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Marie Mère de l'Eglise

Podcast sur : https://radio-esperance.fr/antenne-principale/entrons-dans-la-liturgie-du-dimanche/#
Première lecture Gn 3, 9-15.20 ou Ac 1, 12-14
Psaume (86 (87), 1-2, 3 et 5, 6-7)
Première lecture Gn 3, 9-15.20 ou Ac 1, 12-14
La liturgie offre deux possibilités de lecture.
Première possibilité : Gn 3, 9-15.20
Quand Adam eut mangé du fruit de l’arbre, le Seigneur Dieu l’appela et lui dit : « Où es-tu donc ? » L’homme répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. » Le Seigneur reprit : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? » L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. » Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux et toutes les bêtes des champs. Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante), parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. – Parole du Seigneur.
Après la faute d’Adam et d’Ève, Dieu appelle l’homme : « Où es-tu donc ? » (v.9). Cette question ne manifeste pas l’ignorance de Dieu, mais son initiative de miséricorde : Dieu cherche l’homme qui s’est éloigné de lui. La peur et la honte apparaissent aussitôt : « J’ai pris peur parce que je suis nu » (v.10). Le péché introduit une rupture avec Dieu, avec soi-même et avec les autres. Dans les versets suivants (v.11-13), Adam accuse la femme, et la femme accuse le serpent.
Mais au cœur même du jugement apparaît une promesse. Dieu déclare au serpent : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » (v.15). Ce verset est souvent appelé le « proto-évangile », c’est-à-dire la première annonce du salut. La victoire finale sur le mal viendra d’une femme et de sa descendance. Ainsi, la tradition de l’Église voit dans cette femme annoncée la figure de Marie, associée à la victoire de son Fils sur le mal. Saint Louis-Marie de Montfort remarque que ceux qui sont consacrés à Marie sont le talon du Corps : sa partie la plus humiliée mais aussi la plus décisive dans le combat contre Satan (VD 55), c’est-à-dire dans le salut du monde. La Vierge a épousé, plus intensément que personne, l’infini désir qu’avait son Fils de sauver par sa Croix le monde entier. Ceux qui, dans le Corps du Christ sont le plus liés à Marie, sont les plus engagés dans le salut du monde.
Enfin, le texte conclut : « L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante), parce qu’elle fut la mère de tous les vivants » (v.20).
Le concile Vatican II enseigne : « La Vierge Marie en effet, qui, lors de l’Annonciation faite par l’ange, reçut le Verbe de Dieu à la fois dans son coeur et dans son corps, et présenta au monde la vie, est reconnue et honorée comme la véritable Mère de Dieu et du Rédempteur. Rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils, unie à lui par un lien étroit et indissoluble, elle reçoit cette immense charge et dignité d’être la Mère du Fils de Dieu, et, par conséquent, la fille de prédilection du Père et le sanctuaire du Saint-Esprit, don d’une grâce exceptionnelle qui la met bien loin au-dessus de toutes les créatures dans le ciel et sur la terre. Mais elle se trouve aussi, comme descendante d’Adam, réunie à l’ensemble de l’humanité qui a besoin de salut ; bien mieux, elle est vraiment "Mère des membres "du Christ"... ayant coopéré par sa charité à la naissance dans l’Église des fidèles qui sont les membres de ce Chef"(3). C’est pourquoi encore elle est saluée comme un membre suréminent et absolument unique de l’Église, modèle et exemplaire admirables pour celle-ci dans la foi et dans la charité, objet de la part de l’Église catholique, instruite par l’Esprit-Saint, d’un sentiment filial de piété, comme il convient pour une mère très aimante. » (1964 Lumen Gentium 53)
La seconde lecture proposée présente la communauté des disciples après l’Ascension de Jésus.
Ac 1, 12-14 : Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche, – la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat. À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. – Parole du Seigneur.
Les apôtres retournent à Jérusalem et se rassemblent dans la chambre haute (v.12-13). Le texte souligne leur unité : « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière » (v.14). Parmi eux se trouve explicitement mentionnée Marie, la mère de Jésus. Sa présence est très significative. « On voit les apôtres, avant le jour de Pentecôte, "persévérant d’un même coeur dans la prière avec quelques femmes dont Marie, Mère de Jésus, et avec ses frères" (Ac 1,14) ; et l’on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l’Esprit qui, à l’Annonciation, l’avait déjà prise sous son ombre. » (Lumen Gentium 59). En effet, à l’Annonciation, vient sur elle l’Esprit Saint (Lc 1, 35) et, à l’occasion de la visite de Marie chez sa parente Élisabeth, l’Esprit Saint remplit Élisabeth (Lc 1, 41). Marie prie avec l’Église naissante. Sa mission est discrète mais essentielle : elle soutient la foi des disciples et accompagne la naissance de l’Église.
