La Salette (1846) et le secret

Premiers pas et récit de l'apparition du 19 septembre 1846

Les apparitions de La Salette ont eu lieu le samedi 19 septembre 1846, dans les Alpes, près de Grenoble. Les deux voyants sont Maximin, 12 ans, alors qu’il est simplement de passage à la Salette où il remplace un berger malade. Et Mélanie, 15 ans, qui est en service dans la montagne à cet endroit depuis plusieurs années.

Alors que tout espoir de guérison est perdu, Marie des Brûlais, une institutrice de 38 ans, qui à l’âge de 20 ans a fondé une école catholique à Nantes, feuillette une revue dans laquelle est annoncée la fête du 19 septembre 1847, premier anniversaire des apparitions de La Salette, apparitions encore non reconnues, mais dont la fête est déjà autorisée. Elle écrit dans son Journal :

« Je lis avec émotion que les nombreuses guérisons obtenues en buvant l'eau de la merveilleuse fontaine ont décidé Mgr de Grenoble qui, lui-même, s'en est trouvé bien, à permettre de fêter solennellement le premier anniversaire du jour béni où Marie a daigné fouler cette terre privilégiée ; que cinquante messes seront célébrées sur la Montagne, le 19 septembre, que la communion y sera donnée aux nombreux pèlerins dont le chiffre dépassera probablement trente mille, etc.

A cette lecture, je ne sais quel sentiment indéfinissable, quelle intime conviction d'une guérison comme assurée si j'allais là, s'empara de moi et ne me quitta plus.

« Oh ! si je pouvais seulement me prosterner sur cette terre que Marie a foulée! m'écriai-je ; si je pouvais boire à cette fontaine qui a jailli sous les pieds de la Mère de Dieu! je suis sûre que je serais guérie... Je ne le serai du moins que là ... »

Je me hasardais toute confuse, à consulter mon directeur. Je m'attendais à être taxée de folie et à recevoir un refus formel. Je fus bien surprise et consolée de m'entendre répondre: « Je n'ai pas le courage de vous dire non. Partez! mais que ce soit très secrètement: il faut éviter tout ce qui aurait l'air de vouloir faire un éclat ». Je priai mon directeur d'avoir la bonté de m'annoncer à M. le curé de Corps, pour qu'il voulût bien m'arrêter une chambre chez quelqu'un de ses paroissiens, car j'étais dans l'intention de passer à Corps le temps de faire une neuvaine qui se terminerait le 19 sur la Montagne. Je partis donc bien fatiguée, le 4 septembre 1847, un samedi. Je passai le dimanche à Orléans et, voyageant ensuite jour et nuit, j'arrivai ans accident à Corps, le 8 septembre, jour heureux de la naissance de notre Mère, ainsi que je le lui avais demandé.

De 1847 à 1855, Marie des Brûlais va revenir 7 fois à La Salette, et son Journal, publié en 1904[1] sera considéré par Mélanie, la voyante, comme un des plus beaux livres qui ait paru sur Notre Dame de la Salette.

Corps, jeudi soir, 9 septembre 1847.

 Je suis arrivée ici hier, à dix heures du soir, et je suis montée ce matin à La Salette, non à pied, comme on le pense bien, mais portée sur un vigoureux mulet que conduisait avec soin un guide très prudent, et, tout en cheminant doucement, nous discourions, mon guide et moi, sur le grand événement du 19 septembre 1846.

« Tous les habitants de Corps croient-ils au miracle?

- Oui, madame, tout le monde... On peut pas faire autrement: c'est trop sûr.

- S'est-on converti dans le pays depuis l'apparition?

- Oui, bien! madame: vous verrez pas travailler ICI le dimanche, allez!

- On ne doit pas non plus entendre jurer?

- Pas de risque, madame! Si un s'avisait de commencer, un autre lui dirait tout de suite : Malheureux! Est-ce que tu sais pas la défense de la sainte Vierge? Et tout de suite l'autre dirait: Je demande pardon; je pensais pas ...

- Est-ce que vous avez vu la famine ici?

- Oui, bien! madame. Les pauvres gens y mouraient de faim dans la montagne : ils n’avaient seulement pas une pomme de terre à manger.

On passe trois hameaux.

A l'extrémité des terres labourées, le chemin, quoique toujours praticable pour les piétons et les bêtes de somme, devient de plus en plus ardu et difficile jusqu'au plateau révéré; et, comme l'avait dit mon pauvre guide, il lui a fallu suer pour l'atteindre.

« Enfin, nous y voilà! s'écrie-t-il tout joyeux, en essuyant son front. Vive la sainte Vierge: nous voici sur sa montagne ! ... Descendez, madame. »

Après avoir passé trois délicieuses heures sur la montagne de bénédiction, il a bien fallu me résoudre enfin à revenir à Corps; mais je n'y ai point rapporté ma fatigue de tête, et je me suis même trouvée assez forte pour descendre à pied pendant un petit quart d'heure. Chemin faisant, j'ai demandé à mon conducteur s'il est vrai qu'on ait voulu conduire en prison le petit Maximin.

- « Oui, madame, c'est bien vrai: le brigadier lui dit qu'il mentait; on apporta des cordes comme pour le lier avec; mais il eut nulle peur; et après il a dit : J'avais une voix en moi qui disait : N'aie pas peur, mon petit, on ne te fera pas de mal.

- Est-il franc, cet enfant?

- Oh! madame, vous le verrez, il est tout entier naturel: il ne sait pas mentir.

- Quel âge a Maximin? ai-je demandé à mon conducteur, tout au plus 9 à 10 ans, n'est-ce pas?

- Il est plus vieux que ça madame, mais il n’en a pas l'air. Il a bien 12 ans.

- Où demeure-t-il ?

- A Corps, madame. Sa bonne mère est morte, son père est remarié et il est bien pauvre.

Maximin ne connait pas Mélanie, il est simplement appelé quelques jours à la Salette pour remplacer un berger malade, et l’apparition a lieu pendant ces quelques jours.

Il confiera plus tard : « Ah ! monsieur, sans cette maladie, c'est moi qui aurai vu la Vierge. » Charmante ingénuité! Ce jeune homme, à ce qu'il paraît, est d'un caractère doux, tranquille et pieux. Mais il fallait à la Mère de Dieu, dit à cela M. Mélin, un bon étourdi comme Maximin, qui ne vît rien dans l'Apparition et qui ne s'aperçût pas lui-même[2].

 

Quant à Marie de Brûlais, sa santé s’améliora rapidement.

« Dès le 9 septembre, Sans que j'en eusse pour lors la conscience, la faculté d'écrire, et d'écrire avec une grande facilité, venait de m'être instantanément rendue. Oh ! que Marie est puissante et bonne !. ..

