Ascension

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Première lecture (Ac 1, 1-11)

Psaume (Ps 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9)

Deuxième lecture (Ep 1,17-23)

Évangile (Mt 28, 16-20)

Première lecture (Ac 1, 1-11)

1 Cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où il commença, 2 jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. 3 C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu.

4 Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. 5 Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. »

6 Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » 7 Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. 8 Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

9 Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. 10 Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, 11 qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » – Parole du Seigneur.

« Le premier livre » (v. 1), l’évangile selon saint Luc, constitue un lectionnaire liturgique qui s’achève avec un bref récit de l’Ascension de Jésus et le retour des apôtres à Jérusalem pour y attendre l’Esprit Saint (Lc 24,50-51). Les Actes des apôtres sont le second livre de saint Luc, il peut aussi être lu pendant la liturgie et j’ai montré que son plan peut être mis en parallèle avec celui de l’évangile de Luc, mais il n’a pas le même niveau de sacralité[1]. Il commence avec un autre récit de l’Ascension, beaucoup plus détaillé que dans l’évangile.

v. 3. On apprend que Jésus ressuscité est apparu aux disciples pendant 40 jours.

v. 4-5. Puis le récit rappelle un repas où le Ressuscité promet le baptême dans l’Esprit Saint dans peu de jours ; Jean-Baptiste avait déjà dit : « Pour moi, je vous baptise avec de l’eau, mais vient le plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » (Lc 3,16).

v. 6-8. On rappelle un deuxième souvenir, celui d’un dialogue, - « est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » - « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. » (Ac 1,6-8). Les choses ne sont pas difficiles à comprendre, car elles sont logiques. Le Père ne peut pas régner sans que le jugement de ses ennemis se soit réalisé. Mais auparavant, il faut que les conditions d’un jugement soient réunies. Ceux qui auront reçu l’évangile peuvent être jugés sur leur accueil ou leur refus. Mais l’évangélisation sera très tôt accompagnée par des contrefaçons se développant dans le refus de Jésus comme Messie. En conséquence, une grande partie de l’humanité n’aura entendu que l’annonce de post-christianismes ayant des idées messianiques plus ou moins héritées du christianisme mais globalement antichrétiennes ; ces gens-là ne seront pas jugés pour ou contre Jésus, mais pour ou contre l’Antichrist qui doit donc d’abord se manifester. En son humanité, « dans l’économie de l’incarnation », Jésus n’en connaît pas la date parce que cette date dépend des hommes et de la manifestation mondiale de l’Antichrist.

Une chose est sûre, le texte de saint Paul sur la « réintégration » de tous les Juifs aux rameaux qui n’ont pas été « élagués » (Rm 11,20) signifie que nous ne sommes pas autorisés à imaginer un accomplissement des promesses de l’Ancien Testament en dehors du Christ et de l’Église. C’est pourquoi, Jésus dit à ses disciples : « vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1,8).

Le troisième souvenir est celui de l’Ascension proprement dite. L’Ascension de Jésus au Ciel signifie beaucoup plus que la fin d’une apparition : aucune autre apparition ne s’est achevée de cette manière. « Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux » (Ac 1,9). Le récit rappelle l’histoire d’Élie et d’Élisée. « Élie dit à Élisée : "Demande : Que puis-je faire pour toi avant d’être enlevé d’auprès de toi ?" Et Élisée répondit : "Que me revienne une double part de ton esprit!" (2R 2,9) « Élie monta au ciel dans le tourbillon. Élisée voyait et il criait : "Mon père ! Mon père ! Char d’Israël et son attelage !" puis il ne le vit plus » (2R 2,11-12). Suite à quoi, les témoins observèrent : « L’esprit d’Élie s’est reposé sur Élisée ! » (2R 2,15).

Le matin de Pâques, deux hommes, qui sont deux anges, annoncèrent aux femmes que la mort de Jésus n’est pas la fin de l’histoire, Jésus : « est ressuscité » (Lc 24, 4-6). Au moment de l’Ascension, deux hommes, qui sont aussi deux anges, annoncent aux disciples que la résurrection n’est pas encore la fin de l’histoire : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » (Ac 1,10-11).

