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Livre 9 Ce que fait le Père est divin
Se référer à l’action divine – la volonté permissive
Ce que Jésus fait pour une âme rejoint toutes les âmes
Récit inaugural, 10 mars 1909
Le 9e livre du Ciel commence par des références assez transparentes à l’évangile de Jean :
« Étant dans mon état habituel, je me retrouvai hors de mon corps avec Bébé‑Jésus dans les bras. Je Lui dis : ‘Dis‑moi, mon cher petit, que fait le Père ?’ Il me répondit : ‘Le Père fait un avec moi ; tout ce que fait le Père, Je le fais.’ » (10 mars 1909).
Nous reconnaissons les paroles que Jésus adressa aux juifs après la guérison d’un paralytique :
« Le Fils n’est capable de faire aucune chose / de par sa volonté propre,
mais [seulement] ce qu’il voit / que le Père fait.
Ces choses, en effet, / que le Père fait,
celles-là le Fils, aussi, / comme lui, les fait. » (Jn 5,19)
Luisa continue son récit :
« Je repris : ‘Et pour les saints, que fais‑tu ?’ Il me répondit : ‘Je me donne sans cesse à eux. Ainsi, je suis leur vie, leur joie, leur félicité, leur bien immense, sans fin et sans limites. Ils sont remplis de Moi et c’est en Moi qu’ils trouvent tout. Je suis tout pour eux et ils sont tout pour Moi.’ En entendant cela, je fis la capricieuse en Lui disant : ‘Aux saints Tu te donnes sans cesse. Mais, avec moi, Tu te donnes si maigrement et par intermittence ! Tu vas jusqu’à me faire passer une partie de la journée sans venir. Parfois, tu tardes tellement que j’en viens à craindre que tu ne viennes pas avant la soirée. Et, alors, je vis une mort des plus cruelles. Pourtant, Tu m’as dit que Tu m’aimais beaucoup !’ Il me répondit : ‘Ma fille, à toi aussi Je me donne sans cesse, tantôt personnellement, tantôt par la grâce, tantôt à travers la lumière, et de beaucoup d’autres manières. Alors, comment peux‑tu dire que Je ne t’aime pas beaucoup ?’ » (10 mars 1909).
Se référer à l’action divine – la volonté permissive
Les paroles de Jésus (Jn 5,19) que nous venons d’entendre faisaient suite à une œuvre dont il est facile pour nous de voir que c’est une œuvre bonne : la guérison d’un paralytique. Dieu le Père est agissant, présent et actif, son action est bonne. Mais Dieu est-il actif quand nous sommes dans l’épreuve ? Job criait sa souffrance au Seigneur : « Je crie vers Toi et tu ne réponds pas ; je me présente sans que tu me remarques. Tu es devenu cruel à mon égard, ta main vigoureuse sur moi s’acharne. » (Jb 30,20-21). Et Luisa va jusqu’à dire : « Qui donc est le bourreau qui me déchire tant et me met en lambeaux, non seulement dans mon extérieur mais dans le plus profond de mon être, tellement que ma vie semble vouloir éclater ? Ah ! mon bourreau est mon Bien‑aimé Jésus lui‑même ! » (1er avril 1909).
« Quand il s’agit de circonstances adverses, on parle de la volonté permissive de Dieu. Dieu permet le mal pour ne pas nous ôter la liberté qu’il nous a donnée. »[1]
Le Seigneur avait répondu à Job : « Quel est celui-là qui obscurcit mes plans par des propos dénués de sens ? Ceins tes reins comme un brave : je vais t’interroger et tu m’instruiras. Où étais-tu quand je fondai la terre ? » (Jb 38,2-4). Et Jésus répond à Luisa : « Ma fille, c’est un honneur très grand pour toi que je sois ton bourreau [Jésus n’est évidemment pas un bourreau, il rebondit simplement sur ce que Luisa vient de dire en reprenant le même terme]. J’agis envers toi comme un gentilhomme qui se prépare à épouser sa fiancée et qui, dans le but de la rendre plus belle et plus digne de lui, ne se fie à personne d’autre, pas même à sa fiancée elle‑même. C’est lui‑même qui la lave, la peigne, l’habille et l’orne avec des pierres précieuses et des diamants. C’est là un grand honneur pour la fiancée. De plus, elle n’a pas à se tracasser avec des interrogations comme : Vais‑je plaire à mon époux ou non ? Aimera‑t‑il la manière dont je suis parée ou me grondera‑t‑il comme une sotte de n’avoir pas su la manière de bien lui plaire ? Voilà comment J’agis avec mes épouses bien‑aimées. » (1er avril 1909)
Dieu ne veut que le bonheur le plus absolu de toutes ses créatures, et pourtant, ses apôtres connurent le martyre. Ce ne fut pas seulement un témoignage pour les non-chrétiens, mais aussi un moyen par lequel Dieu le Père conduit quelqu’un à sa perfection.
