Préface

Préface au livre La venue glorieuse du Christ de Françoise Breynaert

25 Mars 2019

Le chrétien ne vit ni dans le passé, ni dans le futur, il est l’homme ou la femme du présent, résolument incarné(e) dans le concret. Mais comme il vient du passé, s’enracinant dans toute la tradition ecclésiale, il va de l’avant, s’ouvrant à la Providence divine avec abandon, sans inquiétude : « Ne vous inquiétez pas du lendemain » nous rassure Jésus (Mt 6, 34).

La vie du baptisé est toute orientée : ce mot nous suggère l’Orient comme direction, en somme : vers le retour du Christ glorieux, que l’on appelle la Parousie. Les anges avaient en effet averti les Apôtres juste après l’Ascension : « Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu montant au ciel » (Ac 1, 10-11). Jésus donne véritablement sens à nos vies, dans tous les sens du terme !

Face au pessimisme ambiant d’un monde désabusé et désorienté, le baptisé témoigne de l’espérance non seulement pour lui-même, mais pour les autres et le monde en vivant sa foi dans la joie.

Le pape émérite Benoît XVI a consacré tout un document magistériel à la vertu théologale d’espérance. Il nous rappelle qu’elle constitue ce regard prophétique qui doit animer le chrétien :

« La foi au Christ n’a jamais seulement regardé en arrière ni jamais seulement vers le haut, mais toujours aussi en avant vers l’heure de la justice que le Seigneur avait annoncée plusieurs fois. Ce regard en avant a conféré au christianisme son importance pour le présent » (encyclique Spe salvi, 2007, § 41).

« Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse » (2 Tim. 1, 7) : voilà l’attitude fondamentale du chrétien. « N’ayez pas peur ! », nous répète inlassablement le Christ ; c’est du reste la parole qui revient le plus souvent dans la Bible : 365 fois exactement, comme un mot d’ordre pour chaque jour de l’année.

Cette attente fondamentale du chrétien ne l’invite ni à la nostalgie, en regrettant le passé, ni à se rétracter du monde qu’il a vocation à habiter de l’intérieur, et dans lequel il discerne les signes précurseurs du Royaume. S’il est appelé à entrer en résistance contre « le Prince de ce monde » (Jn 14, 30) qui dispute son règne au Christ, c’est pour coopérer à l’édification du Royaume de Dieu ici-bas. Ne demandons-nous pas quotidiennement dans notre prière : « Que ton règne vienne » (Mt 6, 10) ?

C’est pourquoi le baptisé doit s’inscrire dans la ligne du prophétisme. Par le baptême, le chrétien est devenu prophète de son royaume. Il est député à la transformation de notre monde, pour qu’il devienne, à l’école de l’Évangile, plus humain, en étant plus près de sa fin, qui est Dieu.

Cette expérience est à signifier dans chaque famille, dans chaque communauté chrétienne au quotidien de la vie. Notre vocation prophétique nous solidarise de toute l’humanité pour laquelle Dieu a un projet d’espérance universelle. « Le chrétien habite le monde en venant à lui à partir de son avenir » (S. Paul VI).

Certains ont tendance à faire ombrage au retour glorieux de Jésus, même parmi les prêtres, lorsqu’ils ne mettent plus le Christ au centre de leur enseignement et de leur vie sacerdotale. Pour le prêtre, disait à l’époque le Cardinal Ratzinger[1], « le sacrement n’est pas un partage de pouvoir, mais au contraire une désappropriation de moi-même en faveur de Celui en la personne de qui je dois parler et agir ». L’attitude contraire relève d’une forme de « cléricalisme », si souvent dénoncé par le pape François au cours de son pontificat.

Solidement ancré sur les fondements scripturaires et patristiques, le livre de Françoise Breynaert nous expose l’enseignement de l’Église sur le retour glorieux du Christ, tout en nous mettant bien en garde contre les autres messianismes, religieux ou politiques.

Nos légitimes angoisses sur « la fin du monde à venir » que nous professons dans le Credo sont apaisées : l’avènement de l’Antéchrist et les fléaux annoncés de l’Apocalypse n’ont pas à nous inquiéter outre-mesure car Jésus nous a promis sa présence précisément « jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

Ce livre ne se veut donc pas alarmiste. Il est un rappel pour tout chrétien à se tenir prêt pour le retour du Maître (cf. Lc 12, 36) : le baptisé est un veilleur vaillant. À nous de désirer avec ardeur le Maranatha : « Viens, Seigneur Jésus ! » (1 Cor. 16, 22).

+ Mgr Dominique Rey

Évêque de Fréjus-Toulon

 

 

[1] « Une société à réformer sans cesse », conférence à Rimini, 1er septembre 1990.

Date de dernière mise à jour : 11/07/2019