Moïse, de l’enfance au miracle de la mer.

Exercices pour les étudiants de l’institut Foi vivifiante

Lectures bibliques :

Livre de l'Exode, chapitres 1 à 15.

Exercices :

  1. Résumez en quelques mots ce qui, dans l’histoire de Moïse, prépare le mystère marial.
  2. Dans votre contexte local et personnel, quels sont les encouragements à l’espérance contenus dans cette histoire ?

Etude :
Françoise Breynaert Parcours biblique : Le berceau de l'Incarnation (imprimatur), Parole et silence 2016, p. 55-65
disponible en librairie et sur internet, à la Procure (merci de privilégier les librairies catholiques).

Moïse, de l’enfance au miracle de la mer.

Parcours biblique -7- Moïse : de l'enfance au miracle de la mer

Miriam : dans l’épreuve, l’espérance

 

-1-Enracinement historique.

            « Pharaon donna alors cet ordre à tout son peuple : "Tout fils qui naîtra, jetez-le au Fleuve, mais laissez vivre toute fille" » (Ex 1, 22). Echaudé par l’époque où les immigrés donnèrent des pharaons (les Hyksos), et excédé par le laxisme d’Aménophis IV, Akhenaton, le pharaon Ramsès II se montre très dur vis-à-vis des immigrés et il contrôle leur démographie en faisant mourir les garçons à la naissance.

            Lévi engendra Kéat, Kéat engendra Amran qui engendra Moïse (Nb 27, 58-59 ; 1Chr 5, 27-29). Mais on imagine la détresse du père de Moïse. Lorsqu’il faut abandonner l’enfant sur le Nil, c’est l’obscurité. Mais la sœur de Moïse, Miriam, garde une attitude d’espérance, elle observe. Le texte hébreu dit qu’elle se tient à distance et observe (Ex 2, 4), la version grecque prend un verbe encore plus précis qui insiste sur l’attitude de celui qui scrute, enquête et médite.      

            Miriam, la sœur de Moïse, est une des figures les plus chères au peuple d’Israël. Il est probable que la mère de Jésus fut appelée par ses parents Miriam (Marie) dans un respect affectueux et fidèle pour l’ancienne Miriam.

            Miriam et Marie de Nazareth ont vécu des épreuves analogues dans des contextes différents. L’une stimule l’autre, et un partage est rendu possible d’une part grâce à une certaine transmission d’une génération à l’autre (à la manière dont on transmet une culture familiale ou une culture d’entreprise) et d’autre part grâce au fait qu’un seul et même Esprit Saint révèle et inspire l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.

 

-2- Cohérence de la révélation.

            Miriam est appelé la prophétesse (Ex 15,20). Une série de récits de la tradition juive développe cette appellation en imaginant le contenu de sa prophétie : il s’agit toujours de prophéties qui encouragent ses parents à une époque où le pharaon avait ordonné la mise à mort de tous les enfants garçons. Ces prophéties annoncent le fait que son frère Moïse ne mourra pas et aura une vocation particulière[1]. Quand la persécution du Pharaon démentit la promesse divine, Miriam resta ferme dans la foi en cette révélation.

            A Marie, mère de Jésus, l’ange avait prédit des choses merveilleuses sur le Fils du Très Haut qu’elle concevrait et mettrait au jour. Mais déjà à l’aube de sa tendre enfance, sur cet Enfant désarmé et silencieux, s’acharne la fureur meurtrière du roi Hérode (Mt 2,1-8.12-23). À la ressemblance de l’ancienne Miriam, Marie resta ferme dans la foi.

 

            Quand Moïse était sur le Nil, Miriam « resta postée à distance pour observer ce qui lui adviendrait » (Ex 2,4).

            Quand Jésus était sur la croix, quelques femmes restaient à « observer de loin » la mort de Jésus, elle « observèrent » aussi la sépulture (Mc 15,40-41.47; Mt 27,55.56.61; Lc 23,49.55) Et ce furent les premiers témoins de la résurrection (Mc 16,1-9; Mt 28,2-10; Lc 24,5-8). La fidélité des femmes de la Galilée fait revivre l’espérance de Miriam.

