1e dimanche carême (B)

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Voici pour mémoriser le texte de l'évangile de ce jour en vue d'une récitation orale avec reprises de souffles.

Evangile Mc 1, 12-15Evangile Mc 1, 12-15 (74.08 Ko)

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Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30). 

 

Première lecture (Gn 9, 8-15)

Psaume (24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9)

Deuxième lecture (1 P 3, 18-22)

Évangile (Mc 1, 12-15)

Première lecture (Gn 9, 8-15)

Dieu dit à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair. » – Parole du Seigneur.

Le déluge, Noé qui échappe au déluge, et un arc-en-ciel comme promesse de vie. La vie de l'homme est dans les mains de Dieu, et ce sont des mains pleines de tendresse, comme celles d'une mère qui accueille, qui nourrit et qui prend soin de son enfant. ‘Je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère’ Ps 131,2…

Dans l’Apocalypse, après l’annonce de la 7e trompette, Jean doit d’abord prendre un « petit écrit » et prophétiser, ensuite seulement, la 7e trompette sonnera. Or, ce « petit écrit » est donné à Jean par un ange très particulier (Ap 10, 8). Il est « enveloppé de la nuée » et sur sa tête est « l’arc des cieux » qui rappelle l’arc-en-ciel de l’Alliance avec Noé (Gn 9, 16). Il ne s’agit pas pour Dieu de ravager et de détruire la terre, mais bien de l’amener à accomplir l’Alliance avec son Créateur, surtout dans l’Apocalypse.

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L’histoire matérielle du déluge semble être celle-ci. Les hommes se pervertirent en tentant d’engendrer des esclaves plus forts par des accouplements avec des hominidés, évoqués à mots voilés en Gn 6, 1-4. Mais Noé « était un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il marchait avec Dieu. 10 Noé engendra trois fils, Sem, Cham et Japhet. 11 La terre se pervertit au regard de Dieu et elle se remplit de violence. 12 Dieu vit la terre : elle était pervertie, car toute chair avait une conduite perverse sur la terre. » (Gn 6, 9-11).

Advint alors le déluge, dont on retrouve la mémoire dans d’autres sources que la Bible. Il fut probablement matériellement causé non seulement par de fortes pluies mais surtout par un tsunami, sans doute par la chute et la fonte d’un iceberg, provoquant un tsunami depuis le nord de la Russie jusqu’en Mésopotamie, l’arche de Noé étant alors projetée par la vague sur le mont Arafat en Turquie, sans que le niveau de la mer ne monte si haut bien sûr. La faune et la flore ont été sauvegardées sur les hauteurs, et la vague du tsunami se retira, ne laissant aucune strate de dépôt géologique.

Après le déluge, Noé et ses descendants furent admirés et obéis avec une certaine vénération parce qu’ils avaient survécu et qu’ils avaient une meilleure moralité. La Bible décrit Noé comme un personnage ayant vécu plus de 600 ans, mais peut-être faudrait comprendre que c’est la domination sociale de la tribu de Noé qui dura plusieurs siècles.

Noé, quoiqu’il en soit, est un modèle important pour notre époque, il était une voix dissonante au milieu d’une génération pervertie, (la zoophilie pour faire des esclaves plus forts) et son exemple nous invite à réfléchir à l’importance des voix dissidentes dans le monde actuel.

Le dictateur s’impose par la force, puis il garde le contrôle par des moyens plus doux. Mais le régime totalitaire hypnotise les gens par une « formation de masse » qui produit une « transformation de masse », dans un processus qui va toujours en s’amplifiant [1]. Dans une première étape, l’État provoque la solitude (Hannah Arendt parle d’atomisation de la société). Alors, les mass médias provoquent l’anxiété jusqu’à ce que les gens soient prêts à participer à la stratégie proposée. Les gens deviennent incapables de prendre une distance critique et de voir quand le narratif devient complètement absurde ou simplement faux. Or, de nombreuses personnes participent à la stratégie pour traiter l’objet d’anxiété, et un nouveau lien social se forme ainsi, sortant les gens de leur solitude. Cependant, le nouveau lien de groupe ne s’est pas formé parce que les individus s’aimaient, et les liens se détériorent donc très vite.  Il faut alors un nouveau narratif pour les fédérer.  Et on recommence.

