Livre du Ciel 22 Comme au ciel sur la terre

Récit inaugural (1er juin 1927)

Tous les temps et tous les lieux

Les bienheureux du ciel et les liens avec la terre

Le stade atteint par Luisa dans son itinéraire spirituel

Les générations accepteront le Royaume qui aura été demandé pour elles

L’interaction entre la Divinité et les hommes

Ce que réalisent dans l’âme les tournées de la création et de la Rédemption

Récit inaugural (1er juin 1927)

En ce 1er juin, Luisa vient d’apprendre « la nouvelle inattendue de la mort du révérend père Di Francia ». Le révérend père Di Francia fréquenta Luisa pendant 17 années environ. Il était un confesseur extraordinaire et le critique officiel de ses écrits. Il donna son Nihil obstat aux 19 premiers livres, obtenant ainsi l’Imprimatur de l’archevêque. Jésus réconforte Luisa en lui révélant que « dès que son âme sortit de la prison de son corps, elle se trouva revêtue de la lumière qu’elle possédait. Et comme les nombreuses semences de bonheur se développaient, lesquelles sont les effets des connaissances de ma Divine Volonté, il commença à vivre les vraies béatitudes. Et en se plongeant dans la lumière éternelle de son Créateur, il s’est retrouvé dans la Patrie céleste où il poursuivra sa mission sur ma Volonté en accordant lui‑même son aide du haut du Ciel. » (1er juin 1927).

Jésus poursuit alors par un enseignement :

« Si tu savais toute la différence, en gloire, en beauté et en bonheur, entre celui qui, en mourant, apporte la lumière de la terre avec les semences de nombreux bonheurs, et celui qui ne fait que recevoir cette lumière de son Créateur… La distance entre eux est si grande qu’elle surpasse celle qui sépare le Ciel et la terre. 

Oh ! si les mortels connaissaient la grandeur du bien qu’ils acquièrent en connaissant un vrai bien ou une vérité, et en faisant de ce bien leur propre sang afin de l’absorber dans leur propre vie, ils se battraient, ils oublieraient tout pour connaître une seule vérité et ils donneraient leur vie pour la mettre en pratique ! » (1er juin 1927).

Ensuite, Jésus parle intérieurement à Luisa au sujet de Marie, « la Reine du Ciel ».

« Durant sa vie, la grande Mère Céleste n’accomplit aucun miracle visible, pas de guérison, pas de morts ressuscités. Elle faisait, et fait encore, des miracles à chaque instant, à toute heure et tous les jours, car lorsque les âmes se préparent au repentir, c’est elle qui leur donne cette disposition à la repentance, elle rend présent Jésus, le fruit de ses entrailles, et le donne tout entier à chacun, confirmant ainsi le grand miracle que Dieu voulait qu’elle accomplisse. […]

Tout comme ma Maman ne voulait pas faire d’autres miracles que celui de donner son Jésus aux créatures, il en va de même pour toi : le miracle que la Divine Volonté veut que tu accomplisses, c’est de donner ma Volonté aux créatures et de la faire connaître afin qu’elle puisse régner. […] C’est pourquoi Je ne t’ai pas permis de faire le miracle de le guérir. Mais tu as accompli pour lui le grand miracle de lui faire connaître ma Volonté. Et il a pu quitter la terre en sa possession. Maintenant, il se réjouit dans l’océan de lumière de la Divine Volonté. Et cela est plus que tout. »

Tous les temps et tous les lieux

Dans l’Ancien Testament, le Siracide dit : « ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée » (Si 3,14).

Les gestes de bienveillance ne seront pas oubliés dans la maison, car ils laissent une atmosphère, ils forment une mémoire familiale.

Les gestes de miséricorde ne seront pas non plus oubliés des parents quand ils seront défunts, car il y a une vie après la mort.

Les gestes de miséricorde ne seront pas oubliés de Dieu.

On peut même dire que ce sont des gestes inspirés par Dieu, et, en tant que tels, ils contiennent la vie divine, qui est une vie éternelle, pour toujours.

