25 mars - Solennité de l'Annonciation

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Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30). 

 

Première lecture (Is 7,10-14 ; 8,10b)

Psaume (Ps 39 (40), 7-8a, 8b-9, 10,11)

Deuxième lecture (He 10, 4-10)

Évangile (Lc 1, 26-38)

 

Première lecture (Is 7,10-14 ; 8,10b)

En ces jours-là, le Seigneur parla ainsi au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu !
 C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel, […] 8,10b car Dieu est avec nous. » – Parole du Seigneur.

En son temps, la prophétie d’Isaïe a été donnée dans un contexte bien connu. Achaz est à Jérusalem, il est le roi de Judée ; l’Empire assyrien (Teglat Phalasar) menace toute la région par ses conquêtes. En 735 avant J-C, Damas et Samarie s’allient et demandent au royaume de Juda de s’associer à eux. Achaz refuse. Le roi de Damas (Recin) et celui de Samarie (Peqah) marchent alors contre Jérusalem, et le roi Achaz s’affole. Dans la panique, il fait passer son fils par le feu (sacrifice au Moloch) pour tenter de conjurer la menace : c’est une attitude païenne, magique. De plus, ce n’est pas le moment de procréer : à quoi bon mettre au monde des enfants qui risquent de périr à la guerre ? Son fils mort, il veut stabiliser sa dynastie en s’en remettant à la sollicitude d’un roi étranger : il fait alliance avec l’Assyrie et lui paye un tribut en dépouillant le Temple (2 R 16,7-8).

Dans l’oracle d’Isaïe, le simple fait qu’une jeune femme va donner la vie s’oppose à l’atmosphère générale quasi désespérée et à l’attitude du roi Achab qui a sacrifié son fils. C’est un message important, une parole forte qui doit faire changer le comportement du roi, et du peuple. Isaïe 1-40 est un livre centré sur l’histoire du roi Ezéchias, le fils d’Achaz. Avec lui, et grâce à sa neutralité, le royaume de Juda sera protégé de l’invasion assyrienne. L’Assyrien Sennacherib (704-681) fera le siège de Jérusalem, mais il échouera et fera demi-tour (Isaïe 37). À travers Ezéchias, le peuple pourra dire : « Dieu est avec nous », c’est le sens du surnom Emmanuel (Is 7,14) ; ou encore « Dieu fort » (Is 9,5). Mais l’oracle d’Isaïe annonçait-il seulement Ezéchias ? La réponse n’est pas évidente parce qu’on ne sait pas très bien si Isaïe parlait d’une conception virginale ou si c’est seulement une relecture au temps de la Septante qui en parle.

Le texte araméen de la Bible de Mossoul donne : « Voici la vierge [bṯūltā] est enceinte et enfantera un fils, et il l’appellera Emmanuel. » (Is 7,14). Mais en hébreu, le texte massorétique donne : « Voici la jeune fille [alma] est enceinte et enfantera un fils, et il l’appellera Emmanuel » (Is 7,14), alors qu’il existe en hébreu, un terme précis pour désigner une vierge (« betulah », équivalent du terme [bṯūltā] araméen ; dans les textes non juridiques betulah peut signifier simplement l’âge de la vie plus que l’état physique de la fille ou de la femme, mais dans les textes législatifs il signifie vierge au sens strict. Saint Jean Chrysostome, qui écrit en grec, mais qui vécut à Antioche, très proche encore de la langue araméenne, suspecte une altération du texte hébreu, et préfère se référer à la Septante, plus ancienne que le texte hébreu massorétique, et qui donne : « Voici, la vierge (παρθενος parthenos) portera dans le ventre et enfantera un fils, et tu appelleras Emmanuel » (Saint Jean Chrysostome, Sur Saint Matthieu, Homélie 5, 3).

La tradition hébraïque, le Midrash Rabbah sur Exode 18, 5 interprète Isaïe 7,14 en disant que l’enfant de la femme enceinte est tout simplement Ezéchias, et même si certains exégètes chrétiens ont suivi le midrash juif, cette lecture dit Benoît XVI, ce n’est qu’une hypothèse « qui ne peut être vérifiée d’aucune façon », et il convient de lire le texte d’Isaïe 7,14 comme « une question ouverte », une parole « adressée à l’humanité » (J. RATZINGER, BENOIT XVI, L’enfance de Jésus, Flammarion, Paris 2012, p. 74-76).

Dans l’évangile selon saint Luc, l’ange annonce à la Vierge Marie qu’elle engendrera un fils :

« 32 Celui-ci sera grand, / et c’est Fils du Très Haut qu’il sera appelé,
et il lui donnera, le Seigneur Dieu / le trône de David, son père.
33 Il règnera sur la maison de Jacob / pour toujours
et son règne / n’aura pas de fin. » (Lc 1,32-33).

Dans la récitation orale, « Il règnera » : geste de tenir un sceptre ; « pour toujours » : un bras s’étend vers le lointain.

L’ange annonce à Marie l’Incarnation du Fils de Dieu et sa royauté.

