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Livre du Ciel 19 L’Éternel et l’Infini
Récit inaugural. Nicodème et la « nouvelle-née » (23 février 1926)
Autres échos dans l’évangile de Jean
Luisa, chef de file dans les générations issues du péché originel
Des biens éternels et illimités
Des actes qui ne s’interrompront jamais
Des actes qui se diffuseront partout
Qu’est-ce que Jésus attend pour revenir ?
Pour que la faute d’Adam ne se reproduise pas à la Parousie
Récit inaugural. Nicodème et la « nouvelle-née » (23 février 1926)
« [Jésus dit :] Je ne veux rien nier à la petite nouvelle‑née de ma Volonté. Aimerais‑tu savoir pourquoi Je t’appelle ainsi ? Nouvelle‑née signifie être en train de naître. Puisque tu dois renaître dans chacun de tes actes dans ma Volonté, non seulement cela, mais puisque ma Volonté aussi, pour se refaire de toutes les oppositions des volontés humaines, veut te faire renaître autant de fois que les volontés humaines se sont opposées à la sienne, il faut donc que tu restes toujours nouvelle‑née. Lorsque l’âme est en train de naître, il est facile de la faire revivre autant de fois qu’on le souhaite et de la conserver sans que la volonté humaine croisse. Mais lorsque l’âme grandit, il est plus difficile de la conserver sans la vie de l’ego. […]
Tu vois, Moi aussi Je suis né une fois, mais cette naissance me fait naître encore et encore. Je renais dans chaque hostie consacrée, Je renais chaque fois que la créature revient à ma Grâce. Ma première naissance me permit de renaître toujours. Ainsi sont les œuvres divines : faites autrefois, il reste l’acte continué sans jamais se terminer. Il en sera ainsi de ma petite nouvelle-née dans ma Volonté : née une fois, la naissance restera un acte continu. » (23 février 1926)
Jésus dit à Luisa :
« Ma fille, courage, ne te préoccupe pas de ta petitesse. Ce qui doit primer, c’est que ta petitesse reste dans ma Volonté. Étant ainsi, tu te fondras en elle. Ma Volonté, tel le vent, apportera à ton acte la fraîcheur qu’elle possède pour le réconfort de toutes les créatures. Elle apportera le vent chaud pour les enflammer de mon amour, le vent froid pour éteindre le feu des passions, et pour finir, le vent humide pour que le germe de ma Volonté puisse se développer. N’as‑tu jamais ressenti les effets du vent, de quelle façon il sait changer l’air, presque subitement, en passant du chaud au froid, d’un air humide à un air très frais et revigorant ? Ma Volonté est plus que le vent. Et tes actes, en elle, la secouant, remuent les vents qu’elle contient, produisant d’admirables effets. Tous ces vents réunis investissent le Trône Divin et apportent à leur Créateur la gloire de sa Volonté opérante dans la créature. » (18 avril 1926).
De nouveau, nous entendons l’écho du dialogue avec Nicodème où il est expliqué que pour « entrer dans le Royaume de Dieu» (Jn 3,5), il faut naître de l’Esprit :
« Le vent [rūḥā] souffle où il veut, / et tu en entends sa voix,
mais tu ne sais pas d’où il vient, / ni où il va.
Ainsi en est-il de quiconque / est né de l’Esprit [rūḥā] » (Jn 3,8).
Nicodème est capable de comprendre que le souffle de l’Esprit est une loi intériorisée, selon l’oracle d’Ezéquiel (Ez 36,26-27), mais il ne sait pas encore comment cet oracle peut se réaliser. Jésus continue : « Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, / ainsi va être élevé le Fils de l’homme » (Jn 3,14). Que signifie cette allusion ? Pendant l’Exode, le mal profond des Hébreux était leur impatience : ils n’avaient pas la vision prophétique comme l’avait Moïse ! Les morsures étaient le châtiment de leur rébellion. Pour sauver les Hébreux des morsures des serpents, Moïse a élevé au désert un serpent d’airain (Nb 21,8-9), et c’est un serpent extraordinaire, un « Saraph », un brûlant (au pluriel : Séraphim).
S’inspirant de la culture hébraïque, Jésus dit : « soyez sage comme le serpent » (Mt 10,16). Dans la sagesse orientale, le serpent représente donc la sagesse. Or le livre de la Sagesse établit déjà un lien entre la sagesse et l’Esprit (Saint) : « En elle [la Sagesse] est, en effet, un esprit intelligent, saint, unique, multiple, subtil, mobile, pénétrant, sans souillure, clair, impassible, ami du bien… » (Sg 7,22s)
Mais Satan, au jardin de la Genèse, a tenté l’humanité en prenant la forme d’un serpent, c’est-à-dire d’une fausse sagesse (Gn 3,1-5). « C’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde : ils en font l’expérience, ceux qui lui appartiennent ! » (Sg 2,24). La nouvelle naissance annoncée par Jésus (Jn 3,8) rétablit l’état « au principe », avant la chute qui avait fait entrer la mort dans le monde, et il faut renaître de l’Esprit.
La conversion et la nouvelle naissance, portées par la chaleur de l’amour divin, ouvrent la vie qui est pour toujours :
« Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, / ainsi va être élevé le Fils de l’homme.
[Refrain :] Pour que tout homme qui croit en Lui, / ne périsse pas ;
mais qu’il ait / la vie qui est pour toujours.
C’est ainsi que Dieu a tant aimé le monde, / qu’il a donné son Fils Unique
[Refrain :] Pour que tout homme qui croit en Lui, / ne périsse pas ;
mais qu’il ait / la vie qui est pour toujours » (Jn 3,14-16 de l’araméen)[1].
En assumant l’image du serpent élevé au désert, Jésus a donc expliqué à Nicodème ce que signifie renaître depuis l’entête, le « Bereshit » de la création. Jésus vient guérir du péché des origines qui fut une confusion entre la vraie Sagesse et la fausse sagesse. En Jésus, l’homme retrouve son lien originaire avec la source divine de la sagesse et de l’amour.
C’est quand il sera élevé de terre, crucifié, mort et ressuscité, que Jésus sera comme ce serpent élevé au désert. Et pour le chrétien, la nouvelle naissance, c’est le baptême dans la mort et la résurrection de Jésus (Rm 6, 1-11).
