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Livre du Ciel 12 Vision intérieure de l’Apocalypse
Luisa, héritière des grands spirituels, franchit une nouvelle étape
Le rôle de Luisa, le troisième Fiat
Le Christ de l’Apocalypse : l’Agneau, le Ressuscité (Ap 1)
Les serviteurs « scellés » du sceau de la persévérance finale (Ap 7)
L’arc-en-ciel de l’Apocalypse (Ap 10)
La récompense pour la Création (Ap 14)
Et il lui a été donné qu’elle s’enveloppe de byssus pur et lumineux ! (Ap 19)
Le millenium, troisième renouveau ou ère du ‘troisième Fiat’
Récit inaugural 16 mars 1917
À Luisa qui s’inquiète d’elle-même parce que Jésus semble avoir changé sa conduite, Jésus répond avec l’annonce de fléaux, dont le livre de l’Apocalypse explique qu’ils sont analogues aux plaies d’Égypte, non plus pour sortir de l’oppression de pharaon et entrer en Canaan, mais pour sortir de l’emprise du mal et entrée dans la terre nouvelle.
Jésus rassure ensuite Luisa : « Je n’ai pas changé, Je suis immuable. Quand Je me suis communiqué à une âme, que Je l’ai tenue contre moi, lui ai parlé et l’ai comblée de mon Amour, cette communion entre elle et Moi n’est jamais rompue. Au plus, les manières changent. »
Ensuite, Jésus dit à Luisa : « Quand les gens lisent le livret des Heures de ma Passion, Je remplis ton âme jusqu’à déborder et Je te parle de choses intimes dont Je ne t’ai jamais parlé auparavant, de la manière de me suivre dans mes voies. Puisque l’âme doit suivre mon exemple, les instructions de ce livret seront le miroir de ma vie intérieure. Celui qui se modèle sur elles reproduit ma Vie en lui. Oh ! comme elles révèlent mon Amour et ma soif pour les âmes, ressentis dans toutes les fibres de mon cœur, dans chacune de mes respirations, dans chacune de mes pensées, etc. ! » (16 mars 1917)
Dans le livre 12, Luisa apprend à participer divinement à la Passion de Jésus, que l’Apocalypse appelle « l’Agneau immolé ». L’Apocalypse s’ouvre sur une vision du Christ ressuscité qui demande à Jean d’écrire ce qui va advenir bientôt à savoir un renouveau du monde qui se réalisera à travers un événement, tout comme le déluge ou l’incarnation du Christ ont été des événements. Or, dans l’Apocalypse, Jésus est désigné comme « Agneau » 30 fois ! C’est dire combien la contemplation de la Passion est importante. Les « Heures de la Passion » dont parle le récit inaugural sont une clé pour l’accomplissement de l’Histoire.
Luisa, héritière des grands spirituels, franchit une nouvelle étape
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Dans le récit inaugural, Luisa se plaint de ne plus ressentir la présence de Jésus. Cette douloureuse expérience est classique dans la vie des spirituels chrétiens. Saint Jean de la Croix l’exprime en poésie : « Cantique de l’âme, strophe 1 :
Par une nuit profonde,
Étant pleine d’angoisse et enflammée d’amour,
Oh ! L’heureux sort !
Je sortis sans être vue, tandis que ma demeure était déjà en paix.
C’est dans les ténèbres de mon intelligence, dans les angoisses de ma volonté, dans les afflictions et les chagrins de ma mémoire, que je suis sortie ; je me suis abandonnée aveuglément à la foi pure, qui est une nuit obscure pour toutes mes puissances naturelles ; seule la volonté, touchée de douleur et d’affliction, était embrasée d’amour de Dieu. [...]
Ça a été un grand bonheur et une heureuse fortune pour moi [...] Car unie à l’amour divin, ma volonté n’aime plus d’une manière basse par ses forces naturelles, mais avec la force et la vertu de l’Esprit Saint ; voilà pourquoi elle n’agit plus d’une manière humaine à l’égard de Dieu. Il faut en dire tout autant de la mémoire, dont tous les souvenirs se sont changés en pensées éternelles de gloire »[1].
« L’âme ne voit rien, elle ne reçoit aucune faveur ni d’en haut ni d’en bas. Elle doit attendre que son esprit soit soumis, humilié, purifié, et devienne si subtil, si simple, si pur, qu’il puisse ne faire plus qu’un avec l’esprit de Dieu, d’après le degré d’union d’amour que Dieu dans sa miséricorde veut lui accorder ; c’est en vue de ce degré que la purification est plus ou moins forte et dure plus ou moins longtemps. Mais si elle doit être quelque chose de sérieux, quelque forte qu’elle soit, elle durera quelques années. »[2]
C’est ainsi que se plaint Luisa dans le récit inaugural (16 mars 1917) et à nouveau encore presque deux ans plus tard, avant une nouvelle union avec le Christ en Croix :
« Dans mon état habituel, j’étais affligée à l’extrême d’être privée de mon doux Jésus. Néanmoins, je faisais mon possible pour rester unie à lui en méditant les Heures de la Passion. J’en étais à celle où Jésus est sur la Croix quand je perçus Jésus en moi, les mains jointes, et disant d’une voix articulée : ‘Mon Père, accepte le sacrifice de ma fille que voilà et la douleur qu’elle ressent à être privée de Moi. Ne vois‑tu pas combien elle souffre ? Sa souffrance la laisse presque sans vie, à tel point que, même si Je reste caché, Je suis contraint à souffrir avec elle pour lui donner de la force ; autrement, elle succomberait. Ô Père, accepte sa souffrance unie à celle que Je ressentis sur la Croix quand J’étais complètement abandonné, même par Toi [Mt 27,46]. Accorde que la privation de ma présence qu’elle ressent soit lumière, connaissance, vie divine dans les âmes et tout ce que J’obtins par mon abandon !’
Cela dit, Il se cacha de nouveau. Je me sentis pétrifiée de douleur et, tout en pleurs, je dis à Jésus : ‘Jésus, ma Vie, oh ! oui, donne‑moi des âmes ! Que la douleur atroce d’être privée de Toi te contraigne à me donner des âmes. Comme je vis cette souffrance dans ta Volonté, que tous ressentent ma douleur, entendent mes cris incessants et se rendent.’