Jésus dit à Luisa : « Ma fille, pour l’âme qui fait et vit dans ma Volonté, tous les temps et tous les lieux lui appartiennent. Ma Volonté suprême ne perd rien de ce qu’elle fait. Avec son propre et unique pouvoir, elle accomplit un acte et elle le préserve en elle, intact et merveilleux, tout comme elle l’a créé. Ainsi, qui vit dans ma Divine Volonté peut y trouver l’ordre de tous les actes qu’elle a accomplis, comme si elle les faisait à l’instant même. Alors l’âme, en union avec elle, fait ce que ma Volonté est en train de faire. Ceci est tout le délice, toute la satisfaction et la gloire de ma Volonté : tandis que ses actes sont éternels, la petitesse de la créature qui vit en ma Volonté prend l’éternité en mains, et trouvant les actes de son Créateur comme s’ils étaient en train de se passer, elle les répète avec Lui, elle aime et glorifie les actes, qui ne finissent pas, de Celui qui l’a créée, et ensemble, c’est à celui qui fera le plus d’actes, le plus d’amour et le plus de gloire. Par conséquent, les temps de la Création ainsi que le lieu du Paradis terrestre sont mis à sa disposition. La créature a les temps de mon Incarnation et de ma Passion à sa disposition. Et Bethléem, Nazareth et le Calvaire ne sont pas loin d’elle. Le passé, la distance, n’existent pas pour elle. Tout devient proche et présent.

Ainsi, tu dois savoir que ma Volonté donne à l’âme l’unité de toutes choses. Comme ma Volonté est une et fait tout, l’âme qui détient l’unité Divine en elle, contient aussi en elle les pensées de tous, les paroles, les pas et les battements de cœur de tous, comme si tout était un. » (8 juin 1927).

Il peut paraître extraordinaire de dire que l’âme « détient l’unité divine en elle », et pourtant c’est le Livre du Ciel ne fait qu’expliquer la plus authentique tradition spirituelle ; en entrevoyant la lumière divine, saint Benoît a perçu l’unité de tout le créé dans un unique rayon de lumière. Voici dans quelles circonstances.

Au moment de la mort de l’évêque saint Germain en l’an 576, debout à la fenêtre, saint Benoît « priait instamment le Dieu Tout-puissant et subitement, alors qu’il regardait dans la nuit encore profonde, il vit une lumière répandue d’en-haut chasser toutes les ténèbres de la nuit et briller d’une telle splendeur qu’elle surpassait la lumière du jour elle-même, alors qu’en fait, elle rayonnait au sein des ténèbres. Or dans cette contemplation, une chose tout à fait admirable s’ensuivit car, en effet, comme lui-même l’a raconté ensuite, le monde entier, comme rassemblé sous un seul rayon de soleil, fut offert à ses yeux. Comme ce vénérable père fixait les yeux avec intensité sur la splendeur de cette lumière éclatante, il vit l’âme de l’évêque de Capoue, Germain, transportée par les anges au ciel dans une sphère de feu. […]

Pour l’âme qui voit le Créateur – explique le pape saint Grégoire –, toute créature paraît bien exiguë. En effet bien que cette âme n’ait contemplé qu’un faible rayonnement de la lumière du Créateur, tout le créé se réduit pour elle à de petites proportions, car par la lumière elle-même de cette vision intime, le sein de son esprit s’élargit et son cœur grandit tellement en Dieu qu’il se tient élevé au-dessus du monde. Qui plus est, l’âme du voyant quant à elle, se trouve au-dessus d’elle-même. Et lorsque, dans la lumière de Dieu elle est ainsi ravie au-dessous d’elle-même, elle s’amplifie intérieurement ; alors elle jette un regard au-dessus d’elle et elle comprend, dans cet état d’élévation, combien tout le créé est petit, alors que, dans son abaissement, elle n’arrivait même pas à le saisir. Ainsi donc, l’homme qui contemplait ce globe de feu et qui voyait les anges en train de remonter au ciel, ne pouvait voir ces choses, sans aucun doute, que dans la lumière de Dieu. Qu’y a-t-il d’étonnant, dès lors à ce qu’il vît le monde rassemblé devant ses yeux, alors que, élevé dans la lumière de l’esprit, il se situait déjà hors du monde ? »[1]

Le Livre du Ciel suit une progression. Dans le livre 17, Jésus a enseigné sur l’unité du monde, en Dieu. Dans le livre 19, il a été expliqué que les actes humains, faits dans la divine volonté, ne s’interrompront jamais et se diffusent partout. Ici, Jésus insiste sur la pratique de la vie dans la Divine volonté qui éclaire l’intelligence :

« Ma fille, qui veut connaître toutes les relations qui existent entre le Créateur et la créature et conserver les siennes en vigueur, doit laisser ma Divine Volonté régner en soi de façon absolue. […] La créature qui ne laisse pas régner en elle ma Volonté se trouve dans l’état de celui qui est sourd et n’écoute pas, de qui est stupide et ne comprend pas, et de qui n’a pas étudié les langues et qui ne comprend rien à ce qu’on lui dit. 