Ce processus est une véritable hypnose, car on détourne l’attention pour la concentrer sur un seul aspect de la réalité, et les gens ne voient plus le reste. Typiquement, ils sont prêts à sacrifier tout ce qui est important pour eux, leur santé, leur richesse, l’avenir de leurs enfants, etc.

Attention, ceux qui peuvent vous convaincre de croire à des absurdités peuvent vous convaincre de commettre des atrocités… Les personnes prises dans ce processus de Formation - Transformation ont tendance, dans un premier temps, à stigmatiser les personnes qui ne vont pas dans le sens de la masse puis elles deviennent, dans un stade ultérieur, cruelles envers ces personnes, comme si psychologiquement, il s’agissait d’un devoir éthique, et cela même envers des personnes qu’elles aimaient profondément avant. Ces personnes penseront que les dissidents ne sont plus des humains, alors qu’elles-mêmes sont hypnotisées et déshumanisées. Remarquons que les États totalitaires finissent par dévorer leurs propres enfants, par exemple, lors de la Révolution Française, Danton et Robespierre furent guillotinés en 1794. La Bible nous dit qu’au temps de Noé, « la terre se pervertit au regard de Dieu et elle se remplit de violence » (Gn 6, 10), la perversion générant la violence.

Alors que le dictateur s’adoucit quand il a éliminé ses opposants, le régime totalitaire commet ses pires atrocités quand il n’a plus d’opposants. Il faut donc que la voix des opposants ne se taise pas. Le rôle de la voix dissonante est d’une très grande importance. Gustave Le Bon le disait dans son livre « la Psychologie des foules » (1895) : les gens ne vont pas se réveiller mais la voix dissidente va constamment perturber l’hypnose, empêchant le monde de s’y noyer tout à fait.

Noé, seul juste dans une génération pervertie, empêcha le monde de sombrer totalement dans le déluge. Puisse-t-il y avoir encore aujourd’hui des personnes courageuses qui maintiennent la tête hors de l’eau, au-dessus du mainstream comme on dit en anglais. Et Noé fut source de bénédiction pour toute la terre : « Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous » (Gn 9, 16).

Psaume (24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9)

Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse, ton amour qui est de toujours. Dans ton amour, ne m’oublie pas, en raison de ta bonté, Seigneur. Il est droit, il est bon, le Seigneur, lui qui montre aux pécheurs le chemin. Sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles son chemin. 

Ce psaume aurait pu être prié par Noé, qui « était un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il marchait avec Dieu » (Gn 6, 9). Mais sa génération était pervertie. « Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. » « Dieu seul, le Bien suprême, constitue la base inaltérable et la condition irremplaçable de la moralité, donc des commandements, et particulièrement des commandements négatifs qui interdisent toujours et dans tous les cas les comportements et les actes incompatibles avec la dignité personnelle de tout homme. […] Si la vérité transcendante n'est pas reconnue, la force du pouvoir triomphe, et chacun tend à utiliser jusqu'au bout les moyens dont il dispose pour faire prévaloir ses intérêts ou ses opinions, sans considération pour les droits des autres » (Veritatis Splendor 99).

Dieu avait dit à Noé : « Je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre ». Prier ce psaume, c’est vivre une relation de liberté entre l’homme et Dieu, une relation d’Alliance.

« Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. » « La relation entre la liberté de l'homme et la Loi de Dieu, qui se réalise de façon profonde et vivante dans la conscience morale, se manifeste et se concrétise dans les actes humains. C'est précisément par ses actes que l'homme se perfectionne en tant qu'homme, appelé à chercher spontanément son Créateur et à atteindre, en adhérant à lui librement, la pleine et bienheureuse perfection (Vatican II, Gaudium et Spes 17). « Les actes humains sont des actes moraux parce qu'ils expriment et déterminent la bonté ou la malice de l'homme qui les accomplit [2]. Ils ne produisent pas seulement un changement d'état d'éléments extérieurs à l'homme, mais, en tant que délibérément choisis, ils qualifient moralement la personne qui les accomplit et ils en expriment la physionomie spirituelle profonde, comme le note de façon suggestive saint Grégoire de Nysse : "Tous les êtres soumis au devenir ne demeurent jamais identiques à eux-mêmes, mais ils passent continuellement d'un état à un autre par un changement qui opère toujours en bien ou en mal (…). Or, être sujet au changement, c'est naître continuellement (…). Mais ici la naissance ne vient pas d'une intervention étrangère, comme c'est le cas pour les êtres corporels (…). Elle est le résultat d'un choix libre et nous sommes ainsi, en un sens, nos propres parents, nous créant nous-mêmes tels que nous voulons être, et, par notre volonté, nous façonnant selon le modèle que nous choisissons" [3] ». (Veritatis Splendor 71)

« Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse, ton amour qui est de toujours. Dans ton amour, ne m’oublie pas, en raison de ta bonté, Seigneur. Il est droit, il est bon, le Seigneur, lui qui montre aux pécheurs le chemin. Sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles son chemin ». 

Et nous écoutons la Conversation de Dieu miséricordieux avec l’âme tendant à la perfection (Sainte Faustine, Petit Journal § 1488) :

« Jésus : Tes efforts me sont agréables, âme qui tends à la perfection. Mais pourquoi te vois-je si souvent triste et abattue ? Dis-moi, mon enfant, ce que signifie cette tristesse et quelle en est la cause ?

L’âme : Seigneur, la raison de ma tristesse est que, malgré mes sincères résolutions, je retombe sans cesse […].

Jésus : Tu vois, mon enfant, ce que tu es de toi-même, et la cause de tes chutes, c’est que tu comptes trop sur toi-même et que tu t’appuies trop peu sur moi. Mais que cela ne t’attriste pas outre mesure, tu as affaire au Dieu de miséricorde, ta misère ne saurait l’épuiser, puisque je n’ai pas limité le nombre du pardon.

L’âme : Oui, je sais tout cela, mais je suis assaillie par de grandes tentations, et des doutes divers s’éveillent en moi, et avec ça, tout m’irrite et me décourage.

Jésus : Mon enfant, sache que les plus grands obstacles à la sainteté sont le découragement et l’inquiétude dénuée de fondement, elle t’enlève la possibilité de t’exercer à la vertu. Toutes les tentations réunies ne devraient pas, même un instant, troubler ta tranquillité intérieure, quant à l’irritabilité et au découragement, ce sont là les fruits de ton amour-propre. Il ne faut pas te décourager, mais t’efforcer à ce qu’à la place de ton amour-propre puisse régner mon amour. Confiance donc, mon enfant ; tu ne dois pas te décourager, viens demander mon pardon puisque je suis toujours prêt à te pardonner. À chaque fois que tu me le demandes, tu célèbres ma miséricorde.

L’âme : Je reconnais ce qui est le plus parfait ainsi que ce qui Te plaît le plus, mais j’ai de si grandes difficultés à accomplir ce que j’ai compris.

Jésus : Mon enfant, la vie sur terre est une lutte, une bien grande lutte pour mon royaume, mais n’aie pas peur, car tu n’es pas seule. Je te soutiens toujours, appuie-toi donc sur mon épaule et lutte sans aucune crainte. Prends la confiance et puise à la source de vie, non seulement pour toi, mais pense aussi aux autres âmes, et particulièrement à celles qui se défient de ma bonté.

L’âme : Ô Seigneur, je sens que mon coeur s’emplit de Ton amour, que les rayons de Ta miséricorde et de Ton amour ont pénétré mon âme. Et voici que je réponds à Ton appel [pour penser aux autres…] »

Deuxième lecture (1 P 3, 18-22) 

Bien-aimés, le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ; il a été mis à mort dans la chair, mais vivifié dans l’Esprit. C’est en lui qu’il est parti proclamer son message aux esprits qui étaient en captivité. Ceux-ci, jadis, avaient refusé d’obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. C’était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus-Christ, lui qui est à la droite de Dieu, après s’en être allé au ciel, lui à qui sont soumis les anges, ainsi que les Souverainetés et les Puissances. – Parole du Seigneur.

Commentons le v. 18 « Bien-aimés, le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ».

Il est nécessaire, pour que le Christ nous introduise devant Dieu, de méditer sa Passion, de contempler Jésus et de l’aimer, et d’entrer en contact avec lui par les sacrements de la foi. Saint Thomas d’Aquin dit :

« La passion du Christ obtient son effet sur ceux à qui elle est appliquée par la foi et la charité, et par les sacrements de la foi. Et c'est pourquoi les damnés en enfer, qui ne sont pas unis de cette manière à la passion du Christ, ne peuvent percevoir ses effets.