Pie XI enseignera : « Il en résulte que les anges et les hommes ne doivent pas seulement adorer le Christ comme Dieu, mais aussi obéir et être soumis à l’autorité qu’il possède comme homme ; car, au seul titre de l’union hypostatique (c’est-à-dire que Jésus est vrai Dieu et vrai homme), le Christ a pouvoir sur toutes les créatures. Mais quoi de plus délectable, de plus suave que de penser que le Christ, en outre, règne sur nous non seulement par droit de nature, mais encore par droit acquis, puisqu’il nous a rachetés ? » (Pie XI, Encyclique Quas Primas 8-9).

C’était en 1925, quand en Europe les peuples et les chefs d’État s’efforçaient de vivre selon l’Evangile. Puis, quand la société s’est déchristianisée, on a surtout considéré le règne du Christ comme un levain dans la pâte, et l’on a tenté de se contenter de transmettre à la société les « valeurs chrétiennes ».

L’évangile selon saint Matthieu reprend plus explicitement l’oracle d’Isaïe, et le texte de la Pshitta ne dit pas simplement pour « accomplir ce qui fut dit par le prophète », mais pour « accomplir ce qui fut dit de la part du SEIGNEUR par le prophète » (Mt 1,22 de l’araméen), ce qui suggère que le prophète ne mesurait pas toute la portée de sa propre prophétie. Le SEIGNEUR voulait dire quelque chose de plus grand que la naissance d’Ezéchias, en annonçant un Messie qui vient de Dieu, « Emmanuel : Dieu avec nous » (Is 7,14), Dieu descendant parmi nous, donc conçu virginalement.Dans le texte araméen de la Pshitta :

« 22 Or tout ceci qui advint, / le fut pour accomplir ce qui fut dit de la part du SEIGNEUR par le prophète :
23 ‘Voici : la vierge [bṯūltā] concevra et enfantera un fils, / et ils appelleront son nom : Emmanuel,
qui signifie : / notre Dieu avec nous » (Mt 1,22-23).

Un siècle après Pie XI, dans son discours du 28 août 2025 adressé à des hommes politiques français, le pape Léon XIV dit : « Jésus l’a affirmé avec vigueur : ‘En dehors de moi vous ne pourrez rien faire !’ (Jn 15,5) ; il ne faut donc pas s’étonner que la promotion de « valeurs », pour évangéliques qu’elles soient, mais vidées du Christ qui en est l’auteur, soit impuissante à changer le monde ».

Chers auditeurs, Jésus est Dieu avec nous, sans lui nous ne pouvons rien faire, et c’est à nous de transmettre non seulement des valeurs mais le goût d’agir avec lui.

« Permettez à Jésus de régner dans votre vie. Mes enfants, c’est seulement par un abandon total que Jésus se livre dans votre vie, et c’est le plus grand don que vous puissiez recevoir. » (Medjugorje 25 décembre 2025).
 

Psaume (Ps 39 (40), 7-8a, 8b-9, 10,11)

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens. Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles. » J’annonce la justice dans la grande assemblée ; vois, je ne retiens pas mes lèvres, Seigneur, tu le sais. Je n’ai pas enfoui ta justice au fond de mon cœur, je n’ai pas caché ta fidélité, ton salut ; j’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée.

Ce psaume a été choisi de manière très opportune pour la solennité de l’Annonciation. Il ne nie pas le sacrifice, mais il en dévoile la racine. « Tu ne voulais ni sacrifice ni offrande », dit le psalmiste, non parce que Dieu rejetterait l’offrande, mais parce qu’il en attend d’abord l’âme. Avant tout acte religieux, avant toute œuvre visible, il faut un cœur ouvert, une volonté livrée, un « me voici » qui précède l’action. Le psaume affirme ainsi une loi spirituelle fondamentale : Dieu agit là où quelqu’un s’offre librement à sa volonté.

Cette intuition trouve son accomplissement le plus profond dans le mystère de l’Incarnation. Lorsque l’auteur de l’Épître aux Hébreux reprend ce psaume et le place sur les lèvres du Christ — « en entrant dans le monde, le Christ dit : … Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté » (He 10,5-7) — il ne pense pas d’abord à la Croix, mais à l’instant où le Verbe accepte d’entrer dans l’histoire. Avant le sang versé, il y a l’obéissance consentie ; avant la rédemption accomplie, il y a l’offrande intérieure. L’Incarnation elle-même est déjà un sacrifice, non sanglant, mais réel : l’acceptation de la chair, de la limite, de la condition humaine.

Les Pères de l’Église ont perçu très tôt cette profondeur. Origène voit dans le Psaume la voix du Fils éternel qui accepte librement de se livrer à la volonté du Père. Pour lui, le sacrifice du Christ commence non sur le Golgotha, mais dans cet acte intérieur où le Verbe consent à l’abaissement. Le jour de l’Annonciation est le moment où l’offrande éternelle du Fils prend corps dans le temps.

Saint Augustin, de son côté, insiste sur le fait que toute œuvre de Dieu suppose un sacrifice du cœur. Les sacrifices extérieurs n’ont de valeur que s’ils expriment une offrande intérieure, un abandon confiant à Dieu. Le Christ accomplit parfaitement cette vérité : il est l’offrande vivante, parce qu’il est d’abord l’obéissant parfait. Ainsi, le « Voici, je viens » du Psaume révèle la manière dont Dieu sauve : par un amour qui se livre avant d’agir.

