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19 mars Saint Joseph

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Première lecture (2 S 7, 4-5a.12-14a.16)
Psaume (Ps 88 (89), 2-3, 4-5, 27.29)
Deuxième lecture (Rm 4, 13.16-18.22) ; lien avec Lc 2, 41-51a
OU BIEN Évangile (Lc 2, 41-51a)
Première lecture (2 S 7, 4-5a.12-14a.16)
Cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée au prophète Nathan : « Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » – Parole du Seigneur.
Quelle parole consolante, chers auditeurs.
Qui est David ? un berger devenu roi, et roi selon le cœur de Dieu. Et le Seigneur lui fait une promesse. Notre Dieu est un Dieu qui fait promesse parce qu’il est le souverain maître de l’histoire. Il est le Dieu du bien, le Dieu qui bénit, et le Dieu des victoires. Il est capable de faire réussir son dessein créateur, il est capable d’atteindre le but pour lequel il nous a créés. Un but extraordinaire puisque c’est le but d’un amour créateur qui désire une réponse libre et aimante.
Qu’est-ce que la royauté de David ? C’est une royauté au service d’un petit territoire et d’un petit peuple, car Dieu commence par des petits commencements. C’est surtout une royauté qui veut faire régner les commandements du Seigneur : rejeter tout culte magique, respecter le jour du Seigneur, non pas seulement individuellement, mais collectivement ; honorer son père et sa mère, y compris dans la législation ; ne pas tuer et ne pas commettre d’adultère, et David a dû faire pénitence pour avoir provoqué la mort d’Urie pour prendre sa femme (2 Sam 11) ; ne pas voler ; ne pas porter de faux témoignage, ne même pas convoiter dans son cœur. Un roi peut organiser des tribunaux pour punir les infractions, il peut montrer l’exemple, mais pour aller plus loin et entraîner tout un peuple à faire le bien, il faut une royauté d’une autre dimension, il faut une action divine.
La prophétie de Nathan a été précédée par celle d’une femme, Abigayil, dans le désert de Maôn où David fuyait l’ingratitude de Saül. Abigayil dit à David : « YHWH (Dieu) assurera à Monseigneur une maison durable, car Monseigneur combat les guerres de YHWH et, au long de ta vie, on ne trouve pas de mal en toi » (1Sam 25, 28). Dans la prophétie d’Abigayil, il apparaît clairement que ce qui fait la stabilité de la royauté de David, c’est le bien, c’est l’absence de mauvais esprit (même si David est pécheur). David chassait même le mauvais esprit de Saül en jouant de la cithare !
Dans la prophétie de Nathan, les paroles « je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal. » s’accomplissent avec Salomon, qui est né de David et qui bâtit le temple. Ensuite, le dernier roi de la lignée de David fut Sédécias, qui régna jusqu’à la chute de Jérusalem en 586 av. J.-C. La lignée de David se poursuivit après l’exil sur le plan familial, mais elle ne retrouva jamais le pouvoir royal, donnant naissance à l’attente d’un roi à venir, le Messie.
Pour être précis, la prophétie « Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils » ne vise pas encore l’incarnation du « Fils de Dieu » : en effet, en Égypte, comme à Babylone, on donnait au roi le titre de « fils de Dieu ». Cependant, il est indéniable que la prophétie de Nathan a une ouverture messianique : « Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours » (2Sam 7, 16). Le livre de Samuel est donc ouvert à une interprétation messianique, mais sans qu’il soit précisé s’il s’agit d’un messie personnel ou collectif (toute la maison de David au cours du temps). Plus tard, dans le Livre des Chroniques (1Chr 17, 1-15), la promesse concerne un des fils de David. Le livre des Chroniques vise donc un messie personnel.
Enfin, au seuil de l’évangile selon saint Matthieu, l’ange Gabriel s’adresse à Joseph. Joseph est de la lignée de David, il pourrait être roi et monter sur le trône occupé à cette époque par Hérode. L’ange Gabriel lui annonce que la promesse faite à David va s’accomplir en Jésus. La maternité de Marie est donc une maternité royale, c’est aussi une maternité virginale, et une maternité divine. Quelle ne devait pas être la stupeur de Joseph !
D’ailleurs, lors des apparitions mariales de Fatima, plus précisément le 13 octobre 1917, jour de la dernière apparition et de la danse du soleil devant 60 000 personnes, saint Joseph est apparu lui aussi, il était en tenue royale avec un manteau pourpre !
