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Dimanche 22 novembre Christ, Roi de l’Univers

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Sur Radio espérance : tous les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 8h15
et rediffusées le dimanche à 8h et 9h30.
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Et Radio fidélité, et radio Ecclésia
Première lecture (Ez 34, 11-12.15-17)
Psaume (Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
Deuxième lecture (1 Co 15, 20-26.28)
Première lecture (Ez 34, 11-12.15-17)
« Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées. C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, – oracle du Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit. Et toi, mon troupeau – ainsi parle le Seigneur Dieu –, voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs » – Parole du Seigneur.
Le prophète Ézéchiel appartient à la génération qui a connu la catastrophe de 587 av. J.-C. À cette date, le Temple est détruit et une partie importante de la population est déportée à Babylone. Ézéchiel lui-même se trouve parmi les exilés. Le peuple vit donc une expérience de dispersion, de perte et de profonde désorientation.
Dans la Bible, les rois, les prêtres et les responsables d’Israël sont souvent comparés à des « bergers ». Leur mission est de conduire le peuple, de le protéger et de rechercher son bien. Or, dans le chapitre 34 d’Ézéchiel, Dieu reproche précisément aux mauvais bergers d’avoir trahi cette mission et de livrer « le troupeau au pillage » (v.8).
C’est dans ce contexte que Dieu déclare : « Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis ». Dieu va chercher la brebis perdue, ramener celle qui s’est égarée, soigner celle qui est blessée et fortifier celle qui est malade. Et il ajoute : « Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit ». La « brebis grasse et vigoureuse » représente probablement ceux qui ont profité de leur position au détriment des plus faibles, le berger divin ne fait pas de purge, mais il rétablit le droit, il met fin aux rapports injustes qui existaient dans le troupeau et il « juge entre brebis et brebis ». C’est une parole de consolation, mais aussi une parole de justice.
L’oracle d’Ézéchiel nous concerne tous à notre niveau. « Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. » N’imaginons pas trop vite panser les plaies des gens si nous ne ramenons pas les égarés par une saine doctrine. N’imaginons pas trop vite rendre force aux autres si nous ne respectons pas d’abord le droit de chacun et la justice. L’oracle forme un tout, la guérison forme un tout et c’est une œuvre divine, totalement sainte, dans laquelle ne doit se glisser aucune compromission avec le mal et aucune manipulation.
L’oracle d’Ézéchiel vaut aussi au plan politique quand le droit international n’est pas respecté par ceux qui prétendent faire la leçon aux autres, quand un chef d’État sert des intérêts financiers contraires au bien de sa nation, quand une population est envoyée à la guerre par une élite financière corrompue. On pourrait encore évoquer le livre de Jacques Attali « L’avenir de la vie », publié en 1981 et comment il envisage de réduire la population par exemple avec un virus dont le traitement serait aussi un piège et avec des soins fallacieux prodigués par des robots (p. 272-274).
La fête du Christ-roi a été instituée par le pape Pie XI en décembre 1925 en réponse à ce qu’il appelait la « peste de notre époque… le laïcisme » (encyclique Quas primas § 18). Le laïcisme, au début du XXe siècle, revêtait alors plusieurs formes. Par exemple, les lois Calles au Mexique qui cherchaient à priver l’Église de toute influence dans l’éducation et dans la vie publique ; un autre exemple très différent est l’Action française qui voulait développer un nationalisme monarchiste d’inspiration païenne, constituant ainsi une parodie du projet chrétien.
Concernant les questions liées à ce que l’on appelle la laïcité, le pape Léon XIV a déclaré au Palais de l’Élysée : « Le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie. En effet, ‘la véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative’. » (Discours au Palais de l’Élysée (Paris) Vendredi 25 septembre 2026).