Nous l'avons déjà dit, pour obtenir les effets de la passion du Christ, il faut que nous lui soyons configurés sacramentellement. ‘Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort’, dit S. Paul (Rm 6,4). C'est pourquoi on n'impose aucune peine satisfactoire aux baptisés, car ils sont totalement libérés par la satisfaction du Christ. Mais étant donné que ‘le Christ est mort une seule fois pour nos péchés’, selon S. Pierre (1P 3,18), l'homme ne peut une seconde fois être configuré au Christ par le sacrement de baptême. Il faut donc que ceux qui pèchent après le baptême soient configurés au Christ souffrant par une pénalité ou par une souffrance qu'ils subissent en eux-mêmes. Cependant cette peine suffit, tout en étant beaucoup moindre que ne le réclamait le péché, à cause de la satisfaction du Christ qui agit avec elle » (Saint Thomas d’Aquin, III Tertia Pars Qu.49 a.3). [Dans cette dernière phrase, saint Thomas parle de la pénitence qui accompagne le sacrement de réconciliation].

Le verset 20, « Il est parti proclamer son message aux esprits qui étaient en captivité » nous parle de la Bonne nouvelle aux défunts que le catéchisme de l’Église catholique (1997) explique ainsi :

 « 632.  Les fréquentes affirmations du Nouveau Testament selon lesquelles Jésus "est ressuscité d'entre les morts" (Ac 3,15 ; Rm 8,11 ; 1Co 15,20) présupposent, préalablement à la résurrection, que celui-ci soit demeuré dans le séjour des morts (cf. He 13,20). C'est le sens premier que la prédication apostolique a donné à la descente de Jésus aux enfers [au pluriel, c’est-à-dire le séjour des morts, à ne pas confondre avec l’enfer au singulier qui est l’enfer de Satan] : Jésus a connu la mort comme tous les hommes et les a rejoints par son âme au séjour des morts. Mais il y est descendu en Sauveur, proclamant la bonne nouvelle aux esprits qui y étaient détenus (cf. 1P 3,18-19).

633. Le séjour des morts où le Christ mort est descendu, l'Ecriture l'appelle les enfers, le shéol ou l'hadès (cf. Ph 2,10 Ac 2,24 Ap 1,18 Ep 4,9) parce que ceux qui s'y trouvent sont privés de la vision de Dieu (cf. Ps 6,6 ; 88,11-13). Tel est en effet, en attendant le Rédempteur, le cas de tous les morts, méchants ou justes (cf. Ps 89,49 1S 28,19 Ez 32,17-32) ce qui ne veut pas dire que leur sort soit identique comme le montre Jésus dans la parabole du pauvre Lazare reçu dans "le sein d'Abraham" (cf. Lc 16,22-26). "Ce sont précisément ces âmes saintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein d'Abraham, que Jésus-Christ délivra lorsqu'il descendit aux enfers" (Catech. R. 1, 6, 3). Jésus n'est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés (cf. Cc. Rome de 745: DS 587) ni pour détruire l'enfer de la damnation (cf. DS 1011 1077) mais pour libérer les justes qui l'avaient précédé (cf. Cc. Tolède IV en 625: DS 485 Mt 27,52-53).

634  "La Bonne Nouvelle a été également annoncée aux morts ..." (1P 4,6). La descente aux enfers est l'accomplissement, jusqu'à la plénitude, de l'annonce évangélique du salut. Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésus, phase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa signification réelle d'extension de l'oeuvre rédemptrice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption » (CEC 632-634).

N'attendons pas l’heure de la mort. Vivons notre baptême. Comme le dit saint Pierre « le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus-Christ, lui qui est à la droite de Dieu, après s’en être allé au ciel, lui à qui sont soumis les anges, ainsi que les Souverainetés et les Puissances ».

Les Souverainetés et les Puissances sont des classes d’esprits angéliques.

La lettre de Pierre nous parle de Noé pour nous parler du déluge comme d’une image du baptême.

