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Sacré-Cœur de Jésus Solennité
Psaume (Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 6-7, 8.10)
Deuxième lecture (1 Jn 4, 7-16)
Première lecture (Dt 7, 6-11)
Moïse disait au peuple : « Tu es un peuple consacré au Seigneur ton Dieu : c’est toi qu’il a choisi pour être son peuple, son domaine particulier parmi tous les peuples de la terre. Si le Seigneur s’est attaché à vous, s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le plus petit de tous. C’est par amour pour vous, et pour tenir le serment fait à vos pères, que le Seigneur vous a fait sortir par la force de sa main, et vous a rachetés de la maison d’esclavage et de la main de Pharaon, roi d’Égypte. Tu sauras donc que c’est le Seigneur ton Dieu qui est Dieu, le Dieu vrai qui garde son Alliance et sa fidélité pour mille générations à ceux qui l’aiment et gardent ses commandements. Mais il riposte à ses adversaires en les faisant périr, et sa riposte est immédiate. Tu garderas donc le commandement, les décrets et les ordonnances que je te prescris aujourd’hui de mettre en pratique. » – Parole du Seigneur.
Dt 7,6-8. Les hébreux étaient devenus « le domaine particulier » de Dieu, un peuple élu pour préparer la venue du Messie, le Christ en qui ils ont d’avance espéré. Le pape Jean-Paul II nous enseigne à voir « dans l’élection particulière des fils d’Abraham, et ensuite des disciples du Christ dans l’Église, non pas un privilège qui "clôt" et "exclut", mais le signe et l’instrument d’un amour universel. » (Audience du mercredi 31 octobre 2001).
Dt 7, 9-11. Dieu récompense et punit. Cependant, il faut situer ces versets dans l’ensemble de la révélation biblique. Jean-Paul II explique : « S’il est vrai que la souffrance a un sens comme punition lorsqu’elle est liée à la faute, il n’est pas vrai au contraire que toute souffrance soit une conséquence de la faute et ait un caractère de punition. […] Et si le Seigneur consent à éprouver Job par la souffrance, il le fait pour montrer la justice de ce dernier. » (Lette apostolique Salvifici doloris, §10-11)
Venons-en à la solennité du Sacré Cœur. Le dimanche 16 juin 1675, pendant l’octave du Saint-Sacrement, fait significatif qui montre bien la relation existant entre le Sacré-Cœur et l’Eucharistie, le Christ apparut à sainte Marguerite-Marie à Paray le Monial et lui demanda une fête particulière pour honorer son Cœur. En 1689, il apparaît encore et demande :
1) La consécration publique et solennelle du Chef de l’État au Sacré-Cœur,
2) L’apposition du Sacré-Cœur sur le drapeau,
3) La construction d’un édifice en l’honneur de ce Divin Cœur.
Sainte Marguerite-Marie écrivit à la Mère de Saumaise, son ancienne supérieure, en date du 23 février 1689 : « Ah ! que de bonheur pour vous et pour ceux qui y contribuent ! car ils s'attirent par-là l'amitié et les bénédictions éternelles de cet aimable Cœur, et un puissant protecteur pour notre patrie... Il ne veut établir Son règne parmi nous que pour nous accorder plus abondamment ses précieuses grâces de sanctification et de salut ». Ce qui fait écho aux paroles du Deutéronome : « C’est par amour pour vous, et pour tenir le serment fait à vos pères, que le Seigneur vous a fait sortir par la force de sa main, et vous a rachetés de la maison d’esclavage et de la main de Pharaon, roi d’Égypte. Tu sauras donc que c’est le Seigneur ton Dieu qui est Dieu, le Dieu vrai qui garde son Alliance et sa fidélité pour mille générations à ceux qui l’aiment et gardent ses commandements. »
Sainte Marguerite-Marie écrivit une seconde lettre, envoyée le 17 juin 1689 :
« ...Il me semble que Notre Seigneur désire entrer avec pompe et magnificence dans la maison des princes et des rois, pour y être honoré autant qu'il y a été outragé, méprisé et humilié en sa Passion, et qu'Il reçoive autant de plaisir de voir les grands de la terre abaissés et humiliés devant Lui, comme Il a senti d'amertume de se voir anéanti à leurs pieds.
