25 avril Saint Marc évangéliste

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Première lecture (1 P 5, 5b-14) – S. Marc, évangéliste Fête

Psaume (Ps 88, 2-3, 6-7, 16-17) et vie de saint Marc

Évangile (Mc 16, 15-20)

Mc 16,15-18 Envoi des disciples

Mc 16,19-20 sceau final

 

Première lecture (1 P 5, 5b-14) – S. Marc, évangéliste Fête

Bien-aimés, vous tous, les uns envers les autres, prenez l’humilité comme tenue de service. En effet, Dieu s’oppose aux orgueilleux, aux humbles il accorde sa grâce. Abaissez-vous donc sous la main puissante de Dieu, pour qu’il vous élève en temps voulu. Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu’il prend soin de vous. Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui avec la force de la foi, car vous savez que tous vos frères, de par le monde, sont en butte aux mêmes souffrances. Après que vous aurez souffert un peu de temps, le Dieu de toute grâce, lui qui, dans le Christ Jésus, vous a appelés à sa gloire éternelle, vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. À lui la souveraineté pour les siècles. Amen.

Par Silvain, que je considère comme un frère digne de confiance, je vous écris ces quelques mots pour vous exhorter, et pour attester que c’est vraiment dans la grâce de Dieu que vous tenez ferme. La communauté qui est à Babylone, choisie comme vous par Dieu, vous salue, ainsi que Marc, mon fils. Saluez-vous les uns les autres par un baiser fraternel. Paix à vous tous, qui êtes dans le Christ. – Parole du Seigneur.

« Abaissez-vous donc sous la main puissante de Dieu, afin qu’il vous élève en temps voulu » (1P 5,6) — trouve chez Marc un écho direct dans l’enseignement de Jésus : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9,35), et plus encore dans la figure même du Fils de l’homme « venu non pour être servi mais pour servir » (Mc 10,45). L’abaissement n’est pas ici une résignation, mais la condition d’un relèvement que Dieu seul opère, comme la pierre rejetée devenue pierre d’angle (Mc 12,10).

Cette attitude ouvre à une confiance radicale : « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu’il prend soin de vous » (1P 5,7). Dans l’évangile de Marc, cette confiance est mise à l’épreuve au cœur de la peur, lorsque les disciples, pris dans la tempête, interpellent Jésus : « Cela ne te fait rien que nous périssions ? » (Mc 4,38). La réponse de Jésus — « Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (Mc 4,40) — éclaire l’appel de Pierre : remettre ses soucis à Dieu, c’est consentir à cette foi qui traverse l’angoisse. C’est aussi l’expérience de ceux qui s’approchent de Jésus avec audace et fragilité, comme la femme guérie à qui il dit : « Ta foi t’a sauvée, va en paix » (Mc 5,34).

Mais cette confiance s’inscrit dans une vigilance constante. « Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer » (1P 5,8) fait écho à l’insistance de Jésus chez Marc : « Prenez garde, veillez » (Mc 13,33), et encore à l’heure de Gethsémani : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » (Mc 14,38).

Marc montre Jésus affrontant cet adversaire dès le désert, au commencement de sa mission (Mc 1,13), et le reconnaissant encore lorsque la tentation prend la forme d’un refus de la croix : « Passe derrière moi, Satan » (Mc 8,33). Face à cet adversaire, Pierre exhorte : « Résistez-lui avec la force de la foi » (1P 5,9), une foi qui consiste à demeurer fidèle.

Cette résistance n’est pas solitaire. « Vous savez que les mêmes souffrances sont imposées à vos frères dans le monde » (1P 5,9). La souffrance devient ainsi un lieu de communion, une fraternité éprouvée qui accompagne la suite du Christ.

Pierre continue : « Après que vous aurez souffert un peu de temps, le Dieu de toute grâce… vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables » (1P 5,10). Pierre parle ici d’expérience. Les Actes des apôtres (Ac 12,3-19) racontent l’emprisonnement de Pierre à Jérusalem « pendant les jours des azymes », c’est-à-dire pendant la semaine sainte précédant la commémoration de la mort du Christ ! Mais il fut libéré miraculeusement et put partir évangéliser Rome en l’an 42, sous le règne de Claude[1] !

Saint Pierre confesse :  « À lui la souveraineté pour les siècles » (1P 5,11). Il rejoint ainsi l’évangile de Marc  et la confession du Fils de l’homme exalté, « siégeant à la droite de la Puissance » (Mc 14,62). La souveraineté de Dieu se révèle non comme domination, mais comme accomplissement de sa fidélité et de la vie.