Accomplissant l’oracle du livre d’Ézéchiel, Jésus est le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis, il ne lâche pas le troupeau quand le loup vient, mais il connaît ses brebis et s’expose pour elles. Il est le bon berger qui est venu « pour que le monde ait la vie ».Haut du formulaire
L’Apocalypse nous apprend que l’opposition au Christ prendra une forme mondiale appelée « la bête et le faux prophète ». Certes, pour une courte période, deux témoins, présentés comme des pénitents revêtus de sacs, seront investis d’un grand pouvoir au rayonnement mondial, mais la bête finira par les tuer (Ap 11,3-7). Il faudra attendre la venue glorieuse du Christ, la Parousie, pour que la bête soit jetée en enfer par le Christ roi des rois (Ap 17,14 ; 19,16).
« Et toi, mon troupeau – ainsi parle le Seigneur Dieu –, voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs » (Ez 34, 17). Le Seigneur ne parle pas simplement d’un discernement intérieur aux personnes mais bien qu’un jugement entre les personnes, tout comme dans l’évangile de ce jour. C’est une tentation bien humaine que de vouloir faire le tri nous-mêmes entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs, pour éliminer tous ceux qui ne nous plaisent pas, tous ceux qui ne correspondent pas à notre vision d’un monde idéal, mais le jugement ne peut être fait que par Dieu, et par Jésus, le Fils de Dieu auquel Dieu le Père a remis le jugement. Rappeler que le jugement appartient à Dieu nous détourne de la tentation de la violence et nous conduit à la douceur et à la patience. Et l’on peut rappeler les paroles du pape Léon XIV le 25 septembre 2026 devant le président français : « Je vous exhorte donc à ne jamais vous résigner à la perspective d’une guerre en la considérant comme ‘inévitable’, mais à promouvoir sans relâche le dialogue et la diplomatie, afin de préserver des sociétés pacifiques, respectueuses de la dignité et des droits de la personne et des peuples. » (Léon XIV, discours à l’Élysée le 25 septembre 2026).
L’évangile de ce dimanche dit : « Quand le Fils de l’homme [Jésus] viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui [c’est donc sur la terre] ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche » (Mt 25,31-32). Le monde alors sera purifié des ennemis de Dieu, et il pourra réaliser sa vocation le but pour lequel il a été créé : notre participation à la vie divine.
La prophétie d’Ézéchiel ne se réalisera donc complètement que lors de la Venue glorieuse de Jésus qui sera comme un soleil dissipant les nuages, apportant la guérison dans ses rayons. « Mais pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons. » (Malachie 3,20). L’Apocalypse parle à ce sujet d’un « millénaire » (Ap 20,4) que saint Irénée décrit comme « le prélude de l’incorruptibilité, royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu »[1].
Le Christ reviendra dans la gloire, il jugera tous les imposteurs et faiseurs d’iniquité et il réalisera son règne sur la terre comme au ciel, afin, comme le dira la seconde lecture, d’offrir le royaume au Père. Alors, chers auditeurs, de tout cœur, annonçons et fêtons le Christ roi !
Psaume (Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure. Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante. Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.
Au Moyen Âge et encore à l’époque moderne, le titre du Christ Roi pouvait être compris dans un univers politique où la foi chrétienne et l’ordre social étaient beaucoup plus étroitement imbriqués. La royauté du Christ pouvait alors être exprimée à travers la personne du souverain chrétien : le roi terrestre exerçait son autorité sous l’autorité du Christ. La scène de saint Louis portant la couronne d’épines pieds nus est particulièrement parlante : le roi n’est véritablement roi qu’en se reconnaissant lui-même soumis au Christ. Sa couronne est relative à celle du Christ ; son pouvoir est reçu et doit être exercé comme un service.
On retrouve quelque chose de comparable dans des sociétés plus récentes où les gouvernements, les constitutions, les cérémonies publiques ou les discours pouvaient se référer à Dieu, au Christ ou à la loi chrétienne.
La fête du Christ Roi, instituée par Pie XI en 1925, doit d'ailleurs être comprise dans le contexte très particulier de cette époque : montée des idéologies totalitaires, sécularisation croissante des sociétés européennes et volonté de rappeler que ni l'État, ni la nation, ni les idéologies politiques ne peuvent prétendre à une souveraineté absolue.