Et voici les paroles que j'entendis sur ce sujet : "Fais savoir au Fils aîné de mon Sacré-Cœur, (parlant du Roi de France) que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de gloire éternelle par la consécration à mon Cœur adorable, qui veut triompher du sien, et, par son entremise, de celui des grands de la terre. Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis et de tous ceux de la sainte Église. Mon Père veut se servir du roi pour l'exécution de Son dessein, qui est la consécration d'un édifice public où serait placé le tableau de mon Cœur pour y recevoir les hommes de toute la France." »
On ne sait pas très bien si les demandes furent effectivement transmises par le père de la Chaize, confesseur du roi de 1674 à 1708, à Louis XIV. Toujours est-il qu’il n’y eût pas de consécration officielle sous le règne de ce dernier. Il y eût seulement un acte de consécration fait bien tardivement par Louis XVI à la prison du Temple, mais pas d’acte public.
Deux siècles passèrent et, le 11 février 1871, pendant l’occupation d’une partie de la France par les troupes allemandes, deux députés font vœu de construire une Église consacrée au Cœur du Christ « en réparation », car pour eux, les malheurs de la France proviennent de causes spirituelles plutôt que politiques. Le Cardinal Guibert, archevêque de Paris, approuve ce vœu et choisit Montmartre [le « Mont des martyrs », où était vénéré saint Denis]. À la fin de l’année 1873, il obtient de l’Assemblée Nationale une loi qui déclare d’utilité publique la Basilique, permettant ainsi que le terrain soit affecté à la construction d’une église. Les travaux sont financés par des collectes de dons dans la France entière – souvent des offrandes modestes - dont les noms des donateurs sont gravés dans la pierre. Le 1er août 1885, c’est le début de l’adoration eucharistique perpétuelle, les travaux n’étant même pas encore achevés. Cette adoration n’a jamais cessé depuis. La Basilique a été consacrée en 1919.
On peut aussi mentionner une autre construction, à l’inspiration de sœur Olive Danzé à laquelle Jésus communiqua son désir d’une « belle chapelle pour honorer mon Divin Cœur. Ce sera la chapelle du Christ-Roi, Prince de la Paix, et Maître des nations. Je veux que cette chapelle soit faite pour mon Cœur et Je serai le Roi de France et de tous les pays de l’Univers. Là viendront les âmes de tous les États pour chercher la paix et la force, et même la lumière pour vivre et mourir sous mes lois. »[1] Ce qui rejoint l’esprit du passage du Deutéronome que nous avons entendu. En 1935, le cardinal Verdier, présida la bénédiction et la pose de la première pierre de la basilique. L’inauguration eut lieu le 27 octobre 1940, jour de la fête du Christ-Roi. Et le 16 juin 1956, le cardinal Feltin consacra enfin le sanctuaire sous le triple vocable “CHRIST-ROI, PRINCE DE LA PAIX, MAITRE DES NATIONS”. Cependant, exclue cependant de son monastère avec deux autres sœurs, sœur Olive mourut à Plogoff, au milieu de ses proches, le 2 mai 1968. Son corps demeura non corrompu. Le sanctuaire fut démoli en février 1977, puis remplacé par un complexe résidentiel : les immeubles du Panthéon[2]. Mais sœur Olive avait prédit qu’un jour nous le reconstruirions.
Psaume (Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 6-7, 8.10)
Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. Le Seigneur fait œuvre de justice, il défend le droit des opprimés. Il révèle ses desseins à Moïse, aux enfants d’Israël ses hauts faits. Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. Il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses.
Chers auditeurs, plus encore que d’air pur, nous avons besoin de beauté, de sainteté. À toujours écouter ou lire des histoires de corruption, vous allez vous rendre malade, vous intoxiquer, à moins que le don des larmes ne vous lave. Nous sommes faits pour la beauté du Ciel, pour la gloire divine, pour la splendeur de la gloire de Dieu.
