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23 et 24 juin Nativité de saint Jean Baptiste

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30.
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Messe de la veille au soir (23 juin)
Psaume (Ps 70 (71), 1-2, 5-6ab, 7-8, 15ab.17)
Deuxième lecture (1 P 1, 8-12)
Psaume (Ps 138 (139), 1-2.3b, 13-14ab, 14c-15ab)
Deuxième lecture (Ac 13, 22-26)
Messe de la veille au soir (23 juin)
Première lecture (Jr 1, 4-10)
Au temps du roi Josias, la parole du Seigneur me fut adressée : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. » Et je dis : « Ah ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je suis un enfant ! » Le Seigneur reprit : « Ne dis pas : “Je suis un enfant !” Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai ; tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras. Ne les crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer – oracle du Seigneur. » Puis le Seigneur étendit la main et me toucha la bouche. Il me dit : « Voici, je mets dans ta bouche mes paroles ! Vois : aujourd’hui, je te donne autorité sur les nations et les royaumes, pour arracher et renverser, pour détruire et démolir, pour bâtir et planter. » – Parole du Seigneur.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’antériorité de l’amour de Dieu. Il n’intervient pas tardivement dans la vie humaine : il est à l’origine. Il connaît, il choisit, il consacre. Et cette initiative n’est pas écrasante, elle est profondément bienveillante. Elle dit que la vie n’est pas laissée au hasard, mais qu’elle est voulue, portée, appelée. En ce jour où nous fêtons Jean-Baptiste, nous contemplons d’abord un Dieu Père qui précède toute réponse humaine par son amour : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ». Jean-Baptiste, comme Jérémie, est choisi avant même de naître : il tressaille dans le sein de sa mère le jour où Marie, la mère de Jésus, vient dans sa maison. Cela montre que la vocation n’est pas une initiative humaine, mais une réponse à un appel de Dieu qui précède tout. Et cela vaut pour chacun de nous.
Chacun de nous a une certaine mission en ce monde, chacun a un appel. Ainsi, notre vie n’est pas suspendue dans le vide, nous sommes invités à la vivre comme une réponse à cet appel personnel, et nous sommes portés par Dieu, notre créateur, qui nous a précédés. Il est bon de se savoir porté et accompagné dans ce que nous faisons.
La réaction de Jérémie, « je ne sais pas parler, je suis un enfant », se retrouve d’une certaine manière dans l’humilité de Jean-Baptiste.
« 15 Or, comme le peuple imaginait au sujet de Jean / et que tous faisaient des raisonnements en leur cœur,
que peut-être, / c’était lui, le Messie…
16 Jean répondit / et leur dit :
‘Voici que moi, je vous immerge / dans les eaux.
Or, il vient, / celui qui est plus puissant que moi !
Celui dont je ne suis pas digne / de délier les courroies de ses sandales !
Lui, il vous immergera / dans l’Esprit Saint et le feu » (Lc 3,15-16).
Lorsque Dieu dit à Jérémie : « Ne les crains pas, car je suis avec toi », on retrouve une autre dimension essentielle de la mission de Jean-Baptiste : le courage. Dans Luc 3, 19-20, il est dit que Jean-Baptiste reprochait à Hérode ses actions mauvaises, notamment son mariage illégitime avec Hérodiade. C’est à cause de cela qu’Hérode le fait emprisonner. Le récit de sa mort est plus développé dans l’Évangile selon saint Marc 6, 17-29, où l’on voit clairement que cette dénonciation lui coûte la vie.
Jésus annoncera aux disciples qu’ils seront persécutés, mais il leur dira aussi de ne pas avoir peur.
« Deux moineaux / ne sont-ils pas vendus pour un sou ?
Et pas un d’entre eux, sans votre Père, / ne tombe à terre » (Mt 10,29).
Il n’y a pas de volonté du Père dans la mort ou la chute de personne. Le Père connaît ou accompagne même les oiseaux dans leur vie et leur mort, mais il ne veut la mort de personne (Sg 2,23).
« 30 Quant à vous, même les cheveux de votre tête, / sont tous comptés ![1]
31 Par conséquent n’ayez pas peur : / vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. » (Mt 10,30-31).
Le geste où Dieu « touche la bouche » de Jérémie est très fort. Il signifie que la parole du prophète ne vient pas de lui-même, mais de Dieu. Jean-Baptiste est entièrement au service d’un message qui le dépasse, annonçant la venue du Christ.
Enfin, la mission confiée – « arracher et renverser… bâtir et planter » (v. 10) – peut sembler violente, mais elle exprime en réalité une œuvre de transformation. Jean-Baptiste est à la fois celui qui dérange et celui qui prépare un renouveau. Jean-Baptiste commence sa prédication par une parole très rude : « Engeance de vipères ! » Il dénonce une sécurité illusoire : se croire sauvé simplement parce qu’on est descendant d’Abraham. Il dit clairement (Lc 3, 8) que Dieu peut susciter des enfants d’Abraham à partir des pierres. Autrement dit, l’appartenance religieuse ou sociale ne garantit rien. Jean-Baptiste « arrache et renverse » (comme Jérémie) en détruisant les illusions religieuses, morales ou sociales. Il appelle alors à une conversion concrète : partager avec celui qui n’a rien, ne pas abuser de son pouvoir, agir avec justice, ce qui est « bâtir et planter » (v. 10)
Jean-Baptiste annonce celui qui baptisera dans l’Esprit Saint et le feu (Lc 3, 16-17). Il prépare les cœurs à accueillir quelque chose de nouveau, l’action de Dieu en Jésus ; sans lui, le cœur reste fermé ; grâce à lui, il devient disponible à la nouveauté de Dieu.
Dans la ligne du Livre de Jérémie 1, 10 (« arracher et renverser, bâtir et planter »), on découvre un Dieu qui ne se contente pas d’appeler : il transforme en profondeur pour conduire à la vie véritable. Cette dynamique n’est pas destructrice, mais paternelle. Elle enlève ce qui étouffe pour faire advenir ce qui fait vivre.
Pour finir, saint Louis-Marie de Montfort reprend presque mot pour mot le mouvement de Jérémie 1,10, quand il demande à la mère de Jésus : « Je vous supplie […] de détruire et déraciner [en moi] et d’y anéantir tout ce qui déplait à Dieu, et d’y planter, d’y élever et d’y opérer tout ce qui vous plaira. Et que la lumière de votre foi dissipe les ténèbres de mon esprit ; que votre humilité profonde prenne la place de mon orgueil. » (Secret de Marie § 68). Jérémie, à travers les événements de l’histoire, a aidé son peuple à développer des racines d’humilité et de foi profonde sans limiter Dieu à ce qui en a été compris jusque-là. De même Marie, à travers notre histoire personnelle ou collective, jette dans les cœurs des racines d’humilité et de foi profonde. Montfort voit Marie comme une éducatrice intérieure qui participe à l’œuvre divine : elle ne remplace pas Dieu le Père, elle en est comme le reflet maternel. Elle “travaille” les cœurs pour les disposer à l’action de Dieu, sans limiter Dieu à ce qui en a été compris jusque-là.