Vers le soir, mon Jésus béni réapparut un instant et Il me dit : ‘Ma fille et mon refuge, quelle douce harmonie ta souffrance a causée aujourd’hui dans ma Volonté ! Ma Volonté est au Ciel et ta douleur, se trouvant dans ma Volonté, a eu son écho harmonieux dans le Ciel et a réclamé des âmes à la Très Sainte Trinité. De plus, comme ma Volonté s’écoule parmi tous les anges et les saints, ils ont tous ensemble réclamé des âmes en criant : Âmes, âmes ! Ma Volonté coula aussi dans toutes les créatures et ta souffrance touchait tous les cœurs en criant à chacun : Sauve-toi, sauve-toi ! Ma Volonté se concentrait en toi, et tel un soleil radieux, se penchait sur tous pour les convertir. Vois-tu ce grand bien ? Pourtant, qui se préoccupe de savoir la valeur, le prix inestimable de ma Volonté ?’ » (4 janvier 1919).
À l’héritage de saint Jean de la Croix, se joint l’héritage de saint Bonaventure.
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En expliquant la vie « dans la divine volonté », Luisa prolonge aussi « L’Itinéraire de l’âme vers Dieu » de saint Bonaventure, qui avait déjà distingué la Contemplation de Dieu par son image gravée dans nos facultés naturelles » (chapitre III) et la Contemplation de Dieu dans son image réformée par les dons de la grâce » (chapitre IV). La profondeur et la simplicité d’expression de Luisa sont uniques :
« Selon ma pauvre opinion, vivre résigné à la Divine Volonté, c’est se résigner en tout à la Volonté de Dieu, autant dans la prospérité que dans l’adversité, voyant en toute chose le règne de Dieu sur sa Création, suivant lequel pas même un cheveu ne peut tomber de notre tête sans la permission du Créateur. L’âme se comporte comme un bon fils qui va où son père veut qu’il aille et qui souffre ce que son père veut qu’il souffre. Être riche ou pauvre lui est indifférent. Il est content de ne faire que ce que veut son père. S’il reçoit l’ordre d’aller quelque part pour s’occuper d’une affaire, il y va simplement parce que son père le veut. Cependant, ce faisant, il se rafraîchit, il s’arrête pour se reposer, manger, échanger avec d’autres personnes, etc. Ainsi, il se sert beaucoup de sa propre volonté, sans oublier cependant qu’il va là parce que c’est ainsi que son père le veut. En beaucoup de choses, il trouve l’occasion de faire sa propre volonté. […]
Pour parler maintenant de ce qu’est vivre dans la Divine Volonté, je voudrais que la main de mon Jésus guide la mienne. […]
Vivre dans la Divine Volonté signifie ne rien faire par soi‑même. Parce que, dans la Divine Volonté, l’âme se sent incapable de quoi que ce soit par elle‑même. Elle ne demande aucun ordre et n’en reçoit pas parce qu’elle se sent incapable d’aller seule. Elle dit : Si tu veux que je fasse quelque chose, faisons‑le ensemble comme une seule personne. Si tu veux que j’aille quelque part, allons‑y ensemble comme une seule personne.
Ainsi, l’âme fait tout ce que le Père fait. Si le Père pense, elle fait siennes ses pensées, elle n’a aucune autre pensée que celles du Père. Si le Père regarde, parle, travaille, marche, souffre ou aime, elle regarde ce que le Père regarde, répète les paroles du Père, travaille avec les mains du Père, marche avec les pieds du Père, souffre les mêmes souffrances que le Père et aime ce qu’aime le Père. Elle ne vit pas à l’extérieur mais à l’intérieur du Père. Ainsi, elle est une parfaite réplique de Lui. Ce qui n’est pas le cas pour celui qui vit seulement résigné. Il est impossible de trouver cette âme sans le Père ou le Père sans cette âme. Et cela n’est pas qu’extérieur : tout son intérieur est entrelacé avec l’intérieur du Père, transformé en lui. Oh ! le vol rapide de cette âme !
La Divine Volonté est immense. Elle circule partout, ordonne tout et donne vie à tout. L’âme qui s’immerge dans cette immensité, vole vers tout, revigore tout et aime tout ; elle agit et aime comme Jésus, ce que ne peut faire l’âme qui est seulement résignée. Pour l’âme qui vit dans la Divine Volonté, il est impossible de faire quoi que ce soit par elle‑même. Ses travaux humains, même saints, lui donnent la nausée parce que les choses de la Divine Volonté, même les plus petites, ont un aspect différent. Elle acquiert une noblesse divine, une splendeur divine et une sainteté divine, également une puissance divine et une beauté divine. Ces qualités divines se multiplient indéfiniment en elle. Et, en un instant, elle fait tout. Après avoir tout fait, elle dit : Je n’ai rien fait, c’est Jésus qui a tout fait, et c’est là mon bonheur. Jésus m’a fait l’honneur de me recevoir dans sa Volonté, ce qui me permet de faire ce qu’Il a fait.
L’ennemi est incapable de troubler cette âme, qu’elle ait fait son travail bien ou petitement, qu’elle ait fait peu ou beaucoup, parce que tout a été fait par Jésus et elle ensemble. Elle est paisible, non sujette à l’anxiété. Elle n’aime pas une personne en particulier mais elle les aime toutes, divinement. On peut dire qu’elle répète la vie de Jésus, qu’elle est sa voix, les battements de son Cœur, la mer de ses grâces. En cela seulement, je crois, consiste la vraie sainteté. » (14 août 1917).
Un autre jour, Jésus dit à Luisa :
« Quant à toi, Je veux que tu sois l’initiatrice de la sainteté dans ma Volonté.
Ma fille, toutes les autres formes de sainteté ne sont pas exemptes de la recherche d’intérêts personnels ou de pertes de temps. Par exemple, pour les âmes qui vivent complètement attentives à l’obéissance, il y a beaucoup de pertes de temps. En parlant sans cesse, elles se distraient de Moi et mettent les vertus à ma place. Elles n’ont de repos que lorsqu’elles reçoivent des ordres. D’autres âmes s’arrêtent beaucoup aux tentations. Oh ! combien de temps elles perdent ! Elles ne se fatiguent jamais de raconter toutes leurs épreuves, mettant ainsi la vertu de la souffrance à ma place. Ces diverses formes de sainteté se brisent souvent en morceaux.
La sainteté dans ma Volonté, par contre, est exempte de la recherche d’intérêts personnels et de pertes de temps. » (27 novembre 1917).