La guérison de l'affection du foie ne fut pas aussi prompte que celle de la tête. Malgré le soulagement que j'éprouvai dès ma première ascension à la sainte Montagne, la marche redevint pénible et lendemain lundi 13, que je fus obligée d'en avertir Mme la Supérieure afin qu'elle ne s'effrayât pas trop des vomissements, des suffocations et des douleurs aiguës dont elle allait être témoin. Marie des Brûlais cependant ne se soigna qu’avec l’eau de la source, qu’elle but pendant la nuit et dont elle se frictionna. Le mercredi matin, 15 septembre, « une révolution salutaire s’opère sans me causer la moindre douleur ; j’étais guérie pour toujours… gloire à Marie ! »[3]

 

Il s’agit d’une eau différente de celle du ruisseau que connaissaient les bergers. Il s’agit d’une source qui n’existait pas et qui est apparue à l’endroit de l’apparition. Maximin et Mélanie ne s’en étaient pas aperçus le jour de l’apparition, qui était un samedi, mais après que Mélanie en ait parlé à la Messe du dimanche, le lundi, les gens sont montés voir le lieu de l’apparition, et ils ont vu la source.  

Le jour du Seigneur

Le message de la Salette est riche. Nous allons le découvrir progressivement. Commençons simplement par une phrase :

"Je vous ai donné six jours pour travailler dur, le septième je l'ai gardé pour moi-même".

Le contexte social du XIX° siècle est celui de l’industrialisation : on veut rentabiliser les machines. Travail du dimanche, travail des femmes, des enfants. Notre Dame de la Salette est apparue que cette exploitation cesse. Mais il faut remarquer que la Vierge apparaît à des paysans.

Nous lisons dans le catéchisme de l’Eglise catholique : « 2176 La célébration du dimanche accomplit le précepte moral de l’Ancienne Alliance dont il reprend le rythme et l’esprit en célébrant chaque semaine le Créateur et le Rédempteur de son peuple » (CEC 2176).

Cela signifie que le dimanche, nous devons confier notre travail au Créateur : à la divine volonté, à la puissance divine.

Prenons un exemple actuel. Un éleveur me disait que sur 70 hectares, il avait eu 150 vaches et ne dépensait que 2500 litres de Gasoil. Il leur donnait les pâturages de la montagne, le fourrage, et achetait de la luzerne. Mais ses voisins dépensaient 25000 litres de gasoil, 10 fois plus, avec des méthodes où ils devaient rééquilibrer la nourriture des animaux avec des oligo-éléments, et au final, la viande fondait dans l’assiette car la animaux faisaient de la rétention d’eau.

Notre Dame de la Salette demande de travailler dans la puissance divine en considérant l’ordre de la très sainte Création, en demandant au Seigneur, qui est maître de toutes choses, la sagesse pour savoir comment il faut faire.

Reprenons le catéchisme : le dimanche, c’est célébrer « chaque semaine le Créateur et le Rédempteur de son peuple » (CEC 2176). Nous avons besoin de confier notre travail au Rédempteur. La prière du dimanche protège notre travail des infiltrations maléfiques. Les maladies ont certes des causes secondes, mais elles viennent de Satan. L’Esprit Saint n’est qu’amour, Vie et paix dans toute sa très sainte création. C’est pourquoi le message de la Salette comporte aussi l’avertissement des maladies si le dimanche n’est pas consacré à la prière, notamment à la sainte Eucharistie.

Le Dimanche, c’est la boussole. L’homme n’est pas une machine. L’homme est fait pour la vie éternelle.

Le commandement du repos hebdomadaire est un commandement de Dieu. Je me suis demandée pourquoi la message est formulé ainsi « Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième et on ne veut pas me l’accorder. »

Le septième jour, dans un récit qui prolonge le premier et que l’on peut lire sans le séparer du premier, il est dit « Il n’est pas bon qu’Adam soit seul » (Gn 2, 18).

La Genèse semble alors nous raconter la formation de la femme « Isha » vingt ans après celle de l’homme « Adam » (Gn 2, 18-25), il s’agit donc obligatoirement d’un récit symbolique. La suite du récit nous dit qu’Adam nomme sa femme « Eve, la vivante, parce qu’elle fut la mère… ». Isha est la mère, elle donne la vie : elle est cette femme-Isha est la « femme-sagesse » dont parle le livre de la Sagesse : « C’est elle [la Sagesse] qui protégea le premier modelé, père du monde, qui avait été créé seul, c’est elle qui le tira de sa propre chute et lui donna la force de devenir maître de tout » (Sg 10, 1-2). Adam représente toute l’humanité, et son usage de l’intelligence sera juste et bon s’il écoute ce qui vient de cette « femme-sagesse »[4].

"Je vous ai donné six jours pour travailler dur, le septième je l'ai gardé pour moi-même" : le dimanche est le jour où Marie nous conduit à son Fils, lui qui est la Sagesse éternelle.

Les maladies

Le 19 septembre 1846, le message de Notre Dame de la Salette comporte ces mots : « Les autres feront pénitence par la famine. Les noix deviendront vides, les raisins pourriront ».

Marie des Brûlais rapporte dans son journal quelques exemples de la réalisation de ces prophéties. On lit, dans le Journal d’une institutrice (1904) :

« 13 septembre 1851. Les raisins sont gâtés dans le environs de Lyon et de Grenoble, dans la Savoie et dans le Piémont. On assure même que dans plusieurs cantons ils ont vénéneux. Sur sept poules, auxquelles on en aurait donné pour expérience, six seraient tombées morte ; des lapins auraient eu le même sort... Au reste, j'ai vu ce raisin malade : la grappe est blanchâtre, comme si elle avait été saupoudrée de farine. Si l'on en croit le journaux, M. Orfila voyage maintenant en Savoie pour étudier la maladie de la vigne. Jusques à quand, ô mon amie, aurons-nous donc des yeux pour ne point voir?  

18 septembre 1854.  Les tristes localités ravagées par le choléra veulent être représentées demain aux pieds de Marie Réconciliatrice et elles envoient en grand nombre sur enfants crier pardon sur la montagne d'où elles attendent le salut... Oh! j'en ai la confiance, elles seront écoutées !...  M. le curé de Mens me disait tout à l'heure que sa pauvre paroisse, dont la population est de 2 200 âmes , a compté jusqu'à quinze cas de choléra par jour ! Des rue entières sont désertes dans cette paroisse désolée et un grand nombre d'infortunés orphelins sont là demandant leur père, leur mère et n'ayant pas d'autre soutien que la charité publique ! C'est déchirant rien que d'y penser... Dans la petite ville de La Mure, l'affreuse épidémie fait aussi des ravages épouvantables. Il est un village où, sur douze hommes, sept ont été subitement emportés ! En moins de deux mois, on a compté trois cents victimes et tout cela se passe aux portes du canton de Corps, qui est miraculeusement épargné! » [5] 

 

Récit de l’apparition du 19 septembre 1846

 « Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle.

Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse. Pour vous autres, vous n’en faites pas cas ! Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous autres.

Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième et on ne veut pas me l’accorder. C’est ça qui appesantit tant le bras de mon Fils. Et aussi, ceux qui mènent les charrettes ne savent pas jurer sans mettre le nom de mon Fils au milieu. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils.

Si la récolte se gâte, ce n’est rien qu’à cause de vous autres. Je vous l’avais fait voir l’an dernier par les pommes de terre, vous n’en avez pas fait cas. C’est au contraire : quand vous en trouviez des pommes de terre gâtées, vous juriez, vous mettiez le nom de mon Fils au milieu. Elles vont continuer, et cette année, pour la Noël, il n’y en aura plus. (Jusqu’ici la Belle Dame a parlé en français. Elle prévient une question de Mélanie et termine son discours en patois)

Vous ne comprenez pas, mes enfants ! Je vais vous le dire autrement. Si la récolte se gâte...Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer. Tout ce que vous sèmerez, les bêtes le mangeront et ce qui viendra tombera tout en poussière quand on le battra.

Il viendra une grande famine. Avant que la famine vienne, les petits enfants au-dessous de 7 ans prendront un tremblement et mourront entre les mains des personnes qui les tiendront. Les autres feront pénitence par la famine. Les noix deviendront vides, les raisins pourriront. (A ce moment Mélanie voit que la Belle Dame dit quelques mots à Maximin, mais elle n’entend pas. Puis c’est au tour de Maximin de comprendre qu’elle dit quelques mots à Mélanie qu’il n’entend pas non plus. Puis elle poursuit.)

S’ils se convertissent, les pierres et les rochers deviendront des monceaux de blé et les pommes de terre seront ensemencées par les terres.

Faites-vous bien votre prière, mes enfants ?

- Pas guère, Madame.

- Ah ! Mes enfants, il faut bien la faire, soir et matin, ne diriez-vous qu’un Pater et un Ave Maria quand vous ne pourrez pas mieux faire. Et quand vous pourrez mieux faire, il faut en dire davantage.

L’été, il ne va que quelques femmes un peu âgées à la Messe. Les autres travaillent le dimanche tout l’été, et l’hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la Messe que pour se moquer de la religion.

Le Carême, ils vont à la boucherie, comme les chiens.

- N’avez-vous jamais vu du blé gâté, mes enfants ?

- Non Madame !

- Mais vous, Maximin, mon enfant, vous devez bien en avoir vu une fois, au Coin, avec votre père. Le maître du champ dit à votre père de venir voir son blé gâté. Vous y êtes allés. Votre père prit deux ou trois épis dans sa main, les froissa et ils tombèrent tous en poussière. En vous en retournant, quand vous n’étiez plus qu’à une demi-heure de Corps, votre père vous donna un morceau de pain en vous disant : "Tiens, mon petit, mange encore du pain cette année, car je ne sais pas qui va en manger l’an qui vient si le blé continue comme ça".

- Ah ! Oui, Madame. Je m’en rappelle à présent. Je ne m’en rappelais pas tout à l’heure.

- Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple !

Allons, mes enfants, faites-le bien passer à tout mon peuple !" »

La limpidité et le calme de Maximin

Marie des Brûlais fut témoin[6] de l’entretien d’un jeune homme avec Maximin. Extraits :

-  Comment la sainte Vierge vous aurait parlé ? Vous n'êtes pas sage.

- Eh bien ! Elle nous a parlé comme à d'autre, pour que nous disions... voilà...

- Bah ! si la Sainte Vierge avait voulu parler à des enfant, elle eût choisi de bons petits enfants, bien pieux, au cœur bien pur.

- Comment savez-vous, monsieur, si je n'ai pas le cœur pur ?

- Oh! c'est que vous m’avez scandalisé ce matin par votre dissipation en répondant la Messe: vous tourniez la tête.  Si la sainte Vierge vous avait parlé, vous seriez certainement plus recueilli.

- Hé bien! je ne suis pas sage, voilà tout.

- Tenez! Maximin, voulez-vous que je vous dise la vérité ?

- Dites, monsieur, dite-voir ...

- Vous vous êtes entendu avec Mélanie pour que l'on vous donne de l'argent pour que vous disiez toute cette histoire. »

L'enfant, avec calme, en le regardant :

- Eh bien! monsieur, puisque vous savez tant que cela, dites combien on m'a donné ?

- Oh ! le prix n'y fait rien, mais vous avez été payé.

- Moi, je dis non... si vous ne voulez pas le croire, laissez-le.

- Un de ces jours, on viendra vous prendre, on vous mettra en prison et l'on vous conduira à l'échafaud.

- (Avec énergie): Eh bien ! j'y monterai ! Qu'est-ce que ça me fait ?

- Vous avez voulu faire un peu parler de vous : cela durera peut-être encore un an et puis tout tombera.

- Ça tombera, ça tombera... quand la religion tombera. »

 

[1] La Salette, Journal d’une institutrice, Editions Nel, 1969,  p. 2-18

[2] La Salette, Journal d’une institutrice, Editions Nel, 1969,  p. 27

[3] La Salette, Journal d’une institutrice, Editions Nel, 1969,  p. 35-36

[4] Cf. J-F. FROGER, Ibid., p. 333

[5] La Salette, Journal d’une institutrice, Editions Nel, 1969, p. 145 et 147

[6] La Salette, Journal d’une institutrice, Editions Nel, 1969,  p. 55-56

Le récit et le Secret de Mélanie, avec quelques explications

Peu instruite, Mélanie n’en était pas moins profondément pieuse. Dès l’âge de trois ans, Mélanie voulait mourir sur une croix pour effacer les péchés des méchants afin qu’ils aillent au Paradis (ce qui agaçait sa maman…). Elle aimait la solitude et un mystérieux petit frère, l’enfant Jésus, lui apparaissait, et l’enseignait… Très jeune, elle participait aux souffrances de la Passion de Jésus, sans que son entourage ne s’en étonne[1].