Le titre « Mère de l’Église » a été solennellement proclamé par Paul VI le 21 novembre 1964, à la fin de la troisième session du Concile Vatican II, alors que le chapitre VIII de la constitution Lumen gentium venait d’exposer la place de Marie dans le mystère du Christ et de l’Église. Paul VI rappelle que Marie est la mère du Christ, et que le Christ est la tête du Corps mystique qu’est l’Église. Par conséquent, celle qui est mère du Christ est aussi mère des membres de ce Corps. Marie a accompagné l’Église naissante, notamment lorsqu’elle priait avec les apôtres avant la Pentecôte, ce que raconte le passage d’Ac 1,14. Pour Paul VI, reconnaître Marie comme Mère de l’Église doit encourager les chrétiens à se tourner vers elle avec confiance.
La célébration liturgique au lundi de Pentecôte a été instituée le 11 février 2018 (fête de Notre Dame de Lourdes) Le document de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements explique que la présence de Marie auprès des apôtres, dans l’attente de l’Esprit Saint (Ac 1,14), manifeste sa maternité envers l’Église naissante. C’est pourquoi la fête est placée immédiatement après la Pentecôte, moment où l’Église se manifeste publiquement[1].
Prions et demandons à Marie d’obtenir pour l’Église d’être chaque jour plus féconde dans la sainteté de ses enfants, et d’attirer à son sein toutes les familles des peuples.
Psaume (86 (87), 1-2, 3 et 5, 6-7)
Elle est fondée sur les montagnes saintes. Le Seigneur aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob. Pour ta gloire on parle de toi, ville de Dieu ! Mais on appelle Sion : « Ma mère ! » car en elle, tout homme est né. C’est lui, le Très-Haut, qui la maintient. Au registre des peuples, le Seigneur écrit : « Chacun est né là-bas. » Tous ensemble ils dansent, et ils chantent : « En toi, toutes nos sources ! »
Le psaume 86 (87) appartient à un petit groupe de psaumes appelés « chants de Sion », qui célèbrent Sion, c’est-à-dire la ville de Jérusalem, considérée comme le lieu choisi par Dieu pour sa présence. Historiquement, il est souvent associé à la période où Jérusalem est devenue le centre du culte d’Israël.
Les « montagnes saintes » désignent les collines de Jérusalem. Le psaume célèbre la renommée de la ville : « Pour ta gloire on parle de toi, ville de Dieu ! » (v.3). Son importance ne vient pas de sa puissance humaine mais de la présence divine. Dans la Bible, la gloire de la ville dépend toujours de la fidélité de Dieu et de l’alliance conclue avec son peuple. Une idée particulièrement originale apparaît ensuite : « On appelle Sion : “Ma mère !” car en elle tout homme est né » (v.5). Sion est présentée comme une mère qui donne naissance à ses habitants. Être « né » à Sion signifie être intégré dans la communauté que Dieu rassemble. Le verset ajoute : « C’est lui, le Très-Haut, qui la maintient » (v.5).
La dimension universelle du psaume devient claire dans le verset suivant : « Au registre des peuples, le Seigneur écrit : “Chacun est né là-bas.” » (v.6). L’image du registre évoque un recensement. Dieu lui-même inscrit les peuples comme citoyens de Sion. Cela signifie que la bénédiction divine n’est pas réservée à un seul peuple, mais s’ouvre progressivement à toutes les nations.
Le psaume se conclut par une scène de fête : « Tous ensemble ils dansent et ils chantent : “En toi, toutes nos sources !” » (v.7). La « source » évoque la vie, l’origine et la bénédiction.
Dans la tradition chrétienne, ce psaume a souvent été lu comme une figure de l’Église, mère spirituelle qui fait naître les croyants à la vie nouvelle.