Psaume (Ps 70 (71), 1-2, 5-6ab, 7-8, 15ab.17)
En toi, Seigneur, j’ai mon refuge : garde-moi d’être humilié pour toujours. Dans ta justice, défends-moi, libère-moi, tends l’oreille vers moi, et sauve-moi. Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance, mon appui dès ma jeunesse. Toi, mon soutien dès avant ma naissance, Tu m’as choisi dès le ventre de ma mère. Pour beaucoup, je fus comme un prodige ; tu as été mon secours et ma force. Je n’avais que ta louange à la bouche, tout le jour, ta splendeur. Ma bouche annonce tout le jour tes actes de justice et de salut. Mon Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse, jusqu’à présent, j’ai proclamé tes merveilles.
Ce psaume peut être lu comme la prière intérieure de Jean-Baptiste, dont toute l’existence est placée sous le signe d’un appel de Dieu dès avant la naissance.
Dès les versets 1-2, on entend une confiance radicale en Dieu. Cette attitude correspond bien à Jean-Baptiste, dont toute la mission repose sur Dieu seul. Il ne s’appuie ni sur un statut, ni sur une reconnaissance sociale, mais uniquement sur Celui qui l’envoie. « En toi, Seigneur, j’ai mon refuge : garde-moi d’être humilié pour toujours. Dans ta justice, défends-moi, libère-moi, tends l’oreille vers moi, et sauve-moi. »
Le verset 5 (« Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance, mon appui dès ma jeunesse ») prend un relief particulier lors de la fête de Jean-Baptiste, qui, dès son enfance, est « rempli de l’Esprit Saint » (Lc 1, 15). Ce qui frappe d’abord, c’est l’antériorité de l’amour de Dieu: il est à l’origine. Il connaît, il choisit, il consacre. Et cette initiative n’est pas écrasante, elle est profondément bienveillante. Elle dit que la vie n’est pas laissée au hasard, mais qu’elle est voulue, portée, appelée. Fêter Jean-Baptiste, c’est donc contempler un Dieu Père qui précède toute réponse humaine par son amour.
La suite est encore plus explicite : « Toi, mon soutien dès avant ma naissance, tu m’as choisi dès le ventre de ma mère » (v. 6). Cette parole trouve un écho direct dans le récit de la visitation (Lc 1, 41-44), lorsque Jean-Baptiste, tressaille dans le sein d’Élisabeth à la rencontre du Christ. Comme pour Jérémie, mais de manière encore plus visible, la vocation de Jean précède sa naissance et s’exprime déjà en elle.
Au verset 7 (« Pour beaucoup, je fus comme un prodige ; tu as été mon secours et ma force »), on peut penser à la réaction des foules face à Jean-Baptiste. Selon Lc 3, 15, tous se demandent s’il ne serait pas le Christ. Sa personne intrigue, dérange, attire : il est un signe. Mais ce « prodige » ne vient pas de lui-même ; il renvoie à Dieu, « mon secours et ma force ».
Le verset 8 (« Je n’avais que ta louange à la bouche, tout le jour, ta splendeur ») correspond parfaitement à l’attitude de Jean-Baptiste. Toute sa parole est orientée vers Dieu. Il ne parle pas pour lui-même, mais pour annoncer un autre. Sa prédication est une louange en acte, puisqu’elle prépare les cœurs à accueillir le Seigneur. Jean-Baptiste ne cherche pas à durer ni à retenir l’attention, mais à conduire entièrement vers le Christ.
Le verset 15 (« Ma bouche annonce tout le jour tes actes de justice et de salut ») résume admirablement sa mission. Jean-Baptiste proclame une justice exigeante – appel à la conversion, dénonciation du péché – mais aussi une annonce de salut : « Voici venir plus fort que moi ». Il tient ensemble ces deux dimensions, comme les prophètes avant lui, notamment dans le Livre d’Isaïe.
Enfin, le verset 17 (« Mon Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse, jusqu’à présent, j’ai proclamé tes merveilles ») montre que toute la vie de Jean-Baptiste est une continuité dans la fidélité. « Or, l’enfant grandissait, et se fortifiait en Esprit. Et il était dans les terres désolées, jusqu’au jour de sa manifestation devant Israël » (Lc 1, 80). L’Évangile selon saint Matthieu 3, 4 précise même son mode de vie austère, signe qu’il met réellement Dieu au centre. On peut relier cela au verset 1 du psaume : « En toi, Seigneur, j’ai mon refuge » — Jean vit concrètement cette dépendance.
Comme le souligne saint Augustin, Jean-Baptiste est la voix fidèle qui ne se détourne pas de ce qu’elle a reçu : il transmet ce que Dieu lui a appris, sans rien garder pour lui.
Ainsi, ce psaume éclaire la figure de Jean-Baptiste comme celle d’un homme entièrement saisi par Dieu dès l’origine, soutenu tout au long de sa vie, devenu signe pour les autres, et dont la parole n’est rien d’autre qu’une proclamation incessante des œuvres de Dieu.
Le psaume ne décrit pas seulement Jean-Baptiste : il dessine une manière de vivre la foi.
Saint François d’Assise, par exemple, a lui aussi choisi une forme de « désert » en quittant toute richesse pour vivre dans la pauvreté radicale. Comme Jean-Baptiste, il dérange les sécurités de son époque, mais pour ouvrir à une joie nouvelle fondée sur l’Évangile.
Comme Jean-Baptiste, saint Dominique est un homme de la Parole : il consacre sa vie à annoncer l’Évangile dans un contexte marqué par les confusions doctrinales. On peut relier cela au verset 15 : « Ma bouche annonce tout le jour tes actes de justice et de salut ». Sa prédication n’est pas seulement intellectuelle : elle vise à ramener à une foi authentique et vivante. Saint Dominique incarne aussi très concrètement le verset 1 (« En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ») dans la fondation de l’Ordre des Prêcheurs, il refuse les appuis humains trop sécurisants pour dépendre entièrement de la Providence.
Saint Jean-Marie Vianney, le curé d’Ars, appelait fermement à la conversion, notamment dans le sacrement de confession, tout en étant profondément miséricordieux. Beaucoup venaient à lui comme à un « signe », un peu comme les foules auprès de Jean-Baptiste.
Sainte Thérèse de Lisieux montre une autre facette : celle de l’abandon confiant dès la jeunesse (« tu es mon appui dès ma jeunesse », v.5). Elle ne prêche pas avec la rudesse de Jean, mais elle vit cette même vérité intérieure : tout recevoir de Dieu et tout lui rendre.
Enfin, saint Charles de Foucauld a choisi le désert de manière littérale. Sa vie cachée, silencieuse, tournée vers Dieu, rappelle fortement Jean-Baptiste. Il ne cherchait pas à attirer à lui, mais à préparer les cœurs, par sa présence et son témoignage.
