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Livre du Ciel 15 Trois connaissances sur la Volonté divine
Récit inaugural 28 novembre 1922
Entre humanisme et Royaume du Christ : le discernement d’une confusion
Connaître les grâces attachées à la Volonté divine
Connaître la manière d’entrer dans la Volonté divine
Connaître la manière dont la bonté paternelle veut ouvrir une nouvelle ère
Échapper aux illusions spirituelles
Récit inaugural 28 novembre 1922
« Je priais et m’unissais à la très sainte Volonté de Dieu, malgré quelques doutes en mon esprit concernant ce que mon doux Jésus me disait sur sa Volonté. Illuminant mon esprit, Il me dit : Ma fille, ma Volonté est :
- l’origine,
- le moyen
- et la fin de toute vertu. »
Ensuite, pour répondre aux doutes de Luisa, Jésus prend une image que l’on peut rapprocher de la parabole de la graine de moutarde qui devient un grand arbre (Mt 13,31-32) : « La semence est ma Volonté », « certains arbres prennent des siècles avant de porter du fruit. Plus la plante est précieuse, plus il lui faut du temps ». « De même, l’Église a eu sa semence. La sainteté est impossible sans cela. Ensuite, elle a vu grandir ses branches, lesquelles demeurent toujours tournées vers l’arbre. Maintenant, l’Église doit cueillir les fruits, afin d’en jouir et de s’en nourrir. Ce sera toute ma gloire et ma couronne et celles de toutes les vertus et de toute l’Église. » C’est ce qu’on appelle une théologie de l’histoire.
Jésus conclut : « Alors, pourquoi donc es‑tu étonnée que, au lieu de révéler les fruits de ma Volonté autrefois, Je te les révèle après tant de siècles ? Comme l’arbre ne s’était pas encore formé, comment pouvais-Je en faire connaître les fruits ? Tout est comme ça. On ne couronne pas un roi à moins qu’il ait déjà un royaume, une armée, des ministres et un palais. C’est alors seulement qu’on procède à son couronnement. Si on voulait le couronner sans qu’il ait un royaume ni d’armée, il passerait pour un roi de pacotille. […]
Voilà pourquoi Je désire tant que soient connus les fruits, les effets et les bienfaits immenses attachés à ma Volonté, ainsi que le grand bien que l’âme reçoit en vivant en Elle. Si ces vérités ne sont pas connues, comment peut‑on les désirer et s’en nourrir ? On peut d’autant moins s’en nourrir. Et si Je ne révélais pas ce qu’est vivre dans ma Volonté, ce que cela signifie, sa valeur, il manquerait à la Création et aux vertus leur couronne, et mon Œuvre serait une œuvre déchue. » (28 novembre 1922)
La finale du livre 15 formera une inclusion en disant :
« Il ne s’agit pas de n’importe quoi, mais de décrets divins et de l’achèvement des œuvres de la Création et de la Rédemption. […] Je t’ai confiée à l’un de mes ministres ; afin que tu puisses déposer en lui tout ce que Je t’ai révélé sur ma Volonté,
- les grâces qui y sont attachées,
- la manière d’y entrer
- de même que la manière dont la bonté paternelle veut ouvrir une nouvelle ère de grâces, partageant ses possessions célestes avec les créatures pour restaurer leur bonheur perdu.
Donc, sois attentive et sois‑Moi fidèle. » (11 juillet 1923).
Entre humanisme et Royaume du Christ : le discernement d’une confusion
Jésus déplore les guerres : « Il me fit voir des personnes de différentes races unies ensemble : celles déjà prêtes à aller à la guerre et celles qui se préparaient. […] Jésus dit : ‘Ah ! ma fille, c’est ce qu’elles veulent ! La perfidie de l’homme atteint des extrêmes, chacun voulant plonger l’autre dans le gouffre. Par la suite, cependant, l’union de différentes races servira à ma gloire.’ » (16 janvier 1923)
À l’époque de Luisa, il y avait un conflit latent entre l’humanisme athée, qui se prétendait universel, et l’Église proposant un salut, universel lui aussi. Dans cette ambiance tendue, on s’est mis à rêver d’un humanisme chrétien englobant l’humanisme athée. On dira, sans gêner personne, que tout homme appartiendra à un royaume futur (encore mystérieux), ou que tout homme appartient intérieurement au royaume de Dieu (cela ne se voit pas !)[1]. En restant flou, on pourra identifier l’Humanité, le « Royaume de Dieu », et une église sans conflit avec l’humanisme athée, une sorte d’église universelle dont rêvent parfois de hauts prélats[2].
