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Coeur Immaculé de Marie

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Première lecture (1 R 19, 19-21)
Psaume (Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10)
Première lecture (1 R 19, 19-21)
En ces jours-là, Élie descendit de la montagne. Il trouva Élisée, fils de Shafath, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau. Alors Élisée quitta ses bœufs, courut derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Élie répondit : « Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait. » Alors Élisée s’en retourna ; mais il prit la paire de bœufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l’attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d’Élie et se mit à son service. – Parole du Seigneur.
Le récit commence juste après la mission confiée au prophète Élie sur la montagne de l’Horeb. Il rencontre Élisée au travail, en train de labourer. Le détail des « douze arpents » souligne à la fois l’ampleur de son activité et sa situation stable. Le geste d’Élie qui jette son manteau est un signe. Dans la Bible, le manteau représente souvent la mission et l’autorité reçues de Dieu.
La réaction d’Élisée est immédiate : il quitte ses bœufs et court derrière Élie. Pourtant, il demande d’abord de dire adieu à ses parents. La réponse d’Élie — « Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait » — peut sembler étrange. Elle signifie en réalité que la décision appartient désormais à Élisée : l’appel est posé, mais la liberté doit répondre.
Élisée manifeste la radicalité de son choix. Il sacrifie ses bœufs et brûle l’attelage pour faire cuire la viande et la partager. Ce geste symbolise une rupture définitive avec sa vie précédente. Il ne garde aucun moyen de revenir en arrière. Après ce repas partagé, il se met au service d’Élie, dans la Pshitta nous avons le verbe šammeš qui donnera le nom « diacre ».
Ce temps qu’Élisée passe au service d’Élie montre que la vocation passe par un temps d’apprentissage et de fidélité humble avant la mission publique.
Le récit décrit la manière dont Dieu intervient aussi dans la vie de la Marie. Élisée est dans sa vie quotidienne, comme Marie l’était à Nazareth : Dieu rejoint l’homme dans l’ordinaire pour lui confier une mission qui le dépasse.
La disponibilité d’Élisée fait penser au « Oui » ou « Fiat » de Marie. Même si Élisée exprime un attachement légitime à sa famille, il se met aussitôt en mouvement vers l’appel reçu. Marie part en hâte chez sa parente Élisabeth, alors même que le Fils du Très Haut vient de prendre chair en elle. La foi biblique n’efface pas les liens, mais elle les ordonne à Dieu.
Le geste d’abandon total d’Élisée prépare la disponibilité complète de Marie à l’œuvre de Dieu. Élisée offre ce qui faisait sa sécurité et commence une vie nouvelle. De même, Marie remet toute son existence entre les mains de Dieu.
L’évangile de ce jour relate l’épisode de Jésus qui, à douze ans, reste trois jours à Jérusalem à l’insu de ses parents. Ensuite, redescendant de Jérusalem et de « chez son Père » (Lc 2, 49), il se soumettait [meštaᶜbaḏ] à ses parents (Lc 2, 51), une expression très forte, la forme eshtaphal du verbe ᶜabd (faire) signifiant se faire esclave[1]. Jésus se prépare à devenir le Serviteur décrit par Isaïe comme dans les paroles de Siméon.
Sans doute, peut-on comprendre aussi, comme l’école française de spiritualité, que Jésus se donne en modèle d’une vie vécue en dépendance volontaire de la Vierge Marie sa mère, révélant par là sa médiation maternelle pour vivre dans la volonté divine. Une telle dépendance serait indigne envers tout autre être humain, mais la mère de Jésus est unique. Sa réponse à l’Annonciation a manifesté qu’elle est la servante de Dieu, tout entière en dépendance de Dieu et de sa parole ; de plus, lorsqu’on veut la louer, comme Élisabeth qui s’écrie « D’où me vient ceci : que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ? » (Lc 1, 43), aussitôt Marie loue Dieu « mon âme exalte le SEIGNEUR ! » (Lc 1, 46). C’est pourquoi la soumission de Jésus n’est pas aliénante, bien au contraire : « Or Jésus grandissait en stature, en sagesse et en grâce, devant Dieu et les hommes. » (Lc 2, 52).
La propagation de la dévotion au Cœur de Marie remonte au XVIIe siècle où saint Jean Eudes la propagea en l’unissant à celle du Sacré-Cœur de Jésus. Le Père, dit saint Jean Eudes, a déployé sa puissance pour former un cœur de fille plein de respect et de fidélité envers son Créateur. Le Fils en fit un cœur de Mère et l’Esprit-Saint en fit un cœur d’épouse pour y célébrer ses noces ineffables. La bonté et la miséricorde président parmi les vertus dont Dieu a orné le Cœur immaculé de sa Mère. Aussi tout pécheur trouve en elle un refuge assuré.
