15 août Assomption (veille et jour)

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Radio Ecclesia & Radio Fidélité Mayenne

 

MESSE de la VEILLE au SOIR

Première lecture (1 Ch 15, 3-4.15-16 ; 16, 1-2)

Psaume (Ps 131, 7-8, 9-10, 13-14)

Deuxième lecture (1 Co 15, 54b-57)

Évangile (Lc 11, 27-28)

MESSE DU JOUR

Première lecture (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)

Psaume (Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16)

Deuxième lecture (1 Co 15, 20-27a)

Évangile (Lc 1, 39-56)

MESSE de la VEILLE au SOIR

Première lecture (1 Ch 15, 3-4.15-16 ; 16, 1-2)

En ces jours-là, David rassembla tout Israël à Jérusalem pour faire monter l’arche du Seigneur jusqu’à l’emplacement préparé pour elle. Il réunit les fils d’Aaron et les Lévites. Les Lévites transportèrent l’arche de Dieu, au moyen de barres placées sur leurs épaules, comme l’avait ordonné Moïse, selon la parole du Seigneur. David dit aux chefs des Lévites de mettre en place leurs frères, les chantres, avec leurs instruments, harpes, cithares, cymbales, pour les faire retentir avec force en signe de joie. Ils amenèrent donc l’arche de Dieu et l’installèrent au milieu de la tente que David avait dressée pour elle. Puis on présenta devant Dieu des holocaustes et des sacrifices de paix. Quand David eut achevé d’offrir les holocaustes et les sacrifices de paix, il bénit le peuple au nom du Seigneur. – Parole du Seigneur.

Après avoir délivré les Israélites de la dure captivité d’Égypte, Dieu les conduisit au mont Sinaï. C’est là qu’il fit connaitre à Moïse toutes les prescriptions de la Loi. Dans sa bonté, il voulut aussi donner à ce peuple un signe de sa présence : « Fais-moi un sanctuaire, que je puisse résider parmi eux » (Ex 25, 8). En conformité avec la vie nomade, ce sanctuaire fut d’abord une tente. Un voile divisait l’intérieur en deux parties : le Saint et le Saint des Saints, c’est-à-dire lieu très saint. Seuls les prêtres pouvaient pénétrer dans le Saint et le grand-prêtre une fois par an dans le Saint des Saints.

Dans le Saint des Saints, il fit placer l’Arche d’Alliance. C’était un coffre de bois d’acacia dont les parois, à l’intérieur comme à l’extérieur, étaient recouvertes d’or. Deux chérubins d’or placés vis-à-vis l’un de l’autre se trouvaient aux deux extrémités du couvercle de l’arche. Ce couvercle, le propitiatoire, était en or. « C’est de sur le propitiatoire – dit le Seigneur à Moïse, d’entre les deux chérubins qui sont sur l’Arche du Témoignage, que je te donnerai mes ordres pour les Israélites » (Ex 25, 22).

L’arche s’appelait l’Arche d’Alliance parce qu’elle renfermait les deux tables de pierre sur lesquelles étaient gravés les préceptes du décalogue résumant les conditions de l’alliance faite par Dieu avec son peuple, par exemple « tu ne tueras pas ».

L’Arche demeura au sanctuaire de Silo et c’est auprès d’elle que Samuel reçut sa vocation comme prophète, jusqu’au jour où les Philistins attaquèrent Israël et se saisirent de l’Arche comme butin de guerre. Cependant, la présence de l’Arche d’Alliance leur était maléfique au point qu’ils voulurent la rendre aux Hébreux. Alors, « les gens de Qiryat-Yearim vinrent et firent monter l’Arche du Seigneur. Ils la conduisirent dans la maison d’Abinadab, sur la hauteur, et ils consacrèrent son fils Eléazar pour garder l’Arche du Seigneur » (1 Sam 7, 1).

Environ 80 ans plus tard, le roi David, accompagné de toute l’élite d’Israël, 30.000 hommes, vint à Qiryat Yearim (Baala de Juda) afin de transférer l’Arche à la Cité de Sion. « Les chantres, avec leurs instruments, harpes, cithares, cymbales, pour les faire retentir avec force en signe de joie. » (1 Ch 15,16) Et « David et toute la maison d’Israël dansaient devant le Seigneur de toutes leurs forces en chantant » (2 Sam 6, 5).

« Comme on arrivait à l’aire de Nakôn, Uzza étendit la main vers l’Arche de Dieu et la retint, car les boeufs la faisaient verser. » Mais toucher l’Arche était interdit et Uzza mourut aussitôt. « Ce jour-là, David eut peur du Seigneur et dit : "Comment l’Arche du Seigneur entrerait-elle chez moi ?" Ainsi David ne voulut pas conserver l’Arche du Seigneur chez lui, dans la Cité de David, et la conduisit chez Obed-Edom de Gat. L’arche du Seigneur demeura trois mois chez Obed-Edom de Gat, et bénit Obed-Edom et toute sa famille.

On rapporta au roi David que le Seigneur avait béni la famille d’Obed-Edom et tout ce qui lui appartenait à cause de l’Arche de Dieu. Alors David partit et fit monter l’Arche de Dieu de la maison d’Obed-Edom à la Cité de David en grande liesse » (2 Sam 6, 6-12).

Très prisé par la liturgie orientale, le récit apocryphe « Transitus Mariae » raconte l’Assomption de Marie en référence à l’Arche d’Alliance : pendant que les apôtres portaient le corps de Marie, les mains de ceux qui voulurent offenser Marie devinrent sèches, comme dans la Bible la main de celui qui toucha l’Arche d’Alliance sans être qualifié (2 Sam 6,6-7).

Quand le Temple fut construit, Salomon « aménagea un Debir dans le Temple, à l’intérieur, pour y placer l’arche de l’alliance du Seigneur » (1R 6,19). Un Debir, « c’est-à-dire au Saint des Saints, sous les ailes des chérubins » (1R 8, 6). Debir est de la même racine que Davar, la Parole. Il y a là une leçon importante pour notre temps. Ce qui rend humain l’homme, c’est sa parole : le langage humain est plus que le langage informatique ou animal, la parole humaine qui est plus que la transmission d’une information ou d’un affect. Or la parole doit avoir un fondement, car comment obliger quelqu’un à croire ce que je vous dis ? Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’homme peut avoir une parole humaine parce qu’à son origine, Dieu lui a adressé la parole. La Parole divine a fondé la parole humaine.

Le couvercle de l’Arche d’Alliance s’appelle le « propitiatoire », d’un mot hébreu qui veut dire « couvrir », avec le sens métaphorique « expier les péchés ». Au grand jour des Expiations, le grand-prêtre aspergeait ce couvercle du sang de la victime offerte pour les péchés du peuple (cf. Lv 16). Le propitiatoire est aussi le lieu de la mystérieuse présence de Dieu. Le sang du sacrifice, dans lequel tous les péchés des Hébreux ont été absorbés, est purifié en ‘touchant’ la divinité, et les hommes représentés par ce sang sont rendus purs. De plus, à travers la démarche pratiquée pendant les jours précédant le Yom Kippour, l’expérience juive de la miséricorde divine a une dimension communautaire.

Nabuchodonosor, roi de Babylone, conquit Jérusalem en 597 av J-C, et emporta tous les trésors du temple et du palais royal. Puis, en 587, il brûla le temple et il le dépouilla de tous les objets précieux qui servaient au culte (2 R 24 – 25 ; 2 Chr 36, 10 ; Is 39, 6). Cependant, on ne nomme pas l’Arche d’Alliance parmi les objets pillés : au moment de la destruction du temple, docile à un oracle divin, le prophète Jérémie prit l’Arche d’alliance et la cacha dans une grotte (2Mac 2, 4-8).

