Lourdes (1858)

Avec sainte Bernadette (et saint Maximilien Kolbe)

 
Les apparitions de Lourdes à Bernadette ont eu lieu parce que Bernadette, qu’on avait envoyé à Bartrès pour protéger sa santé, a voulu rentrer à Lourdes rejoindre sa famille pourtant très mal logée, et cela dans le désir de faire sa première communion.
 
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Bernadette est née à Lourdes, le 7 janvier 1844, au Moulin de Boly. Ses parents, Louise et François Soubirous, sont des meuniers qui gagnent dignement leur vie. Bernadette appellera cette demeure « le moulin du bonheur ».
Ave Maria ! Le moulin du bonheur est aussi une préfiguration de l’Eucharistie que Bernadette désirera tant recevoir. L’Eucharistie, c’est offrir le pain. Et recevoir en nous la vie du Créateur qui palpite dans nos veines, et dans tout ce qui existe. L’Eucharistie, c’est le grand remerciement, la reconnaissance du don de Dieu, c’est reconnaitre l’amour du Créateur qui soutient l’existence de toute la nature qui nous entoure, du ciel, de la pluie qui abreuve la terre, du blé qui ondule au soleil, du pain qui nous fortifie. Seigneur je reconnais ton amour créateur, je t’aime, je te remercie. Magnificat, mon âme exalte le Seigneur ! Ainsi commence la vie eucharistique !
 
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Auprès de ses parents, Bernadette fait une découverte très importante dans l'existence de tout homme, de toute femme : la beauté et la grandeur de l'amour humain. Cette expérience fera d'elle une personne profondément équilibrée, surtout au moment de l'épreuve.
En 1850, l’état de santé de Bernadette (qui a 6 ans) s’aggrave : elle souffre d’asthme mais aussi de maux d’estomac et de la rate.
Ave Maria ! Le Seigneur veut habiter chacune des joies humaines, chacune des douleurs humaines. Sans le savoir, Bernadette se prépare à vivre l’Eucharistie, car l’Eucharistie, c’est partager le pain. C’est vivre en communion les uns avec les autres de sorte que nous pouvons offrir au Seigneur la vie de tout être humain, chaque battement de son cœur, chacune de ses joies, chacune de ses douleurs. Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, saint est son nom !
 
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François Soubirous, le père de Bernadette, se crève un œil en repiquant les meules du moulin devenues trop lisses : son œil gauche a été atteint de plein fouet par un éclat. En 1854, l'année des 10 ans de Bernadette, la famille Soubirous doit déménager. Son père François loue ses bras pour 1,50F par jour. Sa mère Louise fait des lessives ou des travaux agricoles...
Ave Maria ! La très Sainte Vierge elle aussi a connu les déménagements brutaux, notamment la fuite en Egypte pour échapper au massacre du roi Hérode. 
Secrètement, Bernadette se prépare à vivre l’Eucharistie, c’est-à-dire à vivre tous ces événements avec le Christ, en sachant que le Père est toujours présent. L’intercession de Marie veut nous amener à cette vie divine. Et l’Eglise en a toujours fait l’expérience de la disponibilité de Marie, de sa sollicitude incessante, de sorte que les douleurs de la vie ne sont plus du tout comparables. Montfort parle de « la confiture des croix » ou « les croix confites dans le sucre ». « Déployant la force de son bras, il disperse les superbes, il élève les humbles ». 
 
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Durant l'automne 1855, une épidémie de choléra déferle sur Lourdes. Bernadette en réchappe mais sa santé atteint un nouveau stade de détérioration. Cette fois, l'asthme ne la quittera plus.
Un héritage après le décès de la grand-mère vient rétablir financièrement la situation précaire de la famille. Les Soubirous achètent un peu de bétail et louent un autre moulin. Mais le contrat que François Soubirous signe est ruineux.
Durant l'hiver 1856-1857, les Soubirous dans la misère se résignent à contre-cœur à se séparer de Bernadette. Sa marraine, tante Bernarde, la prend chez elle, comme petite servante (ménage à la maison et service au comptoir du cabaret).
Ave Maria ! L’épreuve qui se présente ici est celle des situations angoissantes. Bernadette a l’âge de comprendre les difficultés financières de son père. L’asthme provoque des sifflements puis un étouffement plus ou moins grave, plus ou moins angoissant. Le service du comptoir d’un cabaret est une situation très exposée pour une adolescente. Durant toutes ces épreuves, Bernadette porte toujours sur elle un chapelet. Vivre avec Marie, c’est marcher en sécurité. Bernadette se prépare en secret à vivre de l’Eucharistie, qui est la vraie manne qui fait traverser les déserts et les dangers de la vie.  
De nos jours, la société offre davantage de protection en cas d’accident du travail. Mais on continue d’expulser des pauvres de leur maison vers des cachots insalubres. On continue d’exposer des adolescentes au danger moral. On continue de jeter en prison des pères de famille innocents. Mais on a oublié le chapelet. Ceux qui n’invoquent pas Marie ne savent pas ce qu’ils perdent… On a remplacé le chapelet par les écrans de télévision. On ne sait plus regarder en haut. Or, avec la prière, on obtient tout. 
 
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En 1856, une famine est annoncée. Début 1857, à cause du chômage, les Soubirous revenus à Lourdes sont expulsés de la maison Rives et s'installent au cachot, sombre pièce de l'ancienne prison désaffectée, elle mesure environ 4m sur 4m. Une table, une cheminée où l’on cuisine et où l’on sèche le linge pour toute la famille. Un rideau sépare le lit des parents. Une étagère, quelques provisions, quelques couvertures pour les enfants, c’est tout. Qu’il est lointain le souvenir du moulin de Boly, avec ses grandes pièces claires et ses cheminées dans les chambres ! Expulsion, logement trop petit et insalubre, combien de familles du quart monde le vivent encore aujourd’hui ?
Le 27 mars 1857, la gendarmerie débarque au cachot. Elle emmène François Soubirous comme un malfaiteur : deux sacs de farine ont été volés chez le boulanger Maisongrosse et celui-ci accuse le père de Bernadette. Le voilà tombé au rang des voleurs. Il est bientôt innocenté, mais quelle humiliation !
Ave Maria ! La Vierge Marie voit tout, elle ressent toute leur peine. Jésus lui aussi été mis au rang des malfaiteurs. Sa mère a entendu la foule réclamer à sa place la vie de Barrabas. Jésus a passé la nuit dans un cachot nauséabond et glacial. 
Parce qu’il a connu la souffrance, l’amour de Jésus réchauffe le cœur des pauvres qui désespèrent. Parce que Jésus est fiable dans sa relation à Dieu, il peut maintenir la bonté dans les cœurs. 
François Soubirous garde sa dignité. François Soubirous demeure un homme profondément bon, profondément juste, profondément croyant. Et Bernadette le sait. 
Bernadette n’a pas encore fait sa première communion, mais Jésus la prépare.
 