Dire que le trône de Jésus est stable, cela signifie que rien ne peut empêcher Jésus de régner. Dans n’importe quelle situation, Jésus peut régner. Vous êtes au travail ? Jésus peut régner sur votre travail. Vous êtes au repos ? Jésus peut régner sur votre repos. Vous êtes en détresse ? Jésus peut régner pour traverser avec vous cette détresse. Jésus règne sur le peuple de ses disciples. Il règne aussi « pour toujours », et c’est à lui que s’adresse aussi le psaume d’intronisation (Ps 110,1 cité en Mt 22,44) : « Oracle du SEIGNEUR à mon SEIGNEUR : "Siège à ma droite, tant que j’aie fait de tes ennemis l’escabeau de tes pieds. » Jésus cite ce psaume après avoir interrogé les Pharisiens réunis. « Que dites-vous au sujet du Messie ? De qui est-il le fils ?’ Ils lui disaient : ‘le Fils de David’ » (Mt 22,42). Jésus ne nie pas que le Messie doive être le Fils de David, mais il fait remarquer qu’une difficulté surgit quand on applique au Messie le psaume 110,1.
La seigneurie et l’autorité du Messie émane d’une parole divine : « Le SEIGNEUR dit… » En conséquence, David n’est pas son modèle. L’expression « mon SEIGNEUR [māri] » (v. 44), peut se lire, avec le suffixe du possessif « mon », soit māryā (SEIGNEUR-DIEU), soit mārā (seigneur) ; on peut savoir que Jésus a lu māryā (SEIGNEUR-DIEU, l’équivalent du tétragramme) puisqu’il interroge ensuite : « Si donc David l’appelle SEIGNEUR [māryā], comment est-il son fils ? » (Mt 22,45). Personne n’osa plus l’interroger (v. 46),mais personne non plus ne l’accusa de blasphème !
Quant au jour où Dieu « fera de tes ennemis l’escabeau de tes pieds », cela advient d’une manière partielle à chaque conversion, et cela adviendra d’une manière totale lors du retour glorieux du Christ, car alors il y aura un jugement ceux qui ne veulent pas du règne de Dieu ne pourront plus vivre sur terre, c’est ce que l’Apocalypse appelle le jugement de la bête et du faux prophète (Ap 19). Avec David et saint Joseph, sachons regarder au-delà du mal et réconfortons-nous par cette promesse faite au Messie : « ton trône sera stable pour toujours ».
Que cette promesse nous rende fermes et reposés dans une ferme espérance.
Psaume (Ps 88 (89), 2-3, 4-5, 27.29)
« L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge. Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux. Avec mon élu, j’ai fait une alliance, j’ai juré à David, mon serviteur : J’établirai ta dynastie pour toujours, je te bâtis un trône pour la suite des âges. Il me dira : Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut ! Sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle. »
Quel psaume bien choisi pour saint Joseph, le fils de David…
Ce psaume chante avant tout la fidélité de Dieu dans le temps : une fidélité qui traverse les générations, qui ne dépend ni de la force des hommes ni de la grandeur apparente des événements. Dieu y rappelle son alliance, jurée à David, promesse d’une dynastie établie « pour toujours », non pas au sens politique étroit, mais comme une œuvre durable, enracinée dans son amour.
L’apparition de saint Joseph à Cotignac en est une illustration concrète et presque humble. Tandis que les hommes célèbrent une alliance royale — celle de Louis XIV et de Marie-Thérèse, fruit de traités et de stratégies — Dieu, lui, manifeste une autre alliance, plus ancienne et plus profonde : celle de sa fidélité envers son peuple. Le psaume dit : « C’est un amour bâti pour toujours » ; à Cotignac, cet amour se donne à voir non dans un palais, mais dans une source qui jaillit pour sauver un berger et son troupeau. Résumons.
En 1659-1660, la France sort victorieuse du long conflit qui l’opposait à l’Espagne. La paix est scellée par le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche, union qui marque l’avènement de la France comme première puissance européenne. En février 1660, le roi, accompagné de sa cour, fait halte à Cotignac pour rendre grâce au Christ et à la Vierge Marie, associant ainsi ce sanctuaire aux événements majeurs du royaume.
