Au Jourdain

Travail pour les étudiants de l'institut Foi vivifiante

Lectures bibliques :

Jn 1, 29-37 (et Mt 3, 13-17, Mc 1, 9-11 ; Lc 3, 21-22).

Exercices :

1) Rappelez la signification de l’Exode biblique dont le passage de la mer rouge et du Jourdain sont les symboles.

2) En quoi la présence de Jean-Baptiste au Jourdain peut-elle étonner ?

3) Pourquoi Jésus prend-il ses premiers disciples parmi les disciples de Jean-Baptiste ?

4) Les récits du baptême de Jésus : signification des principales ressemblances et différences.  

Etude :
Françoise Breynaert, Parcours biblique : Le berceau de l'Incarnation (imprimatur), Parole et silence 2016, p. 291-293
Disponible en librairie et sur internet, à la Procure (merci de privilégier les librairies catholiques).

Révisions utiles

Parcours biblique -6- Exode

Parcours biblique -8- Un long chemin. Quitter l'attitude magique.

Parcours biblique -10- La loi dans une relation sanctifiante

Parcours biblique -50- La Révélation de Jésus au Jourdain

L’accueil de la révélation au Jourdain

L’évangile selon saint Jean raconte ceci :

 « 29Le lendemain, il [Jean-Baptiste] voit Jésus venir vers lui et il dit : "Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. […] Et Jean rendit témoignage en disant : "J’ai vu l’Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui. 33 Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, celui-là m’avait dit: Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint. 34 Et moi, j’ai vu et je témoigne que celui-ci est l’Elu de Dieu." 35 Le lendemain, Jean se tenait là, de nouveau, avec deux de ses disciples. 36 Regardant Jésus qui passait, il dit : "Voici l’agneau de Dieu." 37Les deux disciples entendirent ses paroles et suivirent Jésus. » (Jn 1, 29-37)

 

            Les trois récits de Matthieu (Mt 3, 13-17), Marc (Mc 1, 9-11) et Luc (Lc 3, 21-22) ont légèrement transformé ce récit pour lui donner la forme d’un récit de vocation de Jésus, sur le schéma de base des récits de vocations en trois parties : le cadre de la vision, le signe et enfin la parole, comme par exemple dans le récit de la vocation d’Isaïe (Is 6). Les synoptiques veulent souligner que Jésus reçoit l’appel d’inaugurer sa vie publique.

            La vision : sur Jésus les cieux s’ouvrent.

            Le signe : la colombe.

            La parole du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur » (Mc 1,11) ; « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur » (Mt 3,17 la voix s’adresse à la foule). « Tu es mon fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré » (Lc 3,21).

 

            La suite de l’Evangile nous fait comprendre que Jésus, le Fils de l’homme, veut nous incorporer en nous. « Tu es mon enfant bienaimé, en toi, j’ai mis tout mon amour » devient la Parole que le Père dit à chaque baptisé, qu’il engendre à la vie de la grâce.

            Jésus demande à Jean-Baptiste d’accepter de le baptiser « pour accomplir toute justice » (Mt 3, 15), la justice étant la volonté du Père que nous devenions un jour membre du corps du Christ par le baptême chrétien que le baptême au Jourdain n’est pas encore, mais qu’il prépare (« Au sortir des eaux des fonts baptismaux, chaque chrétien entend à nouveau la voix qui fut entendue un jour sur les rives du Jourdain: "Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur" (Lc 3,22) »[1].

           

            Ce qui nous intéresse tout d’abord, c’est de comprendre comment deux disciples de Jean Baptiste ont pu suivre Jésus (Jn 1, 37).

            Nous sommes dans un contexte de pénitence et il est dit que le ciel s’est ouvert. Il est normal que les disciples pensent à cette parole d’Isaïe : « Nous sommes depuis longtemps des gens sur qui tu ne règnes plus. Ah, si tu déchirais les cieux et descendais ! Devant ta face, les montagnes seraient ébranlées » (Is 63,19). Isaïe attendait une fin des temps avec la visite de Dieu (les montagnes ébranlées). Nous sommes dans le cadre d’une attente apocalyptique (le couple de mots « les cieux s’ouvrir » et « descendre » n’apparaît dans la Bible qu’en Is 63,19 et ici). Or voici qu’un homme est désigné : Jésus.

            Le signe : la colombe désigne toujours « le peuple » dans la pensée juive et biblique (cf. Cantique des cantiques ; Os 7,11 ; 11,11), c’est le symbole d’un peuple à construire ou à sauver. Le récit de saint Jean (Jn 1, 29-34) est diffèrent mais on y retrouve le signe de la colombe : l’Esprit Saint descend sur Jésus comme une colombe.

            La parole « mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur » aussi bien que l’expression « l’Elu de Dieu » font référence au premier chant du Serviteur (Is 42,1), pour annoncer celui qui porte le droit aux nations.

             Pour les contemporains de Jésus qui attendaient une fin du monde - la cognée est à la racine de l’arbre ! disait Jean Baptiste lui-même (Lc 3,9) - un glissement s’opère : non, ce n’est pas encore la fin du monde, Jésus vient porter le droit aux nations et sauver ou fonder son peuple, ou encore l’épouser puisque l’image de la colombe dans le livre d’Osée et le Cantique des cantiques apparaît dans un contexte nuptial.

            Pour le disciple, un appel est donné qu’il convient de suivre Jésus. On pourrait ajouter qu’un premier indice de la divinité de Jésus est donné. La prophétie d’Isaïe se réalise dans un sens inattendu : le ciel s’est ouvert, Dieu est descendu. Et dans ce contexte, les mots « mon Fils bien-aimé » ont une plus grande profondeur qu’au temps d’Isaïe ou des psaumes, et ces mots ouvrent sur un grand mystère.

            Les disciples n’ont pas vu de miracle, et selon l’évangile de Jean, ils n’ont rien eu d’autre que le témoignage de Jean Baptiste. C’est vraiment discret… Certaines expressions demeurent mystérieuses pour l’instant : l’agneau, le peuple, l’ouverture du ciel, l’Esprit Saint comme une colombe qui descend, le Fils… Ce qui est sûr, c’est que les disciples suivent Jésus parce que le désir de pénitence les a conduits auprès de Jean Baptiste, et que Jean Baptiste leur désigne celui qui enlève le péché du monde. C’est cette disposition du cœur qui leur permet d’accueillir Jésus, et, progressivement, ils comprendront l’Incarnation.

 

            Après cet épisode, Jésus est poussé par l’Esprit au désert pour être tenté d’une triple tentation qui correspond à la triple convoitise (Dt 5, 21) qui est à la racine de tous les péchés : manger du pain (les désirs de la chair et des sens) ; faire un miracle éclatant (la convoitise des honneurs) ; vénérer Satan pour qu’il donne les royaumes (la convoitise de l’avoir).

        

 

[1] JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique Christifideles laici §11.

Date de dernière mise à jour : 11/07/2019