Jésus s’est élevé visiblement et lentement vers le ciel pour montrer qu’on ne le verrait plus désormais avec son corps avant sa Venue glorieuse. Ce sera une venue « corporelle » à la manière où le Christ Ressuscité était visible et palpable, sans pour autant être une nouvelle incarnation, l’incarnation a déjà eu lieu et elle a suffi à la rédemption du péché originel (cf. He 9,8) et nous attendons la seconde venue, dans la gloire (He 9,28).

Les Pères de l’Église ne font pas l’erreur des judéo-nazaréens et du proto-islam qui attendaient que Jésus redescende physiquement sur le Mont des Oliviers ou à Damas… On ne voit pas saint Irénée imaginer que Jésus règne par un pouvoir corporel au sens d’un pouvoir politique avec police et armée. La manifestation corporelle du Christ au moment de la Parousie laissera aux hommes la liberté de s’organiser politiquement, en sa présence et dans sa sagesse. Le Christ opère par l’attraction de l’amour. Son retour glorieux, que l’on appelle aussi sa « Parousie », ouvre le temps que l’on appelle le millenium, et qui ne doit pas être confondu avec l’hérésie du millénarisme qui consiste à « prétendre accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’accomplir qu’à travers le jugement eschatologique » (CEC 676), c’est-à-dire le jugement de l’Antichrist. On dit l’Antichrist parce qu’il s’oppose au Christ ; on peut dire aussi Antéchrist parce qu’il doit se manifester avant la venue glorieuse du Christ. Le jugement de l’Antichrist (2Th 2,8) n’est pas le jugement dernier. À quoi servirait le retour glorieux du Christ si c’est pour assister à la Fin du monde ? Saint Augustin, à la fin de sa vie, confond le jugement de l’Antichrist avec la Fin du monde, c’est pourquoi il se sent obligé d’imaginer une conversion des Juifs avant la venue de l’Antichrist. Mais ce n’est pas ce que dit l’Écriture. D’ailleurs, saint Justin et saint Irénée ne donnent aux Juifs aucun rôle particulier dans l’avènement de la Parousie.

Psaume (Ps 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9)

Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu par vos cris de joie ! Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable, le grand roi sur toute la terre. Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor. Sonnez pour notre Dieu, sonnez, sonnez pour notre roi, sonnez ! Car Dieu est le roi de la terre : que vos musiques l’annoncent ! Il règne, Dieu, sur les païens, Dieu est assis sur son trône sacré.

Dans son titre, ce psaume est attribué aux « fils de Coré », c’est-à-dire à une famille lévitique liée au service liturgique du Temple de Jérusalem. « Dieu s’élève parmi les ovations » (v.6) — correspond à une cérémonie où le peuple accompagnait sa montée vers le sanctuaire par des acclamations et par le son du cor.

Dans la petite collection de psaumes des fils de Coré (Ps 41–48 LXX / 42–49 MT), ce psaume joue un rôle particulier, car il ne parle pas seulement d’Israël, mais de tous les peuples. Dès le début, il invite « tous les peuples » à applaudir et à acclamer Dieu. Puis il affirme que « Dieu est le roi de la terre » (v.8) et qu’ « il règne sur les païens » (v.9). La royauté de Dieu n’est donc pas limitée à un territoire ; elle embrasse toute l’humanité. Cette proclamation prépare déjà la révélation chrétienne selon laquelle la seigneurie de Dieu s’étend à tous les peuples.

Rappelons quelques étapes de la Révélation biblique.

Dans le premier livre de Samuel, le peuple réclame un roi « comme toutes les nations ». Le prophète Samuel y est profondément réticent. Dieu lui révèle la véritable signification de cette demande : « ils ne veulent pas que je règne sur eux » (1 S 8,7). Plus loin, Samuel rappellera au peuple que leur désir d’un roi humain manifeste un manque de confiance dans la royauté divine : « Alors que le Seigneur votre Dieu est votre roi » (1 S 12,12). À cette étape de l’histoire d’Israël, l’idée fondamentale est donc que Dieu lui-même est le véritable roi du peuple. La monarchie humaine ne devrait être qu’un signe secondaire, subordonné à cette souveraineté divine.

