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Livre du Ciel 17 Communion et action de grâce
Se fusionner dans la Divine Volonté
Tournées de la Rédemption et de la sanctification
L’Esprit, l’unité et la palpitation du monde
Noosphère ou Unité dans le Christ ?
Récit inaugural 10 juin 1924
Luisa vient de recevoir « la sainte Communion », et elle s’adresse à Jésus en lui adressant, dans un mouvement d’admiration pour les œuvres créées, un retour d’amour : « je T’embrasse et T’adore avec le soleil, je Te rends gloire avec les étoiles et je Te dis merci avec la mer. » Mais une pensée lui vient, ce genre de prière serait « perdre son temps ». Jésus la rassure :
« En fait, Je donne tout à celui qui vit dans ma Volonté. Et Je lui montre mon amour d’une manière triomphale à travers mes œuvres. Celui‑ci, quant à lui, doit manifester son amour en empruntant le même chemin.
Ne serait‑il pas réjouissant pour toi si, afin de te plaire, une personne que tu aimes te rendait hommage pour toutes les choses belles et variées que tu as accomplies et si, en les disposant autour de toi et en te les montrant du doigt une à une, elle te disait : Vois, ce sont tes œuvres ! Comme celle‑ci est belle ! Comme cette autre est artistique ! Cette troisième est un véritable chef‑d’œuvre ! Cette quatrième présente une superbe variété de couleurs, et cette autre est un véritable enchantement ! ? Quelle joie tu éprouverais et quelle gloire tu en tirerais ! Il en va ainsi pour Moi. »
Et il ajoute : « Bien plus, celui qui vit dans ma Volonté doit être en quelque sorte la palpitation de toute la création. […] Seuls ceux qui vivent dans ma Volonté peuvent me donner ce retour. Je compte sur eux pour mettre la Divine Volonté en communication avec la volonté humaine et déverser ses biens en elle. » (10 juin 1924)
Pour ce qui est de la manière très intense dont Luisa apprend à vivre la communion sacramentelle, nous rappelons au lecteur le commentaire du livre 14 au chapitre « La communion sacramentelle et la vie dans la divine volonté ». Soulignons simplement ici le fait que la participation à la Sainte Messe inspire à Luisa.
Nous pourrions y entendre une réponse à la fameuse « messe sur le monde »[1], texte de méditation, majeur et controversé[2], que le jésuite français Teilhard de Chardin venait d’achever de composer, en 1923 : « dans les steppes d’Asie, je n’ai ni pain, ni vin, ni autel, je m’élèverai par-dessus les symboles jusqu’à la pure majesté du Réel, et je vous offrirai, moi votre prêtre, sur l’autel de la Terre entière, le travail et la peine du Monde. […] D’un sacerdoce que vous seul, je le crois, m’avez donné, – sur tout ce qui, dans la Chair humaine, s’apprête à naître ou à périr sous le soleil qui monte, j’appellerai le Feu. » Et il continue en disant : « Le Monde ne peut vous rejoindre finalement, Seigneur, que par une sorte d’inversion, de retournement, d’excentration où sombre pour un temps, non seulement la réussite des individus, mais l’apparence même de tout avantage humain. Pour que mon être soit décidément annexe au vôtre, il faut que meure en moi, non seulement la monade, mais le Monde, c’est-à-dire que je passe par la phase déchirante d’une diminution que rien de tangible ne viendra compenser. Voilà pourquoi, recueillant dans le calice l’amertume de toutes les séparations, de toutes les limitations, de toutes les déchéances stériles, vous me le tendez, ‘Buvez-en tous’ » (Teilhard, La messe sur le monde,1923) [3].
Jésus n’a jamais donné de « pouvoir » sacerdotal pour « tout » consacrer. Par contre, Jésus veut « tout donner » : le monde est une réalité voulue et aimée de Dieu, et tout l’enjeu est de devenir capable de le recevoir pour ce qu’il est : un réalité qui nous est donnée. Vivre dans la Divine Volonté n’est pas de l’ordre de l’avoir (« avoir un pouvoir », mais c’est de l’ordre de l’être (être en communion, être habité).
Il n’est pas dit qu’il faille systématiquement accepter de boire « toutes les limitations et les déchéances stériles », dont parle Teilhard, et il n’est pas dit qu’elle puisse toujours être consacrées ou transfigurées dans le « feu ».
Le regard de Luisa sur la création n’a rien à voir avec l’idée que le Christ descendrait « sous les Espèces universelles », ce qui n’est pas l’Évangile. Dans le véritable sacrement de l’Eucharistie, le prêtre agit dans la foi de l’Église, et les espèces consacrées demeurent consacrées quel que soit le « relâchement » ultérieur du célébrant.
Ce qui transforme réellement une existence, c’est, comme nous l’enseigne ce livre du Ciel, la communion avec le Créateur, d’abord par un retour d’amour qui est un émerveillement et une action de grâce, et Luisa parle de se fusionner dans la sainte et divine Volonté, c’est-à-dire d’aimer le monde avec l’amour même dont l’aime le Créateur, de le vouloir avec sa suprême volonté. C’est la prière du « Fiat » : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », où les « tournées » de la création, sont inséparables des tournées de la rédemption et de la sanctification parce que le but de la création a besoin, pour être accomplie, de l’œuvre rédemptrice du Christ et des sacrements, qui doivent donc être l’objet d’amour et d’action de grâce.