Le psaume dit : « n’oublie aucun de ses bienfaits ! » (v. 2) Nous sommes invités à entrer dans une relation pleine avec les œuvres de Dieu : les aimer, les reconnaître, en recevoir la richesse et en vivre. Une telle démarche suppose que la créature ne demeure pas étrangère au dynamisme du Créateur, mais qu’elle en ait conscience et qu’elle en jouisse réellement. Sans cela, il subsisterait en elle des manques — des vides d’amour, de lumière et de connaissance — qui empêcheraient une joie accomplie. La Bible nous révèle que Dieu veut faire alliance avec son peuple, sans séparation ni disparité ; tout ce qui est révélé est destiné à être accueilli et possédé.
Il serait contradictoire qu’une créature vive de la volonté divine sans participer à ses richesses, comme il serait douloureux pour un père riche et heureux de voir son enfant privé de ce qu’il possède lui-même. L’Alliance biblique doit s’accomplir dans une unité profonde : une seule Volonté, un seul amour, un seul bonheur et une même gloire partagée entre le Créateur et la créature.
« Bénis le Seigneur, ô mon âme » : commençons par des choses simples. Avant de parler de ce qui va mal dans notre corps, remercier pour tout ce qui va bien, c’est merveilleux d’avoir ce corps, bénir Dieu pour ce que nous mangeons. Nous le bénissons pour la beauté des étoiles, des primevères, des écureuils et des mésanges… Au nom de tous, Seigneur, je t’aime, je te bénis, je t’adore, je te remercie.
« Bénis le Seigneur, ô mon âme » : nous le bénissons pour notre travail, pour nos outils de travail, nous le bénissons pour nos victoires, nous le bénissons pour les petits pas. Bénir Dieu pour tout ce que Jésus a fait, depuis la crèche aux villages de Galilée, sur la croix, et dans les apparitions du Ressuscité. Je t’aime Jésus, je te bénis, je t’adore, je te remercie.
Et pour les sacrements, pour mon baptême, Je t’aime, je te bénis Trinité Sainte, je t’adore, je te remercie.
« Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie. » Ne plus parler du péché ne résout rien du tout. Dieu révèle l’emprise du mal sur le monde et sur chacun de nous, pour nous en guérir. Saint Augustin commente : « Que répondre ? Que tu es pécheur ? Tourne-toi vers Dieu, et reçois ses grâces : ‘Il te pardonne toutes tes iniquités’ (v. 3). Mais après cette rémission de tes fautes, il te reste un corps infirme, et qui est nécessairement aiguillonné par les désirs de la chair, par les convoitises illicites. […] C’est une langueur, et Dieu ‘guérit toutes nos langueurs [maladies]’ (v. 3). Toutes tes langueurs seront guéries, sois donc sans crainte. Ces langueurs sont grandes, me diras-tu ; le médecin est plus grand encore. Pour un médecin tout-puissant, il n’est point de langueur incurable ; laisse-toi seulement guérir, ne repousse pas sa main, il sait ce qu’il doit faire. Qu’il te plaise, non seulement quand il adoucit ta douleur, mais aussi quand il y porte le fer ; souffre un médicament douloureux, en vue de la santé qui doit suivre. […] Supporte donc sa main, ô toi, mon âme qui le bénis, n’oublie jamais ses bienfaits, puisqu’il guérit toutes tes langueurs (v. 3) ». (Saint Augustin sur le Psaume 103).
Le psaume dit : « Il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse » (v. 4). Sainte Thérèse de Lisieux écrivait dans une lettre à l’abbé Roulland en apprenant la mort du père Mazel, un jeune missionnaire : « Je le sais, aux yeux des hommes le martyre du jeune missionnaire [le père Mazel] ne porte pas ce nom, mais au regard du bon Dieu ce sacrifice sans gloire n’est pas moins fécond que ceux des premiers chrétiens qui confessèrent leur foi devant les tribunaux. La persécution a changé de forme, les apôtres du Christ n’ont pas changé de sentiments, aussi leur Divin Maître ne saurait changer ses récompenses à moins que ce ne soit pour les augmenter en comparaison de la gloire qui leur est refusée ici-bas. » (Sainte Thérèse de Lisieux, Lettre 226).