La foi chrétienne voit en Jésus la présence du Dieu vivant. En lui se touchent Dieu et l’homme. En lui se réalise ce que le rite du Jour de l’Expiation voulait exprimer : sur la Croix, Jésus dépose tout le péché non plus des seuls israélites, mais du monde entier, dans l’amour de Dieu et le fait fondre en lui. « Dieu l’a exposé, instrument de propitiation » (Rm 3, 23-25). « Dans la Passion de Jésus, toute l’abjection du monde entre en contact avec l’immensément Pur, avec l’âme de Jésus-Christ et ainsi avec le Fils de Dieu lui-même. En ce contact, la souillure du monde est réellement absorbée, annulée, transformée à travers la douleur de l’amour infini »[1].

Psaume (Ps 131, 7-8, 9-10, 13-14)

Entrons dans la demeure de Dieu, prosternons-nous aux pieds de son trône. Monte, Seigneur, vers le lieu de ton repos, toi, et l’arche de ta force ! Que tes prêtres soient vêtus de justice, que tes fidèles crient de joie ! Pour l’amour de David, ton serviteur, ne repousse pas la face de ton messie. Car le Seigneur a fait choix de Sion ; elle est le séjour qu’il désire : « Voilà mon repos à tout jamais, c’est le séjour que j’avais désiré. »

Le titre « Marie Arche d’Alliance » que l’on trouve dans les litanies de la Sainte Vierge, s’appuie sur les Écritures de plusieurs manières. Voici comment.

Les Écritures annonçaient la visite de Dieu. Non pas un homme qui se ferait Dieu à la manière des païens, ce qu’Israël a en horreur, mais Dieu visiterait son peuple. Dieu était descendu pour délivrer Israël, en disant : « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple … Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste » (Ex 3, 7-8). La présence de Dieu descendait entre les ailes des chérubins sur le propitiatoire de l’Arche d’Alliance (Ex 25, 22). Mais plus tard, Isaïe gémit : « Nous sommes, depuis longtemps, des gens sur qui tu ne règnes plus et qui ne portent plus ton nom. Ah si tu déchirais les cieux et descendais… » (Is 63, 19). Mais comment Dieu descendra-t-il ? Lors de l’Annonciation, Marie dit : « Comment adviendra ceci ? » (Lc 1, 34).

« L’ange répondit, / et lui dit :
‘L’Esprit de sainteté viendra, / et la Puissance du Très Haut fera descendre sur toi,
c’est pourquoi celui qui sera enfanté en toi / sera saint,
et c’est Fils de Dieu / qu’il sera appelé’ » (Lc 1, 35).

L’Esprit de sainteté [araméen : rūḥā dqūḏšā] peut être traduit « l’Esprit du lieu saint » ou « l’Esprit Saint ». La puissance du Très-Haut… et nous avons le verbe « naggen » qui signifie « envahir » Marie. De plus, avec un complément, ce verbe signifie faire descendre quelque chose ou quelqu’un. Or il y a un complément implicite, et c’est celui que Marie va enfanter.

Il « sera saint » d’une manière toute particulière : saint parce que conçu par l’action de l’Esprit du lieu saint ! Et il sera appelé « Fils de Dieu » non pas au sens commun où Israël et son roi étaient déjà appelés « fils de Dieu », dans un sens fort et très particulier parce que conçu par la descente de la puissance du Très Haut (Dieu).

Qui ne voit que Marie est la nouvelle Arche d’Alliance où Dieu descend ?

Saint Luc a décrit l’Esprit Saint couvrant Marie (Lc 1, 35) : elle est couverte de toute part des feux de l’Esprit comme l’Arche de l’Alliance était couverte d’or pur, au-dedans et au-dehors (Ex 25, 11) et enveloppée de la nuée, la gloire de Dieu : Marie est le lieu de la présence divine, elle porte le Verbe incarné, le pain de la vraie vie, la nouvelle manne, Jésus le Messie. Dans cette image de Marie - arche de l’Alliance, il nous est offert une vision juste de la médiation de Marie : non pas un obstacle à traverser et qui nous retarderait, mais le lieu excellent qui nous offre la Présence divine.

Le récit de la visite de Marie chez Élisabeth dans l’évangile de Luc (Lc 1, 39-44.56) semble modelé sur le transport de l’Arche de l’Alliance depuis Qiryat (Kiryat) Yearim à Jérusalem raconté dans le 2e livre de Samuel chapitre 6, ou dans le 1er livre des Chroniques (Cf. La 1e lecture) :

- Le voyage de l’arche et celui de Marie se déroulent dans la région de Juda (2 S 6, 1-2 et Lc 1, 39).

- La joie déborde : celle de David et de 30.000 hommes dansant devant l’arche d’Alliance, et celle de Jean-Baptiste qui, littéralement, bondit dans le sein maternel.

- David comme Élisabeth lancent un cri de joie : « Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, s’exclama à forte voix [grec : anaphonéô] ... » (Lc 1, 42) Le verbe grec anaphonéô est utilisé dans la Bible exclusivement pour les acclamations liturgiques (1 Ch 16, 4) et spécialement celles qui accompagnent le transport de l’Arche de l’Alliance (1 Ch 15, 28 ; 2 Ch 5, 13). Élisabeth a vu en Marie celle qui amène la sainte présence et ne peut pas retenir ce grand cri d’extase qui caractérise l’apparition de l’Arche, lieu de la présence du Seigneur. David, plein de crainte, dit : « Comment pourrait venir chez moi l’Arche du Seigneur ? » (2 S 6, 9). Élisabeth s’exclama : « Comment m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 43).

- La présence de l’Arche dans la maison d’Obed-Edom et la présence de Marie dans la maison de Zacharie sont des motifs de bénédiction : « Le Seigneur bénit Obed Edom et toute sa maison… à cause de l’Arche de Dieu » (2 S 6, 11.12) - Dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, littéralement « son bébé bondit dans son sein » et Élisabeth « fut remplie de l’Esprit Saint » (Lc 1, 40-44).

- L’arche stationna dans la maison d’Obed-Edom trois mois et la bénit (2 S 6, 11 ; 1 Ch 13, 14) tandis que Marie resta avec sa parente « environ trois mois » (Lc 1, 56) et ce fut une bénédiction.

Le parallélisme entre « l’Arche du Seigneur » et « la mère de mon Seigneur » est tout à fait remarquable ; sous le jeu des transpositions on devine que Marie est vénérée comme la nouvelle arche de l’Alliance ! Ce qui amène aussi d’autres harmoniques :

  • De même que l’Arche de l’Alliance contenait les tables de la loi, Marie est gardienne de la loi sanctifiante.
  • L’arche de l’Alliance était faite pour accompagner les pérégrinations. Marie nous invite à suivre Jésus le Messie comme dans « un pèlerinage de la foi ». Un pèlerinage qui s’achèvera au Ciel.
  • De même que l’Arche d’Alliance était recouverte d’or dedans et dehors, de même Marie est toute pure, immaculée, toute sainte, couverte des feux de l’Esprit Saint, l’Esprit du lieu Saint.
  • De même que l’Arche d’Alliance était en bois d’acacia incorruptible et fut emportée aux Cieux, de même Notre Dame fut élevée dans la gloire céleste.
  • Enfin, dans l’ancienne Arche, Dieu avait commandé qu’on gardât, en un vase d’or, la manne tombée du Ciel (He 9, 4). La très Sainte Vierge Marie n’est-elle pas le Ciboire Sacré et l’Ostensoir d’amour de Jésus Hostie ?

Entre Jérusalem et Tel Aviv, à Qiryat (Kiryat) Yearim, a été élevée une basilique ; la première pierre de la basilique fut bénie le 8 janvier 1920 par le Cardinal Dubois, sous le vocable "NOTRE DAME DE L’ARCHE D’ALLIANCE." Le parchemin porte ces mots : "NOTRE DAME DE L’ARCHE D’ALLIANCE. À LA TRÈS SAINTE VIERGE MARIE, SYMBOLISÉE PAR L’ARCHE DE L’ANCIEN TESTAMENT." C’est à l’occasion de la pose de cette première pierre que sœur Joséphine comprit et sentit que les flammes rouges vues 50 ans plus tôt sous les pieds de notre Seigneur représentaient la Sainte Montagne, Kiryat est sur une petite montagne, où Jésus veut être adoré, aimé et consolé par des âmes d’amour. Cf. https://www.kiryat-yearim-nd.com /

Deuxième lecture (1 Co 15, 54b-57)

Frères, quand cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; ce qui donne force au péché, c’est la Loi. Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. – Parole du Seigneur.

