De Samuel à David

Exercices pour les étudiants de l’institut Foi vivifiante

Lectures bibliques :

Premier livre des Rois.

 

Exercices :

(Quelques lignes par réponse)

  1. Le peuple veut avoir, comme les autres peuples, un roi. Le prophète Samuel les prévient : « Il donnera vos semences… à des eunuques ? ». A votre avis, pourquoi Samuel est-il si négatif ?
  2. Samuel est né d’une mère longtemps stérile, qui a reçu sa fécondité de Dieu, c’est un signe fort. Quel est le signe marquant le fait qu’en Israël le roi reçoit de Dieu sa charge et sa dignité ?
  3. Brève comparaison entre le cantique d’Anne et celui de la Vierge Marie.
  4. Décrivez quelques qualités du roi David, homme « selon le cœur de Dieu ».
  5. Pourquoi est-il important que la Bible raconte les péchés du roi ?
  6. En conclusion, un roi est-il roi pour s’enrichir et se faire servir, ou est-il roi pour être fidèle à Dieu et conduire le peuple à cette fidélité ?

Etude :
Françoise Breynaert Parcours biblique : Le berceau de l'Incarnation (imprimatur), Parole et silence 2016, p. 97-107
disponible en librairie et sur internet, à la Procure (merci de privilégier les librairies catholiques).

Parcours biblique -14- L'aube de la royauté, Anne, Samuel

Parcours biblique -14- L'aube de la royauté, Anne, Samuel

1-Le temps de la royauté

 

Anne, Samuel, l’aube de la royauté

            Anne souffrait de stérilité. Son mari l’aimait tendrement, mais sa rivale la méprisait. A cette souffrance humaine, s’ajoutait une souffrance spirituelle. La vie humaine qui s’épanouit dans le sein maternel est la première forme de bénédiction de Dieu envers son peuple. La stérilité est au contraire une malédiction, une honte, et Anne passe ses jours dans les larmes et la prière (1Sam 1-20), jusqu’au jour où sa prière est exaucée. Elle conçoit un fils, Samuel. Elle le reçoit comme un cadeau de Dieu, et dès qu’il est sevré, elle le consacre au Seigneur et le laisse vivre chez le prêtre Eli, à Silo, dans les hautes terres de Canaan, que nous savons peuplées avec un habitat pauvre et dispersé. L’archéologie n’a pas retrouvé la trace d’un lieu de culte à Silo.

           

            Devenu adulte, Samuel donne l’onction royale à Saül, il est de la tribu de Benjamin, dans la hautes terres de Canaan, un peu plus au Nord que Juda, matériellement un peu plus développé. Mais Saül se comporte cependant de manière décevante en étant ingrat vis-à-vis de David qui l’a pourtant délivré du géant Goliath, puis en désobéissant au Seigneur et, finalement, en pratiquant la nécromancie.

            Alors Samuel donne l’onction royale à David. Ce n’est encore qu’un roi-berger, il n’a guère d’administration et sa capitale n’a qu’une place forte très modeste, cependant, peu à peu, nous assistons à l’émergence d’un Etat.

            La Bible place dans la bouche du prophète Samuel, à qui le peuple est venu demander un roi, une tirade très négative qui annonce que le roi, pourtant voulu et acclamé par le peuple, soumettra le peuple au service militaire, à la dîme, à la corvée... Il blessera l’unité organique du peuple en mettant à part une classe de fonctionnaires (1Sam 8, 11-17). Littéralement : « Il soumettra à la dîme vos semences et vos vignes et Il les donnera à ses eunuques et à ses esclaves » (1Sam 8, 15). Autrement dit, l’Etat donne la semence à celui qui ne peut plus en produire, à l’eunuque. Le temps naturel des semailles et des moissons, de la reproduction, le cède au temps abstrait cumulatif, des archives et des chroniques. Rémi Brague commente en disant que l’émergence d’un Etat fut un traumatisme[1].