L’Incarnation et la Messe
Luisa entend Jésus dire :
« Mon Père, Je t’offre mon Sang. Ah ! laisse‑le couvrir les intelligences des créatures, fais qu’il rende vaines toutes leurs pensées mauvaises, qu’il apaise le feu de leurs passions et que leur intelligence redevienne sainte. […] Que ce Sang remplisse leur bouche et rende leurs lèvres incapables de proférer des blasphèmes, des imprécations et toute autre parole mauvaise. Mon Père, que ce Sang couvre leurs mains, afin que les actions mauvaises leur deviennent insupportables ! Que ce Sang circule dans notre Volonté Éternelle pour ensuite couvrir toutes les créatures et les protéger devant les droits de notre justice… » (1er juillet 1924).
Et le chapelet de la divine miséricorde enseigné à sainte Faustine fait dire sur les gros grains : « Père Éternel, je T’offre le Corps et le Sang, l’Âme et la Divinité de Ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, en réparation de nos péchés et de ceux du monde entier »[4].
Le soir de la Cène,
« 19 [Jésus] prit du pain, / il rendit grâce,
[le] rompit, / et [le] leur donna,
et dit :
‘Ceci est mon corps, qui est donné devant vous, / veuillez faire ceci pour mon mémorial !
20 Et, de la même façon, / sur la coupe aussi,
après qu’ils eurent soupé, / il dit :
‘Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, / qui en échange de [en faveur de] vous est versé’ ». (Lc 22,19-20 Pshitta)[5].
« Veuillez » (v. 19) ce n’est pas un impératif ordinaire, nous avons ici le verbe être au passé, souvent employé avec un sens volitif [6], comme un souhait. La consigne n’est pas de répéter l’ensemble du repas, mais seulement l’offrande nouvelle de Jésus. Ce qui était nouveau impliquait de trouver une nouvelle forme d’ensemble dont nous avons des témoignages très précoces, tels que celui de saint Justin Martyr[7].
Les paroles de Jésus à la Cène (Lc 22,19-20) n’ont de sens qu’en tant qu’elles anticipent un évènement. Jésus sait qu’il va souffrir et mourir, et il transforme sa mise à mort en offrande. Il anticipe aussi sa résurrection, car ce n’est que dans la rencontre avec le Ressuscité que l’on peut célébrer les mystères sacrés. On accueille le Christ dans le don sacrificiel qu’il fait de lui-même en s’y associant de l’intérieur.
Le pain est « donné devant vous » (v. 19). Le texte latin « pro vobis », le grec « υπερ υμων » et le français « pour vous » perdent la saveur des mots araméens dont les nuances sont intraduisibles. Le pain [laḥmā] est donné « dᶜal appaykon » c’est-à-dire « devant vous » ou « pour vous », avec une nuance particulière parce que le « laḥmā appay », c’est le pain de proposition qui dans la liturgie juive est offert à Dieu sur l’autel et qui n’est ensuite consommé que par les prêtres. Jésus se donne lui-même comme une offrande que l’Église va pouvoir présenter à Dieu.
Jésus dit à Luisa :
« Dans mon Incarnation, Je me mis à la merci de ma chère Mère ; en naissant, s’ajouta saint Joseph à qui Je fis don de ma vie. Et comme mes œuvres sont éternelles et ne peuvent se terminer, cette Divinité, ce Verbe qui descendit du Ciel, ne quitta plus la terre afin de pouvoir se donner sans cesse à toutes les créatures. Tant que je vivais, Je me donnai ouvertement, et ensuite, quelques heures avant de mourir, Je fis ce grand prodige de me laisser dans le Sacrement, pour que quiconque le voudrait puisse recevoir le grand don de ma vie. Je ne me préoccupai ni des offenses qu’on Me ferait, ni de ceux qui refuseraient de Me recevoir. Je me sais : Je me suis donné, jamais Je ne me reprendrai. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, Je serai toujours à leur disposition.
Ma fille, telle est la nature du véritable amour, de l’agir de Dieu : constance et volonté de ne jamais faire marche arrière, quel que soit le sacrifice requis. La constance dans mes œuvres est ma victoire et ma plus grande gloire. Chez la créature, la constance est le signe qu’elle agit pour Dieu […] Elle se sent victorieuse pendant qu’elle sacrifie sa vie par amour pour Dieu. » (24 décembre 1924).
En 1923, dans sa « messe sur le monde », Teilhard de Chardin, n’offrant pas le sang du Christ, ne correspond pas au sacerdoce pour lequel il a été ordonné. Il demande au Seigneur « [donnez à mon cœur] la volonté vigoureuse de forcer, tous ensemble, les portes de la vie ». Mais faut-il « forcer » les portes, ou entrer par la porte de l’Humanité du Christ ?
Voici ce que Jésus dit à Luisa :
« Si tu veux parcourir les chemins de la Volonté Éternelle, entre par la porte de mon Humanité. Là tu trouveras ma Divinité.
Et la Divine Volonté te rendra présent, en état d’action, tout ce que J’ai fait, ce que Je fais ou ferai, aussi bien dans la Création que dans la Rédemption et la Sanctification. Et tu auras la satisfaction de pouvoir embrasser ces actes et de mettre en eux tes petits actes d’amour, d’adoration et de reconnaissance. Tu les trouveras tous en train de se donner à toi. » (8 mars 1925).