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En septembre 1857, Bernadette retourne à Bartrès chez sa nourrice Marie Lagües, pour soulager un peu la famille. Pendant la journée, elle garde les moutons, et dans le silence de la montagne, le Seigneur prépare son âme. Le soir venu, sa nourrice lui donne quelques cours rudimentaires de catéchisme, c’est rudimentaire.
Mais Bernadette ne veut pas vivre loin des siens, loin de ceux qu'elle aime tant. De plus, elle a dans son cœur le projet de faire sa première communion et il lui tarde de bien s'y préparer.
Alors, le 17 janvier 1858, elle revient à Lourdes, chez les siens, au cachot, rue des Petits Fossés.
Ave Maria ! Il y a dans la vie des choix qui sont bien peu raisonnables. Des choix qui dépassent les calculs, calculs du nombre de bouche à nourriture, mesure de la température et du risque sanitaire, évaluation scolaire et mesure du décalage avec les autres enfants catéchisés. Tous ces calculs humains s’évaporent quand l’Esprit Saint suscite une nouveauté, inspire un désir qui vient du plus profond de l’âme. 
Vivre l’Eucharistie, c’est faire l’expérience que Jésus est une source jaillissante en vie éternelle… 
L’intelligence humaine calcule et c’est normal. Tout ce qui existe sur la terre peut être compté, mesuré, calculé. De nos jours, on sait même faire des discours en utilisant les statistiques sur des mots clés… Mais les calculs n’ajouteront jamais rien à ce qui existe déjà. 
Mais l’homme doit aussi s’ouvrir à Dieu, il doit aussi regarder en haut, il doit s’adresser à son Créateur, demander la vie à son Créateur. Non seulement individuellement, mais tous ensemble. C’est le Créateur qui instaure des possibilités nouvelles. 
Les calculs ne suffisent pas. Lourdes est une possibilité de vie nouvelle. C’est un message non seulement pour les particuliers, les pauvres, les malades, mais pour la société tout entière. L’homme doit s’adresser à son Créateur, demander la vie à son Créateur. Non seulement individuellement, mais tous ensemble. C’est le Créateur qui instaure des possibilités nouvelles. 
 
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Et le 11 février, alors que Bernadette part avec les autres chercher du bois, dans le froid, près d’une grotte souillée par des cochons, en se déchaussant pour traverser l’eau glaciale… commencent les apparitions. 
 
Conçue immaculée et Immaculée Conception (Kolbe) (1 page)
Saint Maximilien Kolbe n'a été qu'une seule fois à Lourdes, le 30 janvier 1930. Il y était venu pour demander la bénédiction de la Mère Immaculée avant son départ en mission en Extrême Orient[1].
En 1854, quatre ans avant les apparitions de Lourdes, le pape Pie IX a défini le dogme de Marie immaculée en sa conception. 
Mais 
En 1858, à Lourdes, Marie a dit : « Je suis l'immaculée conception ». Et l'on comprend que le curé de Lourdes ait vacillé sous le choc en disant : « une dame ne peut pas porter ce nom là ! »[2]. Car ce titre ne semble pas découler directement de la définition du dogme : l'expression n'a pas une signification passive (je suis conçue immaculée), mais une signification active (je suis conception). 
Saint Maximilien Kolbe méditera ce mystère toute sa vie. 
Immaculée Conception, « ce nom doit lui être cher parce qu'il signifie sa grâce d'origine, qu'elle a reçu dès le premier instant de son existence, et nous savons que le don premier est toujours le plus cher. [...]
Immaculée Conception ne signifie pas, comme certains le pensent, que la Sainte Vierge n'avait pas de père sur la terre. Elle est sortie, comme tous les enfants de la terre, du sein d'une famille, et elle avait un vrai père et une vraie mère. 
Elle est dire conçue : donc elle n'est pas Dieu, qui n'a pas de commencement, ni un ange créé immédiatement par Dieu... »[3] 
  
« Qu'est donc l'Immaculée ? Qui la comprendra parfaitement ? Marie, Mère de Dieu, l'Immaculée, mieux : l'Immaculée Conception, comme elle a voulu elle-même se dénommer à Lourdes. 
Ce que veut dire mère, on le sait, mais 'de Dieu', on ne peut le comprendre par la raison, dans notre cerveau limité. 
Seul Dieu sait parfaitement ce que veut dire : 'Immaculée'. 
'Conçue immaculée, on le comprend un peu, mais 'Immaculée Conception', c'est plein des plus consolants mystères. »[4] 
  
 
La communion eucharistique est un merveilleux échange. Le prêtre offre le pain, le pain est consacré, ce n’est plus du pain, c’est Jésus donné en nourriture. Et nous, nous offrons notre vie, et notre vie est consacrée, c’est la vie divine qui vit dans nos vies. Et ce merveilleux échange se fait par la médiation maternelle de Marie. 
 
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[1] P.G.M. Domanski, Lourdes et le père Maximilien Kolbe, Rome 1974, avant propos, p.3).
[2] R. Laurentin, Récit authentique des apparitions, Editions Lethielleux, p. 225.
[3] Père Kolbe, Ebauche, 1940. Cité dans H.M. Manteau-Bonamy, La doctrine mariale du Père Kolbe, Ed. Lethielleux Paris 1975, p. 32-34
[4] Père Kolbe, Lettre au P. Antoine Vivoda, 12 avril 1933. Cité dans H.M. Manteau-Bonamy, La doctrine mariale du Père Kolbe, Ed. Lethielleux Paris 1975, p. 32

La fidélité de Marie au vœu d'un musulman converti... 1000 ans avant !

 

Lourdes, 1000 ans avant Bernadette : la conversion d'un émir 

En 778, après sa fameuse campagne d’Espagne, Charlemagne se trouve arrêté le long des Pyrénées devant un château-fort occupé par un prince sarrazin nommé « Mirat » (ou Emir). Durant plusieurs mois Mirat résiste aux assauts ; à toutes les sommations de se rendre, à toutes les propositions d’être fait comte et chevalier de Charlemagne et de conserver toutes ses possessions s’il reçoit le baptême, etc.
Découragé, Charlemagne allait lever le siège quand son aumônier, l’évêque du Puy, implore avec ferveur Notre-Dame du Puy et obtient de monter à la citadelle en parlementaire. Arrivé près de Mirat, il lui dit : « Puisque vous ne voulez pas vous rendre à Charlemagne, le plus grand des princes, reconnaissez au moins pour suzeraine la plus noble Dame qui fut jamais, Sainte Marie du Puy, Mère de Dieu. Je suis son serviteur, soyez son chevalier ».
Sans hésiter, Mirat déclara qu’il était prêt à rendre les armes au serviteur de Notre-Dame et à recevoir le baptême, à condition que son comté ne relève jamais, soit pour lui, soit pour ses descendants, que d’Elle seule. Charlemagne confirma l’accord.
Mirat reçut le baptême des mains de l’évêque du Puy - Le baptême restaure la beauté humaine à l’image de Dieu, il fait de nous des membres de l’Eglise, frères de Jésus-Christ. ─ A son baptême, Mirat prit le nom de Lorda (« la rose » en arabe), qui s’est transformé en « Lourdes ».
En choisissant le comté que Mirat lui avait donné, Notre Dame de Lourdes manifeste sa grande fidélité, à plus de 1000 ans d’intervalle. Plus encore, le contenu des apparitions et le titre « Immaculée Conception » répondent à l’attente profonde d’un homme, qui, de par sa croyance musulmane, était préoccupé du salut du monde et de sa libération de l’emprise du mal. Nous l’expliquerons.
 