Luisa va vivre souvent une telle mort suivie de renaissance. Jésus lui dit :
« Comme tu l’as si bien dit, mon absence n’est pas une séparation mais une souffrance mortelle. Et cette douleur a la vertu non pas de séparer, mais au contraire de consolider et rendre plus forts et plus stables les liens de l’union inséparable d’avec Moi. De plus, chaque fois que l’âme est séparée de Moi, sans que ce soit sa faute, Je renais en elle à une nouvelle vie de connaissances, me faisant mieux comprendre. C’est un nouvel amour, Je l’aime plus, une nouvelle grâce pour l’enrichir et l’embellir, et elle renaît à une nouvelle Vie Divine, à un nouvel amour et à une nouvelle beauté. C’est juste qu’il en soit ainsi. L’âme souffrant de peines mortelles est donc gratifiée par une nouvelle Vie Divine. Si ce n’était pas le cas, Je serais vaincu par l’amour de la créature et cela n’est pas possible. » (22 août 1926)
Autres échos dans l’évangile de Jean
Nous avons mentionné que le récit inaugural fait écho, dans l’évangile de Jean, au dialogue de Jésus avec Nicodème.
Or j’explique, dans mon livre « Jean, l’évangile en filet », qu’en plus de l’ordre habituel, l’évangile selon saint Jean peut se lire dans un ordre transversal, en fils méditatifs ayant chacun 8 « perles ». L’un de ces fils commence avec le dialogue avec Nicodème (Jn 3,1-21) et continue avec Jn 5,17-30 ; 7,1-10 ; 10,22-31 ; 12,20-36 ; 15,26 à 16,15 ; 19,16b-27 ; 21,1-14. Jésus avait expliqué à Nicodème qu’il faut renaître de l’Esprit pour accéder au règne de Dieu (Jn 3,1-21). Cet Esprit est l’esprit filial, celui du Fils qui reçoit du Père la vie et le pouvoir de vivifier (5,17-30), l’Esprit du Fils qui reçoit son temps du Père (7,1-10). La quatrième perle nous montre les disciples dans la main du Père, on peut dire comme des enfants bien-aimés (10,22-31). Dans la cinquième et la sixième perle, l’Esprit de vérité confère la force du martyre au Christ avant de la conférer aux disciples (12,20-36 et 15,26 à 16,15). Dans la septième perle, la Mère de Jésus est donnée au disciple, pour sa nouvelle naissance (19,16b-27). Auprès du Ressuscité, le geste de Pierre qui revêt sa nudité annonce la régénération d’Adam, sa renaissance depuis l’en-tête. Les 153 poissons sortis des eaux annoncent que toutes les nations vont pouvoir naître à la vie des fils de Dieu (Jn 21,1-14).
La deuxième perle (Jn 5,17-30) parle aussi du passage de la mort. Il s’agit pour les morts d’entendre la voix du Fils de l’homme, autrement dit, il s’agit de la bonne nouvelle aux défunts (Jn 5,25). La structure de l’évangile « en filet », en rapprochant ce discours de Jn 3,19-21 évite d’imaginer que la Bonne nouvelle aux défunts serait un salut facile et généralisé, car celui qui fait le mal ne vient pas à la lumière[2].
De fait, Jésus dit à Luisa : « Si l’âme ne renaît pas en elle [dans ma Volonté], non seulement elle ne peut pas entrer dans la Patrie Céleste, mais elle ne peut pas non plus se sauver puisque personne n’entre dans la gloire éternelle sans avoir été enfanté par ma Volonté. » (14 mars 1926). Et : « Pour autant que la créature puisse être détestable, méchante, si elle a la chance de faire entrer en elle un acte de ma Volonté, même en étant sur le point de mourir, celle‑ci, étant la vie, met le germe de vie dans l’âme. À ce moment‑là, possédant ce germe de vie, on peut espérer son salut. La puissance de ma Volonté fait en sorte que cet acte de vie à l’intérieur de l’âme ne périsse pas et puisse se convertir au moment de la mort, pour que l’âme soit sauvée. Or, si un seul acte de ma Volonté contient le germe de vie, quelle ne sera pas la chance de celui qui embrasse dans son âme, non pas un seul, mais des actes répétés de ma Volonté ? Celle‑ci ne reçoit pas que le germe, mais aussi la plénitude de la vie mettant en sureté sa sainteté. » (23 mai 1926).
Jésus explique ensuite la différence entre ceux qui sont simplement sauvés, et ceux qui entrent au Ciel après avoir déjà vécu comme « nouveau-né de la Divine Volonté ».
« Celui qui est nouveau‑né de ma Volonté dans le temps, tandis qu’il réside dans l’exil, se forme des mers de grâce et, quittant la terre, emmène avec lui toute l’étendue des biens que la Divine Volonté possède, c’est-à-dire Dieu. Ramener de l’exil cette Volonté, ce Dieu qui règne dans les cieux, est un véritable prodige. Toi-même tu ne peux clairement pas comprendre les grands bienfaits, les prodiges d’un nouveau‑né dans le temps de ma Volonté. Mais, tout ce que Je te dis, tu peux le faire, d’autant plus que ma Volonté le fera à la place de ton petit être.
En revanche, celui qui renaît dans ma Volonté en quittant la terre, puisque c’est la Divine Volonté qui lui apporte ces immenses mers pour faire renaître l’âme en elle, il ne porte pas Dieu avec lui mais c’est Dieu qui se laisse trouver. Quelle différence entre l’un et l’autre !» (14 mars 1926).
La septième perle parle de la maternité spirituelle de Marie. Par conséquent qu’être la « nouvelle née » c’est prendre Marie pour mère. En effet, Jésus dit à Luisa : « Tu dois être notre écho et celui de la Mère Céleste car Elle seule vécut parfaitement et pleinement dans la Divine Volonté et peut te servir de guide et de maître. » (16 avril 1926).
Luisa, chef de file dans les générations issues du péché originel
La Vierge Marie devait être comme un vase très précieux pour contenir le Verbe fait chair, elle est l’Immaculée conception, exemptée du péché originel. Mais l’œuvre de la Rédemption ne se répète pas et le retour du Christ n’est pas une nouvelle Incarnation. Luisa n’a pas la même mission que la mère de Jésus, elle doit ouvrir un chemin, préparer les gens.
Jésus explique à Luisa pourquoi Il ne l’a pas privilégiée comme la Vierge Marie : « Si J’avais voulu te libérer du péché originel, comme ma Mère Céleste… on aurait dit : Pour que la vie de la Suprême Volonté règne en nous il faut être la deuxième mère de Jésus ». Au contraire, puisqu’elle est « conçue comme eux », les autres pourront se dire : « s’ils le souhaitent… ils pourront eux aussi connaître la Suprême Volonté… les bienfaits qui en découlent, le bonheur terrestre et céleste… pour ceux qui feront régner ma Volonté » (6 juin 1926).