           

L’épisode du buisson ardent

           

            Comme précédemment, nous distinguerons l’étude au niveau historico-critique de l’observation de la cohérence de la révélation.

 

-1-Enracinement historique.

            Le récit de la sortie d’Egypte a quelque chose de surprenant. La Bible ne nous raconte pas la simple fuite d’un groupe d’opprimés. La Bible nous raconte l’intervention de Dieu. Rappelons-nous, chez les Sumériens, on faisait des tours, des ziggurats pour atteindre Dieu (la tour de Babel) : ici, au contraire, c’est Dieu qui descend en disant :

« J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel » (Ex 3, 7-8).

            Moïse, de la tribu de Lévi, était préparé à une telle révélation car Dieu était déjà, en quelque sorte, descendu pour parler à ses pères.

« Dieu dit : "Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob" » (Ex 3, 5).

            Ce qui s’était produit en faveur d’un homme et d’une famille se produit désormais pour l’ensemble d’un petit peuple, opprimé en Egypte.

            D’un point de vue historico-critique, il y a là un point fondamental. Malgré toutes les incertitudes historiques qui entourent le trajet précis de l’Exode ou les tribus qui y ont participé, nous avons une certitude : un petit peuple a fait une expérience religieuse originale. Ce n’est plus l’homme qui capte la divinité par les tours de Babel ou par la magie égyptienne, c’est Dieu qui vient sauver l’homme.

            Dieu parla du milieu d’un buisson qui brûlait sans se consumer. Ce détail a aussi son importance. Souvent par la suite, Dieu sera associé au feu (Isaïe, Ezéchiel…)

            Ensuite, Dieu envoie Moïse : celui-ci doit prendre sa part de responsabilité dans la libération du peuple (Ex 3, 1-12).

 

-2- Cohérence de la révélation et actualisation.

            L’image du buisson ardent a été utilisée pour parler de Marie parce qu’elle a porté, comme le buisson, la présence de Dieu, plus exactement le Christ, le Verbe de Dieu. Et, comme le buisson ardent du livre de l’Exode, Marie n’a pas été consumée[2].

            L’Esprit Saint met en Marie une flamme d’amour qui la transforme et produit des actes intérieurs tout brûlants d’amour. Cependant l’image du buisson ardent évoque d’abord la maternité de Marie, le fait que Marie est vierge et mère de Dieu.

            L’image du buisson ardent nous invite, comme Moïse qui ôte ses sandales, à vénérer Marie mère de Dieu, avec un infini respect. Le véritable amour est communiqué dans ce respect…

            Au Buisson ardent, Dieu « descendit », et envoya Moïse délivrer les Hébreux : le mythe égyptien les enfermait par les pouvoirs occultes liés à la divination et un pharaon quasi-divinisé exerçait sur eux une dure oppression sociale.

            Combien plus Dieu délivre-t-il les hommes quand Dieu « descend » et s’incarne ! L’évangile selon saint Luc a son prolongement dans le livre des Actes des apôtres où nous retrouvons Marie dans une communauté de partage généreux ; ces communautés de partage permettaient aux plus fragiles de ne pas s’endetter au point de devoir se vendre comme esclaves.

            Après son Assomption, Marie continue d’être impliquée dans les libérations de l’histoire, notamment à l’époque récente[3].

            Si nous accueillons Marie « buisson ardent », avec respect, avec vénération, notre « feu » et notre « ardeur » doivent amener des délivrances sociales et intérieures dans notre histoire ![4]

 

Le « miracle de la mer »

 

-1- Etude au niveau historico-critique

            Après la révélation de YHWH dans le buisson ardent à l’Horeb, Moïse retourne en Egypte, ce qui n’était pas facile pour lui car longtemps auparavant, il avait fui l’Egypte après avoir tué un égyptien. Revenu en Egypte, Moïse appelle alors les Hébreux à sortir, tandis que Pharaon s’oppose longtemps à leur sortie. Après les 10 plaies dont la dernière frappa les nouveau-nés, pharaon les laissa partir.

