Jacob, David, Nathan, Salomon

Exercices pour les étudiants de l’institut Foi vivifiante

Lectures bibliques :

2° livre de Samuel.

1° livre des Rois.

 

Exercices :

1) Résumez en quelques lignes la prophétie de Jacob et son accomplissement en Jésus.

2) Résumez en quelques lignes la prophétie de Nathan et son accomplissement en Jésus.

3) L’archéologie nous dit-elle que David et Salomon furent des rois puissants ou plutôt très modestes ? Expliquez.

4) Quelle était la région la plus développée : celle de Jérusalem ou celle de Samarie ?

5) Etait-ce une bonne chose que ces régions soient des collines un peu à l’écart des grands axes de l’époque ?

6) Qu’est-ce que l’arche d’Alliance ? Que vous inspire la comparaison de Marie à l’arche d’Alliance ?

7) Le Temple. Commentez le psaume 15.  Est-ce important aujourd’hui ?

Etude :
Françoise Breynaert Parcours biblique : Le berceau de l'Incarnation (imprimatur), Parole et silence 2016, p. 107-119
disponible en librairie et sur internet, à la Procure (merci de privilégier les librairies catholiques).

Parcours biblique -16- Prophétie de Nathan et prophétie de Jacob

La prophétie de Jacob

            La prophétie de Genèse 49 correspond-elle à David, de la tribu de Juda ?

            Le texte de Genèse 49, 8-12 est appelé « la prophétie de Jacob », en harmonie avec l’intention exprimée au début : « Jacob appela ses fils et dit: "Réunissez-vous, que je vous annonce ce qui vous arrivera dans la suite des temps » (Gn 49, 8).

 

« Juda, toi, tes frères te loueront, ta main est sur la nuque de tes ennemis et les fils de ton père s’inclineront devant toi.

Juda est un jeune lion ; de la proie, mon fils, tu es remonté; il s’est accroupi, s’est couché comme un lion, comme une lionne: qui le ferait lever?

Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda, ni le bâton de chef d’entre ses pieds, jusqu’à ce que le tribut lui soit apporté et que les peuples lui obéissent.

Il lie à la vigne son ânon, au cep le petit de son ânesse, il lave son vêtement dans le vin, son habit dans le sang des raisins, ses yeux sont troubles de vin, ses dents sont blanches de lait. » (Gn 49, 8-12)

 

            Il est difficile de saisir exactement le contexte historique. Abraham, Isaac et Jacob sont les patriarches dont la mémoire fut transmise dans les clans familiaux nomades, et les fils de Jacob ont pour noms ceux des tribus d’Israël, ce en quoi il faut très probablement voir un processus de « généalogisation » (voir les remarques faites au sujet de l’histoire de Déborah ou sur le nom du père de Jephté, ou encore sur l’étymologie de Benjamin, qui signifie « au sud », etc.)

            Le texte de « la prophétie de Jacob » contient des éléments de l’époque patriarcale au moins pour Ruben, Syméon, Lévi. En effet, dans la bénédiction de Lévi, rien n’est dit de la situation privilégiée des lévites (dont le rôle est lié au temple). Ruben et Syméon sont des tribus qui vont décliner très tôt, ce qui n’apparaît pas ici.

            La bénédiction de Juda (Gn 49, 10-12) évoque déjà un roi (« Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda ») et un roi pacifique, avec un âne et non pas un cheval de guerre (comme l’annoncera aussi le prophète Zacharie au retour d’exil). Il se nourrit de vin et de lait, ce qui évoque le Paradis.

            A David fut promise une royauté stable, parce que David était juste : ce qui fait écho au fait que « Le sceptre ne s’éloigne pas de Juda ». David n’avait pas une mentalité très militaire : il refusait de tuer ses ennemis Saül, Abner, Absalom, et pleurait sur leur mort ; il n’avait pas les moyens humains ni d’une conquête ni d’une administration sur de vastes territoires, cependant, il n’était pas non plus un roi pacifique, il a fait quelques massacres chez ses ennemis philistins ou ammonites, et n’a pas soumis les peuples.

            Ezéchias a certes essayé de réconcilier les réfugiés du royaume de Samarie avec le royaume de Juda, mais sa révolte contre l’Assyrie lui a coûté très cher. Lui non plus n’a pas soumis les peuples.

            Alors, la prophétie de Jacob attend un autre accomplissement.