Un Prince Musulman prie Notre Dame de Lourdes

Plus récemment, la présence des musulmans à Lourdes s'est manifestée d'une façon gracieuse en la personne d'un enfant de 8 ans, le petit Prince Héritier du Maroc, accompagné du ministre chargé de son éducation, c’était le 14 septembre 1971. Le roi désirant la visite de ses enfants à Lourdes et des prières pour lui, sa famille et son pays. 

 

Lourdes et l’Exode biblique 

Les apparitions de Lourdes à Bernadette ont duré entre le 11 février et le 16 juillet 1858.
Bernadette allait du cachot à la grotte de l'apparition. Comme elle, le pèlerin quitte ses enfermements et marche vers la grotte où l'attend un être de lumière, pour une nouvelle naissance... Plus précisément encore, les apparitions de Lourdes semblent ré-offrir à l'époque moderne la pédagogie divine de l'Exode biblique.  
 
-1- Dieu les conduit les Hébreux dans un processus de libération : ils quittent l'emprise de Pharaon et parviennent à traverser les eaux de la mer des Joncs (ou mer Rouge) à pied sec.
A Lourdes Bernadette est gratifiée de sa première apparition alors qu'elle s'apprête à traverser le Gave. D'une santé très fragile, elle redoute le contact avec cette eau particulièrement froide en cette période hivernale. Pourtant, elle réussit à franchir le Gave sans ressentir aucune gêne, au grand étonnement de ses deux compagnes. 
  
-2- Les Hébreux abandonnent tout et s'enfoncent dans le désert, lieu matérialisant la solitude et le dénuement. Ils y séjourneront quarante ans. 
A Lourdes, 14 des 18 apparitions ont lieu pendant la période du Carême, évocation des quarante ans de traversée du désert par les Hébreux. 
  
-3- L'épopée du peuple de Dieu est inaugurée par la célébration de la Pâque où Dieu demande que soit immolé un agneau, dont la chair sera consommée rôtie, avec des pains azymes et des herbes amères. 
A Lourdes, du fait de la pauvreté de sa famille, l'essentiel de l'alimentation de Bernadette se résume à du pain. Au cours du Carême, Marie invite sa messagère à manger de l'herbe qui se trouve dans la grotte. Il s'agit de la dorine, une herbe amère. 
  
-4- Les Hébreux se plaignant de manquer de nourriture, le Seigneur fait tomber la manne du ciel (cf. Ex 16), préfiguration de l'Eucharistie. Ces grâces trouvent leur point d'orgue avec l'Alliance qu'Il conclut avec son peuple (cf. Ex 19-24). 
A Lourdes, la famille Soubirous ne parvient plus à manger à sa faim. Marie se manifeste à Bernadette au moment même où celle-ci cherche à effectuer sa première communion, c'est-à-dire au moment où elle cherche à s'unir au Christ qui a institué son Alliance nouvelle et éternelle avec l'humanité à travers l'Eucharistie. Bernadette parviendra à communier avant que ne se terminent les visites de la Vierge. 
  
-5- À deux reprises, les Hébreux viennent à manquer d'eau et s'en plaignent auprès de Moïse. Ils trouvent tout d'abord de l'eau à l'entrée du désert, mais elle se révèle amère. Moïse intercède alors auprès de Dieu et l'eau devient potable (cf. Ex 15,23-25). Après avoir repris sa marche, le peuple se montre de nouveau assoiffé. L'Éternel invite cette fois-ci Moïse à frapper un rocher avec son bâton. Ce dernier s'exécute et fait jaillir une source. Le lieu reçoit le nom de Massa et Meriba, ce qui veut dire tentation et querelle (cf. Ex 17, 1-7). 
A Lourdes, Marie invite Bernadette à gratter la terre au fond de la grotte, ce qui lui permet de mettre au jour une source. L'eau a dans un premier temps un aspect boueux avant de devenir claire et buvable. (Le rocher au sein duquel se trouvent la grotte et la source s'appelle précisément Massabielle). 
 

L’exode eschatologique

Il y a un autre Exode, celui que nous raconte le livre de l'Apocalypse. Et c'est aussi à cet Exode ultime que fait allusion la symbolique des apparitions de Lourdes. 

Pour les Hébreux, la clé de l’Exode, c’est le sacrifice de l’Agneau (Exode 12). Ce qui est en jeu à travers le salut de ce peuple particulier, c’est la révélation du Dieu vivant, que le péché originel a fait oublier, ce que l’on ne peut comprendre qu’après coup. Pour les chrétiens, la clé du livre de l’Apocalypse, c’est la victoire de l’Agneau, immolé et debout, le Christ mort et ressuscité (Ap 5, 6.8.12.13). Ce qui est en jeu, c’est le salut du monde, ce qui intéressait au plus haut point ce prince musulman Mirat devenu Lorda par son baptême.

Le livre de l’Exode raconte le passage de la mer rouge (Exode 14), la victoire sur les eaux qui représentent la mort et le mal.
Le livre de l’Apocalypse décrit la victoire du Christ comme une victoire sur la bête qui vient de la mer. La mer, traditionnellement perçue comme l’obscure niche du mal, devient « une mer de cristal mêlée de feu, il n’y a plus de bête et l’Esprit Saint prend toute la place désormais. Les disciples du Christ sont vainqueurs, littéralement « sur » la mer (Ap 15, 2), comme les Hébreux avaient marché à pied sec sur la mer rouge. Et finalement, à la fin du livre de l’Apocalypse, la mer disparaît complètement (Ap 21, 1), comme une niche devenue inutile quand on a tué le chien.
Le livre de l’Exode raconte la traversée du désert, une marche bénie par le Dieu vivant qui donne la manne et l’eau (Exode 16-17). 
 
Le chapitre 17 de l’Apocalypse évoque une ville, personnifiée par une prostituée (17, 1), cette ville s’appelle Babylone (17, 5), assise sur sept collines (17, 9). Elle représente un système commercial, politique, culturel, complètement corrompu. 
Babylone est détruite, non pas par les justes, mais parce qu’elle est prise en dégoût par la bête et les 10 rois (ô combien nihilistes !), accomplissant malgré eux le dessein divin (Ap 17, 13-17). Elle s’effondre. La victoire est donc acquise au peuple de Dieu : « sortez, ô mon peuple, quittez-la, de peur que, solidaires de ses fautes, vous n’ayez à pâtir de ses plaies ! » (Ap 18, 4). Il nous faut quitter les mafias. Le pape François en Cicile avait même dénoncés ceux qui utilisent des oeuvres d'Eglise pour faire du blanchiment d'argent. Il nous faut quitter toutes les mafias, tout ce qui est corrompu.
Babylone doit laisser la place à la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel. La nouvelle Jérusalem est une chaste épouse (21, 2), Babylone une prostituée (17, 1). La splendeur de la Nouvelle Jérusalem est la gloire de Dieu (21, 11-21), la splendeur de Babylone provient de l’exploitation de son empire aux dépens de ses sujets (18, 12-15). La vie et la guérison des nations (22, 1-2) est à l’opposé du sang du massacre (17, 6 ; 18, 24). Le peuple de Dieu est appelé à un ultime Exode : sortir de Babylone (18, 4) et entrer dans la nouvelle Jérusalem (22, 14) .
Devant le mystère d’iniquité de Babylone, les hommes sont tentés d’être violents, mais l’Apocalypse nous apprend que le mystère d’iniquité s’autodétruira, tandis que le salut est un don qui viendra d’en haut.
Jésus parle de la « Régénération » (Mt 19, 28), saint Pierre parle de la « restauration universelle » (Actes 3, 19-21). Ce sont des expressions qui n’ont de sens que dans une fidélité et une continuité avec la terre que nous connaissons, et qui sous-entendent l’histoire du salut : la chute d’Adam, le salut dans le Christ, et l’humanité qui reçoit ce salut jusqu’à accomplir pleinement le dessein du Créateur. 
Le péché originel avait amené la division entre l’homme et son Créateur, entre l’homme et sa femme, entre les hommes. Mais Dieu est fidèle à son dessein et il le fera réussir. L’unité du genre humain et de toutes les générations humaines sera alors reformée, redonnant force et vitalité à toute l’humanité.
Au temps du millenium, l’humanité est placée en situation de « récapituler » la victoire sur le péché originel. Ce n’est pas exactement la situation de justice originelle d’Adam et Eve sortant des mains du Créateur, mais les humains sont alors dans un état de bénédiction divine qui enveloppe toutes leurs activités et toutes leurs relations. 
 