Le 9 juin 1660, tandis que la reine épouse Louis XIV à Saint-Jean-de-Luz, un événement tout autre se déroule à Cotignac. Ce jour-là, le berger Gaspard Ricard mène son troupeau sur les hauteurs, accablé par la chaleur et la soif. Les brebis, privées d’eau, sont en détresse, et Gaspard, à bout de forces, se sent incapable de les sauver. C’est alors qu’un homme majestueux lui apparaît et lui dit avec douceur : « Je suis Joseph : lève-la et tu boiras ».
Gaspard reconnaît en lui non plus un prince de la terre, comme il en avait vu quelques mois plus tôt avec le passage du roi, mais un prince du Ciel. D’abord hésitant devant la lourdeur du rocher, il obéit néanmoins. À sa surprise, la pierre se soulève sans effort, et une eau vive jaillit aussitôt. Gaspard s’y désaltère et retrouve ses forces, tandis que la source continue de couler abondamment.
Très vite, la réalité du prodige s’impose : plusieurs hommes devront unir leurs forces pour déplacer la pierre que le berger avait soulevée seul. Gaspard, quant à lui, ne cherche pas à convaincre ; il se contente d’attester simplement : « C’est bien Joseph qui m’est apparu ». La source, toujours jaillissante, devient le signe visible de l’intervention de saint Joseph et le cœur du message confié au berger.
Peu de paroles, un geste simple — soulever une pierre —, et une source qui jaillit. Tout est à l’image de saint Joseph : efficacité silencieuse, autorité douce, secours concret. Et Gaspard n’est pas un héros : il doute un instant, il est faible, il a peur… puis il obéit. C’est très humain, et justement très parlant.
L’eau est donnée comme une réponse de Dieu à une fidélité humble, sans éclat. Une histoire discrète, mais durable — puisque la source coule encore.
Saint Joseph, dans ce contexte, apparaît comme le gardien silencieux de l’alliance. Héritier de la lignée de David, il est précisément celui par qui la promesse du psaume s’accomplit en Jésus. Sa présence à Cotignac rappelle que la fidélité de Dieu ne s’est pas arrêtée aux temps bibliques : elle continue de se manifester « d’âge en âge », jusque dans l’histoire la plus ordinaire.
Quant à Gaspard, il incarne l’homme qui reçoit cette fidélité. Comme David dans le psaume, il peut dire, à sa manière et sans grands mots : « Tu es mon roc et mon salut ». La pierre trop lourde devient source. L’alliance est expérimentée.
Ainsi, le psaume donne la clé de lecture de l’événement : Dieu tient parole. Sa fidélité est plus stable que les cieux, et parfois elle se révèle simplement par une eau fraîche offerte à midi, au moment où tout semble perdu. C’est la même alliance, le même amour, mais traduit dans le langage discret de la vie quotidienne.
Le psaume 88 (89) occupe une place très particulière dans le psautier, tant par sa position que par son contenu. Il se situe à la fin du livre III des Psaumes (Ps 73–89), un ensemble marqué par les grandes interrogations d’Israël face à l’épreuve, à la crise et au sentiment d’abandon.
Ce livre III est profondément traversé par la question de l’alliance mise à mal : le peuple fait l’expérience de la fragilité de ses institutions, de l’effondrement du royaume et de l’exil. C’est dans ce contexte que le psaume 88 se déploie comme un long chant sur la fidélité de Dieu face à l’apparente ruine des promesses. Il rappelle avec force l’alliance conclue avec David, jurée par Dieu lui-même, et affirme que cet engagement est « bâti pour toujours », plus solide que les cieux.
Mais cette proclamation n’est pas naïve. Le psaume 88 est traversé par une tension : après avoir exalté l’amour et la fidélité du Seigneur, il laisse affleurer la question douloureuse de leur apparente contradiction avec l’histoire. Comment croire à une dynastie éternelle quand le trône est renversé ? Comment chanter l’alliance quand tout semble l’avoir démentie ? C’est précisément cette tension qui donne au psaume sa profondeur théologique.
Placée à la clôture du livre III, cette prière fait office de charnière dans le psautier. Elle ne résout pas la crise, mais elle la porte devant Dieu. En cela, elle prépare le mouvement du livre IV, qui déplacera la confiance du roi terrestre vers la royauté même de Dieu. Le psaume 88 apparaît ainsi comme un sommet de mémoire et de foi : il proclame, au cœur même de la nuit de l’histoire, que l’amour du Seigneur ne connaît pas de fin.