De la même manière, pour maintenir les relations entre le Rédempteur et les rachetés et pour les connaître, il faut étudier ma vie. Chacune de mes paroles, de mes œuvres, de mes souffrances, chacun de mes pas et de mes battements de cœur, étaient des liens avec lesquels Je suis venu m’attacher les rachetés. […]

Qui veut connaître et recevoir tous les liens et les relations de sainteté, doit aimer le Sanctificateur. Le Saint‑Esprit envoie ses flammes sur le chemin de qui aime vraiment et le lie avec les rapports de sa sainteté. Sans amour, il n’y a pas de sainteté, parce que les liens d’une sainteté véritable sont déjà brisés. » (12 juin 1927)

Telle est donc l’importance des tournées de la création, de la Rédemption et de la Sanctification.

Un peu plus tard, suivant les actes de la suprême volonté, Luisa arrive « au point où la Reine souveraine conçut en son sein très pur ». Luisa écrit « Je veux moi aussi fournir mon amour, mes souffrances et la Divine Volonté régnant en moi, pendant qu’elle conçoit en son sein, pour pouvoir moi aussi placer quelque chose de moi dans la conception de Jésus, afin d’adorer le Fiat éternel dans un acte si grand et aussi pour que, après avoir donné quelque chose de moi, Il puisse être conçu en moi. » Et Jésus confirme Luisa : « Ton Jésus, te regardant et te prenant par la main, te conduit dans cet acte par lequel Il s’incarna dans le sein maternel, afin de te laisser placer ton amour et tes souffrances. Ceci pour que ton acte ne soit pas absent d’un acte si grand qui marqua le commencement du règne de la Divine Volonté dans la famille humaine. » (28 août 1927).

Les bienheureux du ciel et les liens avec la terre

Saint Paul dit que « Dieu s’est plu à faire habiter en Jésus toute la Plénitude « et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1,20), mais il n’explique pas le lien qui unit les êtres entre eux.

En extase, Luisa visite le ciel et rencontre le père di Francia (cf. récit inaugural). Celui-ci lui révèle le bonheur qu’il éprouve en voyant le fruit de la publication des Heures de la Passion et des enseignements sur la Divine volonté (les « livres du Ciel » déjà parus). Ensuite, Jésus explique à Luisa les liens qui unissent les gens sur la terre et les bienheureux du ciel :

« Ma fille, tout ce qui se fait dans ma Volonté Divine, à moins que l’âme n’y mette pas son intention, tout le monde y prend part, bien plus encore les bienheureux qui vivent dans l’unité de ma Divine Volonté. Ma Volonté maintient ses courants partout, et avec sa force qui unit, elle apporte à tous, comme un acte qui lui est propre, tout ce que la créature fait en elle. Mais il y a une différence.

Si l’âme qui agit dans la Divine Volonté sur la terre place l’intention de rendre une gloire spéciale à ceux qui vivent dans la Patrie céleste, les bienheureux du Ciel s’entendent appelés, dans l’unité de ma Volonté, par celui qui veut leur donner de la joie et les glorifier plus encore. Ils regardent cette âme avec tant d’amour et de plaisir qu’ils étendent sur elle leur protection toute spéciale. » (17 juin 1927)

Le catéchisme de l’Église catholique nous dit : « Par sa mort et sa Résurrection Jésus-Christ nous a "ouvert" le ciel. La vie des bienheureux consiste dans la possession en plénitude des fruits de la rédemption opérée par le Christ qui associe à sa glorification céleste ceux qui ont cru en Lui et qui sont demeurés fidèles à sa volonté. » (CEC 1026).