Le pape Léon XIV s’est adressé aux jeunes de Taizé (23 novembre 2025) en ces termes :
« Jean-Baptiste a rendu « témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui » (Jn 1, 7). Bien qu’il jouisse d’une grande renommée parmi le peuple, il sait bien qu’il n’est qu’une “voix” qui indique le Sauveur : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1, 36). Son exemple nous rappelle que le véritable témoin n’a pas pour objectif d’occuper le devant de la scène, il ne cherche pas à attirer des disciples à lui. Le véritable témoin est humble et intérieurement libre, avant tout de lui-même, c’est-à-dire de la prétention d’être au centre de l’attention. Il est donc libre d’écouter, d’interpréter et même de dire la vérité à tous, même face aux puissants. Jean-Baptiste nous enseigne que le témoignage chrétien n’est pas une proclamation de nous-mêmes et ne célèbre pas nos capacités spirituelles, intellectuelles ou morales. Le véritable témoignage consiste à reconnaître et à montrer Jésus, le seul qui nous sauve ». https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/messages/youth/documents/20251007-messaggio-xl-gmg.html
Deuxième lecture (1 P 1, 8-12)
Bien-aimés, vous aimez Jésus-Christ sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi. Sur le salut, les prophètes ont fait porter leurs interrogations et leurs recherches, eux qui ont prophétisé pour annoncer la grâce qui vous est destinée. Ils cherchaient quel temps et quelles circonstances voulait indiquer l’Esprit du Christ, présent en eux, quand il attestait par avance les souffrances du Christ et la gloire qui s’ensuivrait. Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils étaient au service de ce message, annoncé maintenant par ceux qui vous ont évangélisés dans l’Esprit Saint envoyé du ciel ; même des anges désirent se pencher pour scruter ce message. – Parole du Seigneur.
Les croyants « aiment Jésus-Christ sans l’avoir vu » (v.8) : il s’agit d’une relation fondée sur la foi. Cette foi n’est pas obscure ou fragile, elle est habitée par une « joie inexprimable et remplie de gloire » (v.8). Pierre insiste ici sur une expérience paradoxale : ne pas voir le Christ, mais déjà vivre de sa présence. « Car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi ». En araméen, nous avons « la récompense de votre foi pūrᶜānā d-haymānūṯḵon : la vie de vos âmes ḥayye d-napšāṯḵon Cette vie est traduite en latin salutem, et en grec σωτηρίαν » (v.9).
À partir du verset 10, le texte élargit la perspective en revenant sur les prophètes. Ils ont « interrogé et recherché » (v.10) le sens du salut annoncé. Cela montre que l’histoire du salut est progressive : les prophètes ont perçu quelque chose sans en voir l’accomplissement. Ils étaient déjà traversés par l’action de « l’Esprit du Christ » (v.11). « Ils cherchaient quel temps et quelles circonstances voulait indiquer l’Esprit du Christ, présent en eux, quand il attestait par avance les souffrances du Christ et la gloire qui s’ensuivrait ». C’est un verset important : les prophètes mais aussi les pharisiens et les docteurs de la loi au temps de Jésus connaissaient l’Esprit du Christ, c’est-à-dire du Messie. Ils devaient donc le reconnaître, et Jésus pouvait dire que ne pas le reconnaître constituait un péché contre l’Esprit Saint (Mt 12,30-32).
Saint Pierre dit qu’il a été révélé aux prophètes que ce message n’était « pas pour eux-mêmes, mais pour vous » (v.12). Ils préparent, ils ouvrent, ils transmettent.
Et il termine sur une ouverture vertigineuse : « même les anges désirent se pencher pour scruter ce message » (v.12). Le salut révélé en Christ dépasse non seulement l’homme, mais aussi le monde céleste. Tout converge vers cette révélation centrale.
En lien avec la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, ce texte prend une profondeur particulière. Jean-Baptiste apparaît justement comme le dernier grand prophète de cette attente. Comme les prophètes des versets 10-11, il vit dans la recherche et l’interrogation, mais avec une clarté nouvelle, car il désigne directement Celui qui vient.
Jean-Baptiste est ainsi au cœur de ce passage : il est de ceux pour qui le salut est encore annoncé, mais il est aussi celui qui bascule vers son accomplissement. Lorsqu’il désigne Jésus comme « l’Agneau de Dieu » (Jn 1,29), il est la frontière vivante entre l’attente et la révélation.
À partir de là, on peut mieux contempler le dessein bienveillant de Dieu le Père. Le texte insiste sur une logique de préparation et de transmission : les prophètes servent un message qui dépasse leur époque, les croyants reçoivent ce qui a été préparé pour eux, et même les anges s’inclinent devant ce mystère. Tout cela révèle un Dieu qui agit dans la durée, dans la patience et dans la continuité. Rien n’est brusque, tout est conduit.
Le Père apparaît ainsi comme celui qui prépare les cœurs avant même qu’ils ne comprennent. Il suscite les prophètes, il soutient leur recherche, il oriente l’histoire vers un accomplissement qui dépasse chaque génération. Dans cette perspective, Jean-Baptiste devient une figure particulièrement lumineuse, le témoin de cette pédagogie divine.
Ainsi, la fête de Jean-Baptiste permet de contempler non seulement un prophète, mais aussi la manière dont le Père conduit l’histoire : par anticipation, par préparation, par transmission, jusqu’à la joie pleine de la révélation du salut.
« Même des anges désirent se pencher pour scruter ce message » (1 P 1,12).
Les anges, qui contemplent habituellement Dieu dans sa gloire, sont ici décrits comme « penchés », dans une attitude d’attention et d’émerveillement. Ils s’inclinent pour regarder ce qui se passe dans l’histoire humaine.
La tradition de l’Église catholique a souvent médité ce passage en soulignant que le mystère de l’Incarnation révèle quelque chose d’absolument nouveau, même pour les esprits célestes. Dieu ne se contente pas de se manifester dans la grandeur invisible, il entre dans l’histoire concrète, jusque dans la souffrance et la mort. C’est précisément cela qui attire le regard des anges : le paradoxe d’un salut accompli dans l’humilité.
Les anges ne sont pas jaloux du salut des hommes, ils se penchent et ils s’y associent dans l’admiration. Le mystère du Christ révèle une profondeur nouvelle de l’amour de Dieu : non seulement Dieu est contemplé dans sa majesté, mais il se rend visible dans la chair humaine, ce qui constitue une nouveauté même pour les anges.
Chez Jean Chrysostome, cette « inclination des anges » est comprise comme un signe de l’excès d’amour divin. Les anges contemplent habituellement Dieu dans sa lumière inaccessible, mais ici ils découvrent un Dieu qui se donne dans l’histoire, jusque dans la croix. Cela suscite leur admiration, non parce qu’ils ignorent Dieu, mais parce qu’ils découvrent une modalité nouvelle de son agir.
On peut aussi relier ce verset à la liturgie de l’Église catholique : dans la prière eucharistique, on affirme que les anges entourent le mystère célébré sur l’autel. Cette présence exprime la même réalité : ce que l’homme vit dans la foi dépasse l’ordre visible et s’inscrit dans une communion qui englobe le ciel et la terre.
Dans la perspective de la fête de Jean-Baptiste, ce verset prend encore une résonance particulière. Lorsqu’il désigne le Christ, il oriente vers ce que les anges eux-mêmes scrutent : l’irruption de Dieu dans l’histoire humaine. Il devient ainsi le témoin terrestre de ce que les anges contemplent avec émerveillement.