            Les Hébreux ne prennent pas le chemin de la côte, jalonné de forteresses militaires, mais descendent un peu au sud, dans le désert. Il est dit que Dieu les guide par la colonne de nuée, jour et nuit (Ex 13, 21-22). La nuit, elle devient une colonne de feu et, quand les Egyptiens poursuivirent les Hébreux, la colonne de feu s’interposa entre eux et « l’un ne pouvait s’approcher de l’autre de toute la nuit » (Ex14, 20).

 

 

Figure 5 : vers l'an - 1200

            Les voici devant la mer des roseaux. L’armée les poursuit. C’est l’impasse ?

            La "mer des Roseaux" de la sortie d’Egypte est peut-être un lac salé[5] ou sans doute un des bras du golfe[6], dans lequel il y aurait un gué : à l’occasion d’un vent fort conjugué à la marée, ce gué pourrait devenir un passage à pied sec, avec une eau profonde à droite et à gauche[7].

 

5 carte recit biblique exode 3 sortie egypte

6 carte recit biblique exode 3 bis passage par les lacs sales ou par un gue

Figure 6 : Passage par les lacs salés, ou par un gué...

 

             Moïse, dont le nom est égyptien et qui fut élevé à la cour du pharaon (Ex 2, 10) pouvait connaître ce gué que l’on atteignait en marchant dans le désert. Cependant, ce passage a pu sembler tout à fait extraordinaire aux Hébreux, et la coïncidence avec le vent fort qui assèche le gué a pu sembler un miracle mémorable ; le salut est attribué non pas à Moïse mais au Seigneur : « Les chars de Pharaon et son armée, Il les a jetés à la mer, l’élite de ses officiers, la mer des Roseaux l’a engloutie » (Ex 15, 4).

            C’est cela qui constitue un seuil de la foi. Une délivrance, un miracle, est attribuée non pas à un homme, non pas à un rite magique, mais à un Dieu proche, « le Dieu de nos pères », dont le nom est « Je suis ». Dieu qui descend vers son petit peuple et veille sur lui. « Je suis », comme « Je suis là », n’ayez donc pas peur. « Je suis celui que je serai », avancez donc, allez de l’avant…

           

            Nous avons dit au sujet de Rachel et Léa que les noms des tribus n’ont pu exister qu’après la sédentarisation et par un processus de généalogisation à la façon orientale, c’est pourquoi il est difficile de savoir qui a vécu le « miracle » de la mer, tel qu’il est raconté sobrement en Josué 24 ou avec une portée théologique en Exode 14. Si tous n’ont pas vécu le miracle, c’est cependant tout un peuple qui va s’en approprier la signification.

            C’est alors que nous pouvons aussi évoquer le miracle qui a eu lieu avec Déborah (Jg 5) quand le Qishon a débordé et que les chars des Cananéens se sont embourbés. Le récit ressemble au miracle de la mer. Il est compréhensible que l’histoire du miracle de la mer (Ex 14, Jos 24), l’histoire du miracle du Qishon (Jg 5), ou même celui de la traversée du Jourdain (Jos 4) deviennent une histoire commune à tous, avec un Credo commun. S’il s’agit de dire une expérience ainsi partagée, on comprend que la date du miracle de la mer et le nom du pharaon de l’époque n’aient plus grande importance. Au-delà d’un évènement miraculeux un jour donné, ce qui est important, c’est une aventure spirituelle qui s’étend sur plusieurs générations : Dieu n’a pas besoin de magie, Dieu voit notre misère, il nous entend, et il descend pour nous secourir (Ex 3, 7).

           

-2- Cohérence de la révélation et actualisation

            Le miracle de la mer se lit, lui aussi, dans une cohérence jusqu’au Nouveau Testament.

            La parole de Dieu à Moïse en Ex 3, 12 : « Je serai avec toi », suivie d’un signe « vous servirez Dieu sur cette montagne », est reprise :

  • Au seuil des évangiles, au moment de l’Annonciation « Le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28), suivie d’un signe : la parente Elisabeth est enceinte.
  • Au seuil de la mission de l’Eglise quand le Ressuscité envoie ses disciples : « Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20) avec pour signe les guérisons et les exorcismes qui accompagneront leur ministère (Mc 16, 17-18).