L’Antichrist pourra faire cesser toutes les guerres, rassasier les peuples et leur fournir l’amusement des sortilèges des magiciens, il pourra tenter de réunir toutes les religions dans un grand concile unique, rassemblé autour des valeurs universelles…
Mais il ne pourra jamais faire participer l’homme à la vie divine.
En 1916, Vladimir Soloviev imaginait comment un représentant chrétien résisterait à l’Antichrist : « Avec douceur, il répondit : ‘Grand souverain ! Ce qui nous est le plus cher dans le christianisme, c’est le Christ lui-même. Il est Lui-même, et tout vient de Lui, car nous savons qu’en Lui réside corporellement la plénitude de la Divinité.’ »[3]
Bien sûr, Luisa porte aussi le souci d’une paix universelle, mais à ce souci ne répond pas une vague identification du Royaume de Dieu avec le monde en général.
Dans le récit inaugural (28 novembre 1922), le mot « royaume » désigne l’Église dont Jésus est le Roi, un royaume qui attend cependant son « couronnement ». Telle était aussi la façon de voir du pape Pie XI[4], qui était conscient que la réalité visible et sociale de l’Église n’avait pas encore atteint son accomplissement, et qui savait distinguer le royaume céleste du royaume terrestre[5].
Une autre fois, Jésus dit à Luisa :
« Pilate me demanda : Tu es donc roi ? Où est ton royaume ? Je voulus lui donner une autre leçon sublime en disant : Oui, Je suis roi. Par cette réponse, Je voulais dire : Sais‑tu ce qu’est mon Royaume ? Ce sont mes souffrances, mon sang et mes vertus. Mon Royaume n’est pas en dehors de Moi, mais en Moi. Ce que l’on possède en dehors de soi ne peut être ni un vrai royaume ni un véritable empire ; parce que ce qui est à l’extérieur de l’homme peut être perdu ou usurpé et il sera forcé de le laisser. Tandis que ce qui est à l’intérieur de l’homme ne peut être enlevé. Sa possession est éternelle. Les caractéristiques de mon Royaume sont les blessures, la couronne d’épines et la croix.
Je ne me comporte pas comme les autres rois qui gardent leurs sujets séparés d’eux, sans sécurité et même sans nourriture : J’appelle mes gens à vivre dans mes plaies, fortifiés par mes souffrances, désaltérés par mon sang et nourris de ma chair. C’est cela régner véritablement. Tous les autres royaumes sont des royaumes d’esclavage, de dangers et de mort. Dans mon royaume, il y a la vie véritable » (5 juillet 1923).
Connaître les grâces attachées à la Volonté divine
« Sois donc très attentive […] Suppose qu’une personne se trouve dans le palais du roi, sans savoir que l’édifice appartient au roi. Elle sera distraite et se promènera en parlant et en riant. Elle ne sera pas disposée à recevoir les cadeaux du roi. Cependant, si elle sait qu’il s’agit du palais du roi, elle examinera attentivement tout ce qui s’y trouve et appréciera tout. Elle marchera sur la pointe des pieds, elle parlera à voix basse et restera aux aguets, pour voir de quelle pièce le roi surgira. Elle espérera recevoir de beaux cadeaux du roi.
Tu vois, la vigilance est la voie de la connaissance. La connaissance change la personne ainsi que sa perception des choses, la disposant à recevoir des cadeaux importants. Puisque tu es dans le palais de ma Volonté, tu recevras beaucoup afin de pouvoir donner à tous tes frères. » (5 janvier 1923).
Les grâces attachées à la Volonté divine sont décrites dans la prière du Notre Père (Mt 6,9-13) :
« Quand mon « Fiat Voluntas tua [= que ta volonté soit faite] » connaîtra son accomplissement sur la terre comme au ciel, alors se réalisera complètement la suite du Notre Père : Donne‑nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Je disais : Notre Père, au nom de tous, Je Te demande trois sortes de pains pour chaque jour : le pain de ta Volonté, qui est plus que le pain ordinaire car le pain ordinaire est nécessaire seulement deux ou trois fois par jour, alors que le pain de ta Volonté l’est à tout moment et en toute circonstance. Il ne doit pas être seulement du pain, mais comme un air embaumé faisant circuler la Vie Divine dans la créature.