 Ce passage est un chant d’espérance : la mort n’a pas le dernier mot, car par la résurrection du Christ, elle est définitivement vaincue. En elle-même, la mort est un fait biologique ; ce qui la rend véritablement tragique, c’est le péché. Depuis la chute d’Adam, le péché sépare l’homme de Dieu, qui est la source de la vie. Ainsi, la mort devient le signe de cette rupture avec Dieu. C’est le péché qui donne à la mort son pouvoir de blesser et d’effrayer. Ensuite, saint Paul sait bien que la Loi est sainte (Rm 7,12), cependant la Loi montre ce qui est bien sans donner la force de l’accomplir. La Loi met ainsi en évidence notre incapacité à nous sauver par nous-mêmes. C’est pourquoi Paul ajoute aussitôt : « Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. »

Venons-en à la fin de la vie terrestre de la mère de Jésus. Dans son Audience générale du 25 juin 1997, saint Jean-Paul II enseigne ce que le dogme de l’Assomption, en 1950, ne précisait pas :

« Puisque le Christ est mort, il semble difficile de soutenir le contraire en ce qui concerne sa Mère. C’est dans cette direction qu’ont réfléchi les Pères de l’Église, qui n’ont pas eu de doutes à ce propos. Il suffit de citer saint Jacques de Sarug († 521), Saint Modeste de Jérusalem († 634), saint Jean Damascène († 704).

Il est vrai que dans la Révélation, la mort est présentée comme un châtiment du péché. Toutefois, le fait que l’Église proclame Marie comme étant libérée du péché originel par un privilège divin singulier, ne conduit pas à conclure qu’Elle a également reçu l’immortalité corporelle. La Mère n’est pas supérieure au Fils, qui a assumé la mort en lui conférant une nouvelle signification et en la transformant en instrument de salut.

Participant à l’œuvre de la Rédemption et associée à l’offre salvatrice du Christ, Marie a pu partager la souffrance et la mort en vue de la Rédemption de l’humanité.

À ce propos, saint François de Sales estime que la mort de Marie a eu lieu à la suite d’un élan d’amour. Il parle d’une mort "dans l’amour, à cause de l’amour, par amour", parvenant ainsi à affirmer que la Mère de Dieu mourut d’amour pour son fils Jésus[2]. Quel que soit le fait organique et biologique qui causa, d’un point de vue physique, la fin de la vie du corps, l’on peut dire que le passage de cette vie à l’autre fut pour Marie une maturation de la grâce dans la gloire, si bien que jamais autant que dans ce cas, la mort ne put être considérée comme une "dormition".

Chez certains Pères de l’Église nous trouvons la description de Jésus qui vient lui-même chercher sa mère au moment de sa mort, pour l’introduire dans la gloire céleste. Ils présentent ainsi la mort de Marie comme un événement d’amour qui l’a conduite à rejoindre son Fils divin, pour en partager la vie immortelle.

À la fin de son existence terrestre, elle aura connu, comme Paul et plus que lui, le désir d’être libérée du corps pour être avec le Christ pour toujours (cf. Ph 1, 23).

L’expérience de la mort a enrichi la personne de la Vierge : ayant subi le sort commun des hommes, elle est en mesure d’exercer avec plus d’efficacité sa maternité spirituelle à l’égard de ceux qui arrivent à l’heure suprême de leur vie ».

En résumé, chers auditeurs, si nous parlons de mort de Marie au sens de la fin de sa vie terrestre, nous disons aussi qu’il s’agit d’une mort d’amour, une maturation de la grâce dans la gloire, une dormition.

La tradition transmet l’année de la mort-dormition-assomption de Marie : « À la vingt-deuxième année après que Jésus le Messie soit remonté au ciel, Marie enflammée de désir de revoir le Seigneur… » (Transitus Mariae arabe V, 3). Vingt-deux ans comptés à l’orientale après l’année 30 nous mènent en l’année 51.

Le corps glorifié de Marie correspond aussi à la condition des corps après la résurrection finale décrite par saint Paul :

« Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts :
on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité ;
on est semé dans l’ignominie, on ressuscite dans la gloire ;
on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force ;
on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel. » (1Co 15,42-44)

 1. L’Incorruptibilité indique la victoire sur la mort et sur la décomposition dans le sépulcre ;

2. La gloire exprime soit la splendeur, comme celle des étoiles (Dn 12,3), soit la présence, et donc l’action dans l’histoire (Jn 1,14; 2,11) ;

3. La puissance désigne la force de l’Esprit, capable de communiquer la vie nouvelle, capable d’accomplir des oeuvres efficaces et merveilleuses (Rm 15,19 ; 1Cor 12,4-11; Gal 3,5) ; pensons aux miracles dans les sanctuaires mariaux.

4. La spiritualité, c’est-à-dire que le corps de la Mère de Jésus est, comme celui du Fils, libre des liens de la matière, du temps et de l’espace (Jn 20,19.26), et il devient « esprit donateur de vie » (1 Co 15,45).

Au Ciel, transformée par l’Esprit Saint, Marie peut exercer sa maternité spirituelle dans la gloire et la puissance, à l’égard des disciples aimés de Jésus (Jn 19,25-27). Elle peut se rendre présente en des endroits différents et dans le fond de leur être.

Théotecnos fut évêque de Livias, une ville proche de la Mer Morte, au-delà du Jourdain, entre le 6e et le 7e siècle, et il écrivit une des premières, sinon la première homélie sur l’Assomption ou Dormition de Marie au ciel[3]. Il parle avec clarté et avec sûreté, sans aucun doute ni hésitation. Un sentiment de ce genre ne s’explique que pour celui qui détient la possession paisible d’une vérité non contestée.

Il donne à la fête une dénomination nouvelle : « analepsis » : Ascension. Elle est, dit-il, arrivée après la mort corporelle de Marie et son corps n’aurait pas connu la corruption.

En suivant les apocryphes (Transitus), Théotecnos raconte l’événement sous la forme d’une grandiose liturgie, terrestre et céleste. Un châtiment frappe les profanateurs et les convertit. Entre temps les apôtres, qui veillaient le corps très saint, virent la Vierge monter au ciel, où elle prit place à côté de son Fils, retrouvant ainsi ce qu’Ève avait perdu (§24).

Théotecnos a aussi raisonné à partir de l’Écriture.

Si Jésus a ouvert d’une parole le paradis au larron repenti, il ne pouvait pas faire moins avec Marie sa Mère (§3).

Si Jésus avait promis à ses apôtres qu’il serait allé leur préparer une place au ciel (Jn 14,2), à plus forte raison il devait préparer une place à sa Mère (§10).

Si la vie du Fils fut marquée de la souffrance et de la gloire, de même, la vie de Marie, marquée par la douleur, devait se terminer dans une joie ineffable (§7).

Si Hénoch et Élie furent emportés au ciel, à plus forte raison Dieu a élevé en son corps et son âme celle qui fut proclamée bienheureuse entre les prophètes (§13-14).

Théotecnos s’appuie aussi sur la cohérence du raisonnement.

Marie a donné un corps au Fils de Dieu ; il a demeuré en son sein ; Marie a été l’Arche, le Temple, le Tabernacle dans lequel le Seigneur a pris domicile. Une telle dignité explique sa glorification finale.

Sa virginité et sa sainteté extraordinaire, inséparables pour les premiers chrétiens, expliquent que son corps eût une sorte d’exigence à être préservé de la corruption du sépulcre.

Évangile (Lc 11, 27-28)

Cf. Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Luc, pour la proclamation orale. Traduction depuis la Pshitta. Imprimatur de la conférence des évêques de France. L’Harmattan 2026. 