Saint Augustin d’Hippone, dans son commentaire du psaume, explique que la phrase « tous sont nés en elle » désigne la communauté des croyants où les nations deviennent enfants de Dieu par la foi. Mais il dit aussi que Sion représente la Vierge Marie : « il dira : «Sion est ma mère»; mais celui qui dira: «Sion est ma mère, est homme»: or, «un homme a été fait en elle» ; mais «celui qui l’a fondée» n’est point homme, il est le «Très-Haut». Il a donc fondé la ville où il devait naître, quand il a créé celle qui devait être sa mère. Quelle merveille, mes frères ! quelles promesses ! quelles espérances ! C’est pour vous que le Très-Haut a fondé une cité : il appelle cette cité sa mère, c’est en elle qu’ «il a été fait homme, et le Très-Haut l’a fondée » (Saint Augustin, sur les Psaumes 87).
La Lettre aux Familles monfortaines de Jean-Paul II, datée du 8 décembre 2003, en la solennité de l’Immaculée Conception, synthétise avec une grande clarté la doctrine conciliaire et montfortaine concernant « Marie, Mère de l’Église » :
« Le Concile contemple Marie comme Mère des membres du Christ (cf. Vatican II, Lumen gentium §53, 62), et ainsi Paul VI l’a proclamée Mère de l’Église.
La doctrine du Corps mystique, qui exprime de la manière la plus forte l’union du Christ avec l’Église, est également le fondement biblique de cette affirmation. "Le chef et les membres naissent d’une même mère" (VD 32), nous rappelle saint Louis-Marie.
C’est pourquoi nous disons que, par l’œuvre de l’Esprit Saint, les membres sont unis et conformés au Christ Chef, Fils du Père et de Marie, de façon telle « qu’il faut qu’un vrai enfant de l’Église ait Dieu pour Père et Marie pour mère" (SM 11).
Dans le Christ, le Fils unique, nous sommes réellement des enfants du Père et, dans le même temps, des enfants de Marie et de l’Église.
Dans la naissance virginale de Jésus, c’est d’une certaine façon toute l’humanité qui renaît. À la Mère du Seigneur "on peut appliquer plus véritablement que saint Paul ne se les applique, ces paroles : ‘Mes petits enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous’ (Gal 4, 19). J’enfante tous les jours les enfants de Dieu, jusqu’à ce que Jésus-Christ mon Fils ne soit formé en eux dans la plénitude de son âge" (VD 33).
Cette doctrine trouve sa plus belle expression dans la prière : "Ô Saint Esprit ! Donnez-moi une grande dévotion et un grand penchant vers votre divine Épouse, un grand appui sur son sein maternel et un recours continuel à sa miséricorde, afin qu’en elle vous formiez en moi Jésus Christ" (SM 67). » (Jean Paul II, Lettre aux Familles monfortaines § 5)
VD = Saint Louis Marie de Montfort, Traité / SM = Saint Louis Marie de Montfort, Secret de Marie
Saint Louis-Marie de Montfort explique que le but de la vie spirituelle, à travers ses diverses étapes, est "d’arriver jusqu’à la transformation de soi-même en Jésus-Christ, et à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans le ciel. » (VD 119). En raison de l’union intime entre la Tête et les membres, le sein virginal de Marie est le lieu privilégié de cette progressive configuration des membres à la Tête, lieu de l’Incarnation de Dieu et de la Divinisation de l’homme : « C’est dans le sein de Marie, qui a entouré et engendré un homme parfait, et qui a eu la capacité de contenir Celui que tout l’univers ne comprend ni ne contient pas, c’est dans le sein de Marie... qu’on parvient en peu d’années jusqu’à la plénitude de l’âge de Jésus-Christ. » (VD 156)
En s’inspirant d’un texte attribué à saint Augustin, saint Louis-Marie affirme que :
« [Les fidèles], pour être conformes à l’image du Fils de Dieu, sont en ce monde cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris, entretenus et agrandis par cette bonne Mère, jusqu’à ce qu’elle ne les enfante à la gloire, après la mort, qui est proprement le jour de leur naissance, comme l’Église appelle la mort des justes. » (VD 33)
« Ils se jettent... se cachent et se perdent d’une manière admirable dans son sein amoureux et virginal, pour y être embrasés du pur amour, pour y être purifiés des moindres taches et pour y trouver pleinement Jésus, qui y réside comme dans son plus glorieux trône. » (VD 199)
« Une raison pourquoi si peu d’âmes arrivent à la plénitude de l’âge de Jésus-Christ, c’est que Marie, qui est autant que jamais la Mère de Jésus-Christ et l’Épouse féconde du Saint-Esprit, n’est pas assez formée dans leurs cœurs » (VD 164).