Il révèle qu’au début, Il ne lui parla « évidemment pas du principe du Fiat Divin », mais la garda « comme une petite fille », lui apprenant « l’obéissance, l’amour de la souffrance, le détachement envers tous, la mort de son propre moi ». Et comme elle était « consentante », Il voyait en elle « la place où déposer mon Fiat » (28 mars 1926).
Sa grâce opéra en elle une purification spéciale : « si elle ne t’a pas exemptée de la tache originelle, elle l’atténua », la « tint écrasée et sans vie », parce que cela « était juste… pour la noblesse, la dignité et la sainteté de la Suprême Volonté » (19 mars 1926).
Mais contrairement à Marie, Luisa demeure fragile : « La Vierge Marie n’avait besoin ni d’être poussée ni d’être sermonnée. En revanche, avec toi Je dois redoubler d’attention ». Lorsqu’Il voit « quelque petite passion » ou que « ta volonté humaine voudrait agir d’elle-même », Il « te réprimande ». « La puissance de ma Volonté terrasse ce qui surgit en toi », et « Ma Grâce et mon Amour doivent couler dans cette corruption… ou bien empêcher… que la corruption s’installe » (16 avril 1926).
Ce travail intérieur est douloureux, mais Jésus en révèle la portée : « il ne s’agit pas seulement de sainteté personnelle, mais… de préparer le Royaume de ma Volonté aux générations humaines ». Comme Marie qui, « parce qu’elle était Mère et Reine de tous », « combien n’a-t-elle pas souffert ?… On peut tout au plus nous ressembler en partie, mais nous égaler, personne ne le peut » (22 août 1926).
L’Acte unique de l’Éternel
Dans le récit inaugural du livre 19, Jésus dit : « Il est avantageux, nécessaire et convenable pour elle, comme pour Notre propre Volonté, que ma nouvelle‑née s’unisse à l’acte unique de l’Éternel qui n’est pas une succession d’actes. […] Ainsi, notre petite nouvelle‑née de notre Volonté, s’unissant à l’acte unique de l’Éternel, est amenée à ne faire qu’un seul acte, c’est‑à‑dire d’être toujours en état de renaître, faisant un seul acte, notre seule Volonté. » (23 février 1926)
Dieu est « l’Éternel ». L’éternité n’est pas d’abord une idée chrétienne, Édith Stein montre qu’elle appartient à l’esprit humain. « L’être, dont je suis conscient comme étant mon propre être… est un ‘maintenant’ entre ‘ce qui n’est plus’ et ‘ce qui n’est pas encore’. Mais dans cette division… se révèle à nous l’idée de l’être pur, pour lequel n’existe aucun ‘qui n’est plus’ et aucun ‘qui n’est pas encore’ ; il n’est pas temporel mais éternel… Ainsi l’être éternel et l’être temporel… sont des idées que l’esprit découvre en lui-même ; elles ne sont pas empruntées ailleurs. »[3]
En outre, dans l’éternité, la vie divine est la Vie par excellence dont toute vie terrestre n’est qu’une lointaine image ! « Car plus que tout mouvement la Sagesse est mobile ; elle traverse et pénètre tout à cause de sa pureté. Elle est en effet un effluve de la puissance de D.ieu, une émanation toute pure de la gloire du Tout-Puissant ; aussi rien de souillé ne s’introduit en elle » (Sg 7,24-25).
Jésus explique à Luisa « l’acte unique de l’Éternel » : la Volonté divine suit son cours continuel, comme le cœur ne cesse pas de battre ou comme le soleil ne cesse pas d’éclairer la terre. Jésus dit : « Ma Volonté est en perpétuel mouvement. Elle ne s’arrête jamais. Si son mouvement cessait, ce qui est impossible, la Création n’aurait plus de vie » (1er mai 1926). Et encore : « La volonté humaine empêche la circulation de ma Volonté, et ainsi elle crée la paralysie générale dans l’âme des créatures. C’est pareil pour le corps dont la majeure partie des maladies, celles des paralysies en particulier, sont dues à une mauvaise circulation sanguine. Lorsque le sang circule bien, l’homme est vigoureux, solide, n’a aucun malaise. » (31 août 1926).
L’acte unique est aussi « l’acte primordial » du Créateur (6 mai 1926), auquel les créatures étaient appelées à participer : « S’il y avait eu un accord Suprême entre ma Volonté et la leur, le règne de ma Volonté aurait eu toute liberté d’agir. Alors, ils auraient tous été saints, mais distincts les uns des autres : tous beaux, mais différents, tous plus beaux les uns que les autres, et selon la sainteté de chacun, J’aurais communiqué une science distincte permettant à l’un et à l’autre de connaître les divers attributs de leur Créateur. » (15 mai 1926).
Après le péché d’Adam, entrer dans l’Acte unique n’est pas seulement un retour d’amour pour l’œuvre de la Création, c’est aussi une attention à l’œuvre de la Rédemption et donc à l’humanité de Jésus. Tout ce que Jésus a vécu, sa naissance, sa prédication, sa crucifixion, « n’était à l’intérieur qu’un seul acte, long et continu et qui continue encore […] Ma Suprême Volonté maintient la vie de tous les actes de mon Humanité, sans perdre un seul souffle. […] Fais donc en sorte de rester unie à cet Acte unique de l’Éternel si tu veux trouver en action toute la Création, toute la Rédemption. […] La puissance de mon Acte unique est la seule à pouvoir se donner à tous, à tout embrasser. Et, en donnant, elle ne perd jamais rien. » (25 août 1926).
On pourrait encore dire que l’Acte unique de l’Éternel est comme le premier battement du chef d’orchestre, de sorte que les gens peuvent y participer comme des musiciens de cet orchestre.
« ‘Ma fille, Je suis le rythme de toute la Création ; s’il manquait, la vie manquerait à toutes les choses créées. Mais J’aime tellement celui qui vit dans ma Volonté que Je ne peux pas me passer de lui. Je le veux toujours avec Moi, faisant ce que Je fais. Donc, tu palpiteras avec Moi. Parmi les nombreuses prérogatives dont tu disposeras, Je te donnerai celle du battement de cœur de toute la Création. Le battement est la vie, le mouvement, la chaleur. Étant ainsi avec Moi, tu donneras la vie, le mouvement, la chaleur à tout.’