Si même les réalités célestes sont en attitude d’admiration, c’est que le Père conduit l’histoire avec une sagesse qui dépasse toute intelligence créée. Il ne se contente pas de sauver l’homme de loin : il introduit toute la création dans un mystère d’amour qui unit ciel et terre : il élève et associe toute la création à sa joie.Haut du formulaire
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Évangile (Lc 1, 5-17)
La traduction, à partir de l’araméen, et le commentaire sont extraits de : Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur (Paris). Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2024. (472 pages).
« 5 Il y avait, aux jours d’Hérode, / roi de Judée,
un certain prêtre nommé Zacharie, / du service de la maison d’Abya ;
sa femme était d’entre les filles d’Aaron / dont le nom était Élisabeth.
6 Or eux deux / étaient justes devant Dieu,
et marchaient / en tous ses commandements
et dans la justice du SEIGNEUR[2], / sans reproche.
7 De fils, / ils n’en avaient pas
parce qu’Élisabeth / était stérile ;
et eux deux / étaient avancés en âge.
8 Or, il arriva que :
pendant qu’il officiait selon l’ordre de son service devant Dieu, / 9 suivant les coutumes du sacerdoce,
il lui revint d’aller offrir le parfum / et il entra dans le temple du SEIGNEUR.
10 Et toute l’assemblée du peuple au-dehors / était en prière au moment des parfums.
11 Et se fit voir à Zacharie un ange du SEIGNEUR, / qui se tenait debout à droite de l’autel des parfums.
12 Et Zacharie fut troublé en le voyant, / et la crainte s’abattit sur lui.
13 Et l’ange lui dit :
Ne crains pas, Zacharie, / car ta prière a été entendue.
Et ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, / et elle l’appellera du nom de Jean.
14 Et ce sera pour toi la joie, / et l’allégresse,
et beaucoup se réjouiront de sa naissance / 15 car il sera grand devant le SEIGNEUR.
Il ne boira ni vin, / ni liqueur enivrante,
et il sera rempli de l’Esprit Saint / dès le sein de sa mère.
16 Et il ramènera beaucoup de fils d’Israël / au SEIGNEUR, leur Dieu ;
17 et lui, / il ira devant Lui,
dans l’Esprit / et dans la puissance d’Élie, le prophète ;
pour ramener le cœur des pères / vers leurs fils,
et ceux qui sont rebelles / à la connaissance des justes,
et pour préparer au SEIGNEUR / un peuple mature. »
Dans l’évangile selon saint Luc, cette perle est l’ouverture, le šūrāyā des compositions orales araméennes. Le cadre est grandiose. La place commerciale de Jérusalem était plus grande que celle d’Athènes. Le Temple attirait des gens de toutes les nations pour écouter la sagesse d’Israël. On les appelait des craignant Dieu. L’histoire que Luc va relater n’a pas eu lieu dans un coin anodin et obscur, mais à partir d’un centre de renommée mondiale. De plus, l’ange Gabriel indiquera un temps très particulier.
L’évangéliste, qui s’est bien informé, présente Zacharie et Élisabeth.
La mention de la classe d’Abya n’a aucun rapport avec une préséance, c’est une question d’organisation : les fils d’Aaron furent divisés en 24 classes, et les chefs des familles furent tirés au sort pour fixer l’ordre de service dans le Temple et la classe d’Abya est la huitième (1Ch 24, 1-19).
Après qu’Antiochus IV Épiphane abolit le sacrifice, les Asmonéens usurpèrent le grand sacerdoce. L’Ancien Testament n’explique pas comment aurait dû être choisi le grand prêtre, tout au plus peut-on présumer un privilège au territoire de la tribu de Juda. Luc dit sobrement que Zacharie est prêtre de la classe d’Abya dont c’est le tour de service. Saint Jean Chrysostome, à Antioche, dit qu’il était le grand prêtre en exercice (homélie de Noël de l’an 386). Veut-on cacher son martyre (cf. Lc 11, 51) ?
Son fils Jean s’abstiendra du vin et des boissons fermentées : il s’agit des prescriptions pour la préparation des prêtres et de leurs enfants (Lv 10, 9), plutôt que des vœux de naziréat où il est aussi interdit de se couper les cheveux, ce qui manque ici (cf. Nb 6, 3).
Le nom de l’ange, Gabriel, renvoie au livre de Daniel où « l’ange Gabriel » annonça à Daniel une période clé à partir de la dédicace en l’an -515 (selon la Bible de Jérusalem édition 1998) du Temple reconstruit par Zorobabel au retour de Babylone : 70 semaines [d’années] c’est-à-dire 490 ans avec une fourchette de 70 ans, puis 7 semaines c’est-à-dire 7 x 7 = 49 ans avec une fourchette de 7 ans (Dn 9, 24). Ces calculs indiquent une période allant de la restauration du Temple par Hérode le grand et de la naissance de Marie, jusqu’à la mort de celle-ci. Durant toutes ces années, l’attente messianique des lecteurs du livre de Daniel était à son paroxysme.
Luc écrit que les paroles de l’ange Gabriel « s’accompliront en leur temps [zaḇnā] » (Lc 1, 20). Le mot « zaḇnā » signifie le temps, la période, la saison, mais chez Luc il a souvent le sens du temps favorable dans le dessein de Dieu qui est souverain Maître de l’histoire, ce que le grec traduit par καιρος[3].
L’ange Gabriel annonce que Jean « sera grand devant le SEIGNEUR » (Lc 1, 15), comme l’étaient Élie (Si 48, 22) ou Nemrod (Gn 10, 9). Jésus, quant à lui, sera « grand » au sens absolu (Lc 1, 32) ; « grand » dans la Septante est l’attribut de Dieu.
L’ange annonce que l’enfant sera mû par la puissance d’Élie (Lc 1, 17), ce qui se réfère à la prophétie de Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que n’arrive le Jour du SEIGNEUR, grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères, de peur que je ne vienne frapper le pays d’anathème » (Ml 3, 23.24).
Comme dans la prophétie de Malachie, Jean ramènera le cœur des pères vers leurs fils (Lc 1, 17), ce qui suppose que se lèvera une génération meilleure que celle de ses pères. Mais à la différence de la prophétie de Malachie, l’ange Gabriel ne parle pas du châtiment et de l’anathème. Au contraire, l’enfant annoncé s’appellera « Jean [Yūḥannān] », c’est-à-dire « Dieu exauce » ou « Dieu fait grâce ». La perspective du jugement demeure, mais elle est repoussée à un temps indéterminé.
Les exégètes qui imaginent une composition par saint Luc et la communauté grecque s’étonnent ici de l’absence de toute annonce du fait que Jean baptisera les gens[4]. L’exégèse d’oralité ne s’en étonne pas puisqu’elle considère qu’il s’agit d’un récitatif composé par le témoin lui-même : Zacharie. La coutume veut que la naissance ou la circoncision d’un enfant soit célébrée par un récitatif composé pour l’occasion. Zacharie témoigna donc à cette occasion de l’annonce de l’ange puisque c’est ce qui justifie le choix du nom de Jean. « Tous leurs voisins » (Lc 1, 65-66) l’ont entendu ainsi que Marie. Ce récitatif a été mémorisé ; Luc n’a eu qu’à recueillir soigneusement « la perle ».