« Elle est fondée sur les montagnes saintes. Le Seigneur aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob. Pour ta gloire on parle de toi, ville de Dieu ! Mais on appelle Sion : « Ma mère ! » car en elle, tout homme est né. C’est lui, le Très-Haut, qui la maintient. Au registre des peuples, le Seigneur écrit : « Chacun est né là-bas. » Tous ensemble ils dansent, et ils chantent : « En toi, toutes nos sources ! »
Évangile (Jn 19, 25-34)
Nous prenons la traduction faite depuis l’araméen pour la proclamation orale dans : Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Jean, traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France.
« 25 Or se tenaient [là], / près de la croix de Jésus,
sa mère / et la sœur de sa mère,
et Marie, / celle de Cléopa,
et Marie, / la Magdalène.
26 Or Jésus vit sa mère / et ce disciple qu’il aimait [affectueusement] se tenir [là] ;
et il dit à sa mère : / ‘Femme voici ton fils !’
27 Et il dit à ce disciple : / ‘Voici ta mère !’
Et, depuis cette heure-là, / ce disciple l’emmena auprès de lui.
28 Après ces choses-ci, / Jésus sut que toute chose était accomplie ;
et afin que s’accomplisse l’Écriture, il dit : / ‘J’ai soif !’
29 Et un récipient était posé [là] / plein de vinaigre.
Eux, donc, / remplirent une éponge de vinaigre,
et [la] posèrent sur de l’hysope / et l’approchèrent de sa bouche.
30 Or, Jésus ayant pris de ce vinaigre, / il dit :
‘Voilà, / c’est accompli !’
Et il inclina sa tête / et livra son esprit.
31 Or les Juifs, parce que c’était la Parascève, / disaient :
‘Que ne passent pas la nuit ces corps sur leurs croix !’ / parce que le Shabbat pointait.
En effet, c’était un grand jour / le jour de ce shabbat-là !
Et ils demandèrent / à Pilate,
que soient brisées leurs jambes, à ces crucifiés, / et qu’ils les fassent descendre.
32 Et des soldats vinrent / et brisèrent les jambes du premier,
et de cet autre / qui avait été crucifié avec lui.
33 Et étant venus / auprès de Jésus,
ils virent qu’il était déjà mort / et ne brisèrent pas ses jambes.
34 Mais un des soldats / frappa son côté par une lance
et, aussitôt, il sortit du sang / et de l’eau. »
Nous allons suivre les explications de mon ouvrage « Jean, l’évangile en filet, l’oralité d’un texte à vivre » (Parole et Silence 2020, réédité peut-être ailleurs).
L’évangile est un filet d’oralité, ce qui signifie qu’en plus de l’ordre de lecture habituel, l’évangile est structuré avec des fils méditatifs, disons verticaux. Le testament du Christ « Voici ta mère » (Jn 19,27) prend toute son ampleur dans la méditation du fil vertical.
La 1ère perle de ce fil méditatif nous a transmis l’enseignement de Jésus à Nicodème :
« Amen Amen, / je te le dis,
à moins de naître d’Eau et d’Esprit, / nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » (Jn 3,5).
Le « Règne de Dieu » signifie la « Seigneurie de Dieu », car, devant le Christ, Satan est rejeté dehors (Jn 12,31 – 5e perle de ce fil vertical) et « le Prince de ce monde est jugé » (Jn 16,11 – 6e perle de ce fil vertical). La royauté du Christ est proclamée au calvaire par un écriteau en trois langues symbolisant l’universalité (Jn 19,19 – 7e perle de ce fil vertical).
Marie est d’abord désignée comme Mère (Jn 19,25), elle est la mère de l’Envoyé du Père, la mère du Verbe. Ce mystère de « l’Incarnation », conduit aux « noces » de l’Alliance à la Croix. Ici, il est important que Marie soit appelée « Femme » (Jn 19,26). En tant que Femme, elle a une vocation spécifique d’Épouse qu’aucun homme ne peut figurer liturgiquement. Elle représente l’humanité en tant qu’Épouse de « l’Agneau », le Christ.