« Dieu, dit dom Lehodey, veut tirer le bien du mal, par la pénitence, la patience, l’humilité, la correction fraternelle. Dieu veut de nous la soumission à son bon plaisir, et non pas la révolte, puis il veut l’accomplissement des devoirs propres à telle ou telle situation qu’il nous a choisie »[2].
Au niveau des circonstances extérieures. Jésus dit à Luisa : « En regardant la vie d’un point de vue humain, on est dépourvu de grâces, de force et de lumière. Par conséquent, on en vient à dire des choses comme : Pourquoi cette personne m’a‑t‑elle fait ce tort ? Pourquoi cette autre m’a‑t‑elle causé ce chagrin, m’a‑t‑elle calomnié ? Et on se remplit d’indignation, de colère, d’idées de vengeance. Ainsi, la croix nous paraît boueuse, sombre, lourde et amère. Par contre, les façons divines de penser sont remplies de grâces, de force et de lumière. Par conséquent, on n’a pas le goût de dire : Seigneur, pourquoi m’as‑Tu fait cela ? Au contraire, on s’humilie, on se résigne. Et la croix devient légère et apporte à l’âme de la lumière et de la douceur. » (20 novembre 1909).
Au niveau de la vie intérieure. Jésus dit à Luisa : « Les richesses surnaturelles ne sont pas comme les richesses matérielles qui servent au corps et ne sont qu’extérieures. Les richesses surnaturelles pénètrent jusqu’à la moelle, dans les fibres les plus intimes de l’être, dans la partie la plus noble de l’intelligence. Il suffit de dire que d’en être privé est plus qu’un martyre. Ces âmes me font tellement pitié que mon Cœur se brise de tendresse pour elles. Ne pouvant résister, Je leur donne la force d’aller jusqu’au bout de leur martyre. Tous les anges et les saints gardent un œil sur elles et veillent à ce qu’elles ne succombent pas, sachant le cruel martyre qu’elles subissent. Ma fille, courage, tu as raison, mais sache que tout est Amour en Moi. » (22 décembre 1909).
En tout cela, il s’agit de suivre Jésus, le bon berger. La lettre aux Hébreux dit de Jésus : « C’est lui qui, aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé en raison de sa piété, tout Fils qu’il était, apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance ; après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel, puisqu’il est salué par Dieu du titre de grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech. » (He 5,7-10)
Et Jésus dit à Luisa : « Il n’y a que ma Volonté et mon Amour qui n’ont jamais de fin. Par conséquent, tu dois mourir par avance dans ma Volonté et dans l’Amour. Tous les saints, et Moi‑même, nous ne voulûmes pas nous épargner l’abandon du Père, afin de mourir totalement dans sa Volonté et dans son Amour. Oh ! comme J’aurais voulu souffrir davantage ! Oh ! comme J’aurais désiré en faire davantage pour les âmes ! Mais tout cela mourut dans la Volonté et dans l’Amour du Père. » (26 février 1910).
Comme le soleil
« Me trouvant dans mon état habituel, Jésus béni vint et me dit : ‘Ma fille, le soleil symbolise la grâce. S’il trouve un vide, que ce soit une caverne, un souterrain, une fissure ou un trou, pourvu qu’il y ait un vide et une petite ouverture permettant d’y pénétrer, il entre et inonde tout de lumière. Cela ne réduit en rien la lumière qu’il donne ailleurs.’ » (16 mai 1909)
Un peu plus tard, Jésus donne cette petite parabole à Luisa :
« On met le grain en terre comme pour le faire mourir. Et, en effet, il meurt, au point de devenir poussière. Ensuite, il ressuscite encore plus beau, et même multiplié. Il en va ainsi pour tout le reste. Si cela se produit dans l’ordre naturel, cela se produit bien davantage dans l’ordre spirituel, où l’âme doit vivre ces morts et ces résurrections.
Alors qu’elle semble avoir triomphé de tout et abonder en ferveur, en grâces, en union avec Moi, en vertus, et qu’elle semble avoir acquis de nouvelles vies sur tous les points, Je me cache et tout semble mourir pour elle. Je lui porte des coups en vrai maître afin que tout meure pour elle.