En même temps qu’Il parlait, je me sentais bouger et palpiter dans toutes les choses créées. Jésus continua : ‘Qui vit dans ma Volonté est lié à Moi, de façon inséparable. Et Je ne peux pas me passer de sa compagnie. Je ne veux pas rester tout seul car la compagnie rend les œuvres que l’on soutient plus belles, plus agréables, plus amusantes. C’est la raison pour laquelle ta compagnie m’est nécessaire pour couper l’isolement dans lequel Me laissent les autres créatures.’ » (13 mai 1926).
La sainteté « dans la divine volonté » naît de cet Acte unique. Avant le péché, Adam « harmonisait tout et jouait la note accordant le Ciel et la terre » ; et maintenant, celui qui vit dans la divine volonté « harmonise tout, concentre tout en lui, et, dans un rayon éclatant, porte à son Créateur tout son remerciement pour tout ce qu’Il a fait pour les créatures, et la véritable note d’accord entre le Ciel et la terre. » (31 mai 1926)
Des biens éternels et illimités
Quatre siècles avant J.-C., Platon, dans ses Idées, envisage le beau en soi par lequel toutes les choses belles sont belles, le juste en soi par lequel toutes les actions justes sont justes, etc. Aristote préfère parler d’eidos (archétype) ou de morphé (forme). Au XXe siècle, sainte Édith Stein parle « d’essence ». Par exemple, il y a beaucoup d’expériences de joie, mais l’essence de la joie est une. Quel que soit le lieu ou le temps où la joie est éprouvée, l’essence de la joie est réalisée. Toutes les expériences joyeuses lui doivent leur nom. Mais il ne pourrait pas y avoir de la joie vécue s’il n’y avait pas auparavant l’essence de la joie. Elle est ce qui rend possible toute joie vécue. [4]
Jésus dit à Luisa : « La Suprême Volonté renferme en elle toutes les couleurs, toutes les beautés diverses, tous les biens possibles et imaginables. » (2 juillet 192).
Saint Paul dit de Jésus, le Christ : « Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui. » (Col 1,17). En tant qu’il est Dieu, le Christ est préexistant au monde, en tant qu’il est homme, la préposition « avant » est simplement logique : Jésus contient le bien, la nature du bien.
Jésus dit que celui qui croit au Fils a la vie éternelle (Jn 6,40), une traduction littérale depuis l’araméen dit : « celui qui croit au Fils a la vie qui est pour toujours », ce qui implique des biens éternels et illimités. Cela ne veut pas dire que celui qui croit s’identifie à l’Éternel (Dieu) ou qu’il a la nature divine, cela veut dire que celui qui croit au Fils participe, par grâce, aux biens éternels. En outre, la foi dont parle Jésus est une adhésion active : il faut de la part de la créature une attitude correspondante. C’est pourquoi Jésus dit aussi : « Ma fille, Je te veux toujours dans ma Volonté, car elle possède la nature du bien. Un bien peut être qualifié de véritable bien quand il ne finit jamais et qu’il n’a ni début, ni fin » (29 août 1926).
Le livre du Ciel rejoint ici ce que disait saint Grégoire de Nysse à un converti appelé Olympios : « Le Christ est la Tête de l’église, […] les membres pris un par un, ont à devenir précisément ce que la tête est par nature, s’ils veulent être dans la familiarité de celle-ci. […] si l’on admet par exemple que la Tête est pureté en vertu de son essence, il faut que soient entièrement purs les membres qui sont tributaires d’un tel Chef ; si nous concevons la Tête comme incorruptibilité, c’est dans l’incorruptibilité que doivent se maintenir entièrement les membres. »[5]. Et il ajoute : « le mouvement vers un état meilleur opère de façon continue la divinisation progressive de celui qui est mû par une noble fin. »[6]. Le mot « divinisation » revêt un sens très précis. Alors que la gnose prétend que l’homme est Dieu par nature, saint Grégoire de Nysse affirme que l’homme, qui reste entièrement créature, peut entrer dans une communion totale et recevoir de Dieu des propriétés divines (ce qui ne veut pas dire l’essence divine). Le livre du Ciel exprime la même chose.
Jésus continue son explication à Luisa : alors que tout ce qui finit est « plein d’amertume, de crainte, d’anxiété, voire de désillusion… instable, passager, caduc », la Divine Volonté, elle, est « le bien véritable… toujours le même, toujours plein, toujours stable », et « soumis à aucun changement ». « Ainsi ton amour, ta prière, tes remerciements et tout ce que tu fais prennent place dans un commencement éternel et acquièrent la plénitude de la nature du bien. Et, donc, ta prière récolte la pleine valeur et le fruit complet. Toi‑même ne pourras pas comprendre où s’étendront les fruits, les bienfaits de ta prière ». L’amour devient « l’amour véritable… indestructible… qui jamais ne diminue ni ne cesse », « qui aime tout le monde, se donne à tous » (29 août 1926)
Des actes en commun
Le Livre du Ciel développe, en profondeur, ce que l’Évangile exprime brièvement. Jésus avait dit : « Si quelqu’un m’aime… nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jn 14,23). Et Il montre à Luisa que cela s’accomplit littéralement : « Combien de fois J’entends la Voix de ma Volonté qui prie, parle, enseigne dans le petit taudis de ton âme ? Combien de fois… Je règne, vivifie et conserve toutes les choses créées ? » (3 mai 1926).
Dans la Divine Volonté, on est habité par « l’Acte unique et primordial », et ainsi non seulement « tous beaux, mais différents » (15 mai 1926), mais encore on agit « en commun ».
Jésus lui révèle cette mystérieuse fusion : « comme tu appelais ma Maman dans ma Volonté… ma Volonté vous a unies… les actes de la Reine Souveraine sont devenus tes actes, et les tiens ceux de ma Mère ». Il ajoute : « J’entendais en toi la voix de ma Mère… En ma Mère, J’entendais ta voix », s’écriant : « Que J’étais heureux de trouver la Mère dans la fille, la fille dans la Mère ! » (6 mai 1926).
Cette union vient du fait que « toutes les choses créées sont liées entre elles… la Suprême Volonté qui les conserve et vivifie étant Une », ainsi « celle qui la possède est donc liée à elles avec la même force et la même union » (2 juillet 1926).