Devenue sœur Marie de la Croix, elle consigna son récit le 21 novembre 1878, à Castellammare (en Italie). Elle intègre alors au récit de la journée du 19 septembre 1846 sa rédaction du secret. Ce récit a reçu l’imprimatur le 15 novembre 1879

En 1851, elle avait écrit que tout sera accompli (la fin du monde) avant « deux fois 50 ans », en 1853, elle écrit « avant deux fois 40 ans ». Cette tentative de dater ce qu’elle voit est une imprudence enfantine qu’elle ne reproduit plus en 1878. L’évangile nous dit aussi que seul le Père connaît le jour et l’heure (Mt 24, 36), et l’histoire de Jonas nous apprend que les conversions peuvent infléchir l’histoire.

Des fleurs pour faire « le Paradis »

Le 19 septembre, Maximin me dit de lui apprendre un jeu.

La matinée était déjà avancée. Je lui dis de ramasser des fleurs pour faire le « Paradis ». Nous nous mîmes tous les deux à l’ouvrage; nous eûmes bientôt une quantité de fleurs de diverses couleurs. L’ Angélus du village se fit entendre, car le ciel était beau, il n’y avait pas de nuages. Après avoir dit au bon Dieu ce que nous savions, je dis à Maximin que nous devions conduire nos vaches sur un petit plateau près du ravin, où il y aurait des pierres pour bâtir le « Paradis ». Nous conduisîmes nos vaches au lieu désigné, et ensuite nous prîmes notre petit repas; puis nous nous mîmes à porter des pierres et à construire notre petite maison, - qui consistait en un rez-de-chaussée qui, soi-disant, était notre habitation, puis un étage au-dessus qui était selon nous le « Paradis ». Cet étage était tout garni de fleurs de différentes couleurs, avec des couronnes sus­ pendues par des tiges de fleurs. Ce « Paradis» était couvert d’une seule et large pierre que nous avions recouverte de fleurs; nous avions aussi suspendu des couronnes tout autour. Le «Paradis» terminé nous le regardions; le sommeil nous vint, nous nous éloignâmes de là à environ deux pas, et nous nous endormîmes sur le gazon.

La belle Dame s’assied sur notre Paradis, sans le faire crouler.

Début de l’apparition

M’étant réveillée et ne voyant pas nos vaches, j’appelai Maximin et je gravis le petit monticule. De là, ayant vu que nos vaches étaient couchées tranquillement, je redescendais, et Maximin montait, quand tout à coup je vis une belle lumière plus brillante que le soleil et à peine ai-je pu dire ce paroles: «Maximin vois-tu là-bas? Ah! mon Dieu !» en même temps je laissais tomber le bâton que j’avais en main. Je ne sais ce qui se passait en moi de délicieux dans ce moment, mais je me sentais attirée, je me sentais un grand respect plein d’amour, et mon cœur aurait voulu courir plus vite que moi. Je regardais bien fortement cette lumière qui était immobile, et comme si elle se fut ouverte, j’aperçus une autre lumière bien plus brillante et qui était en mouvement, et, dans cette lumière une très belle dame assise sur notre Paradis, ayant la tête dans ses mains. Cette belle Dame s’est levée, elle a croisé médiocrement ses bras en nous regardant et nous a dit: «Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous annoncer une grande nouvelle ».

Ces douces et suaves paroles me firent voler jusqu’à elle, et mon cœur aurait voulu se coller à elle pour toujours. Arrivée bien près de la belle Dame, devant elle à sa droite, elle commence le discours, et des larmes commencent aussi à couler de ses beaux yeux:

« Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller la main de mon Fils. Elle est si lourde et pesante que je ne puis plus la retenir. « Depuis le temps que je souffre pour vous autres! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse. Et, pour vous autres, vous n’en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ ai prise pour vous autre. Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me l’accorder. C’est ce qui appesantit tant le bras de mon Fils. « Ceux qui conduisent les charrettes ne savent pas jurer sans y mettre le nom de mon Fils au milieu. « Ce sont le deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils. Si la récolte se gâte, ce n’ est qu’à cause de vous autres. Je vous l’ai fait voir l’année passée par les pommes de terre, vous n’en avez pas fait cas; c’ est au contraire quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez, et vous mettiez le nom de mon Fils. Elles vont continuer à se gâter, à la Noël il n’y en aura plus. »

En-tête du Secret

« Mélanie, ce que je vais vous dire maintenant ne sera pas toujours Secret ; vous pourrez le publier en 1858.

Explication

Est-ce parce que c’est l’année des apparitions de Lourdes ? En tout cas, cette date va rendre compliqué l’obéissance de Mélanie lorsqu’on lui demande de donner le secret au pape en 1851 ou à Mgr Ginoulhiac en 1853 : elle ne donnera alors que ce que la Vierge lui permettra : un aperçu incomplet.

Le Secret

« Les prêtres ministres de mon Fils, les prêtres, par Leur mauvaise vie par leur irrévérence et leur impiété à célébrer les saints mystère, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté. Oui, les prêtres demandent vengeance, et la vengeance est suspendue sur leurs têtes. Malheur aux prêtres et aux per­ sonnes consacrées à Dieu, lesquelles par leur infidélité et leur mauvaise vie crucifient de nouveau mon Fils! Les péchés des personnes consacrées à Dieu crient vers le Ciel et appellent la vengeance, et voilà que la vengeance est à leur porte, car il ne se trouve plus personne pour implorer miséricorde et pardon pour le peuple; il n’y a plus d’âme généreuses, il n’y a plus personne digne d’offrir la Victime sans tache à l’Éternel en faveur du monde.

 « Dieu va frapper d’une manière sans exemple. Malheur aux habitants de la terre ! Dieu va épuiser sa colère, et, personne ne pourra se soustraire à tant de maux réunis. « Les chefs, les conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la pénitence, et le démon a obscurci leur intelligence; ils sont devenus ces étoiles errantes que le vieux diable traînera avec sa queue pour les faire périr.

Dieu permettra au vieux serpent de mettre des divisions parmi les régnants, dans toutes les sociétés et dans toutes les familles. On souffrira des peines physiques et morales ; Dieu abandonnera les hommes à eux-mêmes et enverra des châtiments qui se succéderont pendant plus de trente-cinq ans. La société est à la veille des fléaux les plus terribles et des plus grands événements ; on doit s’attendre à être gouverné par une verge de fer et à boire le calice de la colère de Dieu.

Explication

On comprend que la très sainte Vierge soit apparue en pleurant !

Réfléchissons sur l’expression décrivant La Sainte Messe, c’est « offrir la Victime sans tache à l’Éternel ». C’était dans l’Ancien Testament le rôle du Grand Prêtre, et Jésus s’est offert une fois pour toutes, il est le Grand Prêtre dont l’Ancien Testament ne donnait que la figure. Les prêtres chrétiens célèbrent dans le Christ, en s’unissant à Jésus, l’unique Grand Prêtre. Ce qui se fait dans la liturgie se fait aussi dans la vie de chaque chrétien. Mélanie, on l’a dit, a participé toute sa vie et depuis sa tendre enfance à la Passion de Jésus.