 

Marie et l’accomplissement en Jésus.

            Au temps de Jésus, l’attente messianique était fortement nationaliste et prompte à se soulever contre Rome, caressant le rêve d’un messie puissant dont on pourrait orgueilleusement partager la gloire (dans la poussière d’un palais éphémère)…

            Jésus est de la tribu de David, c’est-à-dire la tribu de Juda. Il est le roi pacifique. On lit dans l’Evangile cet oracle pour Jésus : « Dites à la fille de Sion : Voici que ton Roi vient à toi; modeste, il monte une ânesse, et un ânon, petit d’une bête de somme » (Mt 21,5). L’Evangile cite le prophète Zacharie dont l’expression redondante, « ânon… petit d’une ânesse » (Za 9, 9) vient de la bénédiction de Jacob (Gn 49, 10-12). Le contexte de l’Evangile est l’entrée de Jésus à Jérusalem : la foule jette des rameaux, mais Jésus a déjà plusieurs fois annoncé sa Passion. L’Esprit va être répandu et l’obéissance des peuples annoncée dans la prophétie de Jacob est toute proche, elle se réalise dans le temps de l’Eglise avec la conversion des nations et l’obéissance de la foi (apprendre à dire avec Jésus « Père, que ta volonté soit faite, sur la terre, comme au ciel).

            Pour accueillir le Messie, il fallait une « fille de Sion » excellente, toute intérieure et aimante… capable d’aimer à l’avance un Roi-Messie à qui les nations obéissent parce qu’il est doux : Marie.

            Après la Passion, l’auteur de l’Apocalypse pourra parler du Ressuscité en reprenant l’image du Lion de Juda (Gn 49, 8-10) et dire de Jésus : « Il est vainqueur le lion de la tribu de Juda » (Ap 5, 5) ; il sera alors clair qu’il s’agit de celui qui a chevauché un ânon et non pas un cheval de guerre.

            Nous sommes donc passés de la prophétie de Jacob à l’Evangile et au temps de l’Eglise où Jésus nous annonce le triomphe du Christ et la vie éternelle.

 

Sa royauté subsistera à jamais. La prophétie de Nathan et ses rappels.

            On oublie souvent que la prophétie de Nathan a été précédée par celle d’une femme, Abigayil, dans le désert de Maôn où David fuyait l’ingratitude de Saül. Abigayil dit à David : « YHWH (Dieu) assurera à Monseigneur une maison durable, car Monseigneur combat les guerres de YHWH et, au long de ta vie, on ne trouve pas de mal en toi » (1Sam 25, 28). Dans la prophétie d’Abigayil, il apparaît clairement que ce qui fait la stabilité de la royauté de David, c’est le bien, c’est l’absence de mauvais esprit (même si David est pécheur). David chassait même le mauvais esprit de Saül en jouant de la cithare !

 

            Très proche, mais plus développée est la prophétie de Nathan :     

« Et quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, je maintiendrai après toi le lignage issu de tes entrailles (et j’affermirai sa royauté. 13 C’est lui qui construira une maison pour mon Nom) et j’affermirai pour toujours son trône royal. 14 Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils: s’il commet le mal, je le châtierai avec une verge d’homme et par les coups que donnent les humains. 15 Mais ma faveur ne lui sera pas retirée comme je l’ai retirée à Saül, que j’ai écarté de devant toi. 16 Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi, ton trône sera affermi à jamais." 17 Nathan communiqua à David toutes ces paroles et toute cette révélation. » (2 Sam 7, 12-17)

 

            Benoît XVI, résumant les recherches de notre temps, a donné ce commentaire dont voici les grandes lignes :

            Premièrement, l’expression « S’il commet le mal, je le châtierai » (2 Sam 7, 14), montre bien l’insertion de l’oracle dans l’histoire de la maison de David. David a commis le péché (2 Sam 11), et c’est quelqu’un de sa maison qui a été roi après lui (Salomon).

            Deuxièmement, la prophétie de Nathan n’est pas de nature à faire imaginer à la jeune Vierge Marie une future incarnation du « Fils de Dieu » : « L’expression "fils de Dieu" provient de la théologie politique de l’Orient ancien. En Egypte comme à Babylone, on donnait au roi le titre de "fils de dieu" »[1].