Le même jour, Jésus décrit la grandeur de cette participation : « l’âme qui possède le Royaume… possédera une Volonté Divine, infinie, éternelle… Donc, qui possède tout, peut tout Nous donner. » Quelle joie pour Dieu de voir « la petitesse de la créature… s’emparer continuellement de Nous, telle une maîtresse et notre propre fille » ! Elle « prend le divin et Nous le donne en retour… elle prend l’infini et Nous le rend » (2 juillet 1926).
À Pellevoisin[7], dans sa lettre de 1875, Estelle avait écrit à Notre-Dame : « Si vous voulez, votre Fils peut me guérir ». Lors de la troisième apparition, Marie apporte une confirmation à cette intuition de foi : « Je suis maîtresse de mon Fils » (Nuit du 16 au 17 février 1876). Le père Hugon interrogea Estelle : « Comment expliquez-vous cette expression qui paraît si forte ? », - « Cela ne veut pas dire que la Sainte Vierge soit au-dessus de son Fils, mais seulement que, en suppliant son Fils, elle obtient tout de lui et que son Fils, dans son amour, ne sait rien lui refuser ». Lors de la 15e apparition « la Sainte Vierge étendit ses mains ; il en tombait une pluie abondante, et dans chacune de ces gouttes, il me semblait voir les grâces écrites telles que : piété, salut, confiance, conversion, santé ; en un mot toutes sortes de grâces plus ou moins fortes. Puis la Sainte Vierge ajouta : ‘Ces grâces sont de mon Fils ; je les prends dans son Cœur ; il ne peut me refuser’ » (Pellevoisin, 8 décembre 1876)[8].
Des actes qui ne s’interrompront jamais
L’éternité est souvent représentée par un cercle, parce que cette forme géométrique n’a ni début ni fin. Signe de l’aspiration profonde qui habite le cœur humain, nos technologies modernes se marquent du signe infini « ∞ », et des vis sans fin ornent les ronds-points.
En philosophe, sainte Édith Stein observe : « Le ‘Moi’ recule avec horreur devant le néant et n’exige pas seulement une continuation sans fin de son être mais aussi une possession pleine de l’être : d’un être qui pourrait englober tout son contenu en un présent sans changement au lieu de voir disparaître ce qui vient de monter à la vie. »[9]
Elle continue : « Mais normalement, nous marchons dans une grande sécurité comme si nous possédions notre être avec assurance. […] Au fait indéniable de mon être qui se prolonge d’un moment à l’autre et se trouve exposé à la possibilité du non-être, correspond un autre fait aussi indéniable que voici : je suis en dépit de cette fugacité et je suis conservé dans l’être d’un instant à l’autre ; enfin, dans mon être fugitif, j’englobe un être durable. Je me sais soutenu et ce soutien me donne du calme et de la sécurité. Certes, ce n’est pas la sécurité sûre d’elle-même de l’homme qui, dans sa propre force, se tient sur un sol ferme mais la sécurité suave et béate de l’enfant porté sur un bras fort, c’est-à-dire une sécurité qui, vue objectivement, n’est pas moins raisonnable. En effet. L’enfant qui vivrait constamment dans la peur que sa mère ne le laisse tomber, serait-il raisonnable ? »[10]
Ainsi, notre propre être « s’est manifesté comme un être fugitif, passant d’un instant à l’autre, et par conséquent impensable sans un autre être fondé en lui-même et créateur, maître de tout être, bref, l’être même. »[11]
À partir de là, on peut continuer sur le chemin de la philosophie, on peut aussi entrer dans un chemin de foi. Ce que la philosophie ne dit pas, c’est la manière toute personnelle avec laquelle Dieu soutient l’être dans l’existence. Par exemple, Luisa raconte une visite de Jésus après « d’amères journées de privations ». Pour la consoler, Jésus se montre « très jeune, d’une rare et ravissante beauté » et l’assure : « Comment peux-tu douter… qu’il puisse manquer le Roi du triomphe ? Viens dans mes bras, pour que Je te redonne de la Force. » Alors, raconte Luisa, « me serrant très fort contre sa poitrine », il murmure : « Dors, dors sur mon cœur, ma petite nouvelle née de ma Volonté. » Luisa s’endort. Dans son sommeil, elle perçoit « le battement de son cœur qui parlait en disant : Ma Volonté ; et l’autre répondait : Je veux infuser de l’Amour ». De ces battements se forment « deux cercles de lumière », l’un plus grand (la Volonté), l’autre plus petit (l’Amour), « de sorte que le grand renfermait le petit ». Jésus les « scella en tout mon être », et elle se sentit « pleine de force, revigorée dans ses bras » (29 juin 1926).
Au passage, nous observons que la Volonté divine, commune aux trois personnes divines, est plus grande que « l’Amour », généralement identifié à l’Esprit Saint, l’une des trois personnes divines.
Dieu Lui-même veut que ses œuvres ne s’interrompent jamais. « La Création… Nous la déposions dans notre Volonté », afin qu’elle reste « toujours belle, fraîche, intègre, neuve ». De même pour la Rédemption : pour que « ma naissance, ma vie, ma passion et ma mort soient aussi sans cesse dans l’acte de naître, vivre, souffrir et mourir pour la créature, Nous les déposions dans notre Volonté ». Car « seule la Volonté détient la vertu… de maintenir toujours en acte l’œuvre que l’on réalise ».
Ainsi, comme pour la Création et la Rédemption, « le Fiat sur la terre comme au ciel doit aussi être déposé dans ma propre Volonté » — mais Jésus avertit : « Or, si notre Volonté fut la dépositaire de la Création et de la Rédemption, le Fiat sur la terre comme au ciel doit aussi être déposé dans ma propre Volonté. Voilà pourquoi Je te pousse, craignant que cela ne se passe pas ainsi. Si tu ne fais pas ce dépôt de toi tout entière, de tes petits actes et même de tes petits riens, mon Fiat, ne triomphant pas complètement sur toi, ne pourra pas exécuter son Fiat sur la terre comme au ciel. » (18 avril 1926).
Des actes qui se diffuseront partout
Dans la théologie chrétienne, l’« ubiquité » — au sens strict d’un être présent partout — est un attribut divin, non communicable. Aucun baptisé n’acquiert une omniprésence personnelle. Cependant, « nous tous avons été baptisés en un seul corps » (1 Co 12,13). Cette union signifie que le fidèle est relié, dans l’Esprit, à tous les autres membres du Corps. De plus, comme le dit le Catéchisme de l’Église catholique : « Le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire “participer de la nature divine” (2P 1,4) » (CEC 460), ce que les orthodoxes appellent la « théosis », qui est une union sans confusion : l’homme reste créature tout en étant illuminé et vivifié par Dieu. Ce n’est pas le baptisé qui devient omniprésent, mais Dieu en lui, par la grâce, dont la présence dépasse tout lieu. (Il est crucial de distinguer cela de la gnose, qui enseigne que l’homme serait une parcelle de divinité tombée dans la matière).
