29 avril. Ste Catherine de Sienne, vierge et docteur de l'Eglise

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Première lecture (Ac 12,24 – 13,5)

Psaume (66 (67), 2-3, 5, 7-8)

Évangile (Jn 12, 44-50)

 

Première lecture (Ac 12,24 – 13,5) 

« En ces jours-là, la parole de Dieu était féconde et se multipliait. Barnabé et Saul, une fois leur service accompli en faveur de Jérusalem, s’en retournèrent à Antioche, en prenant avec eux Jean surnommé Marc. Or il y avait dans l’Église qui était à Antioche des prophètes et des hommes chargés d’enseigner : Barnabé, Syméon appelé Le Noir, Lucius de Cyrène, Manahène, compagnon d’enfance d’Hérode le Tétrarque, et Saul. Un jour qu’ils célébraient le culte du Seigneur et qu’ils jeûnaient, l’Esprit Saint leur dit : « Mettez à part pour moi Barnabé et Saul en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés. » Alors, après avoir jeûné et prié, et leur avoir imposé les mains, ils les laissèrent partir. Eux donc, envoyés par le Saint-Esprit, descendirent à Séleucie et de là s’embarquèrent pour Chypre ; arrivés à Salamine, ils annonçaient la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. Ils avaient Jean-Marc comme auxiliaire ». – Parole du Seigneur.

Tout commence par une affirmation forte : « la parole de Dieu était féconde et se multipliait ». Ce n’est pas d’abord l’action humaine qui est mise en avant, mais la vitalité propre de la Parole. Les premiers chrétiens mémorisaient les évangiles qui ont été composés pour cela. Cette parole contient en elle-même sa propre fécondité. Elle se multiplie parce qu’elle est transmise oralement par cœur, de cœur à cœur. Il ne s’agit pas seulement d’une parole humaine, mais de la parole de Dieu, le Verbe de Dieu, le Fils du Père, une personne vivante, présente et agissante.

« Ils célébraient le culte du Seigneur et jeûnaient ». La mission naît du culte. C’est dans la prière et l’ascèse que l’Esprit Saint parle. L’envoi de Barnabé et de Saul n’est pas une initiative personnelle, ni un projet politique : c’est une mise à part opérée par l’Esprit Saint. L’imposition des mains manifeste que la mission est ecclésiale, reconnue et portée par la communauté. Enfin, ils partent. L’Église est envoyée, elle ne reste pas centrée sur elle-même.

Sainte Catherine de Sienne est née le 25 mars 1347 à Sienne, en Toscane, et elle est morte le 29 avril 1380 à Rome. Elle n’avait que trente-trois ans. Elle se comprend aussi comme « envoyée » : elle écrit aux papes, aux cardinaux, aux princes. Son engagement politique et ecclésial découle d’une expérience intérieure, d’un dialogue profond avec le Seigneur. Elle très engagée dans les affaires de l’Église de son temps.

Quand Clément V fut élu pape en l’an 1305, Rome était une ville au prise avec la violence, c’est pourquoi il s’installa à Avignon, proche du royaume de France mais juridiquement hors de son territoire direct. Sainte Catherine de Sienne a joué un rôle important dans le retour du pape d’Avignon (Grégoire XI) à Rome en l’an 1377. Il meurt à Rome l’année suivante. Les cardinaux élisent Urbain VI, mais une partie d’entre eux conteste cette élection et élit un autre pape, Clément VII, qui s’installe à Avignon. C’est ainsi que commence le Grand Schisme qui durera jusqu’en l’an 1417.

Sainte Catherine de Sienne a été proclamée docteur de l’Église le 4 octobre 1970 par Paul VI. Cette reconnaissance souligne l’importance théologique et spirituelle de ses écrits, et fait d’elle l’une des premières femmes à recevoir ce titre. Elle a ensuite été déclarée patronne de l’Europe le 1er octobre 1999 par Jean-Paul II, en même temps que sainte Brigitte de Suède et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Édith Stein).

                      

Voici quelques extraits des Oraisons de sainte Catherine de Sienne.

