Saint Sacrement (B)

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Voici pour mémoriser le texte de l'évangile de ce jour en vue d'une récitation orale avec reprises de souffles.

Evangile de la solennite du saint sacrement b mc 14Evangile de la solennite du Saint Sacrement B - Mc 14 (81.61 Ko)

Podcast sur  : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#

Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30). 

 

Première lecture (Ex 24, 3-8)

Psaume (115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)

Deuxième lecture (He 9, 11-15)

Séquence du Saint Sacrement

Évangile (Mc 14, 12-16.22-26)

 

Première lecture (Ex 24, 3-8)

En ces jours-là, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et toutes ses ordonnances. Tout le peuple répondit d’une seule voix : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. » Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur. Il se leva de bon matin et il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël. Puis il chargea quelques jeunes garçons parmi les fils d’Israël d’offrir des holocaustes, et d’immoler au Seigneur des taureaux en sacrifice de paix. Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des coupes ; puis il aspergea l’autel avec le reste du sang. Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. » Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. » – Parole du Seigneur.

Le livre de l’Exode nous parle d’une Alliance et d’une obéissance à la Parole de Dieu. Un bref regard sur la structure du livre de l’Exode nous montre que le don de la loi se situe entre le don de la libération et l’invitation à l’adoration (prescriptions relatives au temple et aux fêtes). Livre de l’Exode :

          1 - La libération annoncée : 1 à 6,27

          2 - La libération retardée : 6,28 à 11

          3 - La libération réalisée : 12 à 16

          4 - L’Alliance au Sinaï. Le don du décalogue et le code d’Alliance (19 à 24,11)

          5 - L’adoration annoncée : 24,12 à 31(projet du sanctuaire)

          6 - L’adoration retardée : 32 à 34 (le veau d’or)

          7 - L’adoration réalisée : 35 à 40 (construction du sanctuaire)

La loi biblique est comme embrassée par la relation au Seigneur : Dieu fait le premier pas dans une libération et l’homme lui répond par un acte de louange, une liturgie, une adoration.

Par exemple, le décalogue dit : « tu ne voleras pas », et bien c’est possible par une force qui vient de la foi et de l’amour, de la relation au Dieu de l’Alliance, qui est vivant, qui libère et qui est adoré. Sans la force que donne cette relation de foi et d’amour, l’interdiction de voler demeurerait une simple jurisprudence, une loi sans force, sans efficacité spirituelle. (Et c’est le déficit de foi et d’amour qui va nécessiter la rédemption du Christ pour que les hommes puissent effectivement vivre le décalogue).

Le rapport hébraïque à la Loi est une relation d’Alliance sanctifiante.

Le but du décalogue n’est pas de réduire les hommes en esclaves de Dieu, mais au contraire de monnayer leur liberté en une conduite digne d’hommes libres, invités à connaître et à partager les mœurs de Dieu, lui qui les a « sorti de la maison de servitude » (Ex 20, 1).

La loi est Alliance, elle est une parole extrêmement intime et vitale puisque c’est une parole du Créateur à sa créature.

L’Alliance au Sinaï est un sommet. Le Sinaï est une montagne, Dieu et l’homme s’y rencontrent. Dans la Bible, il y aura d’autres montagnes, d’autres ascensions spirituelles, mais elles s’y référeront toutes.

Tous les Israélites, hommes et femmes, furent convoqués par Moïse et par les anciens (Ex 19, 3.7).    Au Sinaï, à la voix de Dieu, transmise par Moïse, le peuple répond avec responsabilité « Ce que le Seigneur a dit, nous le ferons » (Ex 19, 8), mais après avoir entendu le Décalogue, le peuple est bouleversé, il demande de ne plus entendre directement Dieu (Ex 20, 19). Alors c’est Moïse qui va transmettre au peuple les Paroles de l’Alliance.