Il est logique que, sur la terre, une communication avec le Ciel soit possible pour ceux qui sont fidèles à la volonté divine :

« [Luisa :] Je demandais de l’aide à la Maman Souveraine, aux anges et aux saints, pour qu’ils viennent me secourir et me prêter leur amour et leurs adorations, afin que je puisse faire depuis la terre ce qu’ils font au Ciel. Mais aussi pour que mon Jésus, attiré par l’amour même du Ciel, puisse venir vers sa petite exilée, celle qui Le désire tellement. »

En réponse, Jésus l’encourage en ces termes : « Quand tu retournes répéter tes actes, ceux‑ci sont toujours nouveaux pour Moi car, en vérité, tu ne les avais pas auparavant. Par conséquent, tu es toujours nouvelle dans l’amour, dans la gloire et dans l’adoration que tu me donnes parce que, faisant écho en toi, ma Volonté te communique ce nouvel acte qu’elle possède par sa nature propre. Alors, ce que Je fais dans le Ciel, donnant à tous les bienheureux cet acte nouveau, jamais interrompu, de joies et de contentements indicibles, toi, tu es destinée à Me le donner de la terre, dans la lumière et la puissance de ma Volonté. Sois par conséquent attentive à poursuivre son vol rapide. » (21 juillet 1927).

Le stade atteint par Luisa dans son itinéraire spirituel

Le livre 22 commence ainsi : « J’étais de plus en plus longtemps privée de mon doux Jésus. Je sentais que je ne pouvais plus continuer ainsi ». Et Luisa se plaint à Jésus : « je n’ai plus ta parole pour briser mon long silence, ni ta compagnie pour rompre ma solitude. Je suis seule, emprisonnée et enchaînée par toi dans cette prison. Et pour finir, Tu m’as abandonnée. Jésus ! Jésus, je ne m’attendais pas à cela de Toi ! » Et Jésus répond à Luisa : « Ma fille, courage, Je ne te quitte pas. Au contraire, tu dois savoir que ton Jésus peut accomplir n’importe quel miracle, excepté celui de se séparer de sa propre Volonté. Si ma Divine Volonté est en toi, comment puis‑Je te quitter ? Et si cela était le cas, Je serais Jésus sans vie. C’est plutôt l’infini de mon Fiat qui me cache. » (1er juin 1927).

Et, dans la suite de ce livre du Ciel, l’explication de Jésus sera encore plus réconfortante, et elle nous fait comprendre les progrès réalisés depuis le début :

« Avant, tu ne suivais pas tous ses actes, tu suivais le petit cercle des actes de mon Humanité, actes bien petits en comparaison des actes de ma Divine Volonté. C’est pourquoi chacun de tes actes et chacune de tes souffrances te faisaient rencontrer ton Jésus. J’étais bien résolu à te faire copier mon Humanité. Pour cela, il était nécessaire que Je garde en main le pinceau afin de former mon image en toi et de disposer la toile de ton âme à recevoir les vives couleurs, trempées dans la lumière de mon divin Fiat. Ce qui était nécessaire avant ne l’est plus à présent, mais cela ne veut pas dire que Je ne suis plus avec toi. Nous vivons ensemble dans l’éclipse formée par la lumière d’une Volonté éternelle. Sa lumière est si grande qu’elle nous éclipse et nous fait disparaître tous les deux. Mais si la lumière baisse, Je peux te voir et tu peux Me voir et alors nous nous retrouvons comme si nous n’avions jamais été séparés. » (21 août 1927).

Ne plus sentir la présence de l’humanité de Jésus est pour Luisa une souffrance analogue à un pressoir, mais par cette souffrance, Luisa acquiert une capacité d’illuminer les autres :

« [Jésus dit à Luisa :] Lorsqu’elle souffre de privation et est écrasée sous ce pressoir, c’est autant de rayons qu’elle acquiert pour s’étendre et se répandre davantage. Et comme c’est une souffrance de vie divine, en faisant la Divine Volonté, l’âme offre dans ce martyre l’acte le plus beau. Sa lumière s’étend si loin que personne ne peut l’atteindre, parce que c’est une Volonté Divine qui entre au milieu de ce martyre causé par la privation de ton Jésus. La matière n’entre pas du tout dans ce martyre, tout est lumière : ton Jésus est lumière, ma Volonté est lumière, ton âme est lumière. C’est un tel enchantement de lumière que ciel et terre en sont recouverts et apportent à tous le bénéfice de la chaleur et de la lumière. » (3 septembre 1927)

