6° dimanche - Temps Ordinaire

Première lecture (Si 15, 15-20)

« Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir, et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher. – Parole du Seigneur. » (Si 15, 15-20).

Avant de faire le lien avec le concile de Trente, et son décret sur la justification, qui en 1547, corrige l’erreur de la « prédestination », nous prenons cinq minutes pour ceux d’entre vous qui entrent en dialogue avec des musulmans, car cette lecture apporte de précieuses réponses.

Les musulmans disent souvent : Tout est écrit, maktoub, on n’y peut rien : généralement, la volonté d’Allah est pensée comme l’application d’un programme pré-écrit, à la manière d’un livre ou, dirait-on aujourd’hui, d’un programme d’ordinateur. Certains savants musulmans voudraient bien parler comme les chrétiens, en associant les notions de libre arbitre humain et de Volonté omnisciente de Dieu. Mais ils se heurtent à plusieurs sourates du Coran qui affirment la prédestination, laquelle est l’un des principes de la croyance musulmane[1]. On ne peut accomplir que ce qu’Allah a écrit pour nous (Sourate Le repentir 9, 51). Un homme peut être (bien) guidé par Allah, mais aussi l’inverse : Allah peut également le dévier, et alors il se perd (Sourate Le mur d’A’raf 7, 178-179). La première lecture de ce dimanche, avec le livre du Siracide, corrige ces idées fausses : « La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix ».

Dans l’islam, un décret éternel a même décidé que certains ne croiraient pas (Sourate Ya’ Sîn 36, 7-10). Un fameux Hadith (texte de la tradition musulmane) dit que l’embryon a déjà une détermination concernant « sa subsistance, la fin de sa vie, ses actions et son bonheur ou son malheur ». Et il ajoute : « celui qui agit avec les gens du paradis jusqu’à être proche d’eux de la distance d’un bras, sera écrasé selon ce qui lui est prescrit : il agira comme les gens de l’enfer et il ira en enfer. Celui qui agit avec les gens de l’enfer jusqu’à être proche d’eux de la distance d’un bras, sera retourné selon ce qui lui est prescrit : il agira comme les gens du paradis et il ira au paradis. »[2]

La première lecture de ce dimanche, avec le livre du Siracide, corrige ces idées fausses : « Dieu n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher ». Ce qui, soit dit en passant, est logique !

Dans l’islam, le dogme de la prédestination conduit ensuite à une partition de l’humanité entre ceux qui seraient prédestinés au ciel et ceux qui sont prédestinés à l’enfer. Ce qui conduit à s’autoriser à tuer ceux qui sont prédestinés à l’enfer. Les questions soulevées sont importantes et peuvent conduire à des manipulations. Combien faut-il tuer de non musulmans pour être rassuré de faire partie de « ceux que Dieu aime », qui « vont jusqu’à tuer [qâtala] pour sa Cause » (sourate Le Rang 61, 4) ?

Pour aller plus loin, cf. https://www.issa-al-massiah-messiah-messie-messias.com/

A lire : « Le messie va revenir, sœur Françoise parle aux musulmans » aux éditions Bod.

Relisons ce verset important dans cette première lecture de ce dimanche : « Dieu n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher » (Si 15, 20)

Nous allons maintenant faire le lien entre cette lecture et le concile de Trente, qui, dans son décret sur la justification, en 1547, corrige l’erreur de la prédestination.

Le Canon 4 du décret sur la justification explique que nous ne sommes pas, pour ainsi dire, des marionnettes pour Dieu, même dans nos bonnes actions.

Le Canon 6 découle de l’image du potier qui façonne les justes, mais qui supporte les mauvais (Rm 9, 21-23). Saint Paul explique que nous sommes comme de bonnes et de mauvaises poteries (Rm 9, 21) ; Dieu "a préparé" les vases d’élection (Rm 9, 23), mais ce n’est pas lui qui prépare les vases pour la perdition, il les "supporte" (Rm 9, 22). Le concile de Trente dit :

« Canon 6. Si quelqu’un dit qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de s’engager dans les voies du mal, mais que ses mauvaises comme ses bonnes actions sont l’œuvre de Dieu, non seulement parce qu’il les permet, mais encore proprement et par lui-même, tellement que la trahison de Judas ne serait pas moins son œuvre propre que la vocation de Paul : qu’il soit anathème » (DS 1556).

Les canons 15 et 17 corrigent une idée païenne du destin et de la prédestination, comme s’il existait des livres du destin sur lesquels tout serait écrit d’avance.