L’évangile nous parlera de l’annonciation à Joseph : l’ange Gabriel qui lui annonce la naissance de Jésus, qui vivifiera son peuple loin de ses péchés, est aussi l’ange qui annonça au prophète Daniel la venue du Fils de l’homme sur les nuées du Ciel, celui qui règnera pour les siècles des siècles (Dn 7), ce qui s’accomplira quand apparaitra le Christ, « Roi des rois et Seigneur des seigneurs. » (Ap 19,16)
Deuxième lecture (Rm 4, 13.16-18.22) ; lien avec Lc 2, 41-51a
Frères, ce n’est pas en vertu de la Loi que la promesse de recevoir le monde en héritage a été faite à Abraham et à sa descendance, mais en vertu de la justice obtenue par la foi. Voilà pourquoi on devient héritier par la foi : c’est une grâce, et la promesse demeure ferme pour tous les descendants d’Abraham, non pour ceux qui se rattachent à la Loi seulement, mais pour ceux qui se rattachent aussi à la foi d’Abraham, lui qui est notre père à tous. C’est bien ce qui est écrit : J’ai fait de toi le père d’un grand nombre de nations. Il est notre père devant Dieu en qui il a cru, Dieu qui donne la vie aux morts et qui appelle à l’existence ce qui n’existe pas. Espérant contre toute espérance, il a cru ; ainsi est-il devenu le père d’un grand nombre de nations, selon cette parole : Telle sera la descendance que tu auras ! Et voilà pourquoi il lui fut accordé d’être juste. – Parole du Seigneur.
Abraham a cru qu’un enfant puisse naître de son couple stérile qui a dépassé l’âge. Il a cru que la promesse d’une descendance innombrable pouvait être maintenue quand l’enfant de la promesse était sur le point d’être immolé sur le bucher. Il avait posé Isaac sur le bois, quand le Seigneur l’arrêta et lui fit offrir à la place, non pas un agneau, mais un bélier (Gn 22,13) : le sacrifice d’Abraham est celui de sa paternité biologique, il reçoit alors une paternité nouvelle, venue de Dieu : « Par ta postérité se béniront toutes les nations de la terre » (Gn 22,18).
Saint Joseph, comme Abraham son ancêtre, est une figure de la paternité selon Dieu. Là où Abraham fonde un peuple, saint Joseph protège l’accomplissement de la promesse faite à ce peuple en accueillant Marie et en protégeant l’enfant qui n’est pas biologiquement le sien. Comme Abraham, il avance sans comprendre pleinement le plan de Dieu, mais il agit immédiatement, avec une fidélité concrète.
Dès la fin de la généalogie de Jésus, Matthieu a indiqué que la conception de Jésus est une œuvre divine, mais n’aurait-il pas inventé cette fiction en l’honneur de son maître ? Non : Joseph prouve la vérité de l’événement par les hésitations de sa conduite. Marie est fiancée (Mt 1,18) : le mariage est socialement scellé. Or elle est trouvée enceinte. La loi ne permet pas à Joseph de vivre avec elle, et les autorités devraient être informées. Ce fut une période très difficile pour Joseph, et certainement aussi pour Marie, comme saint Éphrem l’a compris :
« Voici que je suis calomniée, méprisée,
mais rayonnante de joie. Mes oreilles sont remplies
d’outrages et de sarcasmes, mais peu m’importe
de souffrir, car mille épreuves
peuvent être chassées par une seule consolation venant de toi »
(Saint ÉPHREM de Nisibe, 15e Hymne sur la Nativité § 7)
Or Joseph est juste [kīnā] (Mt 1,19). « kīnā » dérive d’un verbe qui signifie exister, commencer à être, être droit, être ferme, stable (d’où le substantif kyānā, nature, substance) et Mgr Alichoran explique que cet adjectif joue sur deux tableaux : intégrité et droit de l’autre. Joseph est intègre, il n’est pas assailli par les tourments de la jalousie, il n’accuse pas sa femme, ne l’interroge même pas. Il réfléchit dans le silence pour respecter les droits de Marie et les droits de Dieu.
Joseph réfléchissait comment la « délier secrètement » du contrat de mariage, sans « nparsēh » : ce verbe signifie répandre, étaler un tissu ou une nouvelle, ce n’est pas le mot « dénoncer » (qui implique un soupçon). Ce verbe convient à la situation : les autorités auraient pu demander de voir le drap tâché prouvant le dépucelage, une preuve que Joseph ne possède évidemment pas[1]. « Or, tandis qu’il réfléchissait à ces choses-là, lui apparut l’ange du SEIGNEUR » (Mt 1,20).