Nous pouvons mettre cette lecture du livre de l’Exode en lien avec les chants du Serviteur dans le livre d’Isaïe. Isaïe 52, 14-15, dans l’original hébreu, aurait pu être traduit littéralement : « Son aspect n’était plus celui des humains, ainsi il aspergera des peuples nombreux ». Ce qui veut dire : Moïse avait scellé l’alliance en aspergeant la nation choisie avec le sang des taureaux (Ex 24, 6-8) ; le Serviteur aspergera les nations avec le sang de son martyre qui les purifiera. C’est un sacrifice plus grand que celui de Moïse [1]. Qui est ce Serviteur ? Le grand chant du Serviteur est une parole en attente…

Au Sinaï, « Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : ‘Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous’. » (Ex 24, 8). Dans le récit de l’institution de l’Eucharistie que nous entendrons, l’idée d’une Alliance scellée dans le sang, « Ceci est mon sang, [celui] de la nouvelle Alliance » (Mc 14, 24), se réfère à ce geste de Moïse, et l’idée d’une « nouvelle alliance » (Mc 14, 24) vient du prophète Jérémie (Jr 31, 31), il s’agit d’avoir « la Loi » écrite « dans le cœur » (Jr 31, 33).

Cette première lecture convient ainsi à la solennité du Très Saint Sacrement.

Nicolas Cabasilas (1322 – 1391 Grèce), explique aussi : « La vie apportée aux âmes par le Christ commence à germer ici-bas et parvient à sa pleine maturité au ciel. […] La vie future ne pourrait être d’aucune utilité à des êtres éventuellement dépourvus des facultés et des organes indispensables à cette nouvelle existence : de tels êtres, aux régions de l’immortalité, demeureraient dans un état de détresse et de mort ; la raison en est que l’organe de la vue ne se crée pas automatiquement dès lors que la lumière paraît ou que le soleil répand ses rayons éclatants, pas plus qu’un être privé de l’odorat ne sentirait un parfum même abondamment répandu dans l’air.

De même, ceux qui, par l’intermédiaire des sacrements, se trouvent en état de grâce, sont sans aucun doute susceptibles d’adhérer au Fils de Dieu quand viendra le jour de l’union, et d’en apprendre ce que son Père lui a révélé : encore faut-il qu’ils soient en état de grâce, et préalablement doués du sentiment et de l’entendement appropriés ; une fois introduit dans l’autre monde, il n’est plus temps de nouer amitié, ou d’acquérir l’entendement, ou d’apprêter le vêtement nuptial et tout ce qui est requis aux noces de l’Agneau. Seule la vie présente est propre à ces préparatifs : qui ne les a faits avant son départ, n’a rien de commun avec la vie céleste : témoin, les cinq vierges folles et cet homme invité aux noces du roi, lesquels, pris au dépourvu, n’ont pu se procurer, respectivement, ni l’huile pour les lampes, ni l’habit nuptial. Mt 22, Mt 25. » Nicolas Cabasilas (1322 – 1391 Grèce), « La vie en Jésus-Christ », Prieuré d’Amay sur Meuse, traduit par S. Broussaleux, Belgique, p. 19-20 (Livre I).

Eh bien, préparons-nous, ayons nos lampes allumées, revêtons le vêtement des noces, allons à la rencontre de Jésus !

Psaume (115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)

Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur. Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ! Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, moi, dont tu brisas les chaînes ? Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du Seigneur. Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple.  

Je vais vous raconter l’histoire de sainte Josephine Bakhita, à laquelle correspond si bien ce psaume. Elle naquit au Soudan en 1869. Bakhita n’est pas le prénom qu’elle reçut de ses parents à sa naissance. L’effroi éprouvé le jour où elle fut enlevée, provoqua quelques trous de mémoire. La terrible expérience lui avait fait également oublier son prénom. Bakhita, qui signifie «fortunée», est le prénom qui lui fut donné par ses ravisseurs. Vendue et revendue plusieurs fois sur les marchés de El Obeid et de Khartoum, elle connut les humiliations, les souffrances physiques et morales de l’esclavage. 

(Comme dit le psaume : « Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ! »)

Dans la capitale du Soudan, Bakhita fut rachetée par un Consul italien, Calliste Legnani. Pour la première fois, depuis le jour de son enlèvement, elle se rendit compte, avec une agréable surprise, que personne en lui donnant des ordres, n’utilisait plus le fouet, et qu’on la traitait même de façon affable et cordiale. Dans la maison du Consul, Bakhita connut la sérénité, l’affection et des moments de joie, peut-être même s’ils étaient encore voilés par la nostalgie de sa famille, perdue pour toujours.

(Comme dit le psaume : « Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, moi, dont tu brisas les chaînes ? »)

Des événements politiques obligèrent le Consul à partir pour l’Italie. Bakhita demanda de partir avec lui et avec un de ses amis, Auguste Michieli. Arrivé à Gênes, Monsieur Legnani, suivant les demandes de l’épouse d’Auguste Michieli, accepta que Bakhita restât avec eux. Elle suivit sa nouvelle «famille», et, quand naquit leur fille Mimmina, Bakhita en devint l’éducatrice et l’amie.