Oraison II : « Je te prie [Seigneur] de diriger vers toi le cœur et la volonté des ministres de la sainte Église ton épouse ; qu’ils te suivent, toi, agneau égorgé, pauvre, humble et doux, sur la voie de la très Sainte-Croix, à ta façon et non à leur façon. »

Oraison VII : « Et vous, mes très doux fils, étant maintenant engagés, le temps est venu de vous fatiguer pour l’Église du Christ, vraie mère de notre foi ; et pour cela je vous conforte, vous, déjà plantés dans cette Église, que vous soyez comme ses colonnes, et que tous nous nous fatiguions dans ce jardin de la foi salutaire, avec la ferveur de l’oraison et des actions, ayant écrasé l’amour propre et toute paresse, afin que nous fassions parfaitement la volonté de Dieu éternel ; il nous a appelés pour cela pour notre salut et celui du prochain, et par l’union de cette même Église en laquelle est le salut de nos âmes. »

Oraison XII : « Qu’ils marchent virilement par la voie du Verbe, avec sollicitude et un ardent amour procurant ton honneur et le salut des âmes, et pour cela supportant patiemment tourments et opprobres, reproches, qu’ils leur soient faits par quiconque ; avec ces peines finies, tu veux donner réconfort à leur désir infini, c’est à dire exaucer leurs prières et accomplir leur désir. Mais s’ils souffraient seulement dans leur corps, dans le désir susdit, cela ne suffirait ni à eux ni aux autres, de même que la passion dans le Verbe, sans la vertu de la déité, n’aurait pas satisfait au salut de la génération humaine. Ô excellent remédiateur, donne-nous donc à nous ces Christs qui vivent continuellement en veilles, en larmes et en oraisons pour le salut du monde. »

Oraison XX : « Et si je crie à toi pour tout le monde en général, spécialement je crie pour ton vicaire et pour ses colonnes, et pour tous ceux que tu m’as donnés pour que je les aime d’un singulier amour : bien que je sois infirme, je veux les voir sains ; bien que je sois imparfaite par mes défauts, je veux les voir parfaits ; et bien que je sois morte je veux les voir vivants en ta grâce. »

L. PORTIER, Catherine de Sienne, Les oraisons, Cerf, Paris, 1992

Voici quelques extraits du Dialogue de sainte Catherine de Sienne :

Jésus lui parle des prêtres : «§ 113 En toute âme Je demande pureté et charité, l’amour de moi et du prochain, et de subvenir au besoin du prochain, comme elle le peut, l’assistant dans l’oraison et restant dans la dilection de la charité.

Mais beaucoup plus Je demande à mes ministres pureté et amour pour moi et pour leur prochain, distribuant le corps et le sang de mon Fils unique avec ardeur de charité et faim du salut des âmes pour la gloire et la louange de mon nom. […].

Parce que s’ils sont cruels envers eux par une faute, ils sont cruels pour l’âme de leur prochain parce qu’ils ne leur donnent pas un exemple de vie, et ne se soucient pas de tirer les âmes des mains du démon […].

§ 114. Je veux qu’ils soient larges et non avares […] ce que en don et largesse de charité ils ont reçu de ma bonté, ils doivent donner, le cœur large et par sentiment d’amour pour l’honneur de mon nom et le salut des âmes, charitablement, à toute créature douée de raison qui humblement demanderait. […].

§ 116 Toute révérence qu’on a pour eux n’est pas pour eux mais pour moi, par la vertu du sang que Je leur ai donné à distribuer. »

(Ste Catherine de Sienne, Le dialogue, Cerf, Paris, 1992, p. 206s)

Psaume (66 (67), 2-3, 5, 7-8)
 

« Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s’illumine pour nous ; et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations.
Que les nations chantent leur joie, car tu gouvernes le monde avec justice ; tu gouvernes les peuples avec droiture, sur la terre, tu conduis les nations.
La terre a donné son fruit ; Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse, et que la terre tout entière l’adore ! »

Ce psaume chante la providence divine, pour le monde et les nations, et pour chacun de nous en particulier.

Sainte Catherine de Sienne met en garde contre l’orgueil humain qui nous empêche de comprendre le chemin du Seigneur :

« Ils disent, en se trompant eux-mêmes, trompés par leur propre volonté : Moi je voudrais cette consolation et non pas ces batailles et ces tracasseries du démon ; non pas pour moi, bien sûr, mais pour plaire et pour être davantage à Dieu, car je crois le posséder mieux de cette manière que de l’autre. Voilà comment, souventes fois, la peine se mue en tristesse et comment on ne peut plus se souffrir soi-même. Voilà comment ils nuisent à leur perfection. […] Car s’ils étaient véritablement humbles, ils sauraient que la suprême et douce vérité [c’est-à-dire le Christ] donne la condition, le temps, le lieu, les consolations et les tribulations selon les exigences de notre salut et l’accomplissement de cette perfection à laquelle notre âme est appelée. Ils verraient que toute chose nous est donnée par amour et donc avec amour. »