Luisa qui souffre d’une absence de Jésus de quelques jours, se demande comment la mère de Jésus a pu supporter les 40 jours de Jésus au désert (pour donner aux hommes la force de revenir à la Divine Volonté !). Jésus lui dit alors ces paroles d’encouragement : « Ma fille, nous souffrîmes tous les deux de cette séparation. Mais nous souffrions de manière divine, pas humaine. Par conséquent, elle ne nous sépara pas du bonheur ni d’une paix imperturbable. Je partis au désert heureux, ma céleste Mère resta au comble de la joie. En fait, la douleur soufferte de façon divine n’a pas la vertu de jeter la plus petite ombre sur le bonheur divin qui contient des mers infinies de joies et de paix. » (8 septembre 1927).

Les générations accepteront le Royaume qui aura été demandé pour elles

Dans différentes parties du monde, il est désormais évident que notre terre est en train de tomber en ruine. Partout, l’injustice, la violation du droit international et des droits des peuples, les inégalités et la cupidité qui en découlent produisent la déforestation, la pollution, la perte de biodiversité. Or, comme le dit le prophète Isaïe, l’Esprit de Dieu est capable de transformer le désert, aride et brûlé, en un jardin, lieu de repos et de sérénité : « l’Esprit qui vient d’en haut sera répandu sur nous. Alors le désert deviendra un verger, et le verger sera pareil à une forêt. Le droit habitera le désert, la justice résidera dans le verger. L’œuvre de la justice sera la paix, et la pratique de la justice, le calme et la sécurité pour toujours. Mon peuple habitera un séjour de paix, des demeures protégées, des lieux sûrs de repos » (Is 32,15-18). Il s’agit d’une annonce extraordinaire dont il faut bien percevoir les prémices spirituelles.

En 1904, Pie X déclarait que Marie est « réparatrice du monde perdu »[2]. Plus tard, Vatican II enseigne : « C’est donc à juste titre que les saints Pères considèrent Marie comme apportant au salut des hommes non pas simplement la coopération d’un instrument passif aux mains de Dieu, mais la liberté de sa foi et de son obéissance. En effet, comme dit saint Irénée, ‘par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre humain, cause de salut’[3]. Aussi avec lui, bon nombre d’anciens Pères […] déclarent souvent : ‘par Eve la mort, par Marie la vie[4]’. »[5]

Or l’appel à coopérer avec l’œuvre du salut n’est pas limité à Marie. Comme dit le dernier concile, il nous est lancé à tous : « Tout comme le sacerdoce du Christ est participé sous des formes diverses, tant par les ministres que par le peuple fidèle, et tout comme l’unique bonté de Dieu se répand réellement sous des formes diverses dans les créatures, ainsi l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite au contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l’unique source. »[6]

Jésus dit à Luisa : « Tout comme une volonté humaine, en se plaçant en dehors de la Mienne, apporta le désordre partout au point de changer la face de la terre, de même, une autre volonté humaine qui entre dans la Mienne doit, par ses actes incessants et répétés, réordonner toutes choses et me rendre le doux enchantement, l’harmonie et la beauté des premiers temps de la Création. Ne sens‑tu pas en toi comme ton champ d’action est vaste ? Et comme si tu retournais dans l’Eden terrestre où ma Divine Volonté célébra les premiers actes de l’homme et jouissait avec lui de la belle et fertile terre qu’elle lui avait donnée, Je t’appelle pour lier ces premiers actes et pour que tu me suives sur toutes les terres envahies par la volonté humaine. Ainsi, en embrassant tous les temps, tu aideras à ôter les pierres, les épines et le sable de ces terres réduites à ce pitoyable état par la volonté humaine. » (20 juin 1927).

La vie dans la Divine Volonté est une expérience réconfortante et merveilleuse.