 

            Lorsque Jésus, à plusieurs reprises, marche, à pieds secs, sur les eaux du lac de Tibériade, c’est au miracle de la mer qu’il fait référence.

           

            Quant au livre de l’Apocalypse, il décrit la victoire du Christ, l’Agneau, comme une victoire sur la bête qui vient de la mer. La mer, traditionnellement perçue comme l’obscure niche du mal, devient « une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout près de [littéralement sur] cette mer de cristal » (Ap 15,2).

            La mer est alors remplie de feu (Ap 15, 2), c’est-à-dire que l’Esprit Saint prend toute la place désormais. Les disciples du Christ sont vainqueurs, littéralement « sur » la mer (Ap 15, 2), comme les Hébreux avaient marché à pied sec sur la mer rouge.

            Et finalement, à la fin du livre de l’Apocalypse, la mer disparaît complètement (Ap 21, 1), comme une niche devenue inutile quand on a tué le chien. Il y a un ciel nouveau et une terre nouvelle (Ap 21,1), but ultime de l’Exode vers la terre promise.

           

            Le miracle de la mer se lit, lui aussi dans une cohérence jusqu’au temps de l’Eglise. Notamment, le rite du baptême, en tant qu’il est un passage par l’eau, rappelle ce miracle.

            Nous sommes baptisés dans la mort et la résurrection du Christ et le Christ lui-même a parlé de sa mort comme d’un Exode (Lc 9, 31).

            A Lourdes, Marie se manifeste pour la première fois à Bernadette au moment où celle-ci s’apprête à franchir un cours d’eau. Etant donné que Bernadette est asthmatique et que nous sommes en plein mois de février, cette traversée représentait un risque mortel. Bernadette traversera sans dommages. C’est un signe fort, qui rappelle le miracle de la mer aux temps des Hébreux : Dieu est là pour nous sortir de nos misères et pour nous donner la vie. C’est comme si l’Immaculée nous faisait entrer dans une dynamique d’Exode, avec le Seigneur dont le nom est « Je suis qui je serai ».

            La vie chrétienne génère des libérations qui ressemblent au miracle de la mer. Par exemple, la libération de la Pologne au temps de la domination russe et communiste[8] a commencé par une libération de la peur, exactement comme dans l’Exode biblique quand Moïse dit au peuple « Ne craignez pas… le Seigneur combattra pour vous; vous, vous n’aurez qu’à rester tranquilles » (Ex 14, 13-14).

 

Le cantique de la mer (Ex 15)

 

-1- Enracinement historique

            Moïse, Miriam et le peuple ont compris que Dieu est intervenu et ils entonnent un cantique (Ex 15). Moïse chante avec les Israélites (Ex 15, 1). Le « Cantique de la mer » glorifie Dieu pour la rédemption miraculeuse d’Israël quand Il ouvrit la mer et noya les Égyptiens. Il se conclut avec une référence à la rédemption ultime quand « le Seigneur règnera toujours à jamais » (Ex 15, 18).

            Miriam chante aussi parmi le peuple, ou répond [à Dieu] au nom des fils d’Israël [hébreu : ‘ana lehem] (Ex 15, 21). Le récit de la sortie d’Egypte, tout comme l’Alliance au Sinaï (Ex 19, 7-8), concerne les hommes et les femmes, simplement et ensemble.

            Il n’y a pas besoin d’essayer de placer le cantique de Miriam avant celui de Moïse[9]. Il est cependant nécessaire que le chant féminin de Miriam complète celui de Moïse. Au moment de la traversée de la mer, Miriam et son chœur apportèrent au « Cantique de la mer » l’intensité du sentiment et de la profondeur de la foi spécifiques aux femmes. Souvenons-nous que Miriam est celle qui, lorsque le nourrisson Moïse avait été placé dans une corbeille, sur le bord du Nil, « se tenait, l’observant pour voir ce qu’il adviendrait de lui » (Ex 2, 4). Leur expérience de l’amertume de l’exil égyptien avait été beaucoup plus intense que celle des hommes et pourtant leur foi avait été plus forte et plus durable. Ainsi, leur aspiration à la rédemption avait été beaucoup plus poignante. Et c’est également pour cette raison que, lorsque leur aspiration se réalisa, leur joie s’exprima avec encore plus d’intensité par les tambourins et les danses[10].