À l’inverse, sainte Catherine de Sienne exalte ceux qui croient humblement : « Tout ce que Dieu permet, ils l’acceptent avec un grand respect, se jugeant encore indignes de ces peines, de ces scandales et de ce manque de consolation. […] Ceux-là ont dans la lumière, connu et guetté l’éternelle volonté de Dieu qui ne veut que notre bien et que notre sanctification : c’est pourquoi Dieu la leur donne. » (Ste Catherine de Sienne, Le livre des dialogue, Paris, Seuil 1953, Lettre 64, p. 781)

« Toutes les persécutions que le monde et les démons peuvent leur susciter, toutes s’écoulent sous leurs pieds : ils sont dans l’eau, mais, suspendus aux branches de l’ardent désir, ils ne se noient pas. Ceux-là se réjouissent de toute chose, ils ne jugent ni les serviteurs de Dieu ni aucune créature. Bien mieux, ils se réjouissent de toutes les situations et de tous les moyens en disant : Loué sois-tu, Père suprême qui dans ta demeure as plusieurs maisons. Et ils se réjouissent plus de voir qu’il y a plusieurs chemins que de voir tous les hommes suivrent le même, car c’est ainsi qu’ils voient mieux se manifester la grandeur et la bonté de Dieu. » (Ibid. Lettre 64, p. 784)

Saint Jean-Paul II expliquait :

« L’Esprit de Dieu est divin sous tous les aspects. Il ne s’agit pas d’une réalité que l’homme peut conquérir par ses propres forces, mais d’un don qui vient d’en-haut : on ne peut que l’invoquer et l’accueillir. Infiniment différent par rapport à l’homme, l’Esprit est communiqué avec une gratuité totale à ceux qui sont appelés à collaborer avec lui dans l’histoire du salut. Et lorsque cette énergie divine rencontre un accueil humble et disponible, l’homme est arraché à son égoïsme et libéré de ses peurs, et dans le monde fleurissent l’amour et la vérité, la liberté et la paix.

Un autre trait de l’Esprit de Dieu est la puissance dynamique qu’il révèle en intervenant dans l’histoire. […] La conception biblique du "ruaH" indique une énergie suprêmement active, puissante, irrésistible : l’Esprit du Seigneur, — comme nous le lisons dans Isaïe — est comme un torrent débordant (Is 30,28). C’est pourquoi lorsque le Père intervient à travers son Esprit, le chaos se transforme en cosmos, la vie éclate dans le monde et l’histoire se remet en route. » (Audience du 13 mai 1998)

Quand Dieu a créé le monde, il a un plan, un projet de nous rendre heureux et saints, participants de sa vie divine. Et chacun est important – chaque cœur qui s’est converti et qui est devenu instrument de paix dans le monde. Les groupes de prière sont forts et à travers eux l’Esprit Saint agit dans le monde. Peut-être parmi vous, certains sont malades, sachez aussi que « les forces du mal seront désarmées par le sacrifice des faibles et des malades, unis au mystère pascal du Christ Rédempteur. » (Jean-Paul II, homélie du 11 février 1994, §5)

Ce temps est un temps de grandes grâces, mais aussi un temps de grandes épreuves pour tous ceux qui veulent suivre le chemin de la paix, qui est aussi vérité, et pardon. « Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s’illumine pour nous ; et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations. »

L’évangélisation du monde par la première génération a été fulgurante. Et le jugement de ceux qui n’acceptent pas son règne aurait pu venir très rapidement. Mais Jésus a annoncé la venue de faux messies (Lc 21,8) et saint Cyrille de Jérusalem (Fragment 318) dit qu’ils viendront « en s’appliquant à eux-mêmes son visage [prosôpon] », c’est-à-dire en opérant une contrefaçon du christianisme, ils porteront le masque du Christ. On les appelle des antichrists. Sortis de la communauté chrétienne (1Jn 2,18-19), ils sont porteurs de déformations de l’évangile (par les gnoses et par les messianismes) de sorte que le jugement ne peut plus se faire uniquement pour ou contre Jésus, parce qu’une grande partie des hommes n’auront pas à accès à une vraie connaissance de Jésus. Logiquement, un unique Antichrist (2Th 2) devra un jour se manifester mondialement, pour que le jugement du monde puisse aussi se faire pour ou contre l’Antichrist.