            Troisièmement, il est indéniable que cette prophétie de Nathan a une ouverture messianique : Dieu affermira pour toujours le trône de David (2Sam 7, 16). Le livre de Samuel est donc ouvert à une interprétation messianique mais sans qu’il soit précisé s’il s’agit d’un messie personnel ou collectif (toute la maison de David au cours du temps). Il n’est pas possible d’unifier les traditions sur l’Ancien Testament, il faut reconnaître leur part d’obscurité et leur pluralisme (qui prépare le pluralisme du judaïsme au temps de Jésus)[2].

            Dans le Livre des Chroniques (1Chr 17, 1-15), la promesse concerne un des fils de David. Le livre des Chroniques donne donc une interprétation messianique, visant un messie personnel. La prophétie de Nathan, largement reprise, y omet la deuxième partie du verset 14 : « S’il commet le mal, je le châtierai » (2Sam 7, 14), et garde une ouverture eschatologique : Dieu affermira pour toujours le trône de David.

           

            Ainsi préparée, Marie peut recevoir, dans le dialogue de l’Annonciation, les paroles de l’ange Gabriel (au sujet de Jésus) : « Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père; il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin » (Lc 1, 32-33).

            Après l’Annonciation, le Magnificat de Marie décrit le règne de Dieu dont la miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent (Lc 1, 50).

 

            Dans le temps de l’Eglise, Marie continue d’orienter nos regards vers « le règne qui n’aura pas de fin »… Le Rosaire nous fait méditer avec Marie, comme troisième mystère lumineux, « la prédication par laquelle Jésus annonce l’avènement du Royaume de Dieu et invite à la conversion (cf. Mc 1,15), remettant les péchés de ceux qui s’approchent de Lui avec une foi humble (cf. Mc 2, 3- 13; Lc 7, 47-48) ; ce ministère de miséricorde qu’il a commencé, il le poursuivra jusqu’à la fin des temps, principalement à travers le sacrement de la Réconciliation, confié à son Église (cf. Jn 20, 22-23) »[3]. Finalement, « les mystères glorieux nourrissent chez les croyants l’espérance de la fin eschatologique vers laquelle ils sont en marche comme membres du peuple de Dieu qui chemine à travers l’histoire »[4].

            Il y a donc la prophétie dans un contexte historique au temps de David, pécheur, avec une ouverture messianique, puis il y a l’évangile et l’annonce du royaume de Dieu, et enfin le temps de l’Eglise qui fait grandir ce royaume jusqu’au retour du Christ dans la gloire, le Christ qui nous ouvrira le royaume des Cieux.

 


[1] Joseph RATZINGER, BENOIT XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 364

[2] Souvenons-nous que dans la tradition juive sur le lignage de la femme de Gn 3, 15, il y a aussi des relectures collectives et des relectures individuelles. Même difficulté pour la figure messianique du « Fils de l’homme » (Dn 7, 13-14) qui, en tant que tel, ne symbolise pas une figure individuelle, mais est la représentation du « royaume » dans lequel le monde parviendra à son but.

[3] JEAN PAUL II, Rosarium Virginis Mariae, Lettre apostolique sur le Rosaire, § 21

[4] JEAN PAUL II, Rosarium Virginis Mariae, Lettre apostolique sur le Rosaire, § 23

© Françoise Breynaert

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Parcours biblique -17- Salomon Roboam, le Temple et l'Arche d'Alliance

Salomon, Roboam et Jéroboam, modestes royaumes ; le commencement du Temple.

 

Royaumes modestes, schisme quasi naturel, influence cananéenne.

            Salomon demande à Dieu la sagesse, ni la richesse ni la gloire, mais la sagesse afin de bien gouverner le peuple. Il construit un temple et un palais. Au moment de la dédicace du temple, il s’exclame « Dieu habiterait-il vraiment avec les hommes sur la terre ? Voici que les cieux et les cieux des cieux ne le peuvent contenir, moins encore cette maison que j’ai construite ! » (1R 8, 27) et il demande au Seigneur : « Que tes yeux soient ouverts jour et nuit sur cette maison, sur ce lieu dont tu as dit : Mon Nom sera là, écoute la prière que ton serviteur fera en ce lieu » (1R 8, 29).

            Cependant, d’une part, l’importance des corvées suscite la révolte, et d’autre part, ses concubines étrangères très nombreuses amènent l’idolâtrie dans le pays.