La grande majorité des chercheurs datent l’évangile de Marc autour de l’an 70, peu après la destruction du Temple de Jérusalem[2], en référence, principalement, à Mc 12,9 et Mc 13,1-2. Or, à bien regarder ces passages, rien n’y oblige :

Lorsque Jésus donne la conclusion de la parabole des vignerons homicides – « Il viendra faire périr ces vignerons, et il donnera la vigne à d’autres ! » (Mc 12,9) – il a déjà annoncé sa mort et sa résurrection qui ouvrira le temps de l’Église (Mc 10,32-45), ce qui suffit à expliquer cette parabole et sa conclusion.

Les paroles de Jésus lors du dernier repas – « Ceci est mon sang, celui de la nouvelle Alliance, qui pour beaucoup est versé » (Mc 14,24) – indiquent qu’il est conscient de la fin théologique et salvifique du Temple : certes, dans un premier temps, les disciples iront encore au Temple pour louer Dieu (Lc 24,53), mais pas pour les sacrifices ; et c’est désormais l’Eucharistie qui rend présent le SEIGNEUR Dieu qui a parlé au Sinaï. En toute logique, quelques jours avant, Jésus peut annoncer en regardant le Temple : « il ne sera pas laissé ici pierre sur pierre, qui ne soit renversée ! » (Mc 13,2). On remarque d’ailleurs qu’il n’est pas dit précisément que le Temple serait incendié comme cela aurait pu être le cas si le verset avait été écrit après les événements de l’année 70.

Enfin, la critique externe analysa les notices des Pères de l’Église. Par exemple, commentant saint Irénée, Contre les hérésies III,1,1. L’interprétation traditionnelle de ce passage est que Marc a écrit son Évangile après « la mort » (ἔξοδος exodos) de Pierre[3], donc
après 64. Une critique fréquente, notamment par Crossley (qui date Marc des environs de l’an 40) est qu’il est davantage normal de prendre le mot grec
ἔξοδος exodos au sens de « départ »[4]. Voici le texte amendé : « Ainsi, Matthieu publia-t-il chez les Hébreux dans leur propre langue une forme écrite d’Évangile vers l’époque où Pierre évangélisait Rome et y fondait l’Église[5]. Après son départ, Marc, le traducteur de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. »

Il est donc possible d’écarter l’a priori d’un évangile de Marc daté « après 64 » (le martyre de Pierre). Marc a accompagné Pierre dès son premier séjour à Rome (à partir de l’an 42), et il a mis par écrit son évangile dès le départ de Pierre. Or Pierre doit être revenu à Jérusalem avant l’an 49 (Ac 15,6-29) et Marc avant l’an 45/46 (Ac 12,25 ; Ac 13).

Notre étude synoptique et notre datation des évangiles de Matthieu et de Luc permettent de dater l’évangile de Marc de l’année 45.

Le fait que Marc soit un lectionnaire liturgique justifie sa composition précoce : à peine fondées, les communautés de l’Église de Rome en avaient besoin. L’édition précoce en grec (avec sans doute quelques exemplaires en latin) se comprend très bien aussi : dans le monde gréco-romain, la mémorisation est l’affaire de spécialistes dans les théâtres, les autres ayant besoin d’un aide-mémoire écrit.

Psaume (Ps 88, 2-3, 6-7, 16-17) et vie de saint Marc

L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge. Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux. Que les cieux rendent grâce pour ta merveille, Seigneur, et l’assemblée des saints, pour ta fidélité. Qui donc, là-haut, est comparable au Seigneur ? Qui d’entre les dieux est semblable au Seigneur ? Heureux le peuple qui connaît l’ovation ! Seigneur, il marche à la lumière de ta face ; tout le jour, à ton nom il danse de joie, fier de ton juste pouvoir.

Le psaume 88 clôt le 3e livre du psautier comme une grande confession de foi en la fidélité de Dieu, proclamée face à l’épreuve de l’histoire. Il chante un amour éternel au moment même où l’alliance semble vaciller, faisant de la louange un acte de résistance spirituelle. Le peuple pouvait être tenté d’abandonner le Seigneur, le Dieu de Moïse, le Dieu d’Abraham, pour vénérer le Dieu du vainqueur. Le Dieu Marduk de Babylone ou le Dieu Mazda de Cyrus… Mais le psaume proclame : « Qui d’entre les dieux est semblable au Seigneur ? » On rappellera ici que le nom de l’archange saint Michel Mi-ka-El signifie :  « Qui est comme Dieu ? » Donc en disant « Qui donc, là-haut, est comparable au Seigneur ? », c’est en quelque sorte saint Michel qui est présent et qui prie avec nous.