L’apparition à Joseph a lieu en songe : la foi de Joseph est si vive, et il est disposé à corriger son projet avec l’aide d’une révélation octroyée simplement. Recevoir un songe est un critère de maturité dans l’Esprit Saint, comme il est écrit : « Après cela je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions » (Joël 3,1). En pénétrant les pensées secrètes de Joseph et les angoisses de son cœur, le messager prouve qu’il vient du ciel. Corrigeant le projet de Joseph, l’ange désigne en Marie son épouse, et il l’invite à la prendre chez lui. Alors, ayant appris comment le Père le voit dans son dessein d’amour, Joseph agit conformément à la grandeur et à la noblesse de sa vocation : « il fit comme lui commanda l’ange du SEIGNEUR » (Mt 1,24). Joseph fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit : « ne crains pas de prendre Marie, ta femme » ; ce qui est engendré en elle « vient de l’Esprit Saint » (Mt 1,20) : « ne faut-il pas conclure, devant ces expressions, que son amour d’homme est, lui aussi, régénéré par l’Esprit Saint ? » observe saint Jean-Paul II (Redemptoris custos 19). Le Seigneur communique le dynamisme de sa volonté et la pureté de son souffle divin. Heureux celui dont le cœur, mû par l’Esprit Saint, l’Esprit du lieu Saint, dirige le comportement !
Saint Paul, dans la lettre aux Romains, présente Abraham comme le père de tous les croyants, non en raison de la Loi, mais de sa foi. Cette attitude intérieure éclaire aussi l’épisode de Jésus perdu et retrouvé au Temple (Lc 2,41-51). Marie et Joseph font alors l’expérience d’un dépassement : Jésus échappe à leurs attentes, non par désobéissance, mais parce qu’il se situe déjà dans une relation filiale directe avec Dieu : « Il me faut être chez mon Père ». Comme Abraham, ils sont placés devant une parole qu’ils ne comprennent pas encore. Le lien le plus fort entre les deux textes se trouve sans doute dans cette foi qui accepte de ne pas tout saisir immédiatement. Paul insiste : Abraham devient juste non parce qu’il voit l’accomplissement, mais parce qu’il croit avant de voir. De même, saint Luc note : « Or, eux, ils ne [la] reconnurent pas, la parole qu’il leur avait dite », mais « sa mère gardait toutes ces paroles dans son cœur » (Lc 2,50-51 traduit de la Pshitta). La foi biblique n’est pas la possession d’une réponse, mais la persévérance dans la confiance.
Enfin, Paul parle d’un Dieu « qui donne la vie aux morts ». Or l’épisode de Jésus perdu puis retrouvé au bout de trois jours dans le Temple annonce déjà, de manière voilée, le mystère pascal, c’est-à-dire la Passion, la mort et la résurrection de Jésus. Il ne s’agit plus seulement, comme dans l’histoire d’Abraham, d’avoir une descendance nombreuse, mais d’ouvrir à tous les hommes la possibilité de vivre en enfants de Dieu.
La foi qui justifie selon Paul est la même que celle que Luc donne à contempler : une foi humble, patiente, confiante, qui accepte d’avancer dans le mystère, portée par la certitude que Dieu est fidèle à sa parole.
Évangile (Mt 1, 16.18-21.24a)
La traduction et le commentaire sont extraits de : Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Matthieu, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. Préface Mgr Mirkis (Irak) ; Mgr Dufour (France) et Mgr Kazadi (Congo RDC). Parole et Silence, décembre 2025 ou janvier 2026.
« 1,18 Quant à l’enfantement de Jésus le Messie, / ce fut ainsi :
Marie sa mère, étant fiancée à Joseph, / avant qu’ils ne fassent vie commune,
fut trouvée enceinte / par le fait de l’Esprit de Sainteté.
19 Or Joseph, son mari, / était un juste et ne voulut pas l’exposer,
et il réfléchissait / comment la répudier secrètement.