Le 13 juillet 1917, la Sainte Vierge apparaissait au Portugal pour déclarer aux petits voyants de Fatima que Dieu voulait établir la dévotion à son Cœur immaculé pour le salut du monde.
En 1942, le pape Pie XII, s’exprimant à la radio, consacra le monde au Cœur immaculé de Marie. En 1944, il décréta que l’Église entière célébrerait chaque année une fête en l’honneur du Cœur immaculé de Marie afin d’obtenir, par l’intercession de la Très Sainte Vierge, « la paix des nations, la liberté de l’Église, la conversion des pécheurs, l’amour de la pureté et la pratique des vertus. » Il fixa la date de cette fête au 22 août, jour octave de la fête de l’Assomption. Puis elle céda la place à la fête de « Marie Reine » et se rapprocha du « Sacré-Cœur de Jésus ».
L’oraison du jour est : « Dieu qui as préparé dans le Cœur de la Vierge Marie
une demeure digne de l’Esprit Saint ; accorde-nous, par son intercession, de devenir le temple de ta gloire. »
L’oraison précise que cette demeure, ce n’est pas d’abord le corps de Marie, mais son Cœur. La liturgie rejoint ainsi l’affirmation de saint Augustin : Marie a conçu son Fils dans la foi avant de le concevoir en sa chair.
L’oraison ne mentionne pas le Christ mais l’Esprit Saint. Elle nous rappelle ainsi que l’ange Gabriel attribue l’Incarnation spécialement à l’Esprit Saint : « L’Esprit Saint viendra sur toi. » Jésus lui-même s’appuie sur la prophétie d’Isaïe pour présenter sa mission : « L’Esprit du Seigneur est sur moi. » Particulièrement en ces semaines qui suivent la Pentecôte, il est bon de ne pas oublier trop vite l’Esprit Saint.
L’oraison se termine en demandant à Dieu de devenir « le temple de sa gloire ». Ces mots sont particulièrement forts. La liturgie s’inspire ici de la Première Lettre aux Corinthiens (6, 19-20) : « Ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? Et que vous ne vous appartenez pas ? Vous avez été bel et bien achetés ! Glorifiez Dieu dans votre corps. » Voici que l’Esprit Saint nous ramène au corps : ce n’est pas étonnant puisqu’il a permis à la Vierge de donner corps au Verbe éternel du Père.
Comme la sainte Église nous le recommande aujourd’hui au moyen de la belle fête du Cœur immaculé de Marie, vouons un culte spécial de vénération et d’amour à ce cœur magnanime, le plus noble le plus généreux qui soit sorti des mains du Créateur. Supplions-le de nous apprendre à aimer Jésus, à souffrir pour Lui, à supporter avec amour et résignation les peines de la vie, les souffrances et les croix qu’il plaira à Dieu de nous envoyer. Recourons sans cesse à ce cœur incomparable et nous expérimenterons sa mansuétude et sa tendresse.
Psaume (Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10)
Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge. J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort. Je bénis le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon cœur m’avertit. Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable. Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption.
Le psalmiste se place sous la protection de Dieu et affirme que sa vie et son avenir reposent entièrement en lui. Dans la prière d’Israël puis de l’Église, ce psaume a aussi été lu comme annonçant la victoire de la vie sur la mort.
Le psaume s’ouvre par une supplication très simple : demander à Dieu de garder la vie. « Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge. J’ai dit au Seigneur : Tu es mon Dieu !» (v.1–2a). La liturgie nous fait passer directement au verset 5 « Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort ». Ce langage rappelle l’héritage que recevaient les tribus d’Israël. La tribu de Lévi n’avait pas de territoire mais vivait des offrandes liées au culte. Ici, Dieu lui-même devient l’héritage du croyant. Quant à la Vierge Marie, elle ne s’appuie pas sur une sécurité humaine, mais sur la promesse divine.
« Je bénis le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon cœur m’avertit. Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable. » (v.7–8)
Le psalmiste reconnaît que Dieu l’instruit intérieurement, même dans la nuit. L’image de Dieu « à la droite » signifie une présence constante et protectrice. On voit ici une résonance avec la méditation intérieure de Marie qui garde et médite les événements dans son cœur : elle discerne la volonté de Dieu dans l’histoire, son cœur est éclairé par Dieu.