L’acquisition puis la gestion d’un grand hôtel à Suakin, sur la Mer Rouge, contraignirent Mme Michieli à déménager dans cette localité pour aider son mari. Entre-temps, Mimmina et Bakhita furent confiées aux Sœurs Canossiennes de l’Institut des catéchumènes de Venise. Et c’est là que Bakhita demanda et obtint de connaître ce Dieu que depuis son enfance «elle sentait dans son cœur sans savoir qui Il était».

« Voyant le soleil, la lune et les étoiles, je me disais en moi-même : Qui est donc le Maître de ces belles choses ? Et j’éprouvais une grande envie de le voir, de le connaître et de lui rendre mes hommages ».

(Comme dit le psaume : Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du Seigneur. »)

Après quelques mois de catéchuménat, Bakhita reçut le Sacrement de l’Initiation chrétienne et donc le nouveau nom de Giuseppina (Joséphine). C’était le 9 janvier 1890. Ce jour-là, elle ne savait pas comment exprimer sa joie. Ses grands yeux expressifs étincelaient, révélant une émotion intense. Ensuite on la vit souvent baiser les fonts baptismaux et dire: «Ici, je suis devenue fille de Dieu !».

Chaque nouvelle journée la rendait toujours plus consciente de la façon dont ce Dieu, qui maintenant la connaissait et l’aimait, l’avait conduite à lui par des chemins mystérieux, la tenant par la main. (Comme dit le psaume : « Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, moi, dont tu brisas les chaînes ? »)

Quand Madame Michieli revint d’Afrique pour reprendre sa fille et Bakhita, celle-ci, avec un esprit de décision et un courage insolites, manifesta sa volonté de rester avec les Mères Canossiennes et de servir ce Dieu qui lui avait donné tant de preuves de son amour. La jeune africaine, désormais majeure, jouissait de la liberté d’action que la loi italienne lui assurait.

Bakhita demeura dans le catéchuménat, où se fit plus clair pour elle l’appel à se faire religieuse, à se donner entièrement au Seigneur dans l’Institut de Sainte Madeleine de Canossa. Le 8 décembre 1896, Giuseppina Bakhita se consacra pour toujours à son Dieu qu’elle appelait, usant une douce expression : « Mon Maître ! ».

Durant plus de cinquante ans, cette humble Fille de la Charité, vrai témoin de l’amour de Dieu, vécut en s’adonnant à diverses occupations dans la maison de Schio : elle fut, en effet, cuisinière, lingère, brodeuse, concierge.

Lorsqu’elle se dédia à cette dernière tâche, ses mains se posaient avec douceur sur la tête des enfants qui fréquentaient chaque jour l’école de l’Institut. Sa voix aimable, qui rappelait les berceuses et les chants de sa terre natale, se faisait agréable pour les petits, réconfortante pour les pauvres et les souffrants, encourageante pour tous ceux qui frappaient à la porte de l’Institut.

Son humilité, sa simplicité et son sourire constant conquirent le cœur de tous les habitants de Schio. Les Sœurs l’estimaient pour sa douceur inaltérable, sa bonté exquise et son profond désir de faire connaître le Seigneur.

« Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur. Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ! Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, moi, dont tu brisas les chaînes ? Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du Seigneur. Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple. » 

Et nous terminons par une méditation de Nicolas Cabasilas (1322 – 1391 Grèce). « Rien d’humain n’est exigé de nous, mais uniquement le Christ, qu’il faut introduire dans nos âmes, qu’il faut emporter avec nous en nous en allant, et, à l’heure de la récompense, produire de toute façon cette sagesse là, ce nouveau trésor amassé, sans y mêler aucune monnaie de mauvais aloi, celle-là seule ayant cours au royaume des cieux » [2].

Deuxième lecture (He 9, 11-15)

Frères, le Christ est venu, grand prêtre des biens à venir. Par la tente plus grande et plus parfaite, celle qui n’est pas œuvre de mains humaines et n’appartient pas à cette création, il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux, mais son propre sang. De cette manière, il a obtenu une libération définitive. S’il est vrai qu’une simple aspersion avec le sang de boucs et de taureaux, et de la cendre de génisse, sanctifie ceux qui sont souillés, leur rendant la pureté de la chair, le sang du Christ fait bien davantage, car le Christ, poussé par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut ; son sang purifiera donc notre conscience des actes qui mènent à la mort, pour que nous puissions rendre un culte au Dieu vivant. Voilà pourquoi il est le médiateur d’une alliance nouvelle, d’un testament nouveau : puisque sa mort a permis le rachat des transgressions commises sous le premier Testament, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l’héritage éternel jadis promis. – Parole du Seigneur. 