Se fusionner dans la Divine Volonté
Luisa emploie très souvent le verbe « se fusionner ».
Il ne s’agit pas d’une expression hérétique (monisme) et encore moins d’un sentiment océanique psychédélique. Il ne s’agit pas de se prendre pour le Père Créateur, il s’agit de communier filialement à sa Volonté divine, et c’est ainsi que l’on entre dans l’universel, parce que c’est la Volonté divine qui contient tout.
Et nous pouvons donner la parole à sainte Édith Stein, philosophe et carmélite : « L’âme se donne à l’être trinitaire. Elle se livre à la volonté paternelle de Dieu qui, pour ainsi dire, engendre de nouveau son Fils en elle. Elle s’unit au Fils et voudrait se perdre en lui afin que le Père ne voit plus rien en elle que le Fils. Sa vie s’unit au Saint-Esprit, elle se transforme en épanchement d’amour divin. […] L’être divin, dans son union avec l’être humain, ne subit aucune augmentation, aucune diminution, aucun changement d’aucune sorte. Sans doute, cette union transforme-t-elle profondément l’âme, et par suite l’homme tout entier. Toutefois, elle conserve son être propre, elle ne devient point une partie de l’être divin. Et cependant cette union peut être appelée une union encore plus intime et une fusion. En effet, […] Dieu et l’âme son esprit et ils se compénètrent comme seuls peuvent le faire un esprit avec un autre esprit. »[8]
Luisa raconte :
« Au milieu de cette immensité, à un point extrêmement élevé, il semble que je voie mentalement la Divinité ou les Trois Personnes Divines. Et, je ne sais comment, une petite fille sort de moi : c’est moi‑même ou peut‑être ma petite âme. C’est touchant de voir cette petite fille se déplacer dans cet immense espace vide, toute seule, timidement, marchant sur la pointe des pieds, les yeux toujours fixés vers l’endroit où elle voit les Trois Personnes Divines, avec la crainte que si elle baisse les yeux elle ne saura pas où elle va aboutir.
Toute sa force vient de son regard fixé vers le haut. En fait, comme son regard rencontre celui du Très‑Haut, elle gagne en force au fur et à mesure qu’elle avance. Quand elle arrive devant les Trois Personnes Divines, elle se prosterne pour adorer la Divine Majesté. Alors, une main venant des Divines Personnes la soulève. Elles lui disent : ‘Notre fille, la petite fille de notre Volonté, viens dans nos bras’.
À ces mots, elle devient toute remplie de joie. Et il en va ainsi des Trois Personnes Divines qui attendent l’accomplissement de la mission qu’elles lui ont confiée. Puis, avec la grâce typique d’une petite fille, elle dit : ‘Ô suprême Majesté, je viens t’adorer, te bénir et te remercier pour tout. Je viens attacher à ton Trône toutes les volontés humaines de toutes les générations, du premier homme jusqu’au dernier, de telle sorte que tous puissent reconnaître ta Suprême Volonté, l’adorer, l’aimer, et lui permettre de vivre dans leur âme. Dans cet immense vide se trouvent toutes les créatures. Je veux les prendre toutes pour les placer dans ta sainte Volonté afin que toutes puissent revenir à leur origine, c’est‑à‑dire ta Volonté. Je suis venue dans tes bras paternels pour t’amener tous tes enfants, mes frères, et les lier tous à ta Volonté. Au nom de tous, je veux faire amende honorable et te rendre hommage et gloire comme si tous vivaient dans ta très sainte Volonté. Mais, je t’en supplie, ne permets plus qu’il y ait séparation entre la Divine Volonté et la volonté humaine ! C’est une petite fille qui te demande cela, et je sais que tu ne peux rien refuser aux petits.’
Mais, qui peut tout dire ? Ce serait trop long ! Les mots me manquent quand je veux exprimer ce que je dis devant le Très‑Haut. De plus, il me semble que dans cet immense vide on n’utilise pas le même langage qu’en ce bas monde. » (10 mai 1925)
Tournées de la création
À chaque Bénédicité, nous remercions le Créateur et nous le bénissons pour la nourriture qui provient de sa création. Nous pouvons élargir cette prière à tout ce qui nous entoure : le soleil, les arbres, les chants d’oiseaux, etc.
L’Ancien Testament est la longue histoire d’Alliance d’un peuple avec le Dieu de ses pères, qui se révèle comme le Créateur de l’univers. Dieu est donc transcendant par rapport au cosmos, et en même temps, il est intime, il est « partenaire d’Alliance ». En même temps, l’Ancien Testament[9] affirme la vanité des idoles, ce qui constitue aussi une désacralisation du monde. Le cosmos actuel nous parle de Dieu, mais de manière imparfaite puisqu’il a été abîmé par la chute des anges et des hommes. Le Rédempteur soumet les puissances mauvaises (Col 1,16-20), et, au moment de sa venue glorieuse, quand il aura tout soumis, le cosmos sera renouvelé.
La nature est faite pour que les hommes louent Dieu, mais les hommes ont été idolâtres, et les choses ont perdu leur vitalité. Saint Anselme comprend que la création entière, terrestre et angélique, est tout entière restaurée dans le Christ, en Marie immaculée.