Père, si Tu ne donnes pas ce pain de ta Volonté à la créature, elle ne sera jamais capable de profiter de tous les fruits de ma Vie Sacramentelle, qui est le deuxième pain que Nous Te demandons chaque jour. […] Non seulement le sacrement de l’Eucharistie mais aussi tous les autres sacrements que J’instituai et laissai à mon Église, porteront tous leurs fruits et seront amenés à leur plein accomplissement seulement quand notre pain, la Volonté de Dieu, se réalisera sur la terre comme au ciel.
Ensuite, Je demandais le troisième pain, le pain matériel. Comment aurais‑Je pu dire de manière restrictive : Donne‑nous notre pain matériel de ce jour ? […] Quand ils mangeront ce pain béni, tout leur sourira, le Ciel et la terre vivront dans l’harmonie de leur Créateur.
Après, J’ajoutai : Pardonne‑nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Quand ta Volonté sera accomplie sur la terre comme au ciel, alors la charité sera parfaite. Le pardon aura un caractère héroïque comme lorsque Je fus sur la Croix. […]
Se craignant lui‑même, l’homme doit crier : Donne‑nous le pain de ta Volonté afin que nous puissions résister à la tentation et, en vertu de ce même pain, délivre‑nous de tout mal. Ainsi soit-il. » (2 mai 1923).
Vivre dans la Volonté divine fait de nous des héritiers légitimes de tous les biens de l’univers, comme dit saint Paul : « Quel que soit votre travail, faites-le avec âme, comme pour le Seigneur et non pour des hommes, sachant que le Seigneur vous récompensera en vous faisant ses héritiers » (Col 3,23-24)[6]. Jésus dit à Luisa :
« Notre Volonté qui les avait créés d’un Fiat et qui connaissait tous les secrets, demeurant dans nos enfants légitimes, avec un autre Fiat leur révélerait les secrets que recèlent toutes les choses créées. Ils nous feraient rendre amour pour amour. Ainsi entre nous, les harmonies et les échanges nous rapprocheraient de plus en plus. Bien que ceux qui ne réalisent pas notre Volonté semblent jouir de ces cadeaux, ils le font en tant qu’usurpateurs et enfants illégitimes. Comme ma Volonté ne demeure pas en eux, ils ne comprennent pas ou si peu mon amour pour eux se manifestant à travers la Création, pas plus que les grands bienfaits que comporte ma Volonté. Nombreux sont ceux qui ne savent même pas qui a créé toutes ces choses. Ce sont des étrangers qui, bien qu’ils vivent au milieu de tous ces biens, ne veulent pas les reconnaître comme miens, ni Me reconnaître.
Comme à un Fils légitime, mon Père Céleste a confié cet immense don de tout l’Univers à mon Humanité. Il n’y a rien pour lequel Je ne lui ai pas rendu cadeau pour cadeau, amour pour amour. Puis vint ma Mère Céleste qui savait si bien entrer en communion avec son Créateur. S’ajoutent maintenant les enfants de ma Volonté qu’Elle doit prendre comme ses propres enfants afin de leur donner une légitimité » (25 mai 1923).
Dans la Bible, nous lisons que Salomon ressentait, pour bien accomplir sa vocation de roi, le besoin d’une révélation et d’une action divine. Il observait : « 13 Quel homme en effet peut connaître le dessein de Dieu, et qui peut concevoir ce que veut le Seigneur ? […] 17 Et ta volonté, qui l’a connue, sans que tu aies donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton esprit saint ? 18 Ainsi ont été rendus droits les sentiers de ceux qui sont sur la terre, ainsi les hommes ont été instruits de ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés » (Sg 9, 13-18)
Jésus dit à Luisa : « Quand J’appelle [une créature] à une sainteté spéciale ou à une mission particulière, ce sont mes propres mains qui œuvrent dans son âme, lui donnant tantôt des souffrances, tantôt de l’amour ou la connaissance de vérités célestes. Si grande est ma jalousie que Je ne permets à personne d’autre de le toucher. Si Je permets à des créatures de faire quelque chose à cette âme choisie, c’est toujours secondaire. Je garde ma suprématie et Je la forme selon mon plan. » (29 mai 1923)
Connaître la manière d’entrer dans la Volonté divine
Salomon priait ainsi : « 1 "Dieu des Pères et Seigneur de miséricorde, toi qui, par ta parole, as fait l’univers, 2 toi qui, par ta Sagesse, as formé l’homme […] 4 donne-moi celle qui partage ton trône, la Sagesse, […] 9 Avec toi est la Sagesse, qui connaît tes œuvres et qui était présente quand tu faisais le monde; elle sait ce qui est agréable à tes yeux et ce qui est conforme à tes commandements. » (Sg 9, 1-9)
« Comme d’habitude, j’adorais mon Amour crucifié, lui disant : ‘J’entre dans ta Volonté ou, plutôt, donne‑moi ta main et place-moi Toi‑même dans l’immensité de ta Volonté, de telle sorte que je ne puisse rien faire qui ne soit un effet de ta très sainte Volonté.’