Lourdes et les musulmans

La Vierge immaculée attire par la beauté de ses vertus. Elle représente le modèle de la jeune fille pure, prudente, maîtresse d’elle-même, et capable de nobles sentiments. Mais il y a beaucoup plus. 
Marie, « Immaculée conception » incarne cette possibilité d’un monde délivré du mal. Elle n’est pas appelée « conçue immaculée », mais immaculée conception, celle qui d’une manière active, conçoit et met au monde d’une manière immaculée, celle qui ouvre les temps nouveaux, les temps de la régénération dont parle Jésus.
L’islam est advenu après le christianisme. Il a gardé du christianisme l’idée qu’il est devenu possible d’envisager une société et un monde délivrés du mal. L’islam a aussi conservé du christianisme l’idée d’un Antichrist. Cette espérance d’un monde délivré du mal, dont il faut bien dire qu’elle est héritée du christianisme, a fait se lever des espérances judéo-nazarénnes puis musulmanes. Quelle est la différence entre ces espérances et l’espérance chrétienne ? 
Le christianisme enseigne le retour du Christ comme une venue glorieuse, à la manière des apparitions du ressuscité, mais d’une manière universelle. 
L’islam enseigne le retour du Christ d’une manière physique, par exemple sur le mont des Oliviers, pour ensuite aller dans le Temple de Jérusalem (qu’il aura fallu entre temps avoir rebâti). 
Les chrétiens savent qu’ils n’ont pas à « arracher l’ivraie » (entendez : « tuer les mécréants »), c’est le Christ lui-même qui anéantira l’Antichrist au moment de sa Venue glorieuse (2Th 2, 8). 
Quand les musulmans considèrent qu’ils doivent tuer les mécréants (on dit alors qu’ils se « radicalisent »), ils croient tout simplement qu’ils sont comme les anges du jugement derniers et qu’ils ont mission divine d’anéantir l’Antichrist. Ils le font en espérant faire advenir un monde libéré du mal. Mais bien évidemment, ce projet d’asservissement violent fait le jeu de l’Antichrist, et les rend malléables aux manipulations de tous ceux qui ont intérêt à la guerre.
Le message de Marie « Je suis l’immaculée conception » est un message très très fort : il nous dit qu’un monde délivré du mal est possible, mais par pure grâce. Par la grâce de Dieu. 
 
 

Méditations.

Emission Radio Maria du 11 février 2019 :

De la première apparition à Lourdes, sainte Bernadette raconte : « Il sortit de l’intérieur de la Grotte un nuage couleur d’or, et peu après une Dame jeune et belle, belle surtout, comme je n’en avais jamais vu, vint se placer à l’entrée de l’ouverture au-dessus du buisson »[1].

La symbolique de l’apparition et le nom « Immaculée conception » nous invitent à réfléchir sur un verset du Prologue de saint Jean : Jn 1,9.

Attention, là où la Bible de Jérusalem traduit : « Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme ; il venait dans le monde » (Jn 1, 9), le texte araméen dit : « Le Verbe était la lumière de vérité qui éclaire tout homme venant au monde » (Jn 1, 9). Autrement dit, le Verbe est la lumière qui éclaire l’homme au moment de sa conception dans le sein maternel, au moment où l’homme est créé corps et âme[2], dans une procession de lumière venant du Créateur, Père, Fils et Esprit Saint.

Ce verset de l’évangile de Jean nous invite au plus grand respect pour le sanctuaire corporel de la conception humaine et pour l’intervention divine à ce moment primordial, une intervention divine dont chaque l’homme garde secrètement la mémoire. Il ne s’agit pas de la mémoire de choses physiques et sensibles qui entourent cet événement, il s’agit de la mémoire de la toute première relation au Verbe créateur, « lumière de vérité qui éclaire tout homme venant au monde » (Jn 1, 9).

Ouvrons une parenthèse sur certaines tendances actuelles qui cherchent à réactiver la mémoire de choses physiques et sensibles autour de la conception. Elles submergent l’être humain d’une sensibilité séduisante mais qui étouffe sa relation au Verbe éternel, au Créateur qui lui donne vie. Il faut bien savoir que l’homme n’est pas créé « selon son espèce » comme le sont les plantes et les animaux, mais il est créé « à l’image de Dieu » (Gn 1, 27). Notre identité profonde se fonde dans la relation au Créateur ; étouffer notre relation au Créateur par une surcharge dans la sensibilité est un danger grave qui produira notre dévitalisation.

En résumé, la grotte de Notre Dame de Lourdes, l’Immaculée conception, nous invite à revenir au Christ, lui, « le Verbe qui éclaire tout homme venant en ce monde ».

 


[1] Chanoine Joseph Schaffer, Les apparitions de Notre Dame à Lourdes, Parvis 2003, p. 6.

[2] Grégoire de Nysse, La création de l’homme, chapitre XXIX. 

Les 18 apparitions de Lourdes

            Le matin du jeudi 11 février 1858, Bernadette, sa sœur Marie dite Toinette et Jeanne Abadie, une amie, partent glaner du bois entre le Gave et le canal du moulin. Jeanne et Toinette passent le canal à gué, le moulin en amont étant arrêté : il y a du bois de l’autre côté. Bernadette n’ose les suivre à cause de son asthme. Elle reste sur l’île, face à la grotte, à une douzaine de mètres.

            Finalement, tandis qu’elle se déchausse pour rejoindre les autres, elle entend par deux fois un bruit, « comme un coup de vent ». Elle s’étonne, car il n’y a pas de vent. Elle se retourne pour vérifier : « Les peupliers ne remuaient pas. Je continuai à me déchausser et j’entends la même rumeur. Je levai la tête en regardant la grotte. » La niche du rocher, située à trois mètres environ de hauteur, est envahie d’une lumière, précisera plus tard Bernadette, et dans cette lumière, aquerô [cela] », dit-elle prudemment en patois. Car ce qu’elle voit, c’est bien une silhouette féminine : sa présence pénétrante est ineffable. Elle la décrira ainsi :

            « Une dame habillée de blanc ; elle avait une robe blanche, un voile blanc, une ceinture bleue et une rose jaune sur chaque pied. Je me frottai les yeux, je croyais me tromper. Je mis la main à la poche et trouvai mon chapelet ».

