Livre du Ciel 10 Agir dans un but divin

Récit inaugural, 9 novembre 1910

Ce qui bloque de grandes choses pour Dieu et l’exemple de saint Philippe Néri

Amour, Amour, revivre d’un nouvel Amour

Autrement mieux que le LSD !

Dans les visions du 1er novembre 1899 et du 24-25 octobre 1903, l’Église est représentée par une colonne ou par une dame sur un lit penché vers le plafond, ce qui signifie qu’elle a un but céleste, divin. Dans ce livre assez court, du 9 novembre 1910 au 10 février 1912, on commence par décrire les conséquences du manque de but divin, la suite du livre montre le comment vivre dans ce but divin.

Récit inaugural, 9 novembre 1910

« Je me trouvais dans mon état habituel et je recommandais à mon Jésus béni les si nombreux besoins de l’Église. Il me dit :

‘Ma fille, les œuvres les plus saintes accomplies avec des motifs humains sont comme ces récipients fêlés. Peu importe quelle liqueur on y déverse, petit à petit le liquide coule au sol. Lorsque quelqu’un va chercher ces récipients en temps de besoin, il les trouve vides. C’est pourquoi les enfants de mon Église sont réduits à un tel état, parce que dans leurs opérations, tout se fait avec des motifs humains. Alors dans les moments de besoins, dans les dangers et dans les affronts, ils se retrouvent vides de grâce. C’est pourquoi affaiblis, épuisés et presque aveuglés par l’esprit humain, ils se livrent aux excès.

Oh ! comme les chefs de l’Église auraient dû être vigilants à ne pas Me laisser être la risée et l’objet des actions mesquines de ces gens ! C’est vrai qu’il y aurait beaucoup de scandales s’ils se repentaient. Mais ce serait une moindre offense envers Moi que tous ces sacrilèges qu’ils commettent. Ah ! il M’est si difficile de les tolérer !

Prie, prie ma fille, parce que beaucoup de choses tristes sont sur le point de sortir parmi les enfants de l’Église.’ Puis Il disparut. » (9 novembre 1910).

L’avertissement de Jésus rappelle le psaume :

« Si le SEIGNEUR ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs;

si le SEIGNEUR ne garde la ville, en vain la garde veille. » (Ps 127,1)

À l’époque, les motifs humains et les excès les plus graves étaient par exemple ceux qui sont commis dans les missions d’Amérique latine. Dans l’encyclique Lacrimabili Statu du 7 juin 1912, Pie X condamne la résurgence de la servitude et de l’esclavage, et met en garde contre les massacres des Indiens et la destruction de villages entiers, dont la conséquence pourrait être l’extinction des peuples autochtones. Le pape appelle les évêques et les prêtres d’Amérique du Sud à aider les opprimés et à traduire leur travail pastoral par des actes.

Ce qu’exprime le récit inaugural touche au but essentiel du christianisme. Le chrétien gaspille sa vocation par des motifs humains. En Jésus-Christ, la nature humaine finie s’unit personnellement au Verbe infini sans être absorbée ni détruite (Cf. Définition du concile de Chalcédoine en l’an 451). La conséquence pour les chrétiens est immense. L’homme a vocation de devenir “participant de la nature divine” (2 P 1,4), ainsi, le fini devient capable de l’infini.

Jésus parle à Luisa des hommes comme de récipients fêlés. Or ils ont vocation à être remplis de grâce, dans une transformation morale réelle.

Dans la pensée de Luther, le vase reste cassé et fragile, mais Dieu décide de mettre son eau dedans quand même, et de considérer ce vase comme “parfait”. Le vase n’est pas changé dans sa substance ; la relation avec le donneur l’est.