Le Christ est toujours Roi. Mais son Royaume n'est pas un système politique chrétien que les chrétiens pourraient simplement mettre en place. C'est précisément ce que Jésus lui-même affirme devant Pilate en disant que son règne n’est pas de ce monde (Jn 18,36). Cela ne signifie pas que sa royauté ne concerne pas le monde ; cela signifie qu'elle ne fonctionne pas selon les catégories ordinaires de la puissance, de la domination et de la conquête.
C’est ici que le lien avec le psaume est intéressant. Le roi chrétien d'autrefois pouvait être tenté de sacraliser le pouvoir, alors qu’en réalité il s’agit de convertir l'exercice du pouvoir par le modèle du bon berger rempli de sollicitude, qui protège, qui nourrit et qui conduit à la vie.
Commençons par le verset le plus difficile : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure ». L’expression « ton bâton me guide et me rassure » désigne le bâton du berger qui écarte les dangers ou les broussailles. Le livre de l’Apocalypse montre une Femme couronnée d’étoiles qui « mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer » (Ap 12,5), cet enfant est Jésus, le Messie, le Christ roi qui doit régner sur toute la terre. La femme est enveloppée de soleil, c'est l’Église dans la présence du Ressuscité, mais elle est menacée par le Dragon, c’est-à-dire par Satan (Ap 12,1-5). Et voici que la femme, l’Église, trouve « un refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d'un temps » (Ap 12,14). Et s’applique ainsi à cette Femme, l’Église, les autres versets du psaume : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom… Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante. »
Ce qui est vrai au plan individuel est vrai aussi au plan national et international.
Le 26 septembre 2022, explosait le pipeline Nord Stream 2 dans les fonds marins, au nord de la Pologne et de l’Allemagne… Cependant, aucun des pays concernés, pas même la Russie, ne semble avoir intérêt à aggraver l’affaire[2]. Et peu après, à Medjugorje – Concernant Medjugorje, les pèlerinages sont autorisés mais on n’est pas obligé de croire aux apparitions et aux messages – le 25 décembre 2022, durant l’apparition annuelle à Jakov, la Sainte Vierge est venue avec Jésus dans les bras. À travers Jakov, elle a donné le message suivant : « Chers enfants ! Aujourd’hui, tandis que la lumière de la naissance de Jésus éclaire le monde entier et que, de façon particulière, je tiens Jésus dans mes bras, je prie pour que chaque cœur devienne l’étable de Bethléem dans laquelle naîtra mon Fils, et pour que vos vies deviennent lumière de sa naissance. Petits enfants, vous vivez dans le trouble et la peur. C’est pourquoi, petits enfants, en ce jour de grâce, priez Jésus pour qu’il fortifie votre foi et devienne le Souverain de votre vie [= le Christ Roi !] Car, mes enfants, ce n’est qu’avec Jésus dans votre vie que vous ne regarderez pas le trouble, mais que vous prierez pour la Paix et vivrez dans la Paix. Vous ne regarderez pas la peur, mais plutôt Jésus qui nous libère de toute peur. Je suis votre Mère qui veille sans cesse sur vous, et je vous bénis de ma bénédiction maternelle. »
Et ce message du 25 janvier 2023 : « Chers enfants ! Priez avec moi pour la paix, car Satan veut la guerre et la haine dans les cœurs et les peuples. C’est pourquoi, priez et sacrifiez vos jours par le jeûne et la pénitence afin que Dieu vous donne la paix. L’avenir est à la croisée des chemins, car l’homme moderne ne veut pas de Dieu. C’est pourquoi l’humanité se dirige vers la perdition. Petits enfants, vous êtes mon espérance. Priez avec moi pour que se réalise ce que j’ai commencé à Fatima et ici. Soyez prière et témoignez de la paix autour de vous et soyez des personnes de paix. Merci d’avoir répondu à mon appel. »
Notre espérance ultime, c’est la Venue glorieuse du Christ, roi de l’univers, mais la Reine du Ciel, la Reine de la paix, notre mère, nous dit : « Petits enfants, vous êtes mon espérance ». Les hommes doivent accepter la pensée divine, la pensée souveraine de l’Esprit Saint, c’est cela à quoi nous engage la fête du Christ Roi : à une soumission totale au Christ, une soumission tout à fait acceptable pour l’homme, dans son humilité. Car le Christ est le bon berger qui ne nous veut que du Bien.