Plus tard, Isaïe le prophète raconte sa vision au Temple : « L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé » (Is 6,1). Cette vision culmine lorsque Isaïe s’écrie : « Malheur à moi… car mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers » (Is 6,5). Le prophète comprend alors que la royauté de Dieu dépasse celle de tous les rois d’Israël. Les séraphins proclament même : « Toute la terre est remplie de sa gloire » (Is 6,3). Cette perspective rejoint très directement la proclamation du psaume 46 (47) : « Dieu est le roi de la terre » (Ps 46,8) et « il règne sur les nations » (Ps 46,9).

Dans l’Évangile selon saint Matthieu, cette vérité apparaît lorsque Jésus ressuscité déclare aux disciples : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28,18). La souveraineté chantée par le psaume s’accomplit désormais dans le Christ ressuscité.

Mais cette royauté n’est pas seulement contemplée : elle devient mission. Le psaume affirme que « Dieu règne sur les païens » et qu’« il est assis sur son trône sacré » (v.9). L’universalité du règne divin trouve un écho dans l’envoi missionnaire du Christ : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19). Parce que le Seigneur règne sur toute la terre, les disciples doivent annoncer l’Évangile à tous les peuples. La louange des nations pressentie par le psaume devient une tâche confiée à l’Église.

Enfin, l’Évangile se conclut par une promesse : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Le psaume proclamait déjà la présence souveraine de Dieu sur son « trône sacré » (v.9). Désormais, par le Christ ressuscité, cette présence accompagne l’Église dans sa mission.

Quand le psaume proclame : « Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor » (v.6), l’image est celle d’une montée triomphale de Dieu vers son trône. Ces paroles prennent une résonance particulière à la lumière de l’Ascension du Christ. Nous lisons dans les Actes des Apôtres, « tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux » (Ac 1,9).

Jésus ressuscité monte vers le Père. Quand le regard reste enfermé dans le seul plan des relations sociales ou des solutions techniques, l’homme finit par ressentir​ de l’ennui tandis qu’une certaine médiocrité​ l’accable. La contemplation du Père et du mystère trinitaire réouvre l’existence vers sa source éternelle, non pour mépriser l’histoire, mais pour la replacer dans sa vérité.​ Saint Augustin d’Hippone confessait : « ​notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi​ »[2]. Ce que saint Thomas d’Aquin reformulera en disant que toute créature est ordonnée à Dieu comme à sa fin ultime, et la sagesse véritable consiste à juger toutes choses à la lumière de la cause suprême.

Cette élévation verticale ne supprime pas l’ordre pratique. Le Père ne demeure pas dans une transcendance lointaine. Saint Irénée de Lyon​ parle du Fils et de l’Esprit comme des deux mains par lesquelles le Père crée, ordonne, sanctifie et conduit l’histoire[3]. Le Fils, Sagesse engendrée, et incarnée, fonde la rectitude de l’intelligence et de l’agir ; l’Esprit, amour procédant, incline intérieurement l’homme, par ses dons, à juger et agir selon Dieu, et aussi à goûter la vie divine et la communion des saints.​ 

Quand les disciples « fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait » (Ac 1,10), les messagers célestes leur disent : « Ce Jésus… viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel » (Ac 1,11). Le livre de l’Apocalypse précise ce qui concerne ce retour glorieux du Christ et sa royauté. On lit par exemple : « La royauté du monde est acquise à notre Seigneur et à son Christ, et il régnera pour les siècles des siècles » (Ap 11,15). Plus loin, la liturgie céleste chante : « justes et vraies sont tes voies, Roi des nations » (Ap 15,3). Enfin, la grande acclamation finale proclame : « Alléluia ! Car il règne, le Seigneur notre Dieu, Maître de tout » (Ap 19,6).