Mais Jésus parle à Luisa de la « grâce ». . L’homme n’est pas Dieu, mais il reçoit en lui l’opération de Dieu. L’homme est capable d’infini, non pas parce qu’il serait naturellement proportionné à Dieu, mais parce que la grâce élargit l’être créé ; l’accueil de Dieu se fait ici dans l’être : la créature est intérieurement renouvelée. Saint Thomas affirme que l’homme, par le baptême et la « grâce sanctifiante », reçoit en lui une qualité surnaturelle qui le transforme[1], pour reprendre l’image des récipients, par cette grâce, les récipients élargis, fortifiés, transfigurés pour recevoir davantage d’eau. Encore faut-il que les chrétiens dépassent les actions mesquines et soient motivés en ce sens !

Ce qui bloque de grandes choses pour Dieu et l’exemple de saint Philippe Néri

Avant d’être capable d’accomplir de grandes choses pour Dieu, Pierre a tenté de suivre Jésus en sa Passion, ce qui l’a amené aux limites de ses forces humaines. Son reniement a détruit son estime de soi, tout ce qui est humain en lui-même, jusqu’au jour de Pâques où Jésus ressuscité a soufflé dans ses disciples (Jn 20,22), de sorte que Pierre vit désormais de la Vie divine. Après la Pentecôte, tout le peuple faisait l’éloge des apôtres (Ac 5,13), mais Pierre n’accorde d’importance qu’à l’estime de Notre Seigneur et à ce qui regarde son Honneur et sa Gloire. Et voici que « des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur » (Ac 5,13).

Jésus explique à Luisa : « Pour être capable d’accomplir de grandes choses pour Dieu, il est nécessaire de détruire son estime de soi, son respect humain et sa propre nature, pour revivre la Vie divine, n’accorder d’importance qu’à l’estime de Notre Seigneur et à ce qui regarde son Honneur et sa Gloire. Il est nécessaire d’écraser et de pulvériser ce qui concerne l’humain pour pouvoir vivre de Dieu. Et voilà ! Ce n’est pas vous, mais c’est Dieu qui parlera et agira en vous. Les âmes et les œuvres qui vous sont confiées produiront de splendides effets. » (22 décembre 1910).

Jésus explique à Luisa, au sujet d’un homme hésitant dans sa vocation : « Les âmes qui ne sont pas résolues ne sont bonnes à rien. C’est le contraire qui arrive lorsqu’une âme est décidée et résolue. Elle surmonte toutes les difficultés et les résout. Ceux-là mêmes qui créent les difficultés, voyant l’âme résolue, s’affaiblissent et n’ont pas le courage de s’opposer à l’âme. » (24 décembre 1910).

Le lendemain, qui est le jour de Noël, Jésus confie à Luisa ce qu’il a ressenti quand les prêtres de Jérusalem, pourtant instruits, ne sont pas venus honorer sa naissance comme le firent les mages (Mt 2,4-6) : « Ils ne se donnèrent pas la peine de se mettre sur la trace de ma Venue. Ce fut, au moment de ma Naissance, une douleur très amère pour Moi. Parce que ces prêtres étaient tellement attachés aux richesses, aux intérêts, à la famille et aux choses extérieures que leurs yeux étaient aveuglés comme par un éclat de lumière. Ces attaches ont endurci leurs cœurs et rendu leurs esprits lourds face aux connaissances des choses sacro-saintes, des plus sûres Vérités. Ils étaient tellement enfoncés dans les choses viles de ce monde qu’ils n’auraient jamais cru qu’un Dieu pouvait venir sur la Terre dans une pareille pauvreté et dans une si grande humiliation.

Il en a été ainsi non seulement au moment de ma naissance, mais aussi au cours de ma Vie. Quand Je faisais des miracles, aucun prêtre ne m’a suivi. Ils ont plutôt comploté ma mort et m’ont tué sur la Croix. Après avoir usé de tout mon art pour les attirer à moi, je les ai mis de côté et J’ai choisi des gens pauvres, des gens ignorants qui ont été mes apôtres et J’ai formé mon Église. Je les ai isolés de leur famille. Je les ai libérés de tout attachement aux richesses. Je les ai remplis des trésors de ma Grâce et je les ai rendus capables de gouverner mon Église et les âmes. » (25 décembre 1910).