 

-2- Cohérence de la révélation et actualisation

            Le Magnificat de Marie est lié à une longue tradition qui trouve dans le cantique de la mer (Ex 15,1-18.21) sa référence première[11]. Au seuil de la rédemption ultime, c’est à nouveau une femme qui est porteuse de la mélodie de la rédemption : le Magnificat[12].

            La présence de nombreux sémitismes dans ce cantique, alors que Luc écrit son évangile en grec[13], le fait que Marie semble directement répondre à la parole d’Elisabeth[14], ou encore le fait que le Magnificat ne dise rien de précis sur les évènements de la vie de Jésus, tout cela fait attribuer le Magnificat à Marie.

            Le Magnificat est une louange grandiose, une exaltation de Dieu « Il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante, Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1, 48). L’expression « regarder » la misère ou l’humilité (Lc 1, 48) rappelle diverses situations de souffrance ou d’épreuve ou d’humiliation, aussi bien au niveau personnel que communautaire, mais il évoque de façon spécifique l’expérience de l’esclavage en Egypte. Dans cette situation, les fils d’Israël ont crié vers le Seigneur et lui regarda, écouta et intervint : « YHWH dit : "J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte » (Ex 3, 7).

             Pour eux, ses serviteurs, comme pour Marie, la servante, Dieu a accompli de grandes choses (Ex 15,6 ; Lc 1,51) en manifestant aux yeux de tous sa sainteté (cf. Ex 15,11 ; Lc 1,49). « Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe» (Lc 1, 51).

 

            L’action de Dieu est en faveur de son peuple, mais aussi, indirectement, contre les ennemis qui sont désignés par ce terme caractéristique de « superbes » ; cette appellation indique soit leur façon de se dresser contre Dieu dans une attitude d’impiété, soit leur façon d’opprimer les petits et les pauvres. Pharaon en est le symbole et le prototype.

           

            Les « petits » et les « pauvres », au contraire, désignent le peuple d’Israël, petit et pauvre aussi bien devant Dieu que devant les nations étrangères. L’arrière-fond de l’Exode se retrouve en Lc 52-53 où les oppresseurs sont déposés de leur trône (Lc 1,52) comme jadis ils furent engloutis au fond de la mer (Lc 15,10).

 

            Marie, servante du Seigneur, chante le Magnificat sur le fond de l’histoire d’Israël, serviteur de Dieu, lui qui est fidèle à ses promesses : « se souvenant de sa miséricorde selon ce qu’il avait annoncé à nos pères en faveur d’Abraham et de sa postérité à jamais » (Lc 1,54-55).

            L’Exode que chante Marie marque une nouveauté par rapport au premier. Il conduit à la Vie éternelle et embrasse toutes les nations.

 

            Et au temps de la Pâques de Jésus, n’était-il pas nécessaire que la proclamation du kérygme par saint Pierre le jour de Pentecôte et la prédication des apôtres ensuite, autrement dit le « chant » des apôtres, soient complétés par « le chant » de Marie, à savoir son « Magnificat » ? L’Eglise ne l’a-t-elle pas compris en intégrant le « Magnificat » dans sa prière quotidienne ?

 

            Dans l’Apocalypse, un ange transmet un rouleau à Jean (Ap 10, 8). Jean reçoit alors la révélation du plan salvifique. Alors que les avertissements des sept sceaux et des sept trompètes n’avaient pas obtenu la conversion des païens (Ap 9, 21), le témoignage des chrétiens conduit ceux qui les regardent « à rendre gloire au Dieu du ciel » (Ap 11, 13).