Séquence du Saint Sacrement

* Séquence du Saint Sacrement : « Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants. Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer. Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges. Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères. Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs !».

Explication : « Le Pain vivant, le Pain de vie », c’est l’expression de Jésus lui-même dans son discours à Capharnaüm : Pain de vie  (Jn 6, 48) Pain vivant (Jn 6, 51).

* Séquence du Saint Sacrement : « C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution. À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne. L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit. Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui. Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut. C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang. Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature. L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin. Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces. On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier. Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître ».

Explication : dans l’évangile, on lit qu’aux noces de Cana, le vin manque et Jésus demande de remplir d’eau les vasques puis de les servir au maître du repas, et l’eau est changée en vin (Jn 2). À l’Eucharistie, le vin est changé en sang. Le vin préfigure la joie de la Parousie, la venue glorieuse du Christ.

* Séquence du Saint Sacrement : « Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort. Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent ! »

Explication. L’Eucharistie est une « nouvelle Alliance » (Mc 14, 24), il importe donc d’y correspondre dignement, comme l’exprime le parallèle de Luc 22, 19-20 en 1Co 11, 23-26 qui enchaîne aussitôt en disant : « Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur » (1Co 11, 27).

Au Sinaï, « Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : ‘Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous’. » (Ex 24, 8). L’idée d’une Alliance scellée dans le sang, « Ceci est mon sang, [celui] de la nouvelle Alliance » (Mc 14, 24), se réfère à ce geste de Moïse, et l’idée d'une « nouvelle alliance » (Mc 14, 24) vient du prophète Jérémie (Jr 31, 31), il s’agit d’avoir « la Loi » écrite « dans le cœur » (Jr 31, 33).

* Séquence du Saint Sacrement : « Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout. Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué ».

Explication : le corps de Jésus a plusieurs états :

À la crèche et sur la croix, c’est un corps en un seul lieu, et vulnérable.

À l’Eucharistie, il est vulnérable, mais il est en autant de lieux qu’il y a de célébration.

Dans les apparitions du Ressuscité, il n’est plus vulnérable, mais il est dans un lieu à la fois.

A son retour dans la gloire, il ne sera plus vulnérable, et, glorieux, il sera visible partout à la fois.

* Séquence du Saint Sacrement : « Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens. D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères ».

Explication : Pendant la fête de Pâque, l’offrande « de fleur de farine » et « d’une libation de vin » accompagne l’holocauste d’un agneau (Lv 23, 13). Jésus assume ces rites pour instituer son propre rite.

* Séquence du Saint Sacrement :  « Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants. Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.

Et nous terminons par une méditation de Nicolas Cabasilas (1322 – 1391 Grèce). « Ce qui est au Christ est nôtre, parce que nous devenons ses membres et sommes adoptés ; parce que nous communions à sa chair, à son sang, à son esprit. Ce qui est au Christ nous touche de plus près que ce que nous acquérons par notre propre industrie, et même que ce que nous possédons par nature, parce que le Christ nous est plus apparenté que nos parents mêmes.

C’est pourquoi nous ne devons pas nous embarrasser de notre sagesse humaine ni nous en tenir à nos succès humains, mais nous sommes dans l’obligation de vivre de cette vie nouvelle, obligation qui n’aurait pas existé, si cette vie ne nous eût convenu particulièrement et éminemment. Aussi avons-nous été ensevelis avec le Christ par le baptême afin de mener une vie nouvelle (Rm 4, 4). […] Notre Seigneur aussi, souhaitant la paix à ses apôtres, leur infuse sa paix à Lui : ‘Je vous donne ma paix’ (Jn 14, 27), leur dit-il ; et à son Père : « afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux.’ (Jn 17, 26).»[3]

Alors, en cette fête du très Saint Sacrement, que l’amour de l’Eucharistie grandisse en nos cœurs.

Évangile (Mc 14, 12-16.22-26)

12 Le premier jour des azymes,
durant lequel les Juifs sacrifient la Pâque, / ses disciples lui disaient :

‘Où veux-tu que nous allions te faire les préparatifs, / pour que tu manges la Pâque ?’