La Sainte Messe protège le monde, parce que par son sacrifice Jésus chasse du monde Satan (Jn 12, ou Jn 16). Encore faut-il que son salut soit accueilli. Si le sacrifice eucharistique n’est plus offert : « Malheur aux habitants de la terre ! »

Concernant le « cloaque ». En janvier 2017, on pouvait constater dans une enquête quantitative de la Conférence des évêques que, sur 15 000 prêtres en France, 9 étaient emprisonnés, 26 mis en examen, 37 clercs avaient exécuté leur peine et étaient sortis de prison. Avec juste raison, les évêques pouvaient dire qu’il fallait « se méfier des effets de loupe».

Suite du Secret

« Que le vicaire de mon Fils, le Souverain Pontife Pie IX ne sorte plus de Rome après l’année 1859 ; mai qu’il soit ferme et généreux ,qu’il combatte avec les armes de la foi et de l’amour; je serai avec lui. Qu’il se méfie de Napoléon; son cœur est double, et quand il voudra être à la fois pape et empereur, bientôt Dieu se retirera de lui; il est cet aigle qui, voulant toujours s’élever, tombera sur l’épée dont il voulait se servir pour obliger les peuples à se faire élever.

« L’Italie sera punie de son ambition en voulant secouer le joug du Seigneur des Seigneurs; aussi, elle sera livrée à la guerre, le sang coulera de tous côtés; les Églises seront fermées ou profanées; les prêtres, les religieux seront chassés; on les fera mourir, et mourir d’une mort cruelle. Plusieurs abandonneront la foi, et le nombre des prêtres et des religieux qui se sépareront de la vraie religion sera grand; parmi ces personnes il se trouvera même des évêques.

« Que le pape se tienne en garde contre les faiseurs de miracles: car le temps est venu que les prodiges les plus étonnants auront lieu sur la terre et dans les airs.

« En l’année 1864, Lucifer avec un grand nombre de démons seront détachés de l’enfer; ils aboliront la foi peu à peu et même dans les personnes consacrées à Dieu; ils les aveugleront de telle manière, qu’à moins d’une grâce particulière, ces personnes prendront l’esprit de ces mauvais anges; plusieurs maisons religieuses perdront entièrement la foi et perdront beaucoup d’ âmes.

 «Les mauvais livres abonderont sur la terre, et les esprits de ténèbres répandront partout un relâchement universel pour tout ce qui regarde le service de Dieu; ils auront un très grand pouvoir sur la nature; il y aura des églises pour servir ces esprits. Des personnes seront transportées d’un lieu à un autre par ces esprits mauvais, et même des prêtres, parce qu’ils ne se seront pas conduits par le bon esprit de l’Évangile qui est un esprit d’humilité, de charité et zèle pour la gloire de Dieu. On fera ressusciter des morts et des justes. (C’est-à-dire que ces morts prendront la figure des âmes justes qui avaient vécu sur la terre, afin de mieux séduire les homme ; ces soi-disant morts ressuscités, qui ne seront autre chose que le cl mon sous ces figures, prêcheront un autre Évangile contraire à celui du vrai Christ Jésus, niant l’existence du Ciel); soit encore les âmes des damnés. Toutes ces âmes paraîtront comme unies à leur corps. Il y aura en tous lieux des prodiges extraordinaires, parce que la vraie foi s’est éteinte et que la fausse lumière éclaire le monde. Malheur aux princes de l’Eglise qui ne seront occupés qu’à entasser richesses sur richesses, qu’à sauvegarder leur autorité et à dominer avec orgueil!

«Le Vicaire de mon Fils aura beaucoup à souffrir, parce que pour un temps l’Église sera livrée à de grandes persécutions; ce sera le temps des ténèbres; l’Église aura une crise affreuse.

« La sainte foi de Dieu étant oubliée, chaque individu voudra se guider par lui-même et être supérieur à ses semblables. On abolira les pouvoirs civils et ecclésiastiques; tout ordre et toute justice seront foulés aux pieds; on ne verra qu’homicides, haine, jalousie, mensonge et discorde sans amour pour la patrie ni pour la famille.

« Le Saint-Père souffrira beaucoup. Je serai avec lui jusqu’à la fin pour recevoir son sacrifice.

« Les méchants attenteront plusieurs fois à sa vie sans pouvoir nuire à ses jours; mais ni lui ni son successeur ... ne verront le triomphe de l’Église de Dieu.

« Les gouvernants civils auront tous un même dessein qui sera d’abolir et de faire disparaître tout principe religieux, pour faire place au matérialisme, à l’athéisme, au spiritisme et à toutes sortes de vices.

« Dans I’ année 1865, on verra l’ abomination dans les lieux saints; dans les couvents, les fleurs de l’Église seront putréfiées et le démon se rendra comme le roi des cœurs. Que ceux qui sont à la tête des communautés religieuses se tiennent en garde pour les personnes qu’ils doivent recevoir parce que le démon usera de toute sa malice pour introduire dans les ordres religieux des personnes adonnées au péché, car les désordres et l’amour des plaisirs charnels seront répandus par toute la terre.

Explication

Que s’est-il passé de si grave en 1865 et 1865 ? Un instituteur lyonnais, Léon Rivail, découvre en 1854 des séances insolites pendant lesquelles on « magnétise les tables ». Durant les années suivantes, il fréquente régulièrement une famille dont les filles déclarent être médiums écrivains (« psychographe »). Progressivement, Rivail vient à chaque réunion avec une série de questions méthodiquement préparées pour noter les réponses données par les médiums. À partir de la synthèse de ses notes, il publie Le Livre des Esprits, le 18 avril 1857, sous le pseudonyme d’Allan Kardec. Il publie ensuite Le Livre des médiums en 1861. Il complète par la suite la doctrine spirite par une interprétation du christianisme associée à des principes moraux et sociaux.

Cela aboutit à L’Évangile selon le spiritisme (1864), Le Ciel et l’Enfer (1865) et La Genèse selon le spiritisme (1868).

Le spiritisme s’appuie sur ces « sociétés d’études » pour tenter de constituer une grande famille solidaire ainsi qu’une école de la charité. La ville de Lyon prend la tête du mouvement et revendique trente mille spirites en 1862. Cette même année, Kardec visite les principales villes françaises et propage son instruction devant des salles combles. Les groupes organisent des caisses de secours pour les indigents, des collectes pour les chômeurs et mettent en place les premières crèches. La Revue spirite prend parti pour le vote des femmes, l’abolition de l’esclavage, l’abolition de la peine de mort, l’internationalisme et le pacifisme.