«   Et tandis qu’il parlait de ces choses,
une femme éleva la voix, depuis la foule, / et lui dit :
‘Bienheureux sont-ils, le ventre qui t’a porté, / et les seins qui t’ont allaité !’
28 Il lui dit, / quant à lui :
‘Bienheureux sont-ils, / ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la gardent !’ »

La vraie grandeur ne dépend ni de la proximité familiale avec tel ou tel, ni des mérites d’autrui, mais de l’obéissance personnelle à Dieu.

En l’occurrence, Jésus rappelle que la véritable béatitude ne vient pas seulement d’un lien physique avec lui. Marie est heureuse non seulement parce qu’elle a enfanté le Christ, mais surtout parce qu’elle a accueilli parfaitement la parole de Dieu et l’a vécue dans la foi.

Voici comment le concile Vatican II parle de Marie :

« Pendant la vie publique de Jésus, sa mère apparaît expressément, et dès le début, quand aux noces de Cana en Galilée, touchée de pitié, elle obtint par son intercession que Jésus le Messie inaugurât ses miracles (cf. Jn 2,1-11). Au cours de la prédication de Jésus, elle accueillit les paroles par lesquelles le Fils, mettant le Royaume au-delà des considérations et des liens de la chair et du sang, proclamait bienheureux ceux qui écoutent et observent la parole de Dieu (cf. Mc 3,35 par. et Lc 11,27-28), comme elle le faisait fidèlement elle-même (cf. Lc 2,19 2,51). Ainsi la bienheureuse Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la croix où, non sans un dessein divin, elle était debout (cf. Jn 19,25), souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un coeur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots: "Femme, voici ton Fils" (cf. Jn 19,26-27) » (Lumen Gentium 58)

Les versets que nous avons entendus n’ont donc pas pour but d’abaisser Marie. D’ailleurs, les Chartreux associèrent « l’Ave Maria » avec la méditation de la Parole de Dieu, prémices de ce qui deviendra « le rosaire », accomplissant parfaitement la logique de ces versets.

Cette parole de Jésus, qui s’avère être un grand compliment à la Vierge, résonne pour nous comme un écho aux rappels du Sauveur lui-même : « Ce n’est pas celui qui me dit : "Seigneur, Seigneur" qui entrera dans le Royaume des cieux mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 7,21), et aussi : « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande » (Jn 15,14).

Allons plus loin pour comprendre la place de ce passage dans le contexte de l’évangile selon saint Luc.

Je me réfère ici à Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur (Paris). Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2024. (472 pages).

Ces versets sont un « apophtegme ». Dans un apophtegme, l’important n’est pas le petit événement qui déclenche la parole importante. Ici, un petit événement – une femme proclame bienheureuse la maternité biologique de la mère de Jésus – est l’occasion pour Jésus d’une parole importante qui constitue sa dernière réponse à ceux qui, inversant le sens du réel, déclaraient : « C’est par Beèlzeboub, le chef des démons, que celui-ci fait sortir les démons ! » (Lc 11, 15). Jésus indique qu’il remplit les critères de l’authentique faiseur de miracles : il détourne l’attention de sa propre personne (ou de celle qui l’a porté et allaité, ce qui revient au même), et il oriente vers « la Parole de Dieu » (Lc 11, 28). Désormais, les opposants qui s’entêtent encore se rendent sourds eux-mêmes.

Juste avant, Jésus donnait un enseignement sur l’exorcisme et se réfère à l’existence d’esprits impurs vagabonds. Purifiée par l’exorcisme, « la maison » est propre, bien arrangée, le mot araméen dit « décorée », le mot grec dérive du mot « cosmos » avec ses deux connotations, l’ordre et la beauté. Cependant, il y a danger si cette maison n’a pas organisé sa défense. Nous ne sommes pas encore à la fin de l’histoire, il ne faut pas baisser la garde, que ce soit pour la maison constituée par notre propre personne ou pour la maison du Temple, ou encore l’Église. Jésus avertit de la menace redoutable d’une coalition de sept esprits démoniaques. Dans l’épisode suivant, Jésus proclame bienheureux ceux qui « écoutent la Parole de Dieu et la gardent » (Lc 11, 28) : leur maison a organisé ainsi sa défense.

L’évangile de Luc est un collier en pendentif, avec un collier compteur qui tient les fils d’oralité. Ces épisodes font ainsi résonner l’épisode où les parents de Jésus viennent au Temple « pour leur purification » (Lc 2, 22), et le texte a bien un pluriel « leur purification », celle de la maison d’Israël, considéré comme un nazir infidèle. Israël a été purifié par les exorcismes de Jésus, et la maison d’Israël ressemble pour l’instant à une maison bien décorée, mais si elle ne veille pas sur elle-même, elle risque une infestation sept fois pire. Tel est le contexte du petit épisode que nous avons entendu. Et il nous dit la grandeur du rôle de la piété mariale dans le combat spirituel. Et la piété mariale, commence par reconnaître que Jésus s’est incarné en Marie, puis à écouter la Parole de Dieu avec Marie.

Le pape Paul VI, dans la lettre apostolique « Marialis cultus » écrivit au paragraphe 57 :

« La maternité de la femme dans son sens biophysique montre une apparente passivité : le processus de la formation d’une nouvelle vie "se produit" en elle, dans son organisme, cependant il se produit avec la profonde implication de cet organisme. En même temps, la maternité, au sens personnel et éthique, manifeste une créativité très importante de la femme, dont dépend pour une part essentielle l’humanité même du nouvel être humain. Dans ce sens aussi, la maternité de la femme exprime un appel et un défi particuliers qui s’adressent à l’homme et à sa paternité.

 […] Les paroles du protévangile : "Je mettrai une hostilité entre toi et la femme", trouvent là une nouvelle confirmation. Dieu inaugure une Nouvelle Alliance avec l’humanité en elle, par son "Fiat" maternel ("qu’il me soit fait"). C’est l’Alliance éternelle et définitive dans le Christ, en son corps et son sang, dans sa Croix et sa Résurrection. Précisément parce que cette Alliance doit être accomplie "dans la chair et le sang", elle commence dans la Mère. Grâce à elle seulement et grâce à son "Fiat" [le Oui] virginal et maternel, le "Fils du Très-Haut" peut dire au Père : "Tu m’as façonné un corps. Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté" He 10,5-7.

 La maternité de la femme a été introduite dans l’ordre de l’Alliance que Dieu a établie avec l’homme en Jésus-Christ. Et chaque fois, toutes les fois que la maternité de la femme se reproduit sur la terre dans l’histoire humaine, elle reste désormais toujours en rapport avec l’Alliance que Dieu a établie avec le genre humain grâce à la maternité de la Mère de Dieu. »

Reprenant l’évangile que nous venons d’entendre, le pape conclut : « Jésus confirme le sens de la maternité par rapport au corps ; cependant il en montre en même temps un sens plus profond encore qui relève de l’ordre de l’esprit »

 

MESSE DU JOUR

Première lecture (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)

« Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, / et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire. » (Ap 11, 19a) 

Pour la suite, nous pouvons prendre la traduction de Fréderic Guigain pour la récitation orale[4] :

« 12,1 Et un grand signe / fut vu dans les Cieux :
une femme enveloppée du soleil, / et la lune sous ses pieds,
et une couronne de douze étoiles / sur sa tête,
2 enceinte et criant et en travail, / souffrant les douleurs afin qu’elle enfante ! 

3 Et fut vu un autre signe dans les Cieux : / et voici, un grand dragon de feu,
auquel il y avait sept têtes et dix cornes, / et sur ses têtes sept diadèmes ! 

4 Sa queue entraînait le tiers des étoiles qui sont dans les Cieux, / et elle les jeta sur la Terre.
5 Et elle [la femme] enfanta un fils mâle, / celui qui allait paître tous les peuples avec la verge de fer.