Dans cette lumière, l’Annonciation apparaît comme un seuil décisif. Le « oui » du Fils à la volonté du Père (en latin, son « Fiat ») trouve son écho humain dans le Fiat de Marie : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole. » (Lc 1,38). Les deux consentements ne se confondent pas, mais ils se répondent. L’Incarnation devient possible parce qu’un sacrifice spirituel est offert, d’abord en Dieu, puis dans l’histoire humaine.

Avant de donner son Oui, son « Fiat », Marie est saluée comme « remplie de grâce [malyaṯ ṭaybūṯā] » (Lc 1,28) : malyat est le participe passé passif du verbe remplir ; et ṭaybūṯā est la grâce-bonté, or, « il n’y a pas de bon [ṭāḇā], sinon un seul : Dieu ! » (Lc 18,19) : Marie est pleine d’une bonté qu’elle a reçue comme une grâce de la part de Dieu, c’est pourquoi peu après l’ange précise : « tu as trouvé bonté-grâce [ṭaybūṯā] auprès de Dieu » (Lc 1, 30). En grec, nous avons « κεχαριτωμενη », un parfait passif qui exprime aussi une action accomplie : Marie est déjà comblée de grâce. 

« Paix [salut] à toi, remplie de grâce, notre Seigneur est avec toi, bénie d’entre les femmes ! » (Lc 1, 28) mérite encore quelques remarques.

« Notre Seigneur est avec toi » rappelle la parole de l’ange à Gédéon pour le rendre fort dans son combat (Jg 6,12). Marie devra être forte dans sa mission auprès de Jésus.

« Bénie entre les femmes » (Lc 1,28) fait aussi partie des paroles de l’ange dans le texte araméen de la Pshitta, (et dans la vulgate clémentine ainsi que dans la version liturgique grecque), mais l’expression est absente dans le texte grec universitaire de Nestlé Aland et donc de la Bible de Jérusalem.

Marie raisonnait sur ce que signifiait cette salutation. Et l’ange invite Marie à concentrer son attention sur le mystère divin qui va s’accomplir, et qui inclut une maternité (Lc 1,35-37). Marie s’interroge au sujet de l’homme (Joseph) ; c’est pourquoi la tradition de l’Église, même sur la base d’une autre traduction de Lc 1, 34, peut considérer en toute cohérence un vœu de virginité de Marie (et Joseph), vœu humain auquel Dieu aurait répondu à sa façon.

L’ange donne un signe à Marie. La stérilité d’Élisabeth semblait une réalité têtue, mais pas pour Dieu à qui rien n’est « dur » (Lc 1, 37). C’est donc une parole rassurante que l’ange adresse à Marie, sa vocation peut lui sembler très « difficile », mais pas pour Dieu. 

Marie peut donc aller de l’avant avec le Seigneur et dire en toute confiance « me voici ! » (Lc 1,38). Ce n’est pas une définition abstraite (« Je suis la servante ») ; en disant « me voici » (araméen « hā ennā », latin « Ecce », grec « ιδου »), Marie se place dans le dynamisme de l’histoire. L’aventure va commencer !

Avant la grande œuvre de Dieu — la venue du Sauveur — il y a une offrande silencieuse, un abandon total, une disponibilité sans réserve. Ainsi, le Psaume 39 (40) peut être lu comme le psaume de l’Annonciation avant l’Annonciation. Il révèle que la logique de Dieu n’est pas d’abord celle de l’efficacité ou de la puissance, mais celle du don de soi. Toute grande œuvre divine naît d’un sacrifice accepté, non imposé ; d’un cœur offert, non contraint. L’Annonciation manifeste alors ce que le psaume annonçait déjà : le salut commence par un “me voici”, et c’est dans cet esprit de sacrifice que Dieu peut faire toutes choses nouvelles.

L’ange a salué Marie pleine de grâce (« grâce-bonté [ṭaybūṯā] » (Lc 1,28), Marie est belle parce qu’elle aime. Après sa réponse positive, Marie devient la mère de Jésus, le « Fils du Très Haut » (Lc 1,30), ce qui nous invite à comprendre que sa bonté [ṭaybūṯā] devient sublime, Marie voit les créatures avec un esprit d’Épouse du Très Haut et de Mère du Rédempteur. 

Le signe de confirmation donné par l’ange, Élisabeth longtemps stérile est au sixième mois de grossesse, appelle Marie à aller, au minimum, le constater.

De plus, l’évangile de Luc est un « pendentif », avec un collier compteur introduisant des fils d’oralité, formant chacun un ensemble cohérent en lien avec la perle qui l’introduit. Ce collier compteur comporte huit perles allant de l’Annonciation aux tentations du Christ au désert (Lc 1,26 à 4,15). Ainsi, l’Annonciation à Marie introduit un fil d’oralité où l’on trouve le Oui de Pierre, le Oui de Lévi, et le Oui des Douze. Le verset du psaume « Voici, je viens » devient alors la parole des disciples, et de chacun de vous, dans votre « annonciation » en quelque sorte.
 