« Ciel, étoiles, terre, fleuves, jour, nuit et toutes les créatures qui sont soumises au pouvoir de l’homme ou disposées pour son utilité se réjouissent, O Notre Dame, d’avoir été par toi d’une certaine manière ressuscités à la splendeur qu’ils avaient perdue, et d’avoir reçu une nouvelle grâce inexprimable.
Les choses étaient comme mortes, car elles avaient perdu la dignité originelle à laquelle elles avaient été destinées.
Leur but était de servir à la maîtrise ou aux nécessités des créatures auxquelles appartenait de faire monter la louange vers Dieu.
Elles étaient écrasées par l’oppression et avaient perdu leur vitalité par l’abus de ceux qui s’étaient faits serviteurs des idoles. Mais elles n’étaient pas destinées aux idoles.
Maintenant par contre, presque ressuscitées, elles se réjouissent d’être soutenues par la maîtrise et embellies par l’usage des hommes qui louent Dieu.
Elles ont exulté comme d’une nouvelle et inestimable grâce en entendant que Dieu lui-même, leur Créateur, non seulement invisiblement les gouverne d’en haut, mais est aussi présent parmi eux visiblement, et les sanctifie en se servant d’elles.
Ces biens si grands sont venus du fruit béni du sein béni de Marie bénie. […]
O femme pleine et surabondante de grâce, chaque créature reverdit, inondée du débordement de ta plénitude.
O Vierge bénie, par tes bénédictions chaque créature est bénie par son Créateur, et le Créateur est béni par chaque créature. »[10]
C’est appuyés sur une telle tradition que nous écoutons Luisa, après sa vision des Trois Personnes Divines « à un point extrêmement élevé » d’un « immense vide » (10 mai 1925).
« D’autres fois, lorsque je me fusionne dans la Divine Volonté et que l’immense vide se présente à mon esprit, je circule à travers toutes les choses créées et j’imprime sur elles des je t’aime à l’adresse de la Suprême Majesté, comme si je voulais remplir l’atmosphère de je t’aime pour remercier l’Amour Suprême pour tant d’amour envers les créatures.
Ensuite, je parcours toutes les pensées des créatures en imprimant sur elles mes je t’aime. Je continue en plaçant mes je t’aime sur chaque regard, chaque bouche et chaque mot. Je couvre chaque battement de cœur, chaque travail accompli et chaque pas d’un de mes je t’aime adressés à mon Dieu.
Ensuite, descendant dans les profondeurs de l’océan, je place sur chaque poisson qui frétille et sur chaque goutte d’eau un je t’aime.
Après, comme si elle avait semé des je t’aime partout, la petite fille se présente devant la Divine Majesté. Comme pour lui faire une surprise, elle dit : ‘ Mon Créateur et mon Père, mon Jésus et mon Amour Éternel, regarde : toutes les choses te disent de la part de toutes les créatures qu’elles t’aiment. Partout, il y a des je t’aime qui te sont adressés ; le Ciel et la terre en sont remplis. Ne vas‑Tu pas concéder à ta toute‑petite que ta Volonté descende parmi les créatures, se fasse connaître, fasse la paix avec la volonté humaine et, exerçant sa juste autorité et occupant sa place d’honneur, qu’aucune créature ne fasse plus jamais sa volonté, mais toujours la Tienne ?’ » (10 mai 1925)
« Parfois, lorsque je me fusionne dans la Suprême Volonté et que cet immense vide devient présent à mon esprit, la petite fille poursuit ses tournées.
S’élevant très haut, elle s’applique à remercier Dieu pour tout l’amour qu’il témoigne à toutes ses créatures. Elle veut l’honorer en tant que Créateur de toute chose. Ainsi, je me promène parmi les étoiles et, sur chaque scintillement de lumière, j’imprime un je t’aime et un Gloire à mon Créateur. Dans chaque rayon de soleil qui descend sur la terre, je t’aime et Gloire. Dans l’immensité des cieux, à chaque distance d’un pas, je t’aime et Gloire. Dans les gazouillis d’oiseaux, les mouvements de leurs ailes, Amour et gloire à mon Créateur. Dans les brins d’herbe émergeant du sol, dans les fleurs qui éclosent et leur parfum qui monte, Amour et gloire. » (10 mai 1925)
Tournées de la Rédemption et de la sanctification
Les tournées de Luisa ont aussi le caractère d’une intercession pour l’humanité.
Les récits ci-dessous font suite à la vision des Trois Personnes Divines « à un point extrêmement élevé » d’un « immense vide » (10 mai 1925).
« D’autres fois, quand je me fusionne dans la Divine Volonté, je gémis sur toutes les offenses faites à mon Dieu ; puis je reprends ma tournée dans cet immense vide afin de rejoindre toutes les peines éprouvées par Jésus à cause des péchés. Je fais miennes ces peines et je vais partout, dans les endroits les plus cachés et secrets, sur les places publiques, sur tous les actes humains mauvais, pour gémir sur tous les péchés. J’ai le sentiment de vouloir crier à chaque mouvement de créatures : ‘Repentir, miséricorde !’