Et il fut ravi, son fils, auprès de Dieu / et auprès de son Trône.
6 Et la femme s’enfuit au désert, / où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie 1260 jours » (Ap 12, 1-6).

Et : « 10 Et j’entendis une grande voix, depuis les Cieux, qui dit :
‘Voici, c’est la délivrance, / et la puissance et le règne de notre Dieu !’ » (Ap 12, 10)

– Parole du Seigneur.

Nous allons reprendre les explications de mon ouvrage : Françoise Breynaert, L’Apocalypse revisitée. Une composition orale en filet. Imprimatur. Parole et Silence, 2022.

Ap 11, 19 et Ap 12, 1 sont des versets qui se suivent. Leur enchaînement suscite la superposition de l’image de la « femme enveloppée de soleil » (Ap 12, 1) et de l’Arche d’Alliance (Ap 11, 19). Très prisé par la liturgie orientale, le récit Transitus Mariae raconte l’Assomption de Marie et fait justement référence à l’Arche d’Alliance : pendant que les apôtres portaient le corps de Marie, les mains de ceux qui voulurent offenser Marie devinrent sèches, comme dans la Bible la main de celui qui toucha l’Arche d’Alliance sans être qualifié (2 Sam 6, 6-7).

Le Messie, le Fils de la femme, avait été ravi auprès de Dieu (Ap 12, 5), or cette Ascension glorieuse doit être suivie de l’Assomption de toute l’humanité en Dieu, accomplissement du dessein du Créateur.

Le « dragon » appartient à la mythologie de nombreux peuples, c’est un lieu commun qui représente l’ennemi de l’homme rodant sur la terre. Le psaume 74, 13-14 associe le miracle de la Mer Rouge à la victoire sur le dragon.

Le dragon a sept diadèmes, insignes de pouvoir royal, et dix cornes, symboles de force. Il est Satan, le Prince de ce monde (Jn 12, 31 ; 14, 30 ; 16, 11). Il est grand et imposant, mais la couronne de la femme (Ap 12, 1) est le signe de sa victoire.

« Sa queue entraînait le tiers des étoiles » (Ap 12, 4). L’image s’interprète à la lumière d’Isaïe : « Le prophète qui enseigne le mensonge, c’est la queue » (Is 9, 14), elle vise Satan (Jn 8, 44).

Le dragon agresse les étoiles, signe de démesure (Is 14, 13). Et parce qu’il prétend dominer le monde, il agresse le fils enfanté par la femme, le messie qui doit mener paître les nations (Ap 12, 5).

Rythmée par le chiffre sept (7 Églises, 7 sceaux, 7 trompettes, 7 coupes), et par la liturgie chantant le triomphe du dessein du Créateur, l’Apocalypse est faite pour être méditée en suivant chacun des fils de lecture, horizontalement d’abord (c’est la lecture habituelle), puis verticalement (par exemple, la 1ère église avec le 1er sceau, la 1ère trompette, etc.).

Il y a un noyau : 12,1 – 13,10 qui montre « une Femme enveloppée de soleil », son fils le Messie, et ses autres enfants qui persévèrent face au diable ou « Dragon », l’inspirateur de « la bête » corrompant le monde. Ce noyau éclaire tout l’ensemble.

En particulier, Ap 12, 1-6 fait écho au fil des sept églises.

Le soleil qui enveloppe la femme (Ap 12, 1) évoque le Christ dont il a été dit que son visage « est comme le soleil qui brille dans tout son éclat » (Ap 1, 16 Ouverture). La Femme, c’est l’Église, ou les 7 Églises, que Jésus ressuscité éclaire.

« La lune est sous ses pieds » (Ap 12, 1) : le temps étant marqué par les cycles lunaires, ce signe indique que la Femme-Église domine le temps. Sa communion au Christ, notamment par la liturgie, la fait participer dès maintenant à l’éternelle Vie et à « l’arbre de vie qui est dans le Paradis de Dieu » (Ap 2, 7 – 1e Église). De plus, l’attente de la venue glorieuse du Christ lui donne de regarder au-delà des vicissitudes de l’histoire. Jésus dit : « Je viens, Moi, d’un coup ! », « d’un coup » (3e et 6e Église Ap 2, 16 ; 3, 11).

Elle porte « une couronne de douze étoiles » (Ap 12, 1) : elle vit de la foi des apôtres, Matthias ayant remplacé Judas.

Elle enfante celui qui doit mener les nations, c’est-à-dire instaurer le règne de Dieu sur la terre (Ap 12, 2), comme la 4e Église à laquelle Jésus promet : « Et au vainqueur et gardien de mes œuvres, je donnerai autorité sur les peuples, pour les faire paître par une verge de fer » (Ap 2, 26-27).

Elle est face au dragon (Ap 12, 3) comme la 2e Église est face à la « synagogue de Satan » (Ap 2, 9) et la 3e Église est face au « trône de Satan » (Ap 2, 13).

Elle accouche dans les douleurs, ce qui rappelle la parole de Jésus : « La femme sur le point d’accoucher s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera » (Jn 16, 20-22). « Je vous verrai de nouveau » s’entend pour la résurrection du Christ, mais aussi pour son retour glorieux.

Le fils qu’elle enfanta fut ravi auprès du « trône de Dieu », afin « de paître tous les peuples », c’est-à-dire d’amener le règne de Dieu parmi les peuples (Ap 12, 5 FG).

Elle est à la fois préservée et persécutée. Enveloppée de soleil, elle est en permanence en présence de Dieu et c’est Dieu qui porte la femme sur les ailes de l’aigle comme « il déploie ses ailes et le prend [son peuple], il le soutient sur son pennage. Le Seigneur est seul pour le conduire ; point de dieu étranger avec lui » (Dt 12, 10-12, cf. Ex 19, 4). Et voici la femme au désert où « Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie 1260 jours » (Ap 12, 6).

Sa nourriture au désert, c’est la manne promise à la 3e Église (Ap 2, 17) et à tous ceux qui ont des oreilles pour entendre ce que l’Esprit dit aux Églises.

Une première révolte des anges eut lieu avant la création de l’humanité, puisque Satan, l’ange déchu, a tenté les premiers hommes. La vision de l’Apocalypse révèle le combat spirituel postérieur à la venue du Christ. Il s’agit d’une révolte des anges contre le fait que notre humanité, en Jésus, puisse être élevée dans la gloire divine.

En ce jour de l’Assomption, tournons notre regard vers Marie, afin qu’elle nous soutienne dans le combat spirituel et nous garde dans l’espérance : Oui, Dieu règnera sur la terre comme au ciel. Oui, notre humanité est promise à la gloire de la participation à la vie divine, dans l’éternel amour et dans l’unité.

 

Psaume (Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16)

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ; oublie ton peuple et la maison de ton père : le roi sera séduit par ta beauté. Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui. Alors, les plus riches du peuple, chargés de présents, quêteront ton sourire. Fille de roi, elle est là, dans sa gloire, vêtue d’étoffes d’or ; on la conduit, toute parée, vers le roi. Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ; on les conduit parmi les chants de fête : elles entrent au palais du roi.