Deuxième lecture (He 10, 4-10)

Frères, il est impossible que du sang de taureaux et de boucs enlève les péchés. Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre. Le Christ commence donc par dire : Tu n’as pas voulu ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché, ceux que la Loi prescrit d’offrir. Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus-Christ a faite de son corps, une fois pour toutes. – Parole du Seigneur.

Saint Paul voit dans le Psaume 40 la voix du Fils éternel qui accepte librement de se livrer à la volonté du Père. Le jour de l’Annonciation est le moment où l’offrande éternelle du Fils prend corps dans le temps.

Ailleurs, les évangélistes soulignent que Dieu « se complait » en Jésus (Mc 1,11 ; Mt 3,17 ; Lc 3,22). La complaisance du Père dans son Fils est une union des volontés. Il était convenable que le Père se complaise aussi en celle qui serait sa mère, bien que d’une manière différente puisque le Père et le Fils sont Un. Marie est pleine de « grâce-bonté [ṭaybūṯā] » (Lc 1,28) ; on devient bon en posant des actes bons, c’est-à-dire entièrement inspirés par la volonté divine. Le Fils de Dieu peut descendre en elle en toute sécurité.

En latin, la vulgate clémentine donne « la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre (virtus Altissimi obumbrabit tibi) » (Lc 1,35). De là, on passa de l’ombre à la nuée qui est signe de la présence divine sur la Tente de la rencontre (Ex 40,34-35 ; Nb 9,18.22), on passera de la nuée au sanctuaire. On dira que Dieu plante sa tente, son enceinte, en Marie, ou que Marie est le sanctuaire de Dieu. Cependant, en araméen, il n’y a ni le mot nuée [ᶜnānā] ni le verbe ombrager [ṭl]. Ceci étant dit, il y a dans la Bible une certaine équivalence entre l’Esprit Saint et la nuée : la nuée guide Israël en marche dans le désert (Nm 10,36) mais Isaïe relit l’histoire en disant : « L’esprit du Seigneur les guidait au repos » (Is 63,14). Dans la Genèse, « l’esprit planait sur les eaux » (Gn 1,2) mais en Jb 38,9 il s’agit de « la nuée ». Ainsi, Marie sur qui descend l’Esprit est comparable à la Tente de la rencontre, dont il est dit que lorsque la nuée la couvrit, la gloire du Seigneur, sa Shekhina, remplissait le lieu (Ex 40,34-35). 

L’Incarnation « supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus-Christ a faite de son corps, une fois pour toutes » (He 10,9-10). « Le sacrifice du Christ est unique, il achève et dépasse tous les sacrifices (cf. He 10,10). Il est d’abord un don de Dieu le Père lui-même : c’est le Père qui livre son Fils pour nous réconcilier avec lui » (CEC 614). « En ceci consiste l’amour: ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés. Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres » (1Jn 4,10-11). « Le sacrifice du Christ est aussi l’offrande du Fils de Dieu fait homme qui, librement et par amour (cf. Jn 15,13), offre sa vie (cf. Jn 10,17-18) à son Père par l’Esprit Saint (cf. He 9,14), pour réparer notre désobéissance. » (CEC 614).

« C’est dans le Christ, et par sa volonté humaine, que la Volonté du Père a été parfaitement et une fois pour toutes accomplie. Jésus a dit en entrant dans ce monde: "Voici, je viens faire, ô Dieu, ta volonté" (He 10,7 Ps 40,7). Jésus seul peut dire : "Je fais toujours ce qui Lui plaît" (Jn 8,29). Dans la prière de son agonie, il consent totalement à cette Volonté : "Que ne se soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne!" (Lc 22,42 cf. Jn 4,34 5,30 6,38). Voilà pourquoi Jésus "s’est livré pour nos péchés selon la volonté de Dieu" (Ga 1,4). "C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du Corps de Jésus Christ" (He 10,10». (CEC 2824).

Je vous propose de goûter au rite romain ancien, dans le Sacramentaire Grégorien, au VIIe siècle (vers 660). Pour cette solennité de l’Annonciation, la prière après la communion était : « Répands ô Père ta grâce en nos âmes ; toi qui à l’annonce de l’ange, nous as révélé l’Incarnation de ton fils, guide-nous par sa passion et par sa croix à la gloire de la résurrection. Par Jésus le Christ notre Seigneur. » (GrH 143, Après la communion) 
C’est maintenant la prière finale de l’angélus…

Saint Augustin contemple le Christ Vérité dans l’esprit de Marie, et le Christ chair dans le sein de Marie : « Il est plus important pour Marie d’être resté disciple du Christ que mère du Christ. Pour cela aussi Marie est bienheureuse, parce qu’elle écouta la parole de Dieu et elle la garda : elle garda davantage la Vérité dans l’esprit que la chair dans le sein maternel. Christ est Vérité, Christ est chair : Christ Vérité dans l’esprit de Marie, Christ chair dans le sein de Marie. » (Discours 72 A)