« Canon 15. Si quelqu’un dit que l’homme né de nouveau et justifié est tenu par la foi de croire qu’il est certainement au nombre des prédestinés : qu’il soit anathème » (DS 1565). Autrement dit, vous n’êtes pas assuré d’aller au ciel, vous devez persévérer.

« Canon 17. Si quelqu’un dit que la grâce de la justification n’échoit qu’à ceux qui sont prédestinés à la vie et que tous les autres qui sont appelés, le sont assurément, mais ne reçoivent pas la grâce, parce que prédestinés au mal par la puissance divine : qu’il soit anathème » (DS 1567).

Pour le dire simplement, saint Paul est devenu saint en étant fidèle à la grâce de Dieu, mais le Christ a supporté Judas. Comme dit la lecture de ce dimanche : « Dieu n’a donné à personne la permission de pécher ».

Ainsi, nous devons écarter l’idée de la prédestination que l’on trouve aussi dans l’islam, mais aussi dans le protestantisme et le jansénisme.

Dieu nous a donné la liberté, et c’est sa volonté que nous ayons le libre arbitre. Retenons Siracide 15, 15 : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle » (Si 15, 15).

Cf. BREYNAERT, Françoise, Parcours de christologie du II° au XXI° siècle. Imprimatur. Parole et Silence, Paris 2016.

Foi-vivifiante.fr


[2] Al Bukhari, The translation of the meanings of Sahih of Al-Bukhari, vol 8, Medina 1970, p. 387

Psaume Ps 118

« Heureux les hommes intègres dans leurs voies qui marchent suivant la loi du Seigneur ! Heureux ceux qui gardent ses exigences, ils le cherchent de tout cœur !

Toi, tu promulgues des préceptes à observer entièrement. Puissent mes voies s’affermir à observer tes commandements ! Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai, j’observerai ta parole. Ouvre mes yeux, que je contemple les merveilles de ta loi. Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ; à les garder, j’aurai ma récompense. Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur » (Ps 118 (119), 1-2, 4-5, 17-18, 33-34)

Ce psaume correspond très bien au début de l’évangile de ce dimanche dont nous allons préciser la traduction. « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17).

Mgr Francis ALICHORAN, L’évangile en araméen Mt 5–7, éditions Bellefontaine (spiritualité orientale n °80), 2002 traduit : « Ne pensez pas que je sois venu pour dénouer la Loi ou les Prophètes je ne suis pas venu pour délier mais pour remplir » (Mt 5, 17)

« Dénouer » : nous avons le verbe shra’ : le point de départ est simple, concret : défaire un noeud ; à partir de là, se déploie tout un éventail de sens, dans le dictionnaire il a vingt ou trente sens qui s’enracinent tous dans ce point de départ concret. Le verbe shra’ est en opposition avec le verbe remplir, il signifie dénouer, délier donc abroger, vider de son sens. Délier une construction ou une maison dont les unités constructives sont liées les unes aux autres, c’est la démolir ; donc, pour une loi, cela veut dire qu’on l’abroge, qu’on la supprime, qu’on l’abolit, on la fait cesser, et en fin de compte, on la rend inefficace, on la vide de signification. On utilise en ce sens le verbe shra’ par exemple lorsque le pénitent a un précepte qu’il ne peut pas accomplir, il demande au prêtre de le « délier » de ce précepte, on le délie alors d’une obligation de loi.

Jésus dit : « je ne suis pas venu pour délier mais pour remplir » (Mt 5, 17). Le verbe shra’, en opposition avec le verbe remplir, signifie ici « vider de son sens ». Les Prophètes et la Loi ressembleraient à un vase qui n’est que partiellement rempli : et ce vase, Jésus ne vient pas pour le vider, ni pour le renverser, mais pour le remplir complètement.

« Car amen je vous dis : jusqu’à ce que passent le ciel et la terre, pas un seul ioud ni un seul trait de la Loi ne passera jusqu’à ce que tout soit. »

Le ioud, c’est la plus petite lettre de l’alphabet hébraïque et araméen. Le sarta, c’est un petit trait qui indique comment prononcer une lettre. Il n’y aura rien de supprimé.

Il s’agit ici de la loi écrite, la namosa : en araméen c’est la loi écrite, à bien distinguer de la loi orale avec laquelle les pharisiens l’ont complétée.