            Les martyrs ont triomphé de la Bête, ils ont traversé la « mer », ils ont vécu un nouvel Exode et chantent le « cantique de Moïse ». Mais ce n’est pas pour eux seuls ; par leur martyre, ils chantent le « cantique de l’Agneau », et ils conduisent les nations païennes à « se prosterner » devant Dieu :

            « Ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’Agneau:

"Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Maître-de-tout; justes et droites sont tes voies, ô Roi des nations. Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom? Car seul tu es saint; et tous les païens viendront se prosterner devant toi, parce que tu as fait éclater tes vengeances[15]" » (Ap 15, 3-4).

© Françoise Breynaert


[1] Cf. A. SERRA, Miriam, Figlia di Sion, Milano 1997, pp. 84-97. Le philosophe Juif, Philon d’Alexandrie († 54), se référant à Ex 2,4 dans le texte grec, appelle la sœur de Moïse : « Espérance » (PHILON D’ALEXANDRIE, De somniis II,141-142, Cerf, Paris 1967, p.184-187.

[2] Par exemple : EPHREM DE NISIBE, Diatessaron §25 ; SEVERE D’ANTIOCHE, Homilia LXVII in sanctam Mariam Deiparam: PO 8,349-350 ; LITURGIE ETHIOPIENNE, Weddase Maryam, Laudes beata e Mariae. Louange du mardi: PO 33.286 ; RABAN MAURE, De univverso 19, 6, PL 111, 513 C

[3] R. LAURENTIN, Les Chrétiens détonateurs des libérations à l’Est, Paris, O.E.I.L. (aujourd’hui De Guibert), 1991, et Comment la Vierge Marie leur a rendu la liberté, id., 1991 (avec une reproduction de l’icône hors texte face à la p. 96) ; Mère Sofia, 189-191 ; Turi, 1988, 397-398.

[4] Lire par exemple : Conférence épiscopale d’Amérique latine, Document de Puebla, 1979, § 282-294 ;

L’homélie de ST JEAN-PAUL II au Sanctuaire marial de Notre Dame de Zapopán au Mexique, le 30.01.79 ;

Benoît XVI, Discours du 13 mai 2007, § 5, sur l’esplanade du sanctuaire d’Aparecida ; etc.

[5] http://bible.archeologie.free.fr/departexode.html

[6] http://www.wyattmuseum.com/red-sea-crossing.htm

[7] Et non pas un « mur d’eau », expression qui reflète une rédaction tardive pour évoquer les récits de création où la divinité fend la mer, comme on le racontait à Babylone

[8] Au sanctuaire marial de Częstochowa, en 1946, devant 700.000 pèlerins, s’accomplit l’acte de Consécration de la Pologne au Cœur Immaculé de Marie ; cet acte fut renouvelé avec Jean Paul II le 4 juin 1979 ; vint ensuite un dépassement de toutes les peurs, la formation du syndicat Solidarność et la libération de la Pologne.

[9] En jouant sur les répétitions entre Ex 14, 29 et Ex 15, 19. Me semble indues les considérations présentées dans : Irmtraud FISCHER, Des femmes messagères de Dieu, Cerf, Paris 2009, p. 87-92

[10] http://www.fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/624783/jewish/Le-chant-de-Myriam.htm

[11]R. Le DEAULT, La nuit pascale, Rome 1963, p. 310

[12]Parmi les nombreux passages de l’Ancien Testament auxquels fait référence le Magnificat, on cite habituellement le cantique d’Anne (1 Sam 2,1-10, cf. aussi Sir 10,14-17). Mais ce cantique de la mère de Samuel dépend à son tour d’une tradition qui s’enracine à l’époque de l’Exode et au chant de victoire qui l’accompagna. Cf. A. VALENTINI, “Approcci esegetici a Lc 1, 46b-55, in Theotokos V, 1997 n°2, p. 403-422

[13] Extraits de A. FEUILLET, Le sauveur messianique et sa mère, PAMI, 1990, p. 58-59

[14] Elisabeth lui a dit « heureuse celle qui a cru », Marie dit « toutes les générations me diront bienheureuses » (Lc 1, 48).

[15] L’idée de « vengeance » vient de l’espérance juive, et c’est une idée qui est totalement réinterprétée par Jean.

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Date de dernière mise à jour : 15/07/2019