En attendant, quels que soient les conflits que le monde traverse, le chrétien doit penser que les guerres auront une fin, et que viendra un temps de paix, quand Jésus reviendra dans la gloire : il anéantira l’Antichrist et ses suppôts, tous les semeurs de troubles qui font tomber les autres, et quand il instaurera son règne, un règne de Paix. « Que les nations chantent leur joie, car tu gouvernes le monde avec justice ; tu gouvernes les peuples avec droiture, sur la terre, tu conduis les nations. »

Ne soyez ni anxieux, ni inquiets. Dieu vous aidera et vous montrera la voie.

« La terre a donné son fruit ; Dieu, notre Dieu, nous bénit. » Ce verset peut s’entendre au niveau agricole, il doit encore s’entendre à l’accomplissement des temps, comme nous le fait entendre la fin du livre de l’Apocalypse. Le fruit de la terre, ce sera alors l’ensemble de l’humanité entièrement sanctifiée et glorifiant le Créateur.

« Que Dieu nous bénisse, et que la terre tout entière l’adore ! »

Adorer un être humain est affolant, parce que cela ne peut produire qu’une oppression, un enfermement. Mais adorer Dieu est exaltant, parce que c’est se connecter à la source de la vie qui est pour toujours.  Amen !

Évangile (Jn 12, 44-50)

 La traduction est extraite de : Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Jean, traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. Parole et Silence 2026

« 44 Or Jésus cria / et dit :
‘Qui croit en moi, / ce n’est pas en moi qu’il croit, mais en qui m’a envoyé.
45 Et qui me voit, / voit qui m’a envoyé !
46 Moi, la lumière, / je suis venu pour le monde ;
afin que quiconque croit en moi, / ne demeure pas dans la ténèbre ! 

47 Et qui écoute mes paroles / et ne les garde pas,
moi, / je ne le juge pas. 
Je ne suis pas venu, en effet, / pour juger le monde,

mais afin / que je vivifie le monde.
48 Qui me renie et n’accueille pas mes paroles / a celui qui le juge :
la parole dont je parle, / c’est elle qui le juge au jour dernier !

49 Moi, de moi-même, / je ne parle pas,
mais le Père qui m’a envoyé, / Lui m’a donné le Commandement,
ce que je dirai / et ce dont je parlerai ;
50 et je sais que son Commandement / est Vie qui est pour toujours !

Ces choses, par conséquent, / dont je parle,
comme Mon Père me [les] a dites / c’est ainsi que j’[en] parle !
 »

Malgré « les signes » de Jésus, et l’on pense notamment à la résurrection de Lazare, les gens ne crurent pas (Jn 12,37). Comme si les Juifs étaient sourds, Jésus répète ce qu’il leur a déjà dit (en Jn 5,36-37 ; en Jn 7,16.29 et en Jn 10,38 perles 2F, 3F, 4F) et Jésus va maintenant le crier :

« 44 Or Jésus cria / et dit :
‘Qui croit en moi, / ce n’est pas en moi qu’il croit, mais en qui m’a envoyé.
45 Et qui me voit, / voit qui m’a envoyé ! » (Jn 12,44-45).

S’il crie, c’est encore par amour, comme Sauveur :
« Je ne suis pas venu, en effet, / pour juger le monde,
mais afin / que je vivifie le monde. » (Jn 12,47).

En particulier, Jésus n’est pas venu pour condamner les chefs, mais pour les vivifier, c’est-à-dire pour les aider à gouverner, dans la vérité et dans la paix.

« 48 Qui me renie et n’accueille pas mes paroles / a celui qui le juge :
la parole dont je parle, / c’est elle qui le juge au jour dernier ! »

« C’est pourquoi autrement seront jugés ceux qui n’auront pas entendu sa parole ; autrement seront jugés ceux qui l’auront entendue et méprisée. » (St Augustin sur Jean, Traité 54)

À l’heure de la mort, les âmes sont maintenant punies ou récompensées, mais pour ce qui est de la résurrection finale, c’est-à-dire incluant la résurrection du corps, un jugement aura lieu au « jour dernier » pour tenir compte des conséquences des actions dans le cours du temps. En effet, explique saint Thomas d’Aquin, l’homme « peut se survivre 1 Dans la mémoire des autres hommes […] - 2 Dans ses enfants - 3 Dans les conséquences de ses actes. Ainsi, par l’imposture d’Arius et des autres mauvais guides, l’infidélité se répand-elle jusqu’à la fin du monde. Et jusqu’alors aussi, la foi progresse à cause de la prédication des Apôtres - 4 Dans son corps. - 5 Dans des réalités ou l’homme a mis son affection, comme par exemple en certains biens temporels […] Or, tout cela est soumis à l’appréciation du jugement divin. Et voilà pourquoi l’on ne peut, sur toutes ces choses, porter de jugement définitif et public tant que le cours de ce temps se poursuit. Il suit de là qu’un jugement final est nécessaire : tout ce qui appartient à chaque homme, en quelque manière que ce soit, sera alors jugé d’une façon définitive et manifeste. » (III Tertia Pars Qu.59 a.5)