 

            Cependant, en faisant précéder l’histoire des rois par la naissance de Samuel d’une mère stérile qui reçoit sa fécondité de Dieu, l’éditeur biblique place l’entière histoire de la royauté dans une dimension surnaturelle, elle a son origine et donc aussi son but en Dieu : le roi n’aura donc de légitimité que s’il se reçoit d’YHWH comme d’un Père et s’il obéit à la loi du Seigneur. Sans doute les rois vont-ils intervenir de temps à autre dans la nomination du clergé, mais ils ne vont pas jusqu’à être détenteurs du culte et de la foi. Ils ont reçu la révélation comme ils ont reçu la royauté, par pure grâce divine. Telle est la signification de l’onction royale reçue des mains du prophète Samuel élevé au sanctuaire et né d’une mère stérile.

            Au seuil de la généalogie d’Israël il y avait Abraham et Sarah, Sarah qui était stérile et enfanta miraculeusement Isaac. Au seuil de l’histoire de la royauté, il y a Anne, qui enfante miraculeusement Samuel.

           

            Observons le cantique d’Anne. « Mon cœur exulte dans le Seigneur, ma corne s’élève en mon Dieu » (1 Sam 2, 1). C’est une louange imprégnée de gratitude envers Adonaï. Elle n’a pas obtenue sa fécondité par des rites magiques, mais par sa confiance en son Dieu, le Dieu de Moïse, Adonaï.

            En outre, le cantique évoque déjà le roi : « YHWH, ses ennemis sont brisés, le Très-Haut tonne dans les cieux. YHWH juge les confins de la terre, il donne la force à son Roi, il exalte la vigueur de son Oint » (1Samuel 2, 10).

            La fécondité d’Anne est un miracle, le fruit d’une action divine. L’existence de la royauté en Israël est elle aussi un miracle, le fruit d’une action divine.

                        Notons aussi les paradoxes du Cantique :

L’arc des puissants est brisé,

mais les défaillants sont ceinturés de force.

Les rassasiés s’embauchent pour du pain,

mais les affamés cessent de travailler.

La femme stérile enfante sept fois,

mais la mère de nombreux enfants se flétrit.

C’est YHWH qui fait mourir et vivre,

qui fait descendre au shéol et en remonter.

(1Samuel 2, 4-6)

 

            Nous ne sommes pas dans une simple dialectique. Il ne suffit pas d’être puissants pour être brisés et pauvres pour être élevés. L’explication encadre les paradoxes. Les puissants sont brisés en tant qu’ils sont arrogants « Ne multipliez pas les paroles hautaines, que l’arrogance ne sorte pas de votre bouche » (1Samuel 2, 3) et les pauvres sont élevés en tant qu’ils sont fidèles. « Il garde les pas de ses fidèles… (car ce n’est pas par la force que l’homme triomphe) » (1Sam 2, 9)…

            Ce Cantique reflète déjà toute l’histoire de la royauté. Par exemple, ce n’est pas parce que la dynastie d’Omri est matériellement plus développée qu’elle sera abaissée, mais c’est parce qu’elle sera arrogante et très infidèle.

 

Cohérence de la révélation

            Anne avait supplié le Seigneur : « si tu voulais regarder la pauvreté de ta servante » (1Sam 1, 11). La pauvreté d’Anne, c’est sans aucun doute sa stérilité. Ce pourrait être aussi le cas pour la Vierge Marie : son propos de ne pas connaître d’homme (Lc 1, 34) est équivalent à une stérilité.

            Le Cantique d’Anne ressemblait déjà à celui de Marie qui contient des paradoxes analogues : « Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles » (Lc 1, 52).

            Cependant, il y a une évolution : le cantique d’Anne et celui de Marie sont séparés par environ mille années. Tout au long de l’Ancien Testament, la signification de la pauvreté a évolué pour devenir l’attitude du fidèle qui s’abandonne totalement à la volonté de Dieu et qui vit intégralement sa loi. Telle est la pauvreté de Marie : Marie s’abandonne à la volonté du Seigneur : « qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38) ; avec Joseph, elle accomplit la loi du Seigneur et ses coutumes. Faire la volonté de Dieu, c’est une richesse, mais c’est aussi une dépossession de soi, de sa volonté propre, de son amour propre.

            Entre le cantique d’Anne et celui de Marie, il y a aussi une différence de ton[2] :

            Tandis que celui d’Anne a, dès le début, l’accent d’une triomphante revanche personnelle sur des ennemis : « Mon front se relève en mon Dieu, ma bouche s’élargit contre mes ennemis » (1S 2, 1), celui de Marie est d’un bout à l’autre empreint d’une paisible humilité.