L’attente du retour du Christ est l’espérance de l’accomplissement du dessein du Père créateur et de son règne. Dans le Notre Père, la prière « que ton Règne vienne » signifie que ce Règne doit venir et que les créatures doivent l’attendre avec la certitude avec laquelle les Hébreux ont attendu le Rédempteur (cf. CEC 2818). L’annonce chrétienne n’est pas un messianisme (un millénarisme dit-on parfois) parce que cette espérance se situe APRÈS la Venue glorieuse du Christ et le jugement qui l’accompagnera (le jugement de la « bête » ou de « l’Antichrist »). L’hérésie commence quand on imagine réaliser le monde idéal AVANT (CEC 675), parce qu’alors on s’arroge le droit d’éliminer soi-même les ennemis de ce monde idéal, et on exalte des sacrifices humains qui ne sont pas demandés par le vrai Dieu !

Nous espérons le retour du Christ qui n’est pas seulement un temps de jugement mais aussi un temps où l’humanité sera vivifiée dans l’Esprit de Sainteté, l’Esprit filial, à la gloire de Dieu le Père.
 

Deuxième lecture (Ep 1,17-23)

Frères, que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître. Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles, et quelle puissance incomparable il déploie pour nous, les croyants : c’est l’énergie, la force, la vigueur qu’il a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Il l’a établi au-dessus de tout être céleste : Principauté, Souveraineté, Puissance et Domination, au-dessus de tout nom que l’on puisse nommer, non seulement dans le monde présent mais aussi dans le monde à venir. Il a tout mis sous ses pieds et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps, et l’Église, c’est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude. – Parole du Seigneur.

« Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur » (Ep 1,18). Dans la Bible, le « cœur » n’est pas seulement le siège des émotions ; il désigne le centre profond de la personne, là où se rencontrent pensée, volonté et désir. Voir avec le cœur signifie donc percevoir spirituellement la réalité de Dieu et de son dessein. Saint Paul prie pour que les croyants ne se contentent pas de connaître les vérités chrétiennes, mais qu’ils en fassent l’expérience intérieure. La tradition hésychaste de l’Orient chrétien insiste sur la « prière du cœur », notamment dans la répétition de la prière de Jésus : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, prends pitié de moi ». Nous en avons un équivalent dans la prière du Rosaire, prié avec le cœur. L’objectif est que l’intelligence descende dans le cœur dans un chemin spirituel en trois étapes : purification, illumination et union avec Dieu.

Ainsi, saint Paul prie pour que l’intelligence devienne lumineuse parce que le cœur est touché par la grâce. Dans cette lumière intérieure, trois réalités deviennent visibles.

La première est « l’espérance » à laquelle Dieu appelle (Ep 1,18). Il ne s’agit pas d’un simple optimisme humain. Dans la perspective biblique, l’espérance est une certitude intérieure née de l’appel de Dieu lui-même. Elle est liée à la résurrection du Christ et à la promesse de sa venue. Lorsque les yeux du cœur s’ouvrent, le croyant commence à percevoir que sa vie est orientée vers un accomplissement qui dépasse le temps présent.

La deuxième réalité est « la gloire sans prix de l’héritage » partagé avec les saints (Ep 1,18). L’expression suggère une richesse spirituelle qui ne peut être perçue qu’à la lumière de Dieu. Cet héritage est la communion avec Dieu et avec tous ceux qui vivent de sa grâce. Saint Paul parle ici d’une réalité déjà commencée dans l’Église mais destinée à s’accomplir pleinement dans le Royaume.

La troisième réalité est « la puissance incomparable » de Dieu pour les croyants (Ep 1,19). Saint Paul précise immédiatement que cette puissance est celle qui a ressuscité le Christ d’entre les morts (Ep 1,20). Autrement dit, la force qui agit dans la vie des croyants n’est rien d’autre que la puissance de la résurrection. Lorsque le cœur est illuminé, le croyant découvre que cette énergie divine agit déjà dans sa propre existence, « l’énergie, la force, la vigueur » que Dieu « a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts » (Ep 1,19-20).