Au verset 13, l’annonce de l’ange comporte une ambiguïté : « teqre » peut être traduit « elle l’appellera » ou « tu l’appelleras ». Pour comprendre le reproche de l’ange au verset 20, il faut traduire « elle l’appellera ». Le sens est alors clair : l’ange avait donné un premier signe à Zacharie, signe qu’il devait constater au moment de la naissance de l’enfant : Élisabeth appellera [teqre] son fils du nom de Jean (Lc 1, 13). Et c’est bien ce qui advient (Lc 1, 60). Ce premier signe passe inaperçu, car généralement les traducteurs ont choisi l’interprétation où c’est Zacharie qui donnera le nom à l’enfant : « tu appelleras [grec : καλεσει ; latin : vocabis] », selon le rôle qui revient au père au moment des rites publics de la circoncision. Notons qu’un signe analogue est donné à Joseph dans l’évangile (Mt 1, 21) avec les mêmes mots en araméen, et les mêmes traductions en grec et en latin.
Messe du jour (24 juin)
Première lecture (Is 49, 1-6)
Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a protégé par l’ombre de sa main ; il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois. Il m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. » Et pourtant, mon droit subsistait auprès du Seigneur, ma récompense, auprès de mon Dieu. Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Et il dit : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » – Parole du Seigneur.
Comme le serviteur d’Isaïe, Jean-Baptiste est appelé dès le sein maternel (cf. Lc 1,15). Sa mission est également marquée par la parole : il est celui qui annonce et oriente vers un autre.
À travers ce chant du serviteur, on peut contempler le dessein bienveillant de Dieu le Père. Tout est marqué par une logique d’anticipation et de fidélité : Dieu appelle personnellement, et même avant la naissance (v.1). Il façonne dans le secret et forme patiemment (v.5). Il accompagne dans les doutes et relève dans l’épreuve (v.4). Il élargit sans cesse la mission jusqu’à l’universel (v.6). Le Père ne se limite jamais à une œuvre partielle : il conduit l’histoire vers une plénitude qui dépasse toujours ce que l’homme peut imaginer.
Il n’y a pas de logique proportionnée. Une petite faute a pu blesser énormément Dieu qui châtie par l’exil, et de nouveau son amour nous comble et il nous fait rentrer au pays avec des promesses plus grandes encore. La disproportion joue dans le sens de l’exigence comme dans le sens de la réconciliation. L’humilité d’Isaïe est amoureuse, l’amour tient lieu d’explication à tout.
Le peuple juif, au retour d’exil, pourrait – en partie – se reconnaître dans la figure du serviteur. Mais quand on lit que le Serviteur justifie les nations, porte leur péché et intercède pour eux – « Par sa connaissance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes » (Is 53,11) – sans exclure un sens collectif, il est difficilement pensable que le Serviteur soit simplement le groupe qui rentre d’exil. Le Serviteur souffrant apparaît tellement grand et saint, qu’il devient une figure messianique, mais d’une manière si discrète que Jésus surprendra encore. Saint Paul applique les poèmes du Serviteur au Christ lui-même : Phil 2, 7 // Is 53, 12.
Le chant du serviteur que nous avons entendu, c’est ici le second chant, s’ouvre comme une proclamation solennelle adressée à l’ensemble du monde : « Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! » (Is 49,1). Il ne s’agit pas d’une parole limitée à Israël, mais du dessein divin qui dépasse les frontières. Le serviteur parle au nom d’un appel qui concerne toutes les nations, ce qui annonce déjà une œuvre de salut universelle.
« J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom » (v.1). L’appel de Dieu précède toute initiative humaine, toute action, toute parole, toute capacité. Le dessein du Seigneur apparaît ici comme profondément bienveillant, une intention première, stable et personnelle. Dieu connaît, appelle et nomme avant même la naissance.
Les versets 2-3 poursuivent cette dynamique en décrivant la mission reçue : « Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a protégé par l’ombre de sa main ; il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois » (v.2). Le serviteur n’agit pas par lui-même, il est entièrement façonné et protégé. Les images de l’épée et de la flèche acérée ne renvoient pas à une violence destructrice : elles expriment la puissance de la parole confiée. Il en est de même dans la vision du Christ ressuscité au début de l’Apocalypse « de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant » (Ap 1,16). Ici encore, l’épée est dans la bouche, elle représente la Parole. Puis Dieu lui dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » (Is 49,3). La finalité n’est pas la gloire du serviteur, mais la manifestation de la gloire de Dieu.
Le serviteur a connu la souffrance, une souffrance directement liée à un effort mené pour établir le droit, pour répandre la lumière. Il a connu le découragement. « Et moi, je disais : Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. » (v. 4). Même appelé, le serviteur a traversé l’épreuve du doute. Mais immédiatement, une rectification apparaît : « Et pourtant, mon droit subsistait auprès du Seigneur, ma récompense, auprès de mon Dieu. » (v.4). Le regard change : ce qui semblait stérile est déjà porté par Dieu.
À partir du verset 5, la mission est précisée et élargie : « Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force » (v.5). Dieu n’abandonne pas son projet initial, il l’approfondit. Le serviteur est façonné avec une intention précise : rassembler, restaurer, réconcilier.
Le verset 6 marque un tournant décisif : « Et il dit : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (v.6). Le dessein de Dieu déborde toujours les limites humaines !
Le serviteur témoigne du Dieu de l’Alliance et de son compagnonnage ineffable. « Rien de tel chez les idoles » qui sont des divinités impersonnelles, de pures constructions humaines au service d’un système social. Cependant, on voit mal comment « des îles lointaines » (Is 49,1) reçoivent ce témoignage. Serait-ce déjà une dimension invisible, ce que nous appelons la communion des saints ? Ou bien, y a-t-il une préfiguration de ce qui adviendra au temps de l’Évangile ? On lit dans les Actes des apôtres que Paul et Barnabé répondent aux Juifs d’Antioche de Pisidie en citant ce verset d’Isaïe : « Nous nous tournons vers les païens. Car ainsi nous l’a ordonné le Seigneur : ‘Je t’ai établi lumière des nations, pour faire de toi le salut jusqu’aux extrémités de la terre.’ (Is 49, 6) » (Ac 13, 47).
Ainsi, chers auditeurs, nous passons du serviteur dans le livre d’Isaïe à Jean-Baptiste, à Jésus, aux apôtres, et à chacun de nous.
Psaume (Ps 138 (139), 1-2.3b, 13-14ab, 14c-15ab)
Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ! Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ; de très loin, tu pénètres mes pensées, tous mes chemins te sont familiers. C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis. Étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait. Mes os n’étaient pas cachés pour toi quand j’étais façonné dans le secret.