Pendant que je disais cela, je pensais en moi‑même : ‘Si la Divine Volonté est partout et que je suis en elle, pourquoi est‑ce que je dis : J’entre dans ta Volonté ?’
Bougeant en moi, mon doux Jésus me dit : ‘[…] Il est vrai que ma Volonté est partout, mais l’âme demeurant dans l’ombre de sa propre volonté ne peut expérimenter l’intensité de la lumière de ma Volonté, ni sa chaleur, ni tous ses bienfaits. Par contre, l’âme qui entre dans ma Volonté fait disparaître l’ombre de sa propre volonté. Ainsi, la lumière de ma Volonté brille sur elle, l’enveloppe et la transforme en elle‑même.
L’âme immergée dans ma Volonté éternelle me dit : Merci, ô sainte et suprême Volonté pour ta lumière et pour tous les bienfaits que tu nous apportes en remplissant le Ciel et la terre de ta lumière. Au nom de tous, je t’offre la reconnaissance pour tous tes bienfaits.
Alors, Je ressens tellement d’honneur, de gloire, et de plaisir que rien n’est comparable. » (21 juin 1923).
La porte d’entrée, c’est toujours l’humanité de Jésus. Et sainte Thérèse d’Avila insistait sur ce point, notamment dans les « 6e demeures » du Château intérieur :
Sainte Thérèse d’Avila commence par quelque chose qui ressemble à un témoignage. Parfois, le Seigneur fait sentir à l’âme sa présence, mais sans se manifester davantage, ce qui provoque une blessure, comme une flèche d’amour, et il faut un grand courage à l’âme pour s’y ouvrir. Puis elle donne un enseignement important :
« Vous allez croire encore que la personne qui jouit de choses aussi hautes ne méditera pas sur les mystères de l’Humanité très sacrée de Notre Seigneur Jésus-Christ, puisque tout entière consacrée à l’amour. J’ai longuement écrit par ailleurs sur ce sujet, bien qu’on m’ait opposé que je n’y comprenais rien, que ce sont là des chemins par lesquels Notre Seigneur nous conduit, et qu’une fois faits les premiers pas, mieux vaut s’occuper des choses de la Divinité et fuir les choses corporelles, on ne me fera pas confesser que tel soit le bon chemin […] 6. Certaines âmes croiront peut-être aussi qu’il leur est impossible de penser à la Passion ; dans ce cas, elles pourront moins encore penser à la Très Sainte Vierge, ni à la vie des Saints, dont la mémoire nous est si profitable et si encourageante. Je ne puis imaginer à quoi elles songent, car l’éloignement toutes chose corporelle est le fait d’esprits angéliques toujours enflammés d’amour, alors que nous, qui vivons dans un corps mortel, nous avons besoin du commerce, de la pensée de la société de ceux qui, dans ce corps, ont réalisé pour Dieu de si hauts faits. Nous devons d’autant moins travailler à nous écarter de notre plus grand bien, de notre remède le plus efficace, qui est l’Humanité sacrée de Notre Seigneur Jésus-Christ. […] Je leur certifie qu’elles ne pénétreront pas dans les deux dernières demeures, car si elles s’éloignent du guide, qui est le bon Jésus, elles n’en trouveront pas le chemin ; ce sera déjà beaucoup si elles sont assurées de se maintenir dans les demeures précédentes. Le Seigneur a dit lui-même qu’il est le chemin (Jn 14,6), il dit aussi qu’il est la lumière et que nul ne peut aller au Père que par lui. […] Je crois, quant à moi, que cela [penser à la Passion et aux mystères de la sainte Humanité du Christ, à la Vierge Marie, aux saints] nous est nécessaire jusqu’à notre mort, si haute que soit notre oraison. »[7]
Dans la continuité, mais dans la perspective qui lui est propre, Jésus dit à Luisa, un jour où Luisa préférait tout lâcher que de continuer à ressentir l’absence de Jésus :