Jésus dit encore : « Combien d’Ananias[2] se manifesteront, et comme ils sauront bien défendre, soutenir et excuser leur intérêt, leur véritable idole ! » (10 janvier 1911).

Et Jésus pleure : « Ah ! ma fille ! L’intérêt est le poison des prêtres, il s’infiltre si bien en eux qu’il empoisonne leur cœur, leur sang et jusqu’à la moelle de leurs os. Oh ! comme le démon a bien su l’instiller, trouvant en eux une volonté disposée à se faire manipuler ! […] tant de prêtres en manque de vraie piété, tant de prêtres qui s’adonnent aux plaisirs, à la luxure, et tant d’autres qui regardent les âmes se perdre comme si de rien n’était, sans la moindre amertume, et enfin tant d’autres fautes qu’ils commettent » (15 janvier 1911).

En remède à ces dangers, Jésus demande des séminaires : « Le nom sera : les Maisons du Renouveau de la Foi. Pour les règles, on pourra se servir des mêmes règles que celles de l’Oratoire de saint Philippe Néri. » (17 janvier 1911).

Que fut l’Oratoire de saint Philippe Néri (1515-1595)[3] ?

Né à Florence, Philippe est envoyé, après le pillage de la ville en 1530, chez un riche parent qui a fait fortune dans les textiles. Il y commence une vie remplie de calculs de rentabilité sur le commerce des tissus et des laines, mais décide de partir mener à Rome une vie plus évangélique. Le jeune homme se rend souvent la nuit à la catacombe de Saint-Sébastien pour prier. Là, la veille de la Pentecôte 1544, l’Esprit Saint l’embrase de charité (et lors d’une visite médicale pour une bronchite ordinaire, le médecin aura la stupéfaction de constater que des côtes ont été rompues par l’élargissement physique du cœur !) Philippe puise dans ses longues heures de prière un intense amour du prochain qui le porte à visiter les hôpitaux et à acquérir une solide compétence d’infirmier. Convaincu par son confesseur, il est ordonné prêtre à l’âge de 35 ans. Enflammé d’amour pour Dieu, il lui offrait les affections de son âme, unies aux hommages de toutes les créatures ; mais bientôt il sentait la pauvreté de son offrande et le peu de proportion qu’elle avait avec la majesté divine de l’Être suprême. Il ne se consolait qu’en pensant, qu’il trouverait dans la sainte messe une victime capable de glorifier Dieu d’une manière digne de lui. De là cette ferveur avec laquelle il célébrait les saints mystères.

Saint Philippe Néri est connu pour sa bonne humeur et son rire. S’étant laissé élever à la prêtrise, il y entraine les plus fervents de ses jeunes convertis. Dans une maison appelée l’Oratoire, il est l’animateur de soirées très pieuses, mais très libres et très joyeuses. Les réunions comportent deux séances, l’une de prière et l’autre de réflexion dans quatre domaines : l’histoire de l’Église, la vie des saints, les questions touchant à la vie morale, enfin l’oraison et ses difficultés. Les jeunes gens préparent eux-mêmes des exposés. Il entraîne aussi ses disciples dans la visite d’un hôpital, puis tous se retrouvent en plein air, avec ces récréations musicales qui deviennent bientôt de véritables concerts.

Un jour, un étudiant lui expose ses rêves et ses ambitions, et le saint se contente de répondre, à chaque fois, par une question : « Et après ? » Le jeune homme finit par s’apercevoir de la vanité de ses projets quand on les pèse au poids de l’éternité.

La fondation à Naples évoluera vers une vie religieuse plus réglée, alors que l’Oratoire de Rome gardera le style informel voulu par le fondateur. 