Notamment grâce au livre L’Évangile selon le spiritisme (1864), le spiritisme infiltre les communautés et les œuvres chrétiennes. C’est si facile, au lieu de dire « la paix soit avec vous » en invoquant Jésus, de dire « la peste soit avec vous » en invoquant Satan. Et l’on peut faire des choses beaucoup plus discrètes. Evidemment, si l’on appelle les esprits, ils ne se privent pas de venir. Contrairement à Dieu et à ses anges, ils ne respectent pas la liberté mais ils oppriment jusqu’à la possession diabolique. Et ils sèment le mensonge et la guerre.

Lisons la suite du message de la Salette.

Suite du Secret

« La France, l’Italie, I ‘Espagne et I’ Angleterre seront en guerre; le sang coulera dans les rues ; le Français se battra avec le Français, l’Italien avec l’Italien; ensuite il y aura une guerre générale qui sera épouvantable. Pour un temps, Dieu ne se souviendra plus de la France ni de l’Italie parce que l’Évangile de Jésus-Christ n’est plus connu. Les méchants déploieront toute leur malice; on se tuera, on se massacrera mutuellement jusque dans les maisons. « Au premier coup de son épée foudroyante, les montagnes et la nature entière trembleront d’épouvante parce que les désordres et les crimes des hommes percent la voûte des cieux. Paris sera brûlé et Marseille englouti; plusieurs grandes villes seront ébranlées et englouties par des tremblements de terre; on croira que tout est perdu; on ne verra qu’homicides, on n’entendra que bruits d’armes et que blasphèmes. « Les justes souffriront beaucoup; leurs prières, leur pénitence et leurs larmes monteront jusqu’au Ciel, et tout le peuple de Dieu demandera pardon et miséricorde, et demandera mon aide et mon intercession.

Explication.

A Marseille, il y a eu de grandes inondations, le 19 septembre 2000. Mais il se peut qu’il y en ait d’autres. Les prophéties de ce genre doivent être lues avec la Bible, notamment le livre de Jonas.

Suite du Secret

Alors Jésus-Christ, par un acte de sa justice et de sa grande miséricorde pour les justes, commandera à ses Anges que tous ses ennemis soient mis à mort.

"Tout à coup, les persécuteurs de l’Église de Jésus-Christ et tous les hommes adonnés au péché périront et la terre deviendra comme un désert. Alors se fera la paix, la réconciliation de Dieu avec les hommes ; Jésus-Christ sera servi, adoré et glorifié; la charité fleurira partout. Les nouveaux rois seront le bras droit de la sainte Église, qui sera forte, humble, pieuse, pauvre, zélée et imitatrice des vertus de Jésus-Christ. L’Évangile sera prêché partout, et les hommes feront de grands progrès dans la foi, parce qu’il y aura unité parmi les ouvriers de Jésus-Christ et que les hommes vivront dans la crainte de Dieu.

Explication

Dans la parabole de l’ivraie, Jésus avertit ses disciples qu’ils ne doivent pas arracher l’ivraie eux-mêmes, autrement dit, ils ne doivent pas opérer le jugement par eux-mêmes (Mt 13, 40-43). Comprenons-bien, la justice humaine peut et doit châtier les crimes (civils ou militaires), mais le jugement des hommes n’appartient qu’à Dieu. Nous attendons cet événement dans la piété et la douceur : ni djihad ni de goulag, seul Dieu peut nettoyer la terre.

« Jésus leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le démon [araméen : Satan] ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à l’aboutissement du temps (én têisunteleïai tou aíônos) [ici, la traduction « la fin du monde » n’est pas bonne car elle suggère qu’il n’y a plus rien après la mise à l’écart des mauvais], le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal, 42 et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » (Mt 13, 37-43)

Cf. Françoise Breynaert, La Venue glorieuse du Christ. Véritable espérance pour le monde. Editions du Jubilé (octobre 2016). 

Suite du Secret.

«Cette paix parmi les hommes ne sera pas longue; vingt-cinq ans d’abondantes récoltes leur feront oublier que les péchés des hommes sont cause de toutes les peines qui arrivent sur la terre.

« Un avant-coureur de I’Antéchrist, avec ses troupes de plusieurs nations, combattra contre le vrai Christ, le seul Sauveur du monde; il répandra beaucoup de sang, et voudra anéantir le culte de Dieu pour se faire regarder comme un Dieu.

Explication

L’Antichrist est un homme qui se fait Dieu. Satan veut que l’intelligence humaine supplante l’instauration divine, le donné-révélé. Il veut par exemple confondre le rituel des sacrements, que l’on peut expliquer humainement, avec l’Esprit Saint qui les rend vivants.

L’Antichrist fera toutes les hérésies. Il faut lui résister. C’est pourquoi, j’ai écrit un livre de christologie du II° au XXI° siècle  (Parole et Silence 2016) ! Il faut lire et relire aussi l’évangile de Jean. Jésus n’est pas un homme qui s’est fait regarder comme un Dieu. Jésus est Celui que le Père a envoyé. Jésus est le Verbe de Dieu. Jésus est conçu du Saint Esprit parce qu’il est La présence de Dieu qui descend dans le sein de la Vierge Marie. Et il est Un avec le Père. Il nous révèle que faire la volonté du Père est une nourriture…

L’Antichrist nie la divinité du Christ, il ne croit pas que Jésus sauve, il n’attend rien de son retour, mais il dit : suivez-moi, je suis un dieu. Ou alors, il dit : Jésus est dieu mais moi aussi !

Suite du Secret

« La terre sera frappée de toute sortes de plaies (outre la peste et la famine qui seront générales); il y aura des guerres jusqu’à la dernière guerre qui sera alors faite par les dix rois [c’est là une expression du livre de l’Apocalypse] de I’Antéchrist, lesquels rois auront tous un même dessein et seront les seuls qui gouverneront le monde.

Avant que ceci arrive, il y aura une espèce de fausse paix dans le monde; on ne pensera qu’à se divertir; les méchants se livreront à toutes sorte de péchés; mais les enfants de la sainte Église, les enfants de la foi, mes vrais imitateurs, croîtront dans l’Amour de Dieu et dans les vertus qui me sont les plus chères.

Heureuses les âmes humbles conduites par l’Esprit-Saint! Je combattrai avec elles jusqu’à ce qu’elles arrivent à la plénitude de l’âge.