« Ma fille, pour la créature qui vit dans ma Volonté, toute chose devient ma Volonté. En tout ce qu’elle fait, touche et voit, elle touche, voit et fait ma Volonté. Si elle pense et vit dans ma Volonté, elle sentira la sainteté de l’intelligence de la Divine Volonté la revêtir et couler en son esprit. Si elle parle, elle sentira sa parole parcourue par la sainteté du Fiat qui crée lorsqu’il parle. Qu’elle travaille ou qu’elle marche, elle sentira la sainteté des œuvres divines et les pas de l’éternel Fiat couler dans ses travaux et dans ses pas. Si elle dort, elle sentira également en elle le repos éternel de son Créateur. Tout rivalisera pour lui apporter ma Volonté : le soleil avec sa lumière, le vent avec sa fraîcheur, le feu avec sa chaleur, l’eau avec ses rafraîchissements, la fleur avec son parfum, l’oiseau avec son chant et son gazouillis, la nourriture avec ses saveurs, le fruit avec sa douceur. » (29 juin 1927).

La mère de Jésus, devenue « la Reine du Ciel » a vécu tout cela, mais ce « n’était pas sa mission » d’en parler, c’est à Luisa de le faire connaître (29 juin 1927).

« Lorsque les générations humaines auront toutes les connaissances sur la Divine Volonté, sur le grand bien de mon Royaume et lorsqu’elles sauront les si longs sacrifices endurés par celle qui l’a demandé, mes connaissances et tes sacrifices (unis ensemble) seront de puissants aimants, d’irrésistibles aiguillons, d’incessants appels, des lumières pénétrantes, des voix assourdissantes qui rendront ces générations sourdes à toute autre chose, qui ne leur laisseront que l’oreille pour entendre les doux enseignements du divin Fiat et accepter un Royaume qui aura été demandé pour elles au prix de si nombreux sacrifices. Il y a, par conséquent, beaucoup à faire et à souffrir pour former une grande œuvre. Tout est nécessaire. » (1er juillet 1927).

Ce Royaume, nous en avons longuement parlé dans le livre 13, c’est celui qui sera inauguré par la Parousie, la Venue glorieuse du Christ. En effet, l’Écriture nous dit que la Venue glorieuse du Christ est un événement universel portant à la fois le jugement de l’Antichrist (qui sera anéanti : 2Th 2,3-12) et la vivification des justes (He 9,28). Jésus reviendra dans la gloire pour une « régénération » (Mt 19,28) et une « restauration » (Ac 3,21), sur la terre, accomplissant le règne de Dieu « sur la terre comme au ciel » (Mt 6,10), avant de « remettre » le royaume au Père (1 Co 15,22-28). On l’appelle la Parousie (ou le Royaume du divin Fiat), et c’est « le prélude de l’incorruptibilité [= l’éternité], royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu »[7].

L’interaction entre la Divinité et les hommes

Saint Paul enseigne : « En lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28) et : « Il y a un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous, et en tous. » (Eph 4,6). Autrement dit, Dieu est présent à tout — par Sa puissance, Sa connaissance et Son amour — mais Il demeure distinct de tout ce qu’Il a fait[8]. Or, « la vie, le mouvement et l’être » des gens peuvent décevoir le Créateur, ce qui est affligeant :

« Si la créature parle, agit et marche, c’est ma Divine Volonté qui est le mouvement premier de sa parole, de son agir et de son pas. Et pourtant, on ne la regarde pas, on la met de côté comme si ma Volonté était étrangère à la créature, alors qu’elle constitue la partie essentielle et vitale de son acte. Oh ! comme elle souffre dans chacun des actes des créatures, en voyant qu’elle n’est ni reconnue, ni aimée, ni regardée ! » Jésus donne ensuite des exemples : « Ma Volonté accomplit son acte continuel dans l’air et en le respirant, elle forme dans l’air un acte vital afin que les créatures reçoivent la vie en le respirant. Mais en leur donnant la vie, elle ne trouve pas en elles le souffle de sa propre Divine Volonté qui, en respirant avec les créatures, formerait en elles la Vie divine. Quelle douleur de donner la vie sans être capable de la former en elles ! Ma Volonté crée la nourriture, elle maintient en état de si nombreux éléments : la terre, le vent, le soleil, l’air, l’eau, les semences, afin de produire cette nourriture et de la donner aux créatures, afin de trouver en elles sa propre Volonté. Mais non, c’est en vain, et sa douleur se fait plus intense. » (28 août 1927)

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À l’inverse, « la vie, le mouvement et l’être » des gens peuvent réjouir le Créateur, ce qui stimule son action créatrice !