            Mais Bernadette n’arrive pas à lever la main jusqu’au front pour faire le signe de croix. Quand la Vierge le fait elle-même dans le creux du rocher, alors Bernadette fait le signe de la croix et récite le chapelet avec la Dame. La prière terminée, la Dame disparaît brusquement.

            Par la suite, quand Bernadette fera le signe de croix, ce sera chaque fois d’une manière si recueillie, si convaincante, qu’à soi seul, c’était un témoignage surnaturel.

            Après l’apparition, Bernadette traverse l’eau que ce jour-là elle n’a pas trouvée glaciale, mais étonnamment tiède. Oh, ce n’est pas la traversée de la mer rouge au temps des Hébreux, mais on sent bien la proximité du Dieu de la Bible. Le même Dieu et Seigneur !

            Peut-être peut-on y voir un premier signe. Le signe de toutes ces épreuves que la famille Soubirous avait déjà très dignement traversées, honnête et fervente dans la prière. Le signe  de la grande traversée que Notre Dame de Lourdes va faire vivre à tout un peuple de pèlerins : traversée de la guérison, traversée de la conversion, traversée ultime vers la vie éternelle.

 

            Le dimanche 14 février, sur les recommandations de son entourage qui craint un phénomène démoniaque, Bernadette asperge l’apparition l’eau bénite. La Dame ne trouve pas inconvenante cette précaution. Elle sourit et incline la tête. Toutes les deux prient le chapelet, et la prière terminée, l’apparition disparaît.

 

Le 17 et 18 février 1858

            Le mercredi 17 février est le mercredi des cendres. Nous observons 2 apparitions avant le carême, 14 pendant le carême, 2 après le carême. L’essentiel des apparitions de Lourdes, a lieu pendant le carême, et le message central « Pénitence, Pénitence, Pénitence », est bien un message de carême. Les 40 jours du carême rappellent la délivrance d’Egypte et les 40 ans des Hébreux au désert. Le carême signifie une purification, pour monter par la croix jusqu’à la résurrection.

 

            Le jeudi 18 février est le jour de la troisième apparition. Nous nous souvenons que Bernadette était une adolescence humiliée par la vie au cachot et par la venue du gendarme qui accusa faussement son père d’avoir volé (c’est si fréquent que l’on trouve normal que les pauvres soient humiliés et qu’on en rajoute à leurs malheurs…) Dans cette ambiance de mépris, une dame avait préparé une plume et du papier pour que l’apparition écrive son nom à la place de Bernadette (qui, c’est vrai, avait un orthographe assez sommaire).

            Bernadette demande à l’apparition d’écrire son nom et tend la plume et le papier, mais reçoit seulement cette réponse dans le patois de Lourdes : « Ce n’est pas nécessaire. » Une parole, qui dans le contexte, signifie clairement la confiance et l’estime et notre Dame de Lourdes pour l’adolescente qu’elle s’est choisie !

            Puis elle lui adresse cette courtoise invitation : « Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant quinze jours ? » L’expression vraiment courtoise a de quoi surprendre. On s’adresse généralement ainsi à des notables, or Bernadette se trouve dans le sous-prolétariat !

            Ensuite la Dame dit quelque chose que je vais d’abord donner dans la traduction habituelle des livres : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre. » Il semble alors que la Dame prophétise la destinée ultérieure de Bernadette, qui sera si souvent malade. Mais en réalité, le texte original se traduit d’une manière plus positive : « Je vous promets de vous rendre heureuse, non pas dans ce monde mais dans l’autre. ». Autrement dit, « je vous promets de vous rendre heureuse », c’est la promesse d’une béatitude. L’apparition de Lourdes, c’est la même Marie que celle des Evangiles. Dans l’Evangile, Marie reçoit la première béatitude. Au moment de la Visitation, sa parente Elisabeth lui dit « bienheureuse celle qui a cru » ! La Vierge Marie a aussi vécu la béatitude des pauvres, des cœurs purs, des miséricordieux, des persécutés… L’apparition à Lourdes invite Bernadette aux Béatitudes de l’Evangile, et à regarder les réalités éternelles, au-delà des soucis de la vie présente. Et Dieu sait si la famille Soubirous a des soucis dans la vie quotidienne, son père gagne l’argent pour une journée à la fois, pour 1F50 par jour. Et sa mère cherche chaque jour à faire des lessives ou parfois des travaux agricoles. C’est dans ce contexte que l’apparition dit à Bernadette de regarder l’autre monde, la vie en Dieu, la vie éternelle.

 

Du 19 au 23 février 1858

            Le vendredi 19 février, Bernadette vient à la Grotte avec un cierge bénit et allumé. C’est de ce geste qu’est née la coutume de porter des cierges et de les allumer devant la Grotte.

 

            Le samedi 20 février, la Dame lui a appris une prière personnelle. La Vierge parle à Bernadette comme une personne parle à une autre personne. On peut penser qu’elle lui ait dit des choses graves, car à la fin de la vision, une grande tristesse envahit Bernadette.

 

            Le dimanche 21 février, la Dame se présente à Bernadette le matin de bonne heure. Une centaine de personnes l’accompagnent. Elle est ensuite interrogée par le commissaire de police Jacomet. Il veut lui faire dire ce qu’elle a vu. Bernadette ne dit pas qu’elle a vu la sainte Vierge, elle ne lui parle que d’ "Aquero" (cela). Elle laisse le discernement à l’Eglise !

 

            Le lundi 22 février, ses parents interdisent à Bernadette de retourner à la grotte. Pourtant, une force irrésistible l’y entraîne, mais elle n’y voit rien, comme si la Vierge elle-même se conformait aux injonctions des parents de Bernadette qui ont dit « non ». L’apparition est la même femme que Marie de Nazareth dans l’Evangile où l’on lit que Jésus adolescent, après son séjour au temple redescend à Nazareth avec ses parents, Joseph et Marie, et leur était « soumis ». Le respect des parents est une valeur de la Bible. Bernadette est discrètement invitée à garder cette attitude.

 

            Le mardi 23 février, entourée de cent cinquante personnes, Bernadette se rend à la Grotte. L’Apparition lui révèle un secret "rien que pour elle". Peut-être pour l’encourager ? Comme elle bonne la Vierge Marie ! Elle s’occupe pour une personne à la fois. Elle donne à Bernadette un secret « rien que pour elle » !