« Qui est comparable au Seigneur ? » C’est Jésus, que saint Marc appelle, au seuil de son évangile : « le Messie, le Fils de Dieu » (Mc 1,1). C’est lui dont le Nom libère et dont la puissance chasse les démons, protège de la mort, relève les malades, comme nous l’entendons dans l’évangile (Mc 16,17-18).

Le psaume s’ouvre par une proclamation (Ps 88,2-3) : « L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge. Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux. » Tout commence par un chant. Le croyant ne part pas tout de suite en mission : il commence par contempler. L’envoi en mission dont parle l’évangile est enraciné dans cette contemplation.

Évoquons maintenant la mission qui fut celle de saint Marc, auprès de Pierre, auprès de Barnabé et de Paul, et ensuite pour fonder l’Église d’Alexandrie.

Eusèbe transmet la tradition selon laquelle Pierre se rend à Rome sous le règne de Claude[6]. Cet empereur a régné de 41 à 54 après Jésus-Christ, mais Pierre ne reste à Rome que quelques années puisque nous le retrouverons à Jérusalem pour le concile de Jérusalem dddd 48-49, où il joue un rôle de médiateur dans la question de la circoncision (Ac 15,6-29 ; Ga 2,1-10). Saint Irénée dit : « Après le départ [7] [de Pierre], Marc, le traducteur de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. » (Contre les Hérésies III 1,1).

Marc retourne à Jérusalem d’où il va partir en mission avec Paul à partir de l’année 45/46. Il accompagne Paul et Barnabé lors du premier voyage missionnaire (Actes 13). Ils partent d’Antioche, traversent Chypre (Salamine, puis Paphos), puis gagnent la Pamphylie. C’est là que Marc les quitte pour retourner à Jérusalem. Cet épisode est généralement daté vers 46–47 ap. J.-C.

Après la réunion de Jérusalem (souvent appelée « concile », vers 48/49), Paul et Barnabé envisagent de repartir en mission. Barnabé veut reprendre Marc ; Paul refuse en raison de son abandon précédent. Le désaccord est si vif qu’ils se séparent. Le texte précise alors que Barnabé prend Marc et s’embarque pour Chypre (Ac 15,37-39). Ce second départ pour Chypre se place très probablement vers 49 ap. J.-C. Nous n’avons aucune indication sur la durée de ce voyage, probablement un an. En tout cas, il reste beaucoup de temps avant de retrouver Marc à Rome auprès de Pierre et de Paul autour de l’année 61.

Et c’est ici que l’on peut situer ce qu’écrit Eusèbe, à savoir que Marc fut envoyé en Égypte et qu’il établit la première communauté chrétienne à Alexandrie. Il s’appuie lui-même sur des traditions antérieures, notamment celles de Clément d’Alexandrie[8].

Selon la tradition copte[9], saint Marc est né en Afrique du Nord, il est plus jeune que le Seigneur et a été témoin de la prédication de notre Seigneur en Palestine ainsi que de sa passion. Il fut le fondateur du christianisme à Alexandrie, où il arriva vers 48 après J.-C. (Notre chronologie donnerait plutôt 49/50).

Eusèbe précise que le premier successeur de saint Marc, Anianus, succéda au siège d’Alexandrie[10] dans la huitième année du règne de Néron (61-62), mais cela ne signifie pas que Marc soit mort en 61-62, simplement, Marc a été appelé à Rome où nous le retrouvons auprès de Pierre et de Paul.

En l’an 60, Pierre se dirige vers Rome pour son second et dernier séjour, qui s’étend jusqu’à son martyre[11] en l’an 64 ap. J.-C., lors de la persécution de Néron après l’incendie de Rome[12]. Ce dernier séjour de Pierre à Rome coïncide avec la captivité de Paul à Rome (Ac 28,14-16). À cette époque, la présence de Marc à Rome est attestée par Paul dans ses lettres écrites depuis Rome : Colossiens 4,10 (vers 61-62), Philemon 24 (vers 61-62) et 2 Timothée 4,11 (vers 64-67).