« pas un seul ioud ni un seul trait ne passera de la Loi jusqu’à ce que tout soit. » "Soit" : nehwe : c’est un écho avec le livre de la Genèse 1, 3 « que la lumière soit ». Cet écho n’est pas suggéré par nos traductions françaises où l’on peut lire, d’une part : que la lumière soit, et d’autre part : jusqu’à ce que tout se réalise, ou encore : ne soit arrivé. Signalons toutefois qu’en grec, (genetai) de même qu’en latin (fiat), le verbe est identique pour Genèse 1, 3 et Matthieu 5, 18.

Il s’agit d’accomplir le dessein du créateur, d’accomplir sa volonté par le respect de ses commandements. En pratiquant les commandements, nous réalisons la grandeur et la noblesse pour laquelle nous avons été créés.

« 19. Donc quiconque expliquera (dneshre’) l’un de ces petits commandements

et enseignera de cette façon aux hommes, il va être appelé le moindre (bçirâ’) dans le Royaume des Cieux,

mais qui fera et enseignera celui-ci, il va être appelé le grand dans le Royaume des Cieux ».

« Quiconque expliquera », alors que nos traductions françaises disent : « transgressera », « rejettera un de ces petits commandements », mais il y a d’autres mots pour dire transgresser ou rejeter. Puisque Jésus vient de dire que pas un ioud, pas un trait de la Loi ne sera supprimé, celui qui rejetterai un de ces commandements commettrait un péché ! Il ne pourrait pas être appelé le moindre dans le Royaume des Cieux ! Il ne serait rien du tout !

La difficulté de traduction provient du fait que nous avons, en ce v. 19, le même verbe shra’ qu’au verset 17. Au verset 17, le verbe était en opposition avec le verbe remplir, c’était dénouer, délier donc abroger, vider de son sens. Mais ici, le verbe shra’ est en opposition au verbe faire, et il faut traduire dénouer, expliquer.

Jésus veut dire que celui qui se contente d’expliquer est un degré de moins de celui qui explique et qui met en pratique, c’est-à-dire qui montre réellement l’exemple.

Celui qui se contenterait d’expliquer et ne mettrait pas en application même le plus petit commandement de la loi, sera le moindre dans le Royaume des Cieux.

Tout éducateur adulte instruit le jeune surtout par l’exemple. Les parents éduquent leurs enfants en leur montrant l’exemple. De même, le prêtre et l’évêque doivent montrer l’exemple.

L’idée est que celui qui explique les commandements est en-dessous de la moyenne, il est « moindre », tandis que celui qui explique et qui « fait », celui-là montre l’exemple, il est au-dessus de la moyenne, il est vraiment un guide, un bon éducateur, un pasteur.

Reprenons le psaume avec le Christ,

C’est d’abord le Seigneur qui nous parle :

« Heureux les hommes intègres dans leurs voies qui marchent suivant la loi du Seigneur ! [ils font, ils metttent pratique] Heureux ceux qui gardent ses exigences, ils le cherchent de tout cœur ! »

Entendons le Seigneur qui nous dit que nous sommes Heureux, comme les bienheureux du Ciel.

Ensuite, c’est nous qui parlons au Seigneur :

« Toi, tu promulgues des préceptes à observer entièrement. Puissent mes voies s’affermir à observer tes commandements ! Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai, j’observerai ta parole. Ouvre mes yeux, que je contemple les merveilles de ta loi. Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ; à les garder, j’aurai ma récompense. Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur ».

Cf. Mgr Francis ALICHORAN, L’évangile en araméen Mt 5–7, éditions Bellefontaine (spiritualité orientale n °80), 2002

Deuxième lecture (1 Co 2, 6-10)

« Frères, c’est bien de sagesse que nous parlons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n’est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dirigent ce monde et qui vont à leur destruction. Au contraire, ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dirigent ce monde ne l’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. Car l’Esprit scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu. – Parole du Seigneur ».

Saint Paul n’est pas naïf. Il dit que ceux qui dirigent le monde n’ont pas de sagesse et vont à leur destruction. Saint Paul parlait il y a deux mille ans, il avait devant lui de grands empires, Empire romain, Empire parthe, Empire chinois. Il savait la grandeur des civilisations mésopotamiennes, égyptiennes, grecques, romaines. Et pourtant, ces grandes civilisations disparurent, heureusement, ce qui était bon a été transmis à la postérité, mais le manque de sagesse divine a conduit à la destruction.

Notre cœur est facilement admiratif pour ceux qui dirigent le monde, parfois nous désirons être proches de ceux qui sont puissants, nous le ressentons comme une gloire. Saint Paul nous prévient que là où il n’y a pas la sagesse divine, il n’y aura que de la destruction.