« Si tu abandonnais ta charge, non seulement tu n’occuperais plus le poste que Je t’ai confié sur la terre, n’étant pas dans mon Humanité, — car si Je fis beaucoup, en implorant tant de bien sur l’homme, Je ne supprimai pas les droits, l’honneur, les bienséances de ma Justice. Quand il fallait punir l’homme justement, Je m’y résignais — mais faute de ce lien qu’est mon Humanité, tu ne pourrais pas vivre dans ma Volonté, tu perdrais la domination, tes actes passeraient à de simples intentions. Et quand tu dis « Mon Jésus, dans ta Volonté je T’aime, je Te bénis, je Te rends grâce pour tous, je regrette pour chaque offense etc. » cela ne passerait pas au-dessus de chaque acte humain pour prendre acte de chaque acte humain, amour pour chaque amour que les créatures devraient me donner. Tu ne suivrais pas tous Mes actes qui sont dans ma Volonté, tu resterais en arrière ; tout au plus ce seraient des intentions pieuses qui peuvent faire du bien, mais pas des actes pour tous, qui peuvent donner la vie et qui contiennent la puissance de la Volonté créatrice. Pourtant combien de fois ne me dis-tu pas : « Puisque tu m’as appelée dans ta Volonté, ne me laisse pas en arrière, ô Jésus. Allez, permets-moi de suivre avec Toi les actes de la Création pour Te rendre l’amour de toutes les choses créées, ceux de la Rédemption[8] et ceux de la Sanctification[9] afin que, où que soient Tes actes, Ton amour, il y ait les miens en échange ». Et maintenant tu veux que je te laisse derrière moi ? » (10 juin 1923).
On observe très bien dans ce passage que « prier dans la divine volonté » n’est pas un simple mouvement des lèvres ou une vague intention, c’est quelque chose qui s’appuie sur l’engagement de toute la vie.
Connaître la manière dont la bonté paternelle veut ouvrir une nouvelle ère
Jésus dit à Luisa :
« Ma fille, ma Volonté au Ciel contenait le Père, le Fils et le Saint‑Esprit. Une était la Volonté des Trois Personnes Divines ; tandis que les Personnes sont distinctes entre elles, la Volonté est une. Cette Volonté, la seule à agir en Nous, formait tout notre bonheur, l’équité en amour, pouvoir, beauté, etc. Si, au lieu d’une Volonté divine unique, il y en avait eu trois, Nous n’aurions pas pu être heureux et encore moins rendre les autres heureux. Nous serions inégaux en pouvoir, sagesse et sainteté, etc. Notre Volonté unique est notre seul bien, duquel coulent tant de mers de bonheur que personne ne peut pénétrer. Voyant comme il est bon d’agir seule en Trois Personnes distinctes, notre Volonté veut agir seule dans trois personnes distinctes sur la terre : la Mère, le Fils, et l’Épouse. De ces trois personnes, elle veut faire jaillir d’autres mers de bonheur qui apporteront un bien immense à tous les voyageurs. » (3 février 1923). Et, ce que Luisa a beaucoup de mal à accepter, c’est que cette Épouse, c’est elle-même, puis l’ensemble de l’Église et de l’humanité à la Parousie.
Jésus explique sa méthode à Luisa : « lorsque Je veux faire de grandes œuvres, des œuvres auxquelles toute la famille humaine doit participer, tant qu’elle le veut, J’ai l’habitude de centraliser en une seule créature tous les biens, toutes les grâces que cette œuvre contient, afin que toutes les autres, comme à une source, puissent puiser autant de ce bien qu’elles le souhaitent. » Ainsi, avant son Incarnation et l’œuvre rédemptrice qui devait bénéficier à tous, la Volonté divine concentra ses biens dans la Vierge Marie. De même, avant l’ère où s’accomplira la prière de l’Église « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », la Volonté divine, dit Jésus à Luisa « me presse de centraliser tout ce bien dans une seconde vierge afin que, comme un autre sauveur, tu sauves[10] l’humanité en péril, pour que, usant de mon amour et de ma miséricorde inséparables, tu exauces ma propre prière, unie à celle de toute l’Église, et afin que l’homme retourne à son origine, au but pour lequel Je l’ai créé ; c’est-à-dire que ma Volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » (14 avril 1923).
