 et 7. « Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus » (Eph 2, 6).

Nous ne sommes pas encore morts et ressuscités, mais tout ce qui est réalisé sous l’influx de la grâce divine est divin : ce ne sont plus des œuvres, des paroles, des actions, des prières humaines, mais des actions divines, et en ce sens, « Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus (vrai Dieu et vrai homme) »  (Eph 2, 6).

« Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus » (Eph 2, 7).

Les hommes qui vivent de la richesse surabondante de sa grâce ont une vie spéciale qui stupéfie encore les générations suivantes. Ce verset vise de manière particulière les âges futurs de la venue glorieuse du Christ qui apparaitra avec les saints (1Th 3, 13), car alors, tout ce qui a été réalisé dans la puissance de la grâce divine sera manifesté et montré à tous. Et la beauté et la richesse de cette grâce donnera envie aux habitants de la terre de dire oui à Jésus.

Évangile (Jn 3, 14-21)

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : 

« 14 Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, / ainsi va être élevé le Fils de l’homme.
15 Pour que tout homme qui croit en lui, / ne périsse pas ;
mais qu’il ait / la vie qui est pour toujours.

16 C’est ainsi que Dieu a tant aimé le monde, / qu’il a donné son Fils Unique
pour que quiconque croit en Lui, / ne périsse pas ;

mais qu’il ait / la vie qui est pour toujours. 

17 Dieu n’a pas, en effet, envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, / mais pour que le monde vive par lui.
18
Qui croit en lui, / n’est pas jugé,

et qui ne croit pas, / est déjà jugé,

car il n’a pas cru dans le Nom / de l’Unique Fils de Dieu. 

19 Tel est, donc, / le Jugement :
la lumière / est venue dans le monde ;
et les hommes ont aimé la ténèbre / davantage que la lumière.
Leurs œuvres étaient, en effet, / mauvaises.

20 Tout un chacun qui fait des choses haïssables [des crimes], / en effet, hait la lumière ;
et ne vient pas à la lumière, / pour que ne soient pas blâmées ses œuvres. 

21 Or celui qui fait la vérité, / vient auprès de la lumière,
pour que soient connues ses œuvres, / car c’est en Dieu qu’elles sont faites. » – Acclamons la Parole de Dieu.

Jésus tient compte de la position et de la formation de Nicodème, pharisien, notable judéen. Nicodème sera disciple, mais il ne se manifestera qu’après la mort de Jésus. « Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, / ainsi va être élevé le Fils de l’homme » (Jn 3, 14). Pendant l’Exode, le mal profond des Hébreux était leur impatience : ils n’avaient pas la vision prophétique comme l’avait Moïse ! Les morsures des serpents étaient le châtiment de leur rébellion. Pour sauver les Hébreux des morsures des serpents, Moïse a élevé au désert un serpent d’airain (Nb 21, 8-9), et c’est un serpent extraordinaire, un « Saraf », un brûlant (au pluriel : Séraphim). Que représente ce serpent ? 
Jésus dit : « soyez sage comme le serpent » (Mt 10, 16). Dans la sagesse orientale, le serpent représente donc la sagesse. Or le livre de la Sagesse établit déjà un lien entre la sagesse et l’Esprit (Saint) : « En elle [la Sagesse] est, en effet, un esprit intelligent, saint, unique, multiple, subtil, mobile, pénétrant, sans souillure, clair, impassible, ami du bien… » (Sg 7, 22s).

Mais Satan, au jardin de la Genèse, a tenté l’humanité en prenant la forme d’un serpent, c’est-à-dire d’une fausse sagesse (Gn 3, 1-5). Et « c’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde : ils en font l’expérience, ceux qui lui appartiennent ! » (Sg 2, 24). La nouvelle naissance annoncée par Jésus (Jn 3, 8) rétablit l’état avant la chute qui avait fait entrer la mort dans le monde.
Le Christ est exorciste, c’est lui le Sauveur. Mais l’Esprit Saint lui est inséparable dans l’œuvre du salut : il remplit l’âme dont Jésus a chassé Satan !

La conversion et la nouvelle naissance, portées par la chaleur de l’amour divin, ouvrent la vie qui est pour toujours :

« Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, / ainsi va être élevé le Fils de l’homme.
[Refrain :] Pour que tout homme qui croit en Lui, / ne périsse pas ;
mais qu’il ait / la vie qui est pour toujours. 

C’est ainsi que Dieu a tant aimé le monde, / qu’il a donné son Fils Unique
[Refrain
 :] Pour que tout homme qui croit en Lui, / ne périsse pas ;

mais qu’il ait / la vie qui est pour toujours
 » (Jn 3, 14-16).

Observons ici que les versets 14 à 16 sont formés de deux affirmations suivies du même refrain, que le texte grec n’a pas gardé à l’identique, suscitant de fausses questions sur les répétitions.