13 Et il envoya deux de ses disciples / et il leur dit :
‘Allez à la ville, / et voici qu’un homme viendra à vous,

portant une cruche d’eau : / allez à sa suite,

14
et là où il entrera, / dites au maître de maison :

Notre Rabbi dit :
‘Où est la maison d’hôte, / où je mangerai avec mes disciples la Pâque ?’

15
Et voici qu’il vous montrera une grande chambre haute, / préparée dignement et bien disposée ;

là, / préparez pour nous !’

16
Et ses disciples sortirent / et vinrent à la ville,

et trouvèrent comme il le leur avait dit / et préparèrent la Pâque.
[…]

22 Et, tandis qu’eux étaient en train de dîner
Jésus prit du pain, / il bénit [Dieu],
il [le] rompit, / et [le] leur donna. 

        Et il leur dit :
‘Prenez, / ceci est mon corps.’

23 Et il prit une coupe, / et il rendit grâces,
et il bénit [Dieu], / et [la] leur donna.
Et ils en burent / tous.

          24 Et il leur dit :
‘Ceci est mon sang, [celui] de la nouvelle Alliance, / qui pour beaucoup est versé.
25 Amen, / je vous le dis :
je ne boirai plus / du rejeton de la vigne,
jusqu’à ce jour où je le boirai à nouveau, / dans le Royaume de Dieu’.

26 Et ils rendirent gloire, / et sortirent vers le Mont des Oliviers. »

Pierre et Jean ont enseigné sous la colonnade de Salomon (Ac 3, 11). Éduqués dans une civilisation orale et préparés à devoir rendre compte au tribunal du Sanhédrin, ils ont pour cela composé un enseignement structuré et de grande valeur sous la forme d'un témoignage à deux voix. Plus tard, quand ils se séparèrent, ils composèrent les évangiles qui nous sont parvenus : celui de Pierre (Marc) et celui Jean. Pour retrouver à partir de ces évangiles l'enseignement primitif, nous avons suivi le plan annoncé par le discours de Pierre à la Pentecôte (Ac 2, 1-13), et recherché des « perles » ou « récitatifs » équilibrés et complémentaires.

Cinq grandes structures d'alternance avec cinq perles de chacun des deux apôtres ont été mises en lumière : le témoignage de Jean-Baptiste et les premiers disciples, les miracles, l'Eucharistie, la Passion et la Résurrection.

Sur le thème de l’Eucharistie, nous repérons facilement chez Jean le « discours du Pain de Vie », précédé de la multiplication des pains que l’on trouve aussi dans l’évangile de Marc (c’est-à-dire de Pierre) ; ceci constitue le début de l’enseignement. La fin se trouve dans l’annonce de Pierre, qui transmet, et lui seul, « l’institution de l’Eucharistie » lors de la dernière Cène (Mc 14, 22-25).

Explication mot à mot.

« Le premier jour des azymes » n’est pas une approximation. La fête des azymes a lieu le lendemain de la Pâque (Lv 23, 5-6), mais il fallait plusieurs jours pour purifier les maisons de tout levain, et l’on commençait donc à manger des azymes « au jour des azymes », bien avant la fête du même nom. Le premier jour des azymes  n’est pas liturgique, il est pratique (probablement le 10 Nisan). Pour l’avoir méconnu, un certain nombre de manuscrits ont changé « le jour des azymes » en « le jour de Pâque » [4].

Les disciples demandent où Jésus veut-il qu’ils préparent le repas de la Pâque. Sans doute pour éviter que Judas ne dénonce le lieu de la sainte Cène, Jésus demande à deux disciples de suivre un porteur d’eau qui probablement les aura reconnu (Mc 14, 13). Le maître de maison est ici simplement un gérant : Jésus a déjà convenu avec le propriétaire, lequel devait être son ami (Lazare probablement). Ce lieu est « à la ville » (Mc 14, 13. 16), c’est-à-dire la vieille ville de Jérusalem, au sud du Temple. Et lors du témoignage primitif de Pierre et Jean, il n’y a pas besoin de préciser davantage : les habitants de Jérusalem savent bien quel est le lieu où Jésus rassembla ses apôtres, car c’est de ce lieu que, le matin de la Pentecôte, les apôtres sortirent pour témoigner, attirant une foule pour lesécouter (Ac 2, 1-13). Ce lieu est situé sur le Mont Sion, et la cour de maison donne sur le tombeau de David, et par conséquent, c’est le lieu par excellence où Jésus, « le Fils de David », peut donner son testament.

