Spécial carême Repentir et réconciliation

Passer de la culpabilité psychologique au registre du péché/pardon. 1

Qualités du repentir. 1

La réconciliation n’est pas toujours de mise. 2

Le péché contre l’Esprit Saint. 2

Notre Dame des étoiles. La prière du 4 juillet. 4

Passer de la culpabilité psychologique au registre du péché/pardon

Les Hébreux ont osé quitter le mythe dominant (égyptien). Progressivement, Israël ose être différent des autres ; il n’en a plus un sentiment de culpabilité, bien au contraire, imiter les comportements des païens est compris comme étant un péché obscurcissant sa foi.

L’Exode a consisté à passer de la culpabilité d’être différent (des Egyptiens) à une dynamique d’Alliance mais aussi de péché et de pardon. L’histoire d’Alliance est presqu’immédiatement une histoire de péché et de pardon. Moïse redescend de la montagne, le peuple est déjà autour d’un veau d’or… Il faut remarquer que le péché est bien moins lourd à porter que la culpabilité psychologique d’être non-conformiste car le péché est vécu à l’intérieur d’une relation d’Alliance avec un Dieu vivant. Dieu pardonne aux croyants et il les encourage sur son chemin par divers miracles et victoires. « Dieu de tendresse et de grâce, lent à la colère et plein de miséricorde et de fidélité » (Ex 34, 6).

L’Exode rend plus fort, et progressivement indifférent vis-à-vis de ce qui pourrait donner un sentiment d’infériorité, ce qui est une culpabilité fausse et inutile. L’Exode fait naitre un autre sentiment, le désir de tout faire pour ne pas obscurcir la relation avec le Dieu vivant, pour ne pas perdre la grâce de l’amitié avec le Dieu vivant, El Shaddaï, YHWH, le Seigneur.

Qualités du repentir

  1. La vérité.

La vérité des faits. Ne pas nier des événements évidents.

La vérité des intentions. Ne pas transformer en simple maladresse ce qui était calculé et voulu.

  1. La responsabilité.
     

Le repentir authentique accepte de voir sa faute, de reconnaître ses torts.

L’irresponsable accuse les autres. Par exemple, on accuse les autres de manquer de confiance alors qu'on ne voit pas qu'on a trompé l'autre. L’irresponsable déplace la responsabilité : « Tu l’as cherché ». L’irresponsable retourne la culpabilité : « pourquoi fais-tu cela ? ». L’irresponsable minimise les sentiments légitimes « Tu es trop sensible ».

L’irresponsable n'est pas désolé de ce qu'il a fait, mais il est désolé de s'être fait prendre.

Le repentir accepte de faire des efforts sincères.

  1. Alliance, communication, respect.

Dans le repentir sincère, il y a une compréhension profonde du mal que l'on a fait souffrir aux autres, c’est empathie.

Dans le repentir, la communication est saine et respectueuse, on reconnaît l'autonomie, les désirs et les limites de l'autre.

Dans un conflit, le vrai repenti a une écoute active qui chemine pour résoudre le conflit.

À l’inverse, il existe des discours manipulateurs qui ne cherchent qu’à combler le vide intérieur narcissique. Ce sont des discours empreints de déni, de sarcasme, d'invalidation systématique ; la victime devient un objet à contrôler et à exploiter.

  1. La durée.
     

Le repentir construit une relation saine bâtie sur la confiance et la stabilité. C'est tout le contraire des promesses de changement qui ne sont que stratégiques, c’est aussi l'inverse d'une exaltation suivie de dévalorisation cyclique épuisante.

Le repentir sérieux est vertueux, et c’est un cercle vertueux, il se caractérise par la prudence, la tempérance, la justice et la force.

La réconciliation n’est pas toujours de mise.

Jésus dit : « La vérité vous rendra libres » (Jn 8,32). La charité ne commande jamais de rester exposé au mal. La foi ne demande jamais de sacrifier sa propre intégrité morale pour préserver une façade familiale.

Saint Paul écrit : « Fuyez le mal » (Rm 12,9), « rejetez les œuvres des ténèbres » (Ep 5,11).

On peut revenir trop vite à une situation injuste ou devenue injuste. La nostalgie de "quand tout allait bien" ou le sentiment d'une dette morale peuvent provoquer un retour, une sorte de repentir, mais dans un brouillard mental qui empêche d'analyser le mal que l'on a subi ou le mal que l'on a commis, ou le mal auquel on ne veut pas se compromettre.

Jésus dit :

« 43 Si, donc, ta main te scandalise, / tranche-la !

Il vaut mieux pour toi que, manchot / tu entres dans la vie,

plutôt qu’en ayant tes deux mains, / tu ailles à la Géhenne,

44 où leur ver ne meurt pas, / et leur feu ne s’éteint pas ! » (Mc 9,43)

Il faut couper même si ceux-là sont comme « ta main » (une collaboration de travail), « ton pied » (une collaboration dans l’espace) « ton œil » (une collaboration dans la connaissance). En effet, ces collaborations peuvent devenir l’occasion de chutes (déviations, erreurs, tentations, pièges en tous genres). L’injonction rappelle Abram quittant sa parenté (Gn 12), et elle a pour but la génération d’un peuple saint, comme jadis dans la Genèse.

Le péché contre l’Esprit Saint
 

Mc 3, 22 Et les scribes, ceux qui descendirent de Jérusalem, / disaient :

‘Beelzéboub est en lui : / et c’est par le chef des démons qu’il fait sortir les démons !’

23 Et Jésus les appela, / et par proverbes, il leur dit :

Comment Satan peut-il faire sortir Satan ?

[…]

28 Amen, / je vous le dis :

Tous les péchés et les blasphèmes que blasphèment les hommes, / leur seront pardonnés.