Dans les évangiles, Jésus ne parle qu’une seule fois de l’histoire de Noé, c’est pour décrire la venue du Fils de l’homme, c’est-à-dire son retour, sa venue glorieuse. (Luc 17, 26-27 ou Mt 24, 37-38). La venue du fils de l’homme, le retour du Christ, ne sera pas la fin du monde, mais ce sera néanmoins le jugement de ceux qui auront rejeté les commandements de Dieu, ils ne supporteront pas la vue du Fils de l’homme et ils en mourront.

À l’inverse, ceux qui gardent les commandements de Dieu seront persécutés, mais protégés et nourris au désert (Ap 12, 17), et ils entreront dans la Cité Sainte (Ap 21), c’est-à-dire ce que saint Irénée appelle le royaume où les justes s’accoutumeront à l’éternité, avant l’Assomption finale dans la gloire.

Ainsi, chaque carême nous appelle à la conversion, la conversion est urgente, soit parce que nous ne savons pas le jour où nous mourrons, soit parce que nous ne savons pas le jour où le Fils de l’homme viendra dans la gloire, avec les anges.

Évangile (Mc 1, 12-15)

12 Et aussitôt, / l’Esprit le fit sortir au désert.
13
Et il était là-bas / dans le désert,

quarante / jours
étant mis à l’épreuve / par Satan.

Et il était avec les animaux / et les anges le servaient.

14 Or après qu’eut été livré Jean, / Jésus vint en Galilée,
et il prêchait la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu, / et dit :

15
‘Il est accompli, le temps, / et il est arrivé, le Règne de Dieu !

Convertissez-vous / et croyez à la Bonne nouvelle !’

Gestes clés

« Étant mis à l’épreuve par Satan » Il faut faire percevoir la dureté de l’épreuve. Quarante jours de jeûne, c’est la limite extrême qu’un homme puisse supporter.

« Convertissez-vous ».  Se convertir : faire demi-tour en se tournant vers la droite alors qu’on allait vers la gauche.

 Le sens immédiat de la perle

Par la tentation au désert, Jésus assume l’histoire de l’Exode : « Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur ton Dieu t’a fait faire pendant 40 ans dans le désert, afin de t’humilier, de t’éprouver et de connaître le fond de ton cœur : allais-tu ou non garder ses commandements ? » (Dt 8, 2). Jésus est ainsi le Prophète comme Moïse que l’on attendait. « Moïse, d’abord, a dit : ‘Le Seigneur Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète semblable à moi ; vous l’écouterez en tout ce qu’il vous dira. » (Dt 18, 15.19).

« Et il était avec les animaux ». Les animaux sont ceux du désert. Ils représentent les puissances animales que l’homme doit dominer. Ils peuvent représenter les puissances démoniaques ; dans sa première lettre, Pierre compare le diable à un lion rugissant (1P 5, 8-9).

Jésus est « le saint et le juste » (Ac 3, 14). Et cela vient du fait qu’il ait su résister au Tentateur, Satan.

De plus, Jean-Baptiste a dit que Jésus était préexistant, « il était avant moi ! » (Jn 1, 27. cf Jn 1, 30). Il est donc beaucoup plus qu’un prophète comme Moïse. Satan tente celui qui est préexistant, autrement dit, en Jésus, Satan essaye d’atteindre la Sagesse créatrice. Jésus est victorieux de la tentation. L’humanité de Jésus est intègre, elle est telle que l’a voulue la Sagesse créatrice. Dès lors, Jésus va pouvoir guérir les hommes et leur révéler quelles sont la grandeur et la beauté pour lesquelles ils ont été créés. Il les immergera dans l’Esprit de Sainteté (Mc 1, 8).

Dans l’enseignement primitif de Pierre et Jean sous les colonnades de Salomon, comme je le montre dans mon récent ouvrage, la place de cet épisode dans l’enfilage des « perles » (deded) approfondit la méditation : juste avant, c’est le récit du baptême de Jésus au Jourdain, et Jean-Baptiste annonce que Jésus est « l’Agneau de Dieu,  celui qui enlève le péché du monde ! » (Jn 1, 29). Jésus ne peut pas « enlever le péché du monde » ni « immerger dans l’Esprit Saint » sans avoir personnellement vaincu la tentation démoniaque.