            La Mère du Sauveur pourrait célébrer, à l’avance, sur un ton triomphal, les victoires futures du Messie ; elle ne le fait pas.

            Jésus sera acclamé comme Fils de David, autrement dit comme roi, mais justement, il ne l’accepte qu’au seuil de sa douloureuse passion, car son royaume n’est pas de ce monde.

© Françoise Breynaert


[1]Rémi BRAGUE, La Loi de Dieu. Gallimard, Paris 2005, p. 80-81

[2]André FEUILLET, Le sauveur messianique et sa mère, Pami I, 1990, p. 59-60

Parcours biblique -15- David

Parcours biblique -15- David

Le roi David

David, homme selon le cœur de Dieu.

            David est un roi très aimé. La Bible ne donne de date ni pour le début du règne de Saül ni pour le début de règne de David. C’est donc avec une certaine imprécision que nous situons son histoire au XI° siècle. Cette imprécision ne signifie pas que nous ayons un récit légendaire sans fondements historiques.

            L’histoire de David possède des jalons archéologiques (l’existence des Philistins et de la ville de Gath, l’existence d’une place forte à Jérusalem avec des terrasses et des structures à degré, la stèle de Dan mentionnant la maison de David²…). Nous ne sommes pas devant un mythe créé de toutes pièces pour les intérêts de Josias au VII° siècle. Le récit de David ne correspond pas à la préoccupation de Josias qui est la centralisation du culte. Josias n’a pas besoin de récits guerriers pour justifier la reconquête du royaume de Samarie, cette reconquête se justifie d’elle-même par la présence de nombreux réfugiés dans le territoire de Juda.

            L’histoire de David est longuement développée. Beaucoup plus que l’histoire des autres rois. A part quelques prophéties très particulières, la révélation se dit à travers une manière de vivre, à travers une attitude emprunte de piété, de justice, de chasteté, de sagesse, de fidélité et de miséricorde, ainsi que de péché et de repentance.

 

            Le contexte politique est celui-ci : le long de la côte, les philistins, peuples venus de la mer vers le XIII° siècle avant J-C, ont construit, au XII° siècle avant J-C, cinq villes : Gaza, Ascalon, Ashdod, Gath (Gat), Eqrôn. Ils s’affrontent avec les Hébreux pour contrôler la Shefelah, zone de moyenne montagne, plus fertile que la côte sableuse et que les montagnes caillouteuses. On comprend bien que pour mieux se défendre, les Hébreux demandent un roi.

            Comme nous l’avons dit, Samuel résiste à répondre favorablement à cette demande du peuple et c’est important à rappeler. En ce temps-là, on trouve un peu partout, en Egypte, en Grèce, au Proche Orient, des critiques adressées à des souverains concrets, mais ce n’est qu’en Israël qu’une critique de l’institution royale apparaît comme telle. Au fond, cette critique de la royauté insiste sur ce point : le seul vrai roi d’Israël est YHWH le Seigneur (1Sam 12, 12, lire aussi : 1Sam 8, 7). Le roi d’Israël ne sera jamais divinisé, ni durant sa vie, ni après sa mort.

            Cependant, Dieu demande à Samuel d’accorder un roi au peuple. Et Samuel lui donne l’onction. Dieu fait un don au roi, un don de son Esprit Saint. L’Esprit Saint n’est pas uniquement sur les prophètes et les prêtres, il est aussi sur le roi. L’institution, la structuration de la société, tout cela aussi est bon et béni de Dieu.

 

            Samuel donne d’abord l’onction royale à Saül, dans la petite localité de Miçpa (au nord de Jérusalem, 1Sam 10, 16-25). Mais Saül n’obéit pas à Dieu et son onction lui est retirée. Samuel, qui habite à Rama, part donner discrètement l’onction au jeune David, originaire de Bethléem. Il est choisi de préférence à ses frères parce que « YHWH voit le cœur » (1Sam 16, 8). « L’esprit du Seigneur fondit sur David à partir de ce jour-là et dans la suite » (1Sam 16, 13).