Or la résurrection n’est pas le terme ultime : Dieu « l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux » (Ep 1,20). L’apôtre précise ensuite l’étendue de cette souveraineté. Le Christ est « au-dessus de tout être céleste : Principauté, Souveraineté, Puissance et Domination » (Ep 1,21). Ces termes désignent les puissances spirituelles que l’on imaginait gouverner le monde. Saint Paul affirme que le Christ glorifié est supérieur à toutes ces forces. Sa seigneurie est universelle : elle dépasse « tout nom que l’on puisse nommer, non seulement dans le monde présent mais aussi dans le monde à venir » (Ep 1,21). Cette affirmation rejoint la déclaration du Ressuscité dans l’Évangile : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28,18).

L’apôtre poursuit avec une image biblique très ancienne : « Il a tout mis sous ses pieds » (Ep 1,22). Cette expression évoque la victoire du roi auquel tout est soumis.

Mais saint Paul ajoute immédiatement un aspect nouveau : Dieu « a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps » (Ep 1,22-23). La souveraineté du Christ ne se limite pas à un règne cosmique ; elle se manifeste dans une communion vivante avec son peuple.

Dans l’Évangile, Jésus se compare au cep de la vigne dont nous sommes les sarments et que le Père émonde (Jn 15,1-2). Saint Paul, quant à lui, introduit l’image de l’Église comme corps du Christ. En 1Co 12 et en Rm 12,5, l’idée est de souligner la solidarité des chrétiens entre eux et de comparer l’Église à un organisme vivant et bien organisé, où le Christ est présent. À la fin de sa vie, en écrivant aux Éphésiens, saint Paul présente le Christ comme la tête dx différentes parties du corps (dans les langues anciennes tête et chef sont un seul terme) : l’Église « est son corps, et la plénitude de celui qui remplit tout en tous ». Cependant, chaque fois que l’on parle de l’Église comme corps du Christ, il faut se souvenir que ce n’est qu’une image. Il n’y a qu’un seul corps du Christ, le Fils de Dieu qui s’est incarné dans la Vierge Marie, qui est mort, qui est ressuscité et qui reviendra dans la gloire. À trop s’identifier au corps du Christ, le risque est que l’Église n’attende plus le retour du Christ.

D’autres images pour exprimer la présence du Christ dans l’Église et l’expansion de l’Église sont possibles. Par exemple, Jésus dit que le Royaume « est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et jeté dans son jardin ; il croît et devient un arbre, et les oiseaux du ciel s’abritent dans ses branches » (Lc 13,19). Le Royaume semé par le Christ grandit dans l’histoire, jusqu’à devenir un arbre où les nations trouvent refuge.

L’Église se déploie dans le monde, non pas comme une réalité achevée qui remplacerait le Christ, mais comme le signe vivant d’un Royaume qui grandit en attendant la manifestation finale du Seigneur. On peut reprendre l’image de l’Église comme corps du Christ, mais il n’est pas question pour les disciples de s’identifier au Christ comme s’ils occupaient sa place. Jésus dit : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28,19), puis : « apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28,20a). L’Église n’est pas le Christ lui-même ; elle est envoyée par lui.

La promesse finale maintient cette distinction essentielle : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20b). Le Christ accompagne son Église, mais il reste celui qui vient. Lorsque saint Paul parle de l’Église comme « corps du Christ », il utilise une image pour exprimer la communion vitale entre le Seigneur et les croyants. Le seul corps du Christ est celui du Fils incarné, mort et ressuscité. L’Église vit de lui et attend son retour.

Évangile (Mt 28, 16-20)

La traduction et le commentaire sont extraits de : Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Matthieu, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. Préface Mgr Mirkis (Irak) ; Mgr Dufour (France) et Mgr Kazadi (Congo RDC). Parole et Silence (décembre 2025 – délai retardé à date inconnue)

« 16 Or les onze disciples allèrent vers la Galilée, / à la montagne où Jésus les avait invités,

17 et, quand ils le virent, / ils se prosternèrent devant lui ;

or certains, parmi eux, / avaient eu des doutes.