Jésus, qui a vaincu Satan au désert, annonce ni plus ni moins l’espérance d’Israël, le royaume de Dieu : « il est arrivé, le Règne de Dieu ! » (Mc 1, 15). Jésus ne prend pas le pouvoir politique, il fait quelque chose de beaucoup plus radical : en lui, dans son corps, son âme et sa divinité, tous les matériaux du royaume sont prêts. Il n’y a plus qu’à entrer dans ce royaume par la conversion et la foi.

Cette annonce du royaume de Dieu n’est pas un discours : Jésus « prêchait » et touchait les cœurs. C’est le verbe araméen de racine krz, qui donne la Karozoutha. Quant à « la Bonne nouvelle », c’est en araméen le mot sḇartā (la Souartha comme disent les Chaldéens) dont la racine se retrouve dans l’Apocalypse[4], associée à la constance, la persévérance. La Bonne Nouvelle est « la pleine espérance » qui fonde la persévérance.

Le vrai problème en ce moment de notre histoire, c’est que Dieu disparaît de l’horizon humain et, à mesure que la lumière qui vient de Dieu s’estompe, l’humanité perd ses repères, avec des effets destructeurs de plus en plus évidents… « La première priorité est de rendre Dieu présent dans ce monde et de montrer aux gens le chemin qui mène à Dieu. Pas n’importe quel Dieu, mais le Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans un amour qui va « jusqu’au bout » (cf. Jn 13,1) – en Jésus-Christ, crucifié et ressuscité.

Il faut se convertir, mais sans vouloir imposer le règne de Dieu sur les autres, notamment par les armes, car Jésus reviendra sur les nuées, c’est-à-dire comme une apparition du ressuscité, et c’est sa venue, accompagnée des anges, qui arrachera l’ivraie de la terre, fera disparaître la bête et le faux prophète, et tous les faiseurs d’iniquité. 

« Même dans les situations les plus difficiles, l'homme doit observer les normes morales par obéissance aux saints commandements de Dieu et en conformité avec sa dignité personnelle. Assurément l'harmonie entre la liberté et la vérité demande parfois des sacrifices hors du commun et elle se conquiert à grand prix, ce qui peut aller jusqu'au martyre.

Mais, comme l'atteste l'expérience universelle et quotidienne, l'homme est tenté de rompre cette harmonie : ‘Je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais. Je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas’ Rm 7,15 7,19.

  D'où provient, en fin de compte, cette division intérieure de l'homme ? Celui-ci commence son histoire de pécheur lorsqu'il ne reconnaît plus le Seigneur comme son Créateur, et lorsqu'il veut décider par lui-même ce qui est bien et ce qui est mal, dans une indépendance totale. ‘Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal’ Gn 3,5, c'est là la première tentation, à laquelle font écho toutes les autres, alors que l'homme est plus aisément enclin à y céder à cause des blessures de la chute originelle. » (1993 Veritatis Splendor 102)

« Mais on peut vaincre les tentations et l'on peut éviter les péchés, parce que, avec les commandements, le Seigneur nous donne la possibilité de les observer : […] ‘Il n'a commandé à personne d'être impie, il n'a donné à personne licence de pécher’ Si 15,19-20. Dans certaines situations, l'observation de la Loi de Dieu peut être difficile, très difficile, elle n'est cependant jamais impossible. C'est là un enseignement constant de la tradition de l'Église que le Concile de Trente exprime ainsi : ‘Personne, même justifié, ne doit se croire affranchi de l'observation des commandements. Personne ne doit user de cette formule téméraire et interdite sous peine d'anathème par les saints Pères que l'observation des commandements divins est impossible à l'homme justifié’. Car Dieu ne commande pas de choses impossibles, mais en commandant il t'invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas’ et il t'aide à pouvoir. ‘Ses commandements ne sont pas pesants’ 1Jn 5,3, ‘son joug est doux et son fardeau léger’ Mt 11,30 ». (1993 Veritatis Splendor 102)

 

[1] Cf. Matthias DESMET, The psychology of totalitarism, 2022

[2] Cf. s. Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II 1,3 "Idem sunt actus morales et actus humani ".

[3] Vie de Moïse, II, 2-3: PG 44, 327-328 : SC 1 ter, p. 106-109.

[4] Ap 1, 9 ; 2, 2.3.19 ; 3, 10 ; 10, 7 ; 13, 10 ; 14, 6.12.

Date de dernière mise à jour : 01/12/2023