Le verset « Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre » vise tout spécialement la venue glorieuse du Christ qui sera l’occasion d’une vivification des justes qui vivront encore sur la terre à ce moment-là (He 9, 28 – de l’araméen). Ceux qui suivent Jésus le bon berger sont à la fois l’espérance du monde et l’espérance de Dieu lui-même puisque l’accomplissement du règne de Dieu sur la terre comme au ciel au moment de la Parousie, la venue glorieuse du Christ, passe par les âmes des gens, par l’union de chacun à la volonté divine. Même si la venue glorieuse du Christ, en elle-même, est un événement qui ne dépend pas de notre volonté, l’accomplissement du règne de Dieu sur la terre dépendra de l’accueil de ceux qui sont sur la terre. « Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. »
Deuxième lecture (1 Co 15, 20-26.28)
Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, [une traduction littérale devrait dire « puis (ensuite) »] tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous. – Parole du Seigneur.
Explications :
« Tous revivront » (1Co 15, 22) : il s’agit ici de beaucoup plus que de la simple immortalité de l’âme. Il s’agit de la résurrection des morts nettement mise en lien avec la propre Résurrection du Christ. Jésus est le modèle ; mieux encore Jésus nous incorporera dans sa Résurrection, il nous fera participer à sa vie de Fils de Dieu. En particulier, les saints qui sont déjà morts ressusciteront pour apparaitre avec le Christ lors de son retour glorieux (cf. 1Th 3, 13).
Observons maintenant les prépositions dans une bonne traduction : la venue glorieuse du Christ est encore suivie d’un « puis (ensuite) » (verset 24), elle ne fait qu’ouvrir le processus de la fin :
« 22 En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront 23 mais chacun à son rang : en prémices, le Christ,
ensuite ceux qui appartiennent au Christ lors de sa venue, [ressuscités, ils apparaissent avec le Christ]
24 puis [ensuite] viendra la fin quand il remettra la royauté à Dieu le Père » (1Co 15, 22-24).
« Puis (ensuite) [grec : ειτα, araméen hāydēn] » au début du verset 24 laisse une consistance propre au temps inauguré par le verset 23 : c’est le « temps » de la venue glorieuse du Christ, ce que saint Irénée appelle le royaume des justes, et qui conduit au Père, étape ultime et ineffable (Traité contre les hérésies livre V, 36, 2). Malheureusement, à cause de la mauvaise habitude occidentale de confondre le retour du Christ avec la Fin du monde, un bon nombre de traductions remplacent le « puis (ensuite) » par « alors » (concomitant).
Par ailleurs, rappelons que chaque fois que la foule voulait le faire roi, Jésus se dérobait. Puis, lorsque Jésus affirme sa Royauté devant Pilate, Jésus ajoute immédiatement que son royaume n’est pas de ce monde, c’est-à-dire qu’il ne s’obtient pas avec les moyens de ce monde (Jn 18, 36). tels que la police ou l’armée. Mais, lors de son retour glorieux, qui ressemblera à une apparition du Ressuscité que le monde entier verra, le Christ mettra tous ses ennemis sous ses pieds.
Le Christ mettra tous ses ennemis sous ses pieds (1Co 15, 25), c’est-à-dire Satan et ses associés : Asmodée, Béelzéboul et Mammon — l’impureté, l’occultisme, et l’argent. Les hommes qui auront traversé le jugement concomitant à la Parousie sont des hommes qui ne veulent plus aucune compromission avec le mal, et les démons ne peuvent plus s’immiscer dans leurs relations humaines, désormais sanctifiées.
Comme le dit le jeune saint Augustin : « C’est sur cette terre effectivement que l’Église apparaîtra d’abord environnée d’une gloire immense, revêtue de dignité et de justice […] semblable à un monceau de froment qu’on voit sur l’aire encore, mais parfaitement nettoyé, la multitude des saints sera placée ensuite dans les célestes greniers de l’immortalité » (Saint Augustin, Sermon 259).
« Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort » (1Co 15, 26), autrement dit, le temps de la Parousie s’achèvera par une assomption de l’humanité dans l’éternité, et l’assomption de la Vierge Marie en a été la préfiguration. Le but ultime est la participation à la vie divine : le Christ offrira le royaume au Père : « Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous » (1Co 15, 28).
Venons-en à l’origine de la solennité du Christ Roi que nous célébrons. Dans son encyclique Quas primas, Pie XI rappelle le message de l’Archange Gabriel à la Vierge Marie : elle engendrera un fils à qui le Seigneur Dieu donnera le trône de David ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin [Lc 1, 32-33]. « Dès lors, confirme Pie XI, faut-il s’étonner qu’il soit appelé par saint Jean le Prince des rois de la terre [Ap 1, 5] ou que, apparaissant à l’Apôtre dans des visions prophétiques, il porte écrit sur son vêtement et sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs [Ap 19, 16]. Le Père a, en effet, constitué le Christ héritier de toutes choses [He 1, 1] ; il faut qu’il règne jusqu’à la fin des temps, quand il mettra tous ses ennemis sous les pieds de Dieu et du Père [1Co 15, 25]. » (Quas primas § 6)
« La fête, désormais annuelle, du Christ-Roi Nous donne le plus vif espoir de hâter le retour si désirable de l’humanité à son très affectueux Sauveur... En conséquence, en vertu de Notre autorité apostolique, Nous instituons la fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ-Roi. Nous ordonnons qu’elle soit célébrée dans le monde entier, chaque année, le dernier dimanche d’octobre, c’est-à-dire celui qui précède immédiatement la solennité de la Toussaint. Nous prescrivons également que chaque année, en ce même jour, on renouvelle la consécration du genre humain au Sacré Cœur de Jésus, consécration dont Notre Prédécesseur Pie X, de sainte mémoire, avait déjà ordonné le renouvellement annuel... » (Quas primas § 19).
Réconfortante et source d’espérance, la solennité du Christ Roi nous engage aussi dès maintenant. Et l’Église donne une véritable doctrine sociale, avec des principes d’organisation de la société.
Notamment, le principe de la justice qui « amène à donner à l’autre ce qui est sien, c’est-à-dire ce qui lui revient en raison de son être et de son agir » (Benoit XVI, La charité dans la vérité § 6).
Le principe du bien commun, c’est-à-dire « le bien du ‘nous-tous’, constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale » (Ibid § 7).
Le principe de la subsidiarité qui « respecte la dignité de la personne en qui elle voit un sujet toujours capable de donner quelque chose aux autres », et qui opère « à travers l’autonomie des corps intermédiaires » (Ibid § 57).
Évangile (Mt 25, 31-46)
- L’Évangile selon saint Matthieu, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. Préface de Mgr Mirkis (Irak), Mgr Dufour (France) et Mgr Kazadi (République démocratique du Congo). Parole et Silence, juin 2026, 555 pages.
- L’Évangile selon saint Matthieu, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. Préface de Mgr Mirkis (Irak), L’Harmattan 2026.
Vous pouvez vous balancer de gauche à droite et accompagner les paroles par quelques gestes sobres. Vous observerez que le texte est facile à mémoriser, il y a beaucoup de répétitions et quelques rimes.
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« 31 Or, quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, / et tous ses saints anges avec lui,
alors il siégera sur le trône de sa gloire, / et seront rassemblées devant lui tous les peuples.
Il les séparera les uns des autres, / comme le berger qui sépare les brebis des chèvres.
33 Et il fera se tenir les brebis à sa droite, / et les chèvres à sa gauche.
34 Alors, / le Roi dira à ceux de sa droite :
‘Venez, / les bénis de mon Père,
héritez du Règne, / qui devait être pour vous depuis la fondation du monde !