Ce psaume est traditionnellement attribué à David, mais comme beaucoup de psaumes, il a sans doute été retravaillé et transmis dans la prière du peuple au fil des générations.
Dans l’organisation du psautier, il se situe dans la dernière partie (Ps 107–150), souvent appelée le « cinquième livre ». Cette section correspond à une période tardive de l’histoire d’Israël, marquée par le retour d’exil à Babylone et la reconstruction de l’identité du peuple. C’est une époque où la foi devient plus intérieure, plus méditative.
Ce psaume ne comporte ni référence directe au roi, ni au temple, ni à un événement historique précis. À la place, il exprime une expérience très personnelle : Dieu connaît chacun (« tu me scrutes… tu sais », v.1), accompagne chaque instant (« tous mes chemins te sont familiers », v.3), et surtout crée chaque vie dans le secret (« tu m’as tissé dans le sein de ma mère », v.13). Cela correspond à une période où Israël, privé de certaines structures extérieures, redécouvre que la relation avec Dieu ne dépend pas seulement des institutions, mais de la présence de Dieu au cœur de la vie individuelle.
Dieu n’est pas seulement le Dieu de l’histoire collective (libération d’Égypte, royauté, etc.), il est aussi le Dieu de l’intériorité. Il connaît la personne dans son unicité. Cette évolution prépare une compréhension plus personnelle de la foi.
Les versets 1-2 posent le fondement : « Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ! Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ; de très loin, tu pénètres mes pensées » (v.1-2). Dieu est présenté comme celui qui connaît parfaitement la personne, jusque dans son intériorité. Ce regard n’est pas intrusif ou menaçant : il est total et bienveillant. Le psalmiste ne cherche pas à fuir ce regard, il l’accueille. Cette connaissance exprime une proximité profonde : Dieu est présent à chaque instant de la vie.
Le verset 3b (« tous mes chemins te sont familiers ») prolonge cette idée : Dieu connaît non seulement l’intérieur, mais aussi les parcours concrets de l’existence. Rien n’échappe à sa présence. Cela suggère un accompagnement continu : Dieu n’est pas seulement à l’origine, il est aussi présent dans le déroulement de la vie.
Les versets 13-14ab introduisent une dimension encore plus intime : « C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère » (v.13). L’image du tissage est très forte : elle évoque une œuvre patiente, délicate, personnelle. Dieu est présenté comme celui qui façonne chaque être humain dans le secret. Le verset 14 poursuit : « Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis » (v.14). La connaissance de Dieu conduit ici à une reconnaissance de la dignité de la personne. L’homme se découvre comme une œuvre admirable, non par lui-même, mais parce qu’il est voulu par Dieu.
Le verset 14c (« Étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait ») élargit cette expérience personnelle à une contemplation plus vaste : la vie humaine est inscrite dans l’ensemble des œuvres de Dieu, toutes marquées par cette sagesse et cette beauté.
Enfin, le verset 15ab revient sur le mystère des origines : « Mes os n’étaient pas cachés pour toi quand j’étais façonné dans le secret » (v.15). Le thème du secret est essentiel : ce qui échappe au regard humain est pleinement connu de Dieu. Cela manifeste une présence originelle, discrète et fondatrice.
En lien avec la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, ce psaume prend une résonance particulière. Il éclaire ce que l’Évangile selon saint Luc révèle de Jean : dès le sein maternel, il est déjà saisi par Dieu (Lc 1,15.41). Les versets 13 et 15 (« tissé dans le sein de ma mère », « façonné dans le secret ») correspondent directement à cette réalité. Jean-Baptiste n’est pas seulement appelé plus tard : il est déjà connu, formé, orienté par Dieu avant même sa naissance.
De plus, le verset 14 (« le prodige que je suis ») peut s’appliquer à Jean tel qu’il est perçu par les autres : « Que sera donc cet enfant ? » (Lc 1,66). Sa vie apparaît comme un signe, un mystère qui dépasse les attentes ordinaires. Mais ce « prodige » ne vient pas de lui-même : il est l’œuvre de Dieu.
Ce psaume permet de contempler en profondeur le dessein bienveillant de Dieu le Père. Dieu y apparaît comme celui qui connaît parfaitement, qui accompagne fidèlement, et surtout qui crée avec amour et précision. Il ne produit pas de manière anonyme : il « tisse », il « façonne », il entre dans une relation personnelle avec chacun.
Ce dessein est bienveillant parce qu’il précède toute réponse humaine : avant d’agir, avant de parler, l’homme est déjà connu et voulu. Il est aussi bienveillant parce qu’il respecte le secret : Dieu agit sans s’imposer, dans la discrétion des commencements. Enfin, il est bienveillant parce qu’il conduit à la reconnaissance : découvrir que l’on est une œuvre de Dieu ouvre à la louange et à la confiance.
Ainsi, ce psaume révèle un Père qui prépare dans le secret ce qu’il manifestera au grand jour. Il façonne des vies dans l’ombre pour en faire des signes de sa lumière. Jean-Baptiste en est un exemple éclatant : connu, tissé, appelé dès l’origine, il devient dans l’histoire le témoin visible de l’action invisible du Père.
En élevant notre regard vers Dieu le Père, certaines dérives psychologiques sont naturellement écartées. En effet, il arrive qu’une mère soit tellement avide d’être aimée de son bébé qu’elle ne récompense l’enfant, par son sourire, que lorsque celui-ci lui adresse son amour, sans l’encourager suffisamment dans la découverte de son autonomie, alors qu’il faut bien entendu féliciter le jeune enfant quand il découvre qu’il a un corps personnel, une identité séparée. L’enfant a son intériorité propre qu’il doit développer sans que ses parents n’interfèrent excessivement, sinon, il risque de passer sa vie à tricher dans le souci de plaire. Haut du formulaire
Jean-Baptiste est un enfant dont les parents savaient très bien qu’il était un exaucement, une grâce de Dieu, c’est pourquoi justement, ils lui ont donné le nom de Jean et non pas celui de Zacharie. Il n’est pas là pour donner une postérité et prolonger son père Zacharie, il vit en référence à Dieu, et son nom, Jean, Yūḥannān, signifie « Dieu exauce » ou « Dieu fait grâce », au point que ce psaume peut être entendu comme une prière du petit Jean-Baptiste : « C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis. Étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait. ».Bas du formulaire
Deuxième lecture (Ac 13, 22-26)
En ces jours-là, dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, Paul disait aux Juifs : « Dieu a, pour nos pères, suscité David comme roi, et il lui a rendu ce témoignage : J’ai trouvé David, fils de Jessé ; c’est un homme selon mon cœur qui réalisera toutes mes volontés. De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus, dont Jean le Baptiste a préparé l’avènement en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël. Au moment d’achever sa course, Jean disait : “Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de retirer les sandales de ses pieds.” Vous, frères, les fils de la lignée d’Abraham et ceux parmi vous qui craignent Dieu, c’est à nous que la parole du salut a été envoyée. » – Parole du Seigneur.
La prédication de Paul de Tarse à Antioche de Pisidie se situe au cœur de sa première mission.