« La nature demande vengeance pour les hommes et elle frémit d’épouvante dans l’attente de ce qui doit arriver à la terre souillée de crimes. Tremblez, terre, et vous qui faites profession de servir Jésus-Christ et qui, au-dedans, vous adorez vous-mêmes, tremblez, car Dieu va vous livrer à son ennemi, parce que les lieux saints sont dans la corruption; beaucoup de couvents ne sont plus les maisons de Dieu, mais les pâturages d’Asmodée et de siens.

Explication

Asmodée est un démon d’impureté et de mort (Dans la Bible, le livre Tobie raconte une histoire où Sara en est délivrée, Tobie 3, 8-17). Dans les rapports humains, Asmodée pervertit la sensualité, il obscurcit les sens de l’âme, il fait obstacle à la relation à Dieu.
Attention donc à ce que vous regardez, mais aussi aux musiques lascives, impures. L’impureté amène la mort, le Sida, l’avortement, mais aussi le suicide par dégoût.

Suite du secret

Ce sera pendant ce temps que naîtra I’Antéchrist d’une religieuse hébraïque, d’une fausse vierge qui aura communication avec le vieux serpent, le maître de l’impureté son père sera Ev. [évêque] ; en naissant il vomira des blasphèmes ; il aura des dents, en un mot, ce sera le diable incarné; il poussera des cris effrayants, il fera des prodiges, il ne se nourrira que d’impuretés. Il aura des fils qui seront comme lui des démons incarnés, seront des enfants de mal ; à douze ans ils se feront remarquer par leur vaillantes victoires qu’ils remporteront; bientôt ils seront chacun à la tête des armées, assistés par des légions de l’enfer.

« Les saisons seront changées, la terre produira que de mauvais fruits, les astres perdront leur mouvement familier, la lune ne reflétera qu’une faible lumière rougeâtre, l’eau et le feu donneront au globe de la terre des mouvements convulsifs et d’horribles tremblements de terre qui feront engloutir des montagnes, des villes, etc.

« Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Anté. Christ.

« Les démons de l’air avec l’Antéchrist feront de grands prodiges sur la terre et dans les airs, et les hommes se pervertiront de plus en plus. Dieu aura soin de ses fidèles serviteurs et des hommes de bonne volonté, l’Évangile sera prêché partout, tous les peuples el toutes les nations auront connaissance de la vérité.

Suite du secret. Appel aux apôtres des derniers temps

«J’adresse un pressant appel à la terre; j’appelle les vrais disciples du Dieu vivant et régnant dans les Cieux; j’appelle les vrais imitateurs du Christ fait homme, le seul et vrai Sauveur des hommes; j’appelle mes enfants, mes vrais dévots, ceux qui se sont donnés à moi pour que je les conduise à mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux qui ont vécu de mon esprit enfin j’appelle les apôtres des derniers temps, les fidèles disciples de Jésus-Christ qui ont vécu dans un mépris du monde et d’eux-mêmes, dans la pauvreté et dans l’humilité, dans le mépris et dans le silence, dans l’oraison, et la mortification, dans la chasteté et l’union avec Dieu, dans la souffrance et inconnus du monde.

II est temps qu’ils sortent et viennent éclairer la terre. Allez et montrez-vous comme mes enfants chéris; je suis avec vous et en vous, pourvu que votre foi soit la lumière qui vous éclaire dans ces jours de malheurs. Que votre zèle vous rende comme des affamés pour la gloire et I’ honneur de Jésus-Christ. Combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez; car voici le temps des temps, la fin des fins.

 

« L’Église sera éclipsée, le monde sera dans la consternation. Mais voilà Énoch et Élie remplis de l’Esprit de Dieu; ils prêcheront avec la force de Dieu, et les hommes de bonne volonté croiront en Dieu, et beaucoup d’âmes seront consolées; ils feront de grands progrès par la vertu du Saint-Esprit et condamneront les erreurs diaboliques de l’Antéchrist. Malheur aux habitants de la terre! II y aura des guerres sanglantes et des famines, des pestes et des maladies contagieuses; il y aura des pluies d’une grêle effroyable d’ animaux; des tonnerres qui ébranleront les villes, des tremblements de terre qui engloutiront des pays; on entendra des voix dans les airs; les hommes se battront la tête contre les murailles, ils appelleront la mort, et d’un autre côté la mort fera leur supplice; le sang coulera de tous côtés. Qui pourra vaincre si Dieu ne diminue le temps de l’épreuve?

Par le sang, les larmes et les prières des justes Dieu se laissera fléchir - Énoch et Élie seront mis à mort; Rome païenne disparaîtra: le feu du ciel tombera et consumera trois villes; tout l’univers sera frappé de terreur, et beaucoup se laisseront séduire parce qu’ils n’ont pas adoré le vrai Christ vivant parmi eux. II est temps le soleil s’ obscurcit; la foi seule vivra.

« Voici le temps l’abîme s’ouvre. Voici le roi des rois des ténèbres, voici la Bête avec ses sujets, se disant le Sauveur du monde. Il s ‘élèvera avec orgueil dans les airs pour aller jusqu’au ciel; il sera étouffé par souffle de saint Michel Archange. Il tombera, et la terre qui, depuis trois jours sera en de continuelles évolutions, ouvrira son sein plein de feu; il sera plongé pour jamais avec tous les siens dans les gouffres éternels de l’enfer. Alors l’eau et le feu purifieront la terre et consumeront toutes les œuvres de l’orgueil des hommes et tout sera renouvelé; Dieu sera servi et glorifié. »

Explications

Expliquons la dernière phrase. Lisons la seconde lettre de saint Pierre.

« Mes bien-aimés, il y a une chose que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse, comme le pensent certaines personnes ; c’est pour vous qu’il patiente : car il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre ; mais il veut que tous aient le temps de se convertir.  Pourtant, le jour du Seigneur viendra comme un voleur, alors [Littéralement : dans ce jour] les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments en feu seront détruits, la terre, avec tout ce qu’on y a fait [littéralement les travaux], sera brûlée. Ainsi, puisque tout cela est en voie de destruction, vous voyez quels hommes vous devez être, quelle sainteté de vie, quel respect de Dieu vous devez avoir, vous qui attendez avec tant d’impatience [attendant et hâtant] la venue [la Parousie] du jour de Dieu (ce jour où les cieux embrasés seront détruits, où les éléments en feu se désagrégeront). Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. » (2P 3, 8-13, Bible de Jérusalem).

 A première vue, ce texte annonce la Parousie comme étant globalement et indistinctement un déluge de feu.

On peine alors à imaginer que des hommes soient encore vivants au moment de la Parousie, comme le pense pourtant saint Paul -- « nous les vivants qui serons restés… nous serons enlevés dans les nuées à la rencontre du Seigneur » (1Th 4, 16) -- et comme le pense aussi saint Irénée qui parle explicitement de ceux qui demeurent vivants après la mort de l’Antichrist et qui sont jugés dignes d’entrer dans le royaume des justes[2].