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Le 10 février 1919, Jésus demande à Luisa un autre « oui » en vue de lui faire franchir
une nouvelle étape :
« Alors que j’étais dans mon état habituel, mon toujours aimable Jésus vint. Tenant mes mains serrées dans les siennes, Il me dit avec une majestueuse affabilité :
‘Ma fille, dis‑moi, veux‑tu vivre dans ma Volonté ? Acceptes‑tu d’être le deuxième maillon de jonction avec mon Humanité ? Acceptes‑tu mon Amour comme tien, ma Volonté comme vie ? Acceptes‑tu de partager les souffrances infligées à mon Humanité par ma Divinité, lesquelles Je ressens le besoin irrésistible de non seulement faire connaître, mais aussi de partager avec une créature pour autant que cela soit possible ? Je ne peux faire connaître et partager ces choses qu’avec une personne qui vit dans ma Volonté, qui vit entièrement de mon Amour. Ma fille, J’ai pour coutume de demander le oui de la créature pour pouvoir ensuite travailler librement avec elle.’
Alors Jésus se fit silencieux, comme s’Il attendait mon Fiat. J’étais surprise et je Lui dis : « Jésus, ma Vie, ta Volonté est mienne. Toi seul unis nos deux volontés et en fais un seul Fiat. Aussi, unie à Toi, je dis oui. Je te prie d’avoir pitié de moi. Ma misère est grande et, uniquement parce que Tu le veux, je dis : Fiat, Fiat. »
Oh ! comme je me sentais annihilée et pulvérisée dans les profondeurs de mon néant[3], d’autant plus que ce rien que je suis était appelé à vivre dans le Tout qu’Il est ! Mon doux Jésus joignit nos deux volontés et y grava le mot Fiat.
Mon oui entra dans la Divine Volonté parce qu’Il avait été prononcé en elle, il apparut non pas comme un oui humain, mais un oui divin. Il se multiplia pour rejoindre toutes les créatures, les amener toutes à Jésus et réparer solennellement les refus qu’elles avaient adressés à mon doux Jésus. Il était marqué du sceau et du pouvoir de la Divine Volonté, prononcé non par peur ou intérêt de sainteté personnelle, mais seulement pour se fondre dans la Volonté de Jésus, pour œuvrer pour le bien de chaque créature et pour donner à Jésus, au nom de chacune, une gloire divine, un amour divin et des réparations divines.
Mon aimable Jésus sembla si content de ce oui qu’Il me dit :
‘Je veux maintenant te parer et te vêtir comme Moi‑même afin que ton oui se joigne au mien pour accomplir ma propre fonction devant la Majesté Éternelle.’ Alors, Il me vêtit comme pour m’identifier à son Humanité et, ensemble, nous nous présentâmes devant la Majesté Éternelle. Mais cette Majesté me paraissait comme une Lumière inaccessible, immense et d’une beauté inimaginable, de laquelle tout dépendait. Je restai perdue en elle et, comparativement, l’Humanité même de mon Jésus paraissait petite. Le simple fait d’entrer dans cette Lumière rend la personne heureuse et embellie. Je ne sais pas comment je puis continuer à écrire là‑dessus. Mon doux Jésus me dit : ‘Dans l’immensité de ma Volonté, adore avec Moi la Puissance Incréée. Ainsi, non seulement Moi, mais aussi une autre personne, une créature humaine, adorera d’une manière divine Celui qui a tout créé et de qui tout dépend. Et cela, au nom de tous ses frères et sœurs de toutes les générations.’ » (10 février 1919).
Et un mois plus tard, Jésus dit à Luisa : « Tu seras la première à être, avec Moi, le petit agneau sacrifié par les mains du Père pour revivre ensuite et être sacrifiée de nouveau, pas un nombre limité de fois comme ceux qui ont partagé les plaies de mon Humanité, mais autant de fois que ma Divinité l’a voulu pour Moi. Tu seras crucifiée avec Moi par les Mains éternelles, recevant l’empreinte de mes Souffrances immenses, éternelles et divines. Nous nous présenterons ensemble devant le trône de l’Éternel avec, sur nos fronts, écrit en caractères indélébiles : Nous voulons mourir pour donner la Vie à nos frères. Nous voulons souffrir pour les libérer des peines éternelles. N’es‑tu pas contente ? » Et Jésus achève en appelant Luisa « la première âme stigmatisée dans ma Volonté. » (14 mars 1919).
Le rôle de Luisa, le troisième Fiat
L’ Itinéraire de l’âme vers Dieu, un ouvrage composé par saint Bonaventure en l’an 1259, comporte sept chapitres. Les chapitres I et II correspondent à la contemplation de Dieu à l’extérieur de nous (théologie symbolique) : Chapitre I : « Degrés d’élévation à Dieu et contemplation de Dieu par ses vestiges dans l’univers » Chapitre II : « Contemplation de Dieu dans ses vestiges à travers le monde sensible ». Le chapitre I, « par », exprime ce qui accessible par nos seules facultés (montée de l’âme vers Dieu) et le chapitre II, « dans », exprime ce qui est uniquement accessible par la conversion de ces facultés par Dieu (Dieu vers l’homme).
C’est donc ce chapitre II que prolonge l’expérience de Luisa, quand elle intercède au nom de toute la famille humaine en étant portée par « les ailes de l’empreinte du divin Fiat » (autrement dit « dans » la divine volonté) et en partant du monde extérieur où Dieu a laissé son empreinte :
« Je sentais mon pauvre esprit complètement immergé dans l’immense mer de la Divine Volonté. Je percevais l’empreinte du divin Fiat dans chaque chose créée. J’ai perçu cette empreinte dans le soleil. Il me semblait que le soleil nous transmettait l’Amour divin qui darde, blesse et illumine. Sur les ailes de cette empreinte, je me rendis vers l’Éternel en lui apportant, au nom de toute la famille humaine, l’Amour divin qui darde, blesse et illumine. Je lui ai dit : "C’est dans ton Fiat que tu me donnes cet Amour qui darde, blesse et illumine, et c’est dans ton Fiat que je te le retourne".
Ensuite, j’ai regardé les étoiles et j’ai perçu, que dans leur doux scintillement, elles transmettent aux créatures un Amour pacifique, doux, caché et compatissant dans la nuit du péché. Et moi, à travers cette empreinte du divin Fiat, j’ai apporté au trône de l’Éternel, au nom de tous, un amour pacifique pour que règne la paix céleste sur la terre, un amour doux comme celui des âmes amoureuses, un amour caché comme celui des âmes effacées et un amour humble comme celui des créatures qui reviennent vers Dieu après le péché. » (17 janvier 1921).