Ailleurs, saint Augustin écrit : « Il [Jésus] dit : "Les voici, mes frères ; et quiconque aura fait la volonté de mon Père, celui-là est mon frère et ma mère et ma sœur" (Mt 12,46-50). Que nous enseigne-t-il par là, sinon à faire passer notre parenté spirituelle avant notre parenté selon la chair et à tenir les hommes pour heureux non pas du fait qu’ils sont liés par le sang à des justes et à des saints, mais du fait qu’en suivant leur doctrine et leurs exemples, ils deviennent leurs alliés. C’est ainsi que Marie fut plus heureuse de recevoir la foi du Christ que de concevoir la chair du Christ. Car à qui lui disait : "Bienheureux le sein qui vous a porté", le Christ lui-même répondit : "Bien plus heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et l’observent" (Lc 11,27-28). En fin de compte, ses frères, c’est-à-dire ses proches selon la chair qui ne crurent point en lui, à quoi leur a servi cette parenté ? De même, le lien maternel n’eut servi de rien à Marie, si elle n’avait eu plus de bonheur à porter le Christ dans son cœur que dans sa chair. » (De la sainte virginité, 3)

Et le concile Vatican II écrit : « La Vierge Marie en effet, qui, lors de l’Annonciation faite par l’ange, reçut le Verbe de Dieu à la fois dans son coeur et dans son corps, et présenta au monde la vie, est reconnue et honorée comme la véritable Mère de Dieu et du Rédempteur. Rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils, unie à lui par un lien étroit et indissoluble, elle reçoit cette immense charge et dignité d’être la Mère du Fils de Dieu, et, par conséquent, la fille de prédilection du Père et le sanctuaire du Saint-Esprit, don d’une grâce exceptionnelle qui la met bien loin au-dessus de toutes les créatures dans le ciel et sur la terre. » (Lumen Gentium 53)

Évangile (Lc 1, 26-38)

La traduction et le commentaire sont extraits de : Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur (Paris). Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2024. (472 pages).

« 26         Or, le sixième mois, 
l’ange Gabriel fut député de Dieu, vers la Galilée / vers un chef-lieu du nom de Nazareth,
27 auprès d’une vierge / fiancée à un homme du nom de Joseph de la maison de David, 
et le nom de la vierge était / Marie.

28 L’ange entra chez elle, / et lui dit : 
‘Paix [salut] à toi, remplie de grâce, / notre Seigneur est avec toi, bénie d’entre les femmes’.
29 Or elle, lorsqu’elle le vit, / fut prise d’effroi à sa parole ; 
et elle raisonnait / sur ce que signifiait cette salutation. 

30         L’ange lui dit : 
‘Ne crains pas, Marie ; / tu as trouvé grâce en effet auprès de Dieu.
31 Voici en effet, tu seras enceinte, / et tu enfanteras un fils ; 
et tu appelleras son nom : / Jésus.
32 Celui-ci sera grand, / et c’est Fils du Très Haut qu’il sera appelé, 
et il lui donnera, le Seigneur Dieu / le trône de David, son père.
33 Il règnera sur la maison de Jacob / pour toujours
et son règne / n’aura pas de fin’.

34         Marie dit à l’ange : 
‘Comment / adviendra ceci :
car l’homme (le fiancé) / n’est pas connu de moi’.

35 L’ange répondit, / et lui dit : 
‘L’Esprit Saint viendra, / et la Puissance du Très Haut t’envahira, 
c’est pourquoi celui qui sera enfanté en toi / sera saint, 
et c’est Fils de Dieu / qu’il sera appelé.
36 Et voici, Élisabeth, ta parente, / elle aussi est enceinte d’un fils dans sa vieillesse, 
et elle en est dans son sixième mois, / elle qui est appelée la stérile.
37 Parce qu’à Dieu / rien n’est difficile’.

38         Marie dit : 
‘Me voici / la servante du SEIGNEUR  ; 
qu’il me soit fait / selon ta parole !’
Et l’ange partit de chez elle ».

Suggestion de gestes pour la récitation orale
v. 28 : L’ange s’incline en croisant les bras sur sa poitrine.
v. 29 : Marie « prise d’effroi » : ses mains cachent son visage.
v. 30 : « Ne crains pas » : imposer les mains en descendant.
v. 33 : « Il règnera » : geste de tenir un sceptre ; « pour toujours » : un bras s’étend vers le lointain.
v. 35 : Suggérer (bras et regard) la descente du « Fils de Dieu » qui s’incarne. 
v. 38 : « Me voici » : suggérer l’élan généreux de Marie qui s’offre à la volonté divine. 

Le commentaire a été commencé à l’occasion de la première lecture (la conception virginale), du psaume (me voici), et de la deuxième lecture.

Suggestion de gestes pour la récitation orale
v. 28 : L’ange s’incline en croisant les bras sur sa poitrine.
v. 29 : Marie « prise d’effroi » : ses mains cachent son visage.
v. 30 : « Ne crains pas » : imposer les mains en descendant.
v. 33 : « Il règnera » : geste de tenir un sceptre ; « pour toujours » : un bras s’étend vers le lointain.
v. 35 : Suggérer (bras et regard) la descente du « Fils de Dieu » qui s’incarne. 
v. 38 : « Me voici » : suggérer l’élan généreux de Marie qui s’offre à la volonté divine. 