35 J’ai eu faim, en effet, / et vous m’avez donné à manger ;
j’ai eu soif, / et vous m’avez donné à boire ;
je fus un étranger, / et vous m’avez recueilli ;
36 je fus nu, / et vous m’avez revêtu ;
je fus malade, / et vous m’avez visité ;
je fus en prison, / et vous êtes venus auprès moi !’
37 Alors / ces justes lui diront :
‘Seigneur,
quand t’avons-nous vu être affamé, / et nous t’avons nourri,
ou bien être assoiffé, / et nous t’avons donné à boire ?
38 Et quand t’avons-nous vu être étranger, / et nous t’avons recueilli,
ou bien être nu, / et nous t’avons revêtu ?
39 Et quand t’avons-nous vu malade ou en prison / et nous sommes venus auprès de toi ?’
40 Et le Roi répondit / et leur dit :
‘Amen, / je vous le dis :
Autant l’avez-vous fait à l’un de ces petits, mes frères, / autant c’est à moi que vous l’avez fait !’
41 Alors, / il dira aussi à ceux de sa gauche :
‘Allez-vous-en loin de moi, maudits, / au feu éternel
celui qui a été préparé pour l’Accusateur / et pour ses anges.
42 J’ai eu faim, en effet, / et vous ne m’avez pas donné à manger ;
j’ai eu soif, / et vous ne m’avez pas donné à boire ;
je fus un étranger, / et vous ne m’avez pas recueilli ;
43 je fus nu, / et vous ne m’avez pas revêtu ;
je fus malade, / et vous ne m’avez pas visité ;
je fus en prison, / et vous n’êtes pas venus auprès moi !’
44 Alors ils répondront, eux aussi, / et diront :
‘Seigneur,
quand t’avons-nous vu affamé ou assoiffé / étranger ou nu,
malade ou en prison, / et nous ne t’avons pas servi ?
45 Alors il leur répondra / et leur dira :
‘Amen, / je vous le dis :
autant vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, / autant à moi non plus vous ne l’avez pas fait.’
46 Et ils s’en iront, ceux-ci au supplice éternel, / et les justes à la vie éternelle. »
Acclamons la Parole de Dieu.
Le Fils de l’homme, c’est Jésus ressuscité, au moment de son retour dans la gloire. Il est le juge, parce qu’aussi il est le seul innocent. Il est aussi le « Roi ». Notons bien qu’il s’agit ici du jugement des « peuples » (ou des « nations »), et non pas d’un jugement particulier : il s’agit d’un jugement en vue de la réalisation du règne de Dieu comme au ciel, sur la terre (Mt 6,10), un règne qui ne pouvait pas se réaliser tant qu’il y avait des méchants sur la terre.
L’expression « quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire » (Mt 25,31) se réfère à la vision de Daniel où le Fils de l’homme vient sur les nuées du ciel et jugeant les Empires (Dn 7,13). Jésus est « LE Fils de l’homme [brēh d-nāšā] » (et non pas « bar nāšā, fils d’homme, homme »). C’est ainsi que s’accomplira la prophétie de Daniel : « Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. » (Dn 7,14).
Mt 25,31-46 ne constitue pas à proprement parler une parabole. En fait, le seul élément parabolique est l’image du berger, des brebis et des boucs (v. 33), qui n’est qu’une illustration donnée en passant. Tout le reste entend donner une vision du jugement dernier. Il ne s’agit plus de quelques vierges ou de trois serviteurs, mais des nations du monde entier.
Le livre d’Hénoch 46-51 ou le quatrième livre d’Esdras délivrent des visions dont le sens est assez voisin. Mais on est frappé par le caractère dépouillé, symétrique, facile à retenir, de l’enseignement de Jésus. D’une manière générale, alors que dans l’apocalyptique juive, ce sont les païens ou les ennemis d’Israël qui seront écrasés par le juge des derniers jours, ici, ce sont ceux qui n’ont pas secouru les frères du « Fils de l’homme ».