La première Épître de Pierre correspond à la période où Pierre est à Rome pour la seconde fois, juste avant son martyre en l’an 64. En effet, saint Jérôme a expliqué que la mention de « Babylone » (1 P 5,13) désigne Rome de manière codée[13] pour ne pas attirer l’attention de Néron au cas où la lettre serait interceptée. Cette interprétation n’a été abandonnée qu’au XVIe siècle. Le tournant se situe en 1520 avec Martin Luther et son traité De captivitate Babylonica ecclesiae, où Rome corrompue est explicitement assimilée à Babylone. Érasme, dans ses éditions du Nouveau Testament, chercha la réforme sans rupture en évitant de faire de Babylone un nom codé de Rome.

Pierre appelle Marc « son fils », ce qui confirme leur lien proche et la collaboration de Marc dans la transmission écrite de la prédication de Pierre.

Le martyre de saint Marc suit de près celui de saint Pierre et de saint Paul, mais, entre temps, Marc est revenu à Alexandrie (les liaisons maritimes étant très fréquentes entre les deux villes). Selon la tradition copte[14], saint Marc fut martyrisé à Alexandrie en l’an 68 après J.-C. Sa tête se trouve dans une église qui porte son nom à Alexandrie, et certaines de ses reliques sont conservées dans la cathédrale Saint-Marc du Caire. Le reste de ses reliques se trouve dans la cathédrale Saint-Marc de Venise, en Italie.

Après saint Marc, dont l’œuvre se dénomme « Évangile de Jésus, le Messie, le Fils de Dieu » (Mc 1,1), la ville d’Alexandrie fut marquée par de grands défenseurs de la divinité de Jésus : saint Athanase et saint Cyrille. Haut du formulaire

Évangile (Mc 16, 15-20)

La traduction est faite depuis la Pshitta, le texte liturgique des Églises de langue araméenne, avec l’imprimatur de la conférence des évêques de France. Le commentaire se trouve, soit dans mon grand livre l’évangile selon saint Marc, un lectionnaire liturgique, soit dans mon petit livre, Le témoignage primitif de Pierre et Jean. Imprimatur Paris. Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence.

Comme l’évangile constitue deux petites perles, nous allons les commenter l’une après l’autre.

Mc 16,15-18 Envoi des disciples
 

« 15 Et il [Jésus Ressuscité] leur dit :
‘Allez de par le monde / tout entier,
et proclamez ma Bonne Nouvelle / dans toute la création !

16 Celui qui croit et est immergé [baptisé] / est vivant [sauvé] ;
et celui qui ne croit pas / est condamné [endetté]. 

17 Ces signes accompagneront en effet / ceux qui croient :
En mon Nom, / ils feront sortir les génies [démons] !

Et ils parleront dans des langues nouvelles ! / 18 Et ils enlèveront les serpents !
Et s’ils boivent un poison mortel, / il ne leur causera aucun dommage !
Et s’ils imposent leurs mains sur les malades, / ils se rétabliront !’ »

Mc 16,14 parlait des Onze, on imagine donc que c’est à eux que Jésus s’adresse en Mc 16,15. Cependant, dans le témoignage primitif de Pierre et Jean[15], Mc 16,15 est précédé par la phrase de Jean : « Or ce sont beaucoup d’autres signes que fit Jésus devant ses disciples » (Jn 20,30) qui permet de passer des Onze apôtres à un groupe plus large de disciples.

Devant le don ultime que Dieu nous fait en son Fils incarné, mort et ressuscité, l’homme est placé devant une alternative : soit croire et être baptisé, et être alors sauvé-vivifié, soit ne pas croire et être alors condamné [endetté] (Mc 16,16). 
La phrase n’est pas symétrique : il n’est pas dit que celui qui n’est pas baptisé est condamné. Il est dit que « celui qui ne croit pas » est « condamné - endetté [metḥayyab] ».

« metḥayyab » c’est le verbe ḥāb, qui signifie condamner ou avoir une dette[16], à la forme passive ou réflexive : celui qui ne croit pas s’endette et se condamne : la condamnation est ici un manque de reconnaissance, un salut non accueilli. Le Père a donné son Fils, celui qui ne croit pas ne correspond pas à la grâce reçue, il est endetté ! Dire cela n’a de sens qu’après la venue de Jésus et l’annonce de l’évangile. Nulle part il est dit que les hommes qui n’ont pas connu Jésus vont en enfer. Malheureusement, le latin condemnabitur et le grec κατακριθησεται ne gardent pas la nuance d’une dette, et n’évoquent que la condamnation et le jugement.