            Tout d’abord, David se révèle dans un combat singulier contre un géant philistin, Goliath. Si la description de l’armure de Goliath est anachronique (c’est celle d’un mercenaire grec au temps de Josias), on peut retenir que David ne sait pas revêtir l’armure que lui donne Saül et qu’il remporte la victoire avec sa fronde de berger et sa foi en YHWH (1Sam 17). Il est invité auprès de Saül pour chasser ses mauvais esprits en jouant de la cithare. Saül le prend en affection mais très vite, il le jalouse et l’envoie au combat contre les Philistins, espérant qu’il meure. En fait, David remporte de nombreuses victoires. Lorsque David vient chanter auprès de Saül, ce dernier, tout à fait ingrat, tente par deux fois de le tuer avec sa lance. David s’enfuit et des hommes le rejoignent (dont tous les mécontents).

            Dans sa fuite, il arrive à Nob, où le prêtre Ahimelek accepte de leur donner des pains consacrés (n’ayant que ceux-là) parce que David et ses hommes sont en état de continence, ce qui a une profonde signification : alors que les Cananéens pensaient gagner la guerre en fréquentant leurs épouses ou les prostituées pour attirer magiquement par la sexualité les forces de vie, les Hébreux, à l’inverse, respectent une continence pendant la guerre pour signifier leur confiance en YHWH seul (1Sam 21).

            A deux occasions, David a l’occasion de tuer Saül, mais il ne le fait pas, respectant l’onction qu’il a reçu du Seigneur. Samuel meurt (1Sam 24 et 26). Cet épisode sera souligné par l’éditeur de Josias, car elle valorise l’institution royale que Dieu a bénie.

            David, avec quelques hommes, fuit dans le désert de Maön où il protège les bergers de Nabal. Là encore, il y a une révélation : la fonction du roi n’est pas de se faire servir ni de s’enrichir. La fonction du roi est de protéger les faibles. Or, quand David demande de la nourriture, Nabal le rejette. Heureusement, son épouse Abigayil nourrit David et ses hommes, et donne cette première prophétie : « Adonaï assurera à Monseigneur une maison durable, car Monseigneur combat les guerres d’Adonaï et, au long de ta vie, on ne trouve pas de mal en toi » (1Sam 25, 28). Nabal meurt d’une maladie et David épouse Abigayil.

 

            David demande refuge chez le roi philistin de Gath (Gat) qui se situe en bordure de la Shefelah, et, sans doute en échange, David rend service par des raids contre les bandes armées qui sont dans le Néguev. A cette occasion, David apprend l’usage des armes de fer, les philistins maitrisant déjà la métallurgie. Un jour, les Philistins partent en guerre contre Saül. Mais les Princes philistins refusent que David, un Hébreu, soit dans leurs rangs. David retourne donc chez lui. Mais une bande armée du Néguev a fait prisonniers ses femmes et ses enfants. Il mène bataille pour les délivrer et offre du butin à ses amis restés dans les alentours de Bethléem et d’Hébron.

            Ces récits ne nous montrent pas en David un homme de conquêtes militaires comparable à Josias. Ce sont des récits qui correspondent au contexte du XI° ou X° siècle avant J-C. D’ailleurs, Gat n’est qu’une ruine au temps de Josias. Continuons.

 

            Saül effrayé par les Philistins, consulte Samuel par la nécromancienne d’En Dor, ce qui constitue une infidélité supplémentaire. Au début de la bataille, il demanda à un Amalécite de lui donner la mort. David, qui n’a décidément aucun réflexe dominateur, pleure la mort de Saül et de son fils Jonathan (1 Sam 31, 12).

            Saül et son fils Jonathan étant morts, David revient en Juda, à Hébron (2Sam 1, 2). Mais très vite, il y a un conflit avec ceux qui étaient restés fidèles à Saül et qui se regroupent autour d’Abner. Mais Abner et David font une alliance aux motivations très familiales… (Abner désire qu’on ne lui reproche pas de prendre pour épouse la concubine de Saül, Riçpa ; tandis que David désire qu’on lui rende sa femme Milka, fille de Saül). Les proches de David, au raisonnement militaire, pensent que David ne voit pas le piège, car en épousant la concubine de Saül, Abner prétend au trône. C’est pourquoi ils assassinent Abner. Et voilà que David pleure Abner… (2 Sam 3, 32) ! On le voit, la raison d’Etat a du mal à faire son chemin, et le roi a bien du mal à raisonner en termes de pouvoir, il voit les choses avec le cœur.