Dans l’Antiquité, de nombreux mythes mettaient en garde ceux qui se projetaient dans un rôle de sauveur, comme aussi, à l’époque moderne, le triangle de Karpman : bourreau-victime-sauveur. Mais il n’y avait pas de malice quand sainte Thérèse de Lisieux écrivait vouloir « sauver les âmes »[11], avec Jésus. De même, dans ses relations interpersonnelles, Luisa n’entre jamais dans le jeu pervers du bourreau qui se présente en sauveur pour paralyser sa victime. Jamais non plus le livre du Ciel ne prône une méthode politique où le pouvoir profiterait des problèmes présents dans la vie sociale, voire les créerait, puis se présenterait en sauveur, et enfin, se poserait en victime de la population qui ose ne pas être d’accord avec lui, pour s’arroger le droit d’éliminer les mécréants ou les réfractaires.
Le rôle de Luisa ne remplace pas le rôle du Christ unique Rédempteur, elle ne remplace pas non plus le rôle unique du Christ en sa venue glorieuse. Vaut ici la remarque du concile Vatican II : « l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite au contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l’unique source » (Lumen gentium 62). Le 16e Livre du Ciel expliquera que c’est parce qu’elle est habitée par le Christ, et par la Vierge Marie, que Luisa peut avoir un rôle. Jamais de manière autonome.
De plus, le langage de Jésus semble répondre aux événements du monde du moment. Au moment où Jésus dit à Luisa qu’elle sera « comme un sauveur », s’achevait la carrière de Lénine, révolutionnaire communiste, l’un des principaux dirigeants du courant bolchevik. Ayant pour ambition d’étendre la révolution au reste du monde (pour « sauver » le monde à sa manière), Lénine fonde en 1919 l’Internationale communiste. En mars 1923, Lénine est définitivement écarté du jeu politique par la maladie ; il meurt en début d’année suivante. Il n’avait pas hésité à écrire que « si, pour l’œuvre du communisme, il nous fallait exterminer les neuf dixièmes de la population, nous ne devrions pas reculer devant ces sacrifices »[12]. Et à tous ceux qui, à la suite de Lénine, voudraient être « sauveur », le Livre du Ciel répond que c’est possible, mais avec Jésus, Jésus en soi et soi en Jésus.
La réponse à tous les messianismes politiques, dont celui de Lénine n’était qu’un exemple, est contenue dans le livre de l’Apocalypse. Ceux qui rêvent de rassembler l’humanité sans le Christ serviront « la bête », qui n’est qu’une manifestation extrême et mondialisée du mystère de l’iniquité. Ceux qui s’arrogent le droit d’éliminer ceux qui ne pensent pas comme eux doivent savoir que seule la venue glorieuse du Christ qui précipitera en enfer les adeptes du mal.
« Puis je vis un Ange descendre du ciel, ayant en main la clef de l’Abîme, ainsi qu’une énorme chaîne. Il maîtrisa le Dragon, l’antique Serpent, -- c’est le Diable, Satan, -- et l’enchaîna pour mille années. » (Ap 20,1-2). Satan ne pourra plus « fourvoyer les nations » (Ap 20,3), de sorte que la venue glorieuse du Christ, qui est un événement, inaugura le temps de la « Parousie », « royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu »[13].
Chaque baptisé renonce à Satan. Ceci étant dit, l’enjeu de la Parousie est collectif, c’est la puissance de séduction de Satan sur le genre humain pris dans son ensemble qui doit être réduite à rien, selon l’image de Satan « lié » (Ap 20,1-2). Une intervention céleste se produira, à laquelle devra répondre une attitude adaptée de la part de tous. Et, comme on l’a dit, Jésus commence ses grandes œuvres en les centralisant en une personne (14 avril 1923).
C’est ainsi que Luisa raconte : « Jésus, debout près de moi, ajouta : ‘Comme ma Vierge Mère écrasa la tête du serpent infernal. Ainsi Je veux qu’une autre vierge, qui doit être la première détentrice de la Volonté Suprême, presse à nouveau cette tête infernale, l’écrase et la neutralise afin de l’enfermer dans l’Enfer[14]. Ainsi, elle aura pleine domination sur lui et il n’osera pas s’approcher de ceux qui doivent vivre dans ma Volonté. Pour cela, mets ton pied sur sa tête et écrase-la.’ J’osai le faire, et lui me mordit plus fort. Ne voulant pas sentir mon contact, il se retira dans l’abîme le plus sombre. » (28 avril 1923).