« Ma fille, ma Volonté est en toi comme le dépositaire de tous ses actes. En fait, lorsqu’elle accomplit un acte, ma Volonté ne le dépose pas à l’extérieur d’elle‑même. Il manquerait de place, de décence, de sainteté ainsi que de tout ce qui est nécessaire pour préserver ses actes. C’est pourquoi elle ne peut les placer ailleurs qu’en elle‑même. Mais qui pourrait jamais avoir l’espace nécessaire pour recevoir tous les cieux avec leurs étoiles, le soleil avec son abondante lumière, la mer avec l’étendue de ses eaux, la terre avec sa multitude de plantes ? Personne. Par conséquent, pour pouvoir déposer mes actes, J’ai besoin de ma propre Volonté Divine.

Or, puisque ma Volonté est en toi, c’est en toi qu’elle dépose tous ses actes, car elle trouve dans son Fiat une ampleur et une sainteté dignes d’elle. Si tu savais comme mon éternel Fiat est content en trouvant dans la créature l’espace où déposer ses actes, premier but pour lequel ils furent accomplis pour la créature ! Par conséquent, tous les actes de ma Divine Volonté sont en toi. Et c’est de toi qu’ils sortent en emportant avec eux la gloire qui lui est due. Oh ! comme elle se sent récompensée quand dans tous ses actes que la créature lui rend, elle trouve la gloire de sa lumière, de sa sainteté, de son immensité ! Et en trouvant le baiser, la gloire, son amour, elle se sent poussée à former des actes encore plus beaux, plus dignes de mon éternel Fiat, uniquement pour l’amour de celle en qui elle peut en faire le dépôt, afin de recevoir de nouveaux baisers, son amour et sa gloire. » (25 août 1927).

Ce que réalisent dans l’âme les tournées de la création et de la Rédemption

Les tournées de la création, de la Rédemption et de la sanctification ont été largement présentées au livre 17, mais tout n’a pas été dit !

Jésus enseigne à Luisa à pratiquer des rondes ou tournées où elle porte son attention sur les fleurs, les étoiles (tournée de la création), ou sur les épisodes de la vie de Jésus (tournée de la rédemption). Or, à chaque fois, il s’agit de monter des réalités corporelles à la volonté divine qui est amour et vie. Ce n’est pas encore l’essence divine, quoique celle-ci puisse être appréhendée en certaines extases, mais c’est certainement son attribut le plus élevé. Luisa ne s’arrête pas aux étoiles ou aux fleurs, ni à tel épisode de la vie de Jésus, mais elle considère la volonté divine qui s’y exprime.

À la suite d’Aristote, saint Thomas d’Aquin passait des choses visibles à la vérité intelligible[9], mais Luisa passe des choses visibles à la Volonté divine, ce qui est différent et nettement plus « vivifiant ».

Les rondes de la création explicitent ces versets de psaume :

« Les cieux racontent la gloire de Dieu,

 et l’œuvre de ses mains, le firmament l’annonce;

le jour au jour en publie le récit

 et la nuit à la nuit transmet la connaissance.

Non point récit, non point langage,

 nulle voix qu’on puisse entendre » (Ps 19,2-4)

Jésus dit à Luisa : « Eux, d’une voix muette, parlent avec les faits de Celui qui les a créés. Ils disent, par les faits, qu’Il est lumière très pure et infinie, amour qui ne s’éteint jamais, œil qui voit tout et pénètre toute chose. Le soleil dit cela. Les choses créées disent également : Regardez‑nous et, avec des faits, nous vous raconterons. C’est la raison pour laquelle nous ne parlons pas : les actes sont plus éloquents que les paroles. Il est Puissance qui peut tout, Il est Immensité qui enveloppe toute chose, Il est Sagesse qui ordonne tout, Il est Beauté qui enchante toute chose. La Création est le récit continuel de l’Être suprême dont elle reçoit la vie continuelle. Alors, en allant d’une chose à l’autre, tu demeures unie par elles à ton Créateur et tu reçois les relations de lumière, d’amour, de puissance, etc. que chacune possède. » (8 septembre 1927).