            David fait alors la conquête de Jérusalem qui était alors une petite place forte aux mains des Jébuséens, sur le mont Sion (2Sam 5, 7). Depuis le XIV° siècle jusqu’au IX° siècle avant J-C, Jérusalem est un village pauvre régnant sur l’habitat clairsemé des hautes terres. Entre le XIII° et le IX° siècle où elles furent rénovées, des terrasses et des structures à degrés ont stabilisé la pente, ce qui suggère une petite place forte, avec probablement un sanctuaire et un modeste palais. Les environs de Jérusalem n’ayant alors que 20 à 34 sites habités, chacun par environ 50 adultes et autant d’enfants[1]. En s’installant à Jérusalem, David se rapproche de la zone nord des hautes terres, qui est plus fertile et plus peuplée, et d’où Saül était originaire.

            David fait apporter l’arche d’Alliance « qui porte le nom de Yahvé Sabaot, siégeant sur les chérubins » (2Samuel 6, 2). « Yahvé Sabaot » signifie le Seigneur des armées, c’est-à-dire des armées célestes que sont les étoiles que les païens considéraient comme des divinités. Autrement dit, « Yahvé Sabaot » signifie le Dieu des dieux. L’arche est transportée sur un charriot, elle est mobile, et cette mobilité rappelle la sortie d’Egypte et la traversée du désert, l’Exode et la spiritualité de l’Exode, qui est aussi celle de la sortie de soi, de l’adoration véritable.

            Ainsi, le mont Sion (Jérusalem) n’est-il pas simplement une (très humble) place forte, cette montagne devient un haut lieu spirituel. Le lieu d’une spiritualité différente de celle des peuples environnants (Egypte ou Canaan), une spiritualité faite de confiance et d’Alliance.

            C’est de Jérusalem que « David régna sur tout Israël, faisant droit et justice à tout son peuple » (2Sam 8, 15). Cependant, nous ne pouvons pas imaginer ce règne d’une manière développée. L’archéologie montre qu’à ces époques dans les hautes terres, ce que la Bible appelle des « villes » n’étaient que des hameaux de montagne sans développement administratif. La Bible mentionne cependant un secrétaire, quelques prêtres dont Sadoc et les fils de David, et Joab comme chef des armées (2Sam 7, 15-18). La population était trop clairsemée pour fournir une armée capable de conquêtes encore moins loin de ses bases arrières. C’est pourquoi nous ne devons pas majorer la campagne contre les Ammonites et les Araméens[2] (2Sam 10-11). Cependant, il ne faut pas non plus minorer le règne de David puisqu’au plan international, il a laissé son nom à la postérité : la stèle de Tel Dan dans le nord d’Israël, qui date du VIII° ou du IX° siècle, vante les victoires d’un roi araméen (Hazaël ou son fils, rois de Damas), sur le royaume d’Israël et le roi Yoram (cf. 2R 8) ainsi que sur « la maison de David » (première mention extrabiblique de David).

                       

            Continuons l’histoire de ce roi selon le cœur de Dieu. On se souvient de Jonathan qui avait tenté de protéger David. David s’en souvient et par égard pour Jonathan, il prend à sa table un enfant de Jonathan qui est handicapé (2Sam 9).

            Mais voici que les choses se compliquent. Son propre fils, Absalom, conspire contre lui. De plus, un homme du clan de Saül, Shimeï, maudit David, qui ne rend pas l’insulte, au contraire, il y voit la providence divine. Et voilà David qui fuit au-delà du Jourdain… Quand l’armée de David tue Absalom, son fils rebelle, David gémit et les soldats vainqueurs rentrent à Jérusalem comme s’ils étaient vaincus (2Sam 19, 1-9). Ainsi, la raison d’Etat est aussi un traumatisme pour le chef. Et puis finalement, Shimeï demande pardon à David, et David lui pardonne son insulte (2Sam 19, 24) ; il est un homme selon le cœur de Dieu, qui est capable de pardonner.

 

            Un peu plus tard, une sécheresse frappe le pays pendant trois ans. David imagine que la cause de cette sécheresse est le fait que Saül ait cherché à abattre les Gabaonites alors qu’ils avaient obtenu de pouvoir demeurer dans le pays (2Sam 21, 2, cf. Jos 9). Et, il pense que la sécheresse cessera s’il répare la faute de Saül en acceptant la demande de vengeance des Gabaonites : il leur livre sept descendants de Saül : les deux fils de Riçpa et les cinq fils de Mérab. Les Gabaonites les démembrent au début de la moisson de l’orge, sur la montagne du Seigneur.