          D’un point de vue matériel, la Bible décrit le faste du palais et du temple de Salomon ainsi qu’une grande administration royale. Cependant, l’archéologie suggère actuellement que le royaume de Salomon était peu peuplé et matériellement peu développé.

           Après la mort de Salomon, la Bible raconte un schisme entre le royaume du Nord, autour de Sichem (puis Samarie), et celui du Sud, autour de Jérusalem : ce schisme aurait eu pour cause la fiscalité et les corvées imposées par Roboam en faveur de Jérusalem.

            Dans le contexte rural et peu administré des Hébreux de ce temps-là, ce que l’on appelle le « schisme » des deux royaumes au temps de Roboam au sud et Jéroboam au nord a dû se vivre de manière assez naturelle, comme un développement parallèle dans deux régions géographiques dont l’une (le nord) a davantage de richesses naturelles.

            Jéroboam fit deux veaux d’or, l’un à Béthel, l’autre à Dan (1R 12, 28-30) pour promouvoir un culte en concurrence directe avec le culte du Seigneur à Jérusalem, et «il donnait l’investiture pour devenir prêtre des hauts lieux » (1R 13, 33). Mais il y a aussi des péchés d’idolâtrie dans le royaume de Juda avec Roboam : la mère de Roboam était Ammonite, et au temps de Roboam il y eut des pieux sacrés et des prostituées sacrées, c’est-à-dire un culte magique de Baal-Astarté (1R 14,23) !

            A côté du comportement décevant des rois, on se souvient aussi des paroles de prophètes restés anonymes (1R 13) ou de prophètes bien connus tels qu’Ahiyya (1R14).

9 salomon roboam jeroboam

            Au temps de Roboam, le pharaon Shéshonq 1er (-944 à -923) fit une campagne en Canaan[1] et s’empara aussi des "trésors" de Jérusalem, "y compris les boucliers d’or qu’avaient fait Salomon " (1R 14,25.26). Ce fut une campagne éphémère qui n’offrit pas à l’Egypte un contrôle durable sur Canaan, mais la destruction par ce pharaon des derniers vestiges des cités-Etats cananéennes de la vallée de Jezréel laissa le champ libre aux populations des hautes terres du Nord et prépara l’expansion d’Israël au temps de la dynastie d’Omri (un siècle après Salomon).

            Ce que l’on appelle le schisme n’est pas complet. A la fin du IX° siècle, Joram, roi de Juda, épousa la princesse Athalie, provenant du royaume du Nord qui était devenu beaucoup plus urbanisé et moderne. Cette unité momentanée entre le royaume de Jérusalem et le royaume de Samarie permit par exemple la fortification de la ville de Beersheba (Bersabée), au sud de la Shefelah.

            Cependant, au cours du temps, le schisme s’aggrave, jusqu’au moment où le royaume de Samarie s’allie à Damas contre l’Assyrie alors que le royaume de Jérusalem fait le contraire. Situation qui amène la chute de Samarie et l’afflux de réfugiés à Jérusalem, au temps du roi Josias.

            Il reste une question : pourquoi la Bible a-t-elle exagérée le faste de Salomon et le schisme ? Ce faste est une projection de l’écrivain biblique, au temps de Josias, lequel effectivement avait les moyens de faire de belles constructions. Pourquoi une telle projection dans le passé ? Parce que Josias veut valoriser le temps qui a précédé la division des deux royaumes qu’il projette en un lointain passé, au temps de David et Salomon, deux rois-bergers auxquels il donne une stature beaucoup plus imposante.

            Josias est inspiré : il donne à son peuple une motivation pour reconstruire l’unité. Il donne à son peuple l’image d’un âge d’or, le temps de Salomon, pour avoir de l’enthousiasme à vivre dans l’unité.

            Quant à la Révélation, elle n’est pas atteinte par ces exagérations sur le faste de Salomon. Demeure la Révélation d’un Dieu qui invite les hommes à l’Alliance et à quitter l’attitude magique indigne de l’homme dans sa relation avec Dieu.

 

            Il nous faut maintenant expliquer les commencements du Temple dans le contexte du commencement de la royauté d’Israël.

            Pour cela, nous présenterons les cultes de Baal-Astarté de manière plus détaillée que celle que nous avons faite jusqu’à présent, ensuite nous offrirons un commentaire du psaume 15, puis un commentaire sur l’Arche d’Alliance.