Afin que tous entendent, j’imprime ma prière dans le grondement du tonnerre afin que la peine d’avoir offensé mon Dieu puisse se répercuter dans tous les cœurs. Miséricorde dans les éclairs, repentir dans le sifflement du vent, repentir et miséricorde dans le tintement des cloches ; en somme, repentir et miséricorde dans tout. Ensuite, j’apporte devant mon Dieu les repentirs de tous, j’implore la miséricorde pour tous. » (10 mai 1925)
« Ensuite, ayant le sentiment que ma mission n’est pas terminée, je descends plus bas dans l’immense vide afin de remercier Jésus pour l’œuvre de la Rédemption. Comme si je trouvais en acte tout ce qu’Il fit, je lui offre mes remerciements au nom de tous, en remplacement de tous les actes que les créatures auraient dû lui offrir en l’attendant et en le recevant sur la terre. […] Je dépose mon je t’aime sur les chemins que Tu as parcourus, dans l’air que Tu as respiré, dans toutes les prédications que Tu as faites durant ta vie publique. Mon je t’aime coule dans les miracles que Tu as accomplis et dans les sacrements que Tu as institués. En tout, ô mon Jésus, même dans les fibres les plus secrètes de ton Cœur, j’imprime mon je t’aime en mon nom et au nom de tous. Ta Volonté me rend toute chose présente. […]
Jésus me dit à la suite de ce qui précède :
Ma fille, tu dois ajouter une autre chose sur la fusion dans ma Volonté. Il s’agit de se fusionner dans l’ordre de la grâce dans tout ce qu’a fait et fera le Sanctificateur, le Saint‑Esprit, pour ceux qui doivent être sanctifiés. Nous, les Trois Personnes Divines, nous sommes toujours unis dans notre action. La Création est attribuée au Père, la Rédemption au Fils, et la réalisation du Que ta Volonté soit faite au Saint‑Esprit. C’est de lui dont il s’agit quand tu viens devant la Suprême Majesté et que tu dis : Je viens vous retourner votre amour pour tout ce que le Sanctificateur accomplit envers ceux qu’Il sanctifie. Je me place dans l’ordre de la Grâce afin de pouvoir vous offrir la gloire et le retour d’amour que vous auriez reçus si tous étaient devenus saints, et faire réparation pour toute opposition ou manque de correspondance à la grâce.
Dans la mesure où tu en es capable, tu cherches dans notre Volonté les actes de l’Esprit Sanctificateur pour faire tiens sa peine, ses secrets gémissements et ses soupirs angoissés dans le tréfonds des cœurs parce qu’Il y est si mal accueilli. Son œuvre fondamentale est de placer notre Volonté dans l’âme en tant que l’acte complet de la sanctification. Alors, en se voyant rejeté, Il gémit dans des lamentations inexprimables. Et toi, dans ta simplicité enfantine, tu lui dis : Esprit Sanctificateur, hâte‑toi, je t’en prie, fais connaître à tous ta Volonté afin que, la connaissant, ils puissent l’aimer et accueillir en eux ton acte fondamental, celui de leur complète sanctification, qui est ta très sainte Volonté. » (17 mai 1925).
Les tournées de Luisa sont universelles, tout en étant respectueuse de la liberté d’autrui.
On peut, réfléchissant à la parole de saint Paul « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1Tm 2,4), partager les distinctions faites par saint Thomas d’Aquin :
« Ce que nous voulons antécédemment, nous ne le voulons pas purement et simplement, mais sous un certain aspect. Car la volonté se rapporte aux choses telles qu’elles sont en elles-mêmes : et en elles-mêmes elles sont particularisées.
C’est pourquoi nous voulons purement et simplement une chose quand nous la voulons en tenant compte de toutes les circonstances particulières, ce qui est vouloir de volonté conséquente.
Par conséquent, on peut dire que le juge épris de justice veut purement et simplement que l’assassin soit pendu ; mais sous un certain aspect il voudrait qu’il vive, en tant qu’il est un homme ; ce qu’on peut appeler une velléité plutôt qu’une volonté absolue. Cela fait bien voir que tout ce que Dieu veut de façon absolue se réalise, bien que ce qu’il veut de volonté antécédente ne se réalise pas. »[11]
Les livres 20 et 21 expliqueront encore ces « tournées », ou « rondes ».
L’Esprit, l’unité et la palpitation du monde
Jésus dit à Luisa : « Pense au ravissement que nous vivons ensemble, Moi en te parlant et toi en m’écoutant. Nous nous rendons mutuellement heureux. Nous formons ensemble la plante et le fruit du bonheur véritable et éternel. » (20 juin 1924).
La plante qui fructifie inspire à Origène un enseignement sur l’Esprit Saint. « Le ‘figuier a formé ses bourgeons’ (Ct 2,13) dit l’Époux. Certes, ce ne sont pas encore ‘les fruits de l’Esprit lui-même : la charité, la joie, la paix’ (Cf. Ga 5,22), etc., mais c’est déjà quand même leurs bourgeons que commence à former l’esprit de l’homme, qui est en lui-même, nommé au sens figuré le figuier »[12]. L’image est l’occasion d’un enseignement sur la continuité entre l’esprit de l’homme vertueux et l’Esprit Saint, le premier forme les bourgeons et le second les fruits… Les fruits surnaturels venus de l’Esprit Saint sont aussi issus des bourgeons naturels de l’esprit humain. L’esprit Saint ne remplace pas ce qui est humain, mais le porte à l’accomplissement comme le fruit est l’accomplissement du bourgeon et respecte la nature propre de son espèce (on parlerait d’un don entitatif). Cette grâce est intérieure à l’homme de sorte que les fruits lui appartiennent en propre comme la figue au figuier (c’est une grâce « non forensique »).