Sainte Thérèse d’Avila enseigne qu’en ne vivant que pour Dieu et en « faisant » la Volonté du Seigneur, l’âme a une très grande force, et la capacité d’aider les autres[12]. C’est encore plus vrai en « vivant dans » cette Volonté, car alors, c’est comme si l’âme, « s’envole dans les rayons solaires, s’élevant jusqu’au centre de sa sphère » (26 juillet 1926), et rayonne avec le soleil du divin vouloir. Luisa écrit par exemple :
« Je dis à mon Suprême et unique Bien : ‘Mon Amour, j’unis mon intelligence à la tienne afin que mes pensées prennent vie dans les tiennes et, se diffusant dans ta Volonté, coulent sur chaque pensée de la créature. En nous élevant ensemble devant notre Père Céleste, nous Lui apporterons les hommages, la soumission, l’amour de chaque pensée de toute créature. Ainsi nous obtiendrons la remise en ordre et l’harmonie de toutes les intelligences créées avec leur Créateur’. » (10 mai 1926).
Obtenir l’harmonie des gens avec leur Créateur ne veut pas dire penser à la place des gens, il s’agit d’une intercession auprès du Père Céleste afin d’obtenir pour eux cette grâce.
Cela ne veut pas dire non plus que la grâce provienne de Luisa, elle provient du Père céleste que Luisa a prié, ensemble (« nous ») avec Jésus son suprême et unique bien.
Saint Thomas d’Aquin précise : « Aucune cause ne peut produire par son action un effet d’une nature supérieure à la sienne : car il faut toujours que la cause soit ontologiquement supérieure à son effet. Or le don de la grâce dépasse la perfection de toute nature créée, n’étant autre chose qu’une certaine participation de la nature divine qui transcende toute autre nature. C’est pourquoi il est impossible qu’une créature quelconque cause la grâce. Il est en effet nécessaire que Dieu seul déifie, communiquant en partage la nature divine sous forme d’une certaine participation par mode d’assimilation, de même qu’il est impossible que le feu soit communiqué par autre chose que par le feu lui-même. »[13]
Ce que le livre du Ciel veut souligner, c’est la puissance d’intercession qui découle de la vie « dans » la divine volonté.
« [Jésus :] – ‘Que crois‑tu être le plus prodigieux : une petite lumière qui reste cachée dans le soleil ou le soleil qui reste caché dans la petite lumière ?’ Je répondis : – ‘Il serait certainement plus extraordinaire que la petite lumière renferme le soleil, d’ailleurs cela me paraît impossible à réaliser.’ Jésus poursuivit : – ‘Ce qui est impossible à la créature est possible à Dieu. La petite lumière est l’âme et ma Volonté est le soleil. Or, ma Volonté doit tant donner à la petite lumière pour la façonner en un cercle, et y enfermer ma Volonté ! Comme la nature de la lumière est de répandre ses rayons partout, ainsi, pendant qu’elle restera triomphante à l’intérieur de ce cercle, elle répandra ses rayons divins pour donner à tous la vie de ma Volonté’. » (23 mai 1926)
« Si tu savais de quelles attentions amoureuses J’entoure l’âme que Je vois disposée à faire ses actes dans ma Volonté ! Avant que l’acte ne commence, Je fais couler sur elle la lumière et la vertu de ma Volonté pour que l’acte prenne sa source dans la vertu que contient ma Volonté. Quand l’acte se forme, la lumière et la vertu divine l’investissent et le développent. Lorsqu’il s’accomplit, la lumière s’y attache et le transforme en acte divin. Oh, comme ma Suprême Bonté se réjouit de voir la créature en possession de cet acte divin ! Mon Éternel Amour ne se lasse jamais de ces Actes divins. […] Investis par la lumière de la Volonté Éternelle, ils perdent ce qui est fini, les apparences humaines, pour acquérir l’infini et la substance divine. » (18 août 1926)
Cette acquisition de la substance divine, comme nous le préciserons au tome 34, n’abolit pas la distinction entre la créature et le Créateur.
Différence avec la gnose
Jésus resuscité a donné comme signe le tombeau vide pour que nous croyions qu’il peut nous ressusciter, non pour nous révéler ce que nous sommes déjà.
Saint Paul évoque « Hyménée et Philète, qui se sont égarés loin de la vérité, en disant que la résurrection a déjà eu lieu, et qui renversent la foi de quelques-uns. » (2 Tm 2,17-18). Cette erreur (typiquement « gnostique ») se retrouve chez un certain nombre d’auteurs récents, qui s’appuyant parfois sur la physique quantique, invitent les gens à vivre au niveau de leur corps spirituel[14]. Or, chez saint Paul, le « corps spirituel » ne peut pas être compris comme un corps déjà pleinement concomitant au corps terrestre actuel, au sens où il existerait en parallèle, comme une seconde enveloppe déjà constituée ; il a clairement une succession temporelle, et par conséquent une espérance d’un futur : « 43 on est semé dans l'ignominie, on ressuscite dans la gloire; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force ; 44 on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel » (1Co 15,43-44). Au terme, « Nous serons tous transformés » (v.51), dans un futur collectif et corporel.
Mais pour éviter toute dérive gnostique, il faut en rester à ce qui est dit dans le Livre du Ciel. Luisa ne recherche pas des phénomènes tels que la bilocation ou le fait de ne pas manger. À sa mort, son cadavre est resté souple, mais il n’avait rien d’un corps ressuscité, incorruptible et glorieux. La seule chose que Luisa apprend à rechercher, c’est de vivre dans la volonté divine.
La vie dans la divine volonté permet d’aller « partout », mais ce n’est pas à la manière d’un corps resuscité. Luisa ne disparaît pas de sa chambre pour aller à 10.000 kms et lorsque l’on fait des rondes ou des tournées de la création et de la rédemption, il ne s’agit que de parcourir l’espace et le temps par la pensée, une pensée qui reste terrestre et attachée à notre corps actuel.