« Le Seigneur fait œuvre de justice, il défend le droit des opprimés. » (v. 6). Les psaumes qui composent le Livre IV du psautier (Ps 90–106 / 89-105) sont comme une réponse spirituelle à une grande crise : l’effondrement de la royauté davidique et l’expérience de la perte des repères politiques et institutionnels, exprimées avec force à la fin du Livre III – psaume 89 (88). La foi d’Israël se recentre alors sur Dieu lui-même. Le Livre IV opère le déplacement d’une foi soutenue par l’histoire visible vers une foi enracinée dans la fidélité aimante du Seigneur. C’est toujours très actuel. Avant de penser à la politique et aux institutions, il faut penser à Dieu. Dans Caritas in veritate, Benoît XVI constate dans le monde actuel, une « conscience désormais incapable de connaître l’humain » (n. 75) et dit : « L’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain » (n. 78) ; « Sans Dieu, l’homme ne sait où aller et ne peut même pas comprendre qui il est » (n. 78).
« Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ». Dieu est décrit non pas à partir de sa puissance, mais à partir de sa manière d’aimer. « Lent à la colère et plein d’amour » reprend explicitement la révélation faite à Moïse en Exode 34,6, lors du renouvellement de l’Alliance après l’épisode du veau d’or.
« Il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. » Devant la majesté et la pureté du Seigneur, personne ne peut faire face. Tous sont nécessairement effrayés et frappés par le rayonnement de la sainteté divine. L’homme voudrait presque s’enfuir loin de Dieu parce que sa misère est si grande qu’il n’a pas le courage de rester debout en présence de Dieu. Cependant, le Seigneur désire que nous fassions appel à sa miséricorde. Dans le Nouveau Testament, ayant assumé une Humanité qui a partiellement voilé la lumière de sa Divinité, Jésus inspire confiance et courage à l’homme afin qu’il vienne à Lui. Avec Jésus, l’homme a la possibilité de se purifier, de se sanctifier et de se diviniser en s’unissant à Jésus, vrai homme et vrai Dieu.
Deuxième lecture (1 Jn 4, 7-16)
« *Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour.
**Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés.
***Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection. Voici comment nous reconnaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné part à son Esprit.
**Quant à nous, nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru.
*Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. » – Parole du Seigneur.
Cette lecture forme un bel enseignement, en forme de chiasme concentrique.
On commence par l’affirmation : « Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu » (v.7-8) et on termine par l’affirmation : « Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (v. 16).
Puis, Jean dit comment l’amour de Dieu s’est manifesté : « il a envoyé son Fils unique dans le monde » (v. 9-10), en écho, Jean dit aussi : « Quant à nous, nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » (v. 14).
Au centre, le message : « puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres… : il nous a donné part à son Esprit. » (v. 11-13)
À cette lecture de la première lettre de saint Jean fait écho le message des apparitions du Sacré Cœur à Paray le Monial.
Le 27 décembre 1673, fête de saint Jean l’apôtre, Notre Seigneur montre pour la première fois à Marguerite Marie «son Cœur rayonnant de tous côtés, plus brillant que le soleil et transparent comme un cristal. La plaie qu’Il reçut sur la croix y paraissait visiblement. Il y avait une couronne d’épines autour de ce divin Cœur, et une Croix au-dessus ». Le Christ lui dit :
« Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors qui contiennent les grâces dont ils ont besoin pour être tirés de la perdition. Je t’ai choisie comme un abîme d’indignité et d’ignorance pour l’accomplissement d’un si grand dessein, afin que tout soit fait par moi ».
C’est un avertissement, parce que la société s’enfonce de plus en plus dans l’iniquité et que de très grands maux s’amoncellent à l’horizon.