D’une manière poétique mais confuse, Teilhard dit : « Comme le moniste, je me plonge dans l’Unité totale, – mais l’Unité qui me reçoit est si parfaite qu’en elle je sais trouver, en me perdant, le dernier achèvement de mon individualité. » Il parle d’une Unité avec le monde devenu chair du Christ, « l’Univers, immense Hostie, est devenu Chair » (messe sur le monde).
Il est vrai que l’individualité peut être préservée dans l’Unité totale, mais la communion au sacrement institué par le Christ ne passe pas par une fusion avec l’Univers, ce qui serait l’union d’un être créé avec un autre être créé, et à supposer que l’idée d’Alliance soit encore présente dans ses écrits, Teilhard en a aplati l’inégalité fondamentale (dans les récits de l’institution de l’Eucharistie, l’araméen désigne ici l’Alliance par le terme « dīaṯīqī » directement dérivé du grec « diatheke » et non pas « syntheke » qui aurait suggéré une égalité des partenaires (Mt 26,28 ; Mc 14,24 ; Lc 22,20).
Le Livre du Ciel partage avec Teilhard un regard d’amour posé sur l’Univers, mais dans une juste compréhension de ce qu’est la Messe !
Jésus dit à Luisa :
« Veux‑tu savoir quelle créature donne à ma Volonté la pleine liberté d’être le battement de cœur de son âme ? Celle qui vit dans ma Volonté. Oh ! combien ma Volonté communique sa Vie à cette créature et se constitue la pensée de ses pensées, les yeux de ses yeux, les mots de sa bouche, les battements de son cœur, et ainsi de suite ! Combien rapidement nous nous comprenons l’un l’autre ! Ainsi, ma Volonté atteint son but de former sa Vie dans l’âme de la créature. […]
Ma Volonté est palpitation de vie pour les oiseaux qui chantent, les poussins qui pépient, les agneaux qui bêlent, les tourterelles qui roucoulent, les plantes qui poussent et l’air que tous respirent. Bref, la vie de ma Volonté se trouve en tout. Par sa puissance, elle fait ce qu’elle veut. Elle maintient l’harmonie dans toutes les choses créées. Elle forme en elles les effets, les couleurs et les fonctions qui leur conviennent. Et sais‑tu pourquoi ? C’est pour me faire connaître des créatures, m’approcher d’elles, les courtiser et les aimer. Je fais cela par autant d’actes différents de ma Volonté qu’il y a de choses créées. » (6 octobre 1924).
Teilhard considère le Cœur du Christ, et, tout autour, les « contours » du Corps du Christ (c’est-à-dire le monde pensé comme une vaste incarnation de Dieu), il voit alors ces contours s’agrandir « au-delà de toute mesure jusqu’à ce que je ne distingue plus en Vous d’autres traits que la figure d’un Monde enflammé ». Dans sa prière finale, il demande : « Esprit brûlant, Feu fondamental et personnel, […] daignez, cette fois encore, descendre, pour lui donner une âme, sur la frêle pellicule de matière nouvelle dont va s’envelopper le Monde, aujourd’hui. » (Messe sur le monde, 1923). Or, encore une fois, le prêtre n’est pas ordonné pour incarner le Christ dans l’Univers ni pour donner une âme au monde. Dès le commencement du monde, la volonté créatrice « palpite » dans les créatures inanimées et elle palpite dans les êtres humains à la mesure de leur « oui » personnel (Livre du Ciel, 10 juin 1924), et non pas à la mesure de l’action sacerdotale.
En 1929, Teilhard écrit : « Il m’est venu l’idée qu’on pourrait écrire un exposé intitulé : le troisième esprit – je veux dire l’Esprit de Divinisation du Monde, opposé à ce qu’on appelle l’esprit de Dieu et l’esprit du Monde par une alternative trop simpliste »[13].
Posons-nous la question : qui peut diviniser sinon celui qui est divin ? Quel est donc l’esprit qui puisse diviniser sinon l’Esprit de Dieu ? Quel est cet autre esprit que Teilhard de Chardin introduit et qui n’est pas « de Dieu » ?
En 1936, Teilhard écrit dans une lettre : « Ce qui va dominant mon intérêt et mes préoccupations intérieures, vous le savez déjà, c’est l’effort pour établir en moi et diffuser autour de moi une religion nouvelle... où le Dieu personnel... devient l’âme du Monde que notre stade culturel et religieux appelle... Il s’agit non pas de superposer Jésus-Christ au Monde, mais de panchristiser l’univers... Jésus-Christ sort de la transformation incroyablement grandi. Mais est-ce bien encore le Christ de l’Évangile ? Et si ce n’est plus lui, sur quoi désormais repose ce que nous cherchons à construire ? »[14]
Observons son langage : il s’agit de construire humainement une religion (nouvelle), il ne s’agit ni de révélation ni de grâce : nous sommes dans la gnose.