Saint Paul et avec lui les apôtres parlent de la sagesse divine. « Ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire ». Cette gloire signifie, je prends une expression familière, « ce qui vaut son pesant d’or », c’est ce qui a de la valeur aux yeux de Dieu. Cette gloire est éternelle, incorruptible. Cette gloire est mystérieuse, elle vient de la qualité de l’amour. xxxxxx

L’évangile de ce jour nous parle de cette gloire qui vient de la sagesse divine.

Nous allons commenter cet évangile avec Mgr Francis ALICHORAN, L’évangile en araméen Mt 5–7, éditions Bellefontaine (spiritualité orientale n °80), 2002

Nous avons expliqué que Jésus dit : « je ne suis pas venu pour délier, mais pour remplir » (Mt 5, 17). Le verbe shra’, en opposition avec le verbe remplir, signifie ici « vider de son sens ». Les Prophètes et la Loi ressembleraient à un vase qui n’est que partiellement rempli : et ce vase, Jésus ne vient pas pour le vider, ni pour le renverser, mais pour le remplir complètement.

« 21. Vous avez entendu qu’il a été dit aux premiers : ne tue pas

et quiconque tue est condamnable lors du jugement.

22. Mais moi je vous dis :

quiconque se mettra en colère contre son frère sans raison

quiconque dira à son frère : racaille

est condamnable devant l’assemblée

et quiconque dira : imbécile

est condamnable à la géhenne de feu » (Mt 5, 21-22).

« Ne tue pas » « lâ’ teqtoul », c’est l’impératif, c’est un ordre, en araméen l’impératif négatif s’exprime toujours avec le futur, mais c’est un ordre. En français, lorsqu’on met au futur : « tu ne tueras pas », cela crée une équivoque sur le sens, on ne l’entend plus comme un ordre. Jésus veut former une conscience limpide, délicate : n’importe quelle petite chose peut être grave !

« Et quiconque tue est condamnable lors du jugement ». L’expression signifie que la personne est déjà coupable, qu’elle ne sera pas quitte, qu’il y aura un verdict qui imposera un châtiment ; tandis qu’en français, en majorité nos traductions ne mettent pas « sera condamné », mais elles emploient des expressions plus douces : « sera justiciable de », « passible de », « en répondra au tribunal »… En réalité,l’expression signifie que la personne est coupable.

« Mais moi je vous dis : quiconque se mettra en colère contre son frère sans raison »

Dans les traductions françaises, nous n’avons pas : « sans raison » : Mais, dit Mgr Alichoran, nous avons cela dans notre texte de Peshitta. Sans raison, ou pour rien ! En grec, l’adverbe « sans raison » se retrouve aussi ici dans plus de la moitié des manuscrits grecs, dont le codex de Bèze, il se retrouve aussi dans les « vieilles latines ». On peut donc garder ce « sans raison ».

« 23. Si donc tu offres ton offrande sur l’autel

et là tu te souviens que ton frère retient contre toi quelque rancune.

24. Laisse là ton offrande sur l’autel

et va en premier, réconcilie-toi avec ton frère

et en suite viens, offre ton offrande. » (Mt 5, 23-24).

En araméen, « réconcilie-toi », c’est le mot : etrà‘â’, c’est plus que se réconcilier avec le frère, c’est le satisfaire. Ce n’est pas seulement demander pardon et faire la paix, c’est rendre content le frère. Le mot râyi est très employé dans la liturgie maronite : « Seigneur sois content de ma prière » ; « Seigneur, complais-toi dans mes prières, que mes prières te satisfassent ! ». Si une mère irrite son fils, elle pense, elle vient chez lui, elle reste jusqu’à ce qu’il soit vraiment content, et alors elle peut le quitter. Si un fils se fâche contre son père, en Orient, la mère dit : va chez ton père, et parle avec lui, et lorsque tu le rends content, tu le quittes.

« 25. Mets-toi d’accord avec ton adversaire, vite,

tant que tu es avec lui en chemin

de peur que ton adversaire ne te livre au juge,

et que le juge ne te livre au garde et tu tomberais en prison.

26. Amen je te dis : tu ne sortiras pas de là que tu n’aies donné le dernier sou » (Mt 5, 25.26).

Le frère peut devenir un adversaire si je le hais ! Il est question de réconciliation, de satisfaction ; je ne dois pas faire d’un frère un adversaire ; il faut avoir un esprit réconciliant ! C’est une défaite dans l’amour fraternel pour des chrétiens, d’avoir des procès entre eux…  Ce n’est pas la question d’éviter des ennuis, mais de ne pas se faire juger par des tribunaux païens, car ce sont les saints qui jugeront le monde…

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Évangile (Mt 5, 17-37)

Nous allons lire le long évangile de ce dimanche en le commentant peu à peu. Nous avons d’ailleurs déjà commencé à le commenter dans l’émission dédiée au psaume ou à la seconde lecture.