 

Les cultes de Baal-Astarté

            Le nom de Baal signifie Seigneur et il entre dans la composition d’innombrables noms d’hommes et de lieux. Il finit par désigner parfois le vrai Dieu dans la bouche de ses fidèles (Os 2, 18[2] ; Ez 8, 14). Mais c’est évidemment le Baal des païens que maudissent Gédéon (Jg 6, 25), Elie (1R 16, 31), Osée (Os 13, 1), Jérémie...

            Baal est une divinité cananéenne des montagnes, des orages et de la pluie. Il est aussi le prince de la terre car il a vaincu le dieu YM, prince de la mer. Mais il triomphe avec moins de constance de Môt, le dieu du monde souterrain, celui de la mort. Baal est aussi parfois identifié par les auteurs bibliques à quelque Moloch avide d’holocaustes humains (Jr 19, 5).

            Baal épouse sa sœur Anat, déesse guerrière, qui se confond ensuite avec Achéra-Astarté, déesse de l’amour et de la fécondité. Baal ressuscite chaque année avec les pluies, et son culte se confond ensuite avec le culte Babylonien d’Adonis (Baal-Tammouz) qui ressuscite quatre mois par an pour l’amour d’Achéra-Astarté.

            Astarté (Achéra, Ashera, ou Ichtar ou Atar) est la déesse de la fécondité et de l’amour vénérée par les sémites, les Philistins et les Phéniciens. Quand les Hébreux se sédentarisent en Canaan, ils désignent par le terme « Astarté » toutes les idoles féminines qu’ils rencontrent (Jg 2, 13 ; 10, 6 ; 1Sam 7, 3 ; 12, 10) et dont le culte s’accompagne de prostitutions sacrées sensées mettre en relation avec le divin (comme Aphrodite chez les Grecs), mais aussi attirer les pluies, favoriser les récoltes ou encore la victoire des armées (ce qui est à l’origine la caractéristique de la déesse guerrière Anat, sœur et épouse de Baal). Un texte d’Ougarit unit déjà Anat et Astarté dans une même célébration.

            Astarté avait un temple à Ascalon (1Sam 31, 10) et le vieux roi Salomon, sous l’influence de ses nombreuses concubines étrangères, lui en aurait construit un à Jérusalem (1R 11, 5.33), qui n’aurait été rasé que 400 ans plus tard par le roi Josias (2R 23, 13).

           

            Israël a plus ou moins suivi la mentalité ambiante. Mais une force, l’Esprit Saint, fait résister au syncrétisme. Les médiateurs de l’Esprit Saint sont essentiellement les prophètes. Gédéon, puis les prophètes Elie, Osée et Jérémie ont fortement dénoncé le culte de Baal et Astarté, de type magique, aux antipodes de la prière biblique. Certains rois, à l’école des prophètes, luttent activement contre le syncrétisme, tandis que d’autres sont très laxistes, voir idolâtres eux-mêmes. Dans l’Ancien Testament, la chasteté des prêtres et des lévites pendant leur service au Temple témoigne du refus de tout syncrétisme avec les cultes d’ « Astarté ». Mais là encore, la mise en place de cette pratique s’inscrit dans le temps : « la chasteté connaît des lois de croissance qui passe par des degrés…»[3]

            Ceci nous amène à parler des débuts du Temple.

 

Les débuts du Temple

            Bien avant la législation lévitique au retour d’exil au V° siècle, et avant la centralisation du culte à Jérusalem par le roi Josias au VII° siècle, la présence de Dieu dans le(s) sanctuaire(s) est une présence rayonnante, sanctifiante.

            Entrer dans un espace sacré nécessite une vie intègre, il faut confesser son innocence à l’entrée (Dt 26, 13-14). Le mieux est de prendre le psaume 15, qui est ancien car on y parle du sanctuaire comme d’une tente (comme au temps de David, l’arche d’Alliance habitait encore sous la tente).

            Rémi Brague[4] explique que l’on peut interpréter par exemple le psaume 15 comme une liturgie qui instaure un dialogue entre le peuple et les prêtres qui habitent l’enceinte du Temple.

  • Le peuple demande la Torah : « Qui habitera sous ta Tente ? »
  • Et les prêtres répondent en énumérant des règles morales qui sont des règles sociales (être vrai, ne pas calomnier, ne pas pratiquer l’usure, etc.).