Et quand Je vois que tout est mort pour elle, comme le soleil, J’apparais. Et, avec moi, tout ressuscite et devient plus beau, plus vigoureux, plus fidèle, plus reconnaissant, plus humble. De sorte que s’il y avait quelque chose d’humain en elle, la mort l’a détruit, faisant tout ressusciter à une vie nouvelle. » (2 juin 1910).
Avec l’image de la grâce qui « entre » en nous comme un soleil, ou avec la parabole du Seigneur, qui, comme un soleil, ressuscite l’âme à une vie nouvelle, nous sommes ici dans la plus pure tradition mystique telle que saint Syméon le Nouveau Théologien (949-1022) l’exprimait :
« Lors donc que celui que je vois, que rien ne peut contenir,
que nul en vérité ne peut approcher, voudra avoir pitié de mon âme affligée et humiliée,
[…] soudain changement, étrange transformation,
ce qui s’accomplit en moi est inexprimable.
Si en effet quelqu’un voyait ce soleil,
que nous voyons tous, descendre au-dedans de mon cœur,
y habiter tout entier et tout entier y briller,
ne resterait-il pas sans voix
et tous ceux qui le verraient, frappés de stupeur ?
Mais celui qui voit le créateur du soleil, tel un flambeau,
briller au-dedans de lui, y agir, y parler,
comment à cette vue ne serait-il pas frappé de stupeur, frissonnant,
comment n’aimerait-il pas celui qui lui donne la vie ? »[3]
Vivre la Paix divine
Deux mots en araméen sont traduits en français par « paix » : šaynā, la tranquillité qui permet de faire de bonnes récoltes et qui peut s’accompagner de compromissions. En Lc 12,51, Jésus dit : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix [šaynā] sur la terre… mais la division ». Jésus ne donne pas la paix [šaynā], mais il donne la paix [šlāmā], qui signifie la plénitude reçue de Dieu et transmise. « Je vous laisse la paix [šlāmā], je vous donne la paix qui est la mienne. » (Jn 14,27).
Dans la ligne de Lc 12,51, le pape de l’époque, Pie X, était conscient de cette distinction : « Il en est, et en grand nombre, Nous ne l’ignorons pas, qui, poussés par l’amour de la paix, c’est-à-dire de la tranquillité de l’ordre [= šaynā], s’associent et se groupent pour former ce qu’ils appellent le parti de l’ordre. Hélas ! vaines espérances, peines perdues ! De partis d’ordre capables de rétablir la tranquillité au milieu de la perturbation des choses, il n’y en a qu’un : le parti de Dieu [= c’est un jeu de mot, le pape ne parle pas d’un parti politique] C’est donc celui-là qu’il nous faut promouvoir [ = en évangélisant] ; c’est à lui qu’il nous faut amener le plus d’adhérents possible, pour peu que nous ayons à coeur la sécurité publique. » (E supremi § 7)
Jésus veut que Luisa cultive la paix [= šlāmā] : « Étant dans mon état habituel, je me disais : ‘Pourquoi le Seigneur tient‑il absolument à ce qu’aucun trouble n’entre en moi et, qu’en toutes choses, je sois toujours dans la paix ? On dirait que rien ne lui plaît, ni même les grandes œuvres, les vertus héroïques ou les souffrances atroces. On dirait que s’Il flaire un manque de paix dans l’âme, Il est dégoûté et déçu de cette âme.’ À ce moment, Jésus se fit entendre et d’une voix digne et imposante, Il me dit : ‘Parce que la paix [= šlāmā] est une vertu divine, alors que les autres vertus sont humaines. Ainsi, toute vertu qui n’est pas auréolée de la paix ne peut être appelée vertu, mais plutôt vice. Voilà pourquoi la paix me tient tant à cœur. La paix est le signe le plus sûr qu’on souffre et travaille pour Moi, elle est un avant‑goût de la paix dont mes enfants jouiront avec Moi au Ciel.’ » (29 juillet 1909)
L’amour
Jésus dit à ses disciples :
« 9 De la façon dont m’a aimé [ardemment] / mon Père,
moi aussi / je vous ai aimé [ardemment] !
Demeurez / dans mon amour !
10 Si vous gardez mes commandements, / vous demeurerez dans mon amour [ardent]
de la même façon dont, moi, / j’ai gardé les commandements de mon Père,
et que je demeure, moi, / dans son amour [ardent]. » (Jn 15,9-10 Pshitta)
Le mot araméen ici utilisé pour dire « amour » est le mot ḥūbbā, qui dérive du verbe qui signifie aimer ou brûler, donc « amour ardent ». Comment exprimer l’amour et la sainteté de l’amour divin ? « Certains lecteurs modernes sont surpris par l’érotisme des images de Jean de la Croix. Mais ses contemporains ne l’ont pas accusé de sensualité, car il s’inscrivait dans la longue tradition du Cantique des cantiques. »[4]. Jésus dit à Luisa :
« L’Amour n’est en sécurité que lorsqu’il est vécu dans ma Volonté. L’Amour est attiré à gauche et à droite et porté aux excès. Ma Volonté le modère, le calme et le nourrit avec une nourriture solide et divine. Dans l’Amour, il peut y avoir beaucoup d’imperfections, même face aux choses saintes. Dans ma Volonté, cela n’arrive jamais, tout y est parfait.