Puis de nouveau, Marie est « mère » (Jn 19,27). Elle est la matrice de la Parole-Verbe que l’apôtre devra donner à tous les hommes, elle est la mère du disciple bien-aimé représentant l’apôtre prêtre, elle est la mère des hommes dont elle peut prendre soin à travers une relation personnelle.
Les soldats ne déchirent pas la tunique sans couture du Christ, mais ils tirent pour savoir qui l’aura (Jn 19,23-24). Le geste de déchirer les vêtements peut symboliser le schisme d’une communauté (cf. 1R 11,29-39 ; Ac 14,4 ; 23,7). L’événement des soldats qui ne déchirent pas la tunique est indissociable du testament de Jésus concernant sa mère (Jn 19, 24-25). Beaucoup ont fait l’expérience que la mère console, aime, apaise et rassemble les enfants. Lorsque l’on est comblé d’amour, les divisions font horreur et on veut la paix. Combien plus lorsque cette mère est la mère de Dieu. Il y a une certaine unité entre les élèves d’une même classe, les ouvriers d’une même usine, les prisonniers d’un même cachot…, mais entre les hommes qui vivent libres dans le Christ, la solidarité est vécue à une toute autre profondeur. La tunique du Christ que les soldats n’ont pas déchirée est un signe de cette unité de l’Église qui est sur le point de se créer grâce à l’union d’amour entre la mère de Jésus et le disciple fidèle.
Jésus dit au disciple (il s’agit de quelque chose qui est ressenti comme un devoir spirituel pressant, une vocation religieuse incontournable, plus qu’une injonction) : « voici ta mère » (Jn 19,27). Or ce disciple est le disciple bien-aimé, celui qui transmet la fine pointe de l’enseignement de son rabbi, ses gestes et ses intonations. À partir de cette heure-là, il est appelé à devenir disciple auprès de la mère de Jésus.
« Or, Jésus ayant pris de ce vinaigre, / il dit :
‘Voilà, / c’est accompli ! [mšallam]’
Et il inclina sa tête / et livra son esprit [w-ašlem rūḥēh] » (Jn 19,30).
Nous avons deux fois le même verbe [šlm], mais à des formes différentes. L’œuvre de la Rédemption est achevée, le salut est obtenu, mais il doit être reçu : il est transmis pour être reçu. Étant donné que cette perle s’achève au jardin on peut aussi comprendre que Jésus révèle par son amour divin le rang et la grandeur de l’homme créé à l’image et la ressemblance de Dieu. Mais pour que le dessein du Créateur soit accompli, il faut que l’Esprit de Jésus soit reçu.
Le cœur de Jésus est ouvert, mais ses os ne sont pas brisés. Les os dessinent la forme humaine sortie des mains du Créateur, et cela n’est pas brisé. Son côté est ouvert, donnant au monde une ultime révélation.
« Mais un des soldats / frappa son côté par une lance
et, aussitôt, il sortit du sang / et de l’eau. » (Jn 19,34).
Jean cite alors deux passages de l’Écriture :
« L’Écriture qui dit : / ‘Pas un os ne sera brisé en lui’ » (Jn 19,36).
Jésus est l’Agneau pascal dont on ne brise pas les os.
Et « l’Écriture qui dit : / ‘Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé.’ » (Jn 19,37).
L’oracle dans le texte hébreu dit : « Ils regarderont vers Moi qu’ils ont transpercé » (Za 12, 10), ce qui peut encore suggérer que c’est le Seigneur Dieu lui-même qui a été atteint en la personne de son porte-parole. Cet oracle appartient au livre du prophète Zacharie. Ce dernier avait annoncé la restauration de la maison de David à travers un changement de l’attitude des chefs d’Israël à l’égard des prophètes qui portent la parole de Dieu.
Jn 19, 38-42 : Au jardin, Jésus est enseveli dans une grande pureté et avec un grand honneur. Jésus avait été jugé et condamné à mort avec l’écriteau moqueur voulu par Pilate « Roi des Juifs », c’était une acclamation impie. Après sa mort, Jésus est saintement enseveli, honoré comme vrai Roi, par les disciples : Nicodème « fit venir avec lui un aromate de myrrhe et d’aloès, environ cent livres. » (Jn 19,39). Il y a là une forme d’acclamation silencieuse de la Royauté divine.
Date de dernière mise à jour : 17/03/2026