Le 15e livre du ciel s’achève sur ces mots :
« Ma fille, le monde entier est sens dessus dessous. Tous espèrent des changements, la paix et de nouvelles choses. Ils se rassemblent pour discuter et sont surpris de ne pas savoir quoi conclure et de n’arriver à aucune décision sérieuse. Ainsi, aucune vraie paix ne survient et tout se résume à des paroles sans lendemain. Ils espèrent que d’autres conférences pourront apporter des décisions efficaces, mais en vain. […] Tous attendent une ère nouvelle, fatigués de la situation actuelle, sans savoir quelle sera la nouveauté, le changement, pas plus que ne le savaient les gens lorsque Je vins sur la terre.
Cette attente est un signe sûr que l’heure approche, mais le signe le plus certain est que Je révèle ce que Je veux faire en me tournant vers une âme, comme Je le fis avec ma Mère en descendant du Ciel sur la terre. Je communique à cette âme ma Volonté, les grâces et les effets qu’Elle contient, pour en faire le don à toute l’humanité. » (14 juillet 1923).
Échapper aux illusions spirituelles
Luisa a peur d’être dans l’illusion et de tromper ses lecteurs. Elle écrit :
« J’étais très troublée à l’idée que mon état pouvait être une grande illusion. […] Après que la tempête se fut apaisée, mon cher Jésus m’apparut et je Lui dis : « […] Oh ! ne me permets pas d’être aussi perverse ! Laisse‑moi mourir plutôt que de permettre que je t’offense par le plus vilain des vices, la tromperie. Cela me terrorise, m’écrase, m’annihile, m’arrache de tes bras très doux et me place sous les pieds de tous, même des damnés. […]
Il me répondit : ‘Ma fille, courage, ne désespère pas. Celui qui doit monter plus haut que tous doit descendre plus bas que tous. Il est dit de ma Mère, la Reine de tous, qu’elle était la plus humble de tous. Avec la connaissance qu’elle avait de Dieu son Créateur et dont elle était une créature, elle était humble à tel point que, dans la mesure de son humilité, nous l’avons élevée plus haut que toute autre créature. Il doit en être ainsi pour toi : pour élever la petite fille de ma Volonté au‑dessus de tous et pour lui donner la première place dans ma Volonté, Je dois l’humilier profondément, plus bas que tous. Plus elle sera humble, plus elle pourra être élevée et prendre sa place dans la Divine Volonté. » (22 février 1923).
Ce passage peut nous étonner, et cependant, le starets Silouane écrivait déjà :
« Le Seigneur m’a enseigné à tenir mon esprit en enfer et à ne pas désespérer, et c’est ainsi que mon âme apprend l’humilité. Ce n’est pas encore l’humilité véritable, mais celle-ci ne peut être décrite.
Lorsque l’âme s’approche du Seigneur, elle est dans la crainte ; mais lorsqu’elle voit le Seigneur, elle jouit ineffablement de la beauté de sa Gloire. L’amour de Dieu et la douceur du Saint-Esprit lui font complètement oublier la terre. Tel est le Paradis du Seigneur.
Tous les hommes demeureront dans l’amour, et grâce à leur humilité semblable à celle du Christ, tous seront heureux de voir les autres plus élevés : ils sont heureux d’être les plus petits. C’est ce que le Seigneur m’a révélé.
Où habites-tu âme humble ? Qui vit en toi ? Et à quoi puis-je te comparer ?
Tu resplendis, claire comme le soleil, mais en brûlant tu ne te consumes pas, et tu réchauffes tous les hommes par ton ardeur.
À toi appartient la terre des doux, selon la parole du Seigneur. Tu es semblable à un jardin en fleurs au fond duquel se trouve une magnifique maison où le Seigneur aime demeurer. C’est toi qu’aiment le ciel et la terre. C’est toi qu’aiment les saints Apôtres, les Prophètes, les Saints et les Bienheureux. C’est toi qu’aiment les Anges, les Séraphins et les Chérubins.
C’est toi qu’aime, dans ton humilité, la Toute-Pure Mère du Seigneur.
C’est toi qu’aime et en toi que se réjouit le Seigneur. »[15]
L’humilité parcourt la Bible, elle n’est pas avilissante, elle correspond simplement à la conscience de la grandeur de Dieu.