 

Du 24 au 27 février 1858

            Le mercredi 24 février, l’Apparition parle à nouveau :

« Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! Vous prierez Dieu pour les pécheurs. Allez baiser la terre pour la conversion des pécheurs. »

Bernadette embrasse la terre…

 

            Le jeudi 25 février, trois cents personnes sont présentes. Les messages sont répétés :

« Pénitence ! Pénitence ! Pénitence !.... »

« Vous prierez Dieu pour les pécheurs. »

« Allez baiser la terre en pénitence pour la conversion des pécheurs. »

            Bernadette raconte aussi : "Elle me dit d’aller boire à la source (...). Je ne trouvai qu’un peu d’eau vaseuse. Au quatrième essai je pus boire. Elle me fit également manger une herbe qui se trouvait près de la fontaine puis la vision disparut et je m’en allai." Devant la foule qui lui demande: "Sais-tu qu’on te croit folle de faire des choses pareilles ?" En effet, Bernadette se relève toute barbouillée de cette eau sale (surtout que c’est endroit où venaient des cochons !) qu’elle a bue avec une visible répugnance. C’est la consternation des plus fervents supporters. Cela ne devait pas être facile d’être regardée comme une folle… Et pourtant Bernadette garde son aplomb et répond : "C’est pour les pécheurs." Etonnante simplicité d’une petite pauvre. Stupéfiante sainteté d’une adolescente.

            Observons encore un détail. L’herbe que Bernadette a mangé, c’était de la dorine, une herbe amère. Les herbes amères, cela ne vous rappelle rien ? Le Dieu des chrétiens à Lourdes, c’est le même Dieu que dans la Bible, quand les Hébreux mangèrent un agneau rôti et des herbes amères la nuit de la première Pâque, avant de traverser la mer rouge et le désert. D’ailleurs le 5 février 1858, nous sommes dans le carême qui dure 40 jours en souvenir des 40 ans des Hébreux au désert. Ainsi, la dorine que mange Bernadette est un symbole qui nous dit que la pénitence à laquelle nous sommes appelés a pour but une sortie de l’esclavage et une libération, une purification et l’entrée dans la terre promise du royaume de Dieu…

 

            Le 27 février, Bernadette accomplit de nouveau les gestes de pénitence : boire de l’eau, baiser le sol, manger des herbes amères (il s’agit de la dorine).

 

 

Du 28 février au 1° mars 1858

            Le 28 février, plus de mille personnes assistent à l’extase. Bernadette accomplit de nouveau les gestes de pénitence (manger des herbes amères, boire l’eau, baiser le sol). Elle est ensuite emmenée chez le juge Ribes qui la menace de prison.

 

            Durant la nuit du 28 février au 1° mars, Catherine Latapie trempe son bras déboîté dans l’eau de la source : son bras et sa main retrouvent leur souplesse.          

            Ainsi, les guérisons ont commencé dès le temps des apparitions. La plupart sont liées à l’eau de la source. Bernadette a toujours refusé que cette eau soit appelée miraculeuse ou que les guérisons lui soient, personnellement, attribuées. Pour elle, seules la foi et la prière obtiennent les guérisons.

            Par la suite, pour être reconnue comme miraculeuse, la guérison doit ailleurs répondre à sept critères.

  1. La réalité de la maladie doit être avérée et elle doit être grave, avec un pronostic fatal.
  2. La maladie doit être organique ou lésionnelle.
  3. Un traitement ne doit pas avoir été à l’origine de la guérison.
  4. La guérison doit être soudaine, instantanée.
  5. La reprise des fonctions doit être complète.
  6. La reprise des fonctions doit être sans convalescence.
  7. La reprise des fonctions doit être durable. C’est pourquoi la reconnaissance des miracles prend de nombreuses années.

 

            Une fois reconnue par nous, la guérison est ensuite publiée par l’évêque du diocèse où réside le miraculé. Les normes sont si sévères que beaucoup de miracles ne sont pas répertoriés, soit parce que la guérison a été progressive, soit parce que ce n’était pas une maladie considérée comme étant grave, etc. 

 

            Le 1° mars, il y a plus de mille cinq cents personnes sont rassemblées et parmi elles, pour la première fois, un prêtre. Bernadette accomplit de nouveau les gestes de pénitence.

 

            Arrêtons-nous un peu. Comme il est difficile d’avoir été choisie pour être voyante ! Etre traitée de folle par la foule, être menacée de prison ! Que de souffrances pour une jeune fille ! Pensons aussi à la souffrance des malades qui viennent à Lourdes. Certains sont physiquement guéris, d’autres non. Et pourtant, ils reviennent en foule, à cause d’une certaine lumière, à cause d’une certaine joie… Je voudrais évoquer à cette occasion le pape Jean-Paul II. Il est venu présider à Lourdes les fêtes du 15 août 1983 et s’y est de nouveau rendu en pèlerin pour la fête de l’Assomption du 15 août 2004. Entre temps, après l’attentat et la longue hospitalisation qui a suivi, autrement dit, après avoir souffert lui-même, il a donné la lettre apostolique Salvifici Doloris (SD) sur le sens chrétien souffrance,  le 11 février 1984, en la fête Notre Dame de Lourdes. Résumons cette lettre. 

            Jean Paul II commence par expliquer que l’Ancien Testament avait compris que la souffrance a un sens de punition lorsqu’elle est liée à la faute, mais aussi qu’elle n’est pas toujours liée à la faute. La souffrance de l’innocent montre la justice de ce dernier. Par exemple Job parle à Dieu d’une manière un peu rugueuse en demandant ‘Pourquoi ?’ mais il reste juste et demeure dans la foi. Enfin, la souffrance corrige et doit servir à la conversion, à la reconstruction du bien (par exemple 2M 6,12). Il s’agit de se reconstruire en corrigeant ses propres défauts, il s’agit aussi de réparer le mal fait pour que les autres puissent avoir de nouveau confiance.

            Jean Paul II montre ensuite le Rédempteur et sa Mère. La souffrance est globalement liée au problème du mal, de l’absence d’un bien. C’est pourquoi, le Christ communique l’espérance aux hommes, par l’exemple de sa sainteté et en communiquant la grâce sanctifiante. La « Toute sainte » est aussi cette source pure en qui l’espérance renaît.

            Cette dimension très spirituelle n’entraîne aucune passivité. Au contraire. Le Christ passe en faisant le bien et il montre l’exemple du Bon Samaritain, qui soigne sur le bord de la route un homme blessé. De même, quand Marie va à la rencontre de sa parente enceinte et âgée, c’est aussi par compassion, « à un titre vraiment personnel », par un amour désintéressé.

            Le pape prend ensuite l’exemple des « martyrs de la foi » mais aussi aux nombreux autres hommes qui parfois, « sans avoir la foi au Christ, souffrent et donnent leur vie pour la vérité ou pour une juste cause ». La souffrance manifeste la grandeur morale de l’homme, sa maturité spirituelle.

            A côté de ceux qui souffrent pour le Christ ou pour une juste cause, il y a ceux dont la souffrance a une signification plus cachée. La souffrance de l’aveugle né (Jn 9) ou celle de Lazare qui meurt (Jn 11) rendent réceptif, particulièrement ouvert à l’action des forces salvifiques de Dieu offertes à l’humanité dans le Christ.»  Marie a montré l’exemple de cette ouverture, de cette réceptivité. Ainsi, dit Jean-Paul II, « dans le combat « cosmique » entre les forces spirituelles du bien et celles du mal, dont parle la lettre aux Ephésiens (Eph 6, 12), les souffrances humaines, unies à la souffrance rédemptrice du Christ, constituent un soutien particulier pour les forces du bien, en ouvrant la route au triomphe du salut.