18 Jésus s’approcha, parla avec eux / et leur dit :

‘Il m’a été donné tout pouvoir au ciel / et sur la terre.

Et, comme mon Père m’a envoyé, / je vous envoie.

19 Allez, / donc

faites des disciples de toutes les nations / et baptisez-les

au nom du Père / et du Fils / et de l’Esprit de Sainteté.

20 Et enseignez-leur à garder / tout ce que je vous ai commandé. »

v. 16. Le Christ retrouve ses disciples au lieu principal de son activité terrestre : la Galilée. Le voyage en Galilée sert à la remémoration de ce que Jésus a fait et enseigné. La composition (et donc la fixation) orale d’un récitatif étant à la fois personnelle et communautaire, un des moyens privilégiés d’y arriver est de retourner en communauté aux endroits où il s’est passé quelque chose. Par exemple, quand la chanteuse Zazie acheva sa visite dans un village de la Papouasie, les autochtones lui dirent : « Après votre départ, nous retournerons sur les lieux où nous sommes passés ensemble pour nous souvenir »[4] – donc 
en vue de construire ensemble le discours-souvenir qui sera retenu et répété dans l’avenir.

v. 17. Certains « avaient eu des doutes » (Mt 28,17), le latin donne un passé simple (dubitaverunt), et le grec donne un imparfait qui peut avoir un sens de plus-que-parfait  (εδιστασαν)[5]; dans la Pshitta, nous avons un plus-que-parfait « eṯpallag waw » : il ne faut pas comprendre qu’il doutent en voyant Jésus ressuscité, mais qu’ils avaient eu des doutes avant, notamment au moment de l’arrestation de Jésus. Lorsqu’ils se prosternent devant Jésus Ressuscité, ils vivent encore un déchirement intérieur et la présence du Ressuscité vient les conforter dans leur foi et dans leur mission. Certains « avaient eu des doutes » et ces doutes concernaient la messianité de Jésus. Est-il le roi attendu ? Sa mort en croix l’a montré si pauvre, dépouillé, humilié et frappé à mort devant tout un peuple ! Jésus rassure les disciples : « tout pouvoir » lui a été donné au ciel, dans le monde des anges, car par sa Passion justement, Jésus a totalement vaincu Satan et les tentations sataniques. Par conséquent, les disciples seront vainqueurs, au nom de Jésus, dans chacun des combats spirituels contre Satan qui jalonneront leur mission – par exemple saint Paul dira au roi Agrippa qu’il est envoyé vers les nations « pour leur ouvrir les yeux, afin qu’elles reviennent des ténèbres à la lumière et de l’empire de Satan à Dieu » (Ac 26,18). 

v. 18 « Jésus s’approcha et parla avec eux » (Mt 28,18) : la préposition « avec » suggère que Jésus parla avec les uns et les autres, différemment selon les difficultés que chacun avait eues dans la foi. Il ne faut pas passer trop rapidement de « parla avec eux », à « et leur dit… » : il faut percevoir que Jésus Ressuscité parle à chacun un certain temps (certains par exemple veulent se faire pardonner leur fuite !) et le contexte fait penser que Jésus précise à chacun sa mission personnelle.

Jésus leur dit : « Il m’a été donné tout pouvoir au ciel et sur la terre » (v. 18), cela peut sembler étonnant, car certains disciples seront persécutés et apparemment vaincus, mais Jésus est le souverain maître de l’histoire ; il reviendra dans la gloire, et parce qu’il est l’innocent parfait qui n’a versé le sang de personne, mais qui a versé son propre sang, il pourra juger le monde, car c’est lui le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel (Dn 7,13-14).