Jésus dit à Luisa : « Ma fille, là où il y a de l’Amour, il y a de la Vie : non pas la vie humaine, mais la Vie divine. Ainsi, toutes les œuvres, même les bonnes, si elles ne sont pas faites avec Amour sont comme le dessin d’un feu qui ne donne pas de chaleur ou le dessin d’une eau qui n’étanche pas la soif et ne purifie pas. » (2 juillet 1911).

 

Amour, Amour, revivre d’un nouvel Amour

Saint Isaac de Ninive disait : « Dieu habite en nous par notre recueillement constant en lui, accompagné d’une application laborieuse du cœur à rechercher sa volonté » [4].

« [Luisa dit à Jésus :] ‘Je ne veux pas qu’il reste la moindre particule de mon être, la moindre goutte de mon sang qui ne s’occupe pas de Toi. Et Jésus, sais‑Tu la récompense que je veux ? Je veux que Tu imprimes, que Tu places le sceau de ton Image sur toutes les plus petites particules de mon être afin que Te trouvant partout et en tout, je puisse multiplier mon amour.’ Je disais encore beaucoup d’autres bêtises. Après avoir reçu la sainte Communion et regardant en moi‑même, je vis Jésus à l’intérieur d’une flamme dans toutes les particules de mon être. Cette flamme disait : Amour. » (12 novembre 1910).

Peu après, Luisa écrit : « Me retrouvant dans mon état habituel, je voyais mon toujours aimable Jésus. Intérieurement, je me sentais toute transformée dans l’Amour de mon Bien‑aimé Jésus. Ensuite, je me retrouvai à l’intérieur de Jésus. Avec lui j’éclatais en actes d’amour. J’aimais comme Jésus aime (comment le dire ? les mots me manquent). Puis je trouvai mon doux Jésus en moi et moi seule, j’éclatais en actes d’amour. Jésus, quant à lui, écoutait et me dit : ‘Dis‑le ! Dis‑le ! Répète‑le à nouveau ! Soulage‑moi avec ton amour ! Le manque d’amour a jeté le monde dans un filet de vices.’ Puis il demeura silencieux pour m’écouter. Je répétais de nouveau mes actes d’amour. » (28 novembre 1910).

Et Jésus lui dit : « Ma fille, tu es mon contentement. C’est ainsi que cela me plaît, quand l’âme, oublieuse d’elle-même et de ses misères, s’occupe uniquement de moi, de mes afflictions, de mes amertumes, de mon Amour et quand elle reste près de moi en toute confiance. Cette confiance ravit mon Cœur et m’inonde d’une joie telle que lorsque l’âme s’oublie totalement pour moi, moi j’oublie tout pour l’âme et Je la fais une avec moi. J’en arrive non seulement à lui donner ce qu’elle veut, mais à lui faire prendre ce qu’elle veut » (19 mai 1911).

En italien « ti voglio » signifie « je t’aime » ou « je te veux ». Dans la langue du Christ (l’araméen), le verbe ṣbā signifie « désirer, aimer, se complaire en, vouloir ». Le pape écrivait : « Si l’amour véritable est celui-là seul qui a la vertu d’unir les volontés, il est de toute nécessité que nous ayons cette même volonté avec Marie de servir Jésus Notre-Seigneur. »[5]

Et Luisa raconte : « Je pensais à la céleste Maman, au moment où elle portait dans ses bras mon toujours aimable Jésus mort, à ce qu’elle fit et comment elle‑même s’occupa de Lui. Une lumière accompagnée d’une voix intérieure me disait : ‘Ma fille, l’Amour agissait avec puissance en ma Mère. L’Amour la consumait totalement en moi, dans mes plaies, dans mon sang, dans ma mort même et la faisait mourir dans mon Amour. Mon Amour, consumant tout l’être de ma Mère et son amour, la faisait revivre d’un nouvel Amour, de mon Amour. Ainsi son amour la faisait mourir et mon Amour la rendait à une vie toute en Moi, une vie d’une plus grande sainteté et toute divine. Ainsi, il n’y a pas de sainteté si l’âme ne meurt pas en Moi. Il n’y a pas de vraie Vie qui ne soit pas totalement consumée dans mon Amour.’ » (21 juin 1911)