            Celui qui respecte tout cela ne « vacillera jamais » (Ps 15, 5) : il habite sur la sainte montagne, en communion avec Dieu.

 

« 1 Psaume. De David.

Seigneur, qui logera sous ta tente,

habitera sur ta sainte montagne?

2 Celui qui marche en parfait,

celui qui agit en juste

et dit la vérité de son cœur,

3 sans laisser courir sa langue;

qui ne lèse en rien son frère,

ne jette pas d’opprobre à son prochain,

4 méprise du regard le réprouvé,

mais honore les craignants Dieu;

qui jure à ses dépens sans se dédire,

5 ne prête pas son argent à intérêt,

n’accepte rien pour nuire à l’innocent.

Qui fait ainsi jamais ne bronchera. »[5]

 

L’arche d’Alliance

            L’arche d’Alliance, en bois incorruptible recouvert d’or, avait des barres pour être portée au long des pérégrinations du peuple. L’arche d’Alliance était le signe de la présence agissante de Dieu au milieu de son peuple et la nuée de l’Esprit la recouvrait.

            L’arche d’Alliance contenait les deux tables de la loi. Cette loi a pour but de préserver ou de guérir du péché.

Les premiers commandements du décalogue consistent à adorer Dieu et à rejeter le culte des idoles. Ces commandements ont quelques précisions dans le livre de l’Exode ou dans les livres de Samuel et s’inscrivent dans la dynamique d’Alliance (interdit = inter-dit, entre nous soit dit).

- Rejet de la nécromancie et de la divination (Exode 22, 17 ; 1Samuel 28, 9).

- Interdit de s’accoupler aux animaux (Exode 22,18).

- Le jeûne (1Samuel 14) et l’abstinence (2Samuel 11) en temps de guerre, c’est-à-dire le renoncement aux rites magiques sensés attirer la victoire en temps de guerre, rites liés à la déesse guerrière Anat, épouse de Baal, assimilée à Ashera.

 

            Après le rejet de l’idolâtrie, la loi commande le Shabbat, et dit ensuite : « Tu honoreras ton père et ta mère. Tu ne tueras pas. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne voleras pas. Tu ne porteras pas de témoignage mensonger contre ton prochain. Tu ne convoiteras pas… » (Ex 20, 1-17).

 

            Nous avons vu que David avait fait apporter à Jérusalem l’arche d’Alliance « qui porte le nom de Yahvé Sabaot, siégeant sur les chérubins » (2Samuel 6, 2).

            Ensuite, dans le Temple construit par Salomon, l’Arche d’Alliance est placée dans le Saint des saints.

            Autrement dit, dans le Temple où Dieu se sédentarise avec son peuple, c’est le souvenir de l’Exode qui est vénéré.

 

Cohérence de la révélation

            Avec le psaume 15, nous avons compris que le temple et la loi vont ensemble. Il faudra nous en souvenir lorsque nous verrons que le Christ est à la fois le Temple et la Torah en personne. Ou encore, quand l’Eglise donne à Marie, en tant que mère de Dieu et demeure de Dieu, le titre de Temple, ou d’Arche d’Alliance.

            Il est tout à fait remarquable que saint Luc décrive Marie comme lieu de la présence divine et comme nouvelle Arche d’Alliance (Lc 1-2). Voici comment.

            Dans l’Ancien Testament, la nuée est signe de la présence divine qui s’établit sur la Tente de la rencontre (Ex 40,34-35 ; Nm 9,18.22) ou guide Israël en marche dans le désert (Nm 10,36). Mais lorsqu’Isaïe relit ces passages de l’Exode et des Nombres, il convertit l’image de la nuée en l’Esprit du Seigneur : « L’esprit du Seigneur les guidait au repos » (Isaïe 63,14). Saint Luc reçoit le symbolisme « Nuée / Esprit » aussi bien dans le récit de la Transfiguration (Lc 9,34) que dans le récit de l’Annonciation. A l’Annonciation, l’ange dit à Marie : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1,35). Or, quand la nuée couvrit la Tente de la rencontre, la gloire du Seigneur, sa Shekhinah, remplissait le lieu (Ex 40,34-35). De même, Marie sur laquelle descend l’Esprit Saint est le lieu de la présence divine. Ainsi, les images de l’Ancien Testament nous permettent de comprendre que, dans le récit de l’Annonciation, les titres de Jésus « saint » et « Fils de Dieu » sont donc à entendre au sens fort du terme.