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ».

[Les Prophètes et la Loi ressembleraient à un vase qui n’est que partiellement rempli : ce vase, Jésus ne vient pas pour le vider, ni pour le renverser, mais pour le remplir complètement].

« Je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise ».

« Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux ».

[19. Puisque Jésus vient de dire que pas un ioud, pas un trait de la Loi ne sera supprimé, celui qui rejetterai un de ces commandements ne pourrait pas être appelé le moindre dans le Royaume des Cieux : il ne serait rien du tout ! IL s’agit ici de montrer l’exemple. Il y a une opposition entre celui qui explique et enseigne et celui qui fait et enseigne. Il faut traduire « Donc quiconque expliquera l’un de ces petits commandements et enseignera de cette façon aux hommes il va être appelé le moindre dans le Royaume des Cieux mais qui fera et enseignera celui-ci il va être appelé le grand dans le Royaume des Cieux.]

« Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. »

« Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère [et nous avons dit qu’en araméen il y a « sans raison »], devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. [Mgr Alichoran : traduit ici : « est condamnable à la géhenne de feu »].

« Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. [Nous avons expliqué qu’il s’agit d’aller voir son frère jusqu’à ce qu’il soit content] Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou ». [C’est une honte que de ne pas réussir à s’entendre et de passer devant des tribunaux païens. Car il est aussi écrit que ce sont les saints qui jugeront le monde].

« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. »

[Nous retrouvons donc dans le texte syriaque de la Genèse les mêmes termes qu’ici. « La femme vit que l'arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu'il était, cet arbre, désirable » (Gn 3, 6), c’est le vocabulaire de la convoitise].

« Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne. »

Au v. 29 Nous traduisons parfois par « te scandalise » à cause du latin : scandalizare et du grec skandalizein. En français, le mot scandale n’est plus utilisé que pour l’indignation que cause le mauvais exemple. Cependant, puisque makshàl est l’intensif de kshàl, qui signifie vraiment une chute morale, il a le sens : cause de chute. C’est tout ce qui peut faire glisser vers le mal : mauvais exemples, ou mauvais enseignements, ce qui fait descendre, s’enfoncer, perdre l’équilibre.

« Il a été dit également : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. »

Mt 5, v. 32 Mgr Alichoran : « Mis à part le cas de zéniouta » Le zéniouta, ce n’est pas l’infidélité, ce n’est pas non plus l’adultère ; il s’agit de la relation corporelle sans engagement de mariage, « mis à part le cas d’union illégitime », c’est une parenthèse, le Christ n’envisage pas ce cas ici, il parle du mariage légal, avec acte légal, et de « gar », c’est-à-dire l’adultère. La Bible de Jérusalem traduit « la prostitution » comme dans le livre du prophète Osée où ce même mot est utilisé dans Peshitta Ancien Testament. D’autres traduisent : « fornication », « inconduite », « concubinage ». Quelle que soit la traduction du « zeniouta » la phrase (lbar min melta dzeniouta) signifie : « ces cas sont mis à part, pour les traiter à part », – et non pas : « sauf le cas de », ni : « excepté dans le cas de ». 

« Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » – Acclamons la Parole de Dieu ».

Au v. 33. « Vous avez entendu qu’il a été dit aux premiers : ne mens pas » Le texte liturgique dit : « Tu ne feras pas de faux serments » et la Bible de Jérusalem, ainsi que la TOB : « Tu ne te parjureras pas ». En araméen, l’impératif négatif s’exprime par un futur, mais c’est un ordre : « ne mens pas ».

« 37. Mais que votre parole soit : oui, oui et non, non ce qui est en plus c’est du Mauvais » Ici, le mauvais, c’est le mot « bisha », c’est vraiment Mauvais avec un grand M : l’auteur du Mal. En tradition judaïque, l’attribut de la Parole à l’homme est quelque chose de divin, l’homme est à l’image de Dieu et peut communiquer avec Lui. Aussi, la garde de la parole, et veiller sur la parole, c’est très important : non seulement celle de Dieu, qui est un commandement, mais aussi veiller sur celle que l’homme profère, car elle l’engage.

Cf. Mgr Francis ALICHORAN, L’évangile en araméen Mt 5–7, éditions Bellefontaine (spiritualité orientale n °80), 2002