 

Du 2 au 24 mars 1858

            Après l’apparition du 2 mars 1858, Bernadette apporta  courageusement au curé de Lourdes ce message : « Allez dire aux prêtres de faire bâtir une chapelle et qu’on y vienne en procession.» Elle fut reçue par l’une des plus célèbres et plus foudroyantes colères du curé, homme généreux entre tous, mais au sang chaud. Il était secrètement écartelé : il voyait au confessionnal un afflux de conversions mais il voyait aussi les moqueries de la presse autour de Bernadette, qualifiée d’hallucinée.

            Bernadette retourna pourtant le jour même. Le curé lui dit alors qu’il ne veut savoir qu’une chose : le nom de la Dame. Il exige en plus une preuve : voir fleurir en plein hiver le rosier (l’églantier) de la Grotte.

 

            Le 3 mars : Dès 7 heures le matin, en présence de trois mille personnes, Bernadette se rend à la Grotte, mais la vision n’apparaît pas ! Après l’école, elle entend de nouveau l’invitation intérieure de la Dame. Elle se rend à la Grotte et lui redemande son nom. La réponse est un sourire. Le curé Peyramale lui redit : "Si la Dame désire vraiment une chapelle, qu’elle dise son nom et qu’elle fasse fleurir le rosier de la Grotte".

 

            Le 4 mars : Tout le monde attendait pour ce dernier jour de la quinzaine un grand miracle ou une révélation majeure parce que le message du 18 février avait dit : « Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant quinze jours ? » et la quinzaine s’achevait le 4 mars.

8 000 personnes affluaient des deux côtés du Gave.

            En ce « grand jour », ni miracle, ni révélation. La vision est silencieuse.

            L’apparition n’a toujours pas dit son nom.

            Bernadette ne sait même pas si elle reviendra à la grotte... On le sent bien, si les apparitions étaient inventées, le 3 mars et le 4 mars, devant 3000 et 8000 personnes, Bernadette n’aurait pas laissé de telles déceptions, elle aurait inventé quelque chose… Ces déconvenues sont donc plutôt un signe d’authenticité !

 

            Du 5 au 25 mars, Bernadette ne ressent plus l’irrésistible attrait qui l’amenait à la grotte. Pendant cette période sans apparitions, Bernadette fait sa première communion – Marie et Jésus sont indissociables. Marie fait passer devant Jésus. Marie Mère de Dieu fait place à Jésus. Marie nous conduit à Jésus. La demande de conduire une chapelle, une église, un sanctuaire, c’est bien pour célébrer l’eucharistie. Marie est unie à Jésus. Marie n’est pas là seulement pour dire « Je suis l’immaculée conception », mais pour nous conduire à Jésus.  Il y a l’apparition, il y a la vie eucharistique. L’expérience d’un pèlerinage et la vie de paroisse, les deux vont ensemble. On ne peut pas se contenter de prier Marie, il faut aussi contempler de prier Marie, il faut aussi contempler les mystères du chapelet qui sont la vie de Jésus, sa vie racontée dans les évangiles, qu’il faut lire. 

 

Le 25 mars 1858

            Le 25 mars 1858, jour de l’Annonciation, Bernadette est attirée à la grotte, très tôt le matin, sans préavis. Elle a toujours le même souci : quel est le nom d’Aquerô, exigé par M. le curé. Bernadette le demande avec la formule cérémonieuse longuement préparée : « Mademoiselle, voulez-vous avoir la bonté de me dire qui vous êtes, s’il vous plaît ? »

            L’apparition, les mains ouvertes, sourit mais ne répond pas. Bernadette répète. La vision révèle enfin son nom, mais le rosier (ou églantier) sur lequel elle pose les pieds au cours de ses Apparitions ne fleurit pas. Bernadette raconte :

            "Elle leva les yeux au ciel, joignant en signe de prière ses mains qui étaient tendues et ouvertes vers la terre, et me dit: Que soy era immaculada councepciou".

            Bernadette part en courant et répète sans cesse, sur le chemin, des mots qu’elle ne comprend pas vraiment.

            Après une réaction un peu brusque, le brave curé s’éclipse car il sent les sanglots monter en lui. En effet, quatre ans plus tôt, en 1854, le pape Pie IX a proclamé le dogme de Marie conçue sans péché.

            Le premier aspect du dogme est de rappeler la doctrine du péché originel. Alors que Rousseau disait « l’homme nait bon, c’est la société qui le corrompt », les croyants savent que ce n’est pas vrai. L’homme est enclin au mal. Le péché originel n’est pas transmis par l’acte conjugal, mais il est quand même transmis. Et nous avons besoin d’un rédempteur, nous avons besoin du Christ rédempteur. Le premier point est donc la doctrine du péché originel.

            Le deuxième aspect du dogme, c’est que Marie est conçue immaculée, ce qui signifie qu’elle est exempte du péché originel. Elle est immaculée par l’effet anticipé du salut obtenu par le Christ rédempteur sur la croix. (Ce n’est pas la seule fois qu’il y a une grâce anticipée. Quand saint Paul dit que les Hébreux au désert buvaient à un rocher spirituel qui était déjà le Christ, il veut dire qu’il y a eu quelque chose de l’Esprit Saint qui a été donné aux Hébreux, en anticipation, ils n’ont pas déjà reçu le salut, mais ils ont reçu une grâce anticipé de l’Esprit Saint qui les a préparés et leur a permis de reconnaître ensuite Jésus quand il s’est incarné).

            Le troisième aspect du dogme, c’est que Marie est restée fidèle à la grâce. Adam et Eve sortis « tous frais » des mains du créateur, ont aussi été conçus immaculés, mais ils ont été infidèles et c’est le péché originel. Pour Marie, c’est bien plus héroïque, elle a été conçue immaculée, mais au milieu des mauvais exemples dans un monde de péché (comme Bernadette au comptoir du cabaret de sa tante, elle devait en voir des mauvais exemples !) Marie est fidèle, elle est la toute sainte, la toute pure, saluée pleine de grâce par l’ange Gabriel…

            A Lourdes, Bernadette a donc reçu le nom de Marie « Je suis l’immaculée conception ». Or, ce nom ne reprend pas exactement la formulation du dogme. La méditation de saint Maximilien Kolbe nous ouvre des perspectives. Saint Maximilien Kolbe est venu à Lourdes, le 30 janvier 1930 pour demander la bénédiction de la Mère Immaculée avant son départ en mission en Extrême Orient. Il s’étonne de l’expression « Je suis l’immaculée conception ». Et il comprend que le curé de Lourdes ait vacillé sous le choc en disant : « une dame ne peut pas porter ce nom-là ! » En effet, ce titre ne semble pas découler directement de la définition du dogme : l’expression n’a pas une signification passive (je suis conçue immaculée), mais une signification active (je suis conception).

            Cette signification est peut-être à rapprocher du jour où Notre Dame révéla son nom : "Je suis l’immaculée conception".  Ce n’est pas le 8 ou 9 décembre (dates traditionnelles de la fête de la conception de Marie), mais c’est le 25 mars, jour de l’Annonciation. Marie est immaculée afin de devenir dignement la mère de Dieu.

            Saint Maximilien Kolbe observe :

« Qu’est donc l’Immaculée ? Qui la comprendra parfaitement ? Marie, Mère de Dieu, l’Immaculée, mieux : l’Immaculée Conception, comme elle a voulu elle-même se dénommer à Lourdes.

Ce que veut dire mère,  on le sait, mais ‘de Dieu’, on ne peut le comprendre par la raison, dans notre cerveau limité.