À cette même époque, le pape Pie X écrit : « Saint Jean vit la très sainte Mère de Dieu au sein de l’éternelle béatitude et toutefois en travail d’un mystérieux enfantement (Ap 12,2). Quel enfantement ? Le nôtre assurément, à nous qui, retenus encore dans cet exil, avons besoin d’être engendrés au parfait amour de Dieu et à l’éternelle félicité. »[6]

Autrement mieux que le LSD !

Au sujet de la chanson des Beatles Lucy in the Sky with Diamonds (1967), dont les initiales sont « LSD », fameuse substance hallucinogène, John Lennon explique à maintes reprises qu’une de ses sources principales d’inspiration pour les paroles surréalistes fut le livre de Lewis Carroll : « Alice au pays des merveilles ».

Comme la drogue modifie le rapport au temps et à l’espace, on imagine s’être extrait de l’emprise matérielle dans une sorte de spiritualisation. C’est ainsi qu’Alan Watts, Aldous Huxley et Timothy Leary étaient persuadés que la drogue, notamment le LSD, apporte une révélation au sens religieux. Or, loin d’être une spiritualisation, le résultat est une chute mortelle : « Vous prenez conscience brusquement que tout ce que vous considériez comme la réalité, et jusqu’à la vie elle-même – votre corps y compris – n’est qu’une danse folle de particules. Vous vous trouvez terriblement seul dans un monde mort, impersonnel, d’énergie brute qui se nourrit de vos organes des sens »[7].

Dans la chanson « White Rabbit » du groupe The Jefferson Airplane, la pilule est une technologie sacrée[8] qui figure le LSD ; « la logique et les proportions meurent » (« logic and proportion have fallen sloppy dead ») ce qui peut donner l’illusion d’être sans limite, comme Dieu, et cela est encouragé, puisque l’on finit par entendre, déclamé de façon puissante : « Feed your head », « nourris ton esprit ». Et au début du film Matrix[9], le héros entend la consigne : « Suis le lapin blanc » (« Follow the White Rabbit »). Mais « nourrir son esprit » à partir d’une drogue pour se donner l’illusion d’une existence sans limite spatiale ou temporelle, c’est une dangereuse illusion.

La vie chrétienne offre beaucoup mieux !

L’évangile invite à entrer par une porte étroite (Mt 7,13) mais ce n’est pas celle du film « Alice au pays des merveilles » !

Dans le livre 3, Jésus disait déjà à Luisa : « Pour qu’une âme puisse vivre dans la Divinité, elle doit laisser tout ce qui lui appartient en propre, se priver de tout et laisser ses propres passions. En un mot, tout abandonner pour tout trouver en Dieu. Quand l’âme a beaucoup gagné en légèreté, elle est capable d’entrer par la porte étroite de mon Cœur pour vivre en Moi de ma Vie même. Même si mon Cœur est très grand, tellement qu’il n’a pas de limite, sa porte d’entrée est très étroite. Seul celui qui est dépouillé de tout peut y entrer. Cela est juste parce que je suis le Très Saint. Je ne permettrais à personne qui serait étranger à ma Sainteté de vivre en Moi. C’est pourquoi, ma fille, je te dis : essaie de vivre en moi et tu posséderas le Paradis par anticipation. » (10 juillet 1900).

Dans ce livre 10, Luisa relate : « J’étais toujours dans mon état habituel lorsque mon toujours aimable Jésus se laissa voir avec une corde en main. Avec cette corde, il allait en attachant les cœurs et en les pressant fortement contre Lui. Ainsi, ces cœurs perdaient leurs propres sentiments et éprouvaient tous les sentiments de Jésus.