Dans la Genèse, trois adjectifs qualifient l’unique arbre que Dieu interdit : « La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement » (Gn 3, 6). De ce verset, on peut tirer une clé de discernement que Jésus explicite à Luisa :
« Ma fille, le signe qu’il n’y a aucun mal dans une âme et qu’elle est complètement remplie de Dieu, c’est que tout ce qui lui arrive de l’intérieur ou de l’extérieur ne lui apporte aucun plaisir. Son seul plaisir est de Moi et en Moi. Cela est vrai non seulement en ce qui a trait aux choses profanes, mais également aux choses saintes, aux personnes pieuses, aux cérémonies religieuses, à la musique, etc. Pour cette âme, toutes ces choses sont froides, indifférentes et semblent ne pas lui appartenir.
La raison pour cela est très simple : si l’âme est complètement remplie de Moi, elle est remplie de mes plaisirs. Les autres plaisirs ne trouvent pas de place où s’insérer. Si beaux soient‑ils, l’âme n’est pas attirée par eux. Ils semblent morts pour elle.
Par contre, l’âme qui n’est pas à Moi est vide. […] Comme les plaisirs qui ne proviennent pas de Moi ne durent pas et se transforment souvent en tristesse, l’âme est heureuse à un moment et triste au moment d’après. À un moment, elle est affable et, au moment d’après, elle est repliée sur elle‑même.
La sensation du plaisir peut sembler une chose anodine. Pourtant elle ne l’est pas : elle est le premier mouvement pour le bien ou pour le mal. Voyons pourquoi il en est ainsi. Pourquoi Adam a-t‑il péché ? Parce qu’il se détourna de la jouissance de la Divinité pour celle du fruit quand Ève lui a présenté le fruit défendu et lui a dit de le manger. À la vue du fruit, il a expérimenté du plaisir. Et il s’est réjoui des paroles d’Ève lui disant qu’il serait comme Dieu s’il en mangeait. Il a pris plaisir à le manger et cette jouissance fut le premier mouvement de sa chute. » (6 juin 1923).
[1] T. ZAPELENA s.j., De Ecclesai Christi, Rome 1930, p. 4.
[2] C’est ainsi que le 24 avril 2025, on a vu un cardinal, L.A.G. TAGLE, Pro-préfet du Dicastère pour l’Évangélisation, Grand Chancelier de l’Université Pontificale Urbaniana et Archevêque Métropolitain Emérite de Manille -, en train de chanter Imagine (1971) de John Lennon. Extraits de la chanson : « Imaginez qu’il n’y ait pas de Paradis, c’est facile si vous essayez : pas d’Enfer en dessous de nous, au-dessus de nous seulement le ciel … Imaginez qu’il n’y ait pas de pays … et aussi pas de religion … Imaginez que vous ne possédiez rien … Une fraternité d’hommes ». https://www.youtube.com/watch?v=CCS1jPnWYsM
[3] Vladimir Soloviev, Court récit sur l’Antéchrist, Traduction par Eugène Tavernier. Plon,1916, p. 203-204 https://fr.wikisource.org/wiki/Trois_Entretiens/Antechrist
[4] Pie XI, Quas primas § 2
[5] Pie XI, Quas primas § 22
[6] Voir aussi : « Enfants, et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui » (Rm 8,17).
[7] Sainte THÉRÈSE d’AVILA, Château intérieur, 6e demeure VII,6, Œuvres complètes, Desclée de Brouwer, Paris 1995, p. 988-989
[8] Les actes de la vie de Jésus sur la terre.
[9] Les actes de Jésus dans sa vie sacramentelle.
[10] Ces expressions doivent être lues dans le sens où saint IRENEE DE LYON (docteur de l’Église) écrivait que Marie, « devint, en obéissant, cause de salut (cf. He 5,9) pour elle-même et pour tout le genre humain. » (Contres les hérésies, III,22,4). Le livre 16 donnera beaucoup plus de détails et d’explications.
[11] Sainte THÉRÈSE DE LISIEUX, Lettre 135, du 15 août 1892
[12] LÉNINE, Œuvres complètes, éditions sociales, t. II, p. 702
[13] Saint IRÉNÉE, Contre les hérésies, V,32,1
[14] La prophétie de Gn 3,15, dans le texte hébraïque, dit que c’est la descendance de la femme qui écrasera le serpent. Qui est cette descendance ? Il y a place pour plusieurs réponses : le Messie, Marie, mais aussi, de manière générale, la « descendance » et parmi cette descendance, Luisa.
[15] Archimandrite Sophrony, Starets Silouane, moine du mont Athos, Vie – Doctrine – Ecrits - Edition Présence, Belley,1982, p.281. 286
Date de dernière mise à jour : 06/05/2026