Paul commence par relire l’histoire d’Israël à la lumière de Dieu. « Dieu a […] suscité David comme roi […] c’est un homme selon mon cœur qui réalisera toutes mes volontés» (v.22). Cela rappelle que toute l’histoire du peuple est guidée par l’initiative divine. Puis vient Jésus, le Messie : « De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur […] c’est Jésus » (v.23). Le mot « promesse » est essentiel : Dieu est fidèle, il conduit son projet à travers le temps. À travers ce texte, on peut contempler le dessein bienveillant de Dieu le Père. Dieu « suscite » (v.22), « fait sortir » le Sauveur « selon la promesse » (v.23), « envoie » la parole du salut (v.26).
Jean-Baptiste est introduit au verset 24 : « Jean le Baptiste a préparé l’avènement en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël » (v.24). Jean-Baptiste dispose les cœurs. Il ne remplace pas le Sauveur, il ouvre le chemin. Puis au verset 25, « Au moment d’achever sa course, Jean disait : “Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de retirer les sandales de ses pieds.” ». Cette parole manifeste l’humilité du témoin et oriente tout vers Jésus.
Jean-Baptiste est défini par deux éléments : il « prépare » (v.24) et il s’efface « je ne le suis pas » (v.25). Sa naissance, racontée dans l’Évangile selon saint Luc 1, n’est pas seulement un événement familial : elle inaugure cette mission unique. Dès l’origine, il est orienté vers un autre. Ainsi, Jean-Baptiste apparaît comme indispensable et pourtant non central : sans lui, les cœurs ne sont pas préparés ; avec lui, tout est prêt pour accueillir le Christ. Sa mission est de faire passer d’une attente encore confuse à une reconnaissance claire.
Enfin, Paul affirme : « c’est à nous que la parole du salut a été envoyée » (v. 26). On passe de l’histoire d’Israël à une actualisation pour les auditeurs. Le salut n’est pas seulement un événement passé, il est offert ici et maintenant.
Le discours de Paul que nous venons d’entendre s’inscrit dans une dynamique plus large du livre des Actes. Je donne une explication sur la structure du livre des Actes des apôtres dans mon livre sur l’évangile sur saint Luc. Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur (Paris). Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2024. (472 pages).
Le discours de Paul en Ac 13,22-26 fait écho à la prédication de Pierre en Ac 3, 1 – 4, 22. Après la guérison de l’impotent (Ac 3, 1-11), Pierre annonce Jésus comme le Messie, mort et ressuscité, et appelle à la conversion. Le schéma est très proche : rappel de l’histoire, annonce de Jésus, appel à la conversion. Le détail de l’homme guéri « qui avait plus de 40 ans » (Ac 4,22) souligne la réalité concrète du salut : Dieu agit dans des vies marquées par la durée et la fragilité.
La mission de Paul en Ac 12, 25 – 14, 27 prolonge cette œuvre. La guérison de l’impotent à Lystre (Ac 14, 8-18) fait écho direct à celle de Pierre (Ac 3, 1-11). Et ce qui était annoncé à Jérusalem par Pierre est désormais proclamé aux nations par Paul. Cela montre une continuité : c’est le même Dieu qui agit, le même salut qui se déploie, la même puissance qui relève. Pierre et Paul – j’explique dans mon livre que le discours de Paul est dans le fil d’oralité introduit dans le collier compteur par le discours de Pierre, ne font pas des œuvres différentes : ils participent à une seule action de Dieu.
Le dessein de Dieu le Père est patient et cohérent : il passe par des médiations humaines, par des témoins, par des appels à la conversion. Il rejoint les hommes là où ils sont, comme l’impotent guéri, pour les relever concrètement. Ainsi, à travers la prédication de Paul, en continuité avec celle de Pierre et à travers la figure de Jean-Baptiste, se révèle un Dieu Père qui conduit l’histoire avec fidélité, qui prépare les cœurs avec délicatesse, et qui offre à tous, aujourd’hui encore, « la parole du salut » (v.26).
À partir de ce passage des Actes des Apôtres (Ac 13, 22-26), on peut entendre un véritable appel à la paix — une paix enracinée dans le dessein de Dieu et dans l’accueil du salut. Dieu conduit l’histoire avec patience. Dans cette perspective, la paix n’est pas simplement l’absence de conflit : elle est le fruit d’une fidélité de Dieu qui traverse les générations. Elle naît d’un dessein qui ne cesse de chercher à rejoindre l’homme.
Mais cette paix ne s’impose pas. Elle passe par une préparation intérieure : « Jean le Baptiste a préparé […] en proclamant […] un baptême de conversion » (v.24). La paix commence par la conversion du cœur. Elle suppose de renoncer à la violence intérieure, à l’orgueil, à la volonté de domination. Jean lui-même en donne l’exemple en disant : « je ne le suis pas » (v.25). Il ne se prend pas pour le sauveur du monde ! Là où l’homme renonce à se mettre au centre, un espace s’ouvre pour la paix.
C’est exactement ce que rappelle le pape Léon XIV dans son message de Pâques 2026 : « Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix ! »
La fête de ce jour nous inspire et murmure…
Dieu a déjà « envoyé la parole du salut » (v.26), accueille donc la paix comme un don avant de vouloir la construire.
Convertis ton cœur. Comme Jean-Baptiste, apprends à dire : « je ne le suis pas » (v.25). Renonce à vouloir avoir raison à tout prix, à dominer, à t’imposer. La paix commence là, dans cet abaissement intérieur.
Deviens témoin, annonce par ta vie que le salut est offert.
Enfin, n’oublie pas que la paix est toujours plus grande que toi. Elle s’inscrit dans un dessein qui te dépasse, celui du Père qui « suscite », « accomplit » et « envoie » (v.22-26). Tu n’en es pas la source, mais tu peux en être un artisan.
Alors, à la suite de Jean-Baptiste, des apôtres et de toute l’Église, laisse cette parole résonner en toi : la paix est possible, parce que Dieu lui-même l’a semée dans l’histoire — et il attend qu’elle prenne chair dans ta vie.Haut du formulaire
Évangile (Lc 1, 57-66.80)
La traduction, à partir de l’araméen, et le commentaire sont extraits de : Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur (Paris). Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2024. (472 pages).
« 57 Quant à Élisabeth / c’était le temps pour elle d’enfanter.
Et elle enfanta un fils. / 58 Ses voisins et sa parenté entendirent :
‘Dieu a fait abonder sa tendresse envers elle’ / et ils se réjouissaient avec elle.
59 Et ce fut le huitième jour, ils vinrent pour circoncire l’enfant, / et ils l’appelaient Zacharie, du nom de son père.
60 Et sa mère répondit / et leur dit :
‘Pas ainsi, / mais il sera appelé : Jean’.
61 Et ils lui dirent :
‘Il n’y a personne dans ta parenté, / qui soit appelé de ce nom !’
62 Et ils firent signe à son père / [pour savoir] comment il voulait l’appeler.
63 Et il demanda une tablette / et il écrivit.
Et il dit : / Jean est son nom.
Et s’en étonna / tout le monde !
64 Et aussitôt, s’ouvrit sa bouche / et [se délia] sa langue ;
et il parla / et bénit Dieu !