Ma fille, cela arrive surtout chez les âmes amoureuses qui ont eu la grâce de mes visites, de mes baisers et de mes caresses. Ces âmes sont une proie de l’Amour quand Je les prive de ma Présence. L’Amour s’empare d’elles et les rend haletantes, languissantes, délirantes, folles, inquiètes, impatientes. Si ce n’était pas par ma Volonté qui les nourrit, les calme et les fortifie, l’Amour les tuerait. Bien que l’Amour soit le premier‑né de ma Volonté, Il a toujours besoin d’être corrigé par ma Volonté. Et Moi, Je l’aime autant que Je m’aime Moi‑même. » (12 mars 1910).
Jésus dit un jour à Luisa : « Ma fille, je ne regarde pas tant aux sacrifices qu’à l’amour avec lequel on les fait et à l’union avec Moi dans lequel ils sont faits. Plus l’âme est unie à Moi, plus Je prends en considération ses sacrifices » (17 octobre 1910). Quelques siècles auparavant, Guillaume de Saint-Thierry enseignait la même loi intérieure : « Ce n’est pas la grandeur des œuvres qui plaît à Dieu, mais l’amour avec lequel elles sont faites »[5]. Et il ajoutait encore : « Celui qui agit sans amour travaille comme un serviteur ; celui qui aime agit comme un fils, et son moindre geste plaît davantage que les grandes fatigues de celui qui n’aime pas »[6].
Jésus dit à Luisa : « Imagine un père et un fils qui s’aiment beaucoup. Le fils fait de petits sacrifices. Et le père, en raison des liens de paternité, de filiation et d’amour, ce dernier lien étant le plus fort, regarde ces petits sacrifices comme s’ils étaient de grandes choses. Il est triomphant, Il se sent honoré, il donne toutes ses richesses à son fils et il lui consacre tous ses égards et tous ses soins. Considère maintenant un serviteur qui travaille toute la journée, s’expose à la chaleur et au froid, exécute tous les ordres à la lettre et, si nécessaire, veille même la nuit pour son patron. Et que reçoit‑il ? Le misérable salaire d’une journée. De sorte que s’il ne travaille pas tous les jours, il sera contraint à manquer de nourriture. Voilà la différence entre l’âme qui est unie à Moi et l’âme qui ne l’est pas. » (17 octobre 1910).
Ainsi, de Guillaume à Luisa, la même lumière traverse les siècles : Dieu ne récompense pas la quantité des sacrifices, mais la qualité de l’union — car un acte d’amour filial vaut plus que mille œuvres serviles.
Ce qui est à Moi est à toi
« 24 Père ! / Ceux que tu m’as donnés,
veux qu’au lieu où Je Suis, / eux aussi, soient avec Moi !
afin qu’ils voient ma gloire, / celle que tu m’as donnée,
car tu m’as aimé, / d’avant le commencement du monde !
25 Père juste, / le monde ne t’a pas connu.
Moi, cependant, / je t’ai connu !
Et eux, ils ont connu / que, Toi, tu m’as envoyé !
26 Et je leur ai fait connaître ton Nom, /et je [le leur] fais connaître, Moi !
afin que cet amour dont tu m’as aimé / soit en eux,
Et [que], moi, / je sois en eux ! » (Jn 17,24-26 de l’araméen)
Jésus dit à Luisa : « la communion sacramentelle dure quelques minutes. Alors que la Vie dans ma Volonté est une communion perpétuelle, plus encore, une communion éternelle : elle se prolonge éternellement dans le Ciel. » (23 mars 1910). Cette forme de supériorité de vie dans la divine volonté n’empêche pas l’utilité de la communion fréquente : « pour suppléer à mes fréquents va‑et‑vient, Je te permettais d’avoir la Messe et la Communion tous les jours afin que tu puisses y puiser la Force que tu recevais auparavant par mes visites continuelles. » (29 juillet 1910).