Et Jésus semble confirmer la théologie de saint Bonaventure : « Toute vie et toute chose proviennent de mon Fiat. La Création provient de mon Fiat. Dans chaque chose créée, on peut voir son empreinte. »
Et Jésus emmène alors Luisa un peu plus loin, dans une méditation sur l’œuvre de la Rédemption qui fut précédée par le consentement de Marie. Nous observons que la réponse de Marie : « Me voici la servante du SEIGNEUR ; qu’il me soit fait [Fiat mihi] selon ta parole ! » (Lc 1,38) n’est pas une définition abstraite (« Je suis la servante ») ; en disant « me voici » (araméen « hā ᵓennā », latin « Ecce », grec « ιδου »), Marie se place dans le dynamisme de l’histoire. Mais il y a plus.
Jésus explique à Luisa : « La Rédemption résulte du Fiat mihi de ma chère Maman, prononcé dans ma Volonté, et portant le même pouvoir que mon Fiat créateur. Par conséquent, tout, dans la Rédemption, contient l’empreinte du Fiat mihi de ma Mère. Même ma propre Humanité, mes pas, mes paroles et mes travaux portent l’empreinte de son Fiat mihi. Mes souffrances, mes blessures, mes épines, ma Croix et mon Sang portent l’empreinte de son Fiat mihi, parce que les choses portent l’empreinte de leur provenance. Mon origine dans le temps porte l’empreinte du Fiat mihi de ma Mère Immaculée. Ce Fiat mihi se retrouve dans chaque hostie sacramentelle. Si l’homme renaît après le péché, si le nouveau‑né est baptisé, si le Ciel s’ouvre pour recevoir les âmes, c’est par suite du Fiat mihi de ma Mère. Oh ! la Puissance du Fiat ! » (17 janvier 1921).
Et c’est alors que Jésus à Luisa la mission qu’il veut lui confier :
« Maintenant, Je veux te dire pourquoi Je t’ai demandé ton Fiat, ton oui dans ma Volonté. Le ‘Fiat Voluntas tua sicut in Cælo et in terra’ [Que ta Volonté soit faite comme au ciel sur la terre], que J’ai enseigné et qui est récité depuis tant de siècles par tant de générations, Je veux qu’Il ait son total accomplissement. C’est pourquoi J’ai voulu un autre Fiat qui soit aussi investi de la Puissance créatrice, un Fiat qui s’élève à chaque instant et se multiplie en tous. Je veux voir dans une âme mon propre Fiat qui s’élève jusqu’à mon trône et qui, par ma Puissance créatrice, apporte à la terre la réalisation du ‘que ta Volonté soit faite sur la Terre comme au ciel’. » (17 janvier 1921). Ce qui vise le temps de la Parousie.
Les jours suivants, Jésus revient sur ce thème :
« Ma Mère était dans une condition semblable à la tienne. La Puissance créatrice qu’elle ressentait en elle était si grande que, toute confuse, elle ne trouvait pas en elle la force d’en parler à quiconque. Si, par la suite, saint Joseph apprit la chose, ce fut Moi‑même qui la lui révélais.
Plus tard, mon Humanité se fit connaître davantage, mais pas à tous. Ce second Fiat germa comme une semence dans le sein virginal de Marie, y forma un épi apte à se multiplier et à conduire à la lumière du jour cette grande merveille. Il en ira ainsi pour le troisième Fiat. Il germera en toi et l’épi s’y formera. Seul le prêtre le saura, puis quelques âmes ; ensuite ce sera la diffusion. » (24 janvier 1921).
Et Jésus lui dit :
« Par conséquent, tu peux dire dans mon Fiat tout‑puissant : Je veux créer autant d’amour, d’adoration et de bénédictions et procurer autant de gloire à mon Dieu qu’il faut pour compenser pour toutes les créatures et toutes les choses. Tes actes rempliront le Ciel et la Terre, se multiplieront en parallèle avec les actes de la Création et ceux de la Rédemption. Tous ne feront qu’un. » (2 février 1921).
Le Christ de l’Apocalypse : l’Agneau, le Ressuscité (Ap 1)
Dans l’Apocalypse,30 fois le Christ est désigné comme « Agneau » parce qu’il est mort à l’heure du sacrifice pascal, et on ne brisa pas les os du crucifié comme on ne le fit pas non plus pour l’agneau de la Pâque (Jn 19,31-37). L’agneau de la Pâque juive fut immolé pour la libération d’Égypte (Ex 12,46). Jésus, quant à lui, fut immolé pour la libération du péché. Par exemple, Jésus explique à Luisa : « Ma fille, pendant ma Passion, Je voulus souffrir la prison pour libérer les créatures de la prison du péché. Oh ! quelle horrible prison est le péché pour l’homme ! Ses passions l’enchaînent comme s’il était un vil esclave. Ma prison et mes chaînes le libèrent. Ma prison forma pour les âmes aimantes des prisons d’amour dans lesquelles elles sont en sécurité, protégées de tout et de tous. » (4 décembre 1918).
L’évangile de Jean ajoute :
« Mais un des soldats / frappa son côté par une lance
et, aussitôt, il sortit du sang / et de l’eau. » (Jn 19,34).
Le sang et l’eau révèlent que la cause de la mort de Jésus fut une rupture du myocarde, causée par l’effort, l’angoisse et l’amour. Davantage que la cruelle crucifixion, c’est l’amour brûlant, divin, qui est la cause de la mort de Jésus. Jésus explique à Luisa :
« L’homme qui pèche offense la Majesté Suprême, non seulement extérieurement, mais aussi intérieurement. […] [Les offenses faites au Père par leurs fautes intérieures] blessent la partie la plus noble de leur être, leur intelligence, leur mémoire et leur volonté, là où est imprimée l’image divine[4]. Qui donc pouvait acquitter cette dette, puisque la créature en était incapable ? La Divinité elle‑même. Pour cela, il fut nécessaire qu’elle se fasse le bourreau amoureux de mon Humanité. La Divinité voulait que la satisfaction soit complète, tant pour les fautes intérieures des créatures que pour leurs fautes extérieures. Par la Passion que les Juifs m’ont fait subir, J’ai pu redonner au Père la gloire extérieure dont les créatures l’avaient privé par leurs fautes extérieures. Par la Passion que la Divinité m’a fait subir intérieurement tout au long de ma vie terrestre, J’ai satisfait pour les fautes intérieures de l’homme » (8 mai 1919).
Et Jésus est ressuscité, ce dont les quatre évangiles témoignent (le linceul trouvé à plat, une vision, une parole ou un repas du Ressuscité). Jésus dit à Luisa :
« L’apogée de la Rédemption fut ma Résurrection. Plus qu’un soleil resplendissant, ma Résurrection couronna mon Humanité, faisant briller toutes mes actions, même les plus petites. Elle fut une merveille d’une telle splendeur qu’elle stupéfia le Ciel et la terre. La Résurrection est le fondement et l’achèvement de tous les biens. Elle sera la couronne et la gloire de tous les saints. Ma Résurrection est le vrai soleil qui glorifia mon Humanité. Elle est le soleil de la religion catholique, la gloire de tous les chrétiens. Sans elle, la religion aurait été comme le ciel sans soleil, sans chaleur et sans vie. Ma Résurrection symbolise les âmes qui formeront leur sainteté dans ma Volonté. » (15 avril 1919).