Il s’agit d’une chambre haute : la salle de réception d’une grande maison. Elle est préparée dignement [damšawyā – racine šw] et bien disposée [wamṭayḇā – racine ṭḇ]. La salle est meublée, sans doute même y a-t-il des tentures aux murs, mais surtout, elle est préparée dignement, comme pour un roi, comme pour le Seigneur… Il s’agit pour nous d’être préparé dignement et bien disposé à recevoir ce qui va être donné, l’Eucharistie.

Un familier de l’Évangile pouvait se demander pourquoi Jean ne donne pas le récit de choses aussi importantes que l’institution de l’Eucharistie. La raison est simple : ces événements ont donné lieu à un témoignage à deux voix : ce que Pierre a raconté avec précision, il serait inconvenant pour Jean d’en témoigner à nouveau juste après Pierre, puisqu’il n’a rien à y ajouter ou y retrancher.

Pierre témoigne donc des paroles de Jésus :

« Ceci est [ītaw, existant] mon corps » (Mc 14, 22). En araméen, le verbe « être » est souvent omis, or ici nous avons au contraire une insistance avec le mot « ītaw ». Plus tard, les Occidentaux parleront de « présence réelle ».

Le mot « corps [pagrā] » (Mc 14, 22) est repris du discours du Pain de Vie : « Car mon corps [pagrā] est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage » (Jn 6, 55). Le traducteur grec de Jean a traduit [pagrā] par « sarx » alors que le traducteur de Pierre (Marc) a traduit le même mot par « sôma », mais il s’agit de la même réalité.

« Ceci est mon sang, celui de la nouvelle Alliance, / qui pour [ḥlāp] beaucoup [saggīe] est versé [metešed] ».

La nouvelle Alliance se réfère à la première : « Moïse, ayant pris le sang, le répandit sur le peuple et dit : ‘Ceci est le sang de l’Alliance que le Seigneur a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses’ » (Ex 24, 8).

« ḥlāp » dérive du verbe qui signifie remplacer et qui donne le mot calife (suppléant) : « pour, en échange de ». L’Eucharistie est un merveilleux échange…

« Metešed » est le participe présent à la forme etp‘el du verbe ešad, répandre. Cette forme suggère une action réflexive, réciproque ou passive. Ces trois connotations conviennent : il y a une action réflexive dans l’effusion de sang due à sa propre angoisse lors de l’agonie, et son sang est ensuite versé passivement lors de sa flagellation et de sa crucifixion, enfin, on peut considérer que le sacrement opère un échange réciproque.

Le sang est versé pour beaucoup : l’araméen « saggīe » signifie beaucoup et non pas « tous » : tous peuvent recevoir le salut mais ce n’est pas automatique, aussi le sang sera-t-il « seulement » pour « beaucoup », pour « une multitude ».

« Jusqu’au jour où je le boirai, à nouveau [en un état nouveau], dans le règne de Dieu ». Ce n’est pas le vin qui sera nouveau mais la manière dont Jésus le boira : il n’y a pas un adjectif, mais un adverbe. Jésus ne boira plus de vin avec ses apôtres jusqu’à ce qu’il soit dans son état nouveau, l’état de Ressuscité.

Chers auditeurs, allons à l’Eucharistie, à l’adoration eucharistique, en ayant conscience que nous allons à la rencontre de Jésus ressuscité !

 

[1] Cf. Pierre GRELOT, Les poèmes du serviteur, de la lecture critique à l’herméneutique, Ed. du Cerf, 29 bd Latour-Maubourg, Paris, 1981, p. 165-166

[2] Nicolas CABASILAS (1322 – 1391 Grèce), « La vie en Jésus-Christ », Prieuré d’Amay sur Meuse, traduit par S. Broussaleux, Belgique, p. 130

[3] Nicolas CABASILAS (1322 – 1391 Grèce), « La vie en Jésus-Christ », Prieuré d’Amay sur Meuse, traduit par S. Broussaleux, Belgique, p. 127-128

[4] Ainsi les versions syriaques du Sinaï et de Cureton, le codex de Bèze et biens des manuscrits vieux latins.

Date de dernière mise à jour : 26/04/2024