Seul Dieu sait parfaitement ce que veut dire : ‘Immaculée’.

‘Conçue immaculée, on le comprend un peu, mais ‘Immaculée Conception’, c’est plein des plus consolants mystères. » (Lettre au P. Antoine Vivoda, 12 avril 1933.)

 

            Le 25 mars 1858 précédait de quelques jours la semaine sainte et la célébration du mystère pascal où Jésus sur la croix dit à la mère « voici ton fils » et au disciple « voici ta mère ». Jésus désigne Marie d’une manière active, avec une mission maternelle. Et c’est à l’heure de notre rédemption, de notre renaissance. Nous sommes baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus. C’est pourquoi Marie est présente auprès du baptistère. Dans le passé, on demandait aux catéchumènes « crois-tu en Jésus, né de la Vierge Marie » ? Et de nos jours, il est bien, à la fin du baptême, d’entonner le cantique de Marie, le Magnificat, ou encore de faire une consécration à Dieu par Marie. Marie présente aussi au renouvellement de notre baptême, quand nous redisons que nous renonçons à Satan et que nous décidons de suivre Jésus. Marie présente auprès des fonts baptismaux comme mère, une mère toute pure, conçue immaculée, mais aussi une mère active, immaculée conception. 

 

Le 7 avril et le 16 juillet 1858

            Le carême est fini. Pâque cette année-là est fêtée le 4 avril.

           

            Le mercredi de Pâques, 7 avril, Bernadette est attirée à la grotte. Pendant l’apparition, Bernadette tient son cierge allumé. Or voici que la flamme entoure longuement sa main sans la brûler. Ce fait est immédiatement constaté par le médecin, le docteur Douzous. C’est un signe qui pour quelqu’un qui connaît la Bible est plein de significations. Quand Dieu l’a appelé, Moïse a vu un buisson qui brûlait sans se consumer, et c’est aussi pourquoi on appelle la Vierge Marie « Buisson ardent », car elle porte le Fils de Dieu sans être consumée. C’est aussi un signe qui nous fait penser à sainte Bernadette qui vient de faire sa première communion : Bernadette porte la présence de Jésus sans pour autant être brûlée. Beau signe du feu en cette première semaine de Pâque… Le Christ par qui nous vivons, sans pour autant être consumés...

 

            La dernière apparition a lieu le 16 juillet 1858 (fête de N-D du mont Carmel)

            C’est le plein été. Les apparitions de Lourdes ont commencé dans la froidure et s’achèvent dans la chaleur. Elles ont commencé durant les jours sombres de l’hiver et s’achèvent dans les beaux jours, longs et lumineux, en plein juillet. C’est un signe. La pénitence est un chemin constructif, un chemin positif, vers la lumière de la foi, la chaleur de l’amour, de l’amitié.

            Durant le printemps, parmi les jeunes de Lourdes, une épidémie de visionnaires de plus en plus ridicules avait amené les autorités à barricader la grotte pour calmer toute cette jeunesse. Quand le 16 juillet Bernadette ressent le mystérieux appel de la Grotte, l’accès à Massabielle est interdit et fermé par une palissade. Bernadette se rend donc en face, de l’autre côté du Gave... et voit la Vierge Marie, une ultime fois :

            « Il me semblait que j’étais devant la grotte, à la même distance que les autres fois, je voyais seulement la Vierge, jamais je ne l’ai vue aussi belle ! »

 

            Il est utile de faire le lien avec la fête de Notre Dame du Mont Carmel, dont c’est justement le jour. Cette fête évoque la protection et l’encouragement de la Vierge pour un ordre religieux à un moment délicat de son histoire (le passage de la vie érémitique en Terre sainte à la vie urbaine en Europe).

            La fête de Notre Dame du Mont Carmel, le 16 juillet 1858, évoque la protection et l’encouragement de la Vierge pour cet ordre religieux à un moment délicat de son histoire (le passage de la vie érémitique en Terre sainte à la vie urbaine en Europe).

            En clôturant ses visites à Lourdes le 16 juillet, Marie indique une spiritualité dont tous peuvent s’inspirer.

 

            Sainte Bernadette disait : « Je ne vivrai pas un instant que je ne le passe en aimant. » Comme chacun de nous, elle peut faire sienne la devise de la grande réformatrice du Carmel, sainte Thérèse d’Avila : « Il n’est pas nécessaire de penser beaucoup mais d’aimer beaucoup ».

            Sainte Thérèse de Lisieux disait que Dieu ne regarde pas la grandeur ou la difficulté de notre action, mais l’amour que nous y mettons. Les brancardiers de Lourdes découvrent cela : des gestes simples, avec beaucoup d’amour… Sainte Bernadette a aussi vécu cela, elle ne savait faire des choses très ordinaires. Notre Dame du Carmel est proche des réalités les plus communes, elle fait véritablement signe à chacun de nous.

            Chacun peut aussi partager avec sainte Bernadette l’expérience de saint Jean de la Croix qui disait que ce dont nous avons le plus besoin de faire des progrès, c’est de faire silence devant Dieu, un silence d’amour. Avant les apparitions, Bernadette a vécu de longues heures de silence quand elle gardait les moutons à Bartrès, de retour à Lourdes, plusieurs apparitions furent silencieuses, et  la dernière apparition à Lourdes, le 16 juillet 1858, est un appel à vivre ce silence d’amour qui rend la Vierge Marie tellement belle…  enfin, à Nevers, le silence tenait aussi une place importante et Bernadette, devenue sœur Marie-Bernard, s’est attachée à Jésus, qu’elle a aimé jusqu’à l’extrême... "Celui-ci me suffit..."       

            Sainte Bernadette a eu bien des épreuves avant les apparitions (l’asthme, le déménagement au cachot, le mépris des gens) pendant les apparitions (les menaces de prison, la colère du curé, la foule qui la prend pour une folle quand elle se barbouille avec une eau boueuse), et après les apparitions (Sa maîtresse à Nevers avait des mots si durs que les autres novices se disaient heureuse de ne pas être Bernadette ! Bernadette avait des douleurs physiques aigues ou chroniques, etc.). Sainte Bernadette traversait tout cela en priant, et, comme Marie Madeleine de Pazzi, elle aurait pu écrire : « Les épreuves ne sont rien d’autres que la force qui purifie l’âme de ses imperfections. ». Purifiée, l’âme peut contempler Dieu. Quand Bernadette dit " jamais je ne l’ai vue aussi belle !", ce n’est pas que la Vierge Marie s’embellisse, mais c’est Bernadette qui a progressé : les yeux de son âme voient mieux.

            De son temps, on ne pensait pas que Bernadette soit une grande spirituelle, plusieurs disaient en la voyant « c’est ça Bernadette ? » Pourtant, elle mettait déjà en pratique l’enseignement des grands saints du Carmel : l’amour de Dieu ne consiste pas à ressentir des douceurs mais à le servir fidèlement (sainte Thérèse d’Avila), et il est doux de penser à Jésus, plus doux encore de faire sa volonté (Bienheureuse Mariam la petite arabe)…

            Bernadette est décédée à 33 ans, à Nevers, le mercredi de Pâques 1879. Elle est béatifiée en 1925 et canonisée en 1933.