Le commentaire a été commencé à l’occasion de la première lecture (la conception virginale), du psaume (me voici), et de la deuxième lecture.

L’Incarnation

La présence de l’ange Gabriel suggère l’accomplissement de la prophétie des 70 semaines (Dn 9), et donc la venue du Messie. 
« Tu appelleras son nom : Jésus » (Lc 1, 31). Ce nom dérive du verbe hébreu « Yâša’ », sauver. Le nom de Jésus « yešūᶜ » ressemble à la forme courte de Josué, et non pas à sa forme longue « yehôšûᶜa » qui se traduirait « Dieu est son aide ». En Jésus, c’est bien sûr Dieu qui sauve : qui peut sauver-vivifier, sinon l’auteur de la vie ? 
« Celui-ci sera grand, / et c’est Fils du Très Haut qu’il sera appelé, 
et il lui donnera, le Seigneur Dieu / le trône de David, son père »
(Lc 1, 32).
« Celui-ci sera grand » (Lc 1,32), non plus grand en présence du Seigneur comme Jean-Baptiste (Lc 1, 15) mais grand de façon absolue, comme les psaumes l’affirment de Dieu. D’ailleurs, l’ange Gabriel rappelle la prophétie de Nathan à David : « J’établirai à jamais son trône royal. Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils » (2S 7, 13-14), mais il inverse les propositions de manière significative : « Fils du Très-Haut » passe en premier ! Si le trône de David est « donné » à Jésus, c’est au titre de Fils du Très-Haut plus qu’en fonction d’une lignée davidique. 

Dans la Bible, l’idée que Dieu visite son peuple est très présente, c’est le cœur de l’espérance juive, même si le comment ne ressort clairement d’aucune prophétie. Lors de l’Annonciation, Marie dit : « Comment adviendra ceci ? » (Lc 1,34), et…
« L’ange répondit, / et lui dit : 
‘L’Esprit Saint viendra, / et la Puissance du Très Haut t’envahira, 
c’est pourquoi celui qui sera enfanté en toi / sera saint, 
et c’est Fils de Dieu / qu’il sera appelé’ » (Lc 1,35).

L’Esprit Saint, rūḥā d-qūḏšā, qui peut aussi être traduit « l’Esprit du lieu saint », peut prendre un genre soit masculin, soit féminin ; en Lc 1,28 (comme en Lc 3,22), on peut déduire qu’il est au féminin du fait que le verbe auquel il est accordé est au féminin, ce qui empêche toute assimilation au géniteur divin de la mythologie. 
L’ange Gabriel dit que l’Esprit Saint « viendra [tīṯe] » et si ce verbe avait un complément, il signifierait « apporte, donne ». 

L’ange dit ensuite littéralement : « la puissance du Très-Haut t’envahira [racine ng] », mais, avec un complément, ce même verbe signifie « faire descendre » quelque chose ou quelqu’un.

Or il y a implicitement un complément : celui que Marie va enfanter. 

L’enfant « sera saint [qaddīša] », l’adjectif a la même racine que « qūdšā le sanctuaire, la sainteté divine », Dieu est le pur, aucune tache de mal n’est en lui ; Dieu est qaddīšā (Lv 19, 2), et dans le Notre Père, c’est cette racine que l’on retrouve dans « que ton nom sanctifié » (Lc 11, 2) ; Jésus est saint parce qu’il est conçu par l’action de « l’Esprit Saint rūḥā d-qūḏšā ». Et il sera appelé « Fils de Dieu » non pas au sens commun où Israël et son roi étaient déjà appelés « fils de Dieu », mais dans un sens fort et très particulier parce qu’il est conçu par la descente de la puissance du Très Haut (Dieu). 

Si l’on considère que ce Fils est déjà en suspens au début de la phrase comme complément implicite, alors le verbe « tīṯe » signifie que l’Esprit Saint « donnera » ce Fils saint, et le verbe « agen » signifie que le Très Haut « fera descendre » le Fils de Dieu que Marie va enfanter. 

Dieu descend et investit Marie de sa présence. Les titres de Jésus « saint » et « Fils de Dieu » sont à entendre au sens fort du terme.

Le texte grec a pris soin de souligner le mouvement de descente en répétant le préfixe «ἐπι » : Πνεῦμα Ἅγιον ἐπελεύσεται ἐπὶ σὲ καὶ δύναμις ὑψίστου ἐπισκιάσει σοι, littéralement l’Esprit Saint surviendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira.

Peut-on confondre ce mouvement « descendant » avec la croyance païenne en un homme divinisé dans un mouvement « ascendant » ? Pourtant, beaucoup d’universitaires font une telle confusion en affirmant que des communautés auraient inventé la foi en la divinité du Christ – avec un mouvement ascendant typiquement païen –, et comme cela nécessitait du temps, l’évangile dit de « Luc » daterait entre 80 et 85, et aurait été composé dans la langue de ces communautés issues du paganisme : en grec. L’idée d’une telle influence de « païens christianisés » laisse songeur : les apôtres et les premiers papes étaient juifs, le socle hébréo-araméen biblique et cultuel assurait l’unité, en particulier l’unité liturgique (les Indiens desSaint Thomas célèbrent aujourd’hui encore en araméen). 