29 Mais qui blasphème / contre l’Esprit Saint,

il n’y aura pour lui jamais de pardon, / mais il est condamné d’une  sentence éternelle[1].

––

Ce qui sera pardonné (v.28), ce sont les « péchés [ḥṭāhe] » – il s’agit des péchés qui nécessitent un sacrifice d’expiation, d’offenses qui appellent une réparation – et les « blasphèmes [gūddāpe] », ce qui signifie aussi « insulte, malédiction ».

Mais, « qui blasphème contre l’Esprit Saint, il n’y aura pour lui jamais de pardon, mais il est condamné d’une sentence éternelle » (v.29). La limite du pardon n’est pas en Dieu, mais en l’homme qui s’est mis hors d’état de pouvoir être pardonné. Le péché contre l’Esprit Saint est un manque de ce que l’on appelle en langage courant, la « bonne foi », c’est le péché de celui qui est de « mauvaise foi ». Dans l’exemple de cette perle, chez les pharisiens, cette mauvaise foi opère une inversion : « parce qu’ils disaient : ‘Un esprit impur est en lui !’ » (v.30, cf. v. 22). La logique des pharisiens, d’apparence irréprochable, occulte la vérité non seulement aux yeux de ceux qui écoutent ce discours, mais aux yeux de ceux-là même qui le prononcent. Tel est le péché contre l’Esprit Saint : l’homme se ment à lui-même, il est devenu étranger à sa propre personne et la miséricorde du Christ ne peut plus l’atteindre. Il n’y a plus de remède.. Le catéchisme de l’Église catholique explique : « Un tel endurcissement peut conduire à l'impénitence finale et à la perte éternelle » (CEC 1864).

Le rejet de la vérité conduit à la mort éternelle. Généralement, la mort est une « rencontre » avec le Christ (cf. notamment Jn 5,25). Malheureusement, il est des cas où la rencontre avec le Christ devient inutile, quand l’homme ne parle qu’à son miroir et au labyrinthe de ses propres idées.

Les pharisiens et tous les Juifs versés dans les Écritures avaient une connaissance de l’Esprit Saint ; ils étaient en mesure de comprendre ce qu’est le péché contre l’Esprit Saint, qui ne peut pas être pardonné parce qu’il exclut les éléments rendant possible la rémission des péchés[2].

Notons que Jésus ne condamne encore personne, c’est un appel à des hommes à qui un temps de réflexion est encore accordé.

 

Vivre et mourir en état de grâce signifie vivre et mourir avec la grâce sanctifiante, et donc pouvoir accéder à la sainteté du Paradis en présence de Dieu qui est trois fois Saint. Un grand saint de l’Église d’Orient offre un éclairage très adapté :

« L’organe de la vue ne se crée pas automatiquement dès lors que la lumière paraît ou que le soleil répand ses rayons éclatants, pas plus qu’un être privé de l’odorat ne sentirait un parfum même abondamment répandu dans l’air. De même, ceux qui, par l’intermédiaire des sacrements, se trouvent en état de grâce, sont sans aucun doute susceptibles d’adhérer au Fils de Dieu quand viendra le jour de l’union, et d’en apprendre ce que son Père lui a révélé : encore faut-il qu’ils soient en état de grâce. » Nicolas Cabasilas (1322 – 1391 Grèce), « La vie en Jésus-Christ », Prieuré d’Amay sur Meuse, Belgique, p. 19-20 (Livre I).

L’état de grâce est perdu par le péché mortel tant qu’il n’est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu.

« Le péché mortel détruit la charité dans le cœur de l’homme par une infraction grave à la loi de Dieu; il détourne l’homme de Dieu, qui est sa fin ultime et sa béatitude en Lui préférant un bien inférieur. » (CEC 1855)

« Pour qu’un péché soit mortel trois conditions sont ensemble requises : "Est péché mortel tout péché - qui a pour objet une matière grave, - et qui est commis en pleine conscience - et de propos délibéré." » (CEC 1857)

« La matière grave est précisée par les Dix commandements selon la réponse de Jésus au jeune homme riche : "Ne tue pas, ne commets pas d’adultère, ne vole pas, ne porte pas de faux témoignage, ne fais pas de tort, honore ton père et ta mère" (Mc 10,18). » (CEC 1858)

« Le péché mortel est une possibilité radicale de la liberté humaine comme l’amour lui-même. Il entraîne la perte de la charité et la privation de la grâce sanctifiante, c’est-à-dire de l’état de grâce. S’il n’est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu, il cause l’exclusion du Royaume du Christ et la mort éternelle de l’enfer, notre liberté ayant le pouvoir de faire des choix pour toujours, sans retour.

Cependant, si nous pouvons juger qu’un acte est en soi une faute grave, nous devons confier le jugement sur les personnes à la justice et à la miséricorde de Dieu. » (CEC 1861)

 

[1] Le participe passif « mḥayyaḇ » signifie que la personne est déjà jugée coupable et il y aura un verdict qui imposera un châtiment. Nous avons ensuite le mot jugement ḏīnā qui peut signifier le procès ou la sentence du jugement. Enfin, « l-ḏīnā d-alᶜālam » se traduit avec un adjectif, comme dans « rūḥā d-qūḏšā : Esprit Saint, (Esprit de Sainteté) ».

[2] Ainsi le comprennent aussi : S. THOMAS D’AQUIN, Somme théol., II-II 14,3; cf S. AUGUSTIN, Epist. 185,11,48-49: PL 33,814-815; S. BONAVENTURE, Comment. in Evang. S. Lucae, chap. XIV,15-16: Ad Claras Aquas, VII,314-315.

Date de dernière mise à jour : 05/03/2026