            C’est alors que Riçpa prend le vêtement de deuil, et elle reste là, sur la roche, veillant sur les cadavres de ses fils et sur ceux qui sont suppliciés avec eux, les protégeant des bêtes sauvages. Et puis, elle attend la pluie (2Sam 21, 10-11). La conséquence ne se fait pas attendre : son humanité influence le roi David qui devient à son tour plus humain et décide de réclamer les ossements de Saül aux notables de Yabesh de Galaad (à l’Est du Jourdain) ; il les réunit aux ossements des suppliciés et les ensevelit dignement dans le tombeau de Qish, père de Saül (2Sam 12-13). « On fit tout ce que le roi avait ordonné et, après cela, Dieu eut pitié du pays » (2Sam 21, 14).

 

            La fidélité de David n’est cependant pas parfaite, il a notamment commis deux fautes graves :

            Tout d’abord, l’adultère avec la femme d’Urie qui est parti au combat (2Sam 11, 27), et il fait mourir Urie. Par cette incontinence en période de guerre, David ne respecte plus les lois de la guerre alors qu’auparavant, il les respectait (1Sam 21). De plus, David tente de cacher l’adultère en invitant Urie auprès de son épouse ; Urie refuse. David le fait mourir. Il se comporte en roi Cananéen qui exploite les autres au lieu de servir son peuple. Le prophète Nathan lui révèle sa faute, et David se repent ; il supporte une souffrance réparatrice (la mort du nouveau-né). Par la suite il aura un autre fils, Salomon.

            Ensuite, David dénombre le peuple (2Sam 24), s’appuyant ainsi sur soi plus que sur le Seigneur. Le prophète Nathan lui révèle sa faute, et David se repent ; il supporte une souffrance réparatrice (la peste).

            Le récit des infidélités de David revêt une grande importance. D’une part, la foi du roi en la miséricorde de Dieu est un exemple pour tous, ainsi que le processus du pardon, avec une prise de conscience, un aveu, une repentance, une pénitence. D’autre part, le récit des péchés du roi éloigne la tentation de diviniser le roi, durant sa vie, ou après sa mort.

           

Prêtres, prophètes et roi au temps de David.

            Le sacerdoce est une fonction sacrée qui établit une relation entre le peuple et le Dieu vivant, sépare le sacré du profane, et enseigne les commandements de Dieu[3]. Ceci dit le sacerdoce au temps de David n’est pas encore organisé suivant les prescriptions du Lévitique, ce qui confirme ce que nous avons évoqué précédemment : les auteurs bibliques ont mis dans la bouche de Moïse des révélations tardives, telles que les prescriptions du Lévitique, de sorte que Moïse, en plus d’être un personnage de l’histoire, est aussi une figure symbolique. En effet, David fait de ses propres fils des prêtres (2Sam 8, 17-18), et sans être prêtre, David offre un sacrifice (2Sam 6, 18), Gédéon l’avait fait avant lui (Jg 6, 25-26), et après lui, Salomon bénit le peuple (1R 8, 14).

            Le fait que de temps en temps le roi choisisse un prêtre ne signifie pas que les rois « font la religion » à la manière d’un homme politique français[4] qui a dit « il faut inventer une religion républicaine » ! David s’est reçu de Dieu, par l’onction que lui a donné Samuel (dont il est dit qu’il été consacré et qu’il a grandi dans un sanctuaire) et David écoute Nathan le prophète.

   © Françoise Breynaert

 


[1] I. FINKELSTEIN et N. SILBERMAN, La Bible dévoilée, Gallimard, Paris 2006 (première édition 2002)

[2] Les premières attestations claires des « Araméens» se trouvent dans les inscriptions du roi assyrien Tiglat-Phalazar Ier (1114-1076 av. J-C.) qui se vante de ses victoires sur les Araméens-Ahlamu qui habitaient apparemment dans un territoire correspondant à peu près à la Syrie actuelle.

[3] Lv 10, 10-11.

[4]François Peillon 08/10/2008

© Françoise Breynaert

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Date de dernière mise à jour : 15/07/2019