 

            Ensuite, le récit de la visite de Marie chez Elisabeth en Lc 1,39-44.56 semble modelé sur celui de 2 Sam 6,2-16, qui raconte le transport de l’arche de l’alliance de Baala de Juda à Jérusalem.

            Les commentateurs mentionnent habituellement les points de contact suivants entre les deux passages[6]:

- Le voyage de l’arche et celui de Marie se déroulent dans la région de Juda (2Sam 6,1-2 et Lc 1,39).

- La joie déborde : celle du peuple et de David dansant devant l’arche, celle de Jean Baptiste qui tressaille dans le sein maternel.

- David comme Elisabeth lancent un cri de joie: « Elisabeth fut remplie d’Esprit Saint, s’exclama à forte voix (anaphonéô) ... » (Lc 1,42) Le verbe grec “anaphonéô” est utilisé par les Septante exclusivement pour les acclamations liturgiques (1Chr 16,4) et spécialement celles qui accompagnent le transport de l’arche de l’alliance (1Chr 15,28 ; 2 Chr 5,13)[7].

- Une sainte crainte pénètre David et Elisabeth. David dit : « Comment pourrait venir chez moi l’arche du Seigneur ? » (2Sam 6,9). « Elisabeth… s’exclama… Comment m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?» (Lc 1,43).

- La présence de l’arche dans la maison d’Obed Edom (1Sam 6,10.11) et la présence de Marie dans la maison de Zacharie sont des motifs de bénédiction : "Le Seigneur bénit Obed Edom et toute sa maison… à cause de l’arche de Dieu" (2Sam 6,11.12) - Dès qu’Elisabeth eut entendu la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en son sein et Elisabeth « fut remplie de l’Esprit Saint » (Lc 1,40-44).

- L’arche stationna dans la maison d’Obed-Edom trois mois (2Sam 6,11 ; 1Ch 13, 14) tandis que Marie resta avec sa parente « environ trois mois » (Lc 1,56).

           

            Le parallélisme entre « l’arche du Seigneur » et « la mère de mon Seigneur » est tout à fait remarquable ; sous le jeu des transpositions on devine que Marie est vénérée comme la nouvelle arche d’Alliance ! N’oublions pas les deux autres harmoniques :

- D’une part, de même que l’arche d’Alliance contenait les tables de la loi, Marie est gardienne de la loi sanctifiante : la vraie dévotion à Marie est une obéissance à la loi du Seigneur, une imitation des vertus de Marie.

- D’autre part, l’arche d’Alliance était faite pour accompagner les pérégrinations. Marie est celle qui nous enseigne que suivre le Christ est aussi un pèlerinage, « un pèlerinage de la foi »[8].

 

© Françoise Breynaert

 


[1] Et fit graver sa campagne sur les murs du temple d’Amon à Thèbes, et fit inscrire le nom de 150 villes et villages dévastés sur les murs du temple de Karnak.

[2] Le verset 16 dans certaines versions.

[3] Catéchisme de l’Eglise catholique § 2343

[4] Rémi BRAGUE, La Loi de Dieu. Gallimard, Paris 2005, p 98-99. Rémi Brague a reçu le prestigieux prix Ratzinger en 2012

[5]Psaume 15

[6]A. Serra, “Madre di Dio”, Nuovo dizionario di mariologia, a cura di de Fiores, ed. san Paolo 1985, p.728-729

[7]« Ayant entendu la salutation de Marie et le tressaillement de l’enfant dans son sein, Elisabeth est remplie de l’Esprit Saint, elle se trouve à l’improviste en présence même de YHWH, et fait résonner devant Marie, qui porte le Fils de Dieu, l’acclamation joyeuse, qui est une action de grâce et une louange à Dieu seul. Elle a vu en Marie celle qui amène la sainte présence, et ne peut pas retenir ce grand cri d’extase qui caractérise l’apparition de l’arche, lieu de la présence du Seigneur. » M. THURIAN, Maria Madre del Signore, immagine della Chiesa, Morcelliana, Brescia 1980, p.64

[8] Selon l’expression chère au concile Vatican II, Lumen gentium 58, expression reprise par Jean Paul II dans la lettre encyclique Redemptoris Mater.

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Date de dernière mise à jour : 15/07/2019