Pourquoi le Livre du Ciel parle-t-il alors d’un dépassement de l’espace-temps ? Simplement parce que le fait d’agir « dans la divine volonté » constitue une participation à la vie de Dieu, lui qui est au-delà de l’espace et du temps puisqu’il en est le Créateur. De la même que le temps de la Parousie (à la venue glorieuse du Christ) sera « le prélude de l’incorruptibilité, royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu »[15], de même les écrits de Luisa, qui nous préparent à la Parousie (appelée « ère du troisième Fiat ») nourrissent en nous une « accoutumance ».
Qu’est-ce que Jésus attend pour revenir ?
Jésus reviendra dans la gloire (comme une apparition que tous verront) pour une « régénération » (Mt 19,28), accomplissant le règne de Dieu « sur la terre comme au ciel » (Mt 6,10), avant de « remettre » le royaume au Père (1 Co 15,22-28). Alors les hommes, dans la présence spirituelle et glorieuse du Christ et des saints qui l’accompagneront, s’organiseront en formant ce que saint Irénée, vers l’an 200, appelle le « royaume des justes », « le prélude de l’incorruptibilité »[16], c’est-à-dire l’accoutumance à l’incorruptibilité, c’est-à-dire à l’éternité. Tout ce qui a été expliqué sur la participation à l’Acte unique de l’Éternel se réalisera, avec une participation aux biens éternels et illimités et des actes en commun, des actes qui ne s’interrompront jamais et se diffuseront partout.
Émerveillée et impatiente, Luisa s’étonne du fait que Jésus n’a pas profité du temps de sa venue sur la terre pour instaurer immédiatement le Royaume de la divine volonté. Sa réponse, « Ma fille, notre devoir aboutit pleinement. À toi d’accomplir le tien » (6 juin 1926) n’est pas la seule explication.
Quelques semaines plus tard, Jésus explique que si Jésus avait parlé tout de suite du « Royaume et de l’unité de la lumière de la Suprême Volonté », les gens auraient dit : « Si Adam, innocent, ne fut pas digne de confiance et n’eut pas la constance de vivre dans la sainteté de ce Royaume, tant et si bien qu’il se précipita lui-même et toutes les générations futures dans les misères, dans les passions et dans des maux irréparables, comment pouvons‑nous, nous qui sommes coupables, vivre dans un Royaume aussi saint ? C’est vrai que c’est beau, mais ce n’est pas pour nous ». Et il explique : « Ma venue sur terre servit donc à former tout cela. Chaque parole, œuvre, souffrance, prière, exemple, chaque sacrement institué, furent des voies, des moyens de transport pour qu’ils arrivent au plus vite, des escaliers pour les faire monter. » (1er juillet 1926).
La deuxième lettre de saint Pierre encourage les chrétiens à se préparer à la grâce inouïe du retour du Christ, « attendant et hâtant [msakkēn wsāwḥīn] la Parousie du jour de Dieu » (2P 3,12 de l’araméen).
Et c’est le rôle de Luisa : « Les enseignements que Je te donne sur le Royaume de ma Volonté seront comme autant de fils électriques dont, une fois accordés et bien préparés, un seul fil suffit pour donner la lumière à des villes et à des provinces entières. La force de l’électricité, plus rapide que le vent, apporte la lumière en des lieux publics et privés. Les enseignements de ma Volonté seront les fils. La force de l’électricité sera le Fiat même qui avec une rapidité étonnante apportera la lumière qui éloignera la nuit de la volonté humaine et les ténèbres des passions. Oh ! qu’elle sera belle la lumière de ma Volonté ! En la voyant, ils disposeront des appareils dans les âmes pour raccorder les fils des enseignements, pour profiter et recevoir la force de la lumière que contient l’électricité de ma Suprême Volonté. » (4 août 1926).
Jésus affirme qu’Il ne veut pas court-circuiter le temps de préparation pour le Royaume de sa Volonté. Ce Royaume est « le don le plus grand que J’aie déjà donné à l’homme au début de la Création », mais l’homme « le refusa avec autant d’ingratitude ».
Puisqu’il s’agit d’« un bonheur aussi immense », d’un « droit de la ressemblance divine » et de « la noblesse de notre filiation », Jésus demande : « crois-tu qu’il soit chose facile que la Souveraine Divinité donne ce Royaume… sans en être sollicitée, sans que personne ne se soucie de le recevoir ? » Ce serait « répéter l’histoire… au Paradis terrestre et peut-être même pire ».
De plus, « notre Justice s’y opposerait forcément ». C’est pourquoi tout ce que Jésus fait vivre à Luisa est un travail d’intercession : « les tours interminables dans la Suprême Volonté, tes prières incessantes… le sacrifice de ta vie… ce sont autant de points d’appui que Je présente à ma Justice pour qu’elle cède ses droits », jusqu’à ce qu’« elle trouve équitable que le Royaume du Fiat Suprême soit restitué aux générations humaines. »
Jésus reconnaît que « c’est ma grâce qui permet à la créature de faire tout ce qu’elle fait », mais Il ajoute : « ma grâce veut pouvoir s’appuyer sur de bonnes dispositions et la bonne volonté de la créature ». Ainsi, « avant de restaurer le Royaume de ma Volonté sur la terre, il faut que les actes de la créature soient suffisants pour que mon Royaume… descende », sans rester « en suspens ».
Et Jésus ajoute : « Nous avons tant apprécié ton petit refrain : Suprême Majesté, ta petite fille vient à Toi, sur tes genoux paternels, te demander que tous puissent connaître ton Fiat, ton Règne. Je te demande le triomphe de ta Volonté afin qu’elle domine et règne sur tous. Je ne suis pas la seule à te le demander, mais avec moi, toutes tes œuvres et ta propre Volonté. C’est donc au nom de tous que je te demande, je supplie ton Fiat. » (13 septembre 1926)
Pour que la faute d’Adam ne se reproduise pas à la Parousie
Jésus désire ardemment le Règne de la Divine Volonté, parce qu’alors « la Création et la Rédemption seront perçues à leur juste ‘valeur’ » (16 avril 1926). Mais pourquoi attendre la diffusion des écrits ? Pourquoi ne pas revenir immédiatement « dans la gloire » pour instaurer Lui-même ce Royaume ?
Parce que « rien n’est automatique » : le Royaume doit être librement accueilli. Jésus rappelle que, dès Adam, la Trinité avait pris un risque, comme dans « un jeu » où l’on met « une forte somme sur la table », en lui donnant « notre Volonté… pour qu’elle se fasse guide et actrice de ses agissements… lui donne la forme d’un petit dieu ». Mais « ce jeu échoua ». La Trinité rejoua avec Marie — et « là, elle gagna sa mise ».