Ces versets ont besoin de traductions plus littérales, notamment aux versets 10 et 12, ce qui donne :

« Le jour du Seigneur viendra comme un voleur, et dans ce jour [qui est comme mille ans], les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre et ses travaux passeront[3].  Ainsi, puisque tout cela est en voie de destruction, vous voyez quels hommes vous devez être, quelle sainteté de vie, quel respect de Dieu vous devez avoir, attendant et hâtant la Parousie du jour de Dieu (ce jour où les cieux éprouvés par le feu seront dissous et les éléments fondus). » (2P 3, 10-12 – traduction littérale).

La règle ... Derniers avis

Ensuite, la Sainte Vierge me donna, aussi en français, la règle d’un nouvel ordre religieux.

Après m’avoir donné la règle de ce nouvel ordre religieux, la Sainte Vierge reprit ainsi la suite du discours: «S’ils se convertissent, les pierres et les rochers se changeront en blé et les pommes de terre se trouveront ensemencées dans les terres ».

Suite de l’apparition

« Faites-vous bien votre prière, mes enfants ?»

Nous répondîmes tous les deux: « Oh ! non, Madame, pas beaucoup.»

(/…/ Cf. Supra ). Eh bien! mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple. »

La très belle Dame traversa le ruisseau, et, à deux pas du ruisseau, sans se retourner vers nous qui la suivions (parce qu’elle attirait à elle par son éclat et plus encore par sa bonté qui m’enivrait, qui semblait me faire fondre le cœur), elle nous a dit encore : Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple. »

Puis elle a continué à marcher jusqu’à l’endroit où j’étais montée pour regarder où étaient nos vaches. Ses pieds ne touchaient que le bout de l’herbe sans la faire plier. Arrivée sur la petite hauteur, la belle Dame s’arrêta, et vite je me plaçai devant pour bien, bien la regarder, et tâcher de savoir quel chemin elle inclinait le plus à prendre; car c’était fait de moi, j’avais oublié et mes vaches et les maîtres chez lesquels j’étais en service je m’étais attachée pour toujours et sans conditions à ma Dame oui, je voulais ne plus jamais, jamais la quitter; je la suivais sans arrière-pensée, et dans la disposition de la servir tant que je vivrai.

Avec ma Dame, je croyais avoir oublié le paradis [il s’agit du jeu d’enfant, cette maison de pierres avec son toit plat recouvert de fleurs, là où l’apparition s’est assise] ; je n’avais plus que la pensée de la servir en tout; et je croyais gue j’ aurais pu faire tout ce qu’elle m’aurait dit de faire, car il me semblait qu’elle avait beaucoup de pouvoir. Elle me regardait avec une tendre bonté qui m’attirait à elle; j’aurais voulu, avec les yeux fermés, m’élancer dans ses bras. Elle ne m’ a pas donné le temps de le faire. Elle s’est élevée insensiblement de terre à une hauteur d’environ un mètre et plus; et, restant ainsi suspendue en l’air un tout petit instant, ma belle Dame regarda le ciel, puis la terre à sa droite et à sa gauche, puis elle me regarda avec des yeux si doux, si aimables et si bons que je croyais qu’elle m’attirait dans son intérieur, et il me semblait que mon cœur s’ouvrait au sien.

Et tandis que mon cœur se fondait en une douce dilatation, la belle figure de ma bonne Dame disparaissait peu à peu; il me semblait que la lumière en mouvement se multipliait ou bien se condensait autour de la Très Sainte Vierge, pour m’empêcher de la voir plus longtemps. Ainsi la lumière prenait la place des parties du corps qui disparaissaient à mes yeux; ou bien il me semblait que le corps de ma Dame se changeait en lumière en se fondant. Ainsi la lumière en forme de globe s’élevait doucement en direction droite. Je ne puis pas dire si le volume de lumière diminuait à mesure qu’elle s’élevait, ou bien si c’était l’éloignement qui faisait que je voyais diminuer la lumière à mesure qu’elle s’élevait; ce que je sais, c’est que je suis restée longtemps la tête levée et les yeux fixés sur la lumière, même après que cette lumière, qui allait toujours s’éloignant et diminuant de volume, eût fini par disparaître.

Mes yeux se détachent du firmament, je regarde autour de moi, je vois Maximin qui me regardait, je lui dis: « Mémin, cela doit être le bon Dieu de mon père, ou la Sainte Vierge, ou quelque grande sainte. » Et Maximin, lançant la main en l’air, il dit: « Ah! si je l’avais su. »

Retour au bercail

Le soir du 19 septembre, nous nous retirâmes un peu plutôt qu’à l’ordinaire. Arrivée chez mes maîtres, je m’occupais à attacher mes vaches et à mettre tout en ordre dans l’écurie. Je n’avais pas terminé que ma maîtresse vint à moi en pleurant et me dit: « Pourquoi, mon enfant, ne venez-vous pas me dire ce qui vous est arrivé sur la montagne? » Maximin, n’ ayant pas trouvé ses maîtres qui ne s’étaient pas encore retirés de leurs travaux, était venu chez les miens et avait raconté tout ce qu’il avait vu et entendu. Je lui répondis: «Je voulais bien vous le dire, mais je voulais finir mon ouvrage auparavant. » Un moment après , je me rendis dans la maison, et ma maîtresse me dit: «Racontez ce que vous avez vu, le berger de Bruite (Pierre Selme, maître de Maximin), m’a tout raconté. » Je commence, et, vers la moitié du récit, mes maîtres arrivèrent de leurs champs. Ma maîtresse, qui pleurait en entendant les plaintes et les menaces de notre tendre Mère, dit: « Ah ! vous vouliez aller ramasser le blé demain (dimanche); gardez-vous-en bien, venez entendre ce qui est arrivé aujourd’hui à cette enfant et au berger de Pierre Selme. » Et, se tournant vers moi, elle dit: «Recommencez tout ce que vous avez dit. »

 


[1] L’enfance de Mélanie, Bergère de la Salette, Écrit par elle-même le 30 novembre 1900, Document remis par l’abbé Combe, directeur spirituel, à Léon Bloy. Edition Téqui, Paris 1969

[2] Saint Irénée, Contre les hérésies V, 35, 1.

[3] En araméen : ne seront pas trouvées, ou « seront mis à découvert » (תשתכח). En grec : « seront trouvées » (verbe eurisko), il y a différentes traductions qui montrent un sens général : la terre et ses œuvres passeront.

Explications par Françoise Breynaert

Date de dernière mise à jour : 21/06/2019