En assumant l’image du serpent élevé au désert, Jésus a expliqué à Nicodème ce que signifie renaître depuis l’entête, le « Bereshit » de la création. Jésus vient guérir du péché des origines qui fut une confusion entre la vraie Sagesse et la fausse sagesse. En Jésus, l’homme retrouve son lien originaire avec la source divine de la sagesse et de l’amour.

Puis nous avons une transition : « Dieu n’a pas, en effet, envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, / mais pour que le monde vive par lui » (Jn 3, 17). Cependant, le salut-vivification qui est offert doit être reçu par les gens : il ne suffit pas que Jésus soit élevé comme le serpent au désert (c’est-à-dire sur la croix), il faut encore que les gens regardent et croient. C’est pourquoi Jésus parle aussitôt du jugement :       

« 18 Qui croit en lui, / n’est pas jugé,

et qui ne croit pas, / est déjà jugé ».

« 19 Tel est, donc, / le Jugement.

La lumière / est venue dans le monde ;

et les hommes ont aimé [amour de volonté] la ténèbre davantage que la lumière.

Leurs œuvres étaient, en effet, / mauvaises.

20 Tout un chacun qui fait des choses haïssables [des crimes], / en effet, hait la lumière ;

et ne vient pas à la lumière, / pour que ne soient pas blâmées ses œuvres.

21 Or celui qui fait la vérité, / vient auprès de la lumière,

pour que soient connues ses œuvres, / car c’est en Dieu qu’elles sont faites. » (Jn 3, 19-21)

Celui qui fait la vérité vient à la lumière, il découvre l’amour de Dieu pour le monde, une vérité qui l’appelle à la vie. Ce que dit Jésus à Nicodème concerne tout homme, car tout homme peut avoir des intentions droites, exercer les vertus, et grandir sous l’attraction de la lumière. Le « rayonnement de la lumière éternelle » qu’est la Sagesse (Sg 7, 22-26) permet aux hommes de faire déjà des œuvres bonnes « en Dieu », mais ils ne peuvent être sauvés vivifiés qu’en allant « auprès de la lumière » qu’est Jésus. Des non chrétiens peuvent exercer des vertus, mais pour être sauvés vivifiés, il faut qu’ils aillent auprès de Jésus.

Inversement, celui qui fait le mal n’est pas repoussé par la lumière, c’est lui qui la repousse. L’obscurité dissimule le mensonge du serpent des origines qui veut faire croire que Jésus est envoyé pour condamner. Le « jugement » de Dieu ne signifie pas que Dieu n’aime pas, mais c’est l’homme qui est capable de haine : nous en avons l’illustration dans la suite.

Dans mon livre F. Breynaert, Jean, l’évangile en filet, Parole et Silence 2020, j’explique que l’évangile que nous avons lue fait partie d’un fil méditatif que j’appelle le fil vertical E et qui développe l’idée que Jésus est le Sauveur qui nous libère de Satan.

Il y a des jeux d’échos remarquables qui portent sur le mot « jugement », mais aussi « Fils de l’homme », lequel, selon la prophétie de Daniel viendra sur les nuées du Ciel (ce qui évoque la venue glorieuse du Christ), ainsi que sur le mot « vie », ce qui doit aussi être observé soigneusement. Pour l’homme qui aime Dieu, le « Jour du Jugement » soulève une espérance immense : la volonté de Dieu se fera sur la terre, une volonté de vie. Si le Fils est autorisé à juger, c’est parce qu’il ne peut pas être accusé de tuer : il est uniquement un Dieu de Vie.

« 14 Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, / ainsi va être élevé le Fils de l’homme.
15
Pour que tout homme qui croit en lui, / ne périsse pas ;

mais qu’il ait / la vie qui est pour toujours » (Jn 3, 14-15).

  • Perle 2E :

« 26 De la même façon que le Père, en effet, / a la vie en lui-même,
ainsi il l’a donné aussi au Fils, / pour qu’il ait la vie en lui-même.

27
Et il lui a donné le pouvoir / de rendre aussi le jugement.

28
car c’est lui / le Fils de l’homme » (Jn 5, 26-28)

Notons aussi que la bonne nouvelle aux défunts, en Jn  5, 25 n’entraîne pas de salut automatique : celui qui fait des œuvres haïssables, des crimes, ne vient pas à la lumière (Jn 3, 21), ni durant cette vie, ni dans l’autre, c’est ce qu’on appelle le péché mortel, qui doit donc être confessé le plus vite possible.

  • Perle 5E : 

« L’heure est venue / que soit glorifié le Fils de l’homme » (Jn 12, 23)

« Celui qui aime sa vie / la perd ;
et celui qui hait sa vie en ce monde, / la garde pour la vie éternelle 
» (Jn 12, 25). 

« Maintenant, / c’est le jugement de ce monde [ce siècle] !
Maintenant, / l’Archonte de ce monde est rejeté au-dehors !
» (Jn 12, 27)

Date de dernière mise à jour : 01/12/2023