Saint Modeste de Jérusalem (VIIe siècle) célèbre avec des accents enthousiastes la Dormition de la Mère de Dieu. Dans sa 5e homélie, il cite le psaume que nous venons d’entendre : « [Jésus] après l’avoir appelée auprès de lui, l’a revêtue de l’incorruptibilité de son propre corps et l’a glorifiée d’une gloire incomparable ; en lui donnant son hérédité, parce qu’elle est sa très sainte Mère, selon ce que chante le psalmiste : ‘La reine se tient à ta droite, magnifique dans un vêtement où brille l’or et diverses couleurs’ (Ps 44, 10) »[5]

Dans la 2e homélie, il dit qu’à la conclusion de son existence terrestre, Marie retourne au Christ, lui qui est « la vie qu’elle avait engendrée dans la chair et nourrie avec le lait de ses mamelles ; vie qui avait créé toute chose à partir de rien et qui vivifie tout ; vie qu’elle avait reçue en héritage et dont elle jouissait, en qualité de mère, au-dessus de tous les chœurs célestes et terrestres »[6] ; et encore : « Réjouie par le pain céleste et vivifiant, elle fut ressuscitée pour l’éternité par le Fils. »[7]

Pour saint Modeste de Jérusalem au VIIe siècle, il est clair que ce qui advient à Marie a une signification pour tout le peuple de Dieu en pèlerinage : « Afin qu’elle resplendisse comme une aurore porteuse de la lumière spirituelle, la Vierge a fait sa demeure dans les splendeurs du soleil de justice, appelée par celui qui, né d’elle, a illuminé le monde. Cette splendeur, supérieure à celle des rayons du soleil, s’est répandue sur nous par Marie, avec abondance de miséricorde et de sentiments de piété, stimulant les âmes des croyants à imiter autant que possible sa divine bonté et sa bienveillance. » (Homélie sur la Dormition, n°5)[8].

« La solennité du 15 août célèbre la glorieuse Assomption de Marie au ciel ; fête de son destin de plénitude et de béatitude, de la glorification de son âme immaculée et de son corps virginal, de sa parfaite configuration au Christ ressuscité.

C’est une fête qui propose à l’Église et à l’humanité l’image et la confirmation consolante que se réalisera l’espérance finale : cette glorification totale est en effet le destin de tous ceux que le Christ a fait frères, ayant avec eux « en commun le sang et la chair » (He 2, 14 ; cf. Ga 4, 4).

La solennité de l’Assomption se prolonge dans la célébration de sainte Marie Reine, qui a lieu une semaine après et dans laquelle on contemple Celle qui, assise aux côtés du Roi des siècles, resplendit comme Reine et intercède comme Mère. »[9]

Dans le prolongement de la première lecture, nous pouvons voir le contraste avec ce que l’Apocalypse appelle Babylone, ou Babel la grande : le luxe arrogant de Babel la grande fait oublier à la créature son Créateur, la précipitant dans l’idolâtrie qui est une prostitution. Alors que les témoins de Jésus formeront la Cité sainte, « la mariée » (Ap 21, 2). Babylone évoque l’humanité post-chrétienne tentée de revendiquer pour elle-même les prérogatives du Sauveur du monde, et d’exterminer ceux qui font obstacle à une si grande mission. L’Apocalypse la symbolise par une femme « ivre du sang des témoins de Jésus » (Ap 17, 6).

À l’inverse, l’Apocalypse annonce, au moment de la Venue glorieuse du Christ, l’accomplissement des noces de l’Alliance (et nous apprendrons bientôt que la mariée est la Jérusalem glorieuse qui descend du Ciel, c’est-à-dire les saints qui apparaissent avec le Christ) :

« Parce qu’il a régné, le Seigneur, / Dieu [qui] détient tout ! 
Réjouissons-nous et exultons, rendons-Lui gloire !
Parce que sont venues les noces de l’Agneau, / et Son épouse a préparé son âme !
Et il lui a été donné / qu’elle s’enveloppe de byssus pur et lumineux !’ 
Le byssus, en effet, / ce sont les [actions] droites des saints.

Et il me dit : / ‘Écris !
Bienheureux sont-ils, / ceux qui sont invités au festin des noces de l’Agneau !’ » (Ap 19, 6b-9)

La London Bible Society se base sur un manuscrit qui a littéralement « le souper » du « banquet de noces [meštūtā] » de l’Agneau, avec la racine štā qui signifie « boire ». Mais le manuscrit de Crawford a « le service [tesmeštā]» de l’Agneau, dont la racine désigne le service, le ministère liturgique, et par exemple le mot « diacre [mšamšānā] ». De toute évidence, le « festin de l’Agneau » c’est l’Eucharistie.

Le byssus est une fibre naturelle fabriquée par la moule pour s’accrocher à un support. Dans l’Antiquité on en tirait un textile de luxe appelé « soie marine » ou « soie des rois ».

Le vêtement pur est « donné », il représente le salut qui ne peut qu’être reçu, mais les gens ne sont pas passifs.

Le salut se reçoit dans la foi, mais il produit des œuvres bonnes. Ces bonnes actions ne sont pas imposées par une prédestination, elles sont l’humble réponse de la mariée !

Les noces de l’Alliance ont d’abord été conclues au Sinaï, puis rappelées par les prophètes (Is 54, 2 ; Os 2 ; Ez 16, 17). Le Targum des Psaumes paraphrasait le Psaume (44 / 45) en précisant que le roi dont on célèbre les noces, c’est le Messie, et l’épouse, c’est le peuple. Jean Baptiste a présenté Jésus comme l’Époux (Jn 3, 29). Et, pour que les noces puissent avoir une dimension communautaire, sociale, mondiale, il faut que l’emprise du mal soit anéantie par le jugement concomitant à la venue glorieuse du Christ.

En nous unissant à Marie, en faisant vivre en nous ses vertus, qui ne sont pas simplement des vertus humaines mais une véritable participation à la vie divine, comme celle du rameau sur le cep de la vigne, nous pouvons nous préparer à vivre ce qui est dit de la fille du roi :

« Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille – Dieu le Père le dit à chacun d’entre nous – ;

oublie ton peuple et la maison de ton père – c’est-à-dire oublie le passé, ouvre-toi au Christ – :

le roi sera séduit par ta beauté – c’est-à-dire que Dieu sera séduit par ta beauté. Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui. Alors, les plus riches du peuple, chargés de présents, quêteront ton sourire.

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire, vêtue d’étoffes d’or – et nous avons vu que cela correspond au « byssus » et aux « bonnes actions des saint » (Ap 19, 6-9) ;

on la conduit, toute parée, vers le roi. Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ; on les conduit parmi les chants de fête : elles entrent au palais du roi. – C’est-à-dire dans la Cité sainte dont nous parle l’Apocalypse, ou bien dans le Ciel, la vie éternelle.

 

Deuxième lecture (1 Co 15, 20-27a)

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors [mais littéralement « ensuite, puis »], tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds. – Parole du Seigneur. (AELF)

La fête du 15 août fut d’abord celle de Marie « Mère de Dieu », à Jérusalem, dès le 5e siècle, puis ce fut la fête de la Dormition ou Assomption, avec des homélies sereines qui suggèrent une tradition acceptée de longue date. Le dogme de l’Assomption fut proclamé le 1er novembre 1950 ; jour de la Toussaint, quelque chose est dit qui a une signification pour la destinée de tous les saints. En l’année 1950, très peu après la fin de la guerre mondiale où le corps humain a été si gravement humilié et désacralisé, ce dogme proclame le destin surnaturel et la dignité de tout corps humain, appelé par le Seigneur à participer à sa gloire.[10]

Plus précisément, l’Assomption de Marie anticipe l’assomption finale de l’humanité à la fin du temps mystérieux de la Parousie (après la venue glorieuse du Christ) ce que cette lecture nous aide justement à comprendre.

« Tous revivront » (1Co 15,22) : il s’agit ici de beaucoup plus que de la simple immortalité de l’âme. Il s’agit de la résurrection des morts nettement mise en lien avec la propre Résurrection du Christ. Jésus est le modèle ; mieux encore Jésus nous incorporera dans sa Résurrection, il nous fera participer à sa vie de Fils de Dieu. En particulier, les saints qui sont déjà morts ressusciteront pour apparaitre avec le Christ lors de son retour glorieux (cf. 1Th 3,13). 

Observons maintenant les prépositions dans une bonne traduction : la venue glorieuse du Christ est encore suivie d’un « puis (ensuite) » (verset 24), elle ne fait qu’ouvrir le processus de la fin :

« 24  En effet, c’est en Adam que meurent ttous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront 23 mais chacun à son rang : en prémices, le Christ,

ensuite ceux qui appartiennent au Christ lors de sa venue, [ressuscités, ils apparaissent avec le Christ],

24 ensuite [puis] viendra la fin quand il remettra la royauté à Dieu le Père » (1Co 15,22-24).