L’Apocalypse commence par une vision du Ressuscité : « son visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat. À sa vue, je tombai à ses pieds, comme mort ; mais il posa sur moi sa main droite en disant : ‘Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant ; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles’ » (Ap 1,16-18).
Le récit inaugural du 12e livre du Ciel met en valeur la méditation des Heures de la Passion (16 mars 1917), et le « noyau » de l’Apocalypse[5] dit que les grands vainqueurs « ont vaincu par le sang de l’Agneau et par la Parole de son témoignage » (Ap 12,11). En fait, c’est tout l’ensemble du 12e Livre du Ciel se médite remarquablement bien en parallèle avec l’Apocalypse, dont il semble donner le sens intérieur.
Les serviteurs « scellés » du sceau de la persévérance finale (Ap 7)
Jésus est « l’Agneau immolé » à qui sont « la puissance, la richesse et la sagesse, et la force, l’honneur et la gloire et la bénédiction » (Ap 5,12).
Ceux qui ont rejeté le salut n’ont plus que la perspective du jugement, et ils cherchent à se cacher dans les cavernes, loin de Dieu (6e sceau). L’antichristianisme ne pourra littéralement plus tenir debout.
Quant aux serviteurs de Dieu, ils sont marqués au front, littéralement « scellés entre les yeux » (Ap 7,3 – 7e sceau). Cette image évoque l’union du Christ à l’humanité souffrante et l’union des chrétiens au Christ Vainqueur.
Ce 12e livre du Ciel donne de nombreuses explications sur la signification spirituelle de ce sceau :
« Ma fille, courage ! Ne change en rien ! La fermeté est la plus grande vertu. Elle produit l’héroïsme et il est presque impossible que celui qui possède cette vertu ne devienne pas un grand saint. La répétition des actes vertueux fait naître dans l’âme une fontaine d’amour nouveau et croissant. La fermeté fortifie l’âme et met sur elle le sceau de la persévérance finale. Ton Jésus ne craint pas que ses grâces restent sans effet dans les âmes fermes. Il les lui distribue par torrents. » (4 mars 1918)
« Ma fille... J’ai tout fait pour les créatures. Je les aimais tellement que pour être sûr de les placer en sécurité, J’ai voulu les envelopper du manteau de mon amour comme à l’intérieur d’une armure. Mais, par des péchés volontaires, les créatures ingrates brisent cette armure. Elles échappent ainsi à mes grâces et à mon amour. Elles se placent à l’extérieur, sans aucun abri. Ainsi elles sont frappées par les éclairs de la Justice divine. Ce n’est pas Moi qui frappe les hommes. Ce sont eux qui, par leurs péchés, se dressent contre Moi et reçoivent les coups. Prie, prie pour contrer le grand aveuglement des créatures. » (12 juin 1918).
« L’oubli total de toi‑même et l’absence totale d’intérêt personnel sont des clous que ma Volonté met en place en toi. Ma Volonté ne sait pas faire des choses petites ou incomplètes. Se faisant couronne tout autour de l’âme, elle la veut totalement en Elle, elle veut l’étendre partout dans son Éternel Vouloir et lui appose le sceau de son achèvement. » (15 mai 1920)
« J’agissais dans la très sainte Volonté de mon Jésus. Bougeant en moi, Il me dit : ‘Ma fille, les actions faites dans ma Volonté sont scellées en Elle. Par exemple, si l’âme prie dans ma Volonté, sa prière est scellée dans ma Volonté. Ainsi, l’âme reçoit le don de la prière, c’est‑à‑dire qu’elle n’a plus d’effort à faire pour prier. Celui qui a des yeux sains n’a pas d’effort à faire pour voir. Il voit naturellement les objets et en jouit. Mais, pour celui dont l’œil est malade, regarder lui demande beaucoup d’efforts. Si l’âme souffre dans ma Volonté, elle sent en elle le don de la patience. Si elle travaille dans ma Volonté, elle sent en elle le don de travailler saintement. Les actions scellées dans ma Volonté perdent leur faiblesse et sont affranchies de leur aspect humain. Elles sont imprégnées de Vie divine.’ » (21 septembre 1920).
Et encore : « Ma fille, pour entrer dans ma Volonté […] il suffit de le vouloir. Sans cette décision, même si la volonté humaine se trouve dans ma Volonté, elle n’en fait pas partie et ne jouit pas de ses effets. Elle s’y trouve comme une étrangère.
Dès l’instant que l’âme décide d’entrer dans ma Volonté, elle se fond en Moi et Moi en elle. Elle trouve tous mes biens à sa disposition : force, lumière, aide, tout ce qu’elle veut. Il suffit qu’elle le veuille et le tour est joué. Ma Volonté prend tout en charge, donne à l’âme tout ce qui lui manque et l’emmène dans l’océan infini de ma Volonté. » (16 février 1921).
Concernant l’acte de décision volontaire, on peut rappeler les travaux du docteur Vittoz (commentaire du livre 11) mais il convient plutôt d’observer la suite du livre de l’Apocalypse qui instaure un contraste entre ceux qui porte la marque de la bête « sur leurs mains de droite ou entre leurs yeux » (Ap 13,16) et les compagnons de l’Agneau qui ont quant à eux, « entre leurs yeux », le nom du Christ-Agneau et le nom de son Père (Ap 14,1). Comme ceux qui ont le sceau de Dieu, ceux qui n’ont pas pris la marque de la bête vont être sauvés pour l’heureux temps du millenium, c’est-à-dire de la Parousie (Ap 20,4) que le livre du Ciel appelle l’ère du troisième Fiat (nous y reviendrons).
L’arc-en-ciel de l’Apocalypse (Ap 10)
Après les sept sceaux, l’Apocalypse parle de sept trompettes. Et avant que ne résonne la septième trompette, un petit écrit est donné à Jean par un ange très particulier. Il est « enveloppé de la nuée » et sur sa tête est « l’arc des cieux » […] Il pose « son pied de droite sur la mer, [celui] de gauche, donc, sur la terre » (Ap 10,1-2 FG). Ces détails rappellent l’Alliance de Dieu avec Noé : « Quand l’arc sera dans la nuée, je le verrai et me souviendrai de l’alliance éternelle qu’il y a entre Dieu et tous les êtres vivants, en somme toute chair qui est sur la terre » (Gn 9,16). Ces détails signifient qu’il ne s’agit pas pour Dieu de ravager et de détruire la terre, mais bien de l’amener à accomplir l’Alliance avec son Créateur.