À l’inverse, le livre du Ciel s’inscrit dans une vision réellement chrétienne de la Trinité, parce qu’il repose sur une vision traditionnelle du sens chrétien de l’histoire.
Jésus dit à Luisa : « La mission que ma Divinité confia à mon Humanité était de sauver les âmes et, en tant que Rédempteur, de les racheter. J’étais chargé de leurs âmes, de leurs peines et de leur rachat. Bref, Je devais tout posséder. Et si mon Humanité avait omis de se préoccuper ne serait‑ce que d’une seule âme, d’une de leurs peines ou d’un rachat, mon office de Rédempteur n’aurait pas été complètement réalisé. Je n’aurais pas disposé de toutes les grâces, de tous les biens et de toute la lumière qu’il fallait donner à chaque âme. Si certaines âmes ne sont pas sauvées, cela ne signifie rien. Je devais posséder les biens de tous pour pouvoir leur donner en abondance mes grâces nécessaires pour les sauver toutes. C’est ce qui convenait à la dignité et au juste honneur de mon rôle de Rédempteur […]
À mes côtés, il y avait ma Céleste Maman […] elle prit part et avec Moi, embrassa toutes les souffrances, les rachats, les réparations, auxquelles elle joignit son amour maternel envers tous. C’est pourquoi il y avait dans son Cœur de Mère une fibre d’amour maternel envers chaque créature. […]
Ne sens‑tu pas que, dans ma Volonté, tu embrasses toutes les créatures, de la première qui a existé sur la terre à la dernière qui existera ? Et que, pour toutes, tu voudrais satisfaire, aimer et plaire à la Divine Volonté, la lier à toutes, enlever tous les obstacles qui empêchent la domination de ma Volonté sur les créatures et que tu t’offres, même à travers la souffrance, pour satisfaire à la Suprême Volonté qui désire tant être connue et régner au milieu des créatures ? » (1er mai 1925).
Voici comment Jésus voit le lien entre Luisa et l’Esprit Saint : « Toi sur qui le Saint‑Esprit fera déborder son amour, te manifestant les secrets de ma Volonté, ses prodiges et les biens qu’elle contient pour rendre heureuses les créatures intéressées à connaître ma Volonté, à l’aimer et à la laisser régner en elles, lui offrant leur âme afin qu’elle y habite et puisse former sa Vie en elles, ajoutant le lien d’inséparabilité entre toi, la Mère et le Verbe Éternel. » (4 mai 1925).
En tant que mère de Jésus, la bienheureuse Vierge Marie est particulièrement associée au Père, et la vocation de Luisa l’unit plus particulièrement à l’Esprit Saint sanctificateur (4 mai 1925). Mais Marie, Jésus et Luisa ne remplacent évidemment pas la Trinité. Luisa adore profondément la Très Sainte Trinité (10 mai 1925), et, telle une petite fille, elle lui demande « que ta volonté soit faite », que l’humanité soit illuminée par la beauté de la vie dans la divine volonté et qu’elle y entre ! Ses « tournées » donnent du poids à son intercession, en effet, la grande œuvre de Dieu (création, rédemption, sanctification) réclame l’accomplissement de son but.
Noosphère ou Unité dans le Christ ?
Pour Teilhard de Chardin, chaque conscience individuelle est amenée à entrer en collaboration toujours plus étroite avec d’autres consciences, celles-ci devenant à terme un « tout », la noosphère, qui participe à l’avènement de la résurrection spirituelle ou théophanie du Christ Cosmique. C’est un Christ cosmique, ce n’est plus Jésus-Christ apportant la grâce du salut. Teilhard introduit l’idée d’une divinisation du monde qui se passerait de la grâce divine et de l’esprit de Dieu (l’Esprit Saint), ce qui rejoint la pensée gnostique. Et on ne s’étonne plus que les adeptes du Nouvel Age (qui est profondément gnostique) se réfèrent très volontiers à Teilhard de Chardin[15].
L’idée d’unir les hommes dans une « noosphère » a reçu un nouvel élan par le développement des mass médias, et surtout de l’ordinateur.
Timothy Leary (1920-1996), grand promoteur de l’usage des drogues, est devenu durant les années 1980 un zélé propagateur de l’ordinateur personnel et des réseaux virtuels, qu’il comparaît au LSD en tant que technologies de divinisation de l’homme[16].
Quant au canadien Herbert Marshall McLuhan (1911-1980), considéré en son temps comme un gourou, espérait un monde où les hommes ne parlent plus ! Il écrivait :
« L’électricité ouvre la voie à une extension du processus même de la conscience, à une échelle mondiale, et sans verbalisation aucune. Il n’est pas impossible que cet état de conscience collective[17] ait été celui où se trouvaient les hommes avant l’apparition de la parole […]
Aujourd’hui, l’ordinateur s’annonce comme un outil de traduction instantanée, dans tous les sens, de tous les codes et de toutes les langues. L’ordinateur nous promet une Pentecôte technologique, un état de compréhension et d’unité universelles. Logiquement, l’étape suivante consisterait, semble-t-il , à préférer aux langues, au lieu de les traduire, une sorte de conscience cosmique universelle, assez semblable à l’inconscient collectif dont rêvait Bergson. L’état d’apesanteur où les biologiques discernent la promesse de l’immortalité physique, aura peut-être son parallèle dans un mutisme qui assurerait une paix et une harmonie collective perpétuelles »[18].