La préposition « puis (ensuite) [grec : ειτα, araméen hāydēn] » au début du verset 24 laisse une consistance propre au temps inauguré par le verset 23 : c’est le « temps » de la venue glorieuse du Christ, ce que saint Irénée appelle le royaume des justes, et qui conduit au Père, étape ultime et ineffable (Traité contre les hérésies, livre V, 36,2). Malheureusement, à cause de la mauvaise habitude occidentale de confondre le retour du Christ avec la Fin du monde, un bon nombre de traductions remplacent le « puis (ensuite) » par « alors » (concomitant).

Le Christ mettra tous ses ennemis sous ses pieds (1Co 15,25), c’est-à-dire Satan et ses associés : Asmodée, Béelzéboul et Mammon — l’impureté, l’occultisme, et l’argent. Les hommes qui auront traversé le jugement concomitant à la Parousie sont des hommes qui ne veulent plus aucune compromission avec le mal, et les démons ne peuvent plus s’immiscer dans leurs relations humaines, désormais sanctifiées.

Comme le dit le jeune saint Augustin : « C’est sur cette terre effectivement que l’Église apparaîtra d’abord environnée d’une gloire immense, revêtue de dignité et de justice […] semblable à un monceau de froment qu’on voit sur l’aire encore, mais parfaitement nettoyé, la multitude des saints sera placée ensuite dans les célestes greniers de l’immortalité » (Saint Augustin, Sermon 259).

« Le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort » (1Co 15,26), autrement dit, le temps de la Parousie s’achèvera par une assomption de l’humanité dans l’éternité, et l’assomption de la Vierge Marie en est la préfiguration. Le but ultime est la participation à la vie divine : le Christ offrira le royaume au Père : « Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous » (1Co 15,28).

Ainsi, cette deuxième lecture fait-elle lien avec la perspective générale de l’Apocalypse dont nous avons entendu un passage dans la première lecture.

Lors de la Parousie, le monde, libéré de l’emprise du Mal, deviendra « le prélude de l’incorruptibilité, royaume par lequel ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu »[11], comme l’a pensé et écrit Irénée évêque de Lyon et mort martyr autour de l’an 201.

Après le Jugement de l’Antichrist, ne resteront sur terre comme adultes que ceux qui se seront réjouis de la « manifestation du Christ ». L’inventivité et la ténacité humaines seront bien utiles pour résoudre les immenses problèmes de survie et de réorganisation qui se poseront, et l’aide de ceux du Ciel les Anges et les Saints y contribuera.

Beaucoup n’auront pas immédiatement une profonde relation à Dieu ‒ ils auront tout à découvrir – ; pour autant, leur relation à Lui, même empreinte de préoccupations intéressées, exclura toute influence du Mal, car ils n’en voudront plus. Tel est le sens de l’image du « Diable, Satan » qui est « enchaîné » et « jeté dans l’abîme », des verrous étant tirés derrière lui et des sceaux étant posés (Ap 20,2-3).

Le « Royaume des justes » dont parle saint Irénée n’est pas un Règne où le Christ assumerait des responsabilités politiques (suprêmes), il s’agit de l’organisation politique que les hommes auront à mettre eux-mêmes en place, sous sa Lumière, et que Jésus ultimement « remettra au Père » (1Co 15,24).

Ainsi donc, nous pouvons faire nôtres les vœux exprimés par le concile Vatican II à la fin de la Constitution dogmatique sur l’Église : « Que tous les chrétiens adressent à la Mère de Dieu et des hommes d’instantes supplications, afin qu’après avoir assisté de ses prières l’Église naissante, maintenant encore, exaltée dans le ciel au-dessus de tous les bienheureux et des anges, elle continue d’intercéder près de son Fils dans la communion de tous les saints, jusqu’à ce que toutes les familles des peuples, qu’ils soient déjà marqués du beau nom de chrétiens ou qu’ils ignorent encore leur Sauveur, soient enfin heureusement rassemblés dans la paix et la concorde en un seul peuple de Dieu à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité. » (Lumen Gentium 69)

Évangile (Lc 1, 39-56)

Françoise Breynaert, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Imprimatur (Paris). Préface Mgr Mirkis (Irak). Parole et Silence, 2024. (472 pages).

« 39 Or Marie se leva, / en ces jours-là,

40 et partit en hâte vers la montagne, / pour un chef-lieu de Juda.

Et elle entra dans la maison de Zacharie, / et demanda la salutation d’Élisabeth.

41 Et il advint que, dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, / son bébé bondit dans son sein,

et Élisabeth / fut remplie de l’Esprit Saint.

42 Elle s’écria d’une voix forte / et dit à Marie :

‘Tu es la plus bénie de toutes les femmes[12], / et béni est le fruit qui est dans ton sein !

43 D’où me vient ceci : / que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ?

44 Car voici, / lorsque la voix de ta salutation a frappé mon oreille,

c’est avec une joie immense / que le bébé a bondi en mon sein.

45 Et bienheureuse / celle qui a cru[13]

qu’il y a un accomplissement de ces choses / qui lui ont été dites de la part du SEIGNEUR. » (Lc 1, 39-45)

« 46 Et Marie [14] dit :

Mon âme exalte le SEIGNEUR, / 47 et se réjouit mon esprit en Dieu, celui qui me vivifie[15],

48 car il a porté son regard / sur l’humilité de sa servante.

voici en effet, désormais, / toutes les générations me diront bienheureuse 

49  car il a fait pour moi de hauts faits, lui qui est Puissant / et son nom est Saint.

50 Et sa tendresse s’étend d’âge en âge / sur ceux qui le craignent.

51 Il a réalisé la victoire par son bras ; / et dispersé ceux qui s’enflent des pensées de leur cœur.

52 Il a renversé les potentats des trônes / et il a élevé les humbles.

53 Les affamés, / il les a rassasiés de bonnes choses.

Et les riches / il les a renvoyés à vide.

54 Il a secouru Israël, son serviteur, / et il s’est souvenu de sa tendresse

55 comme il l’avait dit à nos pères, / avec Abraham et sa postérité pour toujours » (Lc 1, 46-55).

« 56 Or Marie demeura auprès d’Élisabeth environ trois mois, / et s’en retourna à sa maison. » (Lc 1, 56)

La jeune mère enceinte de Jésus visite Élisabeth qui, « remplie de l’Esprit Saint » (ou l’Esprit du lieu saint), reconnaît en elle « la mère de son Seigneur [mar] » (Lc 1, 43). Marie entonne alors son cantique (Lc 1, 46-55), et reste environ trois mois, c’est-à-dire jusqu’à l’accouchement d’Élisabeth et la naissance de Jean-Baptiste (Lc 1, 57-66)…

Marie demanda [šellaṯ] la salutation d’Elisabeth (Lc 1, 40), et Élisabeth entendit « la salutation de Marie » (Lc 1, 41). Le terme bébé [ūlā] (Lc 1, 41.44) suggère que le récitatif soit composé par une femme, sans doute Élisabeth elle-même, afin de préparer la célébration de la naissance de l’enfant.

Étant la plus jeune, c’est Marie qui offre sa salutation la première comme on le déduit de Lc 1, 41 ; mais en même temps, dans l’aventure de la maternité, Marie est sans doute heureuse de recevoir de sa parente plus âgée une forme de réconfort, mais il y a beaucoup plus, Marie, consciente de qui elle porte, s’attend à recevoir une salutation appropriée (Lc 1, 40).

Élisabeth a un cri de vénération : elle sait que la maternité de Marie est royale, et elle vénère Marie pour sa foi. Le don de prophétie (et la proximité avec Zacharie) a pu lui faire comprendre qu’il s’agit du Roi Messie en qui Dieu visite son peuple, fidèlement à sa Promesse. D’ailleurs, « Élisabeth » signifie en hébreu : « dont la promesse est Dieu ».