Quand Philon, juif d’Alexandrie, vint à Rome et y vit l’empereur s’exhiber déguisé en Jupiter, il fut outré. Il écrit dans la Legatio ad Caïum : « Dieu se changerait plutôt en homme que l’homme en Dieu ». Sa réaction est typiquement biblique, où Dieu est « descendu » délivrer son peuple (Ex 3, 8). Et si Philon va jusqu’à envisager qu’un Dieu « se change en homme », c’est certainement parce qu’il avait déjà rencontré des chrétiens, et ce n’est pas la lettre aux Éphésiens de saint Paul qui a inventé de telles idées puisque Philon est mort en 45, donc bien avant. Son expression « se changer en homme » correspond en effet à la manière de parler des premiers milieux juifs chrétiens ‒ on la trouve dans certains apocryphes. 

La foi biblique est à l’opposé des croyances païennes. Oui, c’est Dieu qui descend, et lui seul peut « vivifier ». En face, les croyances païennes ne sont que des ballons de baudruche parce qu’un homme qui, comme Caïus Caligula, se « diviniserait » ne peut être qu’un faux messie qui s’éteint dans la poussière de son palais, ou un modèle qui ne donne pas la vie.

Cf. F . Breynaert, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur. Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2024. (472 pages).

Complément

Les textes liturgiques guident la foi, non sans un profond émerveillement. De manière sobre mais sûre, ces textes orientent vers la joie et la beauté de tout ce qui vient de Dieu.

Rite copte


L’Annonciation est célébrée le 29 barmahât, environ le 7 avril.
L'évènement est tellement important que les Coptes le fêtent aussi chaque 29 des mois égyptiens. L’événement célébré est le fait que Dieu se soit fait homme, sans cesser d'être Dieu, unissant ainsi notre humanité à la vie divine :
« Au moment où Marie donna son consentement pour la conception divine, le Fils unique, la personne de Dieu le Verbe, une des trois personnes éternelles, descendit et d’une manière ineffable pour l’intelligence humaine, habita dans les entrailles de la Vierge : et ainsi, dans le temps il prit d’elle tout ce qui appartient à l’homme en union parfaite [avec la divinité], sans la possibilité d’une future séparation. Ce jour est donc le début de toutes les fêtes. »

Cf. Sinassario 29 barmahât, ed. Forget, in CSCO 67,50-52 texte en arabe ; 90, 51-52s en latin. Gabriele GIAMBERARDINI, Il culto mariano in Egitto, Jerusalem 1974, vol 3, p.46-47
 

Rite romain


Dans le Chronicon Paschale (avant 550), document civil romain, on lit : « Aujourd’hui 25 mars selon le calendrier romain, et selon la tradition des saints docteurs, l’Église de Dieu, catholique et apostolique, célèbre l’Annonciation de Notre Dame, la glorieuse mère de Dieu et toujours Vierge. »
Nous lisons, dans le Sacramentaire Grégorien (vers 660) :

GrH 143, Après la communion :
« Répands ô Père ta grâce en nos âmes ;
toi qui à l’annonce de l’ange, nous as révélé l'Incarnation de ton fils,
guide-nous par sa passion et par sa croix à la gloire de la résurrection.
ar Jésus le Christ notre Seigneur. »

C'est maintenant la prière finale de l'angélus, avant, c’était la prière de post communion.
Il n’y a pas de prière plus synthétique : l'Incarnation, la passion, la Résurrection. À remarquer : "Répands ô Père ta grâce en nos âmes, est bien en lien avec la communion qui remplit nos âmes ; "la grâce" se transforme en "gloire."

Nous lisons, dans le sacramentaire Gélasien, GeV 847-853, substantiellement contemporain du sacramentaire Grégorien : 
       Collecte:
« Exauce-nous, Seigneur, Père saint, Dieu tout puissant et éternel, qui par l'ombre de la grâce divine sur le sein très saint de la bienheureuse Marie, as daigné éclairer le monde entier ; suppliants, nous implorons ta majesté pour que, ce que nous ne sommes pas capables d'obtenir avec nos mérites, nous méritions de l’obtenir avec son aide. »

       Sur les offrandes :
« O Seigneur, nous t’en prions, regarde favorablement les offrandes que nous te présentons en l’honneur de la bienheureuse et glorieuse toujours Vierge Marie, Mère de Dieu, à l'occasion de sa solennité annuelle. Ton Saint Esprit, co-éternel avec toi, a rempli son sein de la splendeur de sa grâce et de sa vérité, qu’il nous purifie avec bienveillance. »

Cf. Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p.304-305
 

Rite byzantin


Le concile in Trullo, en 692 est un concile convoqué par l’empereur Justinien II à Constantinople ; il témoigne que la fête de l’Annonciation était très importante à Constantinople puisque l’on fait pour elle une exception : « En tous jours du carême saint, sauf samedi et dimanche et le jour saint de l’Annonciation, on célèbre les pré-sanctifiés ».