Jésus est lumière pour le monde (v. 46) en montrant l’exemple d’une adéquation au divin vouloir :

 « 49 Moi, de moi-même, / je ne parle pas,
mais le Père qui m’a envoyé, / Lui m’a donné le Commandement,
ce que je dirai / et ce dont je parlerai ;
50 et je sais que son Commandement / est Vie qui est pour toujours !
Ces choses, par conséquent, / dont je parle,
comme Mon Père me [les] a dites / c’est ainsi que j’[en] parle ! » (Jn 12, 49-50).

Il y a là un thème important de l’enseignement de Jésus. C’est l’adéquation au divin vouloir qui est lumière et qui restaure la vie, l’équilibre, l’harmonie de tout ce qui concerne l’homme à la ressemblance avec son Créateur.

Dans mon livre Françoise BREYNAERT, Jean, l’évangile en filet. L’oralité d’un texte à vivre. (Préface Mgr Mirkis – Irak) Éditions Parole et Silence. Paris, 8 décembre 2020. 477 pages, j’explique que ce passage fait partie du dernier fil vertical, un fil méditatif sur le thème : Jésus révèle le Père.

Isaïe avait dit : « ton Créateur est ton Epoux » (Is 54, 5). Jean-Baptiste écoutait en Jésus la voix de « l’époux » (Jn 3,29 perle 1F) auquel le Père a tout remis pour accomplir les noces de l’Alliance. L’Église contemple dans le cœur ouvert de Jésus (perle 7F) le cœur du Christ époux.

Jésus témoigne de « Celui qui l’a envoyé », c’est un refrain de ce fil (Jn 5,38 perle 2F ; Jn 7,28.38 perle 3F ; Jn 12,45 perle 5F) qui pourrait s’entendre au niveau de Moïse si Jésus n’avait dit aussi : « Je m’en vais / auprès de Celui qui m’a envoyé.» (Jn 7,33 perle 3F). Tout le fil souligne l’ineffable union du Fils avec le Père : « Le Père est en Moi et Moi dans le Père » (Jn 10,38 perle 4F). « Ouvertement, je vous découvrirai ce qu’il en est du Père » (Jn 16,25 perle 6F). Et c’est sur la Croix que tout est accompli et livré (Jn 19,30), c’est-à-dire cette révélation du Père, ses noces de l’Alliance. À l’heure de la Croix, le Père est révélé, au sens où son essence, qui est justice et amour, se dévoile. Et quel amour ! Le coup de lance révèle, par le sang et l’eau (Jn 19,34 perle 7F), la déchirure du myocarde qui a causé la mort du Christ : la mort d’amour ! Cette révélation met fin au désordre dans la création puisqu’elle permet à l’homme de revenir au Père, d’accueillir sa volonté divine et de correspondre au dessein du Créateur.

La tradition assimile au Christ le rocher frappé par Moïse qui devint une source (Ex 17,6), mais le livre de l’Exode distingue le rocher et Dieu qui se tient « sur le rocher » (Ibid.), de sorte que rien n’empêche de dire que la source est un don du Père. Au calvaire, l’eau et le sang sont ceux du Christ (Jn 19,34 perle 7F), mais ils désignent le don du Père que l’on a aussi frappé en la personne de son Fils. D’ailleurs, quand « l’Écriture qui dit : ‘Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé.’» (Jn 19,37), l’oracle dans le texte hébreu dit : « Ils regarderont vers Moi qu’ils ont transpercé » (Za 12,10), ce qui peut encore suggérer que c’est le Seigneur Dieu lui-même qui a été atteint en la personne de son porte-parole.

Le but du Temple est d’établir la communication entre Dieu et les hommes. Les prêtres offrent à la divinité le sacrifice venant des hommes. Le Grand-Prêtre offre aux hommes la révélation de Dieu, l’instauration divine qui donne vie au monde. Jésus révèle le Père : il est « Le Grand-Prêtre » parfait. La connaissance du Père se déploie dès maintenant dans la vie quotidienne, à travers la manière dont le Père exauce les prières du disciple (« Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon Nom, il vous [le] donnera. » (Jn 16,23 perle 6F), et jusqu’à ce que Jésus revienne (Jn 21,22 perle 8F).

Date de dernière mise à jour : 05/03/2026