Or il faut bien comprendre que la venue de Jésus opère un avant et un après. Il n’est donc pas rigoureux de traiter les hommes de l’Ancien Testament ou des religions ancestrales comme ceux qui se situent dans les post-christianismes comportant un refus et une opposition au Verbe incarné.

En outre, il y a encore quelque chose de mystérieux qui se passe dans le passage de la mort (Jn 5,25-29, cf. CEC 634-635), et qu’il ne faut pas caricaturer grossièrement en parlant d’une recherche du salut dans la mort.

Mc 16,16 est un enseignement sur le baptême chrétien. Cet enseignement ne pouvait venir qu’après l’enseignement sur la Passion et la Résurrection.

Le baptême, l’immersion, est lié à la foi qui vient de la prédication, et il est accompagné d’exorcisme et de guérison. Il s’agit d’une prédication particulière, la Bonne Nouvelle de Jésus, capable d’atteindre le monde entier, toute la création « brītā ». Pour que cela soit possible, il faut que Jésus soit capable de rejoindre tout homme, ou de rejoindre l’humanité « en Adam ». Le baptême chrétien a quelque chose à voir avec l’accomplissement du dessein du Créateur. Et l’exorcisme qui l’accompagne a quelque chose à voir avec l’introduction de l’influence satanique « en Adam ». Tout cela sera explicité par saint Paul (Rm 5), mais Jésus ressuscité en a déjà exprimé le mystère en quelques mots, transmis ici.

Ils feront sortir les génies [šīdīn]. Chez les peuples voisins d’Israël, les termes apparentés désignent plutôt des « bons génies », c’est-à-dire des esprits invoqués pour avoir une réussite, mais c’est un leurre : les génies sont des démons (Ps 106,37), les réussites qu’ils semblent octroyer se paient en mauvaises choses.

Jésus demande aux disciples d’aller dans le monde entier. La bonne nouvelle doit être annoncée à toute la création « brītā » (Mc 16,15) : on retrouve ce mot en Ap 5,13 quand il est dit que « toute la création », dans le ciel et sur la terre, adresse sa louange envers Dieu et l’Agneau. L’évangélisation devrait permettre d’achever l’œuvre de la création ; malheureusement, certains ne croient pas, et l’achèvement de la création passera donc par un jugement.

Matthieu précise que l’on baptiste « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28,19) ; chez Marc, cette dimension trinitaire est implicite depuis le seuil de l’évangile de « Jésus, le Messie [c’est-à-dire oint de l’Esprit Saint], le Fils de Dieu » (Mc 1,1).

Mc 16,19-20 sceau final

« 19 Jésus donc, / Notre Seigneur,
après avoir parlé avec eux, / monta aux Cieux,

et s’assit / à la droite de Dieu.

20 Or, eux, ils sortirent et prêchèrent / en tout lieu ;

et Notre Seigneur / leur prêtait assistance,

et confirmait leurs paroles / par les signes qu’ils faisaient. »

Cette dernière perle de l’évangile constitue un sceau sur l’ensemble.

Au commencement, lors du baptême du Christ, « Il y eut une voix, depuis les cieux : ‘Tu es mon Fils bien-aimé, toi, en qui je me suis complu [bāk eṣṭbīt - racine ṣba].’ » (Mc 1,11) ; à Gethsémani, Jésus prie : « Cependant, non pas ma volonté [racine ṣba], mais la tienne !» (Mc 14,36). L’Ascension du Christ au Ciel constitue l’entrée triomphale d’une humanité dans laquelle la Volonté divine est en sécurité, et le Christ assis à la droite de Dieu (Mc 16,19) est en position d’intercéder et d’obtenir à nouveau ce règne dont il avait annoncé l’arrivée (Mc 1,15) chez des gens ayant besoin de guérison et de conversion. L’accomplissement de ce règne adviendra lors du retour du Christ, quand on verra « le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et avec gloire » (Mc 13,26). Dans l’intervalle, les disciples doivent prêcher et Jésus les aide (Mc 16,20).

Jésus est appelé « Notre Seigneur » : les croyants forment un « Nous », comme aussi la Très Sainte Trinité forme un « Nous ». « Après avoir parlé avec eux » (Mc 16,19).

« Eux » désigne ici tous ceux qui ont bénéficié des apparitions du Ressuscité. Saint Paul (1 Co 15,6) parle de 500 disciples qui ont aussi bénéficié d’une apparition du Ressuscité. Au cours de ses apparitions, Jésus prépara chacun d’eux à cette mission : il a parlé « avec eux ».