Les œuvres bonnes sont énoncées au singulier, on ne peut pas soulager toute la misère du monde, mais on peut nourrir celui qui a faim, donner à boire à celui qui a soif, vêtir celui qui en a besoin, recueillir l’étranger ; il ne s’agit pas d’œuvres difficiles comme de guérir les malades ou de libérer les prisonniers de leurs chaînes, mais simplement de les visiter. Les auteurs de telles œuvres sont « bénis » et bénis par « le Père », ils reçoivent le royaume et le reçoivent « en héritage » : comme un bien paternel préparé de tout temps pour leur revenir.
Les justes ignorent qu’ils ont servi le Fils de l’homme dans la personne des malheureux (Mt 25,31-46). Il n’y a donc aucune contradiction quand saint Paul condamne les œuvres tirées de la loi pour se faire valoir devant Dieu.
Le texte n’est pas tout à fait symétrique.
En s’adressant aux bons, le v. 40 ne leur permet pas d’identifier Jésus aux déshérités, car ils sont appelés « mes frères », ce qui signifie par exemple que les œuvres caritatives ne remplacent pas le culte et la prière.
En s’adressant aux mauvais, le v. 45 a abrégé le v. 40, de sorte que les mauvais sont avertis qu’on ne sert pas Jésus sans servir les déshérités : le parallèle est total entre Jésus et les petits. On apprend que le péché par omission est aussi grave qu’un crime : il conduit au supplice éternel. Les œuvres sont donc d’une importance capitale. Le Fils de l’homme leur dira : « Allez-vous-en loin de moi, maudits [līṭe] », sans ajouter « par mon Père », car Dieu ne les maudira pas lui-même, c’est leur propre vie qui les maudira. Jésus ne dit pas non plus que le feu éternel avait été préparé pour eux, mais « pour l’Accusateur [Satan] et pour ses anges » (v. 41), car Dieu n’a prédestiné personne au mal. Dieu a préparé le Ciel comme il a « préparé » les vases d’élection (Rm 9,23), c’est-à-dire les justes, mais ce n’est pas lui qui prépare les vases pour la perdition, il les « supporte » (Rm 9,22).
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Mt 25,31-46 dit quelque chose de la possibilité du salut pour les non chrétiens.
L’Église doit évangéliser, enseigner et baptiser dans toutes les nations (Mt 28,16-20), c’est le sceau de l’Évangile de Matthieu. Dans la foi des apôtres, le salut (sur la terre) ne peut advenir sans l’annonce de l’Évangile (Rm 10,14), et nous devons continuer d’oser dire que les hommes ont besoin d’un exorcisme et qu’ils sont tenus en esclavage par le diable durant leur vie entière (Ac 26,18 ; Hé 2,14-15).
Mais ce n’est pas pour autant que l’Église voue à l’enfer ceux qui n’ont pas reçu l’Évangile. Qui ne connaît des non chrétiens généreux envers celui qui a faim et attentifs à celui qui est malade ? Il s’agit de ce que l’on appelle parfois la loi naturelle, c’est-à-dire une notion innée du bien et du mal, et qui est encore exprimée dans la plupart des religions bien qu’elle soit souvent en partie obscurcie[3]. Ainsi, il faut les évangéliser afin qu’ils soient sauvés le plus rapidement possible et qu’ils posent les bons choix, dans la lumière de la vérité de sorte qu’au moment de la venue glorieuse du Christ, ils hériteront du règne (Mt 25,34) et de la vie éternelle (Mt 25,46). L’Apocalypse dit quelque chose de similaire en parlant de ceux qui ont simplement refusé la marque de la bête (Ap 20,4).
[1] Saint IRÉNÉE, Contre les hérésies, V, 32, 1
[2] Cf. Nordstream -Anatomy of Dante’s Explosion https://drive.proton.me/urls/HYVJAJ3P5W#D2jSuEOYk3nn
[3] Par exemple, mère Térésa qui soignait les pauvres des bidonvilles de Calcutta « eut à souffrir de la réprobation de certaines autorités religieuses (hindoues) lui reprochant de s’opposer à la loi karmique et de menacer ainsi l’équilibre du Dharma. » (Joseph Marie VERLINDE, L’expérience interdite, éditions saint Paul, Versailles 1998. p. 105).
Date de dernière mise à jour : 29/09/2026