Au verset 18, le latin et le grec omettent totalement : « Et, comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie » (Pshitta de la London Bible society) ou « Et, comme mon Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Bible de Mossoul). Chacun reçoit du Fils sa vocation, sa mission, son apostolat, et cela vaut jusqu’à nos jours où nous sommes appelés à vivre cet appel dans un esprit filial, sans se l’approprier, mais les yeux du cœur tournés vers le Père, en s’appuyant sur le Christ qui a reçu tout pouvoir.

v. 19. Au verset 19, Mgr Alichoran préfère que l’on traduise « l’Esprit de sainteté », mais on peut traduire « l’Esprit Saint » : baptême au nom du Père, et du Fils, et de l’Esprit de sainteté.

La mission des disciples n’a pas de limites : tous les êtres humains, sans exception aucune, en sont les destinataires. Cette universalité n’est pas due à une décision apostolique postérieure, due à la conjoncture (le refus de l’Évangile par un certain nombre de juifs), mais elle vient d’un ordre du Ressuscité lui-même. « Allez, donc ! Faites des disciples de toutes les nations ».  Nous ne devons pas renoncer à la mission. Et nous devons aussi savoir ce que pensent les religions post-chrétiennes : l’islam pense que la chariah est la solution mondiale, et le judaïsme, en grande partie, pense que « La constitution de la religion universelle est le but du judaïsme »[6].

« Et baptisez-les » (Mt 28,19)[7]. Il ne s’agit certes pas du même baptême que celui de Jean puisque c’est un baptême au nom de la Trinité. Les manifestations de l’Esprit Saint et de la filiation divine n’existaient pas dans le baptême de Jean-Baptiste. Ce sont des nouveautés inaugurées au moment du baptême du Christ au Jourdain (Mt 3,16-17) et qui vont être vécues, dans la grâce du mystère pascal, dans le baptême chrétien.

Pour le Christ, les tentations au désert (Mt 4,1-11) ont fait suite au baptême (Mt 3,13-17). Il est important de continuer d’enseigner les disciples après le baptême : « Et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28,20a). En effet, après le baptême, il y a encore un combat spirituel.

« Enseignez-leur » : le latin « docentes » et le grec « διδασκοντες » sont un peu réducteur. L’araméen a le verbe « talmeḏ » dans lequel on entend l’idée de réunir pour enseigner ou de faire des disciples qui se rassembleront.

Les baptisés de notre époque ne sont pas moins disciples que ceux de la première génération. Élargissons encore notre perspective.

Le baptême est trinitaire, mais le sens de l’histoire n’est pas : le Père, puis le Fils, puis l’Esprit. Le sens de l’histoire est tout entier porté par la très sainte et indivisible Trinité. L’ange de l’Apocalypse montre finalement à l’auteur, sur la terre nouvelle, « le fleuve d’eaux vives [image de l’Esprit Saint en Jn 7,38-39] aussi pur que lumineux, comme la glace ; et il sortait du Trône de Dieu [le Père] et de l’Agneau [le Fils] » (Ap 22,1).

Nous ne devons pas accepter une vision où l’aboutissement du temps ne serait plus le dessein du Père, mais le Règne des gens se considérant eux-mêmes comme détenteurs de l’Esprit, en relativisant toute loi, noyée dans le subjectivisme. Bien au contraire, il nous faut garder et observer les commandements de Jésus, comme les fils de la femme de l’Apocalypse (Ap 12,17). Jésus ressuscité dit aux disciples : « Et apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28,20).

 

[1] Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur (Paris). Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2024. (472 pages).

[2] Saint AUGUSTIN, Les Confessions I, 1,1

[3] Saint IRÉNÉE de Lyon​, Traité contre les hérésies IV, 20,1​

[4] La revue Elle a commenté l’émission : Zazie-a-toujours-la-cote-aupres-du-public. On peut la revoir sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=uXcDbrvjeUI&hd=1. Voir surtout la fin de la vidéo.

[6] Élie BÉNAMOZEGH, Israël et l’humanité. Étude sur le problème de la religion universelle et sa solution., Editions Ethose 2020 (Paris, E. Leroux, 1914 : édité à titre posthume), p. 47

[7] Le texte araméen donne ici un impératif, alors que c’est un simple participe en latin et en grec.

Date de dernière mise à jour : 13/03/2026