Luisa écrit ceci : « Me trouvant dans mon état habituel, mon toujours aimable Jésus vint et me dit : ‘Ma fille, le troisième Fiat, mon Fiat Voluntas tua [Que ta volonté soit faite] sur terre comme au ciel, sera comme l’arc‑en‑ciel apparu dans le ciel après le déluge et qui était un signe de paix attestant la fin du déluge. Ainsi sera le troisième Fiat. Quand le troisième Fiat sera connu, les âmes aimantes et désintéressées y entreront pour y vivre. Elles seront comme des arcs‑en‑ciel de paix qui réconcilieront le Ciel et la terre en écartant le déluge des péchés qui inondait la terre. Ces arcs-en-ciel de paix prendront leur vie dans le troisième Fiat, si bien que mon Fiat Voluntas tua trouvera son achèvement en ces âmes’ » (2 mars 1921).
Et peu après : « Il revint et je Lui dis : ‘Jésus, ma Vie, si les âmes qui vivront dans ta Volonté seront des arcs‑en‑ciel de paix, quelles seront leurs couleurs ?’ Toute bonté, Il me dit : ‘Leurs couleurs seront éblouissantes et totalement divines. Elles seront : amour, bonté, sagesse, puissance, sainteté, miséricorde et justice. Ces couleurs seront comme des lumières dans les ténèbres de la nuit. Elles feront se lever le jour dans les esprits des créatures.’ » (12 mars 1921).
La récompense pour la Création (Ap 14)
Dans la préface de son Traité contre les hérésies saint Irénée dénonce ceux qui « causent la ruine d’un grand nombre en les détournant, sous prétexte de ‘gnose’, de Celui qui a constitué et ordonné cet univers : comme s’ils pouvaient montrer quelque chose de plus élevé et de plus grand que le Dieu qui a fait le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment ! »
L’Apocalypse coupe court à ce détournement de l’adoration due au Créateur, principe même de la gnose. Saint Jean voit l’ange de la Bonne Espérance qui proclame, à grande voix :
« Craignez Dieu et glorifiez-le, car voici l’heure de son Jugement; adorez donc Celui qui a fait le ciel et la terre et la mer et les sources » (Ap 14,7).
Jésus dit à Luisa : « Il n’y a que Moi qui puisse mesurer la juste valeur des actes faits dans ma Volonté. Ils sont le triomphe de ma Gloire, l’aboutissement de mon Amour, l’accomplissement de ma Rédemption. Ils me récompensent pour la Création elle‑même. Par conséquent, ma fille, avance toujours plus avant dans ma Volonté. » (12 décembre 1917).
Luisa écrit : « Je priais et, par la pensée, je me fondais dans la Volonté éternelle. M’étant placée devant la Majesté Suprême, je Lui dis : ‘Éternelle Majesté, je viens à tes pieds au nom de toute la famille humaine, du premier homme jusqu’au dernier, pour t’adorer profondément. À tes pieds très saints, je dépose l’adoration de tous. Au nom de tous, je Te reconnais comme le Créateur et le Souverain de tous. Je t’aime pour tous. Au nom de tous, je te retourne l’amour que Tu nous manifestes à travers les choses créées, en lesquelles Tu as mis tant d’amour que les créatures ne pourront jamais te retourner tout cet amour. Néanmoins, dans ta Volonté, où tout est immense et éternel, je trouve cet amour et je te le redonne au nom de tous. Je veux t’aimer pour chaque étoile que tu as créée, pour chaque rayon de lumière et pour chaque intensité de chaleur que tu as placés dans le soleil, etc.’ » (9 janvier 1920).
Le livre de l’Apocalypse place l’adoration du Créateur dans la perspective du jugement à travers lequel la création doit accomplir son but. Juste après, l’Apocalypse montre : « Un autre Ange, un deuxième, le suivit en criant : ‘Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande, elle qui a abreuvé toutes les nations du vin de la colère’. » (Ap 14,8). Puis c’est l’annonce du châtiment de ceux qui ont pris la marque de la bête (Ap 14,9-11). Avant l’heureux accomplissement, est donc annoncée une terrible épreuve. Mais si l’Apocalypse nous invite à bénir le Créateur, dont le dessein rempli de bonté s’accomplira.
Cette autre confidence de Luisa nous éclaire : « Je méditais sur l’épisode où, avant de s’engager dans sa douloureuse Passion, Jésus se rendit chez sa Maman pour lui demander sa bénédiction. Il me dit : ‘Ma fille, combien de choses révèle ce mystère ! J’ai voulu me rendre chez ma chère Maman pour lui demander sa bénédiction afin de lui fournir l’occasion de me demander ma propre bénédiction. Les souffrances qu’elle devait traverser allaient être si grandes qu’il était approprié que Je la fortifie par ma bénédiction.’ Quand Je veux donner, c’est mon habitude de demander d’abord. Ma Maman comprit cela tout de suite et me demanda de la bénir d’abord. Ce fut seulement après qu’elle me bénit. […] Au même titre que le soleil, issu de mon Fiat tout‑puissant, poursuit sa course sans jamais que sa lumière et sa chaleur ne diminuent le moins du monde, ma Bénédiction, jaillie de ma Parole créatrice au début de ma Passion, demeure toujours agissante.» (28 novembre 1920).
Et il lui a été donné qu’elle s’enveloppe de byssus pur et lumineux ! (Ap 19)
En parlant de l’Église comme d’une Épouse « invitée au festin des noces de l’Agneau » l’Apocalypse dit : « Et il lui a été donné qu’elle s’enveloppe de byssus pur et lumineux ! » (Ap 19,8-9). Le byssus est une fibre naturelle fabriquée par la moule pour s’accrocher à un support et dans l’Antiquité on en tirait un textile de luxe appelé la « soie des rois ». Suit une glose qui précise que le byssus désigne « les [actions] droites des saints » (Ap 19,8). Ces bonnes actions ne sont pas imposées par une prédestination, elles sont l’humble réponse de la mariée invitée « au festin des noces de l’Agneau » (Ap 19,9). Et le vêtement de byssus pur et lumineux est un don, il est donné par la Divinité, par le Christ Agneau, l’époux divin. L’ambiance est divine. Les actions droites des saints revêtent les qualités divines, ce que symbolise la soie des rois.