Saint Louis-Marie de Montfort conseillait à l’âme : « Si elle prie, ce sera en Marie ; si elle reçoit Jésus par la sainte communion, elle le mettra en Marie pour s’y complaire ; si elle agit, ce sera en Marie ; et partout et en tout elle produira des actes de renoncement à elle-même... »[7]. Ce qui est plus original dans le livre du Ciel, c’est la phrase : « Ce qui est à moi est à toi », déjà dite dans le livre 8, et qui cite la parabole des deux fils, c’est la parole du père, qui représente le Créateur, à son fils aîné (Lc 15,31), celui qui travaille pour le Père (l’intention), sans jamais transgresser le commandement (l’attention continuelle). Luisa écrit :
« Sachant que je veux Le recevoir à tout prix, et afin de ne pas être déshonorée en venant en moi, mais plutôt d’y recevoir les plus grands honneurs, Il prépare lui‑même ma pauvre âme. Il me donne ses propres choses, ses mérites, ses vêtements, ses œuvres, ses désirs, en somme tout Lui‑même. S’il le faut, Il me donne aussi ce qu’ont fait les saints, car tout est à Lui. S’il le faut, Il me donne même ce qu’a fait sa Très Sainte Mère. […] Et après que Jésus est descendu en moi, j’ai le sentiment qu’il est tout à fait satisfait, se voyant honoré par ses propres choses. Parfois, Il me dit : ‘Bravo, bravo, ma fille, comme je suis content, comme Je me plais ici ! Partout où Je regarde, Je trouve des choses dignes de Moi. Tout ce qui est à Moi est à toi. Combien de belles choses tu m’as fait trouver en toi.’ » (10 avril 1910).
Ce que Jésus fait pour une âme rejoint toutes les âmes
« Me trouvant dans mon état habituel, Jésus béni vint sous la forme d’un enfant. Il m’embrassa, me serra et me caressa longuement[8]. Je fus surprise qu’Il me fasse de telles démonstrations d’affection, moi si misérable. Je lui rendis ces marques d’affection, mais timidement. Par une lumière qui sortit de lui, il me fit comprendre que lorsqu’Il vient c’est toujours un grand bienfait, non seulement pour moi, mais aussi pour le monde entier parce qu’en aimant une âme et en se déversant en elle, Il atteint l’humanité entière. En fait, en cette âme il y a plusieurs liens l’attachant à toutes les autres : liens de ressemblance, de paternité ou de filiation, de fraternité, liens suscités par le fait d’avoir toutes été créées par Ses mains, d’avoir toutes été rachetées par Lui et donc toutes marquées de son Sang. Par conséquent, quand Il aime et donne des faveurs à une âme, les autres aussi sont aimées et favorisées et si ce n’est pas complètement, ils le sont au moins en partie. » (3 septembre 1910).
Effectivement, selon tout ce qu’attestent de nombreux écrits bibliques et juifs, les « grandes choses » accomplies par Dieu pour une personne ont non seulement une efficacité salvatrice sur le plan individuel, mais aussi sur le plan collectif[9], pensons par exemple aux patriarches. L’unique condition, c’est l’obéissance humaine à Dieu. Quand une personne consent à devenir servante de Dieu, il advient que, dans son humanité, aussi pauvre soit-elle, entre en action la puissance même de Dieu.
[1] Don Vital LEHODEY, Le saint abandon, Paris 1919, p. 13-15.
[3] Saint SYMÉON le Nouveau Théologien, hymne VIII, dans Hymnes, tome I, SC 156, Cerf Paris 1969, p. 221
[4] Kieran KAVANAUGH & Otilio RODRIGUEZ, The Collected Works of St. John of the Cross, Washington, ICS Publications, 1991, introduction au Cantique, p. 472-473.
[5] Guillaume de Saint-Thierry, Expositio super Canticum Canticorum, cap. 36, éd. Paul Verdeyen, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 88, Turnhout : Brepols, 1998, p. 215
[6] Guillaume de Saint-Thierry, De natura et dignitate amoris, cap. 21, Patrologia Latina 184, col. 399
[7] Saint Louis-Marie de Montfort, Le Secret de Marie § 47
[8] Note de l’éditeur : À l’instar du livre 2 des écrits de Luisa Piccarreta, le lecteur ne doit pas s’y tromper. Les étreintes amoureuses rapportées, qui peuvent faire croire à une atteinte à la pureté et à la pudeur, doivent être considérées de manière filiale ou spirituelle dans le cadre de noces mystiques.
[9] MANZI F., La “forma” obbedienziale del servizio di Gesù Cristo e di Maria. Confronto esegetico-teologico di Fil 2,7 con Lc 1,48, extrait de la thèse de doctorat, Marianum, Rome 1999, p. 85-87
Date de dernière mise à jour : 06/05/2026