20 Or, tandis qu’il réfléchissait à ces choses-là, / lui apparut l’ange du SEIGNEUR [2] en songe,
et il lui dit :
‘Joseph, Fils de David, / ne crains pas de prendre Marie, ta femme ;
celui qui, en effet, a été engendré en elle, / l’est par le fait de l’Esprit de Sainteté :
21 Or elle enfantera un fils, / et elle appellera son nom : Jésus.
Lui, en effet, / il vivifiera son peuple loin de ses péchés’.
22 Car en effet tout ceci est advenu / de sorte que soit accompli
ce qui fut dit de la part du SEIGNEUR / par le prophète :
23 ‘Voici : la vierge concevra et enfantera un fils, / et ils appelleront son nom : Emmanuel,
qui signifie[3] : / notre Dieu avec nous’.
24 Lorsque Joseph se releva de son sommeil, / il fit comme lui commanda l’ange du SEIGNEUR »
Acclamons la parole de Dieu.
Marie « fut trouvée enceinte par le fait de l’Esprit de Sainteté » (Mt 1,18) et l’ange du SEIGNEUR explique à Joseph que « celui qui, en effet, a été engendré en elle, l’est par le fait de l’Esprit de Sainteté » (Mt 1,20). (Les prêtres chaldéens préfèrent traduire rūḥā d-qūḏšā « l’Esprit de Sainteté » plutôt que « l’Esprit Saint »). De plus, en araméen, la conjonction « men » a un sens causal historique : par le fait, par l’action unique de l’Esprit Saint. Il ne convient pas de traduire « à partir de » : Jésus n’est ni une parcelle de l’Esprit Saint ni son émanation. Il ne s’agit pas non plus d’une cause instrumentale (par le moyen de l’Esprit Saint). On remarque que l’ordre des mots grecs εκ πνευματος εστιν αγιου est inhabituel dans cette langue, c’est un décalque de l’ordre des mots araméens : men rūḥā hū d-qūḏšā. Cette remarque n’est pas un détail : dans la pensée grecque, certains hommes sont exaltés comme des divinités, mais « l’Incarnation » ne viendrait pas à l’esprit ; au contraire, dans la pensée juive, qu’un homme se fasse Dieu serait une abomination, alors que l’idée de Dieu qui descend visiter son peuple est une idée familière. Quand Philon, juif d’Alexandrie, vint à Rome et y vit l’empereur s’exhiber déguisé en Jupiter, il fut outré. Il écrit dans la Legatio ad Caïum : « Dieu se changerait plutôt en hommeque l’homme en Dieu » [4]. Sa réaction est typiquement biblique, où Dieu est « descendu » délivrer son peuple (Ex 3,8). C’est pourquoi nous pensons que le récitatif de l’annonciation à Joseph n’a pas été composé par une communauté grecque, mais bien par le premier concerné, de culture juive et de langue araméenne. La famille, Marie, ou les cousins de Jésus, ayant ensuite transmis.
L’ange du SEIGNEUR annonça à Joseph :
« Or elle enfantera un fils, / et elle appellera son nom : Jésus.
Lui, en effet, / il vivifiera son peuple loin de ses péchés. » (Mt 1,21).
Si on part du grec, on pourrait opposer l’évangile de Luc, où c’est Marie qui nommera l’enfant Jésus, et l’évangile de Matthieu, où il semblerait que ce soit Joseph.
En araméen, en Mt 1,21, le texte comporte une ambiguïté : « teqre » peut être traduit : « elle appellera » ou « tu appelleras ». Bien que les textes grecs et latins aient traduit « tu appelleras », il serait plus cohérent de traduire : « elle appellera ». Le soir de Noël, quand Joseph entend Marie nommer le nouveau-né : « Jésus » ; il est confirmé dans sa foi aux paroles de l’ange « elle l’appellera Jésus ». Un signe analogue fut donné à Zacharie avec les mêmes mots en araméen, et les mêmes traductions en grec et en latin (Lc 1,13). D’ailleurs, si nous avions entendu cette perle jusqu’au bout, il est dit, au verset 25, « qu’elle enfanta son fils premier-né[5], / et elle appela son fils : Jésus. »
« Il vivifiera son peuple » (Mt 1,21) : cette expression se rapporte uniquement à Dieu. L’expression ‘son peuple’ est très forte. Le Nouveau Testament, en héritant du langage de l’Ancien Testament, la rapporte uniquement à Dieu qui avait choisi Israël comme son peuple ; maintenant, par l’œuvre du Christ, il s’est acquis un nouveau peuple, formé aussi des gentils, les chrétiens issus du paganisme (Ac 15,14 ; Hé 4,9 ; 10,30 ; 1 Pt 2,10 ; Tt 2,14). Si dans la première alliance le peuple était exclusivement celui de Dieu, au temps de la nouvelle alliance il appartient en même temps au Père et au Fils, le Christ. Le Christ, le nouvel Emmanuel a reçu tout pouvoir au ciel et sur la terre (Mt 28,19). Donc il a aussi « son peuple » (Mt 1,21), qui est le peuple de Dieu.