Jésus dit à Luisa :
« Sais‑tu de quoi est fait le vêtement de celui qui vit dans ma Volonté ? Il n’est pas fait d’or, mais de la plus pure lumière. Il est comme un miroir montrant à tout le Ciel les actions de cette âme. Il est orné de plusieurs miroirs et, dans chacun d’eux, on peut me voir entièrement. Ainsi, d’où que l’on regarde l’âme, de l’arrière, de l’avant, de la gauche ou de la droite, on me voit multiplié autant de fois que l’âme a fait d’actions dans ma Volonté. Je ne pourrais pas donner un plus beau vêtement à cette âme. » (1er janvier 1920).
L’Apocalypse dit que Jésus le Messie, le Verbe de Dieu, viendra accompagné d’une cavalerie céleste : « Et les puissances des Cieux Le suivent sur des cavales blanches et revêtues de byssus blanc et pur ! » (Ap 19,14). Ce verset nous guide pour situer cet autre passage : « Quand l’âme entre dans la Divine Volonté, elle se dépouille d’elle‑même. Je la revêts de Moi‑même et d’habits royaux. Ceux‑ci sont pour elle le sceau qu’elle est ma fille et que mon royaume est à elle autant qu’à moi. De plus, défendant Nos droits, elle participe au jugement et aux condamnations des autres. » (15 octobre 1919). Attention : même si Luisa est revêtue de byssus blanc et pur, le jugement eschatologique n’est pas commencé, il adviendra au moment de la manifestation glorieuse du Christ, d’ici là, c’est la parabole de l’ivraie et du bon grain qui doit servir de guide : il ne nous revient pas de juger et de condamner les autres.
Les écrits de Luisa aident à faire comprendre comment le Christ va revenir dans la gloire. Il ne va pas contraindre les hommes par un pouvoir politique ou militaire, comme l’islam l’imagine dans une redescente sur la terre, mais il va les attirer par son amour. Avec les saints du Ciel il va livrer « une guerre d’amour » (26 avril 1921), c’est-à-dire que les hommes vont être convaincus par la beauté des actions dans la divine volonté manifestée par l’apparition des saints. « Les actions faites dans ma Volonté, portant en elles la Puissance créatrice, seront le nouveau salut de l’homme et leur apporteront tous les biens du Ciel sur la terre. Elles amèneront l’ère nouvelle de l’Amour et son triomphe sur l’iniquité humaine » (26 avril 1921). Cela n’aura rien à voir avec des gens armés qui se prennent pour les anges du jugement dernier…
Luisa est invitée à s’associer à Jésus pour ennoblir les autres ! « Fille bien‑aimée de ma Volonté […] Même les saints s’unissent à Moi et se réjouissent. Ils attendent ardemment qu’une des leurs convertisse à l’ordre divin leurs propres actes, saints dans l’ordre humain, mais pas encore dans l’ordre divin. Ils prient pour qu’immédiatement Je fasse entrer des créatures dans cet environnement divin et qu’ainsi tous leurs actes soient immergés dans la Divine Volonté et marqués de l’empreinte de l’Éternel. Je l’ai fait pour tous. Maintenant Je veux que tu le fasses pour tous. » (13 février 1919).
Le millenium, troisième renouveau ou ère du ‘troisième Fiat’
Jésus dit devant Luisa : « Ô monde inique, tu fais tout pour me chasser de la surface de la terre, pour me bannir de la société, des écoles, des conversations, de tout ; tu complotes pour démolir les temps [liturgiques] et les autels, pour détruire mon Église et tuer mes ministres. Et moi, je prépare une ère d’Amour, l’ère de mon ‘Troisième Fiat’. Tu continueras dans tes efforts pour m’éliminer et je te confondrai avec l’Amour. Je vais te suivre de près et je te ferai face pour te confondre par l’Amour. Là où tu m’as banni, j’érigerai mon Trône, et je régnerai, mais d’une manière tout à fait surprenante, à tel point que tu tomberas aux pieds de ce Trône comme subjugué par mon Amour. » (8 février 1921).
Cette ère d’amour, c’est ce que les théologiens appellent la « Parousie ».
Il ne faut pas « faire un plat » quand le Livre du Ciel parle d’une histoire du monde en 6000 ans, et qu’en conséquence la Parousie ouvrira le septième millénaire. En effet, déjà saint Irénée écrit (au IIe siècle) : « Ainsi donc, de façon précise, Jean a vu par avance la première résurrection (Ap 20,5-6), qui est celle des justes, et l’héritage de la terre qui doit se réaliser dans le royaume. […] C’est ce qu’on trouve déjà dans le livre de la Genèse, d’après lequel la consommation de ce siècle aura lieu le sixième jour (Gn 1,31-2,1), c’est-à-dire la six millième année ; puis ce sera le septième jour, jour du repos, au sujet duquel David dit : ‘C’est là mon repos, les justes y entreront’ (Ps 132,14), ce septième jour est le septième millénaire (Ap 20,4-6), celui du royaume des justes, dans lequel ils s’exerceront à l’incorruptibilité, après qu’aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. »[6] Certains, avec le Talmud (Sanhédrin 97a) ou avec les chrétiens évangéliques créationnistes, voudraient imposer aux scientifiques l’idée que Dieu a tout créé instantanément il y a 6000 ans. Mais saint Irénée et la tradition après lui savaient que ces 6000 ans étaient tirés d’une interprétation allégorique du récit de la Genèse. Ceci étant dit, l’éruption du mont Sainte Hélène (Saint Helens) en 1980, aux États-Unis, a servi de laboratoire naturel pour les géologues. En très peu de temps, la montagne a perdu 400m d’altitude, se sont formés d’importantes strates de dépôts, de la tourbe au fond d’un lac, et un canyon. En datant les nouvelles roches formées, certaines méthodes de laboratoire ont donné des âges allant jusqu’à des millions d’années, et différents d’une roche à l’autre, donc incohérents. Ce résultat paradoxal a mis en évidence les limites des méthodes de datation[7].
Ce qui est important à retenir, c’est que le Renouveau du monde – qui ne l’espère pas ? – se réalisera à travers un événement, tout comme le déluge ou l’incarnation du Christ ont été des événements. Jésus explique à Luisa :
« Dans chaque période de deux mille ans, J’ai renouvelé le monde. À la fin de la première période, Je l’ai renouvelé par le déluge. À la fin de la deuxième période, Je l’ai renouvelé par ma venue sur la terre où J’ai manifesté mon Humanité. […]
Si au second renouveau, J’ai montré ce que mon Humanité a fait et souffert, mais très peu ce que ma Divinité y a fait, à ce troisième renouveau, après que la terre aura été purifiée et une grande partie de la génération présente détruite, Je serai encore plus magnanime pour les créatures. Je réaliserai le renouveau en manifestant ce que ma Divinité a fait dans mon Humanité, comment ma Divine Volonté a travaillé de concert avec ma Volonté humaine, comment tout est lié en Moi, comment J’ai fait et refait toutes choses, comment Je réitérais chaque pensée des créatures et les scellais par ma Divine Volonté.