En se sentant pressés si fort, ces cœurs se débattaient. Ce faisant, ils élargissaient le nœud que Jésus avait fait, craignant que ne plus se sentir soi-même soit une perte. […]

Puisqu’il me serrait contre Lui, je ressentais la vie de Jésus et je perdais la mienne. Oh ! comme je me sentais heureuse avec la Vie de Jésus ! Je pouvais aimer davantage. Et j’arrivais à accomplir tout ce que Jésus voulait. » (19 janvier 1912).

Et quelques jours après,

« Mon toujours aimable Jésus revint et continua de se laisser voir se déplaçant pour embrasser fortement les cœurs. Pour les âmes qui résistaient à ces étreintes, la grâce demeurait impuissante. Jésus prenait cette grâce dans son poing et la portait au peu d’âmes qui Le laissaient les étreindre fort. Il en apporta aussi une bonne part pour moi.

En voyant cela je Lui dis : ‘Ma douce Vie, Tu es si bon de me donner une partie de la grâce que les autres refusent. Et pourtant, je n’éprouve aucune contrainte. Au contraire, je me sens très large au point de ne voir ni la largeur, ni la hauteur, ni la profondeur des limites où je me trouve.’ […]

Le resserrement persiste jusqu’à ce que l’âme ait la patience de se laisser presser fortement par Moi jusqu’à défaire son être humain pour pouvoir vivre dans la Vie divine.

Après, lorsque l’âme est entrée pour vivre en Moi, Je la garde en sécurité et Je la laisse se déplacer dans mes interminables confins.

Plusieurs fois même, Je dois forcer ces âmes à se mettre un peu à l’extérieur pour leur montrer les malheurs de la Terre et pour les faire intercéder pour le salut de mes enfants avec une plus grande anxiété. » (20 janvier 1912).

Pour entrer dans une telle expérience, qui offre beaucoup mieux que le LSD, il ne faut pas se tromper de méthode. L’homme n’est pas un orphelin. Prométhée déroba le feu divin comme si le Créateur ne voulait pas le combler de biens. Prométhée s’exalta seul mais, au terme, un aigle lui dévora perpétuellement le foie. Ici, on n’utilise pas de drogue, et on ne part pas à l’assaut du feu divin. La perception sans limite et la jouissance d’interminables confins sont donnés dans une relation confiante au Créateur. Pour être plus précis, le but visé n’est pas l’expérience en elle-même, mais c’est Jésus, le Verbe créateur (« je ressentais la vie de Jésus et je perdais la mienne »). C’est à la fois un but extrinsèque (Dieu est un autre) et un but intrinsèque qui consiste à se sanctifier et à se rendre capable du don de Dieu, en l’aimant de plus en plus.

 

[1] Cf. St Thomas d’Aquin, Somme Théologique, I-II q.112

[2] Ananias est ce personnage décrit dans les Actes des Apôtres (Ac 5,1‑5) qui voulait faire croire à l’Église (à Pierre) qu’il lui donnait l’intégralité du fruit de la vente de son terrain, alors qu’il en conservait une partie pour lui. Persistant dans le mensonge, il mourut sur place. Il advint de même à sa femme Saphire.

[4] Petite philocalie de la prière du cœur, traduite et présentée par Jean Gouillard, Seuil, Paris, 1979, p. 81

[5] S. PIE X, Ad diem illum laetissimum § 17

[6] S. PIE X, Ad diem illum laetissimum § 24, le 2 février 1904

[7] Timothy LEARY, La Politique de l’extase. L’expérience psychique, Paris, Fayard,1973.

[8] Erik DAVIS, TechGnosis, Myth, Magic, and Mysticism in the Age of Information, nouvelle préface de Eugene Thacker, auteur de The Dust of this Planet, Berkeley, North Atlantic Books,2015 [1995], p. 153.

[9] Matrix (réalisé par Lana et Lilly Wachowski, bande ori­ginale de Don Davis, 1999).

Date de dernière mise à jour : 06/05/2026