&

On peut trouver une ébauche des rondes de la rédemption dans la prédication du dominicain Jean Tauler (v. 1300 – 1361). Il expliquait qu’après s’être converti en retranchant les péchés grossiers, on chasse les images intérieures des mauvaises habitudes du passé « au moyen des aimables représentations de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, et, substituant une image à l’autre, les attirer et les imprimer tout à fait intérieurement avec grande dévotion, dans le fond de son âme, afin d’y effacer et d’y éteindre toute disconvenance. » Et Jean Tauler exalte « la puissance qu’a le Fils de Dieu vivant de chasser toutes les maladies de l’âme, avec les images des exemples de sa sainte vie, de sa sainte Passion et de sa cruelle mort » [10].

Un jour, en pratiquant une « tournée de la rédemption » Luisa rencontre l’enfant Jésus sur les genoux de sa Mère ; il lui donne alors cet enseignement :

« Ma fille, pour chacun des actes que ma céleste Mère a accomplis pour Moi, et ils étaient continuels, Je la récompensais par un degré de grâces, car Je ne me laisse pas vaincre ni surpasser par les actes des créatures. Je suis insurpassable et donc, si ma chère Maman me donnait de l’amour, des actes, des pas, des paroles, Moi, en chaque degré de grâce, Je lui donnais une vie divine car la grâce n’est rien d’autre que la vie omniprésente de Dieu qui se donne aux créatures. Quelle grande différence entre un acte que peut donner une créature, et une vie divine que Dieu donne à chacun de leurs actes !

Ainsi, la Reine du Ciel était immensément riche de tant de vies divines qu’elle recevait à chaque instant. Elle les utilisait pour former le cortège, pour honorer, pour aimer avec ces vies divines, son Fils, son Jésus, son Tout.

Tu dois donc savoir pourquoi Je t’appelle maintenant, et pourquoi Je te rends maintenant présent tout ce que Je fis dans ma vie lorsque J’étais sur terre, te montrant comment J’étais tantôt en pleurs et tremblant de froid, tantôt dans les bras de ma Maman, répétant ces actes du nourrisson tétant le lait, inondant ses mains maternelles de mes larmes, échangeant des baisers, etc. C’est parce que Je veux tes actes et ton amour avec ceux de ma Mère et que tous mes actes soient suivis par les tiens, afin que Je puisse te donner à toi aussi autant de degrés de grâce pour chacun des actes que tu accomplis pour Moi. Et cela, pour la dignité, l’honneur et faire cortège à ma Volonté qui veut former son Royaume en toi. » (14 septembre 1927).

 

[2] PIE X, Ad diem illum, ASS 36 (1903-1904) 453-454 ; DS 3370

[3] S. IRÉNÉE, Traité contre les hérésies III 22,4

[4] S Hieronymus, Epis. 22,21: PL 22,408. Cf. S Augustin, serm.0 51,2,3,: PL 38,335: serm. 232,2 col. col. 1108. S Cyrillus Hieros, catec. 12,15PG 33,741 S. Jean Chrisosthome, in Ps 44,7 PG 55,193. S. Damascène, Hom. 2 in in dorm. B.M.V. 3: PG 96,728.

[5] VATICAN II, Lumen gentium 56

[6] VATICAN II, Lumen gentium 62

[7] Saint IRÉNÉE, Contre les hérésies, V,32,1

[8] Concile de Latran IV, DS 806

[9] « La contemplation humaine, selon la condition de la vie présente, ne peut être sans images. Il est en effet conforme à la nature de l’homme de voir les idées intelligibles dans les images, dit Aristote. Cependant, la connaissance intellectuelle n’a pas pour objet les images elles-mêmes. Mais elle contemple en elles la pureté de la vérité intelligible. 

S. Grégoire quand il parle des contemplatifs qui ne traînent pas avec eux les images de choses corporelles. Cela veut dire que leur contemplation ne s’arrête pas à elles, mais plutôt à la considération de la vérité intelligible. » (Saint THOMAS d’Aquin, II-II Secunda Secundae Qu.180 a.5 s2)

[10] Jean TAULER, Deuxième sermon pour l’exaltation de la croix, dans Sermons, trad. C.-A.-F. de Villers, Cerf, Paris 1991, p. 468

Date de dernière mise à jour : 06/05/2026