65 Et ce fut la crainte / sur tous leurs voisins,
et dans toute la montagne de Judée, / ces choses étaient dites.
66 Et tous ceux qui entendaient / méditaient dans leur cœur,
en disant : / ‘Que sera donc cet enfant ?’
Et la main du SEIGNEUR / était avec lui. » (Lc 1, 57-66)
[…]
« Or, l’enfant grandissait, / et se fortifiait en Esprit.
Et il était dans les terres désolées, / jusqu’au jour de sa manifestation devant Israël » (Lc 1, 80). – Acclamons la Parole de Dieu.
Tout commence dans le secret du regard de Dieu. Avant même que l’histoire ne soit visible, elle est déjà portée par lui. Le psaume – « Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais » (Ps 138 (139),1), « c’est toi qui m’as tissé dans le sein de ma mère » (v.13), « j’étais façonné dans le secret » (v.15) insiste sur la dimension personnelle : chaque vie est voulue, connue, façonnée avec soin. Le récit de Luc montre ce mystère en train de devenir visible et un détail est essentiel : « Jean est son nom ». Ce nom ne vient pas de la tradition familiale, mais de Dieu. Comme dans le psaume, l’identité est reçue, donnée par Dieu lui-même. Enfin, « la main du Seigneur était avec lui » (Lc 1,66) : cela correspond exactement à l’accompagnement constant évoqué dans le psaume (« tous mes chemins te sont familiers » (Ps 138 (139),3).
Reprenons l’évangile dans le détail.
Ces événements sont racontés avec ce que l’on appelle la Visitation de Marie chez sa parente Élisabeth. Marie fut avertie par l’ange Gabriel de la grossesse de sa parente. Elle est venue non seulement pour aider à préparer la layette, mais aussi pour veiller cette femme âgée qui devait redouter l’accouchement. Portant en elle, comme en un tabernacle, l’enfant Jésus, sa présence rayonnait de paix et de grâces, sa prière discrète accompagna la naissance du Précurseur.
Lc 1, 57-62. Élisabeth enfante son fils et les gens apprennent que « Dieu a fait abonder sa tendresse (ḥnānēh – racine ḥn) envers elle » et elle veut l’appeler Jean (Yūḥannān – racine ḥn), un prénom qui signifie « Dieu exauce » (ou « Dieu fait grâce »).
Lc 1, 62-64. On fait signe à Zacharie (comme lui-même faisait des signes au peuple après son annonciation car il était devenu muet cf. Lc 1, 22), Zacharie le dénomme Jean (comme l’ange le lui avait prescrit, cf. Lc 1, 13) et il cesse d’être muet. Appeler l’enfant Zacharie aurait été valoriser la joie d’avoir une postérité humaine. Appeler l’enfant Jean, c’est obéir à l’ange et reconnaître la tendresse et la grâce divine du Dieu qui exauce…
Lc 1, 65-66. La naissance de l’enfant étonne à cause de l’âge de ses parents, et on la rapproche d’un autre événement tout aussi notoire, quand, après avoir offert le parfum dans le Temple, Zacharie sortit muet (cf. Lc 1, 21).
La lecture passe ensuite directement au verset 80, dans lequel le texte araméen comporte une ambiguïté :
- Soit l’enfant se fortifiait en esprit comme il grandissait en taille, l’esprit est alors synonyme de la sagesse et de l’intelligence.
- Soit l’enfant se fortifiait dans l’Esprit (de Sainteté), l’Esprit qui se manifesta en lui lors de la visite de Marie.
Derrière cette question, c’est celle de l’anthropologie des apôtres, celle de saint Luc, de saint Paul, de saint Jean… Dont saint Irénée est l’héritier presque direct (disciple de Polycarpe qui fut disciple de l’apôtre saint Jean).
Pour bien lire saint Irénée, il faut savoir qu’il fait précéder de son interprétation le verset de l’Écriture qu’il présente. Juste après l’explication : « L’homme parfait, c’est le mélange et l’union de l’âme qui a reçu l’Esprit du Père et qui a été mélangée à la chair modelée selon l’image de Dieu » (AH V, 6, 1), saint Irénée cite saint Paul : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l’Esprit, l’âme et le corps, soit gardé sans reproche à l’Avènement de notre Seigneur Jésus-Christ » (1Th 5, 23). Il s’agit donc de l’Esprit Saint, qui doit être considéré comme étant intérieur à notre « être entier ». Saint Irénée n’a pas besoin d’ajouter à l’âme une rallonge, un ‘esprit’ avec une minuscule, qui serait seul capable d’entendre un appel venant d’en haut : pour Irénée, en effet, l’âme elle-même est esprit et capacité de Dieu. L’Adam innocent ou l’homme régénéré par le Christ est introduit à la pleine réalisation de lui-même par la grâce de l’Esprit Saint.
Cette interprétation est confirmée par un autre passage dans lequel il est évident que « Celui qui sauve et forme » n’est pas « l’esprit », mais « l’Esprit » : l’Esprit Saint. Voici ce passage :
« Les hérétiques ne comprennent pas que c’est de trois choses, ainsi que nous l’avons montré (AH V, 6, 1), qu’est constitué l’homme parfait : chair, âme et Esprit. L’une d’elles sauve et forme, à savoir l’Esprit ; une autre est sauvée et formée, à savoir la chair ; une autre enfin se trouve entre celles-ci, à savoir l’âme, qui tantôt suit l’Esprit et prend son envol grâce à lui, tantôt se laisse persuader par la chair et tombe dans des convoitises terrestres. Ceux donc qui n’ont pas l’élément qui sauve et forme en vue de la vie, ceux-là sont et se verront appeler à bon droit ‘sang et chair’, puisqu’ils n’ont pas l’Esprit de Dieu en eux. C’est d’ailleurs pourquoi ils sont dits ‘morts’ par le Seigneur – ‘Laissez, dit-il, les morts ensevelir leurs morts Lc 9, 60’, car ils n’ont pas l’Esprit qui vivifie Jn 6, 63 l’homme » (AH V, 9, 1-2).
L’homme est appelé à agir sous l’inspiration de l’Esprit Saint, et la docilité à l’Esprit Saint augmente la force de sa présence.
Pour en revenirà Jean-Baptiste, il a reçu l’Esprit Saint au moment de la visite de la Vierge Marie portant Jésus en son sein, et, à mesure qu’il grandissait, il « se fortifiait dans l’Esprit (de Sainteté) » (Lc 1, 80).
[1] Littéralement :
« Or quant à vous, / même les cheveux de la chevelure de votre tête,
eux tous, / ils sont comptés ! »
[2] Nous utilisons la graphie SEIGNEUR pour transcrire « māryā », considéré comme l’équivalent du tétragramme.
[3] Lc 12, 56 ; 18, 30 ; 19, 44 ; 21, 8.24 ; Ac 1, 7 ; 3, 20 ; 17, 26
[4] F. BOVON, L’évangile selon saint Luc 1 – 9, 50, Labor et Fides, Genève 1991, p. 59
Date de dernière mise à jour : 11/04/2026