« Loin de ses péchés » (Mt 1,21) : sauver des péchés est une prérogative divine. Nous l’apprenons de la suite de l’évangile.
« Jésus vit leur foi / et dit à ce paralysé-là :
‘Reprends cœur, fils ! / Ils te sont remis, tes péchés !’
Or des hommes, parmi les scribes, / se dirent en eux-mêmes :
‘Celui-ci / blasphème !’ » (Mt 9,2-3).
Jésus sera appelé « Emmanuel… Dieu avec nous » (Mt 1,23) : selon la doctrine de Matthieu, cette appellation « Emmanuel… Dieu avec nous » doit être comprise dans son sens plein. Jésus ressuscité, en apparaissant aux disciples, leur promet : « Et voici que je suis avec vous [c’est-à-dire je suis « Emmanuel… Dieu avec nous »] pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Aucun homme ne peut être avec nous jusqu’à la fin du monde. L’Emmanuel n’est donc pas simplement un homme, aussi prestigieux soit-il. On pouvait penser qu’Ezéchias était celui qu’annonçait l’oracle d’Isaïe 7,14. Mais nous sommes ici dans une autre situation. L’Emmanuel, le Christ, est le ressuscité, qui a révélé sa divinité dans le mystère pascal et déjà bien avant.
Aussi pour le premier évangéliste, et pour Joseph, il n’y a absolument aucun doute que le fils de Marie soit de nature unique, un Être divin !
« Jésus » (Mt 1,25). Ce nom dérive du verbe hébreu « Yâšaᶜ », sauver. Le nom de Jésus « Yešūᶜ » ressemble à la forme courtede Josué[6] et non pas à sa forme longue « yehôšûᶜa » (qui se traduirait « Dieu est son aide »). En Jésus, c’est bien sûr Dieu qui sauve : qui peut sauver-vivifier, sinon l’auteur de la vie ?
OU BIEN Évangile (Lc 2, 41-51a)
C’est l’épisode de Jésus perdu et retrouvé au temple, évoqué dans le commentaire de la deuxième lecture.
[1] Ce drap [šušepā] est mentionné par ÉPHREM de Nisibe, dans les Hymnes sur la Nativité 14,12 ou 16,13 cf. op.cit., p. 194 et note 4 p. 208.
[2] Nous utilisons la graphie SEIGNEUR pour transcrire « māryā », considéré dans tout l’Ancien Testament comme l’équivalent du tétragramme : le Seigneur Dieu.
En effet, en araméen, « māryā » : « mārā (maître) + yā, la première syllabe du tétragramme (Yahweh) » ; « māryā » est le mot que nous avons toujours dans l’Ancien Testament pour le tétragramme, transcrit généralement par «Yahweh» : l’Éternel, le Seigneur Dieu. Dans le Nouveau Testament, quand Jésus est appelé « Seigneur », c’est « mārā » (maître), à quelques exceptions près, notamment : « Il vous est né, en effet, aujourd’hui, un Sauveur qui est le SEIGNEUR [māryā] Messie » (Lc 2,11).
[3] mettargam : ce verbe donne le mot « targum » qui est à la fois une traduction et une interprétation.
[5] būḵrā : c’est un mot spécifique pour le fils premier-né, il signifie : « prémices ». Le mot grec correspondant à « premier-né » : « prôtotokon » n’a pas été retenu par le texte grec « reçu » (Nestlé Alland), mais il se trouve dans plusieurs manuscrits importants dont le codex de Bèze. Chaque fils premier-né devait être consacré au Seigneur en mémoire du fait que Dieu avait fait périr les premiers-nés des Égyptiens (Ex 13,1-2.11-12.14-16 ; Nm 8,16-17). On remarque que les vieilles syriaques disent « un fils » et non pas « son fils premier-né », ce qui est un indice de leur éloignement de la culture hébraïque.
Date de dernière mise à jour : 13/01/2026