En Lc 1, 45, on peut traduire de deux façons : Élisabeth proclame bienheureuse « celle qui a cru qu’il y a un accomplissement » ou « celle qui a cru qu’il y aura un accomplissement ». Dans le premier cas, Élisabeth félicite Marie pour sa foi, dans le second cas, Élisabeth exhorte Marie.

Marie loue le SEIGNEUR [en araméen « māryā », considéré comme l’équivalent du tétragramme], Dieu (le Père). Elle le loue d’abord pour elle-même, puis son regard embrasse le monde. Cet ordre manifeste une loi fondamentale : en comblant une personne d’une manière singulière et unique, Dieu dévoile sa tendresse et son salut destinés à tous.

Le Magnificat prolonge aussi le Cantique de Maryam, sœur d’Aaron, qui fut un chant de libération au moment de la sortie d’Égypte (« Chantez pour le Seigneur, car il s’est couvert de gloire, il a jeté à la mer cheval et cavalier » Ex 15, 21) et il rappelle aussi de nombreux psaumes. Il est d’ailleurs plausible que le Magnificat ait été composé en hébreu : il est truffé de références à la Bible hébraïque, et dans la maison de Zacharie, qui est prêtre, tout le monde est à l’aise pour parler et écrire en hébreu.

Le SEIGNEUR a regardé l’humilité de Marie. Le mot humilité dérive du verbe « abaisser » et rappelle le mouvement de descente en Lc 1, 35 à l’Annonciation.

Aux versets 50 et 54, nous avons traduit le nom « ḥnānā » qui peut aussi signifier grâce, miséricorde, exaucement, par « tendresse » parce que nous réservons le mot « grâce » à la traduction du mot « ṭaybūṯā », et le mot « miséricorde », « amour miséricordieux » à la traduction de la racine « rḥm » qui désigne aussi les entrailles. Le grec donne ici le mot ελεους qui met l’accent sur la tendresse ; le latin donne misericordiæ, qui met l’accent sur la miséricorde. Cette tendresse s’exerce sur « ceux qui le craignent » et qui sont ceux qui aiment et gardent ses chemins ; le Lévitique dit par exemple : « Tu honoreras la personne du vieillard et tu craindras ton Dieu » (Lv 19, 32). « Tu n’exerceras pas sur [l’esclave hébreu] un pouvoir de contrainte, mais tu auras la crainte de ton Dieu » (Lv 25, 43), etc.

Le Cantique reflète l’expérience de Marie : elle a fait l’expérience d’être humble, abaissée ou « basse » : le Très Haut a fait descendre le Fils par lequel la mère se trouve élevée (Lc 1, 52). Mais Marie élargit son regard, et son Cantique a une portée universelle.

Les jeux d’échos sont ici très utiles à l’interprétation. « Les affamés, il les a rassasiés de bonnes choses [ṭāḇāṯā] » (Lc 1, 53) ; or, « il n’y a pas de ‘bon [ṭāḇā]’, sinon un seul : Dieu ! » (Lc 18, 19), et Marie perçoit cette bonté de Dieu en elle-même, car elle est « remplie de bonté [ṭaybūṯā] » (Lc 1, 28) [on traduit généralement « pleine de grâce »]. Plus que quiconque, Marie perçoit l’élan de la bonté divine, elle la connaît par participation, et cette bonté étant une qualité divine, elle vaut hier, aujourd’hui et demain, car Dieu ne change pas.

Les versets 51, 52, 53 fonctionnent par opposition, mais il ne suffit pas d’être pauvre pour être l’objet de la prédilection divine. Les affamés, les humbles et ceux qui craignent le Seigneur vont ensemble. Les orgueilleux, les potentats et les riches vont ensemble : les riches qui sont renversés sont ceux qui usurpent la force du Tout-Puissant, ils sont superbes et vides. Le Seigneur élève les humbles, littéralement ceux qui sont abaissés (makkīḵe), et qui sont aussi ceux qui le craignent, c’est-à-dire qui ont le désir de correspondre à sa bonté ; ils sont aussi ses serviteurs, comme le sont Israël et Marie.

Le Magnificat, une prière extrêmement puissante, pourrait aussi être dit « le Credo de Marie ». Marie croit que Dieu réalise ses promesses et exauce ses serviteurs, mais cet exaucement, miséricorde ou tendresse [ḥnānā] se réalise à travers un jugement. Ce jugement commence dans le cœur de chacun au sens où il y a, en chacun, un superbe et un riche qui résiste à la bonté de Dieu. Ce jugement aura aussi une dimension eschatologique, quand les prises de position seront fixées dans le bien ou dans le mal, ce sera alors un jugement entre les gens, au moment de la Venue glorieuse du Christ.

La prière du Magnificat est une prière très puissante, et nous pouvons la prier AVEC Marie. Marie est au Ciel, elle est notre mère, et elle prie le Magnificat AVEC nous.

 

[2] St FRANÇOIS DE SALES, Traité de l’Amour de Dieu, Lib. 7, c. XIII-XIV

[3] Le Migne n’a pas ce texte qui n’a été découvert que récemment. Cf. A.Wenger, L’Assomption de la Très Sainte Vierge dans la tradition byzantine du VIe au Xe siècle, Paris 1955, p.96-110 (l’homélie), p.271-291 (critique et traduction française) ; Id., Aux origines de la croyance en l’Assomption. L’homélie de Théoteknos de Livias en Palestine (fin du 6ème - début du 7ème siècle), in De primordiis cultus mariani, IV, 327-339. 

[4] Traduction de F. Guigain, La récitation orale de l’Apocalypse, Cariscript, 2020.

[5] G. GHARIB e altri, Testi Mariani primo millennio n°2, Citta Nuova, 1989, p. 128

[6] G. GHARIB e altri, Testi Mariani primo millennio n°2, Citta Nuova, 1989, p. 124

[7] G. GHARIB e altri, Testi Mariani primo millennio n°2, Citta Nuova, 1989, p. 125

[8] G. GHARIB e altri, Testi Mariani primo millennio n°2, Citta Nuova, 1989, p. 128

[9] PAUL VI, Exhortation apostolique sur le culte de la Vierge Marie Marialis cultus, n° 6, 2 février 1974

[10] Cf. Jean Paul II, Catéchèse (audience) du 9 juillet 1997

[11] Saint Irénée, Contre les hérésies, V,32,1

[12] Usuellement traduite « bénie entre les femmes », la tournure araméenne signifie « la plus bénie de toutes les femmes ».

[13] Les Latins, sans doute pour adapter la lecture à une très ancienne fête de saint Zacharie et Élisabeth, ont traduit, comme aussi les Coptes, « parce que » (Et beata, quæ credidisti, quoniam perficientur…) : comme si Élisabeth confortait la foi de Marie.

Les Grecs (« και μακαρια η πιστευσασα οτι εσται τελειωσις… »), comme les Syriens, ont compris que c’est la foi de Marie qui est mise en relief. Marie n’est pas dite heureuse à cause de l’accomplissement futur de ce qui lui a été dit, mais à cause de sa foi elle-même. Élisabeth félicite Marie, elle ne donne pas une nouvelle assurance à sa foi. L’analogie des semblables va dans ce sens, notamment : « Je me fie à Dieu de ce qu’il en sera comme il m’a été dit » (Ac 27, 25). Cf. M-J. LAGRANGE, Commentaires de l’évangile selon saint Luc, Études bibliques, Gabalda 1921, p. 44.

[14] Certains manuscrits latins ont attribué le Magnificat à Élisabeth, sans doute pour adapter la lecture à une très ancienne fête de saint Zacharie et Élisabeth. Cf. F. BOVON, L’évangile selon saint Luc 1–9, op. cit. p. 88.

[15] maḥyān : comme très fréquemment, en araméen nous avons le verbe vivre à l’afa'el « faire vivre, vivifier », ici au participe : celui qui me vivifie. Alors que le latin « salutari » le grec « σωτηρι » et le français « sauveur » n’ont pas tout-à-fait le même sens.

Date de dernière mise à jour : 20/07/2026