« Il monta aux cieux » : Jésus sort de la Terre dans un Exode vers le Père. Il est glorifié à la droite de Dieu. La main droite est celle qui agit : Jésus va agir en ses apôtres et en ses disciples. Il va ainsi guider l’avenir, avant de se manifester comme Fils de l’homme venant sur les nuées du Ciel.

« Eux, donc, sortirent et prêchèrent » (Mc 16,20). Les apôtres et disciples sortent dans un Exode vers le monde. Cet Exode est évidemment lié à l’Exode de Jésus vers le Père. C’est parce que leur Seigneur est « dans la sphère du Créateur » que ses disciples peuvent atteindre toute la création.

« Et Notre Seigneur leur prêtait assistance » : il agit comme quelqu’un qui est le Seigneur, le guide que l’on suit, et celui qui aide, qui aime et qui soutient ceux qu’il a responsabilisés.

« Et confirmait leurs paroles, par les signes qu’ils faisaient » : les paroles des apôtres se réfèrent à Jésus que les hommes ne peuvent plus voir. Jésus confirme ces paroles par des signes et tout le monde peut vérifier la cohérence entre les paroles et les faits.

Le récit se termine sur une histoire qui continue, celle de « l’heureuse annonce de Jésus, le Messie, le Fils de Dieu » (Mc 1,1).

 

[1] EUSÈBE de Césarée, Histoire ecclésiastique II,14

[2] R. E. BROWN, Introduction au Nouveau Testament Paris, Cerf, 2001, p. 157-160.

[3] Le texte est rendu par « après la mort (de Pierre) » dans IRÉNÉE de Lyon, Contre les hérésies, Editions du Cerf 1984, p. 277 ; ou, en anglais, “after the death of Peter” dans SCHOEDEL, William R., Irenaeus: Against Heresies, 2nd edition, Louisville, KY: Westminster/John Knox Press, 1987.

[4] Le texte est rendu par « après le départ (de Pierre) » dans James G. CROSSLEY, The Date of Mark’s Gospel: Insight from the Law in Earliest Christianity, Journal for the Study of the New Testament Supplement Series, vol. 266, T & T Clark International / Bloomsbury Publishing, London & New York, 2004, p. 6. De même, dans BETTENSON, Henry, The Early Christian Fathers, 2nd edition, Oxford: Oxford University Press, 1987, p. 135.

[5] Comme on l’a dit précédemment, dans cette phrase, « Paul » fut un ajout consécutif à l’habitude d’associer Pierre et Paul à Rome à cause de leur martyr commun (Cf. Clément de Rome et Ignace d’Antioche).

[6] EUSÈBE de Césarée, Histoire ecclésiastique II,14

[7] Contrairement aux traductions usuelles qui disent « la mort », il est davantage normal de prendre le mot grec ἔξοδος Exodos, au sens de « départ » – pour dire « mort », le grec utilise le mot θάνατος thanatos. Le texte est rendu par « après le départ (de Pierre) » dans James G. Crossley, The Date of Mark’s Gospel: Insight from the Law in Earliest Christianity, Journal for the Study of the New Testament Supplement Series, vol. 266, T & T Clark International / Bloomsbury Publishing, London & New York, 2004, p. 6. De même, dans BETTENSON, Henry, The Early Christian Fathers, 2nd edition, Oxford: Oxford University Press, 1987, p. 135.

[8] EUSÈBE de Césarée, Histoire ecclésiastique II, 16. On trouve aussi cette affirmation chez Jérôme de Stridon, De viris illustribus, 8. La tradition est également conservée dans la liturgie et l’historiographie coptes, qui considèrent Marc comme le premier évêque d’Alexandrie.

[10] EUSÈBE de Césarée, Histoire ecclésiastique II, 24 (Anianus succède à Marc).

[11] EUSÈBE de Césarée, Histoire ecclésiastique II, 25 (tradition du martyre sous Néron).

[12] Persécution générale attestée par TACITE dans les Annales XV, 44

[13] Saint JÉRÔME, Hommes illustres (De Viris Illustribus) § 8

[15] Françoise BREYNAERT, Le témoignage primitif de Pierre et Jean. Imprimatur Paris. Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2023.

[16] Le sens qui peut être économique, juridique, ou métaphorique (responsabilité morale) en contexte. Ces attestations sont listées dans le glossaire de : FITZMYER Joseph A. & HARRINGTON, Daniel J. A Manual of Palestinian Aramaic Texts, Biblica et Orientalia 34, Rome 1978

 

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Date de dernière mise à jour : 18/02/2026