La Bible contraste avec cette curieuse espérance d’un monde où les hommes ne parlent plus. Dès la première page de la Bible, Dieu parle. Ensuite, le Christ est appelé le « Verbe », verbum en latin (avec la nuance d’une action), logos en grec (avec la nuance de l’ordre harmonieux) meltā en araméen, la parole (avec la nuance d’une parole courante, quotidienne). Jésus se communique souvent d’une manière non verbale, mais la parole est pour lui tellement importante qu’on l’appelle « le Verbe ».
« [Jésus dit à Luisa :] Devant Moi, toute parole appartenant à la religion a une vertu de valeur infinie, tellement que Je me suis servi de la parole pour propager la foi dans tout l’univers. Celui qui s’exerce à cela me sert de bouche pour manifester ma Volonté aux créatures. » (1e novembre 1902).
« [Jésus dit à Luisa :] Oh ! si tu savais ce que signifie vivre dans ma Volonté ! […] L’âme se place dans l’ordre de la Création. Et, à travers l’électricité de la Suprême Volonté, elle communique avec toutes les choses créées.
Et comme ces choses créées sont en harmonie entre elles, chacune soutient l’autre, aucune ne peut se déplacer. Et si jamais une seule chose créée par Moi quittait sa position, la Création en serait bouleversée. Il y a une entente secrète entre les choses créées, une force mystérieuse qui, tandis qu’elles sont suspendues dans les airs, sans aucun appui, avec la force de cette communication qui existe entre elles toutes, elles se soutiennent l’une l’autre.
De la même manière, l’âme qui vit dans ma Volonté est en communication avec toutes les autres âmes et elle est soutenue par toutes les œuvres du Créateur. Toutes la reconnaissent, l’aiment, et lui offrent l’électricité, le secret de vivre à leur côté, suspendue entre le Ciel et la terre, complètement et uniquement soutenue par la force de la Suprême Volonté. » (4 août 1925).
[1] https://theologie-catholille.fr/wp-content/uploads/2023/11/Teilhard-la-messe-sur-le-Monde.pdf
[2] Un monitum du Saint-Office, porté sous le pontificat de Jean XXIII, fut publié le 30 juin 1962. Il mettait en garde contre les dangers dus aux ambiguïtés et aux erreurs philosophiques et théologiques qui fourmillent chez cet auteur. Il a été réitéré par un communiqué de presse du Saint-Siège publié dans L’Osservatore romano en langue anglaise le 20 juillet 1981. Le magistère condamna à travers les œuvres du père Teilhard une vision erronée du péché originel ainsi qu’une confusion entre le monde et Dieu, la nature et la grâce, la matière et l’esprit, la science et la foi - le célèbre jésuite penchant vers une sorte de panthéisme en s’appuyant sur certaines avancées de la science moderne. Il en venait à rendre impossible la création, spécialement des âmes, et à dénaturer les vertus théologales, la parousie, la rédemption, la messe, etc.
[4] Sainte FAUSTINE, Chapelet de la divine miséricorde. Imprimatur : Franciszek cardinal Macharski Cracovie, le 28 août 1998
[5] Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur (Paris). Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence,2024. Ad loc.
[6] Grammaire de Louis COSTAZ § 677 et 775
[7] S. JUSTIN, Apologie 1,65
[8] Édith STEIN, L’être fini et l’être éternel, Ed Nauwelaert, Paris 1972 (Fribourg 1950), p. 455
[9] On se référera à F. BREYNAERT, Parcours biblique, Parole et silence 2016, en particulier sur Genèse 2-3 puis Genèse 1.
[10]ST ANSELME, Oratio 52, PL 158,956 A, citée dans la Liturgie des heures, 8 décembre, office des lectures
[11] Saint THOMAS d’AQUIN, I Prima Pars Qu.19 a.6, ad 1
[12] ORIGÈNE, Commentaire sur le Cantique des Cantiques, Sources Chrétiennes 375, par Luc Brésard et Henri Crouzel, Cerf, Paris,1991., Livre IV,1,9
[13] Pierre Teilhard de Chardin, Lettres à Léontine Zanta, Paris, DDB,1965, p.99.
[14] Pierre Teilhard de Chardin, Lettres à Léontine Zanta, Paris, DDB,1965, p.128.
[15] Conseil Pontifical de la culture, conseil pontifical pour le dialogue interreligeux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Âge », note 15 : « À la fin de 1977, Marilyn Ferguson envoya un questionnaire à 210 "personnes engagées dans la transformation sociale", qu’elle appela "Conspirateurs du Verseau". La question suivante est intéressante : "Lorsqu’on a demandé aux personnes interrogées de citer des individus dont les idées les ont influencées, ceux qui furent le plus souvent nommés, dans l’ordre de fréquence, furent Pierre Teilhard de Chardin, C.G. Jung, Abraham Maslow, Carl Rogers, Aldous Huxley…"»
[16] C’est l’idée-force de son ouvrage Chaos et cyberculture, Paris, Le Lézard,1995.
[17] La « conscience collective » se réfère à la noosphère dont parlait Teilhard de Chardin.
[18] Marshall MCLUHAN, Pour comprendre les média, Paris, Seuil,1964, p. 112-113
Date de dernière mise à jour : 06/05/2026