C’est aussi une déclaration d’amour, parce que le Rédempteur ne se déjuge pas et que la dilatation de son Cœur est à la mesure même de la tempête qui se lève. Et pour conjurer tant de calamités, Jésus déclare qu’Il a un « grand dessein ».
Il investit Marguerite-Marie d’une mission, il la consacre «disciple bien aimée de son Sacré-Cœur», et, afin qu’elle reste fidèle et ne défaille pas, il allume au Sien, comme l’on fait d’une bougie à un cierge, son propre cœur. Elle eut ainsi au-dedans d’elle-même une flamme d’amour qui la consuma toute sa vie[3]. Elle raconte :
« Après, il me demanda mon cœur, lequel je le suppliai de prendre, ce qu'il fit, et le mit dans le sien adorable, dans lequel il me le fit voir comme un petit atome, qui se consommait dans cette ardente fournaise, d'où le retirant comme une flamme ardente en forme de coeur, il [le] remit dans le lieu où il l'avait pris, en me disant :
"Voilà, ma bien-aimée, un précieux gage de mon amour, qui renferme dans ton côté une petite étincelle de ses vives flammes, pour te servir de cœur et te consommer jusqu'au dernier moment [...]"
J'ai une soif ardente d'être honoré des hommes dans le Saint Sacrement, et je ne trouve presque personne qui s'efforce, selon mon désir, de me désaltérer, usant envers moi de quelque retour. »[4]
En 1674, Notre-Seigneur montre à sainte Marguerite Marie l’ensemble de ses cinq plaies brillantes comme des soleils et les excès de son pur amour pour les hommes. Mais, en même temps, il laisse entendre qu’Il ne reçoit en retour que des froideurs et du rebut. «Toi du moins, dit-il, donne-moi cette joie de suppléer, autant que tu pourras, à leur ingratitude».
Jésus commence à lever le voile sur les moyens pratiques pour l’accomplissement de son dessein et demande à sa servante, en réparation, de communier tous les premiers vendredis du mois, et de pratiquer ce qu’on appellera l’Heure Sainte en se levant entre onze heures et minuit, une fois par semaine, dans la nuit du jeudi au vendredi, et de se prosterner la face contre terre pour demander pardon pour tous les péchés des hommes et pour consoler son Cœur de l’abandon universel[5].
Le dimanche 16 juin 1675, pendant l’octave du Saint-Sacrement, fait significatif qui montre bien la relation existant entre le Sacré-Cœur et l’Eucharistie, Jésus apparut sur l’autel à sainte Marguerite Marie.
«Voilà, dit-il, ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Et en reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes par leurs irrévérences et sacrilèges, et par les froideurs et mépris qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’Amour. Et ce qui m’est le plus pénible, c’est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés ».
« C’est pour cela que je te demande que le premier vendredi d’après l’octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur en communiant ce jour-là et en lui faisant réparation d’honneur par une amende honorable pour les indignités qu’il a reçues. Et je te promets que mon Cœur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son amour sur tous ceux qui lui rendront cet honneur ou qui procureront qu’il lui soit rendu»[6].
Chers auditeurs, en cette fête du Sacré Cœur, laissons-nous par Jésus, il a donné sa vie, il s’est laissé prendre dans sa Passion, il a accepté couronne d’épine et croix, par amour : il nous veut tous pardonnés et remplis de sa grâce. Rendons-lui hommage. Et surtout, il est le Fils de Dieu, envoyé par Dieu, c’est le Père qui nous a donné un tel rédempteur. Alors, rendons hommage aussi au Père qui nous a donné Jésus.
Évangile (Mt 11, 25-30)
La traduction depuis l’araméen (Pshitta) et le commentaire sont extrait de : Françoise Breynaert, l’Evangile selon saint Matthieu, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Parole et Silence 2026.
« 25 En ce temps-là, Jésus répondit / et dit :
Je te rends grâce, Mon-Père, / Seigneur des cieux et de la terre,
d’avoir voilé ceci aux sages et aux prudents / et de l’avoir dévoilé aux petits enfants.