Jésus invite Luisa à ce même jeu : « Ma fille, pourquoi as-tu peur ? Tu ne veux pas que Je joue avec toi ? » Elle accepte. Alors Il conclut : « J’ai vaincu la petite flamme de ta volonté et tu as vaincu la Mienne… maintenant nous sommes tous deux heureux, tous deux victorieux. » (9 mars 1926).
« Tous deux victorieux » : un Père de l’Église achevait le récit d’une conversion par ces mots : « Cécilius s’écria : Je félicite de tout mon cœur notre cher Octave, mais je me félicite surtout moi-même ; aussi je n’attends pas la décision du juge. Nous triomphons tous deux, j’ai droit de le dire pour ma part ; car s’il m’a vaincu, j’ai vaincu l’erreur. »[17]
Mais Luisa tremble : « Je n’avais jamais songé à une telle responsabilité… je sens mes forces me quitter ». Jésus lui rappelle que, avant même son Incarnation, il fallait « les biens et les actes nécessaires pour pouvoir me concevoir » (23 mai 1926).
Et Il explique pourquoi Il ne peut précipiter le Règne de sa Volonté : « comme les créatures n’avaient pas pris tous les bienfaits du Royaume de la Rédemption, ainsi Je ne pouvais pas prendre le risque de leur donner le Royaume de ma Volonté », qui contient « des bienfaits encore plus grands ». Les fruits de la Rédemption doivent d’abord devenir « dot, antidote », afin que, entrant dans la Divine Volonté, « ils ne puissent pas reproduire la même chute qu’Adam. » (14 juillet 1926).
Et ce n’est pas un détail quand l’Apocalypse nous dit que dans la Jérusalem nouvelle, il n’y a pas de temple, mais que « le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout, est son temple, ainsi que l’Agneau » (Ap 21,22). Le regard vers « l’Agneau », c’est-à-dire le Christ Jésus qui a offert sa vie en sacrifice sur la croix, sera l’antidote pour ne pas reproduire la chute d’Adam.
Jésus explique qu’Il devait d’abord préparer Luisa elle-même avant de révéler le Royaume de sa Volonté. S’Il l’avait manifesté trop tôt, « mes saints les plus grands, auraient été effrayés », car ils auraient dit : « Adam, innocent et saint, ne sut ni vivre ni persévérer dans ce Royaume… comment le pourrions-nous ? » C’est pourquoi Jésus agit en secret : « Pendant de très longues années Je te cachai que c’est en toi que Je voulais former ce Royaume Suprême. Je te préparai, te formai. Je me renfermai en toi, au fond de ton âme. Je formai ce secret ».
Lorsqu’Il juge le moment venu, « Je te le révélai, Je te parlai de ta mission spéciale », et « Je te demandai de façon formelle si tu acceptais de vivre dans ma Volonté ». Comme Luisa « tremblait et avait peur », Il la rassure : « Pourquoi t’inquiètes-tu ? N’as-tu pas déjà vécu jusqu’à présent avec Moi dans le Royaume de ma Volonté ? » Rassurée, « tu t’exerçais toujours plus à vivre dans ce Royaume », tandis que Jésus « se délectait à repousser toujours davantage les limites de mon Royaume ».
Jésus précise que « la créature peut prendre possession de ce Royaume dans certaines limites établies… car même si les limites du Royaume sont interminables, la créature, elle, est limitée, et donc incapable de tout embrasser. » (18 juillet 1926)
L’Apocalypse décrit la Cité de Dieu entourée d’un rempart magnifique qui « est construit en jaspe » (Ap 21,18)… Les connaissances transmises par le livre du Ciel « feront office de mur très haut et inébranlable, plus encore que le Paradis terrestre, bloquant l’entrée à l’ennemi infernal, l’empêchant ainsi d’harceler ceux qui, vaincus par Elle, viendront vivre dans le Royaume de ma Volonté. » (14 août 1926).
[1] Observons ici que les versets 14 à 16 sont formés de deux affirmations suivies du même refrain, que le texte grec n’a pas gardé à l’identique, suscitant de fausses questions sur les répétitions.
[2] Cf. F. BREYNAERT, La bonne nouvelle aux défunts, nouveau paradigme de la théologie des religions, Via romana, Versailles,2014 (Préface Mgr Minnerath).
[3] Édith STEIN, L’être fini et l’être éternel, Ed Nauwelaert, Paris 1972 (Fribourg 1950), p. 43
[4] Cf. Édith STEIN, L’être fini et l’être éternel, Ed Nauwelaert, Paris 1972 (Fribourg 1950), p. 69
[5] Saint GRÉGOIRE de Nysse, à Olympios, § 18 (Traduit par Michel Royer, Ictus).
[6] Saint GRÉGOIRE de Nysse, à Olympios, § 18 (Traduit par Michel Royer, Ictus).
[7] Apparitions pour lesquelles le Dicastère pour la Doctrine de la Foi émit le décret du Nihil obstat, Le 22 août 2024.
[9] Édith STEIN, L’être fini et l’être éternel, Ed Nauwelaert, Paris 1972 (Fribourg 1950), p. 61
[10] Édith STEIN, L’être fini et l’être éternel, Ed Nauwelaert, Paris 1972 (Fribourg 1950), p. 64
[11] Édith STEIN, L’être fini et l’être éternel, Ed Nauwelaert, Paris 1972 (Fribourg 1950), p. 110
[12] THÉRÈSE D’AVILA Autobiographie, op. cit. XXI,11. 12, p. 145-146
[13] Saint THOMAS d’AQUIN, Somme théologique, I-II Prima Secundae Qu.112 a.1, resp.
[14] Par exemple : CANOVA, Peter, Quantum Spirituality: Science, Gnostic Mysticism, and Connecting with Source Consciousness, Rochester (Vermont), Inner Traditions / Bear & Company, 2023, 256 p.
[15] Saint IRÉNÉE, Contre les hérésies, V,32,1
[16] Saint IRÉNÉE, Contre les hérésies, V,32,1
[17] MINUCIUS FÉLIX, L’Octave § 40. Texte établi par M. de Genoude, Sapia, 1839 (Tome quatrième, p. 9-60). D'origine berbère, Minucius Félix se convertit au christianisme à la fin de sa vie. Il est avocat à Rome sous l'empereur Septime Sévère et s'adresse dans ses écrits à des païens lettrés. Mort en l'an 250 à Rome, il est classé parmi les Pères de l’Église.
Date de dernière mise à jour : 06/05/2026