Voici le Tropaire et une strophe des Vêpres composés par saint André de Crête († 740) :

Tropaire : « Aujourd’hui a commencé notre salut et la manifestation du mystère éternel : le Fils de Dieu devient le Fils de la Vierge, et Gabriel annonce la grâce. Avec lui nous crions donc à la Mère de Dieu : Réjouis-toi, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec toi.»

Strophe : « Aujourd’hui c’est heureuse l’annonce de la joie, triomphe des Vierges ; les choses d’ici bas sont en harmonie avec celles d’en haut ; Adam est renouvelé, Ève est libérée de la tristesse passée, et la tente de notre nature, par la divinisation de la substance assumée, est consacrée temple de Dieu. O mystère ! Incompréhensible est le mode de cet abaissement (kénose), ineffable la manière de cette conception. Un ange est employé pour le prodige, un sein virginal accueille le Fils, l’Esprit Saint est envoyé d’en haut ; le Père des cieux se félicite et l’union advient dans une volonté commune. Sauvé en Lui et par Lui, nous unissons nos voix à celle de Gabriel et nous proclamons à la Vierge : "Réjouis-toi, ô pleine de grâce, par toi vient à nous le salut, le Christ notre Dieu, qui en ayant assumé notre nature l’a élevée à la hauteur de la sienne. Prie-le de sauver nos âmes !" »

Cf. Corrado MAGGIONI, Benedetto il frutto del tuo grembo, Due millenni di pietà mariana, Portalupi Editore s.r.l. 2000, p. 79-85, traduction F.Breynaert
 

Rite wisigoth (Espagne antique)


En Espagne la fête de Marie était l’octave avant Noël, le 18 décembre, « Notre Dame de l’ô » parce que les antiennes commençaient avec « ô ! ». Au septième siècle, on refusait une fête le 25 mars en plein carême et proche de Pâques. Les fêtes mariales devaient être proches de Noël (concile de Tolède, 656)

L’« Ilatio » correspond en un certain sens à la préface de la liturgie hispanique qui est une liturgie qui se reconstruit complètement pour chaque fête.
L’Ilatio du deuxième dimanche d’Avent a une grande richesse théologique, spirituelle et poétique. Il met en évidence la syntonie admirable entre l’ange qui promet, la Vierge qui croit, l’Esprit qui agit. La contemplation de Marie comme celle qui croit (cf. Lc 1, 45) fait percevoir l’importance de son rôle dans le salut : elle est la mère du Fils de Dieu Sauveur et l’image de l’Église. La maternité divine de la Vierge, fruit de sa foi et de la grâce de l’Esprit, devient le modèle de la maternité de la Vierge Église.

« Il est juste et digne, convenable et salutaire de proclamer avec émerveillement la venue de notre Seigneur Jésus Christ qui est né parmi les hommes et pour les hommes,
un messager céleste parlait,
sur la terre une Vierge saluée écoutait,
l’Esprit Saint dans le sein vint et créait ;
Ce que l’ange promet, Marie le croit, l’Esprit vrai Dieu coopère,
La certitude suivait l’annonce de l’ange,
La vérité accomplissait la promesse,
Et la vertu, à l’ombre du Très haut,
Apprit à être une virginité féconde.

Voici que tu concevras et que tu enfanteras un fils, annonçait l’ange.
Et comment cela se fera-t-il ? répondit Marie.
Mais elle répondit en le croyant et non pas en doutant,
Remplie de l’Esprit Saint parce que l’ange l’assura.

Vierge avant de concevoir, toujours Vierge après l’enfantement,
Elle a conçue son Dieu dans son esprit avant de le concevoir en son sein.
Elle, la première, a reçue le sauveur du monde,
Et pour cela elle est la vraie Mère du fils de Dieu.
C’est lui qu’adorent les anges, les trônes, les dominations et les puissances, en disant : » 

Le missel actuel s’en est inspiré : « Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce ; toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ notre Seigneur. C’est lui qui pour sauver les hommes devait naître parmi les hommes ; c’est lui que l’ange annonce à la Vierge Immaculée et qu’à l’ombre de l’Esprit Saint elle accueille par la foi ; Lui qu’elle porte avec tendresse dans sa chair. (…) » (Préface du 25 mars, missel romain, Paul VI)
 

Rite arménien


Le 7 avril pour les orthodoxes, le 25 mars pour les catholiques.
Le synode de Sis de 1345 a montré que sur la maternité divine de Marie, sur sa plénitude de grâce, mais aussi sur sa coopération à l’œuvre du salut se fonde sa médiation des grâces : « En ayant porté dans ses bras celui devant qui tremblent de crainte les esprits célestes, elle est celle qui intercède perpétuellement pour le monde, pour toutes les nations qui la célèbrent, la dispensatrice des grâces aux assoiffés, qui joint parmi eux le droit et la grâce. » Elle est « notre réconciliation », « la médiatrice entre la vie divine et humaine ».

G. GHARIB e altri, I Testi mariani del I millenario, vol IV, Roma, 1991.

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Date de dernière mise à jour : 22/01/2026