26 Oui, mon Père, / ainsi fut la volonté devant toi.
27 Tout m’a été transmis / par mon Père ;
personne ne connaît le Fils, / sinon le Père,
et personne ne connaît le Père, / sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut [lui] révéler.
28 Venez auprès de moi, / vous tous qui peinez
et qui portez des fardeaux, / et moi, je vous déchargerai.
29 Prenez sur vous mon joug, / apprenez de moi,
que je suis clément (doux, reposant) / et humble de cœur,
30 et vous trouverez le repos / pour votre âme.
Mon joug est suave à porter, / et mon fardeau est léger. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Ces versets font partie d’un ensemble plus vaste, que nous appelons une perle d’oralité Mt 11,16-30 et qui commence par une sorte de bilan des réactions de cette génération devant la Sagesse. Avec leurs écoles rabbiniques, les villes sont le siège de la culture religieuse, mais les villes où avaient eu lieu de nombreux miracles de Jésus ne s’étaient pas converties. « Jésus commença à blâmer [ḥassed] ces villes » (Mt 11,20) : le verbe araméen ḥassed dérive d’un mot qui peut vouloir dire, selon le contexte, disgrâce ou grâce : Jésus veut dire que les villes endurcies passent à côté de la grâce. Ce n’est plus tout à fait le sens des malédictions [racine « lāṭ »] du Deutéronome[7].
Mt 11,25-30 doit être rattaché à ce qui précède. « Il répondit [ᶜnā] » (Mt 11,25). Comme on ne voit pas clairement à qui Jésus répond, plusieurs ont traduit : « il prit la parole » ou « il s’écria », mais, pour ce faire, il aurait fallu une forme intensive (pa‘el). C’est à une situation que Jésus « répondit », celle qui vient d’être décrite : les cités, qui sont le siège de l’enseignement, ne se sont pas converties. Et Jésus reconnaît que cette situation correspond à l’essence même de l’œuvre qu’il est venu accomplir : sauver les pauvres, ceux que négligent les puissants.
« 25 En ce temps-là, Jésus répondit / et dit :
Je te rends grâce, Mon-Père, / Seigneur des cieux et de la terre,
d’avoir voilé ceci aux sages et aux prudents / et de l’avoir dévoilé aux petits enfants.
26 Oui, mon Père, / ainsi fut la volonté devant toi ».
« La volonté devant… », explique Mgr Alichoran, est une expression de révérence et de politesse extrême, on l’emploie pour les rois.
« 27 Tout m’a été transmis / par mon Père ;
personne ne connaît le Fils, / sinon le Père,
et personne ne connaît le Père, / sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut [lui] révéler ».
Mère Eugénia Ravasio (1907-1990) était religieuse missionnaire de la Congrégation de Notre-Dame des Apôtres (fondée en France). En 1935 (à seulement 27 ans !), elle est élue Supérieure générale de sa congrégation, à Vénissieux près de Grenoble, là où elle avait reçu les révélations attribuées à Dieu le Père (1932–1933). On lit par exemple : « Si les hommes savaient pénétrer le Coeur de Jésus avec tous ses désirs et sa gloire, ils reconnaîtraient que son désir le plus ardent est de glorifier le Père, Celui qui L’a envoyé et surtout de ne pas Lui laisser une gloire diminuée comme il a été fait jusqu’ici, mais une gloire totale telle que l’homme peut et doit Me la donner, comme Père et Créateur, encore plus comme Auteur de leur rédemption ! » (Mère Eugénia, 2e cahier, message du 12 août 1932).
« 28 Venez auprès de moi, / vous tous qui peinez
et qui portez des fardeaux, / et moi, je vous déchargerai. »
Le texte araméen de la Pshitta dit : « venez auprès [lwāṯ] de moi », ce qui inclut un contact immédiat. Alors que le grec indique seulement une direction : « venez à moi ».
Jésus avait dit aux villes de Chorazin et Bethsaïde : « Pour Tyr et Sidon ce sera le repos [nīḥ] au jour du jugement, plus que pour vous ! » (Mt 11,21). Et, de même, Jésus dit à Capharnaüm : « pour la terre de Sodome, ce sera la clémence [nyāḥā], au jour du jugement, plus que pour toi ! » (Mt 11,23) – nyāḥā : de la racine nīḥ reposer, décharger, c’est le repos de celui qui est déchargé, la quiétude, la tranquillité ; dans un contexte de jugement, on traduit « clémence » : si Sodome avait vu ces miracles, elle se serait convertie, et, ayant accueilli en Jésus le Messie, elle aurait été déchargée du poids de ses péchés. Ce repos commence maintenant et concerne aussi l’au-delà.
Il convient maintenant d’observer l’unité du vocabulaire avec les versets 29-30 :
« 29 Prenez sur vous mon joug [nīr], / apprenez de moi,
que je suis clément (doux, reposant) [nīḥ] / et humble de cœur,
30 et vous trouverez le repos [nyāḥā] / pour votre âme.
Mon joug est suave à porter, / et mon fardeau est léger. » (Mt 11,29-30)
« Apprenez de moi » (v. 29) est un appel à recevoir son enseignement, un enseignement qui passe aussi par toute sa personne.
Le Siracide aime la sagesse et encourage à l’aimer en disant : « Mettez votre cou sous le joug, que vos âmes reçoivent l’instruction, elle est tout près, à votre portée. Voyez de vos yeux : comme j’ai eu peu de mal pour me procurer beaucoup de repos » (Si 51,26-27). Le joug [nīr] (Mt 11,29.30) est une pièce de bois permettant d’atteler deux animaux de trait, prendre le joug de Jésus signifie travailler avec Jésus, ensemble avec lui. La perspective n’est plus de porter le poids de la Loi orale, c’est de vivre tout cela avec Jésus, en sa présence, avec sa liberté de Fils (« personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler » (Mt 11,27). Alors Jésus dit que son joug est suave [basīm, comme un parfum ou comme l’encens qui accompagne la prière] et son fardeau léger (il est porté à deux…).
En disant « Vous trouverez le repos [nyāḥā] pour votre âme » (Mt 11,30), Jésus fait référence à un oracle de Jérémie : « Renseignez-vous sur les chemins de jadis : quelle était la voie du bien ? Suivez-la et vous trouverez le repos pour vos âmes » (Jr 6,16) : c’est le repos qu’éprouveront immédiatement ceux qui marchent sur le chemin des commandements, car il y a de la joie à être en communion avec le Créateur. En effet, Jésus vient de communiquer la joie du règne de Dieu, et l’exultation de vivre dans la volonté de son Père. Même si l’on est martyr.
L’évangile de Matthieu est un lectionnaire liturgique prévu pour être proclamé en lien avec les lectures de la Torah à la synagogue. C’est ainsi que le passage que nous avons entendu fait écho au livre du Deutéronome. Dans le Deutéronome, le Seigneur promet aux tribus « le repos [nyāḥā] » quand sera conquise la terre au-delà du Jourdain (Dt 3,20). C’est le même mot « le repos [nyāḥā] » en Mt 11,30 ; Jésus n’envisage cependant plus le repos après la conquête de la Terre promise, mais le repos du « royaume des Cieux », qui signifie le « Royaume de Dieu » et qui concerne la terre. Jean-Baptiste en annonçait l’imminence (Mt 3,2).
© Françoise Breynaert
[1] ROUSSOT, Jean-Baptiste, La Colombe de France : la vie et la mission de sœur Marie du Christ-Roi, Paris, Éditions Résiac, 2001 (rééd. 2010), p. 17
[2] Cf. La Colombe de France, Ibid., p. 39
[3] Extraits de : Claude MOUTON, Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé, Résiac, p. 38-39
[4] Cf. http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/margueritemarie. Citation de l'Autobiographie, p. 75.
[5] Extraits de : Claude MOUTON, Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé, Résiac, p. 39
[6] Extraits de : Claude MOUTON, Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé, Résiac, p. 40
[7] « Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction [racine « lāṭ »] » (Dt 30,19).
Date de dernière mise à jour : 19/03/2026