Mon Amour veut s’épancher en faisant connaître les excès que ma Divinité opérait dans mon Humanité en faveur des créatures, excès allant bien au‑delà de ce qui a pu paraître extérieurement.
C’est pourquoi Je t’ai tant parlé de la vie dans ma Volonté, ce que Je n’avais manifesté à personne auparavant. Au plus, ils ont connu l’ombre de ma Volonté, un aperçu des grâces et de la douceur qu’on éprouve en l’accomplissant. Mais, la pénétrer, embrasser son immensité, se multiplier avec Moi et pénétrer partout, autant sur la terre que dans le Ciel et dans les cœurs, abandonner les voies humaines et travailler à la manière divine, cela n’est pas encore connu. Aussi, cela apparaîtra étrange à beaucoup.
Quiconque n’a pas l’esprit ouvert à la lumière de la vérité n’y comprendra rien. Néanmoins, petit à petit, Je montrerai la voie, manifestant une vérité à un moment, une autre à un autre, de manière à ce qu’on finisse par y comprendre quelque chose. » (29 janvier 1919).
L’Apocalypse explique que ce Renouveau aura un début historique, la Venue glorieuse du Christ ou « Parousie ». Le règne de Dieu sur la terre se prépare, il est en germe, mais il n’est pas simplement le fruit d’enchaînements historiques ‒ et moins encore d’une évolution, il est le fruit d’un événement. Cet événement contient le jugement du faux prophète, de l’Antichrist, et c’est aussi le fait qu’un ange enchaîne « le dragon, le Serpent antique, celui qui est l’Accusateur et Satan » afin qu’il ne trompe plus tous les peuples (Ap 20,1-3). « Dans l’Eden divin, l’entrée est fermée au démon, aux passions et aux faiblesses. D’ailleurs, Satan ne veut pas s’y montrer, sachant que ma Volonté le brûlerait plus que le feu de l’enfer ; la simple sensation de ma Volonté le met en déroute. » (3 mars 1919)[8].
La Parousie aura une certaine durée : l’Apocalypse parle de 1000 ans, ce qui signifie « beaucoup » et saint Pierre dit que 1000 ans sont comme un jour (2P3,10).
La Parousie aura une fin : l’accomplissement du règne de Dieu sur la terre doit conduire à l’éternité. Au terme des 1000 ans, Satan est délié de sa prison : ce qui signifie qu’une ultime tentation doit être surmontée par l’humanité. Satan dresse les peuples contre le camp des saints. Ce qui signifie qu’une partie des peuples ne suivait le Messie que par facilité, par intérêt. Les valeurs d’une société chrétienne rendent une multitude de services, mais si on se contente de chercher à en profiter sans y contribuer, on se rend indigne de la vie éternelle.
L’Apocalypse décrit aussi le millénium avec l’image d’une « Cité », donc une civilisation : « Et la Cité était d’or pur, à la ressemblance du verre pur » (Ap 21,18).
Jésus dit à Luisa : « Les plus petits actes faits dans ma Volonté s’inscrivent dans le Ciel en caractères indélébiles en se disant : Nous sommes des actes éternels parce qu’une Volonté éternelle nous a animés, formés et réalisés. C’est comme si de l’or liquide avait été versé dans un vase d’argile et qu’à partir de cet or, un orfèvre fabriquait des objets en or. Pourrait‑on dire que cet or n’est pas de l’or parce qu’il a été versé dans un vase d’argile ? Certainement pas ! De l’or est toujours de l’or, quel que soit le contenant dans lequel il se trouve. Dans cet exemple, le vase d’argile représente l’âme et l’or, ma Volonté. Les actes de la créature agissant dans ma Volonté lient ma Volonté à la sienne et les deux se liquéfient ensemble. À l’aide de ce liquide, moi, l’orfèvre divin, Je transforme les actes de l’âme en or éternel de telle façon que Je puisse dire que ces actes sont miens et que, également, l’âme puisse dire qu’ils sont siens. » (6 août 1919).
On ne peut pas mieux parler du « prélude de l’incorruptibilité, royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu »[9].
[1] Saint JEAN DE LA CROIX, La nuit obscure. Nuit obscure de l’esprit, chapitre IV, Œuvres spirituelles de saint Jean de la Croix. Seuil,1947, p. 556-557
[2] Saint JEAN DE LA CROIX, La nuit obscure. Nuit obscure de l’esprit, chapitre VII, Œuvres spirituelles de saint Jean de la Croix. Seuil,1947, p. 572
[3] Cf. Le commentaire du livre 8 dans le chapitre « Le rien, le néant ».
[4] Saint AUGUSTIN, De Trinitate IX, considère l’image de Dieu en l’homme formée par l’intelligence, la mémoire et la volonté. Ces trois facultés sont Un dans l’esprit créé et elles se rapportent l’un à l’autre.
[5] L’Apocalypse est un filet d’oralité avec un « noyau » central qui en condense le message. Cfr. Françoise BREYNAERT, L’Apocalypse revisitée. Une composition orale en filet. Imprimatur. Parole et Silence,2022. 377 pages. réédité en 2024.
[6] Saint IRÉNÉE, Traité contre les hérésies, Livre V,36,3
[7] https://www.nationalgeographic.com/science/article/mount-st-helens-40-years-later-lessons-from-the-volcano-that-changed-earth-science
[8] Il faut probablement attendre la Parousie pour que se réalise ce genre de prophétie : « Quand J’aurai tout purifié, Je poserai mon doigt d’une manière surprenante et Je donnerai la vraie Paix. Toux ceux qui furent humiliés me reviendront. L’Allemagne sera catholique ; J’ai de grands desseins sur elle. L’Angleterre, la Russie et tous les pays où le sang a coulé retrouveront la foi et seront incorporés à mon Église. Ce sera un grand triomphe et une grande union chez les peuples. Par conséquent, prie. La patience est nécessaire parce que cela ne viendra pas bientôt, mais ça prendra du temps. » (16 octobre 1918).
[9] Saint IRÉNÉE, Contre les hérésies, V,32,1
Date de dernière mise à jour : 06/05/2026