Saint Louis-Marie dit dans son Traité :
« 258. J’ai dit que l’esprit de Marie était l’esprit de Dieu, parce qu’elle ne s’est jamais conduite par son propre esprit, mais toujours par l’esprit de Dieu, qui s’en est tellement rendu le maître qu’il est devenu son propre esprit. C’est pourquoi saint Ambroise dit : Que l’âme de Marie soit en chacun pour glorifier le Seigneur ; que l’esprit de Marie soit en chacun pour se réjouir en Dieu. Qu’une âme est heureuse quand, à l’exemple d’un bon frère Jésuite, nommé Rodriguez, mort en odeur de sainteté, elle est toute possédée et gouvernée par l’esprit de Marie, qui est un esprit doux et fort, zélé et prudent, humble et courageux, pur et fécond! »
« 259. Afin que l’âme se laisse conduire par cet esprit de Marie, il faut : 1 Renoncer à son propre esprit, à ses propres lumières et volontés avant de faire quelque chose: par exemple, avant de faire oraison, dire ou entendre la sainte Messe, communier, etc. ; parce que les ténèbres de notre propre esprit et la malice de notre propre volonté et opération, si nous les suivons, quoiqu’elles nous paraissent bonnes, mettraient obstacle à l’esprit de Marie. 2 Il faut se livrer à l’esprit de Marie pour en être mus et conduits de la manière qu’elle voudra. Il faut se mettre et se laisser entre ses mains virginales, comme un instrument entre les mains de l’ouvrier, comme un luth entre les mains d’un bon joueur. Il faut se perdre et s’abandonner en elle, comme une pierre qu’on jette dans la mer : ce qui se fait simplement et en un instant, par une seule oeillade de l’esprit, par un petit mouvement de la volonté, ou verbalement, en disant, par exemple: Je renonce à moi, je me donne à vous, ma chère Mère. Et quoiqu’on ne sente aucune douceur sensible dans cet acte d’union, il ne laisse pas d’être véritable […]. 3 Il faut, de temps en temps, pendant son action et après l’action, renouveler le même acte d’offrande et d’union ; plus on le fera, et plus tôt on se sanctifiera, et plus tôt on arrivera à l’union à Jésus-Christ, qui suit toujours nécessairement l’union à Marie, puisque l’esprit de Marie est l’esprit de Jésus. » (VD 259).
« 260. 2 Il faut faire ses actions avec Marie: c’est-à-dire qu’il faut, dans ses actions, regarder Marie comme un modèle accompli de toute vertu et perfection que le Saint-Esprit a formé dans un pure créature, pour imiter selon notre petite portée. Il faut donc qu’en chaque action nous regardions comment Marie l’a faite ou la ferait, si elle était en notre place. Nous devons pour cela examiner et méditer les grandes vertus qu’elle a pratiquées pendant sa vie, particulièrement : 1. sa foi vive, par laquelle elle a cru sans hésiter la parole de l’ange ; elle a cru fidèlement et constamment jusqu’au pied de la croix sur le Calvaire ; 2. son humilité profonde, qui l’a fait se cacher, se taire, se soumettre à tout et se mettre la dernière ; 3. sa pureté toute divine, qui n’a jamais ni n’aura jamais de pareille sous le ciel, enfin toutes ses autres vertus. Qu’on se souvienne, je le répète une deuxième fois, que Marie est le grand et l’unique moule de Dieu, propre à faire des images vivantes de Dieu, à peu de frais et en peu de temps ; et qu’une âme qui a trouvé ce moule, et qui s’y perd, est bientôt changée en Jésus-Christ, que ce moule représente au naturel.
261. 3 Il faut faire ses actions en Marie. Pour bien comprendre cette pratique il faut savoir: 1 Que la Très Sainte Vierge est le vrai paradis terrestre du nouvel Adam […]. C’est en ce paradis terrestre où est véritablement l’arbre de vie qui a porté Jésus-Christ, le fruit de vie […] Il y a, en ce lieu divin, des arbres plantés de la main de Dieu et arrosés de son onction divine, qui ont porté et portent tous les jours des fruits d’un goût divin ; il y a des parterres émaillés de belles et différentes fleurs des vertus, qui jettent une odeur qui embaume même les anges. […]. Il y a encore en ce lieu un air pur, sans infection, de pureté ; un beau jour, sans nuit, de l’humanité sainte ; un beau soleil, sans ombre, de la Divinité ; une fournaise ardente et continuelle de charité, où tout le fer qui [y] est mis est embrasé et changé en or; il y a un fleuve d’humilité qui sourd de la terre et qui, se divisant en quatre branches, arrose tout ce lieu enchanté ; ce sont les quatre vertus cardinales. »
Revenons au psaume : « Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption.» (v.9–10).
Ce passage est appliqué à la résurrection du Christ, notamment dans la prédication de l’apôtre Pierre le jour de la Pentecôte (Ac 2, 14.22b-33). Le psaume est alors compris comme une annonce de la victoire de la vie sur la mort.
La joie et la confiance exprimées ici trouvent aussi un écho dans la destinée de Marie telle que la foi chrétienne la contemple : celle qui a cru pleinement à la parole de Dieu participe déjà à la victoire de la vie promise par Dieu. Le Concile Vatican II résume le dogme de l’Assomption en ces termes : « La Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Ap 19,16), victorieux du péché et de la mort. » (Lumen Gentium 59)
La traduction, depuis le texte araméen de la Pshitta, est faite pour être mémorisée et proclamée avec quelques mimes sobres et un léger balancement. Vous la retrouverez, avec son commentaire, dans le livre : Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur (Paris). Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2024. (472 pages).
« 41 Et ses parents / chaque année,
allaient à Jérusalem / pour la fête de la Pâque.
42 Et lorsqu’il eut / douze ans,
ils montèrent, comme ils en avaient l’habitude, / pour la fête.
-----
43 Et, lorsque les jours furent accomplis, / ils s’en retournèrent ;
mais le jeune Jésus / resta à Jérusalem.
Et Joseph et sa mère / ne le surent pas ;
44 ils pensaient, en effet, / qu’il était avec leurs compagnons.
Et lorsqu’ils parvinrent / à une journée de pérégrination,
ils le cherchèrent auprès de leurs parents / et auprès de qui les connaissait.
45 Et ils ne le trouvèrent pas, / et ils s’en retournèrent,
de nouveau, à Jérusalem, / et ils le recherchaient.
46 Et, après trois jours, / ils le trouvèrent dans le Temple,
assis au milieu des docteurs, / les écoutant et les interrogeant.
47 Et ils étaient stupéfaits, / tous ceux qui l’écoutaient,
de sa sagesse / et de ses réparties.
48 Et, lorsqu’ils le virent / ils furent stupéfaits ;
et sa mère lui dit : / ‘Mon fils !
Pourquoi as-tu agi ainsi envers nous ? / Voici que ton père et moi,
c’est avec beaucoup d’anxiété / que nous te recherchions !’
49 Il leur dit : / ‘Pourquoi me recherchiez-vous ?
Ne savez-vous pas / que c’est chez mon Père qu’il convient que je sois ?’
50 Or, eux, / ils ne [la] reconnurent pas,
la parole / qu’il leur avait dite.
-----
51 Et il descendit avec eux pour aller à Nazareth / et il se soumettait à eux.
Sa mère, donc, gardait / toutes ces paroles dans son cœur.
52 Or Jésus grandissait / en stature, en sagesse et en grâce,
devant Dieu / et les hommes. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
La perle suit un schéma de révélation : montée, révélation, redescente (que l’on mimera dans la récitation orale).
- Lc 2, 41-42 : Jésus et ses parents montent à Jérusalem
- Lc 2, 43-50 : Jésus est perdu et retrouvé au Temple.
- Lc 2, 51-52 : Jésus et ses parents redescendent de Jérusalem à Nazareth.
Lc 2, 41-42. Marie avait gardé dans son cœur les signes relatifs à sa maternité divine, l’annonce de la royauté de son fils qui sera même la lumière des nations, mais ensuite, dans la vie de chaque jour, il n’y avait pas eu de manifestation en ce sens-là. Marie avait respecté cette absence de manifestations. C’est sa façon de vivre une virginité spirituelle qui consiste à ne pas imposer à l’autre l’heure de la communication de son être profond. Par respect de Jésus, elle accepte de vivre une « peine du cœur », une « nuit de la foi », un « pèlerinage de la foi ». Ce pèlerinage à Jérusalem sonnera-t-il l’heure de la révélation ?
Lc 2, 42-50. La mention « après trois jours » est en résonance avec la révélation du SEIGNEUR (YHWH) au Mont Sinaï. « YHWH dit à Moïse : Va trouver le peuple et fais-le se sanctifier aujourd’hui et demain ; qu’ils lavent leurs vêtements et se tiennent prêts pour après-demain, car après-demain YHWH descendra aux yeux de tout le peuple sur la montagne du Sinaï » (Ex 19, 10-11). Cette perle a été composée pour mettre en valeur une révélation divine analogue à celle du Sinaï, et même deux révélations : celle de la sagesse de Jésus (Lc 2, 47), et celle de sa relation au Père (Lc 2, 49).
Voici la première révélation :
« Et ils étaient stupéfaits / tous ceux qui l’écoutaient,
de sa sagesse / et de ses réparties [peṯgāmā] » (Lc 2, 47).
Après l’examen de la Barmitsva aux alentours de 12-13 ans qu’il aurait passé normalement en présence de ses parents, Jésus reste au milieu des docteurs. Le terme « peṯgāmā » signifie une réponse ou une section de phrase exprimée dans un souffle, en rythmant le texte. Quand Jésus parle, c’est une véritable proclamation, rythmée, harmonieuse et qui a du souffle, et bien sûr riche de signification et de sagesse. C’est une révélation ! Les docteurs de la loi, stupéfaits, auraient alors reconnu au jeune Jésus la qualité de rabbin qui lui permettra ensuite d’exercer son ministère jusqu’au Temple, comme en témoignent tous les évangiles.
Voici la seconde révélation :
« C’est chez mon Père [bēṯ ᵓāḇ], qu’il convient [wāle] que je sois ? » (Lc 2, 49).
« bēṯ ᵓāḇ » : le texte araméen n’ajoute pas la préposition « dans [b-] ». Il ne faut pas traduire « dans la maison de mon Père » ; « bēṯ » est ici une simple préposition qui signifie « chez ».
« wāle » : le texte araméen n’a pas la nuance d’une obéissance à un destin ou à un décret préétabli. Le participe-adjectif araméen « wāle » transmet plutôt l’idée de ce qui convient et qui est convenable : Jésus connaît sa juste place, comment il doit se comporter en harmonie avec le dessein divin.
Il n’est pas dit que les parents « ne comprirent pas » la parole de Jésus, mais qu’ils ne la « reconnurent pas[2] » : la parole de Jésus n’a pas de précédent dans l’Ancien Testament.
L’épisode marque le fait que Jésus appartient à un autre monde auquel les hommes n’ont pas accès. Jésus n’était sans doute pas dans une salle du Temple ouverte au public de sorte que ses parents ont dû le chercher longtemps, pire encore, au moment des retrouvailles, Jésus ne semble pas se douter de la douleur dont il a été la cause : il y a comme un vide entre lui et ses parents. Le rapport de Jésus à Dieu son Père devait évoluer, mais ses parents ne peuvent que se sentir impuissants à l’accompagner.
De plus, désormais, Marie sait que chaque jour une douleur inconnue peut fondre sur eux, et cet épisode présage que Jérusalem sera le rendez-vous de la douleur, aussi bien que de la surprise totale. Et cela, il se peut que Marie le comprenne très bien, elle qui n’a pas pu oublier la prophétie de Siméon.
Lc 2, 50-51.
L’attitude de Marie est exemplaire : bien qu’elle n’ait pas reconnu la parole que Jésus leur dit, elle « gardait toutes ces paroles dans son cœur » (Lc 2, 51). Elle dit oui à la volonté de Dieu dans sa vie, et elle prie.
La sagesse est un don de Dieu (Sg 8, 21 ; 9,17 ; cf. 1,5) c’est pourquoi l’homme ne pourra jamais la sonder entièrement : « Car ses pensées sont plus vastes que la mer, ses desseins plus grands que l’abîme » (Si 24, 23-27). Pour Marie aussi, les projets de Dieu sont plus grands que ses propres pensées. « Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sont élevées mes voies au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées » (Is 55, 9). Lors des premières paroles que lui adresse l’ange Gabriel, « prise d’effroi à sa parole, elle raisonnait sur ce que signifiait cette salutation » (Lc 1, 29). Après les propos de Siméon, « Joseph et sa mère, donc, étaient stupéfaits des choses qui étaient dites sur lui » (Lc 2, 33). Après avoir trouvé Jésus au temple, « sa mère gardait toutes ces paroles en son cœur » (Luc 2, 51), sa méditation est tournée vers une explication future. Pour franchir le traumatisme de cet épisode (comme aussi pour franchir le traumatisme de la Passion), il faut cette sagesse qui ouvre à une explication future et à autre chose…
[1] Grammaire de Louis COSTAZ § 343. Saint Paul aura sans doute retenu l’expression qu’il a reprise dans son jeu de mots : « Vous étiez esclaves [ᶜaḇde] du péché » (Rm 6, 17) et affranchis du péché « vous êtes devenus esclaves [ᵓeštaᶜbaddtton – forme eshtaphal du verbe ᶜabd] de la justice » (Rm 6, 18). La soumission à la justice étant en réalité la participation à la liberté du Créateur.
[2] Forme eshtaphal du verbe